CHAPITRE IV
Royaiune d'Orléans.
\n période {de 511 « 548).
La mort de Clovis donna lieu à un acte qui jette un grand jour sur les rapports établis entre les vaincus et les vainqueurs : le territoire fut divisé en quatre lots et tiré au sort par les quatre (ils du roi, y compris, malgré leur prétendu christianisme, un enfant adultérin.
Ces quatre fils étaient : Thierri (l'adultérin), Clodomir, Childéric I** et Clotaire.
La Gaule, (jui était encore loin d'être la France, ne s'appartenait plus; elle était le domaine des chefs de la nation franque, qui se la partageaient comme on partage un bien patrimonial.
La Gaule n'était donc pas, à vrai dire, à ce moment, soumise au principe monarchique, elle était possédée à titre de nue propriété pour les chefs, à titre précaire pour ceux qui les avaient aidés à s'en rendre maîtres.
C'est vainement qu'un éminent pnbliciste (1), dans un intérêt qu'il n'a pas dissimulé et qui n'est autre que la défense de la constitution féodale, a essayé de démontrer que les institutions de cette constitution ne pouvaient être attribuées à la violenee exercée par les vainqueurs sur les vaincus ; en ce qui concerne son argument tiré de l'antériorité, à la conquête, de la précarité de la possession des terres entre les mains des classes
(1) M. DE MoNTLOSiER, De V établisse mcnt de la monarchie française.
serves au moyen âge, il ne peut rester aucun doute sur la situation respective des Francs et des Gallo-Romains.
Et, quand même on admettrait cette antériorité et que Clovis eût laissé les choses dans l'état où il les avait trouvées, cet état devait Tinquiéter, ainsi que ses antrustions, bien peu, puisqu'il se considérait comme le maître du territoire, qu'il en disposait à son gré au profit de sa descendance, de sa truste, et même au profit des Gallo-Romains qui consentaient à devenir Francs.
C'est cette considération qui a fait dire à Montesquieu que le droit romain perdit son usage, chez les Francs (il semble qu'il aurait dû dire : chez les Gallo-Romains, puisqu'il professe que le droit romain était la loi territoriale, et la loi salienne, la loi personnelle), à cause des grands avantages qu'il y avait à être Franc, barbare, ou homme vivant sous la loi salique.
Ces avantages, ajoute-t-il, portèrent tout le monde à quitter le droit romain pour vivre sous la loi salique.
M. de Montlosier a beau dire : celui qui était roi des Francs ne fut, pour la Gaule, qu'un patrice ou un consul romain ; les consuls et les patrices ne s'emparaient pas du sol et leurs enfants ne se le partageaient pas à titre héréditaire.
Cette grande circonstance historique n'appartient pas seulement à l'histoire générale du pays, elle intéresse particulièrement l'histoire d'Orléans, cette ville ayant été le siège de l'un des démembrements du patrimoine de Clovis, sous le nom de royaume d'Orléans.
En nous servant de ces dernières expressions, nous nous associons par une forme de langage à la qualification de royaume; l'histoire moderne ne l'accepte pas. Elle admet qu'elle tire son origine qualificative d'un sentiment monarchique poussé jusqu'à l'exagération, et de l'intention de donner à cette forme de gouvernement et à la dynastie des rois de France une origine remontant à la prise de possession du sol gaulois par les Francs ; pensée malheureuse qui a donné à la Révolution de 1789 un motif, en apparence légitime, puisqu'elle aurait pour principe l'exercice bien tardif, mais imprescriptible de secouer le joug imposé par la conquête;
d^autant plus malheureuse qu'elle était combattue par les fréquentes usurpations accomplies dès les premières races.
Aussi, est-ce avec raison que Ton a dit : après la mort de Clovis et par l'efTet du partage de la Gaule entre ses enfants, la Gaule du nord se trouva fractionnée en quatre territoires assez compacts, qui pouvaient passer pour des [espèces de royaume.
C'est donc une grave erreur qu'a commise un historien Orléanais, Symphorien Guyon, lorsqu'il a qualifié de tétrarchie ces divisions du territoire, ce mot impliquant toujours une ad- ' ministralion partielle d'un royaume régi dans un système unitaire exclusif du démembrement, qui ne peut passer sous la domination définitive et inamovible d'un des tétrarques, et être transmissible à sa descendance par voie héréditaire.
Cela dit, employant les expressions convenues, nous ajoutons : le royaume d- Orléans passa, en vertu de la loi salique réglant les successions chez les Francs, à Clodomir, fils aîné du prince qui venait de mourir.
Il serait difficile de déterminer les limites de ce territoire et, d'ailleurs, on a fait remarquer l'imprévoyance qui a présidé aux délimitations de ces quatre royaumes, et aux éléments de guerre qu'elles contenaient ; on dit que le royaume d'Orléans comprenait le pays de T Yonne (Auxerre, Sens, Montereau); de la moyenne Loire (Orléans, la Touraine, le Berry septentrional) ; du Loir et de la Sarthe (pays chartrain, Perche, Maine, Anjou) et la Novenipopulanie (entre la Garonne elles Pyrénées).
Il est inutile de s'occuper des autres lots échus aux trois autres enfants de Clovis; il suffit de résumer cet acte de partage, en disant que Tiiéoderic ou Thierry eut le royaume d'Austrasie (Gaule orientale), c'est-à-dire toutes les terres au delà du Rhin et en deçà jusqu'à Metz, qui devint sa capitale; Clodomir, le rf>yaunie de Neuslrie ou de l'Ouest, dont Orléans fut la capitale ; que Childebert devint roi de Paris et Clotaire roi de Soissons, aussi sa capitale; et, enfin,- que ce mot : capitale, semble d'invention nouvelle et, en tous cas, ne fut qu'une appellation théorique, car aucun de ces prétendus rois n'habitèrent les capitales de ces prétendus royaumes.
Et comme il n'y arait pas alors d'administration royale que le pays tout entier était morcelé entre les princes et les seigneurs bénéficiers, qu41 y avait encore la loi territoriale laissée pour la réglementation de leurs intérêts aux indigènes ou Gallo-Romains, et la loi personnelle ou salique réglementant les rapports des indigènes ou des Gallo-Romains et des Francs, avec une grande inégalité entre eux, et les intérêts des Francs entre eux, on peut dire que ce partage se bornait à un simple droit de possession, laissant les choses et les populations au même et semblable état que s'il n'y eût pas eu de partage.
La ville d'Orléans, la seule dont nous devions nous occuper sous cette nouvelle constitution et comme si elle avait été soumise à un prince, seul possesseur de la Gaule, resta donc, autant que l'application relative de la loi salique le permettait, sous l'autorité de son évêque, nommé Eusebius (i).
Cependant une observation consignée par Symphorien Guyon, dans sa biographie d'Eusebius, nous paraît mériter une attention qu'il convient de lui donner avant d'aller plus loin dans l'étude de cette première période du royaume d'Orléans,
Parlant de ces quatre rois héritiers de Clovis, il dit : « Ils portaient en leurs armes avec les fleurs de lis, trois cailloux d'or en champ d'azur, peut-être pour donner à entendre leur fermeté et constance contre leurs ennemis. »
Il ajoute : • D'où je crois que la ville d'Orléans a toujours retenu les armoiries des trois cailloux, bien que quelques-uns croient que ce ne sont point trois cailloux, mais trois fleurons de lis, ou trois cœurs de lis qui sont dans Jes armes d'Orléans pour donner à entendre que la ville d'Orléans, située dans le cœur du royaume de France, conserve, par sa fidélité, la vie de la monarchie comme le cœur est dans le corps humain le principe de la vie, le premier vivant, le dernier mourant ; et pour dénoter que les Orléanais portent dans leur cœur l'amour
(1) Depuis saint Aignan on compte six évêquos, mais, outre r^ue la plus grande incertitude règne sur l'époque et la durée de leur épiscopat, rien d'intéressant ne l'ayant signalé, il semble inutile de s'y arrêter.
des lleurs de lis, c'est-à-dire uu zèle parlait pour la conservatioQ de cet Ëtat. »
Nous voudrions que Symphorien Guyon nous eût fait connaître la source où il a puisé ce qu*il avance ici.
Les armoiries ou signes héraldiques ne remontent pas, en France, au delà du x® siècle, mais il est constant que, môme dans l'antiquité, certaines familles patriciennes, certaines villes s'appropriaient des signes faisant allusion aux noms par lesquels elles étaient connues.
En se bornant aux Romains, la famille Malleolus avait pour signe de distinction un maillet ; Valerius Âcisculus, un marteau; Crassipes, un pied humain d*une forte dimension; Furius Purpureo, le murex ou purpura, poisson d'où on tirait la pourpre; Lucretius Trio, les sept étoiles de la grande Ourse, septem iriones^ dont on a fait le mot septentrion ; et enfin Marcus Tullius, surnommé Cieéron ou pois chiche^ cicer^ parce qu'il avait un signe de la forme de ce légume sur le nez et qu'il consacra aux dieux un ex voto, sur lequel il avait fait sculpter un pois chiche.
Mais ces exemples sont absolument indépendants des armoiries ou signes héraldiques dont les seules familles nobles, après la chute de l'Empire et au moyen âge, ont été exclusivement en possession.
On dit, cependant encore, que les guerriers grecs ornaient leurs boucliers de symboles.
Cet usage se rapproche plus de eehii de l'aristocratie de la race franque, ou plutôt celui île cette race se rapproche plus de l'usage adopté dans l'antiquité.
