I?0 HISTOIRE DE LA VILLE
1208 : « Quiconque possède une bête traînant la charrue doit au seig-ncur de Brie trois corvées, d'un seul jour chacune, par an et à chaque saison ». Rouillard nous dit qu'originairement cette corvée était un labour de cinquante-deux arpents qui fut converti postérieurement en une redevance de six sols huit deniers pour chaque charrue, au choix du cuntribuable.
Tout le procès, intenté par Gobelin aux habitants roulait sur cette conversion en argent d'une corvée due en nature. Il nous a valu quelques indications, étrangères à la contestation, sur la charte de r23(), ne nous en plaignons pas.
iMème avec la restriction de l'article 3, les concessions faites par Robert III étaient appréciables. Elles se résument, d'ailleurs, dans cette lin de titre que nous rapporte Rouillard :
« Sera tenue la postérité, c'est-à-dire tous ceux qui nous succéderont, garder cet ordre successivement, de jurer par le seigneur de Braye, quel qu'il sera, de ne demander ny don, nv service, nv aide aucune auxdits hostes. »
Si cette charte, mal connue, de 123; > constitue un allèirement des charges qui pesaient sur les habitants, elle ne nous en otïre pas moins le spectacle pénible de serfs, appartenant au seigneur, à côté d'hommes libres
Je n'ai rien retrouvé sur les alïranchissements des serfs de Brie. Il n'est cependant pas permis de douter que les seigneurs — à en juger par leurs dispositions manifestement humanitaires — les accordèrent de bonne heure. Peut-être est-ce à eux que les habitants de Moissy-l'Flvèque obtinrent la charte, datée du mois de juin 1258, que Guérard a reproduite dans son édition du Carlulaù'c de \\i)trc-Damc de 'Paris. M. Cl. Leroy, qui a commenté ce document (i), montre bien l'esprit de résistance qui animait l'I^glise contre cette transformation sociale.
« Les rois, dit-il, qui comprennent la nécessité de s'associer la bourgeoisie et le peuple favorisent ce mouvement et
(l) G. Leroy, /.;: condition civile en Tir'V au Xllh siècle (NouveW.st' df Se:n:-ct-Marne, juillet iSo")
donnent cux-mcmes Texcmple des alTranchissemcnts dans leur domaine. Ils se réservaient des droits sans importance, honorifiques le plus souvent. L'Eg-lise, moins libérale, semblait se dessaisir à regret, voulait bien imiter leur exemple, mais non leur muniticence. A Moissy, en échange de son abandon de servage, le seigneur évéque retient les tailles jurées, nonobstant prescription de temps ou privilège de quiconque, les cens^ rentes, corvées, dimes, redevances et toutes autres coutumes et droits précédemment dus. »
Comparez ces réserves de la charte ecclésiastique de 1258 à Moissy avec l'abandon de la charte seigneuriale de r23oà Bric. Sans doute, les concessions fiscales faites par Robert III ne s'appliquaient qu'aux hôtes et non aux serfs, mais dès que ceux-ci étaient par la main du seigneur mis hors de leur condition servile, ils jouissaient évidemment des mêmes franchises que les habitants libres, et c'est précisément là qucgit la différence de traitement entre les sujets de l'Kglise et ceux du seigneur. I^^ncore doit-on bien se persuader que î^i l'évêque de Paris, <c supplié à cet elïet », ainsi que le rapporte M. G. Leroy, affranchit du joug de la servitude et main morte un certain nombre d'habitants de son tief de Moissy, c'est qu'il y fut forcé. Le « supplié à cet elTet » n'est Ji^ins la pièce officielle que pour masquer une concession iirrachée peut-être par une émeute ou quelque autre revendication menaçante. Comment ne pas comprendre que les î^erfs de Moissy, mis en contact avec la population relevant Ju seigneur de Brie, n'aient pas senti se révolter leur dignité d'homme et s'éveiller leurs aspirations vers un état moins dépendant. Ce m'est quelque lierté d'écrire ces lignes, non Piis qu'elles soient une louange des seigneurs de Brie — hélas! ce qu'ils accordaient était si minime, si restreint, si éloifrné encore de la liberté conquise plus tard — mais elles niettent en relief cette pensée que de ce centre rayonnèrent dans les campagnes environnantes les premières et vacillantes lueurs de la rénovation sociale.
On conviendra peut-être qu'il était bon de rendre à Robert
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III, si parfaitement oublie et méc< »nnu par les historiens qi ont parlé de Brie, la justice qui lui était due. Le manuscr de Sainte-(jeneviéve, auquel j'ai déjà fait souvent allusi<»r ru »us représente ce prince comme <* preux, hardi et de irrand science. Il étoit un des grands conseillers du roy Saint L< »ui; et il étoit bien aymé de ce roy ». Il mourut jeune à pein âgé de 48 ans et cependant, il eut une vie bien remplie. Oé chevalier à Compiêgne par Philippe-Auguste le 17 mai I2<i (jr>ur de la Pentecôte), il assista quatre ans après a Tasserr blée tenue à Soissons pour résoudre la guerre contre le Anglais (8 avril I2i3). Dès l'ouverture des hr)stilités, i) ail se jeter dans la ville de Nantes pour la défendre contre le n Jean d'Angleterre. 11 l'obligea à lever le siège, mais il fut pri dans une embuscade et emniené prisonnier en Angleterre
Robert III ne put ainsi assister à la célèbre bataille d Houvines, alors que son père (Robert II), son oncle (Philippe comte et évèque de Beau vais), son beau-père (Thomas d SaintA'aléry) (1), combattaient à l'aile gauche. ()n a dit, no sans raison, que « la bataille de Bouvines est le premit événement national de notre histoire, le prélude de cett unité morale et matérielle que les rois du XIII' siècle étaier appelés à réaliser » (2). Il ne me déplait pas de constater qu Brie y était représenté par ses seigneurs et probablemer aussi par d'obscurs mais vaillants soldats nés sur le S( et enfants de la vieille cité briarde.
