‹ Histoire de la ville de Brie-Comte-RobertChapitre 5 sur 58 · I.c prosélytisme druidique, tout autant que la nécessité des · texte numérisé non relu

I.c prosélytisme druidique, tout autant que la nécessité des

échanges, dut accroître en peu de temps l'importance de

ce marché que, sans doute, les Romains trouvèrent en pleine

activité, à en jug'er par les pièces de monnaie retrouvées. La

politique romaine, comme celle de tous les conquérants du

reste, ne pouvait d'ailleurs que développer à l'excès un tel

centre commercial, mais elle devait, en même temps, l'ob-

scrver étroitement (i) car c'est dans ces foules que se

pnipa^^ent les nouvelles, se fomentent les révoltes et parfois

aussi éclatent les séditions. 11 fout en conclure qu'ils avaient

là un poste d'observation, quelque blockausen bois servant

t"ut à la fois de poste militaire, de station liscale et peut-être

*iiissi de temple religieux, trilogie fort en honneur chez les

t-^^'Hquérants romains. Kn jetant un regard sur le croquis du

'^*n-ain donné plus haut, on remarquera un point marqué B,

^'*^t indiqué pour l'établissement d'un tel poste ; c'est là

y^'c^ist aujourd'hui le clocher de l'église.

L^?t coupe du terrain ci-après montre qu'en dominant le gué

=r3-uif

vervcvto/*' e'

Echelle ^ : loooo L'échelle des hauteurs a été grossie cinq fois

verî^i lequel convergent toutes les voies venant du nord —

voicLi^ qui traversaient alors l'épaisse forêt descendant

iusczj xi'au Cornillot — un ouvrage militaire quelconque

corr^ mandait les routes qui du gué se dirigent vers le sud en

dîflCi rentes directions. De plus placé au centre géométrique

de tous les établissements dont j'ai pu indiquer ci-dessus

Vex.\stcnce, cet ouvrage, à proximité des fontaines où

^* Nous ne faisons pas autre chose pour les marchés arabes en Algérie,

3<) niSTr>IRK DE LA VILLE

pouvaient se réunir les adeptes des Druides, les survei étroitement de façon cependant à ne pas gêner leurs tiques religieuses.

C'est peut-être parce qu'un tel poste fut élevé sur ce f que le marché, qui semble avoir eu pour centre autr Pierre marchande fut déplacé et transporté aux pieds n de l'ouvrage. C'était, dans tous les cas, un moyen habil le protéger au besoin, de l'observer facilement, et enlln sf)ustraire à l'influence des Druides, généralement enn de la domination romaine. J'aurai, du reste, à revenir s point.

Si nous supposr>ns démontrée l'existence d'un centi population, tout au mc)ins au commencement de chrétienne, au point occupé par Brie-(>omte-Robert, par nom le désignait-on > 11 ne portait assurément pas celu nous lui connaissons aujourd'hui, \qs mots Comie-Rote, venant d'un personnage ayant vécu beaucoup plus tan l'i*" siècle. A entendre l'abbé Lebœuf, dans son I liston Diocèse de Paris, il ne portait même pas le nom de Brie, autre addition. Le savant abbé s'exprime ainsi à ce sujet

« A mesure que les Français altérèrent la langue 1j qu'ils avaient trouvée en usage dans les Gaules, ils en î gèrent une infinité de noms propres et réduisirent à simple syllabe ce qui, dans le latin, était composé de tn même de quatre. Ils tirent, par exemple, de St'/ïo/ïe^s, S de Tiironi, Tours. C'est ainsi que de Bradeia, du pa Paris, ils tirent Braye. Car Fortunat, dans sa vie de îri Germain de Paris, es^t un témoin assuré que ce que appelons aujourd'hui Brie-Comte-Robert était appelé a siècle Bradeia. Il dit que ce saint prélat étant arrivé, dan visites, « in Bradeia vico pa<j!'i "Parisii », on lui prés après la messe, dans la sacristie, une lillc paralytique de le corps, que l'ayant ointe avec de l'huile bénite, aussitô fut guérie de manière à pouvoir faire par la suite une tur à celui qui lui avait rendu la santé. I)om Mabill« m ne c pas qu'il s'agisse là de Brie-(>omle-Kobcrt et il a vérit

DE BRlE-COMTE-ROHliRT 3l

me n t raison, n'y ayant aucun lieu du diocèse de Paris auquel Br^srdeia puisse convenir. »

J €^ n'ifrnore pas les objections que suscite la transformation de ^Jrjdcij en 'Braya. Cependant, dans une certaine mesure, kl ir^yncope du ci et la leçon en résultant Brada ne présente paîr^ une difficulté insurmontable. Le malheur est que nous n'ci.>'i<ms de Hradeia qu'un seul exemple qui date du VI'' siècle et c:iui postérieurement ne reçoit sa justitication nulle part.

l^oublet, dans son histoire de Saint-Denis, cite bien une chi\rtc de Louis-le-Bègue où il est question de dons à prc^ndre « in burgo Briensi », ce qui s'applique sans nul doux te à Brie; mais il v a une distance considérable entre ^Bf^Jidcia et sa transformation en Braeia du (V' siècle et le 'Bf'tensi du if.

