D4 HISTOIRE DE LA VILLE
dressé le 28 octobre 1774. Voici ce que contient, à ce propos ce document : « Il paroit qu'il y avoit, au pardessus de la grande Eglise qui subsiste, une petitte Eglise que la tradition nous apprend avoir été située dans la place Saint-Etiennt. (i 1 »
Il ne peut, donc, y avoir aucun doute sur l'existence, le vocable et remplacement du riez moiisiier.
L'examen du plan (v. p. 240) fournit l'indication de la disposition des lieux, L'église Notre-Dame, la petite église, n'est séparée de l'église Saint-Etienne que par une rue, la rue du Mousticr (2), aujourd'hui rue de l'Eglise ; à côté est le Boulery, « D'une place que l'on dit le bouleri auprès lu viez moustier ; d'une place vuide séant au bouleri devant le viez mousticr » dit, en deux articles dilïércnts, le compte du douaire de la reine Jeanne, de 1364.
Le Boulery est évidemment le jeu de boules ; mais, d'après ce qui précède nous voyons que les seigneurs ne dédaignaient pas de faire état dans leurs recettes du produit d'un impôt prélevé sur les amusements du peuple. Le même compte, en elTet, porte un autre article afférent à la quillerie, (3)
« De la valeur de la quillerie de Braye que Guillaume le Reconnuel tenait laquelle les hoirs du dit Guillaume tiennent à présent... De la value d'une place à prendre qui souloit estre louée pour jeu de quille. Nient qar l'en ne venne qui la la veille louée. »
Ici, ijne remarque s'impose. Comment se fait-il que ces éléments de recettes fie figurent pas dans les comptes précédents } Il n'est pas possible d'admettre que le jeu de boules et le jeu de quilles fussent devenus subitement des distractions courues des habitants. Si, d'autre part, la coutume était ancienne, croit-on que les administrateurs du douaire
(I; Ce nom a été quelquefois donné à la place Gauthier. Le parvis Saint-Etienne s'appdait place du Moustier.
(2) Il est à présumer que cette portion de la rue du Moustier devait être, à l'époque» uniquement réservée aux piétons. Les charrois allant ou venant à la porte du Moustier devaient passer soit par la rue des Frapiers, soit par la rue des Piliers.
(3) Il s'agit ici du jeu de la quille au bâton, que nous verrons, plus tard, installé sur la place, appelée aujourd'hui, place des Minimes. Peut-être la quillerie occupait-elle, déjà, cet emplacement.
de la reine Jeanne soient restés si longtemps sans en retirer profit > L'explication me parait assez simple.
J'ai déjà dit que le territoire de Brie, de la ville même de Brie-Comte-Robert, se partageait entre le chapitre de TEglise de Paris et le seigneur. J'ai laissé pressentir que, peu à peu, l'Eglise de Paris aliénerait les biens qu'elle possédait dans et autour de Brie. En attendant que la chose se vérifie pour les propriétés ecclésiastiques devenues fiefs particuliers, constatons que, par une extension naturelle, le seigneur de Brie s'annexait, dans la ville, le domaine du Chapitre. C'est ce qui résulte du contrat d'échange suivant publié par M. J. Viard, dans un ouvrage récent (i).
Philippe, par la grâce de Dieu, roy de France, savoir faisons à tous présens et avenir que nous avons veu unes lettres scellées des sceaux de nostre chiére dame et cousine la royne Jehanne de France et de Navarre et de noz bien amez le doien et le chapitre de Nosire Dame de Paris, desquelles la teneur est telc.
Jehanne, par la grâce de Dieu, royne de FVance et de Navarre et nous, doyen et chapitre de léglise de Paris, savoir faisons à touz présens et avenir que nous, pour granz et évidenz proffiz, avons entre nous escangié (2) et permué certaines lettres et rentes que nous avions eu lieux ci-aprés esclarciz (3), en la manière qui s'ensuit. C'est assavoir, que comme nous, royne devant dite, eussions de nostre conqueste en la ville de Dampmari de lez Lagny sur Margne (4), ou terrouer et appartenances delà dite ville, certaines renies et revenus, assises tant en terres, préz, vignes, deniers, justice moienne, basse, fiez, hommaiges et autres choses que nous avions achetées de monsieur Symon de Ilautevenz, chevalier, et de sa femme, ainsi comme es lettres du dit achat est plus à plain contenu,
1) M. J. Viard, 'Documents parisiens du règne de T'hiUppe VI de Valois ; A. N. (J) 75 n* 435. 1) Hchangc.
.V; ExpliquéN, détaillés, indiqués.
4 1 D.impmart est une commune de l'arrondissement de Meaux située à ? kilomètres de Lagny, son chef-lieu de canton. M. Lhuilier, dans l'Almanach Le Blonde! (1891. p. IIÇ) a ni'ïntré que trois seigneurs principaux se partageaient ce territoire : l'abb*; de Lagny, le roi et l'iigliie de Paris. Par l'acte que M. Viart publie, on coit que Jeanne d'Evreux avait acquis cette demi Te part de seigneurie de Simon de Hautevenz, chevalier, pour la céder à l'Eglise d; Paris. L'acte ci-dessus estime à 83 livres parisis de rente par an le revenu de cette part de seigneurie au XIV» siècle. Au XV», nous dit M. Lhuilier, le revenu était de 200 livres, d'où il fallait déduire le gro.> payé au curé, en grains et en vins.
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tout tenu en foy et hommai^e du roy notre sire ; lesquelles rentes ont ait prisiécs et estimées par de bonnes gens, cognoissanz et esprouvez en teles choses, à quatre vins trois livres parisis de renies par an ; et les dits doyen et chapitre eussent, en notre ville de Braye-(vOmte Robert, certaines rentes admorlics appartenanz à l'ofHce des heures de la dite église ; c'est assavoir : un four bannier. le minaige, le tonluy, molles, creus, genz, justice et autres choses qui semblablement ont été prisiées et estimées par de bonnes genz saiges et expers en teles choses à cinquante cinc livres parisis de rente : et lesquelles rentes yceulx doyen et chapitres nous ont baillées et transportées en nous par tiltre d'eschange Nous, en recompensation de ladite rente, leur avons baillé et transporté, baillons et transportons en eulz perpétuellement à cause du dit eschange cinquante et cinq livres parisis de la dite rente que nous avions en la ville de Dampmart.
