‹ Histoire de la ville de Brie-Comte-RobertChapitre 32 sur 58 · V. V. page 238, note · texte numérisé non relu

V. V. page 238, note

\\ Pommeuse est un«' c«>mmune située dans le canton de Coulommiers, à 6 kilomètres ce cette dernière ville On aura remarqué déjà vi on remarquera par la suite l'afinuence de seigneurs de (.ou ominiers et des environs a Brie, ('ela ne saurait étonner si l'on songe que (Coulommiers faisait partie de Iheritage de Charles IV.

7) On a vu plus haut qu'Aubert d'Andresel était frère de Jean, capitaine de Brie et ce Melun.

DK RRIE-COMTE-ROIÎF.RT LA TORTE DU MOUSTIER

a, pissage dts piétons. — b. passicr drf voiturn. — e, portion d* terre plein dini I( fosses, sur lequel s'appuie li passerelFe des piétom. — d, tirre-plein qui reçoit le pont-levi

1, n, n, n, chemin de rondi

créne*ui dei murailles.

naît avoir pris en garde, de noble homme Perceval de Pommeuse, chevalier, seigneur de Poincy (i) et de Belassise (2), la forteresse du dit Belassise, sous le scel du dit Aubert (3) » .

Un vidimus sous le scel de la Prévôté de Paris, le 18 mars 1376(4), mentionne les « lettres de donation par le roi Jean, au profit de l'abbaye de Saint-Denis, des terres de Bellassise et de Poincy et deppendances et autres biens, meubles et immeubles qui ont appartenu à feu Perceval de Pommeuse (5), chevalier, condamné à mort pour ses crimes et biens confisquez au profit du Roi à la charge par les abbés et religieux de faire son anniversaire par chacun an dans leur église, dans laquelle le dit seigneur roi déclare avoir esleu sa sépulture (G), données à LaFère-en-Tardenois le dix-sept septembre i363 (7) ».

Ces pièces se complètent par lappointemement (8) du 26 février i3()5 « passé en Parlement entre les abbés et le couvent de Saint-Denis, d'une part, et dame Marguerite Blainville, veuve de Perceval de Pommeuse (9), de l'autre.

(I) Commune du canton de Meaux, à 5 kilomètres de cette dernière ville.

(2 ) Belassise ou Belle-Assise, aujourd'hui ferme appartenant à MM. Chevallier et Bujon et dirigée par M. Dolimier, est située dans le hameau de Villemeneux, dont il a déjà été question, dépendant de la commune de Brie-Comte-Robert.

(4) Ce passage du vidimus indique que Perceval, s'il fut arrêté en 1359, comme il a été dit ci-dessus, fut exécuté au plus tard en 1 563.

(5) On a beaucoup parlé des derniers jours de Jean, roi de France. On sait que, rendu à la liberté par le traité de Brétigny (1360). Jean le Bon décida de re ourner en Angleterre reprendre sa captivité et qu'il y mourut le 8 avril 1364. Jean était rentré à Paris de son voyage d'Avignon en juillet 1363. D'après la date du document qui nous occupe, il semblerait qu il fut déjà en route pour se constituer à nouveau prisonnier. 11 se dirig ait vraisemblablemei t sur Amiens, où il réunit les Etats Généraux avant son embarquement qui est du 3 janvier

(,7) « Amortissement par le roi Jean des terres de Poincy et de Bellassise, fiefs, arrière-fiefs et autres droits et revenus en deppendans par lui confisquez sur Perceval de Pommeuse et donnez à l'abbaye de Saint-Denys dans laquelle le dit seigneur déclare avoii éliie sa sépulture à la charge de célébrer à perpétuité l'anniversaire du dit seigneur Roi. Sous son scel le dix septième septembre 1363 *>. A. N. (L. L.) 1191, p. 727. n" 4357.

(9) Ne serait-ce pas à Pommeuse qu'il faudrait appliquer ce passage du continuateur de la chronique de Richard Lescot : « Quidam miles, de Bria oriundus, et qui toti patrie, velud hostis publicus, irreparabilia damna intulerat, capitis abscissio'ne penas luit pro sceleribus perpretatis. Cujus amplas hereditatcs, cum ad fiscum regium dcvenissent, rex Johannes competitoribus multarur.i cccl^sinrum regni remissis ad propria proprio motu libère concesnt pcrpetuo possidcndas ». Chroni^ur. d: Jean Lrscot, Pari> in-3' 1896. p. 142, § 50'J.

portant que la dite dame, pour cause de son douaire, jouira, sa vie durant, de la maison de Belle Assise, de Thôtel de Toussas, (i) de Thôtel de Villemeneux (2), de Thôtel des Bienfaites (3), Boucy (4), Trembleceaux (5) et Sog-nolles (G), cens, rentes, bois et autres revenus, arrièreliefs en dépendant et aura ce que tient en douaire la dame de Ver, à Villemeneux, après le trépas de la dite dame de Ver (7) et les religieux de Saint-Denis auront tous les autres héritages, cens, tiefs, rentes, etc., en quelque lieux qu'ils soient, possédés par M*"* Arthus et Perceval de Pommeuse aux jours de leur trépas sans que la dite dame y puisse rien prétendre ».

J'aurai, naturellement, l'occasion de revenir sur cette famille de Pommereuse en parlent des fiefs briards; je me borne, pour le moment, à citer ces textes comme une preuve de l'agitation extrême du pays et des opérations de guerre dont il fut le théâtre, spécialement en i358 et i35g. Je dois, cependant, compléter ces données par un document qui établit le rôle joué, en ces circonstances par Jeanne d'Evreux.

t Charles, par la grâce de Dieu, roy de France... savoir faizons à touz présens et à venir que comme nos très chères dames madame

I ) Toussas ou Toussât mouvant de Belle-Assise, était situé près de ce dernier fief. Aveu du 7 avril 1665 : «(Toussât consiste en deux arpents de buissons et ayant quantité de vieilUi masures qui paraissent être, ci-devant, le manoir et fief assis tout proche le lieu de Belle- Assise tenant et aboutissant aux terres de Toussats et de Belle-Assise ». Les substructions de ces ruines sont encore visibles.

(2) Il s'agit fort probablement du fiet de Voulangis ou VoUangs, mouvant de Belle-Assise, <* assis à Villemeneux, consistant en un manoir tout découvert, jardin de un arpent, deux fosses à mettre poisson, plaine de saulx et buissons, tout clos de hayes * (Aveu du 26 janvier M75)-

(3) J'ai déjà dit, p. 200 (note), qu'il existait un fief des Bienfaites à Brie. Ce fief était mouvant de Bric-romte-Robert. Il est question plus haut de l'un de ses propriétaires de l'époque, Jean de Bienfaite.

(4) Peut-être s'agit-il ici de Boussy-Saint-Antoine, commune de Seine-et-Oise, canton de Bo i ssy-Saint-Léger.

(5) Tremblesseaux est un hameau de la commune d'Evry-les-Chàteaux, dans le canton de Brie-Comte-Robert.

(6) Soignolles est une commune du canton de Brie-Comte-Robert.

(7) Ver ou Vert-Saint-Denis, commune du canton de Melin (nord), non loin de N'andy, autre commune du mime canton où les Pommcusc possédaient des biens (v. p. 2;8, note.)

28() ItiSToiRP: DK La ville

la royne Jehanne (i) et madame la royne Blanche (2), considérans les très grannds mauls, inconvéniens et dommages qui, pour cause et occasion des dissensions et debaz, descors et guerres meuz entre nous, dune part, estoient venuz et venoient de jour en jour et pensoient plus grans venir, se bonne paix ne y fust mise, eussent et aient requis et fait requérir plusieurs foiz à grant instance nous et noz gens, et aussi nostre cher cousin Loys de Navarre et le captai de Buch, lieutenant de nostre dit frôre, que nous et eulx vousissiens que elles traitassent de paix entre nous et lui, et tant y aient travaillé 1101 ^'*^^ dames que, par le mien et à la prière d'icelles, fu et a esté fait entre noz gens et les gens de nostre dit frère certain traitié et accort en la manière qui "s'ensuit.

Sur les descors et la guerre pendanz a présent entre le roy notre sire, d'une part, et le roy de Navarre, d'autre, est parlé par les genz des diz seigneurs avecques madame la royne Jehanne et madame la royne Blanche pour bien de paix, pour contemplacion et révérence du saint père et de noz dites dames qui sur [ce] ont prié et requis les dites parties et aussi pour compacion du peuple.... Paris, en nostre hostel de lez Saint-PoU juin 1365 (}) ».

Aux « très grands maux» que Charles V signale comme conséquences de la guerre navarraise, il faut ajouter, avons nous dit, \i\ Jacquerie. Ce fut une explosion de colères populaires que cette insurrection noyée par les nobles dans le sang. Depuis plusieurs années, le paysan jouissait enfin de quelque paix. Les champs, la culture prospéraient; la richesse publique s'accroissait. Tout à coup éclatèrent, à la fois, la guerre étrangère et la guerre civile. Pour les gens de la terre, il n'y avait aucune ditTérence entre les combattants. L'idée confuse de patrie germait seulement, mais un sentiment fort net se faisait jour parmi ses travailleurs. Ils reprochaient aux nobles, dont c'était le métier, de ne plus savoir défendre le sol et la population ; ils avaient vu, non sans se

(1) la reine Jeanne d'Kvreux. dame de Brie-Conitc-Robert.

(2) Blanche de Navarre, surnommée Belle-Sagesse, dont le mariage avec Philippe VI le Valois fut célébré le 29 janvier i3>o (n. s. à Bric-Comte-Robert. Par mandement en date du )o avril 1365, Charles V a considérans les très grans griefs et pertes qu'elle (la reine Blanche) a soustenuz pour cause des guerres et les grans fraiz et mises qu'il lui convient faire et soustenir tant pour son estât comme pour la garde de ses chasteaulx, li avons donné... la somme de quatre mil francs d'or, ou la valeur à prendre en quatre de ses chàtellenies sur les fmanccs de nos aides... c'est assavoir le treiziesme sur le vin. la gabelle sur le sel et douze deniers par livres de toutes autres denrées et marchandises, jusqucs à un an. . »

( ?) (-C document en original aux chartes de Tnluze n" 4:)^. dans la collection Paluzc, a cti publié par M L. Delislc dans son ouvrage Maid:m:nts d: Charlt: V Paris in-4'- 1. N. 1874, p. 104)

DÉ BRli:-COMTK-ROBERT 28 1

j^ausscr d'eux, ces chevaliers présomptueux, ces comtes et ces barons insolents, se faire battre honteusement, à Cour- Irai, par la piédaille flamande, à Crécy, à Poitiers, par les archers anglais; ils les voyaient maintenant lutter entre eux, négocier, se brouiller, se raccommoder, toujours aux dépens du paysan. Le temps n'était plus, où ce dernier, comme un esclave travaillait pour le compte du maitre, du conquérant. Un vent d'indépendance dont nous avons suivi la trace dans les chapitres précédents, avait passé parla, réveillant les instincts de liberté et secouant, la dignité des malheureux oppressés. Ce sol qu'ils cultivaient, qu'ils arrosaient de leur sueur, était devenu le leur. Sans doute, une Toule de charges fiscales, de corvées, de redevances pesaient sur eux, mais, en y satisfaisant, en se courbant vers cette terre pour en ai*racher les trésors sauf à n'en garder que quelques lambeaux, ils vivaient, ils étaient maîtres d'euxmêmes. Comprend-on toute la colère légitime de ces braves gens contre ces nobles et leurs gens d'armes qui n'étaient plus pour eux que des brigands? Ils se défendirent d'abord comme ils purent.