C^e sont cependant les deux seules appellations de Brie qui n( »i.is soient paYvenues avant le iS*" siècle. Au commencement de ce dernier (de 1200 à I233), nous constatons comme ^e présentant assez fréquemment la forme Breia, Breya à l^icjuelle succède celle de Braia, Brava. On ne saurait contes- ^^^' ciUG Brjt'a se rapproche beaucoup de Braeia que nous ^^>nne Bradcia après la syncope du c/. La transformation de ^^^^<~'ia en Braia ou de Breya en Braya ne surprendra pas ^^oucoup ceux qui sont habitués à la phonétique de ce coin ^^ VIle-de-France.

^'ous noterons éf^'alement des formes assez rares et qui se

^^ ï^^contrent particulièrement au commencement du i3''siècle,

^''^ 1204, par exemple, Bri ou Bry,en \'2i)b,Bria. Ces dernières

'''^ rattacheraient plus difficilement à Braeia. venant de

^^adeia. Klle me paraîtrait avoir une parenté plus étroite avec

^ -/inV;2.s7 du 8" siècle, d'autant qu'en 1235 on retrouve cette

' V^ pellation légèrementaltérée dans Idïormc Braiensisfecciesiiv

^^':iiej2sisj.

II semblerait donc que nous soyons en présence de deux " »ms Unissant à la riy^ueur par se confondre mais ayant deux ^ ^ÎRines ditïérentes.

L'une remonterait à Briireius (Salins Bri^eius) ou Brifreia,

^2 in<T««IHE I>E LA VILLE

Bri^ria Sylva — le N ôs « •u la f< «rél de Brie — par Bri^ensh, liriensis, Brii^is {\\\V sicclei Bri'^ij (.Vi et Bria (XIll').

L'autre, par Braeia rem« »nteraii directement au BraJeu de P^»rtunat.

La première, n< «m de V «ule une o mirée donnée à une ville, à une localité ne saurait n<»us ét<»nner. Senones est devenu Sens. Parisii. Paris, etc. (Test celle a laquelle nous sommes peu à peu revenus. Dune faorn a peu près frénérale.cm a cru donner aBni/ents, Brï^û, Bri^jj, l'étymolog'.ie Brick, signifiant terre argileuse et ^^rasse. < >n a même appliqué cette étvmoloirie à la f<»rme Bijù, Brjvj «lu Bradia. Il semblerait cependant plus loirique de rattacher Brigcius, Brigu et Briffa à la racine Brii: qu'il ne faut pas confondre commet on l'a fait quelquef^fis avec cette autre racine celtique Briv,

Brir s'applique à un p< mt. Bhg, Briga à une éminence. (0

Je ne m'arrêterai pas d'ailleurs à épiloguer sur ce point, si intéressant qu'il puisse être. Le n«)m de Bria, ainsi donné à Brie-Comte-Kobert ne proviendrait ni de sa situation, ni de la nature du sol, mais uniquement, par condensation, si l'on peut s'exprimer ainsi, du n(>m de la contrée qui Tavoisine.

Reste la seconde forme Bradeia donnée par Fortunat et que je crois pouvoir retrouver dans Breia t^iBrJu ou Breya et Brava.

Bradeia me parait pouvoir être facilement pris pour Bradia ; je ne crois pas que la chose soit contestable. Il s'agit a coup stn* la d'un archaïsme comme quei pour qui, qiteis pnuVi/uis et quihiis, elc^^eia pour t'/c'.vM, lieic pour hic, sei pour si, etc.

Or, Bradia, nous dit du ('ange, est la même chose que Itriida, et a rarlicle Bradium, il écrit : « vide Bradia et Briidt : camyus ».

" Braiila \nrayila\, dit-il, campus vel a<^rcr suhurhanus, »

hr;i(lia ou l'raida est donc un champ, un fonds de terre

I, i « ■; n\uAn\fur% /fii-.s rt il'Arhois l'.c {ubainviile admettent que la racine Brig z été <-»ii|>l«iV> <■ |..ir \i . I .iiiiii jivr» uru* Nii^nifioation voisine de durum ou de dunum : Liunohrigii, Inii.MH I MIDI' II' < .\iii>i-'!:-.i^ I (ilhiM- pifrrruM' : Hiif^iintinm, Besançon ; Bri^anta, nom de peuplitiii 4 ..iii !• . liiiiM . orii|ii<'t% lir lliliuulr.