Promettons la dite terre et rentes faire admortir par le roy en tele manière que les diz doyen et chapitre les puisse tenir à touz jours mais franchement et paisiblement, si comme la terre qu'ilz avoient en la dite ville de Braye, ils ont touz jours tenu et tenoient franchement comme admortie
Ce fu fait et donné à Bray Contre Robert le Vl*" jour de juing l'an de grâce mil ccc quarante six (i).
(^e document, en confirmant tout ce que j'ai dit, au sujet du partage du territoire de Brie entre le seigneur et TEg-lise de Paris, fournit la date exacte de la dispariti(jn de ce dualisme, et il explique en même temps pourquoi les administrateurs du douaire de la reine Jeanne font état, dans les
recettes, du produit du Boulery et de la Quillerie, d<.)ut il ne disaient mot auparavant. La meilleure preuve de ceci est dans le compte de i3(J4 dont nous avons déjà parlé. Comparons sa rédaction, pour un de ses paragraphes, avec celle d'un compte antérieur. Xouslisons, dans ce dernier, à propos des fours : « des fours de Braye. de la value des fours de Braye ». Dans le C(;)mpte de k^0|. ce même article est ainsi libelle : «< de la value des i^rans foLirsde braveet deshanniers qui sont a madame et qui auparavant furent aux doyen et chapitre Xostre Damede Paris. » Si donc aux comptes de rSiq, il est ajouté dans le chapitre des recettes, les fours ban-
I \.c vivlinius \\c Philippe VI est date du bois de Vinceiines, le :o juillet l 540.
niers (i) aux fours seigneuriaux (2), par suite du contrat d'échange entre la reine Jeanne et le Chapitre de Paris, on peut dire que les articles concernant le Boulery et la Quillerie y figurent pour la même raison. Les droits provenant de ces jeux appartenaient auparavant au Chapitre cornme le sol sur lequel ils étaient pratiqués ; par le contrat ci-dessus, ils étaient devenus la propriété du seigneur. Nous verrons la même chose se produire pour le marché qui se tenait sur la place, appelée successivement: place du marché aux pou rceaulx, place royale et aujourd'hui place de riIôtel-de-Ville. 11 nous est ainsi possible de nous rendre compte de l'étendue et de la position respective des propriétés du seigneur et du Chapitre de Paris, à Tintérieur même de la ville.
Une chose apparaît, en tout ceci, indiscutable : c'est que si les fours ne furent pas, tous, dès l'origine, la propriété du seigneur de Brie, on n'en saurait dire autant des halles et du pressoir banal. Là, on rencontre, dans les comptes que j'analyse, des détails significatifs. Dès 1327, des réparations sont faites à ces deux établissements ; nous l'avons vu pour le pressoir (v. p. 226). En i33o, le pressoir, déjà vieux, nécessite l'exécution de nouveaux travaux.
Ouvrages à Braye en cas de nécessité (3) :
Pour descendre et mètre jus la taille de la maison du pressouer de Braye à ce que l'en peust remetre à point les chevrons de- la dite maison, là où mestier estoit, et ycelle maison relater et recouvrir
(1) Ces fours banniers, appartenant à l'Eglise de Paris, étaient situés non loin de la porte du Moustier. Il est à peu près certain que le nom du fief du Four n'a pas d'autre origine. Le fief du four assis sur les fossés de^rye, dit un aveu du 26 février 1^1, comprend... une place où jadis pouvait être le four bannier de ce fief assis sur les fossés de Brie près la porte du Moustier, etc., etc., et dans un acte du 3 janvier 1649, dressé par Dooguet, notaire à Brie, ( \rch. notar. de M* Camus), on voit que Marillac loue à Jean Le Cac, maître maféchal, une maison sise aux faubourgs de Brie appelée la maison du Four, proche la porte du Moustier...
(2) Le four seigneurial était à l'origine, amsi que je l'ai expliqué (p. 103) en face du château, dans la rue appelée aajourd'hui rue du Marché. Voici une déclaration du 29 juin 1488 que Ton trouve aux archives communales de Brie-Comte-Robert: « Jehan Germain, praticien en court d'église à Paris, fils de Charles Germain, bourgeois de Paris, et Marguerite, sa femme, sont propriétaires d'un tiers, par indivis, d'un jardin, maisures et bien assis devant le chasiel, tenant d'une part aux foussez et d'autre part aux vielz fours et pladoye du chaste). ^ Il ne saurait y avoir de doute sur cet emplacement car la déclaration précitée lui donne comme détenteur « Casin Richard et sa femme » dont le jardin attenant était, à la même date (15 octobre 1420) aasssis en la rue du Lhastel, aboutissant à la rue qui descend à la porte des fontaines.
(3) Nous pourrions traduire . indispensables.
26l> histoire de la ville
les 26 étaux. Cette remarque a son importance lorsqu'on sait avec quelle méticulosité procédaient les gens de l'époque.
Il en est de même des étaux à drapiers. Il est parlé de six, refaits à neuf ; il en existait peut-être d'autres.
Ces chiffres sont à méditer. Je sais bien qu'il ne faut pas entendre le mot étjl comme désignant absolument une boutique particulière. Un étal était autrefois une longue table sur laquelle étaient exposées les marchandises en vente dans les marchés. Le même industriel pouvait donc avoir en sa possession plusieurs étaux suivant l'importance de ses affaires. On ne peut donc pas dire de ce qu'il y avait au moins vingt-six élaiix de bouchers, qu'il y eut, à Brie, au 14* siècle, au moins vingt-six commerçants en boucherie. Ce ne m'en paraît pas moins un indice du développement considérable de la ville de Brie à cette époque. La Grande Boucherie de Paris (i) ne comptait que 3 1 étaux, au i3' siècle (2); sur la rive gauche de la Seine, au bourg Saint-Germain, il n'y avait que 19 étaux. Il est vrai que le dauphin Charles autorisa l'établissement de six étaux près la porte Baudoyer, que les Templiers avaient deux étaux, Tévêque de Paris, un étal, et qu'il faut tenir compte des boucheries peu importantes de Sainte- Geneviève, du Petit-Pont et du bourg Saint-Marcel. Il ne parait pas que le nombre des étaux de bouchers à Paris dépassât à l'époque lechiffre d'une centaine. Dulaure estime, d'après un manuscrit de Philippe-le-Bel, la population parisienne y compris les faubourgs à 49,1 10 habitants (3). Il est entendu que ce chiffre n'est qu'une approximation, peut-être exagérée. Réduisons-le à 40,(:kX). En raisonnant toujoursavcc une approximation relative, nous aurions ceut étaux de bou" cher pour quarante millésimes. Brie Comte-Robert comptant, nous venons de le voir, au minimum vingt-six étaux, sa population au 14" siècle — faubourgs compris — devrait proportionnellement être évaluée à io,40(::) âmes, en s'en tenant
(I; Elle était située au nord du Grand Chàielct, et désignée aussi sous les noms de Bouche, rif Saint-Jacques, du Grand Chatelet et de la porte de Paris.
