SAINT-ÉTIENNE
Comment, Ici, ne pas citer l'abbé Lebeuf? C'est de nos historiens locaux, celui qui consigna le premier ses observations sur l'église, celui qui nous en a laissé la première description. Voici comment il s'exprime sur un sujet qui lui était particulièrement cher et connu :
L'église de Bric-Comte-Robert est sous le titre de Saint Etienne, premier martyr.
C'est un vaisseau dont ta plus grande partie est du XIII' sidcie ; il est accompagné de collatéraux. Le tout solidement bâti, élevé, éclairé, orné de galeries délicatement travaillées.
Le fond n'est pas à rond-point, mais se termine en quarrC ; il est orné d'un grand vitrage rond en couleur rouge, comme ceux de la Sainte Chapelle de Paris, et supporté par deux autres fenêtres oblongues également de la même couleur.
La tour est placée au bout occidental de l'église  l'angle du
Septentrion* à peu pr6s comme celle de Saint-Victor à Paris, sinon qu'elle touche au corps de Téglise. Elle e«t aussi du Xili* sidcle. Le défaut de Tédifice est qu'on ne peut tourner autour du sanctuaire. Le bas du portail est aussi du m 'me siècle, mais le haut ae parait avoir que cent ans ou environ de structure (i) aussi bien que quelques pilastres ext'irieurs des vitrages de la nef.
La tradition porte qu'une reine de France a hii faire quelques travées de la voûte de cette église (2).
11 y a quelques vitrages de chapelles du XV'l*-* siècle qui sont remarquables par leur coloris. Le dedans de cette église est fort embelli L'anniversaire de la dédicace s'y célèbre le di nanche après la Quasimo'io,
Après Lebœuf, Guilhermya dit de l'église de Brie-Gomte- Robert :
L'église paroissiale seule a traven^è une longue suite danoèes sans avoir beaucoup à souffrir des injures du temps ou du vandalisme des hommes. Les parties les plus anciennes de ce remarquable monument remontent au commencement du XllI* siècle ; les trois siècles suivant y ont apporté Uur contingent. Tel qu'il est cependant, il a g^rdé dans l'ensemble, sinon dans les détails, son caractère primitif de majestueuse unité. Le mur oriental (le chevet) est encore percé dune éclatante rose à compartiments dont les vitraux à peu près contemporains de ceux de la Sainte-Caapclle à Paris, représentent le Christ, les apôtres et les occupations des douze mois de l'année. D'autres verrières placées dans les chapelles latérales sont l'œuvre du XV^l' siècle. Cette belle église de Brie ne parait avoir été jamais riche en monuments épigraphiques.
Ces deuxcitationsempruntées, l'une à une historien, Tautre à un archéologue, deux érudits écrivant à plus d'un siècle de distance, se corroborent si bien l'une l'autre qu'il m'a paru utile de les rapprocher. L'historien, plus sobre dans ses appréciations, l'archéologue se laissant aller à son admiration conviennent tr)us les deux à appeler l'attention sur cet éditîce relativement bien conservé qui nous reste comme un témoignage de l'art au moyen i\ge.
I/égli-se Saint-Ktienne de Brie ne nous apparaît pas comme d'autre, véritables dentelles de pierre, où le ciseau du sculpteur elïace presque l'œuvre de l'architecte, tant son
(I; Lcbeuf écrivait en 1745.
'2/ Lebeuf fait ici allusion à la reine Jcann« d'Evreux.
bÈ BRlfe-COMffe-kOBÈRt 44 î
œuvre éblouissante accapare les regards et ravit d'étonnemenl. C'est une œuvre architecturale par excellence, peutêtre un des p-oduits les plus purs de Técole de Tlle de France cette terre « où nos premiers artistes ont puisé leurs plus hautes aspirations. » Par une irrégulière bonne fortune, comme le fait très justement observer Guilhermy, l'église de Brie a gardé, dansTensemble, son caractère primitif de majestueuse unité.