Rien n'autorise, selon nous, à penser que les lils de Clovis eussent adopté les signes désignés par Symphorien Guyon et conservés par la ville d'Orléans.
Cependant, on peut facilement admettre que, dans tous les temps, les marques rappelant les actes de courage, chez les peuples guerriers, jaloux de se signaler à la foule et même de se distinguer de leurs compagnons d'armes, ont été adoptées, et que c'est surtout parmi les chefs <le res bandes armées qu'on a pu les mettre en usage et les conserver.
Ces signes se sont, comme il arrive toujours, propagés, et sont devenus les titres des familles au respect de leurs égaux et de leurs inférieurs; ils sont devenus à ce point populaires que non seulement les villes, mais encore les corponitions de métiers en ont adopté qui leur sont devenus propres, pour les premières allusives à leur nom, à leur situation ou à leur forme, et les secondes, aux professions auxquelles elles appartenaient (1).
On peut donc, sans s'exposer à commettre une erreur, accepter, pour Orléans, ce que nous enseigne son ancien annaliste.
Il paraît certain que les premiers rois de France ont adopté un demi-croissant^ accolé à ui^ fer droit et pointu, ce qui donne à ce signe la forme de la fleur de riris dont ils se couronnaient après une victoire, et qui, depuis, a été remplacé par ces trois fers, rapprochés et unis ensemble (2).
On fait remonter la première manifestation de ce qu'on est convenu d'appeler la fleur de lis, jusqu'à Lothaire, c'est-à-dire au x* siècle; et, quoique ce soit pour la première fois que cette image se soit produite, on peut, avec (juelque assurance, prenant en considération l'état de la société franque et gallo-romaine à cette époque, s'expliquer que ce prince n'a fait que continuer un usage déjà ancien dans sa race, et que, si cet usage a été inconnu jusqu'à lui, c'est parce que, jusqu'à lui, il n'y avait aucun moyen de reproduire, par un art quelconque, ce signe adopté par la famille des chefs des nouveaux possesseurs de la Gaule.
Il se pourrait donc que la proposition avancée par le vieil annaliste Orléanais fût vraie, et que ce signe, d'abord distinctif de la population nouvellement introduite dans la population gauloise et qui allait l'absorber, devînt le signe de la ville qui était devenue la ville centrale de la nouvelle monarchie et la principale, puisqu'elle était la capitale du royaume donné à l'aîné des enfants du premier roi des Francs.
Cette supposition approche d'une réalité évidente lorsque l'on considère l'hésitation qui a présidé au choix de la ville,
(1) Aocône, un Coude ; Grenade, une Grenade ; Galice, un Calice ; l^aris, un Vaisseau ; Léon, un Lion^ etc.
(2; Voir à ce sujet : Jacques Guyon, Symphorion Guyon et Cheruel.
qui, à mesure que l monarchie germanique se consolidait et que les populations, divisées naguère par tribus et morcelées dans une déplorable anarchie, tendaient à s'unifier, devait devenir la capitale du royaume.
Il est certain qu^on a hésité longtemps entre la Seine et la Loire, et les raisons qu'on a données pour justifier le choix da premier fleuve sont assez peu convaincantes, pour qu'en présence de l'histoire des guerres du moyen âge et des guerres contemporaines, on ne puisse regretter qu'on s y soit arrêté.
Ainsi, quelque opinion qu'on adopte sur ce point historique intéressant la ville d'Orléans, on est convaincu qu'elle est celle qui a été choisie dès le commeEcement de la monarchie comme point central de l'établissement de la monarchie, ainsi que l'attestent ses armoiries, qui ne seraient autres que les signes adoptés par la première famille royale de la Gaule, déjà devenue la France.
Ces signes nous semblent, par les trois fleuri de lis, représenter tout à la fois Tarme des guerriers de ces temps, et la nouvelle foi religieuse qu'ils avaient embrassée ; le nombre trois étant, alors, comme il Tétait avant et comme il l'a été dans la suite, le signe principal de la foi du chrétien.
Ce nombre se renouvelle dans les trois cailloux ou cailleux de lis, signe dont, nous l'avouons, le symbolisme nous échappe. Au surplus, nous n'insistons pas sur ce point qui, bien que d'une nature très accessoire, a, cependant, ainsi que nous pensons l'avoir fait saisir, un véritable intérêt historique ; il est certain qu'il régnera toujours quelque doute sur l'époque à laquelle remonte l'origine de ces devises énigmatiques et leur véritable signification ; mais, en présence des hypothèses vraiment indignes de l'histoire auxquelles se sont livrés les historiens de la ville d'Orléans à ce sujet, il nous a paru nécessaire de revenir à des idées plus conformes aux enseignements sérieux des temps passés et de les prendre pour base des probabilités approchant le plus près de la vérité (1).
(1) Nous invitoiiB à consulter, sur tout ce qui vient d*être dit à Toccasion des armoiries de la ville d'Orléans, entre autres Hem'i Martin, Lemaire, et Ghemel.
Revenant à la situation particulière de la ville que nous avons laissée sous l'autorité de son évêque Eusebius, auquel succéda Leontius, pendant que Clodomir posséda le royaume d'Orléans, nous rappellerons que nous avons vu comment Eusebius, sous l'autorité de Clovis, investit Euspicius et Maximinus (Euspice et Mesmin) du territoire de Mici.
Mesmin était, sous Clodomir, abbé de ce monastère.
Au nombre de ses religieux se trouvaient plusieurs saints personnages : Âvitus (Saint-Avit), Carilephus ou Calesius (sain^ Calais), Viator (Yiatre) et Lœtus (saint Lié).
Le premier de ces religieux doit être, surtout, mentionné ici, parce que, bientôt, nous le verrons jouer un rôle considérable, non seulement dans le monastère de Mici, mais encore dans un drame sanglant dont Sigismond, roi desBurgundes, et Clodomir ont été les acteurs principaux ; et, aussi, parce qu'il donna son nom à un monument remarquable élevé, en son honneur, auprès des anciennes murailles d'Orléans.
Les légendes d'Avitus ne sont pas d'accord sur son origine :
Symphorien Guyon le fait naître, dans la ville d'Orléans, de parents fort obscurs ; si nous en croyons un auteur, notre contemporain, M. l'abbé de Torquat, il descendait des Avitus, famille patricienne et célèbre de l'Auvergne.
Un autre auteur, aussi notre contemporain, M. de Vassal, dans une note de l'une de ses plus gracieuses : Légendes Orléanaises, le fait naître dans une ferme de la Beauce, où on lit, d'après La Saussaie : « Pater ejm Belsicola{\)\ » il ajoute qu'une lumière divine se répandit sur son berceau qui en devint resplendissant, lux divina < refulsit in cubiculo. »
Ces dissidences ne nuisent en rien à l'hommage que lui on(; rendu tous ceux qui ont concouru à la conservation des actes de sa vie.
11 était, nous dit l'auteur des Annales de V Église d'Orléans^
(1) Surins traduit ce mot : Belsicolo^ par ceux de ; laboureur en Beauce. La mère de saiut Avit aurait été de la ville de Verdun : Mater ejus Viridunensis.
d*ane admirable simplicité et nahreië : € Vir mins timfiieUatis et innoeetUÙB^ » à ce point que, dans le monastère de Mid, où il remplissait la modeste fonction de cellerier, avec nue conscience et one sévérité pea en harmonie avec les appétits des moines, ceux-ci le prirent en aversion ; ils le raillaient cruellement et l'appelaient la béie bruie.
Les choses en arrivèrent à ce point que. malgré son humilitéy Avitus fut obligé de s^exiler du monastère.
Deux de ses confrères, plus charitables ou plus clairvoyants que les autres, voulaient partager son sort, et tous les trois s'enfuirent de Mici et se rendirent dans un lieu de la Sologne où ils trouvèrent une profonde solitude.
Ce lieu s'appelait Tremuli Vicus; nous pensons que ces mots doivent se traduire : le bourg du Tremble, ou de Tarbre désigné par les anciens lexiques en ces termes : espèce de peuplier dont les feuilles tremblent au moindre vent : il se pourrait aussi qu'il voulût dire : le bourg du frisson^ cette partie de la Sologne étant très fiévreuse; maladie d'accès qui s'annonce toujours par un tremblement des membres; aussi, peutêtre, est-ce pour cela que ce pays dans la contrée à laquelle fl appartient était appelé Tremble-Vif^ nom qui exprime bien l'état du malade au moment où il va avoir Taceès de fièvres, et que les paysans appellent trembler.
Les améliorations de la Sologne, qui Tout assainie et qui l'ont purgée sinon absolument, au moins sensiblement, de ces affections fébriles, ont engagé dans ces derniers temps à prendre le nom de Tun des compagnons d'Avitus.
L'un était Viator (Yiatre), Tautre L^tus (Joyeux ou Lié); le bourg de Tremble-Vie, on Tremble-Vif. s appelle aujourd'hui Saint-Viatre, corruption du mot Viator, celui-ci, ainsi qu'il va être dit, s'étant fixé dans ce lieu.
Saint-Mesniin avait vu avec un vif chagrin le départ des trois frères de sa collégiale, et particulièrement celui d'Avitus; et les moines, faisant un retour sur eux-mêmes, partagèrent ce sentiment à ce point qu'après la mort de leur abbé ils le cherchèrent, et étant parvenus à le trouver, ils lui offrirent de remplacer l'abbé qu'ils vouaient de perdre.
