‹ Histoire de la ville de Brie-Comte-RobertChapitre 16 sur 58 · IIISTOIRE DF. LA VILLE · texte numérisé non relu

IIISTOIRE DF. LA VILLE

Quocumque domînus BMve En quelque endroit que le du\trit vel feceril forum suum, seigneur de Brie tian^fcre ou five omnia que habebat ecclesia in son marché. l'Eglise jouit de tous foio illo ubi prius siium fueral, les droits et de toutes les rcdc— habebit eadem ecclesia Parisien- vances dont elle jouissait sur la sis ubi (luclum vel factum fueril place où se tenait I ancien marin posierum. cbé et elle en jouira de même en quelque endroit que serait iransféié le mardis dans l'avenir.

Apposilion lies scc\iii.v Quod, ut lalum et fiunum sît, Pour ralifier et confirmer ce prcsenlem paginam sigillorum que dessus nous avons apposé nostrorum appositione conlirma- nos sceaux sur la présente page.

Liidalcdecet important document n'est point cuntrovcrs

(i)Scf»uroncideîînim.

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DE DRIIi-COMTE-ROBERT I2r>

Guérardia fixe à Tannée 1208 (i209nouvcau style (i)^ « Aclum m\o 1208 » écrit-il au bas du texte que je viens de transcrire et il ajoute en note « sic scriplinn in codice nolis arabicis et nxentiore manu. )> Mais il ne met pas en doute cette date, quoique écrite en chilïres arabes et d'une main plus récente • Parailleurs (2) il se montre plus explicite à ce sujet. La charte en question serait du mois de janvier « Actum Parisis anno Jbincanutiofîc Domini îM. CC, octjvo, mensejanuario »

Ce n est là qu'un point de détail sur lequel il est à peine besoin de s'arrêter. Ce qui est certain, c'est que la transaction définitive entre le seiirneur de Brie et l'église de Paris appartient aux toutes premières années du XIIP siècle. Elle en consacre, en quelque sorte, le début, mettant un terme à des contestations diverses et venant après d'autres tentatives du même genre.

Le Court préambule de la charte laisse échapper quelques choses de ces contestations, je trouve la preuve de précédents àccoïà^, dans un Mémoire adressé à rarchevéque de Paris, en ly^^i.lou ultérieurement) sur l'hôpital de Brie (3) où il est dit:

" Il est vraisemblable qu'il avait été, par la charte de partacrc de 829 (4) réservé à l'Eglise de Paris quelques droits ^"^urBric, car on voit qu'en 1 1()5, Robert 2 et sa femme tran- ^i^ent avec la même b^glise sur ces droits et, après de nouvelles diflicultés, passent avec le chapitre de Paris l'accord Je i2()8. »

Je ne m'attarderai pas à relever les contradictions qui peuvent se rencontrer dans la partie du Mémoire que je viens

(') '1 est a peine utile aujourd'hui, c«r c'est une chose que tout le monde sait, de dire que Jnnce, autrefois, commenç^iit généralement à Pâques. Le mois de janvier i2d3 appartenait "onc a l'aunée 120) d'après le nouveau mode mis en vigueur sous Charles IX.

^2) Ton»? II. p. 24S.

î)A.N. LL. 185. p. 5O9.

U* Au commencement du cf siècle, dit le Mémoire précité, Braye. présentement dit Brie, "^ «-tait quun village et une simple paroisse de campagne. La terre et seigneurie de Brie apparte- '^sifntarHglisedeParis. Suivant qu'il avait été ordonné, dans le 8' concile de Paris ouvert le 6 juin 82(). Incade, évcque de cette ville, y présenta une cl.aitc qui contient le partage entre lui " '<^s chanoines des biens de la cathédrale. Cette chatte fut approuvée et souscrite parles fVw-ques et archevêques du concile. Incade. qui était aveugle, n'ayant pu souscrire, y fît une ^^f^ou pour marque de sa signature. Par ce partage.laterreet seigneurie de Brie furent comprises aulot lie l'cvéque. L'un des successeurs d'Incade vendit ces terre et seigneurie avec rétention de la mouvance en plein fief foy et hommage au.x cvéques de Paris...»* (V.pius haut. p. 84.''

de citer. Je me borne à constater que son rédacteur semble avoir eu connaissance de transactions — probablement partielles — entre le seigneur de Brie et l'Eglise de Paris. De ces transactions, une, au moins, était de 1 195.

Cette remarque ne peut que donner une autorité, une importance plus grande à la charte de 1208 dont le texte est arrivé, intact, jusqu'à nous. Cette importance, Guérard Taffirme dans ses prolégomènes du cartulaire de Paris. M. G. Leroy, le remarquable auteur de l'histoire de Melun, s'y arrête également (i) pour apprécier l'état des personnes et des propriétés à Brie-Comte-Robert au commencement du XIIP siècle.