(2) Les étaux de la Boucherie St-Jacques appartenaient à dix-neuf familles de bouchers en 1260 (Larousse 1.
(3) Histoire de Paris, tome III, p. 252.
DE BRIE-COMTE-ROnEnT 26 1
i restimation la plus faible. Je n'hésite. pas à dire, qiie, Brie- IIomte-Robert eût-elle atteint à cette époque un degré de ;>rospérité inouï, il serait excessif de lui attribuer, à une date quelconque de son histoire, un tel chiffre de population. Mais, il ne faut pas oublier que cette ville était le centre économique du pays, qu'il s'y tenait des marchés d'une importance considérable autant comme affaires traitées que comme Liftlux de population, que vraisemblablement toutes les paroisses environnantes y venaient s'approvisionner, qu 'enfin le séjour de la reine Jeanne devait entraîner celui d'un certain nombre d'officiers et de serviteurs, dont il faut tenir compte.
Le nombre considérable des étaux me paraît devoir être retenu surtout comme une preuve de l'activité commerciale de Brie, de son développement et de sa richesse relative. Car^ il ne faut pas s'y tromper, les halles devaient être très fréquentées et il devait s'y réaliser de grosses affaires.
La recette de i364 nous donne une indication dont il faut tenir compte dans une certaine mesure. On y lit :
De Deoiset Saoulet, tondeur (i), pour une travée en la halle aux merciers de les Hostel Dieu et autres aisemens. . . pour xxx sols par an, paiables à II termes, etc. etc.
Le loyer des seize étaux de boucher du bourg Saint-Germain, à Paris, s'élevait à 20 livres parisis en 1374 (2), c'est-àdire que le loyer de chaque étal était de 25 sols. Sans faire un rapprochement trop immédiat entre la citation ci-dessus et la donnée qui nous est fournie sur le prix de location d'un étal à Paris, nous voyons cependant que la valeur locative de l'un et de l'autre était presque équivalente, en négligeant la diffé-
(i) Il s'agit ici assurément d'un tondeur de drap. Les halles de Brie abritaient donc d'autres corps de métier que ceux énumérés dans le compte de n30 que j'ai donné ci-dessus. Elles devaient, en réalité, servir à tous les corps de métier. Les tondeurs de drap ne pouvaient, suivant les usages de l'époque, être mêlés aux drapiers qui font partie de l'énumération de Ï3Î0.
« Que , aucun des diz mestiers de parmenterie et tondeurs de draps a seque table ne s'entremettent de vendre ne acheter drap » dit l'Ordonnance de 1409. Il leur était donc assigné une place spéciale et. à raison même de leur travail ce n'était pas un étal qu'ils ' occupaient, mais une travée, c'est à dire l'espace nécessaire à leur industrie. D'où cette conclusion que leur halles ne servaient pas uniquement de magasin de vente, mais de centre industriel autant que commercial.
(2) Essai sur l'organisation de l'industrie à Paris aux Xlll' et XIV" siècles, par M. Gustave Fagniec.
IlISTOtRK DE LA VII.LE
rencc en faveur de l'état de Brie. Il existe, à coup sûr, une relation naturelle entre la valeur locative, l'achalandage et le bénéfice qu'en peut retirer le marchand. La remarque con' duirait en conséquence à regarder un étal de Brie-Comte- Robert comme égal en importance à un étal de Paris. La constatation méritait d'être laite si l'on songe à la difTérence entre les deux villes, l'une capitale du royaume et l'autre chef-lieu d'une simple châtellenie. Elle me parait tout en faveur de l'extension commerciale prise alors par Brie et dont rien, aujourd'hui, même de loin, ne saurait rappeler le moindre souvenir.
PLAN DE LEMPLACEMENT DES HALLES (i) occupii aujourd'hui par dus maisons particulières
L'emplacement des Halles à Brie est bien connu. Il est limité aujourd'hui par la rue des Halles, qui s'appelait rue Graterie. par la rue de l'Eglise, qui portait le nom de rue du Moustier, par la rue des Canettes, la place du marché et la
place des Halles qui touche à l'ancien Hôtel-Dieu. Ce serait de ce côté que se trouvaient, d'après la citation empruntée aux comptes de i364, la halle aux merciers et le tondeur Deniset Saoulet. Il semblerait que les savetiers occupassent l'extrémité opposée de l'ilot de maisons et j'incline à croire que la rue des Canettes portait jadis le nom de rue aux Savetiers (i). La halle aux « cordouengniers » (2) ne devait pas être très éloignée de là (3) car, si les métiers étaient corpora.
(1) Aux archives communales, dans un Inventaire des titres de l'église Saint-Etienne , il se trouve l'indication suivante :
« Denis du Quarrefour. comme cousin et lignager de Denison, veufve de Denisot Chartillier, déclare lui avoir esté adjugé par retraict lignager la somme de trente-quatre sols parisis de rente à prendre sur une maison couverte de thuilles au dit Braye en laquelle y a deux yiseues l'une en la rue Graterie et l'autre sur la rue aux Savetiers tenant d'une part à Denis.de Quarrefour et d'autre part à Maistre Jehan de Tournes et à Huguenin Chartier que puis en four en ça Jehan Tournier. boulangier... » (23 juin 1455).
Un titre de la même époque et puisé à la même source parle de la maison « que tient Denis dû Quarrefour ». voisine de celle dessus, en ces termes. « iMaison du coing de la rue du Moustier qui fut Jehan Houdes qui tient de présent Denis de Quarrefour à cause de sa femme tenant d'une part à la rue Graterie d'autre à Henri Berchemont, d'un bout à la rue du Moustier... v
Il n'y a pas à s'y tromper. C'est la maison appartenant aujourd'hui à M. Lepoivre, banquier, et où se trouve la charcuterie de M. Pigoizard. Elle est clairement désigné dans le Tableau indicatif du plan de Brie-Comte- Robert dressé en 1736 (Archives départementales de Seine-et-Marne), comme il suit.