« Dans cette année de i358, dit Jean de Venette (i ), beaucoup de villages dépourvus de fortifications se tirent de vraies citadelles de leurs églises, en creusant autour d'elles des fossés et en garnissant leurs toui's et leurs clochers de machines de guerre, de pierriers, de balistes, afin de se défendre, si les brigands venaient à les attaquer, ce qui arrivait, à ce qu'il parait assez souvent (2) ».

Mais ces forteresses improvisées étaient souvent insuffisantes. « Eperdus, les paysans se sauvaient dans les bois, les carrières, les cavernes, les îles, dans des bateaux amarrés au milieu des rivières, dans les chciteaux, dans les villes fortes, emmenant avec eux ce qu'ils pouvaient de meubles, de provisions et de bétail, voués à la pire misère».

Les Jacques, les paysans, finirent par prendre l'ofïensive et se ruèrent, exaspérés, sur les châteaux. Aussitôt les no-

(I) Religieux carme, chroniqueur de 1 époque. 2) Citation cnipr-i.tôc à M. Covillc, op. cit.

282 HISTOIRE DE LA VtLLE

bles oublièrent, pour un moment, leurs dissentiments, leurs rivalités et leurs ambitions. D'un commun accord, ils se réunirent pour comprimer ce soulèvement qui menaçait de les emporter et de les broyer. La répression fut terrible, atroce même. Le résultat de la lutte entre ces hommes bardés de fer, disciplinés, ayant conscience du péril qu'ils couraient, et les bandes incohérentes des vilains ne pouvaient faire doute. Les vilains furent écrasés, mais la vengeance des nobles ne s'en tint pas là. Après les rencontres en armes, ils firent une véritable campagne d'extermination. « Et combien qu'à plusieurs d'eux rien ne leur ait été méfait, écrivait Etienne Marcel, toutefois ils (les nobles) ont ars (brûlé) les villes, tué les très bonnes gens sans pitié et miséricorde quelconque, robe (volé) et pillé tout quanque ils ont trouvé, femmes, enfants, prêtres, religieux, mis àcruellesgéhennes, les femmes violées en présence de leurs maris, et brièvement fait plus de maux plus cruellement et plus inhumainement que onques ne firent les Vandales ni les Sarrasins ».

« A partir de cette déconfiture (défaite de Jacques à Clermont en Beauvaisis et exécution de Guillaume Karle, leur chef), les nobles exercèrent leurs vengeances. Elles furent terribles. Le régent avait quitté Sens pour se rendre à Provins et de là àMeaux. Derrière lui accouraient les gentilshommes ardents à la poursuite et à l'extermination de l'ennemi commun. Tout fui mis à jeu et à satig dans le pays situe entre la Seine et la Marne. Les chaumières furent partout brûlées ou abattues et les paysans massacrés (i). »

« Entre Seine et Marne, les seigneurs qui étaient venus rejoindre le dauphin, tuaient au cri de Mort aux vilains ! ».

Tous les chroniqueurs évaluent le nombre des victimes de ces atrocités à vingt mille du 1 5 au 24 juin i358!

Je m'arrête sur ces citations et ce chiffre, et j'en reviens à la conclusion que je dois tirer de ces terribles événements au sujet des fortifications de Brie. Il apparaîtra, j'en suis convaincu, au lecteur, que ma thèse là dessus sort forti-

[\) Polnsijnon, Histoire U U Chamragne tt de h Brie,

DE BRIE-CÔMtË-ROBÉRT 283

liée par le récit et leâ documents qui précèdent. Il me sera impossible de préciser exactement l'année dans laquelle fut élevée la nouvelle enceinte de la ville, mais, tout semble laisser supposer que ce fut dès les premiers troubles, c'est-à-dire vers la fm de i356 ou au commencement de iSS? l^rie-Comte-Robert n'aurait d'ailleurs fait qu'imiter l'exemple de Paris.

Au mois d'avril iSSy, les Parisiens contifiuèrent les fossés qu'ils avaient commencés dès l'année précédente ; ils en tirent de nouveaux et élevèrent des parapets et des tours qu'ils garnirent de canons, de balistes et d'autres anciennes machines de guerre. Les Parisiens avaient trouvé les fortitications déjà fort avancées, car aussitôt après la nouvelle de la perte de la bataille de Poitiers (19 septembre i356), on avait fortifié tous les endroits de Paris par où les Anglais pouvaient venir ». En i358, ces travaux de défense diriges d'abord contre les Anglais furent parachevés par les soins dEticnne Marcel qui s'apprêtait à soutenir un siège contre le Dauphin. «Les maisons et les jardins que les Cordeliers et les Jacobins avaient sur les remparts de la ville furent détruits ; on répara les brèches, on creusa des fossés et on éleva des remparts où il n'y en avait pas (i) ».

Serait-ce trop s'avancer que de dire qu'il en fut fait autant à Brie-Comte-Robert au même temps et pour les mêmes raisons > Cette précipitation même qui semble avoir été apportée à dresser et à compléter la défense de Paris, nous la retrouvons pour Brie et sans doute on la retrouverait pour d'autres lieux. C'est du moins ainsi que je crois devoir interpréter ce passage déjà cité du compte de la reine Jeanne « pour ce que aucuns héritages sont mis es fossés de la ville ».

11 y a là, à mon sens, une mesure hâtive qui justifie bien le tracé des murailles tel que nous le voyons, c'est-à-dire exécuté pour parer au plus pressé afin d'envelopper d'une ceinture défensive, à la fois, le marché, l'église et le cimetière, sans autre préoccupation que celle de se mettre à

(;^ ;;„:. ù b V.:i: d: Puis, o^. cit. t. II, p. 28 et 40.

l'abri des dangers du dehors. Il n'est pas jusqu'à la création du moulin aux chevaux installé dans le vieux moustier, comme je l'ai montré plus haut, qui ne décèle la plus violente terreur et le désir impatient de chercher protection derrière les nouvelles murailles.

Qu'étaient celles-ci ? A mon sens, et à cause de la précipitation apportée à leur construction, des plus sommaires. Il ne nous en reste rien qui puisse nous permettre d'en juger. Si on se reporte à un plan de i&â). conservé aux Archives Nationales, où une partie de la ville de Bric est représentée à vol d'oiseau, il semblerait au contraire que les murailles de Brie fussent hérissées de tours, engagées, mais assez rapprochées les unes des autres. Ce document, néanmoins, ne me paraît pas devoir être pris en considération. Le dessinateur, selon moi, a indiqué les murailles par un dessin conventionnel, adopté pour toute représentation semblable. Ces tours, si multipliées qu'elles paraissent distantes à peine de 20 à 2? mètres les unes des autres, ne répondent pas je crois à la réalité des faits. Je citerai à ce sujet un passage d'une plaquette relatant la prise de la ville et du château de Brie en 1G49 ^^ '•

« Il (le comte de Grancey i s'alla porter dans le faubourg de 1 Epinelle d'où il fit son approche et plaça son canon contre le rempart de la ville à la faveur d'une muraille de jardin proche du fossé : une partie duquel était remplie d'eau, où se faisait la batterie, et le reste à sec un peu plus haut. Les assiégeants ayant choisi cet endroit-là pour y faire leur attaque, d\iulant que la partie du fossé, où il y avait de Veau, n était défendue daucun flanc t^.

Il y a lieu de croire que l'anonyme qui a rédigé ce récit est un militaire ; on peut donc s'en rapporter à ses dires, et ceux-ci nous montrent une simple muraille dépourvue de tours — au moins sur le point attaqué. — Je crois d'ailleurs que cette assertion est vériliée par les faits. Il n'existe aucun vestige des tours, même engagées, dont le plan de 16G6 se

;i) B. N. — Pièce in-4 LL. ^7 ^ot^.

montre si prodigue ; les substructions, la base des murailles même se retrouvent en plus d'un point, rien ne décèle la présence de ces tours. Je ne veux pas dire qu'il n V en avait pas; il est fort possible que, sur quelques points, un ouvrage saillant ait été élevé pour aider à la défensive, mais il n'en reste rien. Les fortifications du XIV' siècle apparaissent comme une simple muraille, d'épaisseur respectable il est vrai, au pied de laquelle courait un fossé qui peut avoir mesuré huit à dix mètres de largeur entre l'escarpe et la contrescarpe. Cette constatation militerait en faveur de la construction précipitée de cette défense, exécutée surtout en vue de se préserver d'un coup de main. Il devait y avoir une dilTérence sérieuse entre les qualités défensives de la « clôture » élevée au commencement du XlIP siècle autour de l'îlot Saint-Jean et celles de cette ceinture de pierre mal llanquée et à peu près uniquement protégée par les fossés.

Quoiqu'il en soit, la ligne des fortillcations de la ville se poursuivait comme il suit :

En prenant le point de départ de la porte des Fontaines dont l'emplacement entre la maison de M. Derroubaix et celle de M. Desplas est très facile à retrouver, les murs suivaient tout le boulevard de l'Ouest qui a été créé sur les fossés même de la ville, comblés dans ce buta la lin du i8'' siècle. Ils sont jalonnés par les maisons bordant cette voie et dont quelques-unes — la maison Blanchard par exemple — sont visiblement élevées sur le sanciennes fortifications. Plus loin, et en poursuivant la marche vers la porte du Aloustier, c'est-à-dire jusqu'à la maison de l'Arquebuse, cette partie des fossés servit aux exercices de tir des arquebusiers de Brie. Après la porte du Moustier les murs et les fossés sont devenus propriétés particulières. On les suit par la place des Minimes, le boulevard des Bienfaites, la rue de la Grenouillère jusqu'à l'entrée de la rue des Regards. De ce point à la porte du Gué, une partie des fossés est devenue le lavoir public, à Li lin du i8'' siècle. La porte du Gué se trouvait presque à la hauteur de la porte d'entrée du lavoir, coté nord. De là à la porte des Fontaines, la muraille traversant obliquement le

LES MURS ET PORTES DE BRIE^OMTE-ROBERT avec indication des ruisseaux alimentant partie de ses fossés

bE BRIE-COMTE-ROBERT 287

jardin de M. Bezard, enveloppait les fossés du château, laissant entre elle et ceç derniers un espace restreint, ainsi qu'on peut en juger, puisque le boulevard actuel des Fossés recouvre l'ancien fossé de la ville.

Trois portes, au moins, coupaient ces murailles : la porte des Fontaines, celle du Moustier et celle du Beau Guillaume, ("es portes, comme toutes celles qui nous sont restées du XIV*" siècle devaient former un édifice quadrangulaire, comportant un étage au-dessus d'une voûte sous laquelle passait la voie charretière ; le tout surmonté d'une toiture pyramidale à quatre pans avec faitier muni de girouettes. A dri^ite ou à gauche existait un passage — une autre voûte vraisemblablement — servant aux piétons.