« Quelques uns deshabilants, dit-il, y sont serfs de l'évêque et du comte, ne jouissant d'aucune liberté personnelle ou civile, soumis envers leurs seigneurs à de nombreux devoirs féodaux, à des services en nature, des corvées et des redevances, celles-ci non excessives il est vrai, mais qui sont généralement blessantes pour la dignité humaine. Cependant ce qui ressort des termes de cette charte, c'est que l'arbitraire absolu n'existe pas. Il y a progrés sur les âges précédents. Les services, auxquels les habitants de Brie-Comte-Robert sont tenus, sont fixés par un contrat ; ils peuvent en appeler à la justice, et, dans beaucoup de cas, ils sont crus sur serment.

(( Il faut remarquer le rôle du serment dans les rapports des vassaux avec leurs feudataires. Déféré aux vassaux, le serment les libère des créances ou i-edevances injustement réclamées. Il les exempte de servir à la guerre ou de suivre leur seigneur dans ses chevauchées s'ils jurent qu'ils n'ont pas d armures ; il les affranchit des droits perçus sur le bois introduit dans Brie s'ils déclarent qu'il provient du bois de Cocigny. Si l'on attachait autant d'importance aux effets du serment et à sa valeur, c'est qu'à cette époque de croyances religieuses, on ne le prêtait pas vainement et que la mort semblait préférable au parjure. ))

Si justes que soient ces considérations générales, une remarque s'impose. Elles ne s'appliquent qu'aux hôtes de l'Eglise pour lesquels la charte a été spécialement dressée. On sent qu'elle n'a d'autre but que de mettre fm à des conflits devenus intolérables.

(i) Us Coutumes de BrU-Comu-Robcrt au XJll' sicde par M. G. Leroy. (Melun, 1896, in 18'.)

DE 13Ril:-comte-robert 127

Si l'on veut bien se représenter la situation du terroir, on comprendra la nature et on devinera Torigine de ces conflits.

Les habitants de Braya, à l'étroit sur leur ilôt, s'étaient répandus au dehors et leur nombre s'était évidemment accru, grâce aux années de tranquillité intérieure relative dont on jouissait dans les dernières années du XIP siècle. Les encouragfements de Robert I et de son fils, en ce qui touche le marché, durent surtout amener à Brie une population commerçante ou vivant du commerce. Les cultivateurs, tout au contraire, se groupèrent, pour la majeure partie, sous la tutelle de l'Eglise, par cela même que celle-ci s'était réservée — comme je l'ai déjà fait observer — la portion productive du terroir. Entre ces deux éléments, l'un étranger au sol, l'autre faisant corps avec lui, tous les deux ayant des occupations dilTérentes, des contestations ne pouvaient manquer d'éclater. Ceux-ci se réclamaient du seigneur, qu'ils considéraient comme tout puissant parce qu'il était de sang royal, ceux-là s'abritaient derrière la juridiction ecclésiastique, la rivale en puissance de celle du seigneur. Les marchands qui fréquentaient le marché, sous la protection d'un prince, devaient résister aux injonctions des agents de l'Eglise et les i^ujets, serfs ou vassaux de celles-ci, se refusaient à rendre au i^eigneur les devoirs qui lui étaient dus.

Tout cela se retrouve dans la charte qui précède, pour qui veut lire entre les lignes. On y sent, en quelque sorte, les difficultés pendantes par le soin avec lequel elles sont prévues et résolues. Mais, je le répète, à ne la considérer que dans son ensemble, le document que j'ai reproduit in extenso ne s'occupe que des iroits et devoirs des hôtes de TEglise. C'est une charte transactionnelle, rien de plus. Sans doute, comme le fait très justement remarquer M. Leroy, elle éman- <^ipe, en partie au moins, au point de vue moral, toute une catégorie d'habitants, mais elle paraît au premier abord muette sur le sort d'une autre catégorie, celle des sujets directs, des hôtes du seigneur. Il n'est rien dit de ceux-ci, sauf deux ou trois allusions établissant que les hôtes de l'Eglise

FV D F S t. Nfcr KPF C E OTCL D t-L

qu« ^^H

doivent dans certains cas agir ou être traités comme les autres hommes de la ville (ville). Ce n'est donc point une charte communale, au sens absolu du mot. Néanmoins, on y peut démêler comme un reflet de l'émancipation qui caractérise cette époque. Je n'ai nulle prétention de faire ici l'historiquo du mouvement communal ; on sait que, suivant les besr>ins de leur politique, les rois se montrèrent, tantôt lavorablos, tantôt hostiles aux associations urbaines, que la noblesse eut à leur égard une attitude variable et que le clergé ne cessa de les combattre. Sous Philippe-Auguste, noti.\ mment, il y eut comme une recrudescence dans la formation des villes libres. Les seigneurs favorisaient leurorganisation pour créer, parexemple, des centres d'industrie et de commei-ce. Il ne serait pas étonnant que les comtes de Dreux aieo t agi dans ce sens pour Brie-Comte-Robert, n'eut-ce été quo pour le développem.ent du marché, dont on sent toute l'importance en lisant la charte ci-dessus.