C'est là ce qui frappe au premier aspect Soit à Textérieur, soit à l'intérieur, la conception première de l'édifice se révèle d'abord avec sa grandiose simplicité et sa merveilleuse combinaison des lignes. La main des siècles subséquents se retrouve lorsqu'on en étudie les détails, mais Ton sent que la pensée primitive de Tartiste régna toujours en maîtresse, même alors que les formules des nouveaux constructeurs tendaient à s'en éloigner le plus.
On conçoit que je ne veuille pas-faire ici une description architecturale que d'autres ont d'ailleurs tentée non sans succès. MM. Aufaure et Fichot, en i858, plus récemment M. Blondeau, architecte des monuments historiques, ont, à ce point de vue technique, étudié |e monument dont s'enorgueillit la ville de Brie-Comte-Robert. Je n'aurai garde de les suivre sur un. terrain qui leur est particulièrement familier me pronlettant bientoutefois de recourir le cas échéant, à leurs intéressantes observ^ations (i).
Il semblerait,'à lire les chapitres qui précèdent, que l'église
(i) Je sais que Ni. Danjoy, architecte, eut l'intention de faire un travail sur l'église de Brie-Comte-Robert. M. Camille Bernardin, me communiqua, à cet égard, en 1894, la correspondance suivante :
«Je m'occupe, en ce moment, d'un travail sur l'église de Brie-Comte-Robert, écrivait M. Danjoy en mari 1874 à M. Camille Bernardin, pour le compte de la commis^lon des monuments historiques. J'aurais désiré faire une notice sur l'historique de cette église en mentionnant les phases architecturales par lesquelles elle a passé. J'ai cru pouvoir compter sur votre bon vouloir pour m'indiquer dans quel ouvrage je pourrais puiser quelques renseignements.... a
« Les renseignements les plus complets sur l'architecture de l'église de Brie, répondit M. B rnardin.se trouvent dans le grand in-folio intitulé les Mê-yaments de Srine-et-Murne par Amédéc Aufaure et Charles Fichot (pages 47 à 54)... Vous pouvez consulter aussi, en même temps, VHiitoire du Diocèse de 'Paris par l'abbé Lebeuf... Ces documents les pluscomple s sont très courts et contiennent bien des omissions et des erreurs historiques que j'ii pu facilement contrôler.... »
O voit que, même en ces dernières années, rien n'était venu ajoutera l'étude si substantielle, en vérité, faite par l'abbé Lebeuf au cours du i8« siègle,
44^ HJStOIRÈ DE LA ViLLË
Saint-Etienne n'existât pas aux siècles antérieurs, car je n'en ai point parlé jusqu'ici. Je me suis borné, en reproduisant des documents intéressant Thistoire de Brie, à mentionner la présence de deux curés et par conséquent de deux cures (i). J'ai été ainsi amené à établir l'existence de deux monuments religieux, à étudier leur emplacement, et à désigner leur vocable respectif. Celui de Téglise Notre-Dame, la petite église, comme on l'appelait, était resté jusqu'à présent inconnu. Ni l'abbé Lebeuf, ni Félicien Pascal, ni Michelin ne l'avaient cité. Entin, en publiant les comptes de la reine Jeanne, il a fallu s'arrêter sur ce point que, au XIV* siècle, les deux églises de Brie se distinguaient aussi par les appellations : « l'ancienne et la nouvelle église » et il ne m*a pas été difticile de prouver que la petite ou ancienne église ne faisaient qu'une tandis que le qualificatif de nouvelle église était donné à la grande ou à Saint-Etienne,
Il est clair que le vaisseau de cette dernière fut reconstruit ou agrandi puisqu'au XIV^ siècle, cette église était qualifiée de neuve par opposition avec l'autre dénommée le viez mousfier.
Quel était le monument qui précéda celui que nous avons sous nos yeux ? Où était-il situé ? Telles sont les premières questions qui se posent en interrogeant le passé de Brie.
