CHAPITRE V
Les comptes de [11 reine Jeanne, en dehors des renseignements intéressants que nous en avons tiré sur le domaine seigneurial et son administration, nous fournissent également des indications sur les fiefs briards mouvants du domaine. Nous nous y reporterons dans les pages qui vont suivre. Alais à côté des tîefs mouvant directement du château de Brie-Comte Robert, d'autres existaient sur le terroir de Brie, dans les faubourgs mêmes de la ville, qui relevaient de seigneuries avoisinantes.
Il a été plus haut, à deux reprises, question de la famille de Pommeuse qui tenait Pun de ces fiefs (2). j'ai dit, à cet égard. le rôle joué par Perceval de Pommeuse pendant la S'jvjrren'e, .sa condamnation et la confiscation de ses biens. Dans les comptes de i333, on voit Arthur de Pommeuse entrer en la possession de la terre de Nandy qu'il ajoutait ri son lief de Belle-Assise, situé à Villemeneux.
(I) V. p. 138 (not«) «t 176.
%4 HISTOIRE bË LA ViLLË
Ce fief de Belle-Assise était certainement important- Le manoir seigneurial était qualifié de forteresse (i) ; le mandement du roi Jean, relatif à la saisie des biens de Pommeuse. s'exprime, en elTet, ainsi :
« Mandement adressé au prévôt de Paris pour mettre les religieux de Saint-Denis en possession de tous les biens meubles et immeubles qui ont appartenu à Perceval de Pommeuse confisqués au profit de sa Majesté, laquelle en a fait donation à la dite abaye, après néanmoins avoir détruit tous les Jorts et forteresses provenant do la dite confiscation, sans endommager les bâtiments propres et utiles pour y faire demeure. Item fera rendre par les vassaux les mêmes hommages foy et devoirs tels qu'ils les ont rendu au dit Perceval de Pommeuse (2).
La position de Belle-Assise, d'ailleurs, laisse entendre à la fois son ancienneté et sa force. Placé à mi côte sur le versant nord de la vallée de TYerres, le fief de Belle-Assise commandait la route de Brie à Corbeil au débouché du gué (3) à côté duquel on a construit le Pont-au-Diable. Le nom de Belle- Assise donné à ce lieu semble symptomatique. Il est possible que cette forteresse ait été élevée par un de ces seigneurs du X" ou du XI* siècle qui se taillaient un domaine et s'y rendaient indépendants, rançonnant les voyageurs obligés de passer sur leurs terres, ou pillant les environs à leur convenance. Cela, seul, suffit à expliquer la recommandation faite par le roi Jean à son prévôt de démolir « tous les forts et forteresses » du lieu.
Il faut, néanmoins, ne pas s'exagérer la valeur du mot forteresse employé ici. A une époque où Ton n'avait guère pour attaquer ou se défendre que des armes de main ou des armes de jet imparfaites, la moindre construction aux murs sufiisamment épais, aux portes solides, pouvait arrêter longtemps un assaillant mal outillé surtout si l'assiégé avait de l'eau à discrétion et des approvisionnementssuffisants. Mais, la valeur militaire de cette construction était surtout dans sa
,2; A. N. — LL. 1191, f 725, II' 4349,
(3; Dans ces dernières années, alors que le Pont-au-Diable était en reconstruction, ce gué servait de moyen de communication entre les deux rives de l'Yerres.
situation topographique. C'est ce qui devait rendre Belle- Assise redoutable, non que la maison fût inabordable, mais parce qu'il pouvait, à la fantaisie de son propriétaire, intercepter une voie de communication fréquentée.
Comme nous l'avons vu, il est parlé pour la première fois d'un Pommeuse en i333, dans un des comptes que j'ai analysés au chapitre précédent ; encore n'est-il pas spécifié que ce Pommeuse fût à l'époque seigneur de Belle-Assise. Il est représenté comme rachetant pour son neveu, Perrot de Poincy, dont « il a le bail et la garde », la terre de Nandy. Perrot de Poincy était le tîls de Guillaume de Poincy (i) et d'une sœur du Pommeuse qui nous occupe. Ces noms de Pommeuse et de Poincy, étrangers au sol de la ville de Brie, évoquent cette remarque, faite déjà à plusieurs reprises, de l'apparition dans le pays de seigneurs venus des environs, fort probablement à la suite d'achats elïectués sur le Chapitre de Paris de qui dépendait presque tout le pays.
Il se pourraitquecedernier,ArtusouArthurde Pommeuse, ait acquis à Villemeneux le lief de Belle-Assise vers cette époque. Dans le cartulaire de l'abbaye Saint-Denis (2) on trouve un contrat de vente faite par Etienne Chapuis, au prolit de messire Arthur de Pommeuse, de vingt arpents de bois, sis à Forest, tenant d'une part aux usances, d'autre part à Jean de Nanteuil ; item un demi arpent de pré, un demi arpent de terre au même terroir de Forest ; item une maison et jardin appelée la maison de la Borde tenant au dit de Pommeuse, avec environ dix-sept arpents de terre ou plusieurs pièces au terroir dit de F'orest ; item quinze sols parisis de menu cens portant lods et ventes, le tout mouvant en fief de Jean de Melun, sieur de la Borde ; sous le scel de la prévosté de Brave le 2 septembre i355 (3).
(I j Poincy, commune du canton de Meaux à 5 kii. de cette dernière ville.
(2 A. N. — LL. 1 ic)i , f- 584. n" 4205.