SU t> urbain. Il ne faut cependant pas par cette expression en tiendra uniquement Tti^er, le champ cultivé par excellence. Dans les exemples qu'il cite, du Gange emploie celui-ci : « I£t iotam BraJiam fosscv noviv cum ecclesiaS. Marci et ciim hr>ffiinibiis super eam secientibiis. » Il s'agit ici d'un lieu pouva.nt contenir une agglomération vivant autour d'une église. Ce peut être un viens, un hamjau, un assemblage de iTia.isons, avec le bâtiment religieux qui en est la conséquence, et le terrain avoisinant. On y perçoit des dîmes <' <^r>ficedimus décimas Braidarum episcopalium curtium » ou ^ien « cum decimis Bradiiv », pour citer deux autres exemples ^<^ du Gange. Il faut cependant entendre le campus, Wifrer qiae signilie Braida en un sens assez étroit comme étendue. L'exemple suivant, cité par du Gange, en est une preuve : *- ^t^lfori braidam muro cingere adorlus est. » Je citerai enfin c^t eiutre exemple : « burgum prope dictam "Braydam » qu'on P<^iat rapprocher de celui-ci : « in 'Brayda veronensi ».

liraida pouvait donc être ceinte d'une muraille, c'est-à-dire ï^'embrasser qu'un terrain relativement restreint ; c'était un ^^^3.mp touchant, non pas seulement à une ville, mais à un ^innple bourg et portant alors le nom du lieu habité dont il

<^tait l'extension, en quelque sorte le développement, la

c*>ntinuation.

Xous voici conduits à examiner de nouveau le texte de ^'ortunat et même celui attribué par Doublet à Louis le

Fortunat classe très nettement le lieu dont il parle parmi les viens du territoire de Paris. « Le mot vicus, écrit M. Lon- ?rion(i), qui chez les auteurs latins, désigne plus souvent un quartier ou une rue de ville qu'un groupe d'habitations rurales, est presque exclusivement employé avec cette dernicre acception chez Grégoire de Tours. On pourrait même dire qu'à l'époque mérovingienne, ce terme répondait assez exactement à notre mot village,.. Vicus s'entendait donc

,l; Géographie d£ la Gaule au Vh siècle par Aug. Longnon. (Paris, 1878, in-8' .

parfois d'un groupe d'habitations sans égard aux ouvrage^ qui pouvaient enclore cet ensemble de constructions... »

Fortunat étant contemporain de Grégoire de Tours, on^ peut très bien admettre qu'il ait employé le mot vicus dansl^ même sens que ce dernier. Le lieu où saint Germain accomplit le miracle rapporté par son historiographe était donc un village, c'est-à-dire un groupement d'habitations peut-être enclos d'ouvrages de défense. Ce qui le laisserait supposer c'est que deux siècles plus tard, Louis le Bègue le désigne sous le nom de bourg (in biirgo Briensi).

Il est ici besoin de s'abriter derrière l'opinion très autorisée de M. Flach (i). A ses yeux, « les fermes isolées disparurent presque entièrement au neuvième et au dixième siècles. Le besoin de sécurité prime tout. L'habitation se concentre dans les villages fortifiés, des bourgs nés autour des châteauxforts et des monastères, des villes repliées sur elles-mêmes dans d'étroites enceintes. » Ce tableau en ce qui concerne la région que j'étudie ne saurait être plus vrai. Il est absolument certain que toutes ces habitations isolées que j'ai montrées, dans les pages ci-dessus, s'étageant sur la rive droite du Cornillot, du chemin des Chaperons jusqu'à Pierre marchande en passant par le chemin du Grand Noyer et le pied de la butte du moulin, face à la forêt qui couvrait Tautre versant, toutes ces habitations, dis-je, durent disparaître devant les invasions des Francs et surtout lorsque la guerre civile s'alluma entre les descendants de Clovis. Réduite par les maladies, la misère, les massacres et les charges de la guerre, la population eut hâte de se concentrer par ce besoin de sécurité qu'invoque si justement AL Flach.

Telle serait, selon moi, l'origine du viens indiqué par Fortunat, du bourg dont parle Louis le Bègue.

J'ai insisté sur ce point parce que j'y trouve l'explication de la Braidd ou Bradia dont nous parle Fortunat. Telle que nous pouvons la concevoir, cette Braida était un champ tou-

(\, L'origine et les viciiùtudes histonquei de l'habitation en franc^r (V.cmoirc lu par M. Flach à l'Académie des sciences morales et politiques en 1898;.

^^ant au vicus ou au bourg — les deux pouvant être considérés comme synonymes (biirgum prope dictam Bnir- '-iviî). Cet exemple, donné par du Gange, reçoit ici son application directe, et je serai tout disposé, en raison de cet autre exemple que cite le même auteur : « in braida veronensi », d'imaginer que la braida qui nous occupe était à l'époque désignée ainsi : braida ou bradia briensis ou brigiœ.

Supposons, par exemple, qu'une Braida ou Bradia — il pouvait s'en trouver plusieurs dans un périmètre restreint puisque c'est un terme d'acception générale — serve à un f>bjet déterminé et particulièrement remarquable, que cette Braida fixe l'attention de tous ; qu'elle devienne un marché très connu, un centre très actif d'échanges célèbre dans la contrée, réputé à plusieurs lieues à la ronde, les habitants n'auront plus en vue parmi toutes les Braida ou Bradia qu'ils connaissent que celle qui leur est si familière, qu'ils ont coutume de fréquenter.

Il y a un peu de cela dans ce que nous voyons de nos jours. Un agriculteur, parlant de son absence le mercredi, dira : « Ce jour-là je suis au marché », et son interlocuteur le comprendra sans autre explication, traduisant ainsi sa phrase : <f Ce jour-là, je suis à Paris, à la Bourse du Commerce. » 11 ne lui viendra pas même à l'idée de croire que l'agriculteur puisse aller à une autre Bourse, la Bourse financière, par exemple. Non, la Bourse du Commerce tient ici lieu de tout parce que c'est le centre vers lequel convergent les esprits, les intérêts et les habitudes.