Je prie le lecteur de se reporter à ce que j'avançais dans un chapitre précédent au sujet de l'évangélisation de nos contrées (2), On en inférera que l'église Saint-Etienne devait être placée, dès cette époque, non loin du sanctuaire dédié à Notre-Dame et à mon avis, en effet, l'édifice qui fut remplacé par Tégiise actuelle s'élevait sur tout ou partie de remplacement de celle-ci, Peut-être y eut-il sur ce point auparavant une construction primitive, qui aurait vu le miracle dont parle Saint Kortunat. et qui, au temps de désolation des 9* et K>' siècles, aurait été ruinée. De celle-ci, si elle exista, rien ne nous est resté. Avons-nous quelques traces de l'église,
Jj> V. p. 174 et 175.
2, V. p. 12 ot «.uivante»,
t)Ê BRiË-dOMTË-RÔBËRT 44^
dont Texistence avant Téglise actuelle ne saurait faire doute ? Je réponds que ce ne serait pas improbable.
Il est une remarque à faire. Sur la façade occidentale de Téglise, à droite de la porte principale, est une tour à pans coupés et dont les matériaux à la base paraissent très anciens. Cette tour ou clocheton, qui n'a du reste pas son pendant, sur la façade en question, était autrefois désignée sous le nom de tour ou clocher Saint- Etienne, On conviendra qu'il est au moins curieux que le nom du patron de Téglise ait été ainsi donné à une tourelle *<ans utilisation autre que de servir d'accès à la tribune de l'orgue et aune galerie du triforium. Et la question se pose ainsi.
Pourquoi, à Brie, en construisant, de toutes pièces, une église neuve n'a-t-on pas, commeailleurs, placé le clocher sur la façade occidentale en utilisant son escalier nécessaire pour accéder aux tribunes et galeries ? Pourquoi le clocher a-t-il été placé à l'angle des deux façades septentrionale et orientale ? Pourquoi aurait-on placé, en même temps, contrairerement â ce qui se faisait d'habitude, un clocheton sur la façade occidentale uniquement pour monter aux tribunes >
Il est bien difticile de répondre à ces questions qui, forcément, se posent néanmoins lorsqu'on examine le monument.
Je propose une solution à ces difficultés avec toutes les reserves possibles, avec le seul désir surtout que mes réflexi ^ns puissent aider à faire la lumière sur les singularités que j'ai énoncées.
Si, par exemple, la tour ou clocher Saint- Etienne — tour qui est sur la façade occidentale -^ existait au moment où on commença îi bâtir le monument actuel, on pourrait peut-être s'expliquer, en grande partie, la pensée à laquelle a obéi le constructeur. Or, il ne serait pas impossible que cette tour, Jite Saint-Etienne, fût antérieure à l'église actuelle. Qu'on ne se méprenne pas, ici, sur ma proposition. Il est bien entendu que je ne soutiens pas, contre toute évidence, que cette tourelle fut debout, à cette époque, telle que nous la voyons aujourd'hui dans toute sa hauteur. Si le constructeur l'a utilisée, il ne Ta fait qu'en la réédifiant sur sa base ancienne, et
444 histomfe DE LA ViLLÈ
ce serait cette base que j'estimerai être antérieure à Tédifice actuel.
Je tenterai d'avancer que cette tourelle était le clocher de Téglise Saint-Etienne remplacée par celle entreprise au XIIl* siècle. Cela expliquerait pourquoi le nom de tour Saint- Etienne lui serait resté. Précisément, je trouve, non loin de Brie, à Jarcy, une disposition à peu près semblable. Sur la façade occidentale de la chapelle de Jarcy, à côté de la porte d'entrée, se dressait aussi une tourelle, à pans coupés, d'un diamètre et d'une construction similaire à la notre. N'y a-t-il pas là un rapprochement à faire (r) ?