« A Jean Dufrène une grande maison et une petite cour faisant l'encoignure des rues Corbillon et des Halles. » Cet immeuble se trouve affronté par deux autres, désignés ainsi : A A Louis Landry, une maison et partie d'une petite cour tenant a (celle ci-dessus) et sur la rue des Canettes. Une maison à la veuve Blacet et partie de la petite cour ci-dessus, aboutissant à la ue des Halles. »
La maison de Louis Landry se trouvait donc par la cour commune avec la maison Blacet avoir deux issues, une sur la rue des Halles (Graterie), une autre sur la rue des Canettes. Elle touchait également à la maison, la grande maison, de Dufréne. Elle répond, en conséquence, à toutes les indications que les documents antérieurs de trois siècles nous apportent et on peut, sans crainte de se tromper, l'identifier avec la maison c en laquelle y a deux issues 1» dont il est question plus haut.
11 suit de cet exemple que la rue des Canettes a, jadis, porté le nom de la rue aux Savetiers, d'où je suis en droit de conclure que les étaux de savetiers se trouvaient situés dans cette partie de l'ilot des Halles.
(2) Ce mot qui désigne les cordonniers s'écrivait aussi « cordouaniers ». H est ainsi orthographié dans le Livre des métiers de Boileau, p. 227, par exemple. On remarquera que dans rénumération des étaux à réparer en 1330, ceux des cordonniers ne figurent pas, bien qu'on y parle de ceux des savetiers, des mégissiers et des tanneurs. Ceci n'est qu'une occasion nouvelle d'établir la diversité de toutes les industries établies dans les halles.
f Vi On pourrait, en quelque sorte établir l'ordre dans lequel étaient placés les différents métiers dans les halles de Brie en se servant de l'énumération des étaux à réparer, telle que Je l'ai donnée d'après le compte de 1330 et en prenant pour point de départ les savetiers, après ce que je viens de dire, d'après les textes, au sujet de l'emplacement. 11 est fort probable, en effet, que le rédacteur du compte de 1330 n'a pas inscrit au hasard la liste des étaux à réparer ou pour lesquels les réparations étaient effectuées. 11 avait sous les yeux et copiait, fort probablement, un mémoire de travaux, et il est à présumer que ce mémoire avait été relevé méthodiquement par le charpentier chargé des réparations.
Reste à savoir, en suivant l'énumération susdite, quelle direction il faut prendre. A cet
2()4 HlStOIRK nn LA VfIJ.F
tivement distincts, et séparés, on doit bien supposer que, sous le même toit, ils devaient sinon se confondre du moins se rapprocher suivant leurs affinités, et de même que le compte de i33o nous parle des étaux au pain, on pourrait désigner sous le nom d'étaux au cuir ceux qui groupaient les indus, triels travaillant ou débitant cette denrée. Un article du compte des recettes de i3G4, article que j*ai déjà cité (i ) nous révèle l'existence de la halle aux cordonniers dans les termes suivants :
De Jehan Le Cuin, marchant et changeur, qui avoit prius piéça à droit cens, une place vuide contenant le large d'une travée de la halle aux cordouangniers devant la maison au barbier (2), pour édiffier, massonner et mètre grant amendement... L'en a trouvé qui ont pris la place.
Nous ne devons pas oublier que cet article est de i364, et il est peut-être l'indice d'une tranformation qui se fit à cette date dans Tassiette commerciale de la ville. L'ensemble des recettes provenant de la location des halles est compris sous la rubrique « Tonliens, estalages » dans les comptes de la reine Jeanne. Or, il est à remarquer que le produit des « tonlieus et estalages » qui était de iio livres en 1327, ^^ 1 15 livres en i33o, était descendu, en i333, à 1 1 1 livres et en i336, à 87 livres. Il est à présumer que ce fléchissement des recettes est dû en grande partie aux halles. Celles-ci devaient
égard, je fais une réflexion ; il apparaît, d'après les comptes, et notamment d'après un texte que je cite plus loin que la halle aux bouchers fut voisine de celle des merciers laquelle, nous le savons, était près de l'Hôtel-Dieu. il me semble que de la rue aux Savetiers (la rue des Canettes) à l'Hôtel-Dieu, en passant par la place du Marché, l'espace eut été insuffisant pour contenir tous les corps de métiers énumérés au compte de 1550. C'est la seule raison je l'avoue, qui me décide à adopter la marche suivante :
Partant de la rue des Canettes (aux Savetiers), je me dirigerai par la rue de l'Eglise (du Moustier) et des Halles (Grateriej vers l'Hôtel-Dieu. En supposant que les étaux se distribuaient dans l'ordre indiqué parle compte de 1350 : savetiers, tanneurs, mégissiers, boulangers (vente de pain), drapiers, fripiers, bouchers, ces derniers seraient donc placés, à peu près, à l'angle de la rue des Halles et de la place du même nom. En retour, sur la place du Marché, les merciers qui, à cause de l'extrême diversité des marchandises dont ils avaient le monopole, devaient occuper un grand espace sur la place du Marché, touchant peut-être aux cordonniers, dont les étaux, sans doute, étaient voisins de ceux des savetiers.
(2) Bien que cela soit connu, il n'est pas inutile de rappeler qu'à cette épopue les barbiers exerçaient la chirurgie. C'est dans ce sens qu'il fant entendre la profession de barbier indiquée ici. Mais il faudrait croire qu'il n'y avait pour toute la ville qu'un seul barbierchirurgien : c'est du moins ce que semble dire la rédaction de cet article.
être fort anciennes ; leur état de délabrement le prouve. Nous avons vu les réparations indispensables qu'exigeaient la plupart deèétaux. En réalité, vers le milieu du 14* siècle, cet amas branlant d'édifices en bois, vermoulus et pourris qui se dressait là fort probablement, depuis Robert I, lui-même, était condamné à disparaître.
C'est là, suivant toute apparence, ce qui explique la place vuide contenant le large d'une travée de la halle aux cordonniers sur laquelle un changeur s'était engagé à bâtir une maison en transformant ses alentours. Il avait fallu abattre cette portion des halles si elle ne s'était pas effondrée toute seule. Nous avons d'ailleurs un exemple de l'état lamentable de ces vieilles bâtisses, dans le compte de i332.
Pour descouviir la haie de la mercerie qmjondoit (sic) chargier la tuille en une charette et entasser ou chastel (i) par Guillot le Harengier (2) et ses aydes, iiij sols.
//em, pour salaire de la voiture Aubery de Pontilloys a mener ou chastel en garde la dite tuille, iiij sols.