Cette dernière disposition nous est indiquée, en ce qui t<.Kiche la porte du Moustier (i), par un acte passé devant (^olleau, notaire à Brie-Comte-Robert le 3i mai 1699 (V-

« Etienne Musnier maitre masson, demeurant à Brie- (^omte-Robert, fait marché avec M*» Charles Jambin, S' de Boigny, conseiller du roy, maire de la ville et... Petit, eschevin, d'abattre le soustônement (?) qui est appliqué sous la j/?'a?id porte de la ville, appelée du Moustier. crespir, avec piastre neuf, la grande votcte setillement de la dite porte et raccommoder avec chaux et sable, par la base, lespilliers de r arcade de la dite porte du costé dti faux bourg. »

Les passages que j'ai soulignés semblent fort clairs.

D'une part, si la porte du Moustier est qualifiée de grand'porte, c'est qu'il y en avait de petites ; en effet, dans une déclaration du 27 juin i5c)6, par exemple, qui se trouve aux Archives communales, nous lisons :

' I On a donné aujourd'hui le nom de Dumoutier à la place formée par le croisement des rjes de la Grenouillère et du Beau-Guillaume. 11 ne peut, il ne doit y avoir aucune confusion entre cette appellation et celles de la porti du Moustier et rue du Moustier. Cette voie porte a-tuellement le nom de rue de l'Eglise, ce qui est la forme moderne de rue du Moustier. La perte se trouvait à l'extrémité de cette rue qui venait buter contre les murs de la ville devant et à quelques mètres seulement (le la façade de l'église Saint-Etienne. C'est là ce qui lui avait fait donner e nom de porte du Moustier, c'est-à-dire porte de l'église ou conduisant à l'église.

(2) Les actes de Colleau font partie des Archives notariales de M* Camus, notaire à Brie- Comtc-Robcrt.

« Jehan Dijîucs, le jeune, lieutenant de monseigneur le bailly de Brave et Nicolas Graig'v, es noms et comme exécuteur testamentaire de delïunct Jehan Graigy (i), et encore le dict Jehan Di^rues et Colin de La Jarrie, exécuteur testamentaire de delïuncte Jehanne Delaistre, femme du dict defTunct Jehan Graigy, déclarent avoir cédé à l'église Saint-Etienne... une granchc, estables, court et bien assis sur la rue aux Frippiers, aboutissant d'un bout a Jthan du Boys et d'autre bout sur Lï place de la parle du Cymelière ; une maison et lieu qui fut François le Jeune assis sur la dicte rue, tenant d'une part à icelle et d'autre aux murs de la fortiffication de la ville, aboutissant d'un bout sur la place de la porle du cymelière. »

Il existait donc non loin delà grand'porte du Moustier une porte plus petite, celle du cimetière, dont l'emplacement est logiquement — nous en parlerons par la suite — à Fextrimité de la rue des Juifs, autrefois rue Boissanté. Je n'entends pas dire que la porte du cimetière était percée dès le milieu du 14" siècle, au moment de la construction des murailles (2) je ne fais en ce moment un rapprochement entre elle et celle du Moustier que p< )ur montrer l'importance de cette dernière. (]elle-ci se c<^mposait, évidemment, de deux roules, Tacte de i():j(j, ci-dessus rapporté, en fait foi, puisqu'on y parle de réparations à exécuter à la grande voiile seulemejil de la dile porle. C'était à n'en pas douter la voûte charretière, tandis qu'il côté était la petite voûte servant de passage aux piétons. Le même acte nous tixe également sur ce point que la porte — par sa grand'voute — avait deux arcades, une du coté de la ville, une du C(')té du faubourg. Ces détails suffisent a reconstituer dans son ensemble la porte du Moustier e'"î tenant compte de l'architecture du XI V*^ siècle en pareille matière (3).

La porte des Fontaines était construite sur le même plan.

(I; Dans un acte du 24 février 1484 (même source^, Jehan Graigy est qualifié de muc. c c'est-à-dire officier de justice, ou notaire.

(2) Je crois au contraire qu'elle fut percée plu» tard.

n) Les fortes de .Moret. qui sont demeurées si bien conscr\ces, peuvent nous en donmr une idée à peu prés exacte.

DE HRIE-COMTE-KOBERT 28c)

La place vide laissée par son emplacement entre la maison Deroubaix et la maison Demars suffirait à Tindiquer si nous n'en avions pas une preuve authentique.

r^n 1754. toutes les portes de Brie furent l'objet d'un examen tant à cause de leur vétusté que de la gêne qu'elles occasionnaient dans la circulation. Le rapport (i), dressé à cette occasion, fait connaître qu' « il ne reste plus delà porte des Fontaines que des vestiges informes bâtis à chaux et à sable et moellons très anciens saillant sur la voie publique et en danger d'écraser quelqu'un. )x En ce qui touche la p< »rte du Moustier, il est dit qu'elle « est de même conformation de même construction que celle des Fontaines. » On signale de plus qu'elle «est de trop vaste étendue et laisse un passage trop étroit. »

La similitude entre les deux portes des ^^)ntaines et du Moustier est ainsi démontrée tout autant que leur communauté d'origine.

La porte du Beau-Guillaume, ainsi appelée parce qu'elle donnait accès à la rue du même nom, était située entre la maison de XL W'osmeck et celle deM. Congy, habitée actuellement par M. Guyot, notaire, ne devait présenter qu'une seule voûte, mais les piliers devaient, suivant l'architecture invariablede l'époque présenterunesurface arrondie, une tour en tourelle, du côté de la campagne comme à la porte du Moustier et à celle des Fontaines, ces tourelles ne devaient point descendre jusqu'au sol, mais se terminer à leur partie intérieureen cul de lampeâ toresépais. Cette hypothèse explique pourquoi on ne trouve dans le sol ou à la surface aucune trace de toursdont l'existence cependant peut être considérée comme certaine. Il est aisé de se rendre compte combien cette lourde bâtisse rétrécissait la voie, déjà peu large. Aussi en 1764, la porte du Beau-(juillaume est représentée comme « trop immense, trop étroite pour le passage des voitures, considérable les jours de marché », En mars 1776, il n'en

il) (^e rapport était accompagné pour chaque porte d'un plan ainsi que l'indique le manuscrit des archives communales de Bric-Comte- Robert. Malgré mes recherches il m'a été impossible de retrouver ces documents graphiques.

DE BRIi:-COMTE-ROBERT 2^1

tc-Rr)bcrt est peu accessible du côté du nord. C'est =-^ trouve 1 etan<r au milieu duquel aété bâti le château * t. Sainl-jean. Des sources puissantes, d'où est venu <Jc porte et rue des Fontaines, donné â la porte et à -^ui les avoisine ou les longe, constituaient, â l'ouest Olantj-. — elles S(Mit aujourd'hui de beaucoup amoin- — un c<»urs d'eau diflicile à traverser. Leur débit se ^ ^-^ail du rù des Saulces la Vieille venant de la direct inn ladres et du rù descendimt de Vaudoy, tous disparus <^ 'u près, mais qui durent, vraisemblablement, tenir "^ ^^cz sérieuse place dans le régime hydraulique du pays. ^ :^^ avons la preuve de la quantité d'eau qui pouvait ^^^ i^iuier sur ce point.

p^eut lire dans le procés-verbal d'une assemblée des ^^^nts de la ville, tenue le 7 juillet lyiS, que la ville ^^ "^Trait des incommodités considérables par les fréquentes ^^^-^^ d'eau de la campagne qui, tombant par la rue des ^^-^teaux, après avoir entièrement dégradé et rendu im- ^"^ vjable ladite rue et le chemin d'entrée de la ville du côté ^-^aris jusqu'à la porte des Fontaines, comblé et engorgé ^* »ssés et le pont de ladite porte, entraient par ycelle dans ^'ille ou elles remplissaient les caves, ruinaient les fonde- ^^'nts des maisons et causaient d'autres dommages considérables... »

Il s'agit, il est vrai, ici, du rù de Tubeuf ; mais qui reconnaîtrait, a l'enumeration des ravages qu'il occasionnait à la la lin du 17' siècle, le paisible ruisseau â moitié desséché, .jue nous \oyons descendre de la côte de Chevry ?-* Le défri- •hement. les mares, le drainage ont eu raison de ses impé- Lieux débordements et l'ont réduit au rôle d'un ruisselet ÎMUt le lilet s'épanche en un fossé de grande route. Cet xcmple peut servir à nrais donner une idée de ce que pouaient être autrefois, toutes proportions gardées, les deux LIS des Saulces-laA'ieille et du \'audoy dont je parlais plus -kl us haut (I).

(I; II la liiit bien, d'ailleurs, que la masse deau alimentant le C^ornillot et par suite ôlang du chaleau qui est son bassin d'origine, fut considérable puisque nous soniiniçs assues, par les comptes de la reine Jeanne et d'autres documents auxquels j'ai déjà fait des mprunts, que le rù du Cornillot mettait en mouvement dej moulins et des foulons,

202 HISTOIRE DE LA VllXE

On pourra trouver surprenant que dans l'apport des eaux, à Touest de l'étang précité, je n'ai pas mentionné ce même rû du Tubœuf dont Taflluence seule eut rendu inabordable le coteau de Brie-Comte-Robert sur ce point. C'est que très certainement, le thalweg du Tubœuf ne suivait pas autrefois la direction qu'il avait à latin du 17* siècle, qu'il a conservée de nos jours. Le même document que je vise ci-dessus, nous apprend qu'en « recherchant la cause et les remèdes (de la situation exposée) on avait trouvé les vesii^es if un ancien cours d'eau qui passait ci-devant au travers du jardin et enclos d'une maison et ferme ( i) nouvellement acquise par les religieux carmes deschaussez de Paris, de M. le président d'Aligre et qui avait été bouché, »

Il résulte de ce qui précède que le rû de Tubœuf avait été, aune époque qu'on ne pouvait déjà pas préciser en 1715, détourné de son cours naturel, ou tout au moins privé d'un bras, à supposer qu'il se fût déchargé par deux ouvertures dans l'étang du château. Dans quel but ? Il est toujours difficile de se prononcer sur des travaux dont il ne reste pas d'autres traces qu'une simple mention dans un document vieux déjà de deux siècles ; il est possible cependant, la réflexion aidant, de trouver une explication logique et satisfaisante de leur exécution. Or, je ne serai pas éloigné de croire que ce changement dans la distribution des eaux, en ce point du sol briard, pourrait être rattaché à la création du nouveau gué.

Si, en ellét, nuus avons pu nous rendre compte de ce que pouvaient être les abords de l'étang du château du côté de ses sources et ruisseaux d'alimentation, il est facile d'en faire autant pour son exutoire dans la vallée duCornillot, qui lui sert d'écoulement jusqu'à l'Yerres. (^et exutoire était un véritable marécage. « Le fait est, écrivait-on vers la lin du Wll" siècle, (2) que les ponts et murailles et édilices du château de la dite ville (de Brie-C^omte-Robertj sont très

(I . Il sera, d.ins les chapitres >uivant>, question de celle niiison et ferme devenue* aujourd'hui la maison Biraud.