Il paraîtrait assez admissible que, là même, s'élevait la précédente église Saint-Etienne. Elle n'avait pas les proportions de l'église actuelle et tenait, à coup sûr, beaucoup plus d'un modeste oratoire que du majestueux monument qui lui a succédé. Mais ses dimensions modestes étaient en parfaite harmonie avec la densité de la population, à l'époque, étant donné qu'il existait à côté un autre oratoire, celui de Notre- Dame, et un peu plus loin sur l'îlot qui devait, plus tard, porter le château, le baptistère de Saint-Jean, transformé en chapelle, Je mentionnerai qu'en creusant récemment pour établir un calorifère sous l'église actuelle, on a trouvé des ossements humains assez avant sous le sol de la nef, méridionale au droit du clocheton ou tour Saint-Etienne ; indice évident, d'un cimetière qui venait probablement toucher le chevet de la première église Saint-Etienne. J'irai même jusqu'à me demander, dans cet ordre d'idées, si la porte qui ouvre sur la façade méridionale de l'église actuelle, ne faisait pas partie de l'édifice antérieur. Elle détonne, dans tous les cas, singulièreriient avec celles des autres façades et son aspect semblerait militer en faveur de mon hypothèse.
Si on souscrit à Celle-ci et qu'on veuille bien admettre que la précédente église Saint-Etienne fût placée là où s'élève le
( I ) l.abbé Lebeuf. parlant de Jarcy, dit que le comte de Toulouse et son frère traitèrent avec Etienne Tempier. évêque de Paris, avec l'archidiacre de Brie et le curé de Gercy pour que le couvent (de Jarcy; fut établi proche l'église de la paroisse et que cette igliie devint celle df l'ab^re Cet accord est de 1260. L'église de Jarcy existait donc avant cette date et était certainement fort ancienne. L'abbé Lebœuf établit, en effet, que la paroisse de Jarcy existait certainement «u XU' siècle, et même avant,
clocheton dont je viens de parler, ce qui, en soi, n'a rien d'improbable, il est facile de comprendre ce qui a pu se passer lorsque fut décidée la construction de Téglise nouvelle. La première pensée fut certainement d'englober dans celle-ci l'édifice déjà existant. Ce faisant, il fallait le conserver debout, pour les exercices pieux, jusqu'à ce que le service divin pût être célébré dans l'autre. De là, première nécessité de ne pas y toucher, tandis que, plus loin, commençaient les travaux de l'église nouvelle. Ce fut, peut-être cette considération qu^ fit placer le clocher de l'église là où il est. J'ajoute qu'il ne serait pas impossible aussi que l'architecte ait eu la pensée d'utiliser les substructions de quelque ancien ouvrage romain ou gallo-romain dont la présence en cet endroit ne serait en rien extraordinaire. Au surplus, Téglise de Brie n'offre pas l'unique exemple du clocher placé comme nous le voyons. Sans parler de Melun dont les deux clochers enserrent, en quelque sorte, l'entrée du chœur, comme cela existait à Saint-Germain-des-Prés, la disposition que nous observons à Brie se retrouve ailleurs. A Gonesse, à Longjumeau, à Wissous, ainsi qu'à Saint- Victor-de-Paris, pour ne citer que ces églises, il en est de même. Cette ordonnance architecturale paraît ainsi moins surprenante, soit qu'elle ait été commandée par les circonstances, soit qu'elle fût regardée, à ce moment, comme classique.
Il est donc parfaitement certain que l'ancienne église Saint- Etienne, devenue trop petite ou peut-être menaçant ruine, on ait songé à la remplacer par un édifice plus vaste Lorsque Brie parvint en des mains de seigneurs appartenant à la famille royale, l'ancien oratoire dût paraître peu en harmonie avec la situation nouvelle du pays. D'autre part, l'accroissement indéniable de la population, l'extension de la ville, extension dont j'ai donné plusieurs preuves, expliquent très aisément la nécessité qui s'imposa d'édifier une nouvelle église.
Les travaux durent commencer dès les premières années du XIII'' siècle : mais ils furent à coup sûr menés avec une extrême lenteur. Il est certainement très difficile d'assigner une date exacte à la mise en œuvre du monument. On ne
peut faire là-dessus que des suppositions Mais, comme l'indique la construction elle-même, comme il était d'habitude du reste de le faire, c'est dû côte du chevet et par la tour du clocher que Ton commença. Il ne peut y avoir à cet égard aucun doute. Les piliers du chœur, leur base, ornée des quatre g ides symptorriatiques, leurs chapiteaux vigoureusement traités, mais dont les crochets n'ontpas, encore la hardiesse des années postérieures et nedépassent pas, ou ne dépassent que de peu, la. bande du tailloir, sont caractéris* tiques. Nous sommes, là, dans les premières années du XIII* siècle.