^Cc serait-ce pas ainsi qu'il faudrait entendre ce passage de la charte >

« Hospites ecclesie debent fjcere fidelitatem domino Braye,

cum communi ville... » Lss hôtesde l'Eglise doiv^ent serment

de tîdélité au seigneur de Brie, avec la ville commune. Il me

parait impossible de trouver une traduction plus exacte. Si

le rédacteur eut voulu exprimer l'idée d'un serment de tidé-

Ulé prêté en commun, il se serait servi du mot : communiler,

en commun, ensemble. Ville commune me parait devoir être

interprété comme il suit : la ville élevée au rang de commune,

ayant droit de commune, la ville-commune, par opposition

aux ville — et on sait que ce nom était donné à n'importe

quel groupement de maison — qui n'étaient pas commune.

Or, cette ville commune c'était Brava ; la charte le dit net-

tement. « Apud Brayam in lerra Béate Marie (à Tarticle des

corvées),; auprès de Brie, dans la terre de la Bienheureuse

*Marie... » La signification (Xavud ne saurait faire doute

quand on lit l'article de la charte relatif à la borne limite.

« Meta que dividit terram ecclesie a terra domini Brave ; la

l3o HISTOIRE DE LA VILLt^.

borne qui sépare la terre de TEg-lise de la terre du seigrneur. » Il s'agit bien là de deux terres différentes quoique limitrophes, ayant chacune leur seigneur. Et, ce qui vient fortilier cette manière de voir, c'est le passage relatif aux délits commis par les étrangers. « Si in ten-ade Braye ecclesie fot'is facerint, . . justitia est ecclesie. . . et in villa Braye judicabiintiir ; s'ils commettent le délit sur la terre de TEglise de Brie... ils sont justiciables de TEglise... et ils sont jugés dans la ville de Brie. »

La ville de Brie, ville-commune à mon sens, et la terre de TEglise étaient donc deux choses absolument distinctes. Les habitants de l'une et les hôtes de l'autre avaient leurs juges distincts, leur seigneur distinct, leurs droits distincts. C'est ce qui ressort implicitement de la clause relative aux étrangers. C'est parce que ceux-ci sont déclarés sujets du seigneur, même s'ils habitent la terre de l'Eglise de Brie « omnes albani de terra de Braya ecclesie s uni domini Brave » qu'ils sont jugés dans la ville bien que les amendes prononcées à leur encontre appartiennent à l'Eglise, si le délit pour lequel ils sont punis, a été commis sur sa terre. Nous allons voir bientôt, d'ailleurs, apparaître les hôtes du seigneur dans une charte qui leur est propre. Du reste, ces hôtes du seigneur sont, à n'en pas douter les alii homines ville dont il est deux ou trois fois question dans le document de 120S.

Ainsi apparaît la villa, le caslrum énoncés dans les chroniques de Rigord et de Guillaume-le-Breton, à propos du brùlement des juifs. Castrum si l'on s'en tient à l'îlot sur lequel s'élève le donjon de Robert I, de Dreux ; villa si on englobe tous les hôtes du seigneur de Brie, réunis autourde ce point. (]e n'était pas, en effet, sur la terre de l'Eglise que l'on pouvait chercher des juifs, puisque l'Eglise, on le voit par la charte de I2u8, se défendait de leur donner asile ou tout au moins ne pouvait les recevoir « Jiidœos non potest habere ecclesia in terra sua apud Brayani », ce n'était que dans la ville de Brie a villa Braye )>.

J'ai déjà fait pressentir, à la fin du chapitre précédent.

bE BRIE-COMTE-ROlîERT I.H

quelle était au point de vue du sol là situation respective du seigneur et de l'Eglise. La charte de 1208 justifie mes observations premières. Reste à savoir où pouvait se trouver la borne-limite dont il est question dans le document ci-dessus.