Avit rentra au monastère de Mîci en cette qualité ; Lœtus, connu aujourd'hui sous le nom de saint Lié, se retira dans la forêt d'Orléans où son souvenir s*est perpétué par le nom d'un bourg qu'on éleva au lieu de sa retraite et qui a pris et conservé celui de Saint-Lié; et Viator ou Viatre, au lieu de Tremuli : où depuis a été construit le bourg de Tremble-Vif, et enfin de Saint-Viatre, ainsi qu'on l'a dit plus haut.
Laissons Viator et Lœtus pratiquer la vie solitaire avec toutes ses rigueurs et la signaler par un grand nombre de miracles, et occupons-nous d'Avitus.
Il gouvernait avec une grande sainteté son monastère, sans qu'il paraisse avoir eu aucune relation avec les princes de la terre; mais il fut appelé à sortir de la paix du cloître dans une circonstance dramatique et qui eut les résultats les plus funestes.
Sigismond avait succédé à son père Gondebaud, roi des Burgundes; celui-ci avait eu à soutenir une guerre, dans laquelle il succomba contre Chilpéric et Gondemar, ses deux frères ; mais bientôt les ayant surpris dans la ville de Vienne, il fit périr Chilpéric.
Chilpéric était le père de Clotilde, femme de Clovis et mère de Clodomir, de Childebert et do Glotaire.
La sainte Clotilde nourrissait dans son cœur le désir de venger la mort de son père ; elle la poursuivit même sur la personne de Sigismond, fils de Gondebaud.
Les Burgundes, effrayés de l'invasion des Francs, livrèrent leur roi au moment où il se rendait dans un monastère qu'il avait fondé sous le vocable de saint Maurice à Aganne-en- Valais, et où il allait se faire tonsurer en signe de renonciation au trône et au monde.
Clodomir avait emmené ce malheureux prince et sa famille dans une forteresse qu'il possédait aux environs d'Orléans ; et même il est de tradition que Sigismond fut retenu, pendant quelque temps, dans une des tours de l'enceinte de la ville.
Godemar s'empara aussitôt du royaume des Burgundes, dont il ne possédait qu'une partie, aussitôt après la défaite de son frère ; il était aussi animé d'un sentiment de vengeance et
prenait une attitude menaçante à l'égard de Glodomir, ce qui engagea celui-ci à reprendre l'offensive contre lui.
Les deux frères de Glodomir Tabandonnërent par un motil peu connu; il en fut de même de Théodoric d'Austrasie, ce frère né d*une autre femme.
Privé de ces secours, la crainte que lui inspira cet isolement dans une entreprise aussi considérable lui flt naître la pensée qu'il importait à sa sécurité de se défaire de Sigismond, de sa femme et de ses enfants, dont le sort inspirait sans doute une pitié qui pouvait lui devenir nuisible; leur mort fut résolue.
Avitus, instruit de cette intention, sortit de son monastère, il alla trouver le roi, et avec la liberté de langage que donnait alors aux chefs des associations monastiques et du clergé leur autorité sur les princes et sur les peuples, il lui remontra l'énormité du crime qu'il était près de commettre.
Cette noble et imposante démarche resta inutile ; alors Avitus, ne gardant plus de mesure, lui prédit sa défaite certaine et sa mort et celle de ses enfants.
Cette prophétie se vérifia; Clodomir partit après avoir fait périr Sigismond, sa femme et ses fils ; il livra bataille à Godemar près de Véseronee, sur le Rhône, il la perdit et il y fut tué (1).
On a disserté sur le lieu où s*était accompli le supplice de Sigismond, les uns disent ([ue c'est à Coulmiers, lieu devenu célèbre par la bataille livrée sur son territoire le 13 octobre 1870, d'autres que c'est à Goulmelle, enfin d'autres encore le placent au lieu où se trouve aujourd'hui le bourg de Saint-Sigismond.
L'auteur des Annales de VÉglise d'Orléans^ La Saussaie, affirme que c'est au village appelé Columna ou Colonne, mot transformé, dans le langage familier, en celui de Colombe,
Il établit sa proposition en disant : les ouvriers en bois nomment ainsi l'instrument dont ils se servent pour s'appuyer lors-
(1) Co nom de lieu, qui est indiqué par le président HénauU, ne se trouve piB dans les lexiques spéciaux
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qu'ils veulent polir les pièces qui doivent ôtre employées, et il pense que, s'ils appellent cet instrument colombe, c'est en changeant, par corruption de langage, Vn en b.
Ce bourg avait une église sous le vocable de saint Pierre ; les habitants, partageant la vénération et la dévotion qui s'attachaient au souvenir de saint Avit, ajoutèrent son nom à l'ancien vocable, et ce vocable, formé des mots Pierre et Avit, devint d'abord sanctus Petrus AmiiLS^ saint Pierre-Aviij et, par élision ou corruption de langage, saint Père Avit, et, dans la suite, sans doute par suite de Terreur des copistes, «atn^ Péravy,
Et comme ce bourg était situé sur .le territoire de Columna, ou Colonne, on y ajouta le nom de ce territoire, en adoptant la corruption dont il vient d'être parlé, de ce mot.
C'est ce que dit très explicitement La Saussaie, par les paroles ci-dessus rapportées, et qui, dans son texte, sont celles-ci, parlant de la paroisse qui vient d'être désignée : c Quod est loco Côlumnw, usu ui existimo, muiata littera, cum adhvc eiiam vulgari lingua, fahri lignarii Columnas vocent Colombas. »
Ainsi, cette corruption de l'instrument employé par les ouvriers en bois explique et justifie celle qui fait désigner ainsi la paroisse de Saint-Péravy-la-Colombe.
Et c'est ce que justifie aussi très expressément l'auteur des Légendes orléanaises, dans une des savantes notes de ce gracieux ouvrage, où il dit : « Si le bourg actuel est l'ancien viciis Columna, il doit être posé, comme ceux d'origine rgmaine, sur une des grandes lignes que les Romains avaient tracées à travers le pays conquis, afin de relier entre eux leurs postes militaires et faciliter les mouvements des légions ; or, le bourg en question, dont le nom Columna est évidemment romain, se trouve assis sur l'ancienne voie qui conduisait de Blois à Paris, tandis que ni Couhnelle, ni Coulmiers, n'occupent une position aussi favorisée; d'où l'auteur conclut que le vicus Columna de Grégoire de Tours est Saint-Péravy-la-Colombe, et que ce fut auprès de ce bourg, dans le champ Rosée, campus Roseus, que Sigismond fut mis à mort. »
A ce motif, qui ne semble pas suffisamment concluant^ M. de
Vassal ajoute : « Il est peu probable que le roi, habitant Orléans, ait ordonné d*emmcner Sigismond jusqu'à cinq lieues de cette ville, afin de le précipiter dans un puits; n'est-il pas plus probable que, suivant Tusage de ces rois, Clodomir avait son prisonnier avec lui? » Il penche pour Taffirmative.
Il justifie cette supposition par ce texte de Grégoire de Tours : < In puteum jactari prœcipieiis, Burgundios peiiit » (ordonnant de jeter le corps dans un puits, il marcha vers la Bourgogne).
Cependant, le puits devint célèbre par les prodiges qui s'y manifestaient : les fleurs des églantiers, qui croissaient en grand nombre dans ce lieu, et particulièrement autour du puits, de blanches qu'elles étaient, avaient pris une teinte rosée ; quelques gouttes du sang de Sigismond et de ses enfants avaient jailli sur ces fleurs et les avaient rougies; il n'y a pas jusqu'au ciel qui n'eût pris cette couleur; un nuage rose colorait au loin les broussailles, des flammes au nombre de trois dansaient au-dessus du puits abandonné.
Ce nombre correspondait aux trois personnes victimes de la cruauté de Clodomir, Sigismond et ses deux fils, et cependant le puits en renfermait quatre, la reine y avait été précipitée avec eux; mais elle était coupable d'avoir calomnié un fils du premier mariage de Sigismond, de l'avoir représenté comme conspirant contre son père, et de l'avoir fait mettre à mort par celui-ci ; en punition de ces crimes, elle ne dut pas participer aux faveurs célestes qui recommandaient, par ces manifestations, Sigismond et ses enfants à la vénération des fidèles.
De plus, les eaux limpides mais rosées de ce puits avaient le pouvoir de guérir des fièvres intermittentes, alors très fréquentes dans ces contrées encore marécageuses et incultes.
Toutes ces merveilles donnèrent une grande célébrité à ce puits; il devint le but d'abondants pèlerinages; les cabanes que les pèlerins se bâtirent à l'entour se transformèrent bientôt en habitations solides et permanentes; et c'est ainsi qu'auprès du bourg de Saint-Péravy se construisit le bourg de Saint'Sigismond.
Il semble, malgré ces récits qui eurent pour conséquence la
béatification de Sigismond, qu'il était peu digne de l'intérêt qu'il inspira au clergé et au chef de la chrétienté ; on a vu qu'à la sollicitation de la reine, sa femme, représentée comme appartenant à une classe très inférieure de la société des Burgundes, il fît mourir le fils de son premier lit, Sigeric, faussement accusé de trahison par cette marâtre; mais, cependant, ce prince faible était religieux; il avait donné de nombreuses marques de sa munificence aux monastères et aux églises, il avait montré un vif repentir de cet acte de rigueur et d'abus de la puissance royale et de la puissance paternelle entendue et comprise dans ces temps autrement qu'elle ne l'a été depuis, et rien ne s'oppose à ce que sa mémoire ait reçu, dans la forme adoptée à cette époque, la réhabilitation qui vient d'être racontée.
