Î4 HISTOIRE DE LA VILLK
creusait au flanc des vallées des grottes qui leur servaient d'habitation. Si, dans les siècles postérieurs, ces s^rottes, chanjieant de destination, n'étaient pas devenues autant d'entrées de carrières, peut-être pourrions-nous les retrouver encore.
Mais à côté de cette population fixe tantôt prospère, tantôt misérable, vivant au f^rand jour aux temps de paix ou se terrant aux temps de f^uerre, se réunissait à Brie une population flottante, réunion dont la Pierre marchande nous a laissé le Souvenir.
Les deux séries de médailles que j'ai étudiées ci-dessus, montrent bien les fluctuations de ce centre économique, fréquenté aux époques tranquilles, désert aux époques troublées.
Si l'on a prêté quelque attention, aux indications d'oritjrine de ces monnaies et médailles, on s'apercevra facilement en jetant les yeux sur le croquis ci-après du terrain que, toutes, sans exception, se rencontrent sur la rive droite du 0)rnill(>t. Il en est de même des haches, soit de répoqu2 de la pierre polie, soit de l'époque du bronze, des pointes de flèches que j'ai signalées. Toutes ces traces antéromaines ou romaines de l'habitat humain sont g'roupées sur le versant nord de la cuvette que domine le clocher de Brie-(>omte-Robert.
("est ici le lieu de parler d'une nécropole mise à jour dans ces dernières années et malheureusement, selon toute probabilité, encore incomplètement explorée. Telle qu'elle se présente, néanmoins, elle ofl're d'intéressantes particularités, qui ont été très judicieusement étudiées par M. F. Rousseau (I).
(]elte nécropole estdésiiJ^née en A sur le croquis ci-contre. La profondeur, à laquelle se retrouvent les restes humains découverts, varie de 2,.^o à S m. S), profondeur relativement
• I Sur un cimetiirc gallo-romain dicouwit à Bru-ComU-Rohjrt. par M. F. Rousseau. [BalUtin de la Socul: d'hiUotrc it d'archcologie de Bnc-i'omU Robert, tome I, p. 1^9, ï^)8 et suiv.;
consiiicfiible, qui semble s'expliquer par la descente des terres venant d'une butle voisine ( i).
Le iTHibilier funéraire n'est pas banal. Pniirccrtains corps.
il lait à peu près défaut et sa présence se révèle par des débris inft>rmes ou des vases ^rrossiers : pnur d'autres les poteries s'aftinent et même sont décorées d'une façon presque artistique ; pour d'autres, la poterie traditionnelle fait presque défaut et n'est représentée que par un vase en terre
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'2h iustoirf: dk la VILLt:
fDUfire, commun de forme ; par contre le cadavre a été entouré d'une collection complète d'outils en fer et de vases métalliques d'une extrême sin^i^ularité. Il s'agit de tout un attirail d'ouvrier qui, à première vue, pourrait être rangé dan[3 la catégorie des boisseliers ou des tonneliers ; et cep>endant, à côté d'une anse en fer qui semblerait par sa forme avoir servi à un vase en bois, tel que les brocs de tonnelier en usage chez tous les marchands de vins de Paris, se rencontrent des vases en bronze argenté, dont l'un rectangulaire, à bords plats, formant, en son centrç, un récipient ovoïde, est décoré au burin.
Tous ces Corps se rencontrent à peu près à égale profondeur, mais on se dirait en présence de trois civilisations différentes. Il semblerait même, et c'est l'hypothèse de M. Rousseau dont j'analyse, ici, le travail, qu'on pourrait également se trouver en présence d'une autre époque de Thumanité.
Kn effet, sous un des corps, celui qui n'était accompagne que d'une ampoule en terre grossière, à une profondeur de un mètre ont été trouvés les os et les dents d'un ruminant d'assez forte taille qui ne semblent avoir aucun rapport direct avec le squelette qui reposait sur eux, séparé par une couche de terre épaisse d'un mètre.
Sans vouloir pénétrer ce que cache cette dernière découverte, je m'en tiens aux trois sortes de vestiges humains dont je viens de parler. Ils me paraissent susceptibles d'être rangés en trois catégories.
Dans la première catégorie, nous placerons les squelettes trouvés accompagnés uniquement de débris de poterie ou de poteries grossières.
Dans la seconde, ceux autour desquels il a été recueilli des poteries élégamment ornées, voire des pinces en bronze Ilnement travaillées et une cuiller à sacrifice en argent. Je reproduis ci-contre, au tiers de sa grandeur, un des vases trouvés dans cette catégorie de tombes. Bien que mutilé, il présente encore une décoration suftisamment développée et
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-sa forme estassez bien cunservée pour tOmdifïner de l'art un peu maniéré de l'époque.