Il existait, en réalité, deux marchés, voisins et limitrophes : celui du seigneur et celui de TEglise. Le premier nous est nettement spécifié par la charte ci-dessus ; c'est le forum domini Brave, qu'il pouvait changer — que peut-être il médi-lait de changer — de place, à ce que semble dire la charte que nous étudions. L'existence du second marché nous est révélée par l'arrêt de Servon (i), contirmatif du reste d'une situation facile à comprendre. C'est le marché spécial à l'Eglise et relevant immédiatement de sa juridiction, c'est-àdire établi sur la terre qui lui appartient. Ce marché, que nous retrouverons dans la suite, lorsqu'il sera question des procès du sieur Verthamoni portait en dernier lieu le nom de tiefet prévôté de Saint-Denis. Il était situé là où est aujourd'hui la place de l'nôtel-de-\'ille et la disposition des lieux i^ontre qu'il faisait la suite du marché du seigneur établi sur lii place du Marché actuelle.

Les deux places, séparées, dans le moment présent, par un petit norribre de maisons, n'en faisaient assurément qu'une seule au commencement du XîlL siècle ; une partie <ie celle-ci était du territoire seigneurial laïque, l'autre était ^u domaine ecclésiastique; de sorte qu'on peut conclure que •i^ borne qui limitait les deux juridictions devait se trouver à très peu près à l'intersection de la rue des Halles et de la rue ^^ l'Eglise, au carrefour qu'on a appelé jusqu'à la fin du 18^' siècle le coin Cantin. Sur le marché de l'Eglise — qui fut la

0) Cet arrêt, qui servira plusieurs fois, dans ce travail, à établir des points controversés de I histoire locale, date de i66f). Il fut prononcé par le Conseil du Roi à la suite de requêtes dressées par l'archevêque de Paris ; Henry de Lionne, chevalier, seigneur de Servon : Joan- Uaude Tartereau. écuyer. sieur de Berthemon ; Claude de Marie, écuyer. sieur de Forcillc.et Jean Perrin, bailly de Brie-Comte-Robert, contre François de Verthamon. sieur de Villemenon ^'«requêtes portaient sur différents droits que le sieur de Verthamon s'était à tort ou à raisonattribués. Par suite, les considérants de l'arrêt visent des titres antérieurs, des documents "ont ils donnent la teneur, ce qui sert à fixer certains points de l'histoire locale. L'abbé Le- '^^uf scst à plusieurs reprises appuyé sur ce document pour la rédaction de sa notice sur Bric-Comte-Robert.

place du Marché aux pourceaux — le seigneur de Brie n'avait que des droits, mais nulle justice, ce qui explique pourquoi en 1416, 1448, 1472, les religieux de Saint-Denis, alors détenteurs du dit marché, obtinrent des lettres royaux contre le prévôt de la justice du duc d'Orléans (seigneur de Brie) « lequel entreprenait sur la justice des religieux «.De même sur le marché du seigneur de Brie, l'Eglise percevait des droits, mais n'avait pas de justiciables. Tout cela résulte d'ailleurs de la charte de 1208 qui explique clairement cette situation quand on l'analyse de prés.

Il est naturel qu'une sorte de concurrence s'établit entre les deux marchés et, par suite, on peut inférer que le seigneur de Brie fit tous ses efforts pour donner à son marché le renom qu'il a conservé jusqu'à nos jours bien que considérablement amoindri aujourd'hui. Nous verrons ce que firent les religieux de Saint-Denis pour soutenir cette concurrence et attirer à eux une partie du commerce, lorsqu'ils furent les possesseurs du marché de l'Eglise.

Le seigneur de Brie s'efforça d'attirer les étrangers, de leur faciliter l'accès du territoire, de les protéger. Une colonie juive fut appelée à Brie et vint se fixer aux alentours du Marché. Des bâtiments s'élevèrent pour abriter des marchands permanents ; nous en parlerons plus loin quand il s'agira des halles. Le seigneur de Brie n'oublia pas également qu'il faut à cette foule, qui fréquentejes lieux de commerce, un abri pour ceux que la fortune n'a pas favorisés et c'est à lui que l'on doit sinon la fondation, tout au moins le développement de la Maison de Dieu. On sait combien ces établissements hospitaliers s'ouvraient non aux malades, mais aux voyageurs pauvres ou peu fortunés qui se trouvaient dans la nécessité de séjourner temporairement au lieu où ils se trouvaient.

Telle est l'origine de la Maison-Dieu de Brie-Comte-Robert comme de toutes les autres. L'étranger savait trouver au marché de Brie un accueil bienveillant, plein de sollicitude, c'était, en soi, la meilleure manière de l'attirer, de le retenir,

BRIE-OOMTÎi-ROKirr K\>

et conséquemment d*achalander ce rendez- vous commercial et en grossir, par voie de oiinsequence. les pp>lîls.