Cet épisode est le seul qui intéresse la ville et son territoire pendant cette première période du royaume d'Orléans; on sait qu'après la mort de Clodomir, qui donna quelque répit à Godemar, frère et successeur de Sigismond, Clotaire et Childebert, après s'être emparé de ce royaume d'Orléans, au préjudice de ses trois enfants : Théodevvald, Gonter et Clodowald, les arrachèrent à leur aïeule, sainte Clotilde, sous prétexte de les remettre en possession de l'héritage paternel et de donner ainsi pleine satisfaction à ses prières, et les mirent à mort, à l'exception du plus jeune d'entre eux, qui eut le moyen de se retirer près d'un bourg appelé Nogent, situé près Paris, où il embrassa la vie monastique; bourg qui a vu son nom transformé en celui de Cloud, du nom, défiguré, de ce descendant de Clovis placé par l'Église au rang des saints.
Ainsi s'accomplit, dans son entier, la prophétie d'Avitus.
L'histoire ne nous dit pas quelle fut la division du royaume d'Orléans entre ses nouveaux et criminels possesseurs; ce qu'il y a de certain, c'est qu'à ce moment ce royaume cessa d'exister, et que sa durée ne fut que de dix-sept à dix-neuf ans, la date de la mort des enfants de Clodomir étant incertaine, entre les années 528, 549 et 530; et, cependant, telle était la barbarie de ces temps que la reine, Gonteuke ou Gondiucque, veuve de Clodomir, épousa Clotaire I", son beau- frère et meurtrier de ses enfants, circonstance qui permet de supposer que celui-ci
eut une part plus considérable que Childebert dans la dépouille de leurs neveux.
Clotaire ne s'en tint pas là, il épousa par le sou et le denier^ c'est-à-dire selon le rite salien, une autre femme nommée Radegonde, fille de Berthes, roi des Thuringiens (1).
Cependant il est nécessaire, à ce moment où nous touchons au jour où s'est tenu le second concile d'Orléans, d'examiner quelle était la situation des États, chrétiens, et particulièrement de la Gaule, à l'égard de Tltalie.
Les rois francs menaçaient les Ostrogoths et les Wisigoths, les premiers dans leurs possessions de la Gaule méridionale et jusque dans leurs possessions de l'Italie, les seconds dans ce qui leur restait de la Gaule méridionale et jusque dans celles situées en Espagne.
L'état respectif des provinces de la chrétienté dans l'Occident et de la cour de Rome se résume dans une lettre, citée dans V Histoire ecclésiastique, liv. XXX, année 501, et il n'avait pas changé, ainsi que nous venons de l'exposer, de cette année à l'année 834, adressée par Avit, évêque de Vienne, à Fauste et à Symmaque, tous deux membres du Sénat, patrices et anciens consuls, auxquels il disait : « Le malheur des temps et la division des royaumes ne permet plus aux évoques des Gaules d'aller librement à Rome, ni même de s'assembler tous. »
Il devait donc arriver que les églises provinciales, sous peine de voir le christianisme disparaître, se trouvassent dans la nécessité de pourvoir au rétablissement de la foi, en combattant l'hérésie, et à leur organisation sans le concours de la papauté et sans son autorisation (2).
(1) Le mariage, par le sou et le denier, est ainsi nommé parce que la demande de la fille à marier était accompagoce d'un sou et d'un denier que le père de celui qui devait se marier envoyait à la famille de celle que son fils voulait épouser ; d'où on a conclu que, chez les Francs, les filles, loin d'apporter des dots, étaient achetées par leurs maris.
(2) Â ces considérations, on pourrait ajouter le tableau des troubles suscités à l*Eglise par les guerres qui survinrent entre les rois francs et les rois des Wisigoths et des Ostrogoths, qui eurent pour
A cet égard, les choses en étaient à ce point que cette situation présentait le danger d'amener la séparation absolue des églises provinciales de cette partie du monde chrétien et de l'autorité du souverain pontife.
C'est ainsi qu'après avoir vu la réunion et les canons du concile d'Agde (506) et la réunion et les canons du concile d'Orléans de l'année 511, qui, à la vérité, avaient, ainsi que nous l'avons, nous l'espérons du moins, démontré, un caractère plus politique que religieux, nous allons voir la réunion et les canons du second concile d'Orléans, convoqué par les deux rois Ghilpéric et Clotaire.
Il semble, dès lors, qu'ils s'étaient appropriés indivisément le malheureux royaume d'Orléans.
Malgré les difficultés résultant de cet état de choses, telle était la puissance du sentiment religieux que, contre toute probabilité, non seulement les hérésies furent détruites et l'unité de la foi consommée, mais que la conoentration de l'autorité de l'Église, dans la personne du souverain pontife, devint un fait accompli, à ce point qu'elle parvint à un tel degré de puissance qu'elle faillit absorber, pour toujours, celle des empereurs et des rois, et qu'elle obtint sur elle, pendant de longues et fréquentes périodes, une despotique supériorité.
Et cependant, sans que les églises des provinces, et, plus particulièrement que les autres, celle des Gaules, aient jamais abdiqué ses droits aux usages, aux coutumes, en un mot, aux libertés qu'elles avaient adoptées, et que la papauté, d'ailleurs, dans ces temps difficiles, et depuis, jusqu'au xvni® siècle, n'a jamais pensé à leur contester.
Le second concile d'Orléans, pas plus que le premier, n'eut à s'occuper des grandes querelles qui divisaient alors le christianisme en Orient, en Asie, en Afrique, dans la Gaule méridio-
effet de réunir la Burgundie au reste de la Gaule, et les occupations que donnèrent à la papauté les troubles et les schismes de TOrient, tout cela se passant de Tannée 528 à Tannée 534 ; mais ces événements élargiraient à ce point le programme spécial et restreint adopté ici, qu'il faut se contenter de les rappeler dans cette courte note.
nale et en Espagne ; sa mission se borna à réglementer et à organiser TËglise gauloise.
Il fut convoqué, comme l'avait été celui de 511, par rautorite royale, et, ainsi qu'il vient d'être dit, par les rois Clotaire I" et Chilpéric : « Cum ex prœceptione gloriosùsimorum regum, in Aurelianensem urhem, » et se réunit le 23 juin, IX* des calendes de juillet, de l'année 533.
Ici, nous devons faire observer que cette date est loin d'ôtre unanimement adoptée ; nous croyons devoir nous séparer des annalistes Orléanais et autres historiens, les uns indiquant Tannée 533, les autres l'année 536, ce que Binius nous apprend par ces mots : < Alii ad annum 533, alii ad 536; > pour lui, il n'hésite pas à le fixer à la première de ces années, et en cela il est d'accord avec la collection des conciles^ et cette considération nous décide.
Les troisième, quatrième et cinquième canons ont pour objet de s'opposer à la simonie des évoques, c'est ainsi que les troisième et quatrième leur défendent de prendre aucun salaire pour donner les ordres sacrés, et prescrivent que, s'il se trouvait quelqu'un, parmi les récipiendaires, qui eût donné de l'argent pour être prêtre ou évêquc, il soit rejeté comme un réprouvé : € Ahjicialur ut repi^ohus^ » et que le cinquième défend aux évêques de prendre aucun prétexte pour se refuser à venir inhumer un de ses collègues, d'exiger aucun salaire pour cet office, et ordonne qu'il se borne à demander le remboursement de la dépense que lui occasionne son déplacement, et rien pour sa peine : « Nihil precii pro fatigatione deposcat. »
Le sixième prescrit les formalités à remplir dans la maison d'un évêque décédé; l'évèque, après avoir célébré l'office, devait se rendre à la maison mortuaire, et là, en présence des prêtres assemblés^ il devait faire l'inventaire de tout ce qui s'y trouvait, et laisser la maison en garde à des personnes capables, « personis idoneis, » de peur que les biens de l'Église ne vinssent à être détournés, i ut res Ecclesiœ ullorum improhitate non pereant. »
. Le huitième prévoit le cas où un diacres réduit en servitude
se marie, c iixori fuerit copulatus, > et prescrit que, à son retour, il soit interdit des actes du saint ministère.
Le neuvième défend à tous les membres du clergé d*habiter avec des séculiers, sous peine d'être privés de la communion, « ab officii cotnmunione pellaiur. »
Passant à 4ps dispositions d'un ordre plu^ général, le dixième défend d'épouser la femme de son père, sous peine d*anathème; le onzième, sous peine d'excommunication, de dissoudre le mariage, pour cause d'infirmité survenue depuis qu'il a été contracté : « accedenle infirmitaie nulla voïuntatis conirarietate solvantur, contracta inatrimonia, »
Le quinzième permet de recevoir, dans les églises, les oblations pour ceux qui seraient morts en état de péché, mais non celles des suicidés : « si tamen non ipsi sibi mortem probentur propriis manibus intulùse. »
Le seizième défend de recevoir dans les ordres un illettré, ou qui ne saurait pas la formule du baptême, « vel si baptizandi ordinem nesciat, »
Le dix-huitième défend la cause de la fragilité du sexe de donner la bénédiction de diaconesse aux femmes : t utnuUipost ynodum feminœ diaconalis pro condition is h ujus fragiUtate credatur. » Le dix-neuvième défend le mariage entre chrétiens et juifs, sous peine d'excommunication, car le mariage entre ces personnes est considéré comme illicite: « rjuia inter hiijusmodi personas illicitas nuptias esse censcmus. »
Le vingtième excommunie ceux (jui retournent à l'idôlatrie, et mangent des viandes immolées (aux idoles) : « vel qui cibis idolorum cultibits immola tis gustn iUicitx pnesumptionis lUeJitur ; » et, aussi, ceux qui mangent des animaux tués par d'autres animaux, ou bien étouffés ou morts de maladie ; il faut, suivant les canons de l'Église, que l'animal, dont on mange la chair, ait été saigné : «Dieu, dit Symphorien Guyon, ayant défendu, aprèsledéluge, à l'homme, dose nourrirdusangdesbètes.» Il est indispensable de jeter un coup d'œil sur ces canons, dont nous n'avons, à l'exemple de Symphorien Guyon, rapporté que les plus considérables.
