‹ Histoire de la ville de Brie-Comte-RobertChapitre 24 sur 58 · es P · texte numérisé non relu

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joué à Brie un nMe de la première importance, quelques vues et quelques renseignements propres à permettre d'en esquisser les individus.

Xous venons de voir, par exemple, Charles-le-Bel se servir <^c g^ens de bas étage pour jeter à la face de sa belle-mère une accusation capitale basée sur des opérations magiques, ^^^ut-étre, ce qui est probable, ne crut-il jamais à la culpabilité de la comtesse d'Artois, mais il était de bonne foi en ce ^ui touche les incantations diaboliques. On croyait aux sortilèges dans les classes de la société qui auraient dû être les mieux éclairées, et Tesprit reste confondu quand on retrouve, quatre siècles après, sous Louis XIV, dans le incme milieu social, la pratique des mêmes absurdités.

Voici, en particulier, ce que Charles IV, alors sur le trône, écrivait à la date du 5 juillet i326 :

« On a trouvé à Toulouse des images de caractères et de ligures dont les détenteurs ont été menés en notre prison du Châtelet, à Paris. Ils ont dit qu'il les avaient fabriqués pour nouslaire mourir, sur Tordre de plusieurs personnes, entre autres de notre cher et fidèle conseiller, le seigneur de Villemur, neveu du pape. Mais, ensuite, ils se sont rétractés. Il nous plaît de le proclamer. »

Comment s'étonner, puisque le chef de TEtaten était-là,de cette affaire de Château-Landon qui fit quelque bruit sous son règne : « Quelqu'un ayant trouvé un chat noir enterré dans un champ, soupçonna des diableries ; un homme Jut torturé ; il avoua qu'il avait fait manger à ce chat du pain trempé dans le Saint-Chrême alin d'évoquer le démon ; il dénonça un abbé de Citeaux et des chanoines qui auraient été ses complices... »

Telles sont les mœurs du temps. Avec cette crédulité poussée à Textrème, développée et encouragée même, par les agents du pouvoir et les classes dirigeantes, peuvent surgir le procès des Templiers, la persécution des Juifs, et, pour brocher sur le tout, le massacre des lépreux qui ensanglanta Tannée i32i. On accusa ces pauvres malheureux, objet de pitié jusque-là, d'avoir empoisonné les sources, les vins,

HSTOIRE DE l-\ VILLE

Dt: BRItl-OOMTt-nOBKRT 2l3

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\es t>lés (i). Le poison dont ils se servaient était connu,

dvsait-on ! « c'était un mélange de sang, d'urine et d'herbes,

où \\s mettaient macérer des horties. » La Couronne qui

avait torturé les Templiers et les Juifs, pour avoir leurs

richesses, tortura les lépreux pour donner satisfaction aux

terreurs imaginaires du peuple. On brûla ceux qui avouaient,

on brûla ceux qui n'avouaient pas. Le bûcher était la fin de

^Iput, le summum jus de cette société bizarre où s'étalent les

^ scandales les plus révoltants et les défaillances de sens

' ■ moral les plus extraordinaires. Ce serait un spectacle hideux,

sien ne découvrait pas, sous cet appareil social, un fonds

commun de naïveté ingénue qui désarme.

Il ne nous faut pas oublier cependant que ces rois capétiens, au déclin de leur race, tout cruels, tout cupides qu'ils fussent, tout jaloux de leur autorité et tout imbus de leur souveraine puissance qu'ils paraissent, ont introduit dans la vie politique un facteur nouveau, inconnu jusque-là, et d'où sortira plus tard la Révolution. Timidement, il est vrai, mais assez fréquemment pour y voir un plan de gouvernement arrêté, Philippe le-Bel et ses fils firent appel à des assemblées délibérantes afin de faire ratifier leurs actes politiques. Il se peut que ces princes aient voulu s'appuyer sur l'opinion du € commun » à rencontre d'une noblesse qui s'irritait chaque jour du grandissement et des empiétements de l'autorité royale, comme leurs prédécesseurs avaient encouragé les < communes » contre les seigneurs et barons turbulents. Qu'importe ! « Ce sont, comme l'écrit M. Ch.-V. Langlois, ces rois qui ont pris l'initiative de grouper « les ordres » de la nation en assemblées générales, » d'où sortirent les « Etats Généraux». Ce sont eux qui introduisirent l'usage de consulter la nation, usage si complètement oublié et méconnu par les rois qui suivirent et surtout par les Bourbons.

Marie de Luxembourg, la deuxième femme de Charles IV,

(i) Sommes-nous bien éloignés de cette époque, où l'invasion du choléra, en 1832, excita les plus folles divagations ? Le peuple ne crut-il pas aussi, alors, qu'on emprisonnait les sources et les puits ?...

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mourut peu après son mariage, en 1324. Charles qui, le I!^ janvier i322, avait succédé à son frère Philippe, mortsan laisser d'enfants mâles, voulut se remarier. Encore san enfants (i), il se berçait de l'espoir d'avoir un héritier qui continuât sa lignée. Cette fois, il porta ses vues sur sacousine-germaine, Jeanne d'Evreux, dame de Brie-Comte- Robert (2).

Jeanne avait perdu sa mère le 24 avril i3i i et son père en 1319. Elle était donc parfaitement maîtresse de ses actes; sans doute elle aima son mari ; elle garda au moins durant son long veuvage, un respectueux et touchant souvenir d^ Charles dont elle honora, en toutes occasions, la mémoire. (3^

(1) V. plus haut le tableau généalogique, p. 2lo.