Peul-êlre Robert I. de Dreux, eui-il la pensée de cet établissement, ce qui me paraitrait assez kigique. En tout cas. on en fait l'honneur à s-in lîls Robert II. Il est \Tai qu'une pièce documentaire, constituant le lien lepîus anciennement connu entre le seigneur de Brie et la Mais-im Dieu de cette ville, metencauseRobertII.ee qui explique p:»urquoi celui-ci a été considéré comme f«»ndateur de cet établissement de bienfaisance. Une lettre du pape Innocent III. en date du 21 septembre I2l»7. nous apprend que Robert de Dreux, se précKTcupant de ce que la maison Dieu de Brie manquait de chapelle, a eu la pensée d'en élever une et d'y installer un chapelain qu'il rétribura à ses frais. Le pape en instruisant l'évêque de Paris de l'intention de Robert, donne son approbation sous résene des droits de la paroisse (i).

Ce document est la preuve même que la Maison de Dieu de Brie existait déjà avant 1207. puisque le seigneur de Brie se propose de la doter de la chapelle qui lui manque ; il est la seule preuve dont on se serve pour établir que Robert II est le fondateur de l'HOtel-Dieu.

Dans le Mémoire adres«^é à Tarchevêque de Paris (2), on lit, en effet :

« Ce fut en cette même année (1208) que Robert II fonda l'Hùtel-Dieu sous l'épiscopat d'Eudes de Sully. Ce fait est

'OGufrarJ dans le CartaUr: d: Sjtri-Dm: d: Paris (t. I, p. 4^' donne le texte de cette i^tre. Je la reproduis, puisqu'elle est un des éléments constitutifs de l'histoire locale.

^i Cipella domus Dei de Braya cottitis l(ohirt:.

21 septembre 1207. — Innocentus episcopus. servus servorum D.m, venerabili parisiens! 9'**opo, salutem et apostolicam benedictioneni. Dilectus filius, vir nobilis Drogensis cornes intiraare curavit quod. cum domus Dei de Braia, parisiensis diocesis, oratorio careat. ipse ibidem de suis facultatibus capellam œdificare et sacerdotero disposuit, cui de bonis propriis çompetens vult beneficium assignare. Cum erg"», tanquam vir sapifns. nostrum requitat »M«nsum, pium propositum ejus impedire nolentes, fraternitati suac. per apostolica scripta, ™«ndamu$, quatenus infra septa domus Dei, justa pretaxati nobilis petitionem, capellam «dificari permittatis et instituas sacerdotem, salvo in oninibusjure parrochie illiutcujus intra ^nninos memorata domus fundata est.

Oatum Viterbii XI* Kalend. octobris pontificatus nostri anno X.

(2) Ce mémoire, auquel j'ai fait allusion, appartient aux Archives Nationales oi il fi jure sous la cite 185. LL. p. 569.

104 IIISTOIRK DE LA VîT.LE

prouva par une lettre du pape Innocent III, élu pape le 8 janvier i ic)8 et datée de la ic année de son pontiticat. »

Une notice manuscrite qui se trouve aux archives de rilôtel-Dieude Brie, mais dont la rédaction est du i8" siècle, s'exprime ainsi à ce sujet :

« On ignore le nom du fondateur, mais une lettre écrite par le pape Innocent III à l'évêque de Paris, au sujet d'une chapelle, fondée à Hrie par le comte de Dreux, fait présumer que c'est ce prince qui en est le fondateur, parce que dans la ville de Brie, il n'y a jamais eu d'aulre chapelle que celle de riIàlel-^Dieu et d'ailleurs parce que ce comte de Dreux nommé Robert, 4" tils de Louis VI, dit le Gros, était seigneur de Brie par apanage. » Il serait difticile de trouver une rédaction plus inexacte et plus incertaine.

D'ailleurs, tout le monde n'est pas d'accord pour attribuer à Robert de Dreux la fondation de cet établissement hospitalier. Dans une note qui me fut communiquée par M. Camille Bernardin, malheureusement sans références, il est dit :

« L'Hotel-Dieu de Brie-Comte-Robert fut fondé, selon les uns, en r2()8 par Robert de Dreux, deuxième comte de Brie ; selon les autres vers l'an 1200 par Alexandrine de Pons, comtesse de Champagne, qui aimait à soulager les pauvres et même les visitait souvent pour les consoler de leurs maux, afilictions et soulïrances. »

Il est au moins curieux de retrouver encore une comtesse de (Champagne mêlée, à ce propos, à l'histoire de Brie, comme nous en avons eu une, plus haut, à propos du brùlement des juifs. Mais je ne suis guère plus convaincu de l'intervention d'Alexandrine de Pons dans les affaires de Brie que je ne l'ai été de celle de la veuve d'IIenri-le-Libéral. Ce que je relève dans la note de (Camille Bernardin, c'est que son rédacteur fait remonter la fondation de THôtel-Dieu à l'année 12a). En cela, elle parait plus rapprochée de la vérité que ceux qui placent cette fondation en 1208. La lettre du pape Innocent III le prouve surabondamment puisqu'en 1207, THôtel-Dieu

DK BRIE-COMTE-ROBERT l3r>

existait déjà et que Robert II demandait Tautorisation d'y

construire une chapelle.

