DISTRACTION. — JEUX PUBLICS
Nous pouvons rattacher les jeux, les distractions que le temps et la fin des guerres, du moins au centre de la monarchie, et la régularisation de Tadministration publique avaient permis anx habitants de la ville d'introduire dans la marche des jours et des années.
Jusqu'ici rien ne nous a paru avoir apporté quelque changement à la vie anxieuse et monotone que l'état politique et administratif imposait aux habitants des villes.
Mais depuis la fin de la guerre des Anglais, le pouvoir royal avait pris quelque puissance, surtout dans les terres de son domaine et la survenance, dans la ville d'Orléans, d'une jeunesse nombreuse, appartenant à toutes les contrées des nations de l'Europe du nord et de l'occident, active, intelligente rapprochant sous les mélanges, au centre de la France : les mœurs, les usages, les habitudes, les formes du visage, elles mêmes, celles du langage et les vêtements les plus variés, devait amener une animation allant jusqu'au tumulte, et introduire des moyens de distraction encore inconnus.
Nous avons parlé du Pal-Mail, dû à l'élévation des boulevards
conatruits entre U vflle et les rortiflcaUciim deéfibsMit et qui consistait en une sorte de jen do boules dirifé par uo Pal, ou branche inflexible de bms terminée par une sorte de maîllei.
Les jea)t de boules et de quiUes Tinrent bienl^U et enrio le jen de panlme à la main et à la raquelte.
Ce jeu nous est apparu dans le smi^ulkr proc*>s que VéTè* que d'Orléans eut avec le ebapitre qui loi devait h chaqœ dimancbe des Rameaux, une pâtre de mqnetUs H des esteufs, neufs, et qui les lui refusa le jour de la célébration de celte fête, le 15 avril 1S25 ; incideot assez geaadaieux dont nous ayons fait mention en le reportant au xrf siede, msûhraBon^ tant certainement à une époque beaucoup plus éloignée.
Ce je.u était si ancien que le roi Charles VIII, la veille àm dimanche des Rameaux, 7 avril de Tannée 1498, fat frn|i|ié d'apoplexie en s'y livrant ; cet exercice exige une vivacité de mouvements tels qu'il a causé la mort à un grand nombre de ceux qui croyaient y trouver la santé.
Le Roi jouait avec ses courtisans sur les fossés dn château d'Amboise qu'il habitait alors ; l'évèque d'Orléans Jovait à la paulme, dans le vide existant encore aujourd'hoi oilie l'abside de la cathédrale et les jardins de la Fauconnerie, habitation épiscopale : mais avec le temps, ce jeu devint le sujet de combinaisons du coup d'œil et de Tadresse à diriger la paulme dans la direction indiquée, et donna lieu à la construction de salles de jeu garni de toit^ et de blouses ou caves.
C'est dans un local de ce genre que Louis XII, reçut au château de Blois, les députés de la ville d'Orléans allant offrir en l'année 1498 sous le nom de ceinture de la reine, à Anne de Bretagne, un don de 600 fr.
Au nombre de ces députés se trouvait un bourgeois d'Orléans, nommé Jacques Deluynes, avec lequel le Roi passant dans cette ville, alors qu'elle était la capitale de son apanage, avait fait quelques parties de jeu de paulme.
A cette époque et même depuis, le bon Roi venant à Orléans, se plaisait et se délectait à jouer à la paulme avec les bour geois et même aussi avec les docteurs régents et les écoliers.
Dans ce temps, nous dit le même auteur Lemaire, il n*y avait pas moins de quarante jeux dans la ville.
Les docteurs aussi, après les cours, quittaient la robe doctorale et luttaient à la paulme, avec les écoliers qui avaient assisté à leurs cours.
Nous sommes manifestement, ici, en présence d'un genre de distractions, d'un caractère presqu'exclusivement hygiénique, mais cependant qui exerce la justesse du coup d'œil, développe les forces et les grâces du corps , et dans une certaine mesure constitue un travail de l'esprit, et qui déjà, tranche d'une manière satisfaisante, avec les anciens plaisirs plus paisibles, mais, aussi, grossiers et silencieux, qui seuls pouvaient occuper les nombreux loisirs de tous les âges de la vie.
Mais les lettres venaient à leur tour apporter un nouveau charme à la communication de la pensée, et l'art dramatique se formait.
il naissait des mystères^ ces mises en action des difiérents actes de la religion, déjà il prenait un tout autre caractère.
Une ordonnance du roi Charles VII, nous donne une juste idée de ce qu'étaient ces essais à cette époque de transition entre ce qu'on appelait les mystères et ce qui devait devenir le grand art de la composition et du jeu des pièces v'u théâtre tragique, comique, lyrique.
Cet acte rendu sous la forme d'un arrêt du Parlement purtc ce titre.
Décret donné et rendu à Paris, en notre Parlement, l'an du Seigneur 1440, in parlamento nosii^o^ anno domini mUlésimo quadragintesimo.
L'ordonnance royale nous apprend que dans ce temps les écoliers de l'université d'Orléans composaient et représentaient des comédies d'où naissaient des querelles qui pouvaient dégénérer en violences : conlentiones et jurgia ex comediis oriuntur.
Ces comédies ou plutôt ces soties , dénomination plus convenable pour ces soties d'essais littéraires et dramatiques, II 34
ne pouvaient être et n'étaient, alors -que la critique plus m moins spirituelle ou plaisante mais toujours gro^aière et oQcbsante de quelques corporations rivales ou de quelques pcrsou* nages en vue dans la cité.
C'est, en effet ce caractère qui est déterminé par l'acte de Tiiutorité royale : nous défendons, y est-il dit, ces comédies injurieuses, detraoU>r%%$ comediis.
Pour dissimuler les intentions malveillantes qui les inq»raient, on leur donnait le nom de moralité ; rordonnanee royale défend la représentation même de celles qui porter raient ce nom, etiam sub forma moralikUumj alors qu'elles seraient insultantes pour une nation d'écoliers ou pour une personne privée detarciorùB nationis vel alicujus pariiculariâ.
L'ordonnance invite l'Université et le Prévôt à infliger wool coupables auteurs de telles pièces de théâtre, telle puaMoft qu'elle intimide tous les autres, etper universitatem ^perprm^ positum puniendi quod cedat cœteris in exemplum.
Nous assistons ài'origine de l'art dramatique, et nous verrons, bientôt, que, naissant dans les centres de l'enseignement public, il y a trouvé son entière évolution, alors que les études classiques se sont étendues dans des collèges appartenant tous aux congrégatioDs religieuses.