La première conséquence à en tirer est (juc la Gaule centrale
élnit, à cMo épotjut', presque universellement convertie au ('hrislianisuie ; mais, aussi, qu*on y voit encore subsistante la trace des anciennes superstitions païennes se manifestant par rimmolation (les animaux; et enfin que ces superstitions et ridolatrie elle-mt^me, dans l'esprit des nouveaux chrétiens, pouvaient se roneilier avec le christianisme et Tobservance de ses rites, puis(|ue le (*anon prescrit que ceux qui s'y livrent soi(Mit chassés dt» toutes les assemblées de Tlrlglise : c ab Ecclesi:v cœtibus arceanlur, »
La seconde, c'est (jue la Gaule avait rejeté tous les schismes et lt>ules les hérésies, puisque les évoques du deuxième concile d'Orléans, au nombre de ih (celui de Tannée 511 en avait ivuni «U), apitartenant à toutes les zones, n'ont discuté aucune des (piestions (|ui agitaient aloisla chrétienté.
La troisièuK* se rencontre dans ({uelques grands principes devenus lois de l'Kglise catholique : c'est ainsi qu'on ne peut éi^ouser la femme de son père, sans doute en souvenir de ce principe biblique, et du verset 8 du liv. XVlll du Lévitique, tpic nous ilevons nous bonn»r ici à indiquer, et qu'on ne peut, oubliant la connnunaulé ile destinée, conséquence absolue du mariage, et le partage des plaisii^s et des peines de la vie, se [»rcvaloir d'une inlinnité survenue peiiilant la durée de cette union, pour en demander la dissolution.
Knliu, que. rompant tous les liens qui avaient rattaché les chrétiens au stoïcisme païen, et refusant à l'homme le droit de disposer île sa propre existence, il anathémise les suicides et les déclare irréconciliables avec IWcu.
Quoique les déliluMMtituis de ce concile se soient concentrées ^\ir des objets k\\.' [u'u iriiaportauce. si i»n les compare a ceux qui i»nt ele traites dans les conciles d*C)rienl, cepen iant, les circonstances au nnlicu desquelles elles ont été prises, et qui leur ont donne naissance, riniluence qu'elles ont exercée sur l'organisation du catliolicisnu», doivent les ranger parmi les événements les plus considérables tic la monarv*hie.
Les eveiuMuenls {\ la suite dc>qi:els les Wisigolhs et les i>strogoths pervlirent leui^s possessions dans la Gaule méridionale et vie rr.st. en ranimant les espérances de Justinieu
empereur d'Orient, de ressaisir l'Italie, et qui furent l'occasion pour Clotaire et Childebert d'étendre leur pouvoir jusqu'aux Alpes et aux Pyrénées , continuèrent , de l'année 526 à l'année 547, l'impossibilité, pour l'épiscopat gallo-romain, de s'entendre avec le souverain pontife.
Les circonstances pour régler les affaires de l'Église gauloise étant les mêmes que celles où elle se trouvait en l'année 534, elle dut, en l'année 538, se réunir de nouveau en un concile qui siégea, comme les deux précédents, à Orléans.
Ces circonstances, de la première de ces deux époques, étaient tellement impérieuses que le concile de l'année 534 prescrivait la réunion annuelle, par le métropolitain, des synodes provinciaux : « Ut metropoUtani singulis annis comprovinciales suos ad concilium evocent. •
Mais l'état de laGaule ne permit pas que cette disposition fût observée de l'année 534 à l'année 538 (1), et c'est pour subvenir à l'absence d'exécution de cette partie des canons que ce troisième concile fut convoqué seulement cette dernière année , mais, cette fois, sans qu'il soit fait mention de l'autorisation du pouvoir séculier; les rois francs, qui s'étaient partagé, par le meurtre des enfants de leur frère, le royaume d'Orléans, n'avaient pas le temps de s'occuper des choses religieuses.
L'examen de ses canons nous donnera une idée exacte des rapports existant entre l'Église et le pouvoir nouveau, et de l'état social à ce moment.
Le onzième canon punit les membres du clergé qui, sous le prétexte de quelque puissante protection, se refuseraient à remplir leurs fonctions : « Si qui clerici minisleria sumpta quacumque occdsione agere et excusationem 'patroniciis ne officium impleant prœtendunt. »
Ces ecclésiastiques étaient retirés dic canon ^ privés des gages et des présents qu'ils recevaient: « ncquc ex rébus ecclesiasticis cum canonis stipendia aut munera uUa accipiant. » Il en est de même, aux termes du dix-neuvième canon, s'ils en agissent par orgueil ou par dépit, ils sont réduits à la communion laïque jusqu'à ce qu'ils aient fait satisfaction à l'évêque,
(1) Quelques-UQS les placent à l'aiiDée 540.
« quandiu digna, pœniientia et supplicaUone satisfeceriî prœsidanti pontiflci, »
Le vingt et unième prévoit le cas où les clercs feraient quelque conspiration par écrit ou par serment comme il était arrivé depuis peu en plusieurs lieux, et cela à Tinstigation du démon : « ut nuper multis locis, diabolo instigante, actum fuisse perpatuit ; » il les menace d'une peine à l'arbitraire du concile, « cum in synodum ventum fuerit^ » et, cela, suivant Tordre et la qualité des personnes : « juxta personarum ei ordinum qualitatem. »
11 paraît bien évident qu*on se disposait à sévir contre le manichéisme qui, ainsi qu'on le verra bientôt, s'introduisait jusque dans le clergé et, particulièrement, jusque dans le clergé d'Orléans.
Le yingt-huitièmc canon, pour se séparer d'autant plus du judaïsme avec lequel le christianisme était encore exposé à être confondu, la secte des chrétiens judaïsant n'étant pas complètement effacée, s'exprime ainsi : « Parce que le peuple est persuadé que le dimanche il n'est pas permis de voyager avec des chevaux, des bœufs ou des voitures, ni de préparer à manger, ou de ne rien faire qui regarde la propreté des maisons ou des personnes, ce (jui sent plus Tobservance judaïque (juc chrétienne : « quœ ad Judalc m magis quam ad christianain observanliampeiHinereprobaur, » nous ordonnons que ce qui a été ci-devant permis le dimanche le soit encore, pourvu, toutefois, que l'on s'abstienne de travailler aux champs, pour vaquer plus aisément aux prières de l'Église.
Enfin, pour assurer l'indissolubilité du mariage et encourager les conversions, le dixiènn^ canon prescrivait qu'on ne séparât pas les nouveaux chrétiens qui auraient contracté des mariages incestueux par ignorance ; c'est-à-dire, sans doute, lorsque ces mariages étaient permis sous la loi religieuse que les nouveaux convertis avaient suivie jusque-là, mais, seulement, ceux qui Tauraient fait à leur escient, et au mépris des lois, ce qui était laissé à l'arbitraire de l'évêque.
Il ajoutait une disposition qu'il est important de rappeler comme étant le principe de la prohibition du mariage, pour
eaiisr. de conaaDguJriiié, principe qui a Cîiusé Uni de Bcantlatt^ et de perturbations au cours du moyeu âge.
Ajux termes de ce canon, uu t:hréticn ne pouvait t'pou«er la veuve de i*on père, la Hlle de sa femme, la muûe de son frère^ 88 cousine germaine, ni la veuve de son oncl'"' palernel ou maternel, sous peine d'exrnmmunieatinn; canon évidemment fait, comme le vingt-huitième, pour séparer la loi êvangéïique de la loi mosaïque, qui, en proscrivant le raari.ge du fils avec la veuve de son père, ordonnait au beau-frcre d*épouser sa belle-sœur devenue veuve.
Ces canons sont les plus remarquables de ce concile.
Nous pouvons en recueillir, entre autres enseignements, celui qui intéresse la société séculière.
On y voit que ragricuUure, sous rinfluence des monastères, avait fait quebfues progrès; mais aussi ou y remarque l'absence de cominerce et d'industrie, le canon gardant le silence sur les travaux ou les actes professioimels du marchand OU de Touvrier des villes ; il est vrai qu1l parle de voyages à cheval ou en voitures, ce qui permet de supposer t\vih cette ép0([ue, où le commerce était encore loin de celle où il serait sédentaire, les marchanda pouvaient se rendre les dimanches et jours fériés, très nombreux alors, d'une ville à une autre.