A l'aile gauche de la « bataille française » quecommar daient Robert 11, de Dreux, et son frère Philippe, étaier opposés Renaud de Boulogne et Guillaume de Salisbur\ Détail à noter : « Philippe, évèque de Beauvais, se tint d't bord tranquille, pour nepas violer la prescription canoniqu qui lui défendait de verser du sang. Puis, lorsqu'il vo Salisbury enfoncer, avec ces mercenaires, les milices d
(n Robert III s'était marié vers 1210, ou peut-être en 1211. avec Œnor ou Eléonor Saint-Valéry, fille unit|ue et héritière de Thomas, seigneur de Saint-Valérv. Gamaches, Ai et d'Adèle de Ponthieu. En 1237. — Robert III mourut en 1235 — >a veuve se remarii av Henri I, seigneur de Sully ; elle vivait encore en I2S() et mourut peu après le 15 novembre < cette même année, selon le martvroloi^e de Saint-Victor, de Paris.
(2, A. Luchaire, Histoire de France publiée par M. Lavisse, III p. 194.
Ponthieu et menacer le pont de Bouvines, il lance ses soldats etb'avance, son énorme masse d'armes à la main, au devant de la cavalerie anglaise, il atteint Salisbury, et, d'un seul coup sur le heaume, le fait tomber à demi assommé (i) ». Philippe venait, du même coup, de rendre la liberté à son neveu. En eOet, l'année suivante, la paix était signée, entre l'Angleterre et la France, à Chinon, le i8 septembre 1214. Robert III, de Dreux, fut mis en liberté en échange du comte de Salisbury qui avait survécu à sa blessure.
La charte concédée par Robert III a d'autant plus de valeur pour Brie que ce prince dut fort peu séjourner dans cette ville. Ses extraordinaires chevauchées l'entrainaient constamment en dehors. Après Bouvines, à peine de retour en France, il repasse le détroit à la suite de Louis, ills de Philippe Auguste, qui allait se faire couronner, à Londres, roi d Angleterre. Puis il revient, prend, avec ce prince, Avignon, I ''iccompagne dans son expédition contre les Anglais et les Albigeois, et meurt enfin en i233 (2).
La fin de la vie de Robert III fut étrangement mêlée à celle de son frère, Pierre (3). Ce dernier fait dans l'histoire, à vrai dire, une autre figure que ceux de sa famille. Il est appelé ^^ucltfrc ou mauvais clerc, à cause de son caractère indomptable, dit-on, mais cette explication ne suffirait pas si nous
^'; A. Luchairc, Histoire de France publiée par M. Lavissc, IIÎ p. 197.
^2; J'ai déjà dit qu'il fut enterré sous une tombe en pierre dans l'église Saint-Yved. de "•"aine. Son épitaphe mérite d'être rapportée : « Hic jacet illustris ex regum semine natus, T)roca' ^ui Branaqiu cornes Robertus humatus. Hic in amicitia Theseus fuit : altar in armis Ajax ; consiUo pollens f'j^i alitr misses », ce que le rédacteur du manuscrit de Sainte-Geneviève traduit à peu près "ttéralenient cette fois : « Cy gist illustre et puissant seign eur, extrait de noble sang royal, Robert, comte de Dreux et Brayne. Ce fut en amitié Theseus tout revenu, en 'aits d'armes "n second Ajax, dans les conseils un autre Ulysse. » On ne sait, guère, pourquoi Guillaume 'e Breton, dans sa Philippide (livre 9) a surnommé Robert 111 GâtebU ou Gâtebled. De son ma- •""ge avec AHénor de Saint-Valéry, Robert eut trois garçons, qui ne touchent en rien à 'nistoirede Brie et une fille, Yolande, dont le 2" fils. Jean, se maria avec Agnès de Bourgogne, dame de Bourbon ; cette dernière mariée plus tard avec Robert de France, comte de ^'trmont en Beauvaisis, fut la souche de la maison royale de Bourbon.
V; Comme je l'ai indiqué plus haut (p. \^y,, Robert II avait eu d'Yolande de Coucy cinq Suçons et sept filles. Les premiers dans l'ordre de naissance furent Robert III ; Pierre fdon^ '• va être question) ; Henry qui devint archevêque de Reims ; Jean (dont le nom a été cité dans une charte ci-dessus, p. 150». qui mourut sans e nfant en Orient et dont la veuve fut Pfcmière abbesse du Lys, près Melun ; Geoffroy. Parmi les filles, il faut citer Alix qui. par ^on 2* mariage avec Raynard 111, seigneur de Choiseul, a donné naissance à cette illustre famille*