Si donc sur le lieu où s'élève Brie-Comte-Robert, à coté du vicus ou du bourg, nous avons un champ (i), une Bradia ou Braida, sur laquelle se tient un marché tel que celui dont je parlais plus haut, unique pour ainsi dire dans le pays, rendez-vous de peuples ou de peuplades vivant à plusieurs

(l) Assurément, un marché aussi impoitant ne pouvait se tenir dans le vicus, dans le bourg, probablement très restreint. C'est dans un champ voisin, spécialement consacré à cet usage, que devaient se réunir les commerçants «u autres le fréquentant. Nous aurons à reparler de l'emplacement de ce champ qui méritait bien alors le nom de campus, d'ager suhurbanus que donne du Cange.

36 liîSTOIRE DE LA VILLE

journées de marche, attirant â lui les productions de toute la contrée, cette Bradu restera beaucoup plus connue que le vicus lui-même, c'est-à-dire plus que le hameau, le village ou le bourg attenant. Tout le monde, en parlant dans le pays de Bradia sait à quoi s'en tenir, comme tout le monde, en désignant la Hourse, sait qu'il s'agit pr>ur les agriculteurs d'une Bourse spéciale dont le siège est à Paris.

Cette dénomination sera encore plus forte si, par tradition, ou par fait, il s'y attache le souvenir ou l'existence d'un pèlerinage ou d'un lieu sacré. Dans cet r»rdre d'idées, lorsque deux catholiques se disent : « J'irai à la Grotte », tous les deux savent qu'il faut entendre la Grotte de Lourdes, bien que cependant il y ait d'autres grottes sanctifiées, mais, uniquement, parce que la Grotte de Lourdes l'emporte, en réputation, sur toutes les autres. Le nom de lieu disparait complètement. On va à la Grotte, comme on pouvait se rendre à la 'liradij. De là Braida Briensis ou Brigia — nom qu'elle pouvait porter à cause de sa situation à la limite de la forêt de Brie — il ne reste plus que B;\iidj ou Bradia, tout comme de la Grotte de Lourdes, il ne demeure plus que la Grotte.

Si cette explication est exacte, elle fortifie singulièrement l'hypothèse d'un centre très ancien, non-seulement de population, mais d'échanges sur le territoire qu'occupe Brie- C^omte-Robcrt. 11 fallait, en effet, que la célébrité de la Braida Brigia fût assise depuis très longtemps, qu'elle correspondit à une fréquentation séculaire pour devenir ainsi, sous un nom commun, une expression géographique fort nette et acceptée de tous. Du même coup, aussi, elle justifie l'opinion de l'abbé Lcbeufetdedom Mabillon, en ce qui touche l'identification de Bî'adcia. Non-sculemenl, en elïet, par l'allitération et par la difliculté de trouver ifi pago Pan'sictîsL une autre localité que Brie se rapprochant de ^Bradei\u mais aussi parce que si Bradeia est bien ce que nous dit du Gange, si on a pu, comme je l'ai Soutenu, prendre la partie pour le tout, il n'y a pas, je crois, in pago Paj'isicftsi^ un autre pays qui ait

DE BRIE-COiMTE-ROBERT 07

u un champ suburbain, un marché, aussi réputé que le marché de Brie.

Il m'a fallu, un peu longuement peut-être, mais avec le ^Jésir d'éclairer aussi complètement que possible la question, <J3tablir l'existence d'un lieu habité là-même où se dresse ^aujourd'hui Brie-Comte-Robert, bien avant la prétendue It'ondation attribuée à Robert, frère du roi Louis VII, en i iS3. fle ne crois pas qu'on puisse mettre en doute son ancienneté ^ui semble résulter des observations exposées ci-dessus. Par ssuite, (>n imagine par quelles traverses dut passer ce pays à l 'époque des invasions ou des guerres qui les suivirent. Nous ^vons vu, dans les monnaies et médailles trouvées sur le sol l3riard, une première lacune se produire qui correspond <ixactement aux premières incursions 'des barbares, à la révolte des Gaulois contre Rome et aux soulèvements des Bagaudes. De même après Théodose, on ne retrouve plus iiucune trace de document monétaire. Attila avait passé par là. La chancelante domination romaine, le royaume éphémère de Syagrius, dans lequel était compris le territoire de Brie-Comte-Robert, ne durent ni rassurer les intérêts, ni ^'ontribuer à leur développement.

L'arrivée des Francs ne vint pas seulement accumuler ruines sur ruines, elle transforma complètement le pays. Le ^souvenir s'est conservé de cette période sanglante et désastreuse.

M. Gustave Prévost (i) rappelle avec raison l'histoire de 5>aint Remy et du vase de Soissons, comme une preuve de la c:onquète franque. accompagnée de pillage.