(lais ceci n*est qu'une conjecture qui aurait pu être considérée comme une certitude, si le commerce eût été exercé par les Gaulois; il est probable que, encore relégué chez le peuple juif, la loi-de TÉglise n'a pas eu a en régler la pralique, et que, d'ailleurs, il était à peu près nul au milieu des troubles publics.
Rien n'indirjue qu'il se soit rien passé de particulier a la ville d'Orléaus et à son territoire, depuis l'année 438 jusqu'à l'année o43. Ce laps de temps, écoulé sans mention de la réunion d'aucun synode ou concile, nous indique qu'aussi la tranquillité politique du royaume des Francs ne se rétablit pas.
En cette année 543, Tépiscopat chrétien tint son quatrième concile à Orléans, qui semble avoir été, à cette époque, comme ttne succursale du Saint-Siège pour gouverner TÉglise gauloise.
. Il est inutile d'entrer dans le détail de ceux des canons, au nombre de 38, qui concernent exclusivement la discipline de rÉglise, un seul] d'entre eux, a quelque intérêt comme déterminant Tétat religieux des populations , c'est le quinzième ; ainsi que le précédent concile l'avait fait , il défend de se livrer aux restes de l'idolâtrie, de manger des viandes immondes ou immolées aux idoles, et cela dans les termes les plus énergiques : t Si quelqu'un, après avoir reçu le baptême, mange des victimes immolées aux démons , comme un chien retourne à son vomissement, qu'il soit excommunié en punition de son sacrilège. » Si quispost acceptum baptismi sacramentum^ ad immolata dsemonihics sumenda, tanquam ad vomitum revertitiir, à commimione catholica , per emendatione sacrù legii suspendatiir.
Le seizième canon défend, sous la même peine , à tout chrétien de jurer, suivant la coutume des Gentils, par la tête de certains animaux : *'ad caput cujuscumque ferse. »
Ces dispositions démontrent que le christianisme avait encore à craindre non seulement les hérésiarques et les schismatiques, mais même le paganisme se reproduisant, par la puissance de la tradition, dans quelques-unes de ses formes.
Ce concile fut suivi d'un autre qui se réunit, à Orléans, le 28 octobre de Tannée 549. «
Les canons de cette assemblée attestent plus qu'aucune des assemblées précédentes la nécessité de combattre les hérésies qui avaient fini par s'introduire dans l'Église gauloise.
La sphère dogmatique s'étend et la doctrine d'Eutychès et de Neslorius, l'une ne reconnaissant que la nature divine en Jésus- Christ, l'autre niant que Marie fût mère de Dieu ; toutes deux sont l'objet d'une discussion solennelle.
Ces doctrines sont condamnées par le premier canon de ce concile comme l'étant déjà, simi filer, par le Saint-Siège; remarquable adhésion à la suprématie de l'évêque de Rome, sinon en matière d'administration, au moins en matière de foi.
Le huitième interdit aux évoques d'ordonner des prêtres ni de consacrer des autels pendant la vacance d'un siège, et de
rien prendre des biens de l'Église vacante, sous peine d'interdiction pendant un an.
Le dixième canon défend d'acheter l'épiscopat; il prescrit que l'évêque soit consacré par le métropolitain et ses comprovinciaux, suivant l'élection du clergé et du peuple et avec le consentement du roi, cum voluntale régis, disposition qui fait revivre cette coutume consignée dans le quatrième canon du concile de 511.
Le onzième prescrit qu'on ne donne point à un peuple un évêque qu'il refuse; il défend qu'on oblige le peuple ouïe clergé à se soumettre par l'oppression des grands, et prononce la peine de la déposition de l'évèque convaincu de simonie ou d'avoir exercé la violence pour être élu ; décision constatant l'état d'infériorité dans lequel le clergé gallo-franc était tombé depuis la conquête.
Cette situation est également attestée par le sixième canon, qui prescrit qu'un esclave ordonné prêtre malgré son seigneur : « qui à daminis propriis libertatem non acceperit, » demeure en servitude à, la charge, toutefois, par ce dernier, de n'exiger . de son esclave que des services honnêtes , et pour l'évèque qui veut alTranchir l'esclave, afin qu'il entre dans la cléricature, de donner à son seigneur deux esclaves à sa place. « Dicos servos episcopxis qui eum ordinavif , domino sxculari restituât. •
Le vingt et unième canon prescrit aux évêques de prendre soin des pauvres lépreux, de les nourrir et de les vêtir suivant les ressources de la maison de l'Église : « de donio Ecclesiœ juxtapossibUitatern. •
C'est ici qu'apparaît l'état misérable dans lequel était tombée la population de nos climats, puisque, pour la première fois et bien avant son contact avec les habitants de l'Orient et avec le climat de ces contrées, cette maladie que l'on regarde, communément, comme nous ayant été importée à la suite des guerres des Croisades, était tellement répandue que le concile, dans son quinzième canon , confirme la fondation d'une léproserie établie à Lyon par Childebert et la reine Ultrogoth, et, par conséquent, pour la première fois, l'établissement d'un de ces hospices publics qui, plus tard, ont pris, après le nom do
maison de TËglise (domus Ecelesiœ) . celui de maiMn-Dieu^ d'aumône et. aujourd'hui. d'UôM-Dieu.
Ce qui vient d'être extrait des trente-trois ranons qui composent les décisions du concile est, seul, d*an intérêt général : le reste ne concerne que la discipline et le maintien des bonnes mœurs dans le clergé.
Les conséquences à tirer de ces délibérations. sont faciles : l'Église des Gaul»^? est restée étrangère, ainsi que nous l'aTons fait observer, aux divisions qui troublaient la chrétienté ; elle avait assez de soin à prendre pour éluder les violences des grands et pour se défendre de la corruption qui avait pénétré jusque dans les rangs les plus élevés de la cléricature.
La réunion dans la ville d'Orléans de ces illustres assemblées , si elle la signale à l'attention de la postérité, appartient plus cependant à l'histoire qu'à son histoire particulière ; la cité disparaît dans les grands faits qui s'accomplissent an loin, et le royaume d'Orléans, partagé entre les deux rois, se confond avec leurs immenses possessions.
Pendant cette période, l'Église seule tient quelque place dans l'histoire de la cité, et encore le sentiment légendaire absorberait tellement le sentiment historique qu'il faut, pour qu'on puisse se rattaolier à celui-ci et le retrouver sous l'enveloppe qui le eiMivre, interroger son histoire monumentale.
Il faut d(»nc ici inlern^ger la Vie de.< Saints pour expliquer la fontlation d'une église où on a deniièrement retrouvé la crypte, èdilîee digne de respect par son antiquité , son caractère aivhitectonique particulier, et s'arrêter à quelques circonstances tie la vie ifAvitiis. cet abbé de Saint-Mesmin , dont il a déjà été parlé à l'oocnsion du meurtre du n^i Sigismond.
Api^ès une asse/. U>ngue administration de l'abbaye de Mîci, A vit us, pr«*ssé de nouveau d'un extrême dt*sir de la solitude, se ivtira dans une épaisse forêt près de iUiàteaudun . où il demeura cache pendant quelque temps dans une petite cellule couverte d'èctuves d'arlu-es.
Là il se livra à la vie ascétique la plus rigoureuse, et fonda un beau nuuïaslèn^ qui prit le nom de Mouslier-Saint-Avit, situé aux p<»rtes de Chàteaudun, au lieu appelé Piciacum ou
— lîil —
Poiss}'4!!hàteaudun ; à moitis, comme d'autres le prétendent, ifite ce €ie fût Childebert qui, touché des mérites d*Avilus, ait fait construire ce monastère ; pour nous, ne nous occupons que de deux circonstances de sa vie qui se lient intimement à rhistoire de la ville d'Orléans.
On rapporte qu'obéissant à un impérieux désir de miséricortje, il y vint pour obtenir la délivrance des prisonniers; cette pitié profonde pour ceux-ci dont on rencontre de nombreux témoignages dans Thistoire et la légende de ces temps est digne de la plus grande attention.
On se demande à quoi il faut l'attribuer, quels étaient ces prisonnien» pour la délivrance desquels les prélats et les plus saintH personnages faisaient de persévérantes démarches qu'ils appuyaient de miracles?
Ces hommes étaient-ils des malfaiteurs et des natures perverses commettant le meurtre et les autres crimes pour satisfaire leurs passions nu leur cupidité? quoique longtemps après
I sortes de prisonniers aient été compns dans les effets de cette protection, il est impossible de le penser.
Les prisonniers dont il s'agissait alors étaient les victimes le la violence des vainqueurs, soit qu*ils fussent incarcérés par application du droit cruel des gens ou du droit civil, non moins inhumain de ces temps, soit qu'ils le fussent comme débiteurs,
11 est évident que ces prisonniers appartenaient à cette catégorie, puisque les crimes ne donnaient lieu, selon la loi salique, qu'à des compositions.
Ces actes de charité ne pouvaient donc concerner les criminels, dans Tacception naturelle de ce mot, autrement ils ne pourraient s'expliquer.