(?) Il ne faut pas confondre ce fief de I.a Borde, avec celui dont il va être parlé ci-après sous le nom de la Borde-Fournier. Le fief dont il est question ici me paraît devoir plutôt s'identifier avec la Borde, de rhàtillon-la-Borde, commune du canton du Chàtelct. Je ne propose, d'ailleurs, cette identification qu'à cause de la présence de Jean de Melun dans le contrat. Le nom de la Borde est tellement c Jmmun que celui-ci peut s'appliquer à un tout autre lieu dit. Il existe dans tous les cas, tout à côté, dans la commune de Bombon, une ferme, appelée Forêt, tenue actuellement par M. Collcau ; disons par parenthèse que ce dernier est le descendant d'une vieille famille briarde qui a donné Bric un notaire réputé.
Je considère cette vente comme l'indice de rétablissement des Pommeuse dans le pays. Pareillement, je citerai cette autre charte et portant fondation par un Arthus de Pommeuse « de deux chapellenies à l'autel de la chapelle Notre-Dame, sise en sa maison de Belle-Assise, en la paroisse de Braye- Comte-Robert, diocèse de Paris ». Arthus de Pommeuse exig'eait que les deux chapelains tissent « résidence personnelle aux dits lieux ». Ceux-ci devaient chanter et célébrer au dit autel chacun trois messes par semaine « et l'un d'iceux chanter alternativement vêpres en notes chacun jour de samedi et messe en nr)tes chacun jour de dimanche, ce outre le service solennellement à toutes les grandes fêtes annuelles et de Notre-Dame ». P(.)ur cette fondation, Arthus de Pommeuse assignait aux deux chapelains quarante livres parisis de rente-^ sur les terres de Nandy et de Belle-Assise « jusqu'à ce que la dite rente soit, par lui, plus à plain assise ; et, à cet elïet, promet envoyer en c< »ur de Rome, pour obtenir du pape la confirmation de cette fondation et le droit de présentation aux dites chapellenies pour lui et ses successeurs, seig-neurs de Belle-Assise, et. à faute par lui ou ses successeurs d'obtenir du pape le drnit de préscntati<jn, la collation entière en appartiendra à réveque de Paris, après le décès des deux premiers chapelains que mcssire Arlhus a pourvu des deux chapellenies et les en a mis en possession et des revenus d'icelle par la tradition de deux fétus (de paille) qu'il tenait en sa main. Sous le scel de la prévosté de Brayc-Comte- Robert le 17 décembre i.S.^y. »
Ne semble-t-il pas qu'il y ait dans Tacte qui précède comme une sorte de prise de possession, comme un cachet pers<»nnel que le nouveau propriétaire veut imprimer au ticf dont il vient de faii^e l'acquisition, acte qui est bien, du reste, dans l'esprit religieux du temps > n'est-ce pas la même pensée qui apparaît dans la charte suivante empruntée au même cartulaire r
1' Lettres de (jile, abbesse de Jarcy (i), et des religieuses du couvent, par lesquelles, elles accordent à messire Arthus
(l) Jarcv dépend de la commune de Varennes (Seine-et-Oise). l/abbayc n'existe plus. Ses ruines sont biluées à y kiloniétre.s de Brie-Onite-Kobei t, sur les bords de la rivière d' Verres,
DE BRIE-COMTE-ROBERT Sby
de Pommeusc, chevalier, la sépulture dans leur église devant le grand autel entre les deux derniers piliers, à main gauche, en allant au grand autel, laquelle sera élevée de trois pieds de haut... et, en outre, s'obligent de faire le service de son enterrement auquel service son corps sera couvert d'un drap d'or et autour d'icelui, une chapelle pour mettre deux cents livres de cire en luminaire tant en cierges qu'en torches et y aura deux chevaux et deux hommes montés dessus, couverts des armes du dit seigneur et deux autres chevaux sur lesquels on tiendra deux bannières de ses armes, l'une d'icelle pour la guerre et l'autre pour le tournoi, et aura chaque homme armé un heaume et un escu tout pour offrir comme il appartient, et demeurera tout le luminaire à la dite abbaye et les bannières, escus et heaumes seront attachez à l'intérieur de la sépulture du dit chevalier et le drap d'or, chevaux, harnais et armures demeureront à ses héritiers et s'obligent les dites abbesses et religieuses de faire célébrer perpétuellement par chascun jour une messe haute au dict grand autel pour le repos de l'âme du dit seigneur et chascun an un service solennel. Pour toutes lesquelles fondations le dit seigneur de Pommeuse a donné aux dites religieuses une maison assise aux Bordes-les-Braye (i), terres, prés, cens et rentes et autres revenus en dépendant prisés et estimés 24 livres parisis de rente et leur a délivré cent florins d'or estimés six livres parisis de rente. Sous les sceaux de la dite abbesse et couvent le 11 juin iSSy. »
11 esta croire, cependant, que les deux chartes ci-dessus ne Concernent pas le même seigneur que celui mentionné dans les comptes de la reine Jeanne en i333. 11 y aurait eu, dans ce cas, deux seigneurs du nom d'Artus de Pommeuse. L'un deux, signataires des deux chartesprécitées, devait être le frère de Perceval, condamné à mort sous Charles V; c'est lui dont l'épilaphe est rapportée par l'abbé Lebœuf d'après la GaUij christLina (col. (rjS).
Perceval et Artus auraient été, dans ce cas, les lils de
(I., 11 >"agit ici des Bordes que nous allons voir, par la .«uite, porter le nom de Borde-Morin et Borde-Fournier. Labbaye de Jarcy possédait, en effet, et a possédé jusqu'à la Révolution, des prés et terres, tenant à la Borde-Fournier {Xa borde Morin avait disparu depuis longtemps). Quant à la maison, dont il est ici parlé, il est impossible d'en fixer la place, nulle trace n'étant estée de cette construction.