Salvien — un témoin oculaire — dit (2) que les cadavres laissés par les Francs après leur passage étaient en tel nomtre qu'on ne pouvait les enterrer et que les bêtes fauves les dévoraient. « Les Francs, dit-il, dépouillent tous les habitants et les réduisent immédiatement en esclavage. »

'i; Us Invasions barbares au V» siècle et la condition des G allô -Romains par M. Gustave Prévost {Revue des questions historiéfues, juillet 1879;.

(2) De CubernattoM Dei, — Salvianus.

38 mSTOIRK DE LA VILLK

Grc^ijire de Tours montre le pays ruiné, pillé et des quantités innombrables de captifs emmenés en servitude, les Francs massacrant indistinctement Gaulois et Romains. Ce fut la conquête avec toutes ses horreurs.

La trace de ces terribles événements se retrouve sur le territoire briard même, sinon à Brie, du moins dans les environs.

« Chalemaison, dit M. G. Lerov (r), vient de Karoli mansio.

ma ^

la manse (^\^ le domaine de Karl. Or, Karl est un nom de source germanique, inconnu chez les Romains. On peut donc tenir pour certain que la métairie de Chalemaison eut pour fondateur un conquérant barbare du nom de Karl, arrivé en Gaule à l'éprjque des grandes invasions de la lin du V* siècle, ou plutôt que ce barbare déposséda le Gallo- Romain établi précédemment en ce lieu et s'y substitua sans autre forme de pn^cés, sinon après l'avoir exproprié violemment dans des circonstances plus ou moins tragiques. 11 est admis, en elïet, que les barbares d'outre-Rhin trouvèrent plus commode d'expulser les propriétaires des domaines ruraux de la Gaule, plutôt que d'entreprendre, avec les difficultés de travail et de charges qu'elle comporte, la création de nouveaux établissements. Si donc, comme il est probable, les faits se S(>nt passés de la sorte, nous avons dans ce mot (Chalemaison, la preuve que, vers le V** siècle, un barbare arrivé de la Germanie, nommé Karl, s'implata dans le domaine d'un précédent propriétaire, de race gallo-romaine, et qu'il lui donna son nom (2). Les travaux de Montesquieu, d'Augustin Thierry, de Fustel de Coulanges, de Guizot et d'autres historiens viennent à l'appui de cette présomption. »

Peut-être, plus près de Brie encore, trouvons nous un exemple analogue. On me pardonnera, ici, une courte

I. Lti Gallo-Romains à RJau en liric et à Limoges- Fourches par G. Leroy (Melun, Drosne 1891,

2) Chalemaison est un lieu dit dépendant de la ferme de Mauny, près de Limoges-Fourches. Sur les indications de M. Arthur Grandin, de Galande. des fouilles entreprises ont mis à jour des fondations de murs ancior.s, des aires d'habitation, s'étendant sur une superficie de }(X) mètres carrés.

DE BRIE-COMTE-ROBERt ^9

digression, mais on en comprendra la nécessité par ce qui va suivre. Au reste j'ai mon excuse dans cette parole de Montesquieu : « Ceux qui font des digressions, a-t-il dit, sont comme les gens qui ont de grands bras ; ils atteignent plus loin. »

Un lieu qui me paraît pouvoir, comme Chalemaison, rappeler une origine franque n'est autre que Villemain qui touche le territoire de Brie.

A en croire l'abbé Lebœuf, il ne faudrait pas entendre les choses ainsi. Le savant auteur de l'Histoire du diocèse de Paris parle de Villemain en deux endroits diflerents et donne chaque fois de ce nom la même étymologie tantôt sous une forme dubitative tantôt sous une forme affirmative.

Cette dernière se rencontre dans l'article consacré à Coubert (r) « 11 y avait, dit-il, au XIIP siècle, dans les environs de Coubert, un lieu appelé Coudray où était bâtie une église ou chapelle du titre de Sainte-Geneviève. Ce lieu de Coudray appartenait alors, avec une partie de Mind, dit depuis Villemin, à l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris. »

L'abbé Lebœuf tout en reproduisant la même assertion, se montre plus réservé dans l'article qu'il consacre à Grisy (2). « Je n'ai vu, dit-il, aucun ancien titie où soit le nom de Villlemain à moins qu'il ne faille attribuer à ce lieu quelquesuns de ceux que j'ai ouï parler de Mainville qui est le même nom renversé sur la paroisse de Dravet (Draveil), De même que Mainville est le nom de Maindeville altéré, aussi celui de Villemain me paî'ait-il n'être autre que celui du village de Minde qu'on a corrompu dans la suite. Or il est parlé d'un lieu de Minde dans le cartulaire de Sainte-Geneviève de Paris j Van I2JJ. Cette abbaye avait un bois qui confinait à celui de l'abbave de Chaumes. On lui donna dans cette même année (1277) une vigne située sur le ruisseau dit en latin

1) Coubert, village du canton de Brie-Comte-Robert, à 8 kilomètres de cette dernière ville. V. Histoire de la ville et du diocèse de Paris (Paris, 1754, tome XIII p. 245).

;2, Grisy, village du canton de Brie-Comte-Robert, à 6 kilomètres de cette dernière ville. V. Histoire de la ville et du diocèse de Paris (Paris, 1754, tome XIll p. 259).