Voici ce que dit à ce sujet M. Léon Le Grand :

«D'après une note conservée aux archives de cet hôpital (de Brie-Comte-Robert), sa fondation remonterait à Tannée \2œ et serait due à la comtesse de Champagne. Cette attribution est fort douteuse, puisque la seig^neurie de Brie, n'appartenait pas au comte de Champagne, mais la date indiquée est vraisemblable, car, en 1207, le comte de Dreux, voyant que la Maison-Dieu de Brie, n'avait pas encore d'oratoire, sollicita du pape l'autorisation d'en construire un à ses frais et d'y établir un chapelain. Innocent III lit droit à cette requête et prescrivit à l'évêque de Paris d'en permettre Térectirm sauf la conservation des droits de la paroisse. La Construction fut-elle ajournée ou la chapelle fut-elle promptement ruinée r nous ne savons. Toujours est-il qu'en 1282, Innocent IV dut renouveler cette autorisation et y ajouta le Jroit de posséder une cloche (i). »

L'érudit écrivain me parait avoir nettement tranché la question. Mais en faisant tomber la légende qui donne, à tort, l'année 1208, comme étant celle de la fondation de notre Hôtel-Dieu, il ruine également celle qui. croit retrouver la chapelle éditiée par Robert II dans la salle qui nous reste de l'ancien Hôtel-Dieu. (V. la planche de la page 81.)

Il est vrai que le service divin a été très postérieurement célébré dans cette salle. Le plan par terre que je reproduis d'après les archives de THôtel-Dieu, le plan par terre avec coupe et élévation, que je donne également grâce à l'obligeante communication de M. Blondeau, inspecteur des monuments historiques, montrent bien que cette portion d édifice a servi de chapelle. Mais la disposition même du lieu indique clairement que ce bâtiment n'étaitpas, à l'origine, destiné à un service religieux.

On voit, en effet, que, pour obéir à l'orientation usitée, si

{\) Ui Maisons- DUu et léproseries du diocèse de Paris au. milieu du XIV* siècle, d'après le registre de fiiites du délégué de l'évêque (i jfi -i ^ôcj) par Léon le Grand (Mémoires de la société de THistoire de Paris et de Tlle de France, tome XXIV, p. 60-

i ub:l^(:inn:cnlpar M. BI(nd;3u, \myto

l38 HISTOIRE DE LA VILLE

non imposée par la liturgie, on a été obligé de placer Taiitel et de disposer le chœur de la façon la plus incommode et la moins rationnelle. Il est certain que ce n'est pas là lachapelle que fonda Robert II.

J'emprunte encore à M. Léon Le Grand son opinion à cet égard :

«... Comme dans toutes les constructions hospitalières du moyen âge, écrit-il, la partie essentielle du b:\timent de rilôtel-Dieu consistait en une grande salle destinée au logement des pauvres, et c'est cette salle que Jean de \'illescoublain (i), ici comme dans ses autres procès-verbaux, désigne sous le nom d'Iiospitatitas. A Brie, d'après une reproduction donnée dans Y Architecture civile et domestique, une rangée de quatre colonnes, offrant le caractère architectural du XIIL siècle partageait la salle des pauvres en deux nefs. »

Les auteurs de Y Architecture civile et domestique {-i) cités par M. Le Grand, s'expriment comme il suit : « Le plan par terre est de la plus grande simplicité. Il présente une salle voûtée (3) qu'un rang de quatre colonnes divise en deux nefs. La longueur de cette pièce est presque double de sa largeur. Deux portes lui servent d'entrée, l'une antérieure sur la voie publique, l'autre ouverte en face conduit sur une cour. Deux fenêtres les accompagnent sur chaque façade et deux autres sont percées sur le petit côté du parallélogramme. Huit baies portaient l'air et la lumière sous les trois travées de voûtes à nervures qui abritaient sans doute deux liles de lits disposés perpendiculairement à l'axe longitudinal. »

(]ette disposition intérieure parait assez judicieusement déduite, car en plaçant les couches, tète à tète, le long des

fi) Ce Jean de Villescoublain (ou de Villacoub'ay) nous intéresse indirectement, nonseulement parce qu'il visita, comme délégué de i'Evéque de Paris, nos établissements hospitaliers, mais parce qu'il était — ainsi que nous l'apprend M. Le Grand — prêtre et doyen de Saint-Thomas-du-Louvre ; or, nous savons que l'Eglise de Saint-Thomas-du-Louvre avait été fondée par Robert 1, de Dreux, 'et que ses chanoines étaient rétribuéssur les dimes de Brie. Jean de Villescoublain mourut àCorbeil, le II octobre 1552. à la suite d'une maladie contractée au cours d'une station à la léproserie de Corbeil (Cf. le travail de M. Le Grand, cité notep. 135,.