Pour recouvrir en la haie aux bouchiers là où il convenoit de nécessité par le dit Guillot Le Harengier et ses aydes, iiij sols vj deniers.
//em, pour demi cent de late à ce prinze de Robin TEspicier, xviij
deniers.
Ilem^ pour III*^ et demi de clo à latê à ce prins de Pierre de Page, xvij deniers obole.
//e-m, pour VI chevilletes de fer à atachier la goutiére d'entre la dicte boucherie et la maison Etienne Rougel (3), vj deniers.
On sent, en lisant ces détails, l'état des bâtiments. Cette halle de la mercerie qui fond, c'est-à-dire qui s'effondre, qui s'écroule, ce bâtiment qu'il faut, presque en hâte, décharger de sa couverture, nous donne bien la mesure de leur vétusté. Tout cela devait tomber littéralement en ruines, malgré les réparations probablement onéreuses, dont il nous est resté quelques traces, ainsi que je l'ai montré plus haut.
(1) Il y avait donc au château, comme je l'ai déjà fait remarquer, un magasin, un dépôt de matériaux.
(2) Il y avait donc à Brie un marchand de poisson d'eau de mer.
(3) Dans le compte de ipy quf j'ai publié in extenso ci-dessus, il est question d'un Etienne Rou^^el comme fermier, avec Jean Le Vannier, des moulms de Brie ; ce doit être le même.
D'autre part, ces halles vieilles de deux siècles, tout au moins, ne répondaient plus, peut-être, aux besoins du moment. Les commerçants et les industriels qu'elles abritaient devaient s'y trouver trop à l'étroit. Ci on y comptaitau bas mot 26 étaux de bouchers et 6 étaux de marchands drapiers combien n'en fallait-il pas pour les autres professions, pour les boulangers par exemple, pour les tanneurs, pour les cordonniers, pour les tondeurs de drap, etc. Il avait très certainement été nécessaire de donner aux intéressé? la permission de s'établir ailleurs. Dans tout les cas, il parut plus raisonnable, les bâtiments n'étant plus tenables, de céder le sol et de laisser des particuliers élever à leur place des immeubles à leur usage personnel. Le fisc n'y perdait rien, cela va s'en dire ; il consolidait en somme le capital dont il n'avait que la rente. Il semble, d'ailleurô, que les acquéreurs ne manquaient pas ; je n'en veut pour preuve que le témoignage de l'un des comptes précités, à propos de ce changeur qui avait pris la fuite abandonnant une travée des halles à la place de laquelle il devait élever une maison. « L'en a trouvé, dit le compte, qui ont prins la place. » Au surplus, comme nous aurons l'occasion de le voir au siècle suivant tout cet ilôt fut rapidement bâti et les anciens étaux remplacés par des constructions dont quelques-unes se sont perpétuées jusqu'à ces dernières années.
Ce n'était d'ailleurs pas seulement une raison financière qui faisait abandonner les vieilles halles. Dans les siècles antérieurs, les corps de métiers formaient des corporations indépendantes, libres de toute attache avec le pouvoir. On sait que Louis IX eut la pensée de mettre la main sur ces associations, dont certaines étaient devenues très puissantes. Il y avait là une idée politique tout autant qu'une combinaison fiscale. Ce fut Etienne Boileau, le prévôt des marchands de Pans, qui se fit l'agent et l'instrument du roi pour réaliser ce programme. Une transformation dans toute l'organisation économique devait s'ensuivre. Les corporations, désormais soumises au pouvoir royal, enserrées dans des règlements étroits et méticuleux, tels que nous le révèle Iç
DE BRIE-COMTF.-ROBEHT 267
Livre de métiers, ne présentaient plus les dangers du passé. Elles faisaient leur propre police, surtout au point de vue professionnel Les revenus qu'en tirait le fisc se percevaient plus facilement puisque chaque association avait des agents , responsables en quelque sorte, vis à vis le pouvoir,
On comprend qu'avant le 14"'* siècle, c'est-à-dire avant l'organisation en corps régulièrement autorisés des métiers, le seigneur de Brie ait voulu pouvoir exercer une surveillance facile et par suite active sur les marchands de la ville. De là la création des halles. Le seigneur avait ainsi sous la main tous ces négociants, tous ces industriels, faibles par eux-mêmes, mais forts par l'association à laquelle ils appartenaient et dont les ramifications s'étendaient au loin. Il pouvait non seulement avoir l'œil sur leurs agissements, mais aussi sur les denrées qu'ils débitaient, sur leur qualité, sur les poids dont ils se servaient. La police de cette population, portée à l'indépendance, était simplifiée par sa réunion dans un même lieu tout autant que l'étaient la connaissance et la répresssion des délits professionnels.
Lorsque les corporations se trouvèrent réglementées, enfermées dans le code étroit de prescriptions particulières à chacune d'elles, privées de l'indépendance qui les rendait auparavant si difficiles à surveiller, le groupement des commerçants et des industriels devint moins utile ; les halles, telles qu'elles existaient depuis plusieurs siècles, n'avaient plus aucune raison d'être. Cela explique pourquoi le seigneur se résolut à les abandonner.
D'ailleurs l'intérêt économique qui avait dicté au seigneur de Brie l'établissement des halles venait de disparaître. Si on se reporte à l'existence de deux marchés, l'un appartenant au seigneur, l'autre à l'Eglise, marchés tous les deux voisins, on comprend très bien que le seigneur ait élevé les halles pour attirer à lui les marchands dont il tirait profit. C'est dans ce but qu'avait été créée la Maison de Dieu ; c'est dans ce but aussi que des magasins, des étaux furent établis ou ouverts. N'était-il pas d'une bonne politique pour le seigneur de faciliter l'accès de son marché, de mettre à la dis-
position de ceux qui le fréquentaient des locaux pour abriter leurs marchandises et pour y demeurer même quand il était nécessaire. Mais cette rivalité tomba le jour où FEglise de Paris abandonna à la reine Jeanne ses droits et propriétés dans la ville de Brie. J'ai reproduit cet acte qui marque, dans ce sens, la transformation complète du commerce et de rindustrie briards. Après l'échange de iS^ô, il importait peu que les marchands fussent ici ou là, la ville entière appartenant au châtelain. Celui-ci devait même favoriser leur dissémination qui lui rendait, dans tous les cas, possible la vente avantageuse de bâtiments délabrés, d'un entretien onéreux et qui eussent nécessité une reconstruction totale, spéculation peut-être hasardée à ce moment.