HISTOIRK dp: la VILLE

Calidi furni et continue aux murs du couvent de Sainte- (jcncvicvc.

» Tout cela me parait n'avoir pas été ailleurs que vers Villemin qui est un peu éloig-né du prieuré de Vernelle dépendant de Chaumes et de Coubert. Le ruisseau Calidi Furni ou de Chaulour serait celui qui passe à Villemin, et le (^)udray, où il y avait une ég-|ise Sainte-Geneviève, Jz/rjiV existé autrefois entre (jrisv et (Coubert vers l'endroit où il reste encore une fontaine dite dj Sainte-Geneviève, »

H n'est pas possible de faire ces citations sans les rapprocher de la suivante empruntée au même auteur parlant de Brunoy (i).

« Kn 1270, écrit Tabbé Lebœuf, vivait Philippe de BrunoY (de Bruneioj. Ce même Philippe est qualilié armiger daOl'acte suivant qui est de i-jj-j ,,.

» Par ce dernier acte Philippe de Brunoy et Mabile ^^^ femme quittent, pour une sompne d'argent à l'abbé de Saint::;^ (jeneviêve le bois de Mindeyo, depuis sa portion de boisqi l'abbaye avait déjà en ce lieu de Mindeyum ». Et plus loi l'abbé Leb(euf ajoute que cette vente dut être agréée par Gu le Bouteiller, écuyer, seig'neur de Dravet, comme d'un bie^ mouvant de son lief.

Il n'y a d'ailleurs aucun doute pour lui au sujet de Templa cément de Mindeyum. « ("est, dit-il, ce qu'on appelait alor^'' apparemment alors Mind, dont on a fait Minville qu'on écrir -■ communément Mainville et qui est dans l'étendue de VeT^^ paroisse de Draveil ».

Ainsi donc, le savant abbé applique, ici, une charte de 1277^ à un lieu de Minde, voisin (ai faisant partie d'un Coudray^^ qui Jz/;\7/7 existé entre (îrisy et (Coubert ; là, il applique la m jme charte à un autre lieu Minde, devenu Mainville, et situé à Torée de la forêt de Sénart, à quelques vingt kilomètres du précédent.

Il est impossible d'admettre la mtândre analogie entre ces

1 1 Brunoy, chef-lieu de canton de Seine-et-Oise, à 8 kilomètres de Brie-Comte-Rob«rt.

V. Hiiloiri' de la vilh et du dio^^ln' de Paris (.Paris. 1754, tome XIII, p. 537).

bt*: HRIE-C'.OMTÈ-ROBËRr 4f

deux assertions. Si le Mindeyum de la charte de 1277 s'applique au Miiinville qui existe encore non loin de Brunoy et à côté de Draveil (i) — et tout semble ici justilîer cette hypothèse — il ne peut servir à désigner un problématique Minde, devenu suivant Tabbé Lebeuf, Mindeville, puis Villeminde, puis Villemin et enfin Villemain.

L'étymologie proposée pour cette dernière localité par l'historien du diocèse de Paris me paraît (2) injustifiable d'autant que dans d'anciens aveux, Villemain était orthographié Villememain. Si la contraction de Villememain en Villemain est explicable, il est impossible de soutenir encore toutes les difficiles conjectures de Tabbé Lebeuf, au sujet du lieu de Minde transformé en Villemain.

Que l'on voie dans Villememain, la forme Wilhelmi (3) mansio, ou bien, d'après la thèse de Quicherat sur les suffixes ..7/;/, une forme n7//^t'/mmc%queronrattacheenfinVillememain à une forme Wilhelmi manus avec tous les sens qui dériv^ent de ce dernier mot (travail," industrie, coup de main, coup de

(\) Cela semble il'autant plus vraisemblable que non-seulement, d'ap'ès la charte de 1277, citée par l'abbé Lebeuf. Philippe de Brunoy, vend à l'Abbaye de Ste-Geneviève le bois de Minde — oj Ion peut voir Mainville - mais il lui donne en outre une vigne sur le ruisseau de Chaufour. contiguë aux biens q ie cette abbaye avait au Coudray. L'abbé Lebeuf dit qu'il n'a pu identifier le Coudray. Or, dans la commune de Soisy existe précisément le château de Coudray et à Soisy, lAbbaye de Ste Geneviève possédait des biens : « Apud Soryacum, juxta Corbohum, terrai et crnun d. ;C».i///u Chriit. tome 7, instr. col. 24)). De p'us, toujours ■d'après Lebeuf. le bois de a Vtindeyo » précité a voisinait deux marchais sur lesquels l'Abbaye d'Ycrrcs avait des droits ce qui ne saurait étonner étant donné que l'Abbaye d'Yerres s'élevait dans ces parages tout près de Brunoy. Enfin, Tabbé Lebeuf, dit que le bois de a Mindeyo » s'étendait jusqu'au bois de l'abbï de Chaumes. Or, précisément il est question, dans l'histoire du diocèse de Paris, d'un jugement rendu en 1224 au sujet de ce qui était en contestation, entre l'abbi de Sainte -Geneviève et celui d: Chaumes, sur le droit d'usage dans le territoire dit de Sénart, et sur le moulin de Rocheel qui était dû par Tabbé de Chaumes, situé entièrement dans sa seigneurie de Buciaco (Boussy-St-\ntoine, commune de Seineel-Oise, située non loin de Brunoy i. Enfin il n'est pas jusqu'à un seigneur de Chaufour dont il ne soit question comme vendant, en 1248, des biens mouvant du seigneur de Soisy.