(2) Vcrdicr et Cattois, l'Architicture civile et domestiijue, 1857, in-4" 11, p. lof) et 107.

(j) V. le plan en coupe et élévation dressé par M. Blondeau (fig. p. 137).

DR BRIE-COMTE-ROBF.Rt 1^9

colonnes, il restait un espace très suflisant pour circuler tout autour.

On voit que cette portion de bâtiment de THôtel-Dieu ne pouvait avoir été, dans le principe, destinée à un édifice reli. irieux. J'ajouterai que l'inscription dont il restait encore des vestiiires sur la fij^rande porte au i8** siècle (i) : « A l'Hôtel-Dieu pour les pauvres, tout vient de Dieu » laisse parfaitement entendre la destination primitive de cette portion de bâtiment.

Où se trouvait alors lachapelle fondée par Robert II ? Cette chapelle a-t-elle même jamais existé ? M. Léon Le Grand, nous lavons vu plus haut, paraît en douter. « Sa construction, dit-il, fut-elle ajournée ou la chapelle fut-elle promptement ruinée ? Nous ne savons. » Guérard, en eilet, résume dans le Cartulaire de Nntre-Dame-de-Paris (2) v trois lettres, par lesquelles le pape Innocent IV, donne aux frères de la Maison de Dieu de Brie (3) l'autorisation d'élever une chapelle dans leur maison (in eoriim domoj et d'avoir une cloche, en donnant mission à l'évèque de Paris de nommer le chapelain. »

Ceci me laisserait à penser que la construction du bâtiment dont nous avons encore sous les yeux la façade ne fut pas exécutée aussitôt qu'on pourait le croire. Sans doute, comme je l'ai dit et comme d'autres l'ont écrit, la Maison de Dieu existait avant 1207, ^^ P'^^ probablement dès la fin du \IV siècle. Mais il est fort possible qu'au moment où on s'apprêta à édifier la chapelle de Robert II, d'autres projets suririrent. Peut-être trouva-t-on les anciens bâtiments insuffisants ; peut-être aussi songea-t-on à déplacer la salle destinée au lotrement des pauvres, pour la rapprocher du Marché par exemple. Il ne serait pas impossible que l'établissement hospitalier qui nous occupe eut été situé de l'autre côté de la rue des Halles. On trouve dans les caves

O: «. ... Une inscription gothique dont il reste des vestiges sur la porte où on voit ces mots gravés sur la pierre...» (Note relevée aux archives derHôtel-Dicu de Brie-Comte-Robert).

2; Tome III. p. 252.

(3 L'Hôtel-Dieu, dit M. Léon Le Grand, d'après le registre des visites, était, en 1551. administré par deux frères et deux sœurs. Il résulte des lettres d'Innocent IV que les frères l'administraient en 1252.

Î40 Histoire de la viLLr!

des maisons situées en face l'Hôtel-Dieu des traces de constructions importantes. Sans parler de la cave de la maison Lépagnol (i), il existe sous la maison Jourde, au droit de la deuxième arcade à gauche de la façade du vieil Hôtel-Dieu, une cave voûtée, divisée en deux nefs par un rang* de colonnes portant actuellement trois travées visibles de voûtes à nervures, c'est-à-dire présentant le même caractère architectural que l'ancien bâtiment de l'Ilôtel-Dieu. Cette cave voûtée est longitudinalement orientée de l'Ouest à l'Est ; elle peut très bien, par conséquent, avoir servi de sous-sol à une chapelle. Le soin avec lequel ce travail de maçonnerie a été exécuté permet de supposer que l'éditice qui le surmontait devait présenter un intérêt exceptionnel. Peut-être, à l'origine, les bâtiments de l'IIôtel-Dieu étaient-ils situés sur cet emplacement ; il se pourrait alors que, en cette place, ait été élevée la chapelle de Robert. Dans ce cas, chose peu vraisemblable, ou bien cette chapelle n'aurait pas été terminée ou elle aurait été démolie lorsqu'on construisit le bâtiment dont il nous reste les ruines. Il peut se faire aussi que lors de l'érection de ce bâtiment, la maison des frères de la Maison de Dieu fût demeurée dans les locaux anciens et que la cave de M. Jourde fût le sous-sol de la chapelle qu'ils furent autorisés à élever en 1252. Enfin, ce peut être sur ce point spécial qu'existait la primitive salle des pauvres qui aurait été remplacée par celle dont la façade demeure encore debout, (c En i35i, dit M. Léon Le Grand, les bâtiments de l'Hôtel- Dieu étaient en bon état et on en construisait même de nouveaux. » Je déduirai assez bien de cette remarque, empruntée par son auteur à l'étude du registre de visites dont il fait l'étude, que le transfert de la Maison de Dieu s'achevait alors et que les constructions, tout d'abord élevées sur le nouvel emplacement, n'étaient pas extrêmement anciennes, à cette date. Ceci tendrait à donner quelque poids aux hypothèses qui précèdent.