(2; Mémoire dresse pour le président de Mci^mos. seijjneur par engagement du domaine de Bric-(^omte-Rubcrt depuis UiS^.

anciens, d'une grande étendue et bâtis sur pilotis au milieu d'un fujf'jis presque impraticable. » Qu'on se représente, d'ailleurs, ce que pouvait être ce coin devenu le réceptacle, non seulement des eaux sorties de l'étang grossi des rùs dont j'ai parlé, mais encore de celles qui dévalaient du côté de la campagne par le rù dit des Ecorcheries et du côté de la ville par des sources telles que la fontaine Tartereau dont je vais parler ; om comprendra, à la faible pente du terrain, aux obstacles même, misartiliciellement peut-être à roriginc, — pour la formation de l'étang — à l'écoulement de la masse liquide, sa transformation inévitable en marécage à peu près inabordable De ce côté, plus encore probablement que de celui de la porte des Fontaines, l'accès du coteau de Brie, de la ville même, devait être sinon impossible du moins fort laborieux.

Du côté de Paris — c'est à-dire ci l'ouest de l'étang — l'ha" bitude créa un chemin, remontant la rivegauche du rû descendant du Vaudoy jusqu'au point où ce petit ruisseau put être franchi sans incommodité, c'est-à-dire à la hauteur de la maison Bertrin ou du chemin de Périgny. Du côté opposé, c'est-à-dire à l'Kst de l'étang, semblable chemin se créa le long de la rive droite du ruisseau déterminé par la fontaine Tartereau jusqu'à la source même de cette dernière. Le premier de ces chemins qui s'appela la route de Fontainebleau est aujourd'hui le boulevard de l'Ouest ; le second pourrait être devenu la rue de la Grenouillère, mais fut plus probablement ce qu'on appelle la rue des Tanneries, qui sert d'amorce aujourd'hui à la route de Melun.

La première de ces hypothèses explique l'emplacement de la rue Saint-Christophe qui, nous l'avons vu, s'appelait au XIII* siècle, rueChantepie et mettait, à l'époque, Brie en communication avec la route de Paris ; la seconde nous conduit à parler des gués vieux et neuf.

La rue des Tanneries, en effet, franchissant le ruisseau du Cornillot, déjà formé et canalisé, devait sur ce point présenter im gué, le vieux gué. Par cette voie, on débouchait dans la rue du Beau Guillaume et de là dans le Marché de Brie- Comte-Robert. C'était, pour ainsi dire, le trajet obligé de

'2<J4 IIISToîki: Di: LA VIIJ.R

tous ceux qui se rendaient à Brie en venant de (^»ubeit (Irisv, (]ossii^nv, (]hevrv, etc. etc. De même les habitants venant de l^'érolles, Attilly, Lésiirny. Servon. etc.. quand ils ne pouvaient pénétrer par les l-'ontaines s'astreijjrnaient à remonter le rû du Vaudoy pour se rabattre par la rue des Piliers ou celle du Moustier vers le Marché. Il suit de là que Talimentation commerciale du Marché, si on peut se permettre cette expression, se faisait, au nord, par la rue Beau. (luillaume, et au sud. par la rue des Piliers, avec, pour conlluent, ce que nous appelons aujourd'hui la place de ril<:»telde-X'ille. ( )r, ce conlluent était la place foraine appartenant à ri^^'^lise de Paris. (]eci je l'ai amplement démontré déjà, en indiquant qu'à c<*»té se trouvait le Marché du seiijrneur, tous les deux sépares par une simple borne dont la place p< aurait êtn.' fixée au coin (Juentin.

On sent, par ces dispositions même, que le Marche du sei^meur ne p(Aivait {^uére recevoir que le trop plein du Marché de TKi^^lise ou n'avait qu'un accès souvent fermé par la rue des Fontaines. Le (chapitre de Paris s'était habilement réservé la part du lion dans le parta.ue du sol commercial : nous avons vu que, du sol airricole, il avait soiirneusement irardé pour lui la portion la plus riche. Il n'y a là rien que de très humain. Mais, ce qui ne l'est pas moins, c'est le désir que devait avoir le seit*"neur du lieu, non seulement d'attirer à lui les marchands et le commerce par la Maison-Dieu, par les Halles — ainsi que cela a été plusieurs fois avancé — maisaussid'atïranchir son Marché de la sujétion exposée plus haut. (>ela, il lep^aivait: premièrement, en dégaj^eant l'accès par les Fontaines de la masse d'eau qui l'aveuglait ; secondement, en créant le n(»uveau gué et en aménageant ainsi une Voie débouchant directement de la campagne, et non de la moins riche et bien dotée, dans son propre Marché.

Pour arriver à ce résultat un travail s'imposait et c'est précisément celui qui fut fait pour le rû de Tubœuf ou du moins celui qui paraîtra le plus rationnel.

premier pointétait élémentaire. Alin de dégager l'entrée itaines, il fall ut capter les eaux des deux rùs, celui du

t)È RRIE-COMTE-ROBËRt 29S

Vaudoy et celui des SauIces-la-Vieille, les canaliser, les endit^'uer et les détourner de l'étang dans lequel ils se jetaient. Il n'y avait pour cela qu'à les conduire dans le Tubœuf qui, lui aussi, se jetait dans l'étang mais plus bas, après avoir traversé le jardin et la propriété de la ferme des Carmes déchaussés (la maison Biraud). On créaitainsi un rû artificiel qui suivait ce que nous appelons actuellement le boulevard des Fossés. L'entrée des Fontaines se trouvait de la sorte purgée, dans la plus large mesure possible, de Taffluence des eaux de la campagne sur ce point.

La création du gué à Test de l'étang était chose plus délicate. Elle devait toutefois s'inspirer du même principe. Il fallait, là encore, détourner de l'étang le rû de Tubœuf grossi maintenant de ceux du Vaudoy et des Saulces- la-Vieille, recueillir au passage le rû des Ecorcheries et jeter le tout dans le Cornillot. L'exécution de ce travail se lit en quelque sorte sur le sol. Le nouveau ruisseau fut creusé presque parallèlement a la face Est de l'étang et vint se réunir dans le Cornillot à l'endroit même où débouchait la fontaine Tartereau (i).

L'étang se trouvait ainsi soulagé de l'énorme affluent qui embarrassait son écoulement dans le Cornillot et transformait son issue en un marécage impraticable. Ce n'était cependant pas tout. Ce travail, s'il détournait de Tétang la masse liquide qui, autrefois, s'y précipitait, n'empêchait pas, lors des pluies torrentielles ou longtemps prolongées, que le Tubeuf, maintenant accru de deux ruisseaux secondaires, ne débordât et ne rendit impossible le passage qu'on voulait réserver. C'est alors qu'à mon sens fut creusé un nouveau lit au Tubeuf afin dediviserseseauxet, en allongeant son cours, de réduire la vitesse d'une partie de la tranche liquide. De là

(I) La fontaine Tartereau sourdait à côté même de la porte du Beau-Guillaume. II y a là encore un puits communal qui n'est cependant pas exactement situé au dessus de la source. On trouve aux archives de M» Camus, nolaire à Brie-Comte-Robert, le marché suivant passé le 24 juin 1643 devant Thuillier. « Abraham et « laude Michon, masson, demeurant aux faubourgs de Braye-Comte-Robert, ont fait marché avec Jacques Motheau, marchand, procureur sindic des habitants du dit Brie, par l'advis et du consentement de noble homme M. Jacques de Lannoy, sieur de Bugny, conseiller et procureur du Roy au dit Brie-Comte-Robert et de honorables hommes Anthoine Dumas, Charles Laurans et Claude Desloges, eschevins de la dite ville, de faire « à la porte des beaulx-Guillaumes, une harche à la place du pont avecque une descente pour dévaller à la fontaine avecque des murs de refan pour soutenir les terres' »

2i/> HISTOIRK DE LA VILLE

les deux bras qui nous sont sig'nalés par le procès-verbal de lyiS. L'un, le bras naturel, qui passait sous la maison Hiraud ; l'autre le bras artificiel qui coulait le long de la rue des Ormetaux. Lorsque tous deux fonctionnaient, la masse d'eau se divisait : Tune, suivant sur thalweg rapide et conservant son cours impétueux, l'autre glissant par le détour qui lui était offert et ralentissant sa chute puisque la pente était moins rapide. De la sorte, les tranches d'eau se présentaient sucessiremenly et non en un Ilot irrésistible, à l'orée des deux canaux du Cornillot (i).

Le sol, entre l'étang et l'ouverture du Cornillot. se trouvait de la sorte expurgé de l'eau qui le couvrait et le terrain, jusque là fangeux, marécageux, ne devait plus offrir qu'une surface praticable, facile à consolider au besoin, que coupaient des ruisseaux paisibles et commodes à franchir. Le nouveau gué était créé, et, par suite, ouvert à la voie nouvelle donnant accès au Marché du seigneur, voie qui, en se bâtissant peu à peu devint au XIV' siècle la rue Neuve du Gué.

(]es travaux étaient d'une réelle importance et paraissaient judicieusement déduits. Mais ceux qui connaisent toutes les ressources que les anciens empruntaient à l'hydraulique, le merveilleux et ingénieux parti qu'ils savaient tirer de cette force, la seule en fait qu'ils eussent empruntée à la nature, s'étonneront peu de tels projets et de leur exécution. Combien de temps fallut-il pour mener à bien cette œuvre > On ne peut que faire des suppositions à cet égard. La patience était, d'ailleurs, une des vertus de nos pères ; l'on eût mis un demi-siècle à accomplir ce travail — qui n'a rien, en somme, d'extraordinaire — que je n'en serai pas autrement surpris. Du reste, le détournement des eaux pratiqué, le soi, ainsi alïranchi en vue de la création du gué, ne dut se consolider et n'être praticable qu'après un temps plus ou moins long. La seule chose que nous puissi( )ns dire, c'est qu'en 1827, c est-

(i) Il est vrai que d'après le proces-verbal de 1715. les abords de la porte des Fontaines ( taicnt redevenus ce qu'ils étaient autrefois, du moins temporairement. Ce procès-verbal donne la meilleure preuve de l'exactitude de mes suppositions. Ce n'est que lorsqu'on eût bouclî" l'un drs bras du Cornillot. l'ancien bras naturel, que les eaux se précipitant en maae par le thalwc;^ artiticivi des Ormeteaux. vinrent buter contre la porte des Fontaines, arrêtant l'écoulement "des rûs secondaires et causant les domrrjnj^cs donf se pNIs^nent \t% habitants.

à-dire dans le commencement du XIV" siècle, le nouveau iiuc existait et on s'en servait déjà, certainement, depuis quelques années. D*où on pourrait conclure, par exemple, que les travaux exécutés sur ce point pouvaient avoir été entrepris, par exemple, vers le milieu du XIII" siècle. Peut-être ]l«»bertIII, en accordant en r23() aux habitants de Brie la charte dont j'ai parlé (i), obtint d'eux un concours quelconque dans cette entreprise. ^Peut-être fut-elle la pensée de Mauclerc qui, nous le savons, était assez animé contre les gens d'Ep:lise pour jouer au Chapitre de Paris le mauvais tour d'ouvrir directement son marché au commerce, sans r»bliger les marchands à passer par le marché du Chapitre.

Si le g-ué existait au commencement du XW^ siècle, on dut nécessairement faire une porte sur ce point (2) lors de la construction des murailles que l'on peut fixer, comme je me suis elïorcé de le prouver, vers l'an KxSy ou i338.