Après ces rapprochements, tirés de l'abbé Lebeuf, que peut-il 1 ester de la légende d'un ruissenu de Chaufour, d'un Minde et d'un Coudray entre Grisy et Coubert, légende d'ailleurs inutile puisque Villemain et son ruisseau sont situés entre Brie-(^omte-Robert et Grisy à 2 kilomètres, à vol d'oiseau, de l'emplacement que désigne l'abbé Lebeuf.

(2; Aveux du commencement du ly siècle.

0< Villemain sur les cartes de l'Etat-raajor est écrit IVillemain, comme Villemenon, château d«s environs de Brie-Comte-Robert, à Servon, est écrit Wiilemenon, rappelant la forme iVilhelmi dunum. Par contre, Villemeneux, ham«au de Brie-Corate-Robert, qui vient à n'en pas douter de de Villa minor, est orthographié sur la carte d'état-major avec un V et non un W.

force (i), il ne me paraît pas possible de ne pas y distinguer la racine Wilhelm, nom de source germanique autant que Karl (2). Et, remarque qui viendra fortifier ma manière de voir, une rue de Brie, amorce du chemin qui va de Bric- Comte-Robert à Villemain, porte le nom de rue des BeauS-- Guillaumes ou du Beau-Guillaume dans lequel on n'a aucuno peine à voir J^osci Wilhelmi, du bois de Guillaume.

Ce qu'il y a de certain c'est que Villemain a gardé, à en. croire les lieux dits, le souvenir d'horribles ou de terrifiante^^ aventures. (Voir la note ci-dessous).

Il y aurait donc quelque apparence que nous avons, sur \c^ sol briard même, l'indication fort nette que M. Leroy a^ trouvée ù Chalemaison de la conquête franque et en même^ temps des excès épouvantables dont Salvien et Grégoire de=- Tours nous ont laissé le récit.

Ce dut être une époque assurément désastreuse pour les populations de ce pays que celle de l'invasion franque. La prise de possession violente du sol ne vit pas la fin de leurs maux. A la guerre de conquêtes succédèrent les disputes à main armée entre les frères royaux, entre leurs leudes et leurs antrustions. Le V" siècle vit les hordes germaines s'abattre sur le territoire, le VP vit ces mêmes hordes aux prises entre elles, pillant et saccageant tout.

« Alors, dit M. Rethoré (3), l'antique civilisation agonisante s'éteignit presque complètement. Durant cette immense perturbation sociale, les populations, les villes... disparurent presque complètement, frappées par des calamités de toutes sortes. Le peu qui était resté debout, après le passage

(1) Ce coin du terroir laisserait plutôt supposer qu'il faudrait interpréter le mot manu^ dans ce sens. En eifct, tout à côté se dresse le Me<inil, anciennement appelé Mesnil- Ordoux et l'on sait quelle signification s'attachait au mot ordoux dont nous avons tiré ordure, ordurier. Dans l'espèce, ordoux voulait dire surtout mal famé, repaire de bandits. De plus, au-dessous de Villemain la va'lée dans laquelle il est bâti portait le nom singuliè)-ement suggestif, si on le rapproche du précédent, de coupe-gorge.

(2) A noter le ruisseau aux bords duquel s'éleva Villemain ce ruisseau que Lebœuf appelait (^haufour porte le nom de Barhançonne dans lequel il est bien difficile de ne pas voir le mot Brabariionne. Or, les Francs sortaient du Brabant.

(3; Note sur Us vilU nova et la proprUté foncière. (Bullelin de la Société Archéologique de Mclun).

nÈ BRIE-COMTÉ-ROBERT 4^

d'Attila, dans nos riches campagnes, les hordes de Sigebert, le renversèrent en bjb. De tant de ruines accumulées, il ne resta pour ainsi dire que les débris enfouis sous le sol.

c( Au commencement du VIP siècle, sous l'impulsion éminemment civilisatrice de Saint-Colomban, un des hommes les plus remarquables de la cour de Dagobert..., les débris des familles des colons et d'esclaves qui avaient surv^écu aux désastres vinrent se grouper autour de missionnaires, comme Saint-Faro, Saint-Fiacre et tant d'autres... Faibles par le nombre et privés, comme ils Tétaient, de puissants instruments aratoires, ces pauvres esclaves, récemment christianisés, ne durent pas étendre leurs cultures à de grandes distances... Il est vraisemblable qu'ils appliquèrent de préférence leurs elTorts aux champs voisins de leur ancien viens où toute trace de la culture romaine n'avait pas probablement disparu. Mais des terres restèrent incultes. Les anciennes voies romaines continuèrent à ne plus être tréquentées et peu à peu se couvrirent dliumus ; les villes incendiées, saccagées et dépeuplées croulèrent sous l'étreinte du temps et demeurèrent ignorées au milieu des broussailles... »