Dans hi troisième, enlin, nous classerons le squelette à côté duquel avaient été déposés les outils en fer et les vases en bronze argenté dont j'ai parlé ci-dessus.
Il y a là, comme je viens de le dire, trois éttipcs évidentes de la civilisation, et pourtant, puisque ces habitants de Brie aux siècles antérieurs ont été ensevelis ci'itc ;\ c'itc, ju même iii}\'.iu du soi, il est bien diflici le d'admettre que ces inhumations ont été faites à des cliiles très éloignées les unes des autres. Or. le mobilier ftinéraire de chacune d'elles dénote des civilisations si dill'érentes qu'il faudrait mettre entre elles un nombre relativement considérable d'années, des siècles peut-être.
I^<j^ deux propositions sont inconciliables en apparence, CLiv il n'y a aucune probabilité que des individus ayant vécu il J<j S époques aussi distantes les unes des autres reposassent sur le même sol et dans des conditions à peu près analogues. l' osi. en elTet, un fait à noter, c'est que, dans toutes ces ^*ipultures, on a trouvé des clous en fer identiques dont la pi"' «venance, encore mal détinie, n'olVrc ici aucun intérêt. ^l;ii s ces clous donnent à ces trois vestif^cs du passé, si dilTé- '"'-'riis entre eux. la même date d'inhumation.
;V mon sens ces singulières difïércnces viennent fortilier la ihCït^e que je soutiens de l'existence, à la place du Brie actuel '"J tout proche, d'un centre d'échanges important.
* >n comprendra très bien que sur un tel point se soient d"Ti lus rendez-vous des individus venus d'horizons opposés, appartenant à des centres ethnographiques différents et,
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par conséquent, plus encore qu'aujourd'hui de mrLurs,d'ha bitudes et de conditions essentiellement diverses. L'habile artisan v coudovait le o-rossier nomade, le rude cultivateu se rencontrait avec l'efleminé citadin, tout était et devait êtr contraste, et contraste frappant, dans ces populations accoi rues de plusieurs journées, peut-être de plusieurs semaine de marches. Il me semble que ces sépultures, que tout accus être contemporaines, nous laissent précisément la sensatio très nette, vivante presque, si le mot pouvait se hasarder, d ces rapprochements bizarres que seul, un marché fréquent! connu d'une foule de peuplades et leur servant de cenli réfi:ulier d'échanges, peut expliquer.
A quelle date peut rem(.)nter la création de ce foy économique dont l'existence paraîtra maintenant à beaucoi probable sinon certaine ? Faudrait-il croire qu'elle fut le f; des populations auxquelles nous devons les monumen mégalithiques, de celle, en particulier, qui éleva Pier marchande >
Dans les pages qui précédent j'ai clairement laissé entend que ce serait plutôt à l'époque druidique que ce cent commercial a pris quelque essor. Ce fut vraisemblableme autour d'un vieux menhir auquel, par la suite, fut donné nom caractéristique de Pierre marchande (i), à deux pas» sanctuaire druidique caractérisé par des sources abondant et vénérées, suivant l'usage, sous les frondaisons de la foi qui couvrait les pentes nord du rù du Cornillot (2) que, pei
(i) l'iiTre marchande se trouverait placée ainsi dans les environs de Serron. Il y ce sujet un rapprochement à faire. Dans la Nièvre est une commune du nom de Cer aux environs de laquelle est un bloc de pierre connu sous le nom de Belle-Pierre, qui est la part dos habitants du pays, l'objet de fréquents pèlerinages. (Pierre marchande qui r occupe s'est aus>\ appelée Pierre blanche;.
' i) Ce qui frappait tout d'abord dans les Gaules, c'était l'immensité des forets. Elles disparu aujourd'hui presque enticrcment. et les débris qui en subsistaient au moyen-àge i peuvent donner qu'une faible idée. Plies s'étalaient alors dans toutes les directions, r c'est surtout au nord de la I.oire qu'elles présentaient une mas*»e profonde, impénétrabli quasi continue. les bois des TainutcN couvraient la Beauce.le (îatinais, le Blaisois, le Pen Ceux des Beilovaques. des A nubiens, des Atrébatfs se développaient à travers les pla limoneuses de la Mandre au delà de la Mtuse et du Rhin. .A l'est, se déroulaient par m< et par vaux, la forêt de lArdenne. Elle touchait, par les bois des Sénons et des Meld* yeux des liarnutcs. Hi<-tûirc de France par M. Lavisse, tome 1, p. 6;.
bE BRIE-CO.MTE-ROBERT
peu, se réunirent les habitants des environs, puis ceux des récrions limitrophes.