(2) Sa première femme, Blanche de Bourgogne, accoucha en prison au Château-Gaillard • d'une fille qui mourut aussitôt et fut enterrée à l'abbaye de Mauhusson où Blanche finit ^«r jours. Sa seconde femme, Marie de Luxembourg eut un fils qui ne vécut pas.

(j) Jeanne d'Evreux fonda, à l'abbaye de St-Denis, après la mort de son mari, un services: funèbre solennel pour lequel elle fit des donations importantes. L'inventaire du Cartulaire <^^ l'abbaye (A N. L L 1191 f* 397) contient à eet égard deux lettres intéressantes. Cesde**^lettres sont attachées ensemble sous un même contre scel :

(( La première est une confirmation par Jeanoe, royne de Frao^^ et de Navarre d'une part et Gilles, abbé et le couvent de Saint-DeO-*^^ de la donation naguère, faite par la dite dame Royne à la d»^^ ^ abbaye, du temps de Tabbé Guy, dune chasse d'argent doré pes^ •^^ environ 53 marcs avec toutes les saintes reliques qui sont deda ^^^ t. savoir : une petite croix d'or dans laquelle il y a de la vraie croix un petit tableau d'or à petites pierreries où il y a destiltresattach la croix derrière le chef de Notre Seigneur et une petite couron d'or à menues pierreries où il y a une épine de la sainte cojron de Notre Seigneur.

llem douze petites bouteilles de cristal garnies d'or en chascu desquelles il y a des reliques savoir : du précieux sang, de s cheveux, de ses langes dont il fut enveloppé dans son enfance, de ! robbe de drap dont il *ut ceint en la Cène, de l'éponge dont il fi abreuvé en la Croix, de son suaire, de la pierre du Saint Sépulcr de la pierre du mont Calvaire, du lait de Notre-Dame, de ses couvres chefs et du chef de Saint- Jean-Baptiste.

A la charge par les dits abbés et religieux de certaines prière pour le repos de l'âme du défunt roi Charles, son mari, et elle Àiinuir les lettres qui en avaient esté pour lors passées et accordées par bon avis et délibération en Chapitre par le dit abbé Guy et le couvent lesquelles n auraient pas lars été par eux grossoyées et scellées dont 1 dit abbé Gilles ayant été informa par la relation du dit abbé Guy«^ son prédécesseur, et le couvent, ils se sont obligés de célébrer ^ perpétuité et solennellement 1 anniversaire du dit seigneur ro^ Charles, le second ou troisième jour avant la Chandeleur et de fair mémoire et oraison de lui chaque mois en faisant le service du ro

hË BRfE-dOMYÉ-t^OBÈkt 2l5

11 fallut une dispense du pape pour que ce mariage put se

célébrer, en raison des liens de consanguinité ; elle fut

accordée parle pape Jean XXII à la date du 21 juin 1324. Le

ïTiariage eut lieu en i325, mais au moment du couronnement

^G la nouvelle reine, on s*aperçut qu'une formalité avait été

^^nnise, pouvant entraîner la nullité du mariage. La céré-

'^o nie avait eu lieu sans publication préalable des bans. Il

fallut que Jean XXII confirmait, à nouveau, la première

^'^ p3en.se par une seconde lettre du 5 avril i326.

J<2anne d'Evreux fut alors couronnée reine de France le 1 1 '^^ î i326, le jour de la Pentecôte.

F^ar le testament de Louis d'Evreux, son père, elle reçut ^'^ <iot 700 livres de rente et une somme de 20.000 francs une ^^^i 5^ payée. Telle était la dot d'une reine au commencement

^^^ JCIV* siècle. Il est vrai qu'il faut y ajouter les terres et ^^^ ^maines parmi lesquels la terre et la seigneurie de Brie-

mte-Robertqui, quoiqu'on en ait dit, n'était pas comté. ^^ 'T ce mariage, la seigneurie de Bric-Comte-Robert revenait ■'' "=» Couronne, et on peut, dès cet instant, la regarder comme

^ "^^ Robert et des autres rois, fondateurs de la dite abbaye, et des

^^"^«urés en dépendant deux messes pour le repos des âmes desdits

^^^ loueurs roi et royne par chacun an pour lesquels elle donne treize

^^""^ l'es tournois de rente amorties au profit des charités à la charge

^^ faire annuellement l'anniversaire de la dite dame royne après son

^cès au jour qu'il échoira pour Tacquit desquelles deux messes

Y^^^r semaine, qui se doivent célébrer dans la chapelle Saint-Jean

^Ivangéliste, elle donne cent livres tournois de rente amorties au

^^ofit des officiers de garde de la dite église, au maître des autels

^ ^rcelle, chef cœur et pour l'entretien des ornements et d'une lampe

^^ns ladite chapelle et du luminaire de cire pour la célébration des

^ites messîs

Item cent sols tournois de rente pour ceux qui serviront les dites

^t\esses le tout montant à sept vingt seize livres de rente amortie

assise sur les revenus contenus en autres lettres de la dite dame

ï'oyne laquelle donne encore aux dits abbés et religieux une image

^e Notre-Dame d'argent doré, pesant 36 marcs et 6 onces, qui tient

Une fleur de lys d'or garnie de pierreries où il y a de son lait, de ses

cheveux et de ses couvre-chefs.

Item une image de Saint-Jean l'Evangéliste qui tient une de ses dents.

Item une couronne d'or à 8 fleurons dont les principales pierres du corps sont saphirs et 8 tranches de perles, chacune de 9 perles et un balay au milieu et sont les fleurons chacun de 4 balays en un

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