I. AN s
Nous ne sommes pas au courant des difficultés que l'intrusion des religieux souleva ; tout ce que nous pouvons constater, c'est qu'il s'en produisit car, pour les résoudre, il fallut qu'un accord fut passé, en 1240, entre les deux curés de Brie et les procureurs des abbayes qui avaient droit de dîmes sur le territoire, (i)
Cet accord n'empêcha point l'abbaye de Saint-Victor de travaillera son extension. Ses efforts paraissent s'être surtout portés du côté de Villemeneux. Elle rencontra dans Jean de Villemeneux, chantre de l'église de N.-D. de Melun, dont j'ai eu l'occasion de citer le nom plus haut, un donateur empressé ou un vendeur bienveillant ; circonstance favorable pour elle, puisque ce clerc avait des terres dans les paroisses de Brie, Mardilly et Evry. Par acte, sous le scel de l'oflicialité de Paris, daté de 1248, Simon de Vaux, chevalier et Héloyse, sa femme, desquels mouvaient et relevaient ses terres, permirent à Jean de Villemeneux de les vendre ou de les donner en main morte, à son gré.
Pareille autorisation fut donnée au même, en I25i, par Regnault d'Egrenay, chevalier, de qui relevaient les dîmes que Jean de Villemeneux possédait sur le territoire de Brie. En même temps, Pierre de Villemeneux, son neveu et Jacqueline, femme de ce dernier, ratifiaient les dons et ventes consenties par leur parent, qui ne s'arrêta pas là, puisque, par son testament, il abandonna encore à l'abbaye de Saint-Victor deux muids de seigle et d'avoine à prendre sur les dîmes qu'il possédait à Brie.
Déjà, en 1227, Simon de Cornilluel — probablement de Cornillot — avait donné à la même abbaye un arpent de pré situé « m territorio ville minoris, dans le territoire de Villemeneux ».
De toutes ces transactions, de ces legs, de ces dons, nous pouvons, avec une approximation, — j'oserai dire presque suffisante — nous rendre un compte de la situation territo-
(I) Malingre dit dans son Histoire des Antiquités de Paris, p. 481 : o C'est au frère Anselme de Saint-Victor, supérieur de l'abbaye d'Hivernaux qu'on attribue, communément, la transaction passée entre les deux curés de Brie et l'abbaye... Cette transaction est de 1241. »
rlale de Brie. En première ligne, le Chapitre de Paris propriétaire de la partie la plus riche et la plus anciennement cultivée ; puis le seigneur, propriétaire plutôt nominal ayant entre ses mains le marché dont la prospérité va apparaître dans des documents ultérieurs ; après eux les bourgeois, corps constitué, peut-être plus anciennement établi que les deux premiers, mais officiellement admis par des chartes et des titres divers à une sorte d'indépendance et de vie propre ; concurremment l'Eglise de Brie — la paroisse — avec ses deux administrations temporelles représentées par deux curés, dont l'un était toujours prêtre et l'autre pouvait ne pas l'être. Enfin de gros propriétaires, comme l'Hôtel-Dieu de Paris, et déjà, probablement, l'Hôtel-Dieu de Brie, un ou deux seigneurs importants, commela famille de Brie, brochant sur le tout quelques parcelles du territoire appartenant à deux ou trois abbayes (i), ou à des seigneurs des environs.
Ce n'est que dans le siècle suivant que vont apparaître des seigneuries diverses de moyenne importance formées, en ëri'ande partie, aux dépens du domaine de l'Eglise.
L*évêqueet le Chapitre de Paris se virent alors contraints ^^ démembrer leur domaine et d'en aliéner peu à peu des Partions importantes, d'où la constitution de propriétés, jouissant de droits seigneuriaux, dont nous suivrons la pro- Si^ession.