C'e«t donc poussé par un sentiment tout chrétien qu*Avitus, dans les derniers temps de sa vie, vint à Orléans pour sollicit<îr la délivratïce des prisonniers, qu'il obtint, dit le légendaire, des juges et des magistrats de la cité, expressions singutfépes si on se reporte à ce moment de transition, de violences ^^ d'anarchie, où la loi saliquc, cet unique droit criminel, était appliquée par les possesseurs des bénéfices ou leurs agents,
Ce qui a suivi la mort de saint Avit est plus digne d'attention encore : < Aussitôt après, c'est-à-dire en 530, une sainte lutte dont VhiMoire fournit plusieurs exemples^ nous dit un mémoire récent dû à la plume de M. l'abbé de Torquat (1), s'engagea entre les habitants d'Orléans et ceuxdcChàteaudun, qui voulaient posséder le corps d'Avitus; n^ais les habitants d'Orléans prétendirent qu'il leur appartenait d'autant plus que saint Avit était né dans leur mile; ceux de Chàteaudun le voulaient avoir parce qu'il était mort dans leur pays; on allait en venir aux mains lorsqu'un grand seigneur, nommé Eleusus , termina ce difTérend 'avec la sagesse de Salomon, en décidant que les Orléanais emporteraient le corps de saint Avit, afin que la volonté de Dieu et du saint de Poissy-les- Chàteaudun fût exécutée, et que les Dunois conserveraient le bras et la main qui les avaient bénis. >
Cette qualification donnée à cette décision s'explique par cette disposition du saint abbé, qu'après sa mort, son corps reposât à Orléans; sa volonté a été exécutée si on interprète judaïquement l'acte de dernière volonté, mais moins exactement si on adopte le sens que certainement le saint lui donnait, lé mot corps impliquant la pensée de toutes les parties qui le composent.
Cependant la relation, comme on disait alors, des restes de saint Avit, à Orléans, fut l'occasion d'une véritable marche triomphale: les populations accoururent sur leur passage, et, comme le cortège partit au commencement de la nuit, les plaines de la Beauce présentèrent le spectacle d'une immense illumination, et une imposante procession, marchant à la clarté des torches, s'avança en chantant l'hymne du triomphe.
C'est ainsi que le corps du vénérable abbé, disent les annalistes Orléanais, fut déposé dans le lieu désigné par la providence divine : au nord, à cent pas de l'enceinte romaine, entre Sainte-Croix et Saint-Euverte.
Ici une question est posée : les saintes reliques pour les-
(1) T. II, p. 333 du 2« vol. des Mémoires de la Société archéolo" gique et historiqne de V Orléanais , p. 326.
quelles les Dunois avaient fait bâtir une église furent-elles placées, par les Orléanais, dans un lieu profane, sans aucun abri? La question est résolue négativement, et tous les historiens de la ville, moins un, s'accordent pour admettre qu'elles le furent au lieu que nous venons de désigner, et sur lequel éiaiê, dès cette époque^ construite une église sous le vocable de saint Georges.
Cela paraît conforme à l'esprit de ce temps, et même on peut dire de tous les temps. Saint Mesmin avait détruit le dragon qui dévastait la contrée et qui représentait le mal matériel, il était naturel que l'on plaçât le corps de son successeur dans l'église du saint qui est représenté comme ayant combattu et, dans une certaine mesure, vaincu le mal moral.
Cependant, cette église ne devait pas avoir de grandes et imposantes proportions , la population extra muros était peu considérable, celle de l'intérieur avait déjà des édifices consacrés au culte en assez grande quantité pour subvenir à ses besoins religieux; aussi la dévotion de Childebert envers saint Avit Tengagea-t-elle à embellir l'église de Saint-Georges et à l'agrandir.
Il serait difficile d'expliquer cette dévotion de Childebert envers saint Avit, il ne devait le connaître que de réputation : usurpateur de l'héritage des enfants de Glodorair, dont il avait été le meurtrier, Avitus n'avait pu engager, avec lui, des relations bien suivies, si jamais il s'en établit entre eux.
Sans doute, la barbarie et la cruauté qui engendrent le remords peuvent aussi inspirer la dévotion, mais la circonstance qui aurait été l'origine de ces dévotes manifestations est peu favorable à ce récit.
La guerre portée par Childebert en Espagne fut loin d'être heureuse, elle fut même funeste, et rien ne provoquait ce prince à rendre un tel honneur à l'abbé de Mici; et, d'ailleurs, comme il fît bâtir bientôt après, à Paris, une somptueuse basilique, dédiée à saint Vincent, et qu'on attribue cette dédicace à sa dévotion envers le saint patron de la ville de Saragosse, devant laquelle il avait échappé à un grand danger, et une
autre sous le vocable de sainle Croix, il est peu probable qu'il ait construit, en même temps, une somptueuse église, à Orléans, en rhonneur de saint Avil.
D'un autre côté, le caractère et, par conséquent, l'époque de rarchitecture de l'église Saint-Georges plus tard, en même temps dédiée à saint Avit, sont l'objet d'une contestation entre les archéologues les plus compétents ; l'un croit que la crypte, le seul reste du monument que Ton puisse consulter à ce sujet, est d'une date plus récente, l'autre pense qu'elle pourrait remonter à ce règne.
Nous avons cru devoir pencher pour ce dernier jugement, qui est en parfait accord avec le sentiment que nous a inspiré la visite que nous avons faite à ce monument ; le caractère tout à la fois régulier et simple des détails dont il était orné ne s'oppose pas à ce que la basilique puisse être considérée comme ayant été magnifique et splendidement décorée, quoique dans un style encore barbare.
La destruction regrettable de l'église Saint-Georges-Saint- Avit remonte au xv* siècle; le siège de 1429 a exigé ce sacrifice; la crypte est restée, et il devait en être ainsi, car elle a été enfouie sous les décombres du monument supérieur, et il semble impossible de douter que la crypte ait été contempor raine de la basilique qui la couvrait.
Il reste à parcourir le temps qui sépare la fin de cette première période de l'existence du royaume d'Orléans, de l'événement qui réunit toute la Gaule dans la main d'un seul enfant deClovis, Clotaire, qui survécut à ses frères et à ses neveux.
Ce dernier devint seul et unique roi de la Gaule, de l'année 558 à l'année 561 .
On comprend que, pendant ce laps de temps, rempli par des guerres incessantes et des troubles incompatibles avec l'ordre nécessaire pour que la civilisation puisse prendre le dessus et dominer la barbarie, elle dut rétrograder au lieu d'avancer.
Ni les lettres, ni les arts, ni les sciences, ni le commerce, ni même la paix du domicile et de la famille ne purent se faire jour et exister un seul instant au milieu d'une société ainsi tourmentée, «auB direction et sans véritables pouvoirs publics, et qu'au
coatraire, le clergé lui-même, la seule puissance patriotique, morale et scientifique qui ait surnagé dans cet effroyable cataclysme, tomba de sa hauteur dans l'abaissement par l'intrusion dans le clergé d'hommes absolument illettrés, violentant les élections, se livrant à la simonie et à l'hérésie la plus révoltante, ainsi que l'attestent les canons des quatre derniers conciles et que nous le montreront les conciles tenus dans la même ville.
Depuis la mort de Clovis jusqu'à la réunion de toutes ses possessions et de celles que ses enfants ont acquises dans les mains de Clotaire, on compte trois évéques s'étant succédé sur le siège épiscopal : Eusebius, mort en 520, Léon tins, qui lui succéda immédiatement et qui eut, lui-même, pour successeur immédiat Antonius, mais cette chronologie se ressent un peu du désordre des temps; elle n'est fondée que sur la souscription, quelquefois douteuse, de ces prélats aux différents conciles ci-dessus analysés ; on ne peut d'ailleurs fixer la date précise de leur élévation à cette dignité, ni celle de leur mort, ni citer un seul de leurs actes.
L'histoire de la ville se concentre dans la tenue de ces conciles et dans la sainteté de quelques-uns de ses religieux.
Parmi ces derniers, on remarque Liphardus,dont la léuende rattache, dès cette époque, une localité voisine d'Orléans à cette ville, Moung (Magdunum), qui, dans la suite, devint avec son vaste territoire un des fiefs de révèchc, et dont on parle pour la première fois, à roccasiou de Liphard, sous l'épiscopat de Marcus (Marc), successeur immédiat d'Antoine.
On dit que ce saint homme était fils de ce Rigomer, de la famille des Mérovingiens et roi de la ville du Mans, que Clovis a mis à mort, en même temps que Raghenaer, roi de Cambrai, frère de Rigomer.
Liphard avait un frère nommé Léonard ; le premier naquit à Orléans et l'autre au hameau d'Ormes, dans le voisinage ouest de cette ville.
Léonard entra à l'abbaye de Mici ; Liphard s'adonna aux lettres et à la jurisprudence, et fut comte d^ Orléans^ ce sur quoi on reviendra bientôt; mais, parvenu à l'âge de quarante ans.
il entra dans la cléricature et devint diacre; il alla bientôt rejoindre son frère à Mici.
Tous les deux en sortirent, Léonard pour se rendre en Aquitaine, Liphard pour chercher une solitude qu'il trouva au lieu appelé Meung, où, accompagné d'un religieux nommé Urbice, il se bâtit une cellule sur le bord de la Mauve, petite rivière alors à l'état de marécage, qui tombe dans la Loire après avoir parcouru cette contrée depuis sa source, pour cela, appelé Huisseau (l'huis, la porte de Teau), nom qu'elle a donné au bourg bâti auprès de son bassin, entre Saint- Ay et Beaugency.
Marc, alors évoque d'Orléans, ayant été visiter le lieu de Cléry {Cleriacurn), situé sur la rive gauche de la Loire, à quatre kilomètres dans le VaJ, en face le lieu appelé Meung, entendit parler de la sainteté de Liphard, ce qui semble douteux, car il devait le connaître comme moine de Mici, et surtout, s'il est vrai qu'il ait été comte d'Orléans; il eut la pensée d'aller le trouver , et , touché de sa vertu , il l'ordonna prêtre.