Les motifs d'ornementation des chapiteaux, empruntés à la flore locale, particulièrementà la vigne, au trèfle, â i'ancolie ou même à des plantesaquàtiques, comme le nénuphar, nous sont une indication de plus à cet égard. Je n'insiste pas autrement sur des détails d'architecture qui ont fait ou feront l'objet d'études spéciales des hommes de l'art, (i)
Je relève seulement, au point de vue historique, la date probable à laquelle commença la construction de i'édiliceet je poursuis en émettant cette proposition que l'on dut, tout d'abord, par les fondations et les premières assises, tracer le quadrilatère qu'il devait occuper. Il semble même que l'architecte ait voulu jeter sur le sol son plan général, sauf à en exécuter les diverses parties, en élévation, plus tard. En elTet, les bases des piliers du vaisseau sont également à griffes. comnie celles du ohœur et portent comme elles l'empreinte bien caractérisée du XiIT' siècle. M. Blondeau (2), qui a été frappé, comme moi, par cette particularité, estime que les piliers dressés' sur ces bases, « devaient faire suite à ceux du
chœur et ont été refaits ou réparés. » Je crois, pour ma part, que l'architecte jeta du premier coup le tracé de tout son édifice, qu'il attaqua le clocher et le chœur, ainsi que cela se pratiquait habituellement et que, postérieurement et aux époques successives, les constructeurs, dont quelques-uns témoignent une main peu habile, bâtirent sur ces premières
(1) Bulletin de la société d'histoire et d'archéologie de Brie-Comte-Robert.
(2) Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie de Bric-Comtc-Robert.
bE BRI1>C0MTE-R0BER 447
assises, soit en copiant ce qui avait été fait, soit en obéissant aux idées nouvelles en architecture, mais en se trouvant obligé de les plier à l'ensemble général.
C'est même là je crois, ce qui a donn ) à l'église de Brie- Comte-Robert cette apparence d'unité majestueuse, dont parle Guilhermy, mg^jgré rapf)ort architectural de trois siècles, aux tendances; assez éloignées les unes des autres.
Une question se pose, ici, sur laquelle M. Blondeau a très justement attiré l'attentjondeses lecteurs, malheureusement sans y répondre. « Lp chevet (de l'église de Brie-Comte- Robert), dit-il, par une irrégularité qui serait intéressante à chercher, se termine par un prgnon droit, tandis que dans les autres églises contemporaines, les chevets formant le chœur, sont généralement de forme circulaire.» Il se pourrait peut-être, que primitivement, l'architecte ait eu l'intention de faire un chevet circulaire et que son plan ait été modifié par la suite, soit par raison d'économie, soit faute de place. Cependant, est-il constant que l'habitude fut à l'époque de faire des chevets circulaires ? On pourrait, au contraire, citer plusieurs églises de l'époque qui se terminent par un mur droit. Je citerai, au hasard, l'église de Champagne, celle de Beaumont-sur-Oise, qui, toutes deux, se rapprochent beaucoup de l'église Saint-Etienne et dont les architectes semblent s'être inspirés de N.-D. de Paris, les églises de Saint- Gernîain-de-Charonne, de Wissous, de I on'gjumeau. Ce n'était donc pas une règle absolue pour les constructeurs du XIIP siècle de terminer le chœur en abside avec rond-point. J'ajoute que, peut-être, l'architdcte qui traça Je monument obéit, en adoptant cette disposition, à une pensée que provoque l'aspect de l'égliue. La nef, malgré ses harmonieuses proportions, laisse échapper, déjà, son peu de largeur qui donne d'ailleurs à la voûte un remarquable et gracieux élancement. La terminaison circulaire eut, à coup sûr, rompu l'harmonie générale de l'édifice en amincissant, par la perspective, la largeur du vaisseau central, et en imprimant ainsi à l'ensemble un caractère grêle qu'il n'a pas. Du reste, nous ne saurions regretter le mur droit du chevet, surtout s'il était remis en l'état où l'avait imaginé l'architecte primi.