î^ar deux fois, il nous a été donné d'entrevoir deux magis-
'■^^ts de Tépoque. Ce sont deux baillis ou gardiens du bail-
^^êre, tous deux appartenant au seigneur : Simon de Cossigny
^^ Baudoin de Villiers. 11 ne faut pas attribuer à ce titre
^niportance qu'il prit par la suite et qu'il garda pendant
' *) Parmi ces dernières figurait» comme cela a été dit plus haut, l'abbaye d'Yerres. Celle-ci
'^*sé<iait sur la dîme de Brie ce que lui avait donné Raoul de Chevry, évéque d'Evreux, par
-. *cte dont j'ai, d'ailleurs, rapporté la date et la substance. Mais l'exercice de ses droits ne
Pas sans soulever quelques difficultés avec le Chapitre de Paris qui avait la gouverne d'une
*^ '^ie de l'Eglise de Brie — la partie ecclésiastique, s il est parmis de s'exprimer ainsi. De là,
" accord transactionnel réglant les contestations ; il est de février 1274. L'abbesse d'Yerres
P^^argeait, par cet acte, de recevoir la totalité de la dîme donnée par Raoul de Chevry au
^^*Pttre, à l'Eglise de Brie o presbiteris de Braya », au monastère <* de Footello » comme à sa
P **pre abbaye. L'Eglise de Brie avait pour sa part quatre septiers de blé et d'avoine. L'abbesse,
^ >^oin de son couvent, prenait l'engagement de servira chacun sa rente ou son équiva-
'^^t au cas même où les intempéries, le manque de récolte ou quelque cause que ce soit,
'^'■^uite ou non, aurait détruit ou diminué la récolte.
une assez longue période. L'étendue de la juridiction dépassait pas le domaine seigneurial et, peut-être, dans J principe, s'arrêtait-elle aux limites du fief proprement d . sans s'étendre aux arriêre-ficfs. Au-dessous du bailli était I prévôt, officier que la charte de 1208 semble désigner pa ces mots « l'homme du seigneur », d'une part et « fhommc de l'Eglise » de l'autre, c'est-à-dire le représentant attitré des deux pouvoirs.
Il y avait donc probablement deux prévôts et peut-être cette charge, pour la terre de fEglise, s'acquérait-elle à prix d'argent. C'est ce qui semblerait ressortir de ce texte emprunté à Guérard.
(1216.) De ordinatione prepositurarum Parisiensis ecclesie. — Item magister Petrus Bleseasis reddere tenetur, interposito juramento. LX libras Parisieases, pro emptioae facta apud Brayani, videlicet XXIX libras rcddendas infra octavas Pentecostes, et XL solidos circa festum Sancti Domiai et XXIX libras infra octavas Purificationis
Comme l'exigeait la charte de 1208, le prévôt du seigneur
devait prêter le serment de respecter les droits de l'Eglise.
Il nous est resté une trace de cette formalité dans le
(^artulaire de Notre-Dame (i).
IJnivcrsis présentes Hueras inspecturis offjcialis curie Parisiensis. salulem in Domino. Noluni facimus qaod, anno Doinini niillesimo ducenlesimo sepluagesimo secundo, die mercurii post octabas Purilicalionis bcale Marie Vir^^inis (2), Johanncs dictus Roichefort, prcposilus de Brava juravit in presencia nostra, in capitulo Parisiensi. se servaturum jura ecclesie Parisiensis, que habet in villa de Brava, prout in instrumento super hoc confecto plenius continetur. In cujus rei testimonium. présentes litteras sigillo l^arisiensis curie fecimus sigillari. Datum anno et die predictis.
Nous verrons au chapitre suivant les modifications que
subit l'assiette judiciaire à Brie, pendant le XIV'* siècle.
:,l) Cartitlaire de ÎXûtre-Dilme, I. p. 593.
(2) La fête de la Purification est fixée au 2 février. Il s'agit ici de l'année 1273 nouveau style.
i-COMTL-KOlSI-JHT (!)