Ce mouvement ne se fit pas, cela va sans dire, brusquement. Peu à peu, seulement, la transformation s'opéra, commençant d'abord par la rue de l'Eglise et s'étendant ensuite par degrés vers THôtel-Dieu. De l'établissement important que furent les Halles, il ne resta plus qu'un coin — celui affecté autrefois à la mercerie — qui a laissé à une petite place voisine le nom de place des Halles. Aujourd'hui, nous n'avons de tout cela que le souvenir.
De tous les corps de métier qui avaient autrefois leurs étaux sous les halles, il n'en est qu'un qui paraît, dans son exode, avoir conservé une certaine homogénéité. Ce fut celui des fripiers qui resta groupé dans une rue, longtemps appelée par la suite, me des Fripiers. Peut-être, cette catégorie de commerçants fut-elle, par mesure de police ou de salubrité publique, obligée de se loger dans un quartier spécial (i). Il est à remarquer que ce fût, à Brie, dans une voie longeant les fortifications, aussi loin que possible du centre que furent rélégués les fripiers.
Nous sommes ainsi conduits à parler du système défensif de la ville. Brie-Comte-Robert était, comme beaucoup de
(l) Cette supposition n'a rien d'extraordinaire, a Le fripier, en entrant dans la corporation, devait jurer de n'acheter des marchandises, ni à des voleurs, ni à des gens mal famés^ ni à des lépreux ; il ne devait acquérir aucun objet mouillé ou sanglant sans en connaître exactement la provenance, ni aucun ornement d'église qui ne fût réformé pour cause de vétusté ».
cités OU de bourgs du moyen-âge, une ville fermée. La ceinture de ses murailles est encore visible. Sur une grande partie des fossés, ou sur leur contrescarpe, se sont alignés des promenades ou des boulevards. La question se pose de savoir à quelle époque furent construits les murs de la ville.
Si on s'en tient à la charte de 1208, que j'ai reproduite, il semblerait que cette construction remonte aux toutes premières années du XIII" siècle. « Les hôtes de l'Eglise, dit la charte en question, seront tenus de contribuer, chacun du sien, dans une mesure raisonnable, à l'édification de la clôture commune de la ville, comme les autres habitants de cette ville... (1) ».
Si net, si clair que soit ce texte, je ne crois pas que les murs qui ont enveloppé la ville jusque vers la fin du i8* siècle ait été élevés à la date qu'il paraît indiquer. Il y a à cela
des objections de fait qui méritent d'être exposées.
Le compte des recettes de 1364, dont j'ai plusieurs fois parlé, contient l'article suivant :
w Des cens de Bray à la Saint-Remy, qui souloient valoir Ixvij livres t., vix sols vj deniers, et à présent qui sont appéciûez, pour ce que aucuns héritages qui en dévoient sont mis es Joussez de la ville et pour autres causes, pour le receveur à Ix livres t., xiiij sols, vj deniers ».
Comment se méprendre à cette citation ? Le rédacteur écrit en 1364 et parle au moment présent; il indique une moins value dans ses recettes et en signale la cause la plus importante, â côté des causes secondaires qu'il désigne d'un mot. Il est bien avéré qu'un certain nombre d'immeubles
appartenant à la reine venaient d'être emportés par le tracé de l'enceinte des murailles, car il n'y a pas lieu de croire que celles-ci aient été élevées sans que le fossé correspondant eût été creusé.
C'est ce que j'écrivais dans une étude sur le château de Brie-Comte-Robert (2).
(ij V. page 118.
(2) Op. cit.
« ...Donc, en i364, des héritages, des biens, frappés jusque-Jàde cens, c'est-à-dire d'un droit féodal, disparaissent parce qu'ils sont mis ès/osse^i, c'est-à-dire incorporés aux fossés de la ville. N'est-ce pas une preuve sans conteste que, dans la seconde moitié du XIV* siècle, on s'occupait de creuser ces fosses et, par voie de conséquence, d'en construire les murailles. Où étaient ces héritages? Le document n'en dit rien. Il importe peu, du reste, puisqu'il suffit d'établir qu'une partie des murs au moins, ne date que du XIV* siècle ».
Une autre considération milite en faveur de cette assertion. Si l'on jette un coup d'œil sur le croquis représentant les abords de l'église Saint-Etienne, il est une chose dont on restera frappé. La façade prtncipale du monument se trouve placée à une dizaine de mètres, à peine, des murailles, dans un véritable cul de sac. Il paraîtra douteux que l'architecte ait ainsi placé l'édifice qu'il avait la charge d'élever. Or, en 1364, l'église Saint-Etienne était de construction toute récente ; sa consécration, comme nous le verrons plus loin, datait du deuxième dimanche après Pâques de l'année précédente.
Dans les comptes que j'ai déjà eu l'occasion de citer, il est souvent question de viez mousiier, par opposition avec le moiistierneuf qui venait d'être éditic à son côté. Il ne faut pas croire, pour cela, que l'église neuve, consacrée en i363, remontât à quelques années à peine. On mettait longtemps, alorç, pour édifier un monument de ce genre (i). Mais à coup sûr, la nouvelle église n'a été commencce ni en 1208, ni dan$ les premières années du i3*' siècle, époque à laquelle auraient été construits les murs dont parle la charte précitée. Cette a clôture » de 1208 existait depuis longtemps lorsque l'architecte de Saint-Etienne traça le plan de son édiflieeton ne peut lui reprocher de l'avoir placé — l'édifice principal de la ville autant par son caractère que par ses
(') l^'églisc d'Amiens, comntencér en 1220 ne fut achevée qu'en 1257, c'est-à-dire 37 ans après. Un incendie l'ayant partiellement détruite, la reconstruction de la partie supérieure ne fut terminée qu'en 1272. Les tours ne le furent qu'en 1366. Le chœur de la cathédrale de Beauvais commencé en 1223 ne fut terminé qu'en 1272. La cathédrale de Chartres commencéjp en 1220 ne fut consacrée qu'en 1260. Notre-Dame de Paris, commencée en 1263. ne vit son chœur terminé qu'en 1285 et en 1295 seulement l'abside et la nef.
bE BRIE-COMTE-ROBERT 27 I
proportions — dans une position manifestement excentrique. J'insisterai sur ce point en parlant de Téglise, je me borne à relever pour le moment cette observation importante que il n'y a aucune identification possible entre la « clôture » de I2(>8 et les lortitîcations dont les fossés se creusaient encore dans les environs de i36o.