Ici nous retrouvons l'histoire du serpent ou dragon, absolument semblable à celle de saint Mesmin ; nous croyons devoir nous borner à dire que le saint solitaire en triompha, comme avait triomphé avant lui le saint qui l'avait précédé à Mici
Les mêmes effets sont le produit des mêmes causes ; ce qui a été dit du dragon de saint Mesmin a été dit par avance du serpent de saint Liphard ; on doit passer outre sans s'y arrêter davantage.
Pour en terminer sur ce point, on dira qu'il avait entre autres mérites le don de prophétie. Dieu lui ayant révélé sa fin prochaine, il réunit les quelques disciples qu'il avait attirés auprès de lui par sa sainteté, et qui vivaient dans des cellules entourant la sienne, il leur fit part de cette révélation, leur donna son fidèle Urbice pour abbé, et mourut l'année suivante. Marc, l'évêque d'Orléans, confirma le choix de Liphard.
Urbice agrandit l'église de Meung, qui ne devait être, alors, qu'une modeste chapelle; il la plaça sous l'invocation de Liphard, à la mémoire duquel on éleva une autre église dans
la ville d'Orléans, afin de consacrer ainsi le lieu de sa mort et celui de sa naissance.
Cette église était située dans la rue Bourgogne, entre la rue des Gobelets et le cloître Saint-Etienne ; cette partie de la rue Bourgogne fut même appelée rue Saint-Liphard.
Erigée en paroisse, quoiqu'elle fut placée entre les églises de Sainte-Croix, de Saint-Etienne et près de Saint-Pierre-le- Puellier et de Saint-Pierre-Empont, elle exista en cette qualité jusqu'à Tannée 1791, et ses bâtiments furent vendus. M. Vergnaud-Romagnesi, prétend qu'on en voyait encore les restes à l'époque où il écrivait (1830).
C'est ainsi que le bourg de Meung, devenu une petite ville importante par son commerce de tannerie, de farine, par son vignoble et son commerce de tonnellerie, apparaît pour la première fois dans l'histoire de l'Orléanais ; son territoire doit à ces religieux, Liphard, Urbice et leurs successeurs, le défrichement et l'assainissement.
Dans ces temps, c'est-à-dire au \f siècle, la contrée tout entière n'était, dans ses terres basses, qu'un immense marécage ; les religieux canalisèrent ces eaux sortant sans cesse de sources abondantes, livrèrent les parties délivrées de ces inondations perpétuelles par des chaussées qui existent encore et qui, resserrant le cours des eaux, lui donnèrent une telle impulsion, qu'on put, de distance en dislance, établir des moulins, d'abord modestes usines, aujourd'hui s'élevant à plusieurs étages, et garnies d'un savant et puissant mécanisme.
La tradition a conservé à ces lieux, par le nom de marais j sous lequel on les connaît encore, le souvenir de ce qu'ils étaient jusqu'à ce que le serpent de Liphard eût été détruit par les mêmes bienfaits <|ui avaient détruit le dragon de Mesmin.
Avant d'aborder un progrès social d'une autre nature, dû aux ordres monastiques , il importe d'éclairer le sens de quelques mots introduits dans la légende et qui doivent égarer l'opinion sur les institutions de ces temps.
On a parlé de magistrature^ de juges ; Agilus est qualifié de comte d Orléans; cette qualification est également donnée à
Liphard. On l'accompagne de ces mots : il 8'€uionna atêx leOres et à la jurisprudence.
Ces propositions sont encore plus légendaires que le dragon et le serpent dont il vient d'être parlé.
Ceux qui ont écrit ces mots ont ignoré ou absolument perdu de vue l'état de la société sous les Mérovingiens.
Nous avons distingué, d'après Montesquieu, Guizot et tous les publicistes, l'ordre légal en trois sections principales : le droit romain, resté loi ierriloriale^ le droit coutumier et le droit salien, resté loi personnelle.
Ce dernier droit n était relatif qu'à la pénalité ; les Francs se réglaient par la loi des bénéfîces, qui les rendaient justiciers dans la circonscription que le lotissement des terres leur avait donnée.
Les Gallo- Romains, que l'on continuait à qualifier de Romains^ n'avaient que le Code théodosien, conservé par l'épiscopat, mais seulement comme règle de leurs propres intérêts.
La loi salique, par la supériorité que les Francs avaient acquise sur les Romains, avait soumis les seconds aux premiers, mais relativement, et dans le cas de voies de fait des uns à l'égard des autres.
A ces mélanges, avons-nous dit, s'était introduit, avec le temps et la fusion progressive des races, le droit coutumier.
C'est ce que Chéruel résume très bien dans son savant chapitre de y Administration de la justice^ où il dit : « Les invasions des barbares ne portèrent nulle part autant de trouble et de confusion; au lieu d'une loi, la Gaule en eut cinq : la loi salique, la loi ripuaire, la loi gombette pour les Burgundes, le forum judicum pour les Wisigoths, le Code théodosien pour les Gallo-Romains. »
Le tribunal se composait de Rachimbourgs, hommes du droit; c'étaient des homrnes libres y des Arhimans, réunis, au nombre de sept, sous la présidence du Graf ou comte.
Incapables d'apprécier les preuves écrites ou orales, ces juges y substituèrent le duel, les ordalies ou épreuves par le
fer chaud, le feu et Feau bouillante, qu'ils appelaient le juge^ ment de Dieu,
Jusqu'au ix* siècle, les populations sont restées, à vrai dire, sans loi, sans protection ; soumises, en théorie, à leurs propres législations, éteintes pour les anciens possesseurs du sol, violentes et barbares pour les nouveaux.
La seule législation qui intervint entre les Francs et les Romains, même sous Gharlemagne, fut la coutume. Jusque-là, et même longtemps encore après lui, l'arbitraire et la force opprimant la faiblesse : voilà le seul droit qui fut en vigueur.
Adrewald, bénédictin de Saint- Benoît, qui écrivait au IX* siècle, raconte un acte de l'administration du comte d'Orléans^ nommé Raho, qui nous donne une juste mais bien triste idée de cette institution, et nous autorise à la considérer avec effroi dans les temps antérieurs.
Ce comte, qu'il nous représente tout à la fois insolent, astucieux, et surtout d'une cupidité qui le rendait cruel, « cupiditate vero crudelior effectus, » voyait avec peine que tout le territoire d'Orléans lui fût soumis, excepté le monastère de Saint- Benoît : « Cœnobio duntaxat, sancti Denedicti excepta; » il forma le projet de s'en emparer, après avoir fait mourir Rodulfe, son abbé : t Consilium habuit, abbate Rodulfo interfecto^ prœfatum praeripere cœnobium. »
Il semble inutile d'aller plus loin ; ce qui vient d'être extrait. du livre d'Adrewald suffit pour qu'on sache à présent à quoi s'en tenir sur la jurisprudence, la magistrature du règne des Mérovingiens, et aussi sur le sentiment historique qui animait les relations des écrivains du vi^ au x*' siècle.
Dès avant saint Liphard, dont on place les actes à l'année 553, et dix ans auparavant, un événement mémorable était arrivé, ainsi qu'on le dira bientôt.
Ce fut en l'année 497 qu'eut lieu la vocation de saint Benoît, fondateur de l'ordre des Bénédictins, et que lui fut confié Maur, qui devait être son continuateur.
Ces deux saints personnages surent introduire dans la vie monastique, jusqu'alors abandonnée à la piété individuelle de ceux qui l'embrassaient, une règle qui devait épurer leurs
mœurs et les conduire à exercer une influence considérable sur les générations à venir.
Saint Benoît et saint Maur n'eurent pas cette seule gloire ; ils eurent encore celle d'introduire dans leur ordre un germe de science qui prit prompteinent les plus grands et les plus salutaires développements, leurs monastères devinrent les archives du monde chrétien.
La ville d'Orléans devait, bientôt et l'une des premières, profiler de celte heureuse innovation dans le monde religieux et monastique. Elle vit arriver dans son voisinage d'abord, dans son enceinte ensuite, des phalanges détachées de la collégiale du mont Cassin, envoyées sur tous les points où florissaît le christianisme pour y porter l'exemple de la discipline, de l'humilité, de l'oubli de soi-même, et aussi le flambeau de l'étude éclairant les populations, surtout les plus humbles, et conservant pour les générations qui devaient se succéder le secret des générations ensevelies dans l'oubli des temps les plus reculés.
Ces bienfaits ne se réalisèrent pour la ville d'Orléans qu'à la fin du vu® siècle ; mais ils se préparaient dès l'année 543, époque à laquelle, sous Tépiscopat de Marc, saint Maur vint dans cette ville et y passa quelques jours.
Le temps n'était pas encore venu, pour cette contrée, de posséder ces infatigables et modestes travailleurs ; mais cette première visite du disciple et du successeur de saint Benoît semble un fait assez considérable pour être signalé, et cela avec d'autant plus de raison qu'elle coïncida avec les conciles dans lesquels l'épiscopat de la Gaule s'elforçait de maintenir par des décisions pleines de sagesse et de modération et de défendre le christianisme menacé, sinon de disparaître, au moins de voir s'altérer la majesté de ses dogmes et se corrompre la pureté de sa morale.