(i) Une vieille tradition veut qu'il y ait eu une synagogue sur ce point. (Angle de la rue de^ Halles et de la rue appelée actuellement rue des Juifs.;

rchitccturi lemeureab

J'ignore où M. I.i><>n I.o

Grand a puise ce renseifjrnemcnt, mais il aflirme a façade qui imus reste est de KÎ4>H. ^'e^die^ et. (^attois ■!iil-!cturc cirile cl domL'sILjiii.' cinnmc un mrinument du . .\1. Hlonjeau dit que son die le XIII'- siècle (i). je ;nt de leurs avis. Il m'a semblé t'iutcfiiis qu'il ne serait pas absrilument impassible de mieux préciser la date probable de la cijnstructinn.

Si on jette un coup d'ceil sur le miitii" architectural ser\-ant de frontispice ù ce chapitre, on sera frappé de l'analoyic qui existe entre le trilobé de la porte d'entrée de l'IIôtel-Dieu et celui qui encadre la partie supérieure de la tombe de Robert U. Par le dessin qui borde cette page, dessin reproduisant l'encadrement de la tombe de Robert III. tils du précédent, on peut se rendre compte du chemin parcouru par les architectes de la région. Ici l'influence des croisades se fait si bien sentir que la tombe de Robert III en porte l'empreinte caractéristique : en même temps le trilobé s'aftîne en une ogive pron(incée qui laisse déjà, loin derrière elle, la courbure de la tombe de Robert II.

Or, la première tombe a été exécutée en i-Jit) (date de la mort de Ri)bert H) ou i-j-ju et la seconde est datée de 1-233. Il y a donc tout lieu V de croire que la fai^ade fut exécutée soit du

S vivant de Robert II, sfiit dans les toutes prc-

1 mières années qui suivirent sa mort.

se pourrait même, à en juger par l'archivolte d'extrémité

îulletin dt la Société d'Archéologie à-^ Bric-Comlc-Roberl, toniï \. p. 185,

142 insToiru: in: i..\ vii.i.R

qui est au-dessus de la porte d'entrOe, que l'architecte de celte fai^ade fut celui nu unde ceux qui travaillèrent à l'cg-lise de Braine. On rctniuvc. en eflct. à l'église Saint- Yved une archivolte semblable, limitée également aux deux départs par deux petites têtes humaines (!)■ Nous savons que la fondatrice de l'église Saint- Yved fut Agnès de Beaudimnnl, mère de Robert II, morte en 1202, X'y a-t-il pas là des indices

Bl:STI^S Pl.ACÊS AUX DEUX COTES IlE LA l'OKTE l) ENTRIil-; DE LA FAÇADE DE L'ANCIEN HOTEL-DIEU DE WKIE-COMTE-HOBERT

suTlisants pour llxer, à un très petit nombre d'années près.

JE

nt', niiih:-t:o.MTE-nnLit:r<T

l'érection de la fLii,-ndc; qui nous ficcupc et du hi salli; qui l'ac- Ciimpagnail >

On conviendra qu'il faut tenir compti,- éLralcmenl de certains détails curieux de cette fai^ade.

• Cetîc façadi;, dit M. Liion Le Grand, 'ilTre cinq arcades linement travaillées; entre chacune d'elles se vuît unelîg:ure, à cheveux lunss, tenant entre ses mains un bâtun et surtant

X i:XTKKMlTi:S ME LA laÇAD!':

)[■: lliME-CnMTM-HMIlIvRT

a mi-corps d'nndulalii^ns qui scmblenl représenler de l'eau [ Ou des muges. »

t C'est aux deux ciités de ces ouvertures (de la façadel, ■ écrivent Verdier et Cattnis, qu'ont été exécutées sur ies

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