Si on ne peut admettre, en effet, que l'architecte de l'église soit venu buter sa construction contre des murailles, il est facile de comprendre que la nécessité imposant Tédification de murs défensifs, on ait, en donnant à ceux-ci le moins de développement possible, voulu englober toutefois le monument religieux dont la ville devait s'ennorgueillir, et en même temps, le cimetière adjacent.
Il v eut donc deux ceintures de murailles ; l'une élevée au commencement du i3* siècle à laquelle on travaillait peut-être lorsque Robert II signait avec le Chapitre de Paris la charte dont j'ai donné le texte, l'autre dans le milieu du XIV' siècle.
Celle de 1208, une véritable clôture, se dressa autour de Tilot Saint-Jean. Elle laissait en dehors le marché, l'hôpital, les églises et les habitations éparses. C'était surtout une place de refuge en cas d'alerte. Du reste, à l'époque où on y travaillait, le pays était dans une période de tranquilité relative, surtout après le^ terribles convulsions des siècles précédents. Tout au plus, le seigneur avait-il à mettre en sûreté ses approvisionnements, ses hommes d'armes. Rien n'exigeait que Brie s'enveloppât d'une enceinte fortifiée. Nous verrons un peu plus loin, au reste, que sur l'ilot Saint- Jean, devenu plus tard le château, existaient des habitations particulières dont les occupants furent expropriés.
Tout autres furent les fortifications du XIV'' siècle dont on peut fixer la construction vers i35o. A cette date la guerre de Cent Ans venait d'éclater, et, dès ses commencements, elle mit le pays Briard dans la plus fâcheuse position. Après les désastreuses batailles de Crécy (1346) et de Poitiers (i356), des troubles suscités par Charles-le-Mauvais, roi de Navarre (i), vinrent bouleverser Paris et ses environs.
^l) Il était le neveu de Jeanne d'bvreux, dame de Brie-(3omte-Robert. (Y. le tableau généalogique p. 210).
Le roi de Navarre ne prétendait à rien moins qu'à la couronne de France et il trouva des alliés naturels dans ce parti qui, dès Tavénement de Philippe VI faisait une opposition sourde à la dvnastie des Valois. « Il semble bien, écrit M. A. Coville (i), qu'il y ait eu un parti d'adversaires de la nouvelle dynastie que les trahisons de plusieurs princes et barons avaient enhardi. Les violences de Philippe VI et de Jean Le Bon, s'expliquent peut être par l'inquiétude perpétuelle où les tenaient les agissements d'ennemis cachés. Edouard III (2) était trop un étranger pour être, au début, le chef de cette opposition ; à partir de i336, au contraire, Charles-le-Mauvais, avec ses prétentions à la couronne, est tout désigné pour ce rôle. Victime du roi Jean à la suite d'incidents inexpliqués, enfermé dans un château de Picardie, il peut compter sur l'affection de deux reines de France, la veuve de Charles IV, sa tante (3), et la veuve de Philippe VI, sa sœur (4)... Après Poitiers, cette opposition, sans démasquer encore ses intentions les plus hardies, fait grand bruit du mauvais gouvernement. II n'y a pas, pour les bourgeois de Paris, d'alliance plus séduisante que celle du Navarrais ».
Le roi de Navarre fut délivré de sa prison d'Arleux dans la nuit du 8 au 9 novembre i357 ^^' ^^^ ^^ liberté reconquise, l'opposition aux Valois prit corps. Jeanne d'Evreux se trouva aussitôt en délicate posture entre son neveu et le dauphin, tous deux ennemis jurés l'un de l'autre et qu'elle s'efforça, dés la première heure, de réconcilier. Le 3o novembre iSdj elle les réunit. dans son hôtel, à Paris (5), et put croire un instant avoir réuséi ; mais Chaiies-le-Mauvais, associé aux Anglais, rompit bientôt avec le Dauphin ; ses troupes ra\a-
(1) Hiit. de France publiée par M. Lavillc vtomc IV, livre II, chap. II, p. m).
(2) Roi d'Angleterre.
()) Jeanne d'Fvreux. dame de Brie-(^onite-Robert.
(4) l.^ cérémonie nuptiale fut célébrée à Brie-Comte-Robert.
(5) L'hôtel de Navarre. Dans les comptes de la reine Jeanne de 1552, on trouve à cet égard la mention >ui vante . vi Au dit monsieur Geufroy (Gcufroy Le Veneur, maître delà chambre aux deniers Madame) qu'il avoit paiéz certains ouvrages faiz en lostel de Navarre à Paris Ixxij iiij deniers parisis. L'hôtel de Navarre était situé entre la porte Saint-Germain et Thôtel de l'archevêque de Rouen.
DE BRlb>COMTE-ROBERT '2^3
lièrent les environs de Paris, et de connivence avec li^tienne Marcel, le prévôt des marchands, il fit si bien, à Paris même, que le Dauphin (i), devenu régent du royaume, se vit dans la nécessité de quitter cette ville. Ce fut alors la guerre entre les deux princes, dont les armées, malgré leur petit nombre, n'en firent pas moins beaucoup de mal au pays. A plusieurs reprises, Jeanne d'Evreux, qui parait s'être montrée très attachée à la personne du Régent, essaya d'opérer un rapprochement entre les deux adversaires (2), elle ne put y réussir et les hostilités continuèrent, même malgré la mort de Marcel et la rentrée du Régent à Paris.
Dès ce moment, la « Navarrerie », comme on appela la guerre de Charles-le-Mauvais au Dauphin, devint une véritable calamité publique. On avait jusque là usé plutôt des négociations que de la vive force et d'ailleurs la Jacquerie, dont je vais dire quelques mots, avait attiré un moment sur elle les coups du régent et du roi de Navarre lui-même. Mais une fois les Jacques écrasés, la lutte reprit plus violente entre les Anglo-Xavarrais — carie roi de Navarre avait fait appel à ses alliés d'outre-mer — et les Français. J'insiste sur ce point parce que, dès ce moment, paraissent s'éveiller dans le pays la haine de l'étranger et une vague ferveur patriotique, inconnue jusque là dans la masse.
11 me faut bien parler, d'ailleurs, de ces faits parce qu'ils ne sont pas seulement de l'histoire générale, mais parce qu'ils eurent leur répercussion sur le sol briard.