On ne sera pas sans remarquer que les murs de la ville sont dressés le long des ruisseaux dont il vient d'être question. De la porte du Beau-Guillaume, ils suivent la rive gauche du ruisselet descendant de la fontaine Tartereau jusqu'à son confluent avec le Tubœuf et les déversoirs de l'étang. De là, ils bordent le ruisseau artificiel du Tubœuf jusqu'à la porte des P'ontaines et le ruisseau du Vaudoy jusqu'à Tancien cimetière. Cette disposition avait pour les constructeurs cet avantage que les fossés des nouvelles fortifications étaient creusés par avance, et l'on s'explique, si ce que j'ai dit de la hâte avec laquelle fut élevée cette enceinte est vrai, combien on dut en profiter. De l'ancien cimetière à la porte du Beau- (3uillaume, en passant par les Bienfaites, les fossés n'existaient

(2) 11 existait à coup sûr une autre porte, mais celle-ci servant uniquement au château. Elle était prativ^uce dans l'épaisseur des murailles et défendue de chaque côté par deux tours coiffées que l'on voit très distinctement indiquées dans le plan de l666 que j'ai cité plus haut. Il ne s'agit pas ici d'une figure de convention pour indiquer une muraille de ville, une fortification. La porte, ou plutôt poterne, dont il est question, ne dépassait peut-être pas les crénaux ; elle n'avait pas le caractère d'architecture militaire que pouvaient, que devaient présenter les autres. Les deux tours suffisaient pour la défendre et d'ailleurs elle s'ouvrait pour ainsi dire «ous le donjon appelé tour Saint Jean. J'ajoute qu'on ycut retrouver les substructions de l'une des tourelles de la poterne du château dans les cave» de la maison a.» rai tenant à M, Paillard.

2t)8 HISTOIRE DE La VILLE

pas, il fallut les creuser (i). C est là que se voit le désir impérieux d'aller vite en besogne pour mettre la ville à l'abri d'une insulte. On va au plus court, uniquement préoccupé de la pensée de protéger le cimetière. les deux églises et le marché de la place de l'Hôtcl-de-Ville (2). C'est ainsi que l'entrée de Saint-Etienne s'est trouvée étranglée par cette construction faite après son élévation. N'est-ce pas la preuve sensible de la précipitation avec laquelle fut conduit ce travail de clôture ?

J'ai dit que cette longue enceinte, simple muraille, n'était interrompue par aucune tour ou ouvrage militaire, sauf toutefois les portes, pointd'ordinaire faible et facilement vulnérable. Elles n'étaient pas d'une épaisseur extraordinaire. On en pourrait juger par les échantillons épars qui nous restent çà et là, si nous n'avions pas un document certain à cet égard. C'est un plan du 18* siècle ainsi libellé (3).

« Plan d'une place vague et vacante, située en la ville de Brie-Comte-Robert, faisant partie des fossés de la dite ville (4), étant même creusée et dans laquelle une partie des eaux qui prennent leur écoulement par la porte du Moustier se retirent, levé et arpenté, en août 1768,. suivant les ordres du conseil de S. A. S. monseigneur le comte d'Eu, à nous donné par le sieur Pichon, inspecteur général des chasses, pêches du domaine de Brie, appartenant à son Altesse sérénissime : La dite place tient d'orient aux murailles de la ville qui ont cinq pieds d^ épaisseur et de différentes hauteurs (5).... Nous certifions le tout véritable. A la Queue (b), ce 12 juin 1770. (Signé) Babelon. »

\j II est à croire que c'est en faisant ce travail que furent mu ii fossez les héritages dont ii est question dans les comptes de la reine Jeanne. Ces héritages lui venaient alors de son échange avec le Chapitre de Paris, (V. pp. 255 et 256).

(2) Dont Jeanne d'nvreux venait de faire l'acquisition par voie déchange (v. pp. 255 et 256).

(^3* Ce document nous a été obligeamment communiqué par M. Bouchet, propriétaire, place des Minimes, d'une partie du terrain indiqué.

(4) Sur cette place se sont élevées d'abord la maison Lecomte située sur le parvis Saint. Etienne, ensuite la maison Bouchet située sur la place des Minimes.

(5) On voudra bien remarquer que, dans ce document, officiellement dressé et par consé. quent faisant foi, il n'est pas question de tours accolées aux murailles. A cette ate, l'ancif-nne porte du Moustier avait disparu.

(6) La Queue-en-Bric, commune du canton de Boissy-St-Léger (5eine-ct-Oise).

DE BniE-COMTE-ROHËÎ^T 2()0

Nous avons ainsi Tépaisseur, officiellement constatée, des

murailles de la ville. Le pied mesurant 32| mill. cette

épaisseur serait mathématiquement de i mètre G2 ; nous

pouvons la fixer à i m. 65. Le documents nous dit que les

murailles étaient de différentes hauteurs. A l'époque où fut

lève le plan ci-dessus, l'enceinte de la ville était attaquée oU

défi »rmée par les particuliers auxquelles on les avait vendues

avec des portions de fossés. Il se peut que le rédacteur de

i7<')S ait voulu dire que les murailles, ébréchées, n'avaient

plus partout la même hauteur. Cependant on peut bien

admettre qu'en suivant les pentes du terrain les murailles

ussent Construites en échelon, comme cela se pratique

ordinairement, d'où l'expression, justifiée alors, dont se sert

l'architecte du comte d'Eu.

Pour compléter la physionnomie de la muraille qui enceiii'nait la ville, j'ajouterai ce renseignement que j'ai recueilli dans les notes laissées par M. Camille Bernardin (i), malheureusement comme il le faisait trop souvent sans indication de source. Je crois pouvoir, cependant, en faire état.

« Près la porte des Fontaines, dit-il, il y avait du temps de Chauvelin, sur le mur des fortifications, un petit mur de 5 à G pieds, communément appelé meurtrière. »

La mesure ci-dessus s'entend évidemment de la hauteur de ce petit mur qui devaient être un restant des anciens crénaux couronnant jadis la muraille.

Il est un point sur lequel le document, dont j'ai parlé plus haut, nous apporte un vague éclaircissement. Nous savons bien maintenant comment s'alimentaient, en eau, les fossés depuis l'ancien cimetière jusqu'à la porte du Beau-Guillaume en passant par le château, puisque ces fossés n'étaient que des ruisseaux naturels ou artificiels utilisés pour la circonstance. Mais nous n'avons pas les mêmes données en ce qui touche l'autre partie des fossés passant par les Bienfaites. Il est à présumer qu'on avait dû se servir des fontaines et sources trouvées certainement en creusant. On sait qu'il y a

( I) Conservées aux archives Uépartementales de Sfine-et-Marne*

une nappe d'eau souterraine, qui circule à quelques mètres sous la surface du snl. allant de l'ouest à l'est, et descendant par ounséquent de la crête de N'illcmeneux vers le Cornillot. (^etle nappe d'eau alimente les puits des jardins et maisons deeeenlé delà ville et s'épanche en plusieurs fontaines, telles que celles de 'larteroau dont j'ai parlé ci-dessus, et du

PLACE DES MINIMES appelée aulrefois. u Place des Bienfait

liihc photographique obligeamment eomniuniquc pjr 1

Martinet dont je parlerai plus tard. Il est même des sources (O ne paraissant avoir aucun rapport avec cette nappe comme, par exemple, la source qui se trouve au niveau du second étage des caves de la maison de M. Sylvestre (■ii. Ce fut par

DE BRIE-COMTE-ROBERT 'M)l

ces Sources que furent, à coup sûr, alimentés les fossés de ce côté : il y a lieu de croire même que des barrages furent élevés dans le fond des fossés pour maintenir les eaux à un certain niveau et empêcher leur éccjulement complet vers la partie basse de la ville (i).

Si le creusement des fossés fut une œuvre facile et déjà aux trois quarts faite lorsqu'on s'occupa de la construction des murs de la ville, la question des matériaux dut se poser avec ses impérieuses nécessités. Puisqu'on voulaitopéreren toute hâte, il fallait que ceux-ci fussent, pour ainsi dire, à pied d*(euvre. 11 était, en elTet, impossible de sonj^er à les apporter du dehors, sans s'exposer à des lenteurs que l'on voulait certainement éviter. Heureusement la pierre ne faisait pas défaut.

L'existence d'anciennes carrières dans Brie ne saurait être niée. J'ai déjà dit que, probablement, aux siècles désastreux qui suivirent l'occupation romaine, la population dut se créer des refuges souterrains, et se servit peut-être même de très anciennes habitations creusées à d'autres époques à liane de c >teau. Ces souterrains furent, très certainement, l'embryon des plus anciennes carrières et c'est de là que sortirent les pierres qui servirent à l'érection des premiers monuments de la ville. On comprendra sans peine que ces carrières fussent insuffisantes lorsqu'il s'agit de dresser la chemise de pierre derrière laquelle s'abrita Brie au XIV^ siècle. D'autre part, il fallait dans le plus court délai possible obtenir la plus grande quantité possible de matériaux. De là la nécessité d'attaquer le S(»l en plusieurs points alin que le plus grand nombre de bras pût être employé.

Plusieurs points de la ville ont parla suite porté le nom de (^jrricrcs. je les citerai par la suite à mesure que les nécessites de cette étude m'y amèneront. Mais, ce ne fut pas seule-

' I) II ne serait pas ituj^oNsible que sur un de ces barrages fut établi le ponton de la compagnie des arquebusiers, dont le tir était dans la partie des fossés a/Iant de l'ancienne porte du inoustier a l'ancienne porte du cimetière.

Ce qui donnerait une certaine créance à cette hypothèse c'est que nous voyons, d'après le plan dont je viens de donner l'intitulé, que les fossés du côté de la porte Mousticr s'alimentaient aussi en partie des eaux pluviales.

3i,y2 HISTOIRE DE LA VILLE

ment là. a ces dépr>ts crmsacrés pour ainsi dire. qu'<»n s'adressât. ( )n creusa un peu partout et le plus près pt:»ssible des murailles à élever. I/existence de ces travaux peut se Constater dans ditTêrentes caves telles que celles du presbytère, de la maison de M. Blanchard, de celle de M. Svlvestrc. etc. etc., tr>utes à prr>ximité immédiate de l'enceinte delà ville. Le soi sur lequel s'élève l'établissement des S«L-urs est, de tcaileévidence, une ancienne carrièredont les travaux vont se proloni^a-ant jusques sous les immeubles de M. Pelletier et de M. Poiré, (^esta-dire que entre la nmte de Melun et la rue des Bienfaites on a retiré dénormes quantités de pierres dont l'emploi était, en vérité, immédiat. La piT»priété de .\L Cj>las et celles qui suivent, à M. Limet, à M. Rousseau, dans la rue des l*'ours-à-(]haux, ont été exploitées de même façcjn, mais il importe de constater ici que ce point fut un de ceux que l'on désifrna sous le nom de (barrières. Il en fut de même dans la rue des Tanneries, dans ce qui devait être plus tard le parc de Pamphou, dans les Ber<2reries, à Saint-Martin et au (]y^ne, deux propriétés V(>isines, situées en face Tune de l'autre, de chaque c<*)té de l'ancienne route de Paris, etc. Partout, on creusa et on creusa par un travail simultané dans l'obliiTation où on se trouvait de réunir le plus de matériaux possible poin* exécuter les murailles devenues indispensables.