M. Alfred Maury (i) dit de môme : «... En une foule de lieux, les colons abandonnèrent leurs cultures pour se réfugier dans les villes. Les champs, laissés en friche, se recouvrirent peu à peu d'une végétation arborescente. La forêt ressaisit son empire. Plusieurs forêts s'élevèrent là où avaient existé des viens et des habitations. Quand les bart^^^res, Alains, Suèves, Vandales, Goths ou lluns s'abatti- ''^nt sur la Gaule, ils détruisirent bien des centres de population et sur les ruines qu'ils avaient faites, les forêts reparurent... »

Ces tableaux m'ont semblé si fortement traités, ils m'ont P^ru si bien peindre la situation du sol briard et de ses "^bitants à cette époque tourmentée que j'ai cru devoir les reproduire ici.

l'} Us fonts de la Gaule et l'ancienne France. ^Paris, 1867, in 8*).

Et cependant puisque j'ai admis avec Lebeuf et par i interprétatic)n raisonnée de son opinion qu'au Vil' siê( Brie était encore un viens, puisque Doublet nous dit c Brie au LV siècle était un bour^. admirons la force de ré* tance des habitants de la vieille Bradeia au milieu < calamités qui les assiégeaient.

Quel était ce viens ? quel pleuvait être ce bourg ? De toutes les stations agric )les qui s'élevaient à l'époq romaine sur le plateau situé au sud de ("ornillot et c sources qui le forment, il ne restait plus rien à coup s (]es habitations isolées n'olTraient aucune sécurité. Lapoj lation décimée par les massacres, les maladies, en ùh d'ailleurs réduite à sa plus simple expression.

C'est alors qu'elle chercha un refuge qui pût la mettre moins à l'abri d'un coup de main, sinon la soustraire ce plètement aux déprédations des gens de guerre et c bandits.

Un lieu unique s'offrit à elle.

Les nombreuses et abondantes sources qui jaillissent fond de la cuvette dont j'ai déjà parlé, creusée au milieu plateau où s'élève Brie-Comte-Robert, formaient par le réunion un étang de surface relativement considérable, suffisait, d'ailleurs, d'un barrage convenablement placé pc relever le niveau des eaux et accroître encore les dimensio de cette nappe d'eau. (>e barrage pourrait avoir été place l'endroit le plus étroit de la vallée de Cornillot, à la r appelée aujcmrd'hui des Tanneries, par exemple.

Les fontaines de Brie, ai-je dit par ailleurs, (i) dévale certainement s'épandre en un étang à large surface ; ma la réflexion aidant, on devine le colmatage de cette nap s'accomplissant siècle par siècle. Aujourd'hui encore, bi« que les pentes aient perdu de leur rapidité, le glisseme des terres s'opère toujours et le fond de la cuvette s'enli sous nos yeux. De là à admettre, au sein de l'étang précit l'existence, dès les premiers siècles, d'un ilôt, sorte de mot

(1^ Li chJtcau de Hrie-Comle-Robert. ^Brie-Comtc-Robert, Thomas, impr. 19X), in S-;.

de lert"^, plus ou moins solide, plus ou moins marécageux, cela ne semble pas devoir souffrir de difiîculté. Et cela se démontre d autant mieux que, de toute évidence, la main de Vhomme a fixé, en réalité, l'ilot en question. Le travail de l'homme n'est, le plus souvent, surtout aux âges primitifs, que la copie, le développement ou l'exagération du travail de la nature : le colmatage naturel de l'étang devait être suivi d'un colmatage artificiel donnant à la forme de terre émergée une forme régulière et créant autour d'elle une ceinture continue dont les contours s'offrent encore à nos veux.

Je citais à ce propos les exemples suivants. M. Poiré, un Briard, qui travailla, comme entrepreneur de maçonnerie, sur la face N-E des fossés, il y a quelques années, rencontra des pilotis à rangs pressés, bois d'essences diverses où dominait le chêne, tous noirs comme de l'ébène, restes vénérables de travaux remontant à plusieurs siècles en arrière.

Dans un Mémoire dressé, vers la fin du XVI^ siècle, pour le président de Mesmes, il est dit que les ponts, murailles et édifices du château (le château était bâti au milieu de l'étang dnnt je parle) sont très anciens, d'une grande étendue et bâtis sur pilotis J// m/7/(?// t^wn malais presque impraticable. Il est possible que ces pilotis, que la forme régulière donnée à l'ilot qui porta, depuis, le château datent d'une époque relativement postérieure aux V" et VI'' siècles ; mais, à Coup sûr, il existait là un étang, avec une motte de terre ^u milieu. Il est même très probable — et cela se voit en jetant un regard sur la carte — que cette motte ait été formée par les dépôts alluvionnaires des différents ruisseaux qui descendent du versant nord de la cuvette, notamment par le ^ de Tubœuf et par le rû des Ecorcheries.

Il est vraisemblable que l'ilot tenait â la terre ferme par ce ^'^-•té, que le travail de l'homme après l'avoir complètement isolé éleva en face de la chaussée d'accès un ouvrage, très certainement en bois à l'origine, qui devint plus tard la tour

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