Le Dauphin Charles était rentré à Paris le 2 août i358, mais il était comme assiégé dans sa capitale parles Anglais et les Navarrais qui tenaient tout le pays aux alentours et notamment, dans la région qui nous occupe, de Lagny à Melun. Cela suttit à dire que les environs de Brie-Comte-
(1) Le roi Jean avait été fait prisonnier à Poitiers. Le Dauphin, pendant son absence, avait administré le royaume en qualité de lieutenant de son père. Le 14 mai 1352, on le força à prendre le titre de régent.
(2) *i La reine Jeanne, veuve de Charles IV (Jeanne, d'Evreux. dame de Brie-Comtc-Robert) Si peinait pour procurer la paix à ceux de Paris ; mais ils se tenaient hauts et fiers contre leurs seigneurs. Le roi de Navarre était plus conciliant ou plus hypocrite. La première partie de juillet (I5S8) se passa en conférences entre lui, la reine Jeanne et le Dauphin... » ;M. Coville dans l'Histoire de France publiée par M. Lavisse, t. IV. L. IL C. II, p. 158.)
Robert, que Brie-Comte-Robert même, étaient au pouvoir de Charles-le-Mauvais et de ses auxiliaires (i). Toutes les routes menant à Paris étaient coupées ; les bandes parcouraient la campagne, brûlant et pillant tout. Les chemins étaient si dangereux que les députés aux Etats-Généraux convoqués le 19 mai iSdq à Paris, ne purent arriver à cette date. Ils étaient cependant pressés d'apporter au Régent leur concours pour mettre fm à l'horrible situation du pays. Ils avaient vu, en quittant leurs commettants, ceux-ci se mettre partout en état de défense, fortifiant à la hâte les bourgs ou simplement les églises, battant les alentours pour donner la chasse aux bandes navarraises. Les Etats purent cependant s'ouvrir le 25 mai. Ils allouèrent quelquels subsides au Régent qui se hâta d'en profiter et d'entrer en campagne contre « le Mauvais ». Son principal effort fut dirigé contre la barrière qui enserrait Paris à l'Est (2) et le siège de Melun commença le 18 juin. Des capitaines navarrais défendaient la place ; trois princesses de Navarre, Jeanne d'Evreux, veuve de Charles IV, la veuve de Philippe VI et la reine régnante de Navarre y étaient réfugiées. (3) Ily a lieu de croire que Jeanne d'Evreux ne s'était laissée enfermer dans Melun que pour négocier et amener les adversaires à faire la paix. Ce qui est exact, c'est que la paix fut faite, avant que la ville eût capitulée, et signée à Pontoisc le 19 août.
Si fugitive que soit la trace que Charles Le Mauv^ais laissera dans ces pages, on doit cependant comprendre
fl) <* La tranquillité dont Paris commençait à jouir, fut rncore troublée par le roi de Navarre, qui voiant son projet de parvenir à la couronne tombé avec le prévôt Marcel, voulut s'en venger sur le Dauphin et sur les Parisiens ; il leur déclara une guerre ouverte et bloqua Paris, en sorte qu'il ne pouvoit plus venir de vivres, ni de la Bourgogne, ni de la Normandie. Les troupes du roi de Navarre ravageaieut les environs. » (Histoire de la ville de Paris, t. 11 p. 49, in-i2, Paris 1753.)
(2) Nous avons déjà vu les ertbrts des premiers Capétiens pour dégager leur capitale à l'Est. C'est toujours de ce coté, en eflet, que se portent les coups lorsque Paris veut se défendre ou qu'on veul lafi'amer. Nous aurons plusieurs foi> l'occasion de vérifier cette assertion.
(9) Le château de Melun. et par suite la partie de la ville située du côté du Gàtinais, furent livres aux Navarrais et Anglais par la reine » lanche le 4 août 1558, quatre jours après la mort d'Etienne Marcel et la rentrée du Régent à Paris ; mais la partie de la ville située en Brie resta française et messire Jean d'Andrezel était, dès le même mois d'août, capitaine, pourle régent (Charles V), de Melun et de Brie (I. Rég. 86, 219 — Secousse II, 89).
qu'il joua un rôle considérable et qu'il dût s'entourer de partisans dévoués. Eloquent, persuasif, habile, ambitieux et sans scrupule aucun, ce prince entraîna dans ses menées une foule de gens qui crurent en lui et se laissèrent endoctriner par ses promesses. Dans Brie, autour de Brie, il dut à coup sûr, réussir plus que partout ailleurs. Neveu de Jeanne d'Evreux, ayant ainsi un accès facile dans tous les milieux, il ne pouvait manquer d'user du prestige que lui donnait sa situation privilégiée. Etait-il si difficile de faire entendre que sa compétition à la couronne avait un appui plus ou moins direct jusque dans la famille royale? Luimême n'appartenait-il pas à cette dernière ? Il est une chose assurée, c'est que Charles Le Mauvais paraît avoir réussi au-delà même, peut-être, de ses espérances, et qu'il trouva, même dans la noblesse briarde, créance plus qu'il ne convenait.
Dans les notes un peu confuses que Camille Bernardin a laissées, en vue d'écrire une histoire de Brie (i), j'ai trouvé ce fragment dont l'origine n'est malheureusement pas indiquée.
« Parmi les trois cents personnes à qui le Roi a pardonné pour le Roi de Navarre tous les maléfices qu'ils ont fait toute leur vie jusqu'au douzième jour de décembre i36o, on voit messire Jean, seigneur de Bienfaite... »
Ce seigneur ne fut pas le seul en Brie, si toutefois le renseignement de Bernardin est exact. Il y aurait tout lieu de supposer, à en croire un historien de Seine-et-Marne, que Jean d'Andrezel ou d'Andresel suivit la fortune du roi de Navarre (2). Ce dernier nous intéresse car, paraît-il, il fut capitaine de Brie.
«Jean d'Andresel, seigneur de Gretz, écrit Félix Pascal» était capitaine de Brie ; il tomba dans la disgrâce du Roi qui
(D Archives départementales de Seine-et-Marne.
(2) On trouve dans un compte des subsides de l'an 1356, Jean, sire d'Andrezel, chambellan du roi, mort dès l'an 1367 (Almanach Le Blondel, 1863, p. 102.) Il y eut deux Jean d'Andresel- |ean d'Andresel, qui nous occupe, était issu d'une ancienne et illustre famille, alliée au XII* siècle aux Garlande. Il était fils aîné de Jean d'Andresel, chambellan très aimé du roi Philippe de Valois et fut, à cause de cette similitude de préoom, dit le Jeune, jusqu'à la mort de son père arrivée entre mars 1343 et février 1347. Il avait deui frères : Aubert et QuilUun^e,