L'une de ces carrières appartenait aux châtelains de Bric, à ce que nous apprend un des comptes de la reine Jeanne. <)n lit, pour l'année \'XX\ à l'article des lecettes :

Des cens dilleuc, randemain de Nocl ; vxw livres, \j sols ij deniers Lt en veut plus à ceste foiz que il ne seult, pour ce que de n«.)vel li receveries a baillié à Simon le Piquart, maçon, une pièce de icrre assise sur les quarriùres, contenant environ lll quartiers, que les chastelains de Brave souloient tenir si comme l'en dit ; et y a 1 en trait naguaires pierres pour Madame tant comme l'en en va peu t ouver...

Il nous faut retenir, à la fois, et cette phrase et la date à laquelle elle a été écrite, car elle nous prouve que. peu avant Kv\\ on a retiré de cette carrière pour le compte de la reine

DE BRIE-COMTE-ROBERT 3o3

Jeanne, toute la pierre qui s'y pouvait trouver (i). Or, nous pouvons, par les états de dépense que nous avons si souvent cités déjà, dire qu'il se lit à cette époque d'importants travaux au ch:\teau. Avant d'en parler, il faut bien établir la nuance entre ces deux appellations : le châtel et Thôtel. Les rédacteurs des comptes ne s'en servent pas indifféremment. 1 /hôtel, c'est la demeure particulière de la reine Jeanne ; le châtel, c'est l'enceinte qui, bordant l'ilot Saint-Jean, renfermait, cela va sans dire, Thôtel.

J'ai déjà dit, mais c'est le lieu de le répéter, que primitivement la demeure, le pied-à-terre, du seigneur fut la tour Saint-Jean. Au reste, par le peu que nous avons vu de leur vie et de leurs chevauchées, on a pu se rendre compte que Brie ne servit guère que de lieu de passage aux premiers seigneurs capétiens. Ni Robert I, ni son fils, ni Robert III, ni Pierre Alauclerc ne semblent avoir séjourné à Brie qu'à des distances éloignées. Ce ne fut guère qu'à la fin du XIII* siècle que les seigneurs de Brie commencèrent à y résider d'une f: çon plus régulière. Le temps des croisades était terminé, le pays était en paix et la noblesse, devenue sédentaire, s'établissait du mieux qu'elle pouvait dans les domaines qu'elle occupait. Le donjon de Saint-Jean, suffisant pour donner un abri de quelques heures, n'offrait plus le confort et l'espace nécessaire.

D'ailleurs, avec la tranquillité générale, les bourgeois et le peuple, bénéficiant de la sécurité inconnue jusque là, dont ils jouissaient, s'accroissaient, s'étendaient de la façon la plus extraordinaire. J'ai déjà donné, d'après Dulaure, une évaluation de la population de Paris, en k>i3. Kn se servant dun manuscrit fournissant le rôle des Parisiens assujettis à Lin impôt établi par Philippe-le-Bel (21 « à l'occasion de la

(i } a Par ce que nous dirons plus loin des « Grands jardins du Châteiu »> on pourrait inférer »]ie cette carrière était située là où s'élevait l'auberge du Cygne, sur l'ancienne route de Paris, en face l'auberge Saint-Martin, aujourd'hui fermée. L'auberge du Cygne, <* autrement les ("arriéres » disent d'anciens actes, est devenue la belle propriété de M. Dcsprès.

(2) « Ainsi, écrit Duîaure. en 1513. Philippe-le-Bel retira des Parisiens 13,021 livres 19 sous 8 ùeniers et cette somme fut répartie sur 5,955 habitants. Ce nombre n'était certainement pas celui de la population de Paris, mais celui des chefs de familles imposables ou, comme on disait alors, le nombre des feux. Il faut multiplier le nombie ci-dessus par 5 pour obtenir la population entière des imposés et y ajouter ensuite la masse des privilégiés non imposables. »

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DE BRIE-COMTE-ROBERT 3o5

que soixante ans plus tard, ses murailles étaient reculées à la Bastille, (i)

Je n'ai pas, au surplus, à m'appesantir sur le développement de Paris ; je le cite uniquement comme une preuve de sa transformation et de son prog-rês dès qu'une paix relative laissa le peuple respirer et revenirpson génie de travail et de <^oLit. II est aisé de comprendre que tout le pays ressentit à des deyrés divers la bienheureuse influence de cette période de prospérité.

Hrie-(>omte-Robert, réduite après les misères des siècles précédents à sa plus simple expression, n'était plus que le squelette d'elle-même. J'ai suffisamment insisté sur ce point, mr>ntrant la maigre population réfugiée sur son îlot, d'où sortaient quelquefois de courageux cultivateurs auxquels l'amour de la terre faisait braver mille dangers et mille morts- Peu à peu, à mesure que les années de calme s'accumulaient, ces braves gens, en prenant plus d'assurance, se risquèrent à créer des établissements durables ou à relever les ruines de ceux que l'incendie et le pillage avaient détruits. Par un phénomène physique très naturel, le nombre des habitants s'accroissait et la population recevait une augmentation notable d'étrangers appelés et retenus par le marché de Brie, de jour en jour plus fréquenté et plus agrandi.

La clôture de 1208, celle donc on voit encore les ruines autour de l'ilot Saint-Jean, devint rapidement trop petite. Au dehors, des faubourgs se créèrent, des habitations s'élevaient, et successivement Brie, sortant de l'étroite enceinte qui lit sa sécurité aux siècles précédents, se répandit dans les environs.

Par ce qui a été dit, au chapitre précédent, du faubourg Saint-Christophe, on peut déjà avoir une idée de ce que fut ce mouvement d'expansion dans les dernières années du XIIL siècle. Nous verrons bientôt, à ce qui sera dit des liefs, que ce n'était pas seulement de ce coté que l'exode de la population s'était porté. Ce qui fut plus tard le Vaudoi était

II) Paris n'avait que 2S5 hectares dans l'enceinte de Philippe-Auguste ; il en avait 4îv — presque le double — dans Tenceinte de Charles V.

OOb HISTOIRE DE LA VILLE

un véritable faubourg s'étendant assez loin dans la direction de Villemeneux ou de Jarcy. Le faubourg du Martinet, encore aujourd'hui en partie debout, se créait et devenait avec les tanneries, les foulons — rveaneaiis foulons dont parlent les comptes de la reine Jeanne — avec les moulins, une sorte de groupement industriel. Vers les Ormeteaux, du côté de Pamphou, sur l'emplacement occupé dans la suite par les parcs de la Fleur de Lys et du château de Pamphou, vers l'Epinelle, s'élevaient des tiefs, des maisons ou des .masures, témoignage certain de l'activité et de la prospérité de Brie à cette époque, 1 1) mais dont, hélas ! il ne restait plus guère que le souvenir au XVI' siècle. Déjà même, il nous a été donné de vérifier cet état de choses pour Villemeneux (2). ce hameau rattachant Brie à la rivière d'Yerres, et qui a suivi naturellement les fluctuations de son chef-lieu.

Il ne faut en rien juger le Brie d'alors, par le Brie d'aujourd'hui o) et mèrne par ce qu'il fut à la lin du i8' siècle et au commencement du I9^ C'était au 14' siècle, à n'en pas douter, une ville importante au point de vue agricole, cela va sans dire, mais aussi au point de vue commercial et industriel. Ses halles nous ont fourni, à cet égard, une indication ; son étendue, après le rapide exposé que j'en viens de faire et dont nous retrouverons les traces probantes au cours des pages qui vont suivre, contribue à tixer nos idées à ce sujet. La prospérité dont avait bénéficié Paris, faisait ressentir ses heureux elTets dans tout le pays, d'ailleurs.

Cotte constatation faite, et corroborée par une foule de

1 « La population n'était pas répartie comme e'Ie Test maintenant : on a pu constater dans certaine> provinces, que les « écarts » ou groupes de maisons isoles dans la campae^ne. étaient plus nombreux avant la guerre de Cent Ans qu'ils ne le sont aujourd'hui *». (V. Dureau de la Malle. D^rj-nri: .rj.O.'.ja.' .•;c.i..'ia AT/- si:..V. biblioth de licole des Chartes. II. 1840-1841'.

2 V. p. 27Q, notes I et 2. ce qui est dit du fief de Toussas.

i> Bien des petites villes durent être plus peuplées qu'elles ne le sont aujourd'hui : ainsi Co'de» Tarn qai p.irail a\oir eu entre ^.ox> et «>.ox> habitants, avant la peste de IJ48, n'avait pius que i.^M^ a:ne> en iS»i. I\»rtai. E>>Ji: ,:\:u.i.s i T.i.;'-rr/a.'j sur Cordes, Bibliothcquc de i'Ecoie de-i i.i:arte>. l. V. iS»V

A cette proportion. Br;e pourrait avoir eu à p*u près S.o.X) habitants. L'n calcul précédent nous a\ait tait atteindre 10.000 . il est vrai qu il englobait aussi la population des environs de la ville.

DE BRIE-COMTE-ROBERT Soy

tcmôitrnag-cs, (i) j'en reviens au changement considérable qui se lit dans l'assiette du château, en entendant par ce mot l'enceinte de murailles élevée autour de Tilot Saint Jean, au C( mimencemcnt du XIIT' siècle.

Tout d'abord, une chose est à établir : le sol circonscrit parcelle enceinte était encore occupé, par des particuliers, bien que, depuis lr)ntj:temps déjà, la population se fut, en quelque sorte, évadée de l'abri étroit que les circonstances lui avaient imposé. Dans les comptes de la reine Jeanne, de l'année \'Xy2, se trouve cette mention :

r^our deniers baillez et renduz à Monsieur Geuffroy Le Veneur, maistre de la chambre auz deniers Madame, qu'il avoit paiéz à plusieurs pcrsones pour achaz de certains jardins et d'une maison achetez pour Madame par messeigneurs les maistres de son hostel, dont les parties s'ensuient cy après ; et dont les lettres de garantie du diz achaz rendues à court, ensemble le mandement de Madame pour ce faire. donn<i à Brave, cvj livres parisis.

X'oici d'ailleurs le détail de ces achats tels qu'ils figurent au compte de l'année suivante :

Ce sont les parties des achaz des jardins et d'une maison achetez pour Madame scur la somme de cvj livres parisis dont mention est faite cv devant :

Primo. De Belon, fille jadis de feu Henry Le Vie), châtelain, et de feu Anastasie, sa famé, demourant à Paris, I jardin si comme il se comporte de toutes pars, assis à Braye, tenent à Denise F'ouchier et à Ph(ilipp)ot le Maçon et ses enf^ns, pour le pris et la somme de \ij livres, x sols parisis.

Jleiu. De Denise Fouchier, demouran» à Braye, la moitié d'un jardin qui fu Henry Le Viel, pour le pris et somme de xxv livres parisis.

Ileni. De Philippe le Maçon, dit Piquart, de Braye, ou non fsic) de lui et de es enfens, dont il a le bail, la garde et l'administration, le droit qu'ils avoient en une pièce de jardm assise éiBrajQy devant la porte de l'osicl Madame, pour le pris et la somme de xij livres, x sols parisis.

/tem . De Jehanne de Segroiée, jadiz famé feu Jehan Kougel, Guill(er)mi (>) et Johannin ses enfens, une meson, I jardin et toute

(i) Dflislf. Etudes 'ur a condition de la daae ag'kok et l'ctat de l'agriculture en Normandie au moyen- Jgc, 1851. — Rich.nrd. Thierri d'Hirei,on, agriculteur artésien, Biblioth. de rEcole des Chartes. L III. l8<;2. — Joubert La Vit agricole dans le Haut-Maine au XIV' siècle {' S)S-ii42), 1886, etc.. etc.

3o8 HISTOIRE DE LA VILLE

la pourprinze, séant à Braye devant la porte dou chastel^ pour le pris et la somme de Ivj livres parisis.

Le compte de i336 est encore plus explicite. On y lit, aux recettes :

Des loyers d'aucunncs maisonnetes séan:i dele^ Vostel de I3raye, que Madame a fait acheter d'* nouvel, pour escroissement faire pour le dit /ro.x7e/ que certa innés personnes tenoient lors et ont tenues à loyers jusques à la S. Jehan CCCXXXVl seulement, quar depuis la dite Saint Jehans nulz n i a demouré />OMr ce que Ion les veuU convertir à aucuns usages dou dit hostel.

De Pierre Samours, qui tenoit à loier une des dites maisonnetes pour xxiij sols par an à Hll termes, pour ce au terme de Pasques et celui de la Saint-Jehan CCCXXXVl et pour tout, xij sols.

De Jehan Le Pointre qui en tenoit une pour xx sols parisis par an à un termes et devoit les termes de Pasques et de la Saint-Jehan CCCXXXVl, pour ce et pour tout, x sols.

De Jean Samours, qui en tenoit une pour xx sols par an à 1111 termes pour les 11 termes dessus diz et pour tout, x sols.

De Ph(ilipp)ot Duene (ou Duéve. ou Dueue) qui en tenoit une pour xij sols par an à 1111 termes, pour les 11 termes dessuz diz et pour tout, vj sols.

Le mcmc compte porte aux dépenses :

Ce sont les parties des héritages que Madame a achetez, qui dévoient à Madame dccensàla Saint-Remyxvj sols vij deniers oboles

et à NoCl, XV sols iij deniers Item. Plusieurs mesons qui furent

Jehan Ri' hart et ^a famé et dévoient à la Saint-Remy x sols iij deniers de cens et autant à la NoCl.

Le détail et la situation de ces maisons sont donnés plus loin :

Ce sont les héritages que Jean Richart et Jehane, sa famé, vendirent à Madame la Royne dont mention est laite cy devant :

Premièrement. Une pourprinse de mesons avecques la granche appartenant à la dite pourprinse, si comme tout se comporte en lonc et en lé, avecques toutes leurs appartenances assises à Braye de lez le chaste! tenant d'une part léritage à Jehan Le Cordier (i) Jehanne du Chemin, et d'autre part à 1 éritage Aaliz la Venniôre et Colin Souplisse en la censive de ma dite dame à vij sols parisis de cens à paier la moiiié à la S. Remy et l'autre à Noël.

(l) Dans le compte que j'ai publié plus haut (v. p. 227) il est dit ; a Pour le louier de la grandie que Robert l-e Cordier tient qui est dev nt le chastel, retenue pour Madame, pour taire estables.... ». C'est fort probablement, là, l'héritage dont il est question.

DE BRIE-COMTE-ROBERT 3o9

Item, Une pourprinse de mesons cheoises. si comme elle se comporte en lonc et en lé, avecques toutes ses appartenances, assise à Braye tenant d'une part et à lun des bouz à Téritage de ma dite dame et d'autre part à la voie, et de l'autre bout à l'éritage Jehan Le Fauchieur, en la dite cer.sive Madame^ à xiij sols vj deniers parisis de cens par an paiéz auz diz jours.

Quant à la valeur de cet achat, il nous est donné sous la rubrique : « Achaz de héritages à Braye ».

Pour deniers paiéz à Jehan Richart et à Jehanne, sa famé, qui leur estoient deuz pour certains héritages qu'ils ont venduz à iMadame, dou commandement de ma dite dame par ses lettres données à Crécy le X*" jour de novembre l'an XXXVI, rendus à court avec les lettres du dit ven dage et quitance de la paie faite par le receveur : iiij** livres parisis.

Je ne veux point ajouter à ces données d'autres articles visant vraisemblablement des acquisitions faites au môme lieu et pour les mêmes raisons : « à la famé et aux hoirs de feu Jehan Alilet de Braye, ù Colin Le Bouchier, fermier des champars, droitures et ventes de menuz cens Madame, à Braye, à Jean Le Cordier, etc., etc., » parce que le rédacteur ne spécifie pas que ces biens touchaient au « chastel ou à l'hostel. »

Ce qui précède me paraît suffisamment indiquer la présence sur rilot Saint-Jean d'immeubles, maisons et jardins relativement importants, à ce que montre le prix d'achat. Les uns pouvaient ne pas être à l'intérieur des murailles, mais appliqués contre à l'extérieur, ou même devant la porte au-delà des fossés, mais d'autres, assurément, se trouvaient dans l'enceinte. Ce sont ces mesoîietes séanz delep^Vostel de Braye, c'est-à-dire touchant à la demeure particulière de la reine. Et c'est ici le lieu de rappeler ce que j'ai dit plus haut, de la difterence évidente, bien marquée, entre le châtel et l'hôtel. 11 est d'ailleurs une preuve certaine que ces maisonnettes s'élevaient à l'intérieur des murs du châtel ; le rédacteur du compte a bien soin de nous dire « que l'on veut les convertir à aucuns usages dou dit hostel ». Or, si nous n'avons pas eu la fortune de conserver cet hôtel, nous savons, à n'en pas douter, qu'il était tout entier renfermé dans

3 10 HisTomn de la ville

renccinte du châtcl ; qu'il en occupait même, après sa comtruction délinitive, tout le côté Sud-Est et tout le côté Nord- Est, eng-lobant Tancien donjon, la tour St-Jean . Pour incorporer, en conséquence, les dites maisonnettes à l'hôtel delà Reine, il fallait qu'elles fussent à l'intérieur des murs. D en est de cette pièce de jardin achetée à Philippe le Maçon, dit Piquart, pour la somme respectable de 12 livres 10 sous. Je retiens même ce détail c<>mme l'indice de la hâte qu'avait la reine Jeanne d'être en possession de tout l'ilot et de le débarrasser des habitants qui y restaient, pluspeu-êttre par la force de l'habitude que par plaisir. Douze livres étciit une somme assez grosse à une époque où un septier de blé valait six sous, comme nous avons pu le voirplus haut. Toutes choses étant égales, et par comparaison avec les prix de notre époque (le blé valant 24 francs le septier), le prix d'achat du jardin susdit pourrait être évalué a six cents francs de notre monnaie. Et ce n était qu'un jardin ! dont lasLirface ne nous est pas donnée, il est vrai, mais qui ne devait pas être bien étendue, si l'on en juge par sa situation. Le même calcul nout conduirait à évaluer à quatre mille francs de notre monnaie, ou environ, le prix payé pour «< la pourprinse de maisons* achetée à Jean Richart et à sa femme. Bref, l'ensemble des achats ainsi faits sur Tilot Saint-Jean, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de ses murailles — je ne parle bien entendu que des immeubles indiqués très nettement comme occupant cet emplacement — atteint un chilïre de 1S6 livres, soit, à l'évaluation ci-dessus, <).(S<x) francs de notre monnaie. Xe sont point comprises dans ces achats, les maisonnettes destinées à Wiccroisscmcnt de l'hôtel, et qui paraissent avoirfait r<.)bjet de Contrats de vente antérieurs. On pourrait, cependant, j'imagine, évaluer à peu prés leur prix. En elïet, les héritages vendus par Jean Richart payaient, nous est-il dit, en totalité vingt sols de cens et ils furent ^évalués quatre-vingt livres, soit, comme je viens de le dire à peu près quatre mille francs. Or les quatre maisonnettes, achetées à V intérieur des murailles payaient, en totalité — ce sont les comptes qui nous l'apprennent — soixante-quinze sols de cens, si tant est qu'on puisse établir une proportion en l'espèce, nous serions con-

découverie, en autour de l'église.

HERRE TOMBALE *,8, duos l'ancien " petit cîmetiiire de Brie »

(Face anliirieurel

;riphiqui: de M. Piiul Peti

FlhRRK TOMBAI K

déctiuvene en iS^l^, dans l'ancien * petit ci autour de l'église.

(Face postérieure]

Cliché photographique dt M. Piul Petit auquel j'adrtuc n

ictiire de Brie i,

DE BRIE-COMTE- ROBERT 3l5

duits à dire que les quatre maisonnettes en question valaient trente mille francs de notre monnaie. D'où cette conclusion qu'une partie seule de Tilot Saint-Jean — car tout n'est pas évidemment compris dans le détail ci-dessus et il faudrait y ajouter, dans tous les cas, l'hôtel existant de la Reine — pourrait être évaluée, à la monnaie du jour, à une somme d'environ quarante mille francs ! Je ne veux pas insister plus qu'il convient sur ces rapprochements qui n'ont, en somme, rien de fantaisistes, mais qui sont de toute évidence fort exacts. Je ncpeux cependant m'empôcher de remarquer que la relati< jn entre les six sous de septiers de blé en i33o et les vingtquatre francs qu'il coûte aujourd'hui trouve assez bien son équivalence dans la valeur desimmeubles (t).

Si, comme cela ne peut plus faire de doute après ce qui précède, il existait dans l'intérieur du châtel des maisonnettes, des jardins, encore vers l'an i333, il faut bien admettre que rhntel de la reine ne fut complètement achevé qu'après cette date. Le château proprement dit, c'est-à-dire ce que nous entendons aujourd'hui par la demeure seigneuriale, n'a donc pas la date éloignée qu'on s'est plu à lui assigner, ne craignant pas de taire remonter sa construction jusqu'à Robert I, c'est-à-dire jusque vers la première moitié du XII* siècle.

Les pièces documentaires que je viens de citer disent bien que, au commencent de la première moitié du XIV' siècle, au contraire, non seulement le manoir seigneurial n'occupait à l'intérieur de l'ilot Saint-Jean qu'une surface réduite, mais qu'il s'y trouvait des maisons et des jardins appartenant à des particuliers, restes évidents de l'antique Braida. Il esta croire que le même mouvement qui poussa les Briards d'alors à abandonner l'enceinte derrière laquelle ils vivaient, pourcréerau dehorsdesétablissements nouveaux, des bordes, comme on disait alors, incita les seigneurs de Brie à occuper à eux seuls cette enceinte et à y construire une habitation

(I : II paraîtrait, en effet, que la propriété actuelle, dite le château, avait trouvé preneur au prix d'environ loo.cx» fr. ; il importe, toutefois, d'ajouter que la propriété ne comprend pns seulement lilot taint-Jean, mais une superficie bâtie — l'ilot Saint-Jea n ne l'est plus — li^ale a un peu plus de la moitié de l'ilot.

3l6 HISTOIRE DE LA VILLE

commode et vaste. Il semble même que la reine Jeanne qui mena certainement à lin ce projet ait dû en passer parles fourches caudines et les exigences pécuniaires de quelques retardataires. Peut-être ces derniers voyant clair dans les désirs de la dame du lieu protitêrent-ils de la situation et n'abandonnèrent-ils la place qu'à gros deniers comptants; c'est, du moins, ce que laisseraient entendre les prix indiqués pour les achats faits en vue de Vescroissement de l'hôtel ou pour débarrasser l'ilot Saint-Jean de toute habitation gênante.

L'hostel de Braye ne reçut donc les additions qui en firent un véritable manoir seigneurial que dans le commencement du XIV« siècle. L'habitation du maître du lieu av'ait été confinée jusque-là dans le dcnjr)n, c'est-à-dire dans la tour Saint-Jean etpeut-êtreaussidansuneconstruction attenante. Nousallonsvoir maintenant, sous la reine Jeanne, les dépenses faites (au moins la partie qui nouscstparvenue)eton jugera, par leur chilTre et par leur détail, de Timportance des travaux elTectués.

Déjà, dans le compte de 13-27, Q^^ J'^i publié ci-dessus, on avait pu lire.

Pour réparacions faites en lostel de Braye par Jean Le Cordier dont le diz Jean a rendu les parties oïes examinées, par devant Madame et noz seigneurs oyans les comptes, cxij livres, vj sols, viij

deniers.

Jteem. Pour l'^ de tuile prinze en la tuilerie de Braye par Monsieur Jean Lange, converti en la couverture ie /'os/e/ de Braie, xx sols, par la relation dou dit Monsieur Jehan.

Des réparations de moindre importance figurent au compte de i332, mais il est bien spécifié par le rédacteur qu'elles sont faites au chastel et non à Thostel ; il est même utile, pour appuyer sur cette distinction, de reproduire ici le texte auquel je fais allusion :

Pour rappareillier le pont dou cluislel (i) par devers la ville de

(1) Il semblerait à lire cet article que le pont a par devers la ville », c'est-à-dire jeté sur les fossés, en face la tour carrée de la face S. O.de l'enceinte, fut dormant. II devait, en cfTct, en être ainsi pour permettre les relations continues entre l'intérieur du château et les groupes de maisons qui s'élevaient aux alentours. Du reste, on sait quelle était à ce momen* la parfaite sécurité du pays.

DE BRIE-COMTE-ROBERT Siy

planches noives. prinzes ôs lois Madame à La Leschiére ( i). cosper ycelles au bois et esquarrir, le tout fait en tasche par Jean de Mandres, charpentier, marchié fait à lui par lechastelain de Braye, xx sols.

Item, Pour la voiture Jehannin de Biauroure (2), à 111 chevaux, par 1 jour, à amener du bois les dictes planches, et pour aydes à charnier au bois : pour tout viij sols

Item. Pour plusieurs mises faites par le chastelain en cas de nécessité, pour certains ouvrages au chastel de Braye, dont les parties examinées par la geni de l'ostel Madame rendue à court,, Ixxvj sols.

L'année suivante (i333) le compte des dépenses accuse des travaux (3) qui ne sont plus taxés de réparations et qui pourraient être considérés comme travaux neufs.

Pour deniers bailliez à Godefroy de Feniéres, chastelainde Braye, pour faire certains ouvrages de charpenterie ouchastelde Braye, dou commandement Madame, dont les parties examinées par mes seigneurs les maistres de lostel Madame sont e-^criptes en 1 comnte seur ce fait et rendu par lui à diz seigneurs, le XXV^Ill''jourdejanvier l'an XXXll, scellé du scel Madame, rendu à court avec illettrés qui y appartiennent : xxij livres ij sols vj deniers parisis et 3 tournois. A cousu au roulle dessus dict.

Au dit Godefroy, pour faire certains ouvrages de maçonnerie ou dit chasteK dont les parties examinées par mes diz seigneurs, sont escripies en 1 compte fait seurceet rendu par lui à mes diz seigneurs le dit jour, auquel les lettres de Madame, données à Braye en l'an et au jour dessus diz sont annexées, adrecées pour ce au receveur, le tout rendu à couri, ensemble ix lettres qui y appartiennent : cxviij livres, xij sols vj deniers parisis et I tcurnois. Celui compte a cousu au roulle dessus dict.

Le détail de ces ouvrages ne nous est pas parvenu, mais

(i i Nous avons déjà r nco tré ce nom au cours des page^ précédentes. Il s'agit de la foret appelle aujourd'hui Li LcchelU qui touchait au bois de 1 ossigny et qui appartenait au doni;.ine de Prie. On veira pius loi les comptes aflerents au gruitr de cette zone forestière.

2, Bt-auroure ou Beaurouvre ; nous disons Beaurose. C'est une ferme de la commune de Ft-rolles-AttilIy, appartenant aujourd'hui à M. Georges Drouin, propriétaire du château de la l'arro.

(5) je ne cite ici que pour mémoire l'article suivant : « Pour deniers bailliez et renduzau dit Monsieur Geuflroy (Le Veneur) qu'il avoit paie pour certains ouvrages faîz es hosticx Madame à Braye. dont les parties examinées par mes seigneurs 1rs gens de l'ostel Madame samedi xiij jours de m rs l'an XXXII (i?3î n. s.) contenues en I roulle fait seur ce et suz autres ojvrages rendu à court avec les mandemenz faisanz à ce et ensemble 1 mandement de Madame, adrccié pour ce faire tant audit monsieur Geufroy comme au dit rcccvcur.donné à Braye le x« jour de janvier l'an XXXII . xlviij livres, xiij sols, vj deniers parisis. » Les hostiex dont il est question sont des hostises, c'cst-à-dirc des maisons.

3l8 HISTOIRE DE LA VILLE

il est impossible de ne pas les rapprocher de l'achat des maisons, maisonnettes, ou jardins situés à côté de rhôtelou devant le chastelpour « escroissement de Thôtel Aladame.» Lesdeuxopérations se suivent si bien que l'une semble la conséquence de l'autre. Ce qui tend à prouver qu'il s'aprit dans renoncé ci-dessus de travaux neufs exécutés pour compléter le manoir seigneurial.

Au compte de i33G, je trouve insciite une somme de i(V}8 livres 7 sols, 4 deniers parisis, comptés à Jean de Mandres, charpentier, et à Guillaume I^iquart, maçon, « maître des œuvres Madame ». La dépense est considérable. Il est vrai qu'il s'agit d'nuvrages exécutés en divers lieux. Le compte encore ici est muet sur la nature de ces travaux ; il se borne à mentionner les dates de cédules de paiement, (i) Je n'oserai pas affirmer que dans cette grosse dépense, il faille comprendre des travaux exécutés au château ; mais toute hésitation cessera devant le document suivant qui suit les comptes de L^îSC. En voici l'intitulé :

Le long abrégié des ouvrages, tant de maçonnerie comme de charpenterie, feiz es hostieux et manoirs Madame par Guillaume Piquart, maçon, et Jehan de Mandres, charpentier, maîtres des œuvres Madame, depuis environ la S. Andry, Tan CCCXXXlIll, jusques au IX'= jour de janvier l an CCCXXW'l, que le lonc compte en fu examiné en l'ostel de ma dite dame.

Ce compte ne saurait se confondre avec le précédent bien qu'il s'agisse encore des mêmes entrepreneurs et, en apparence, des travaux exécutés à peu près à la même date. En elTet, le montant du mémoire du charpentier s'élève ici a jcjS livres, 18 sols, (3 deniers parisis, tandis que pour les ouvrages indiqués ci-dessus il lui estaccordé 83i livres i sol 9 deniers. Pareillement le maçon reçoit 14(18 livres 18 sols 8 deniers tandis qu'au compte précédent il n'est compté que pour 707 livres, 5 sols, 11 deniers. Les dilïérences entre les

(I) Pour Jean de Mandres. il est mentionné quatre cédules datées : l'- du lendemain de la St-Reniy 1356. a Brie ; 2- du 10 novembre suivant ; V deux du 5 janvier n^y:. à Crécv.avec un total de 831 livres, l sol 9 deniers.

Pour Guillaume Piquart, trois cédules : i' deux du 2 octobre l>>6à Erie ; 2- deux du 12 novembre et du vendredi après Noël suivant, donnés à Crécy, pour une somme de 707 livres 5 sols. II deniers.

DE BRIE-COMTE-ROBERT SlQ

totaux des mémoires de ces entrepreneurs sufttraient bien à établir qu'il ne peut y avoir aucune cofrfiision entre eux. J'ajouterai pour Ibrtilier cet argument que les comptes des « ouvrages tant de maçonuerfe que de charpenterie feiz es hostieux et manoirs ji que vise le « long abrégié » ont été réglés postérieurement à ceux qui ontfait Tobjet de plusieurs cJdules dont je donne les dates en note. La dernière de ces céduïes est du 3 janvier iSSy tandis que «les comptes originals (du long abrégé) en furent examinés en Tostel de Madame à Crécy le W jour de janvier Tan mil CCCXXXVI » (n. s.

Avant de donner la copie de l'intéressant document qui va suivre, je préviens le lecteur que je mets en italique tout ce qui n'a pas trait au château proprement dit, quoique se rattachant à l'ensemble de ses dépendances. Après le titre ci-dessus, « le long abrégié » se poursuit ainsi :

Et premièrement, maçonnerie par le dit Guillaume-Piquart.

Premièrement. Pour cent et une livres d'estain pour soudeure (i), iiij sols parisis (2).

liem. Pour plommer les alées (3) douchastel, pour plonc. poiz et voiture d'icelle : cxix 1. xvii) s. iij d p.

lian. Pour paver de quarriaux plommèz (4) la galerie de la chambre de Madame devers la court (s) : xij 1, xij d. p.

liem. Pour faire plusieurs ordenences (6) en la chambre souz le confesseur qui estoit ordepée pour le chastelain (7) : c sols parisis

1 1 11 n'est pas absolument spécifié dans cet article que cet étain ait été employé au château. Cependant je n'ai point distrait cette dépense parce que. à lire l'article suivant et ( ivers autres que l'on trouvera dans le mémoire, on peut très bien cortsidérer que cet étain a été employé à des soudures exécutée^ au château même. (2J Tout est compté en monnaie parisis, sauf indication contraire,

' ?) Le mot alic ne doit pas s'entendre dans le sens actuel d'allé:, passage découvert ou non, planté d'arbres ou non, pour se rendre d'un endroit d'une maison a une autre. Un article que I on trouvera plus loin indique qu'il s'agit \é\ du chemin de ronde réserve, au-dessus des bàtiiucnts. à la hauteur et pour le service des créneaux.

11 est parlé, en effet, dans un article ultérieur, de «tout le pavement des alées des < ré" niaux ». Ce pavage était fait probablement aVec des pierres jointoyées avec du plomb, mélangé sans doute avec de la poie. Sans m'arréter à ce mode de construction, il faut en conclure que ce travail dût être fait aussitôt après l'achèvement des bâtiments du château.

(4) Carreaux polis avec une molette de plomb.

i.V) Il est a retenir que cette galerie existait le long de la façade intérieure, du côté de la cour, j'invoquerai cette indication lorsque je parlerai de la distribution intérieure du château.

(6; Arrangements, dispositions.

(7) 11 semblerait d'après cet article que le châtelain, c'est-à-dire rofficier commandant le château ou régisseur, eut supprimé sa Joge au dehors.

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