42f8 HISTOIRE DE LA VILLE
tif. Avec SCS trois fenêtres du bas (i), la galerie à jour de 1 étage supérieur (2) et sa magnifique rosace par dessus, ce pignon devait être un véritable éblouissement de tons chauds, comme un embrasement qui devait splendidement irradier l'édifice entier (3) et en faire jaillir les lignes dansune flamme d'ardente poésie, cette sœur aînée de la prière.
Je disais, plus haut, à propos de Notre-Dame de Paris, que l'érection de tels monuments ne p- »uvait se faire uniquement» comme on le croit dans le vulgaire, avec le travail purement mécanique des serfs et des corvées. Les faits sont là qui le prouvent. Le long temps généralement mis à construire ces édifices merveilleux est la preuve des difficultés matérielles que l'on rencontrait et la principale était la question d'argent. Combien ce que j'avançai pour l'église Notre-Dame doit être vrai pour Téglise de Brie-Comte-Robert. A Paris, la munificence royale, celle des riches bourgeois et le concours assurément très large du Chapitre ne permettaient pas de construire la métropole en moins de trente ans. On mettait ailleurs, comme à Chartres, des cinquante ans à ériger un monument de cette nature, cela dans des centres riches ou aisés.
A Brie, avec des ressources moindres, avec des moyens plus restreints, la construction devait marcher bien plus lentement. Nous en avons la preuve en rapprochant la date de la mise en place des premiers matériaux et celle de la dédicace. Je ne veux pas. dire qu'au point de vue rituel, la dédicace fut absolument nécessaire pour célébrer dans l'église, nouvellement construite, le service divin ; cette consécration, pourtant, marque une sorte de terminaison dans les parties principales de l'édifice. Du reste, une preuve écrite
(I) Malheureusement aveug'èes depuis la fin duiS' siècle.
{2} Les vitraux de cette galeiie ne sont point parvenus jusqu'à nous. Une restauration qui ne semble pas s'être suffisamment inspirée des tons éclatants de la rosace a mis a la place de vitraux sans beaucoup d« valeur, paraît-il. une sorte de grisaille colorée qui ne produit pas le plus heureux effet. Il serait, dans tous les cas, utile puisque on se proppse de créer un musée à Brie d'y placer les vitraux descendus de cette galerie en les plaçant à l'exposition la plus favorable. Les caisses de ces vitraux sont, m'a-t-on dit, au presbytère. .
(3) M ne faut pas oublier que le plan primitif ne comportait pas de chapelles latérales dans les bas-côtés. CeuX-ci auraient du. alors, uniquement être éclairés par des petites fenétrrs lancéolées dont il nous reste un type.
nous dit que l'église Saint-Etienne était considérée comme neuve, comme récente, dans la seconde moitié du XIV** siècle. Cette preuve, je l'ai administrée, au cours de l'examen des comptes de la reine Jeanne. C'est là une expression dont nous devons tenir compte dans la question.
Ces données me conduisent à croire que l'église Saint- Etienne fut plutôt l'œuvre de la bourgeoisie et de la population briarde. Sans doute, les seigneurs du pays durent concourir a ce travail, mais l'elTort principal, TelTort continu me parait avoir été fait uniquement par les habitants. Absolument rien, d'ailleurs, ne nous est resté d'une participation quelconque du seigneur dans les dépenses engagées. Même dans les comptes de la reine Jeanne, il ne se trouve pas une ligne, pas un article ayant traita une coopération, voire temporaire, à l'œuvre commune. Nous aurons plus loin, il est vrai, à parler de ses dispositions testamentaires envers la fabrique, mais il n'y a là que l'institution d'un service relig-jeux dont elle assure l'exécution par une rente appropriée. Je crois bien, toutefois, que des dons, des libéralités furent faites par les seigneurs pour aider à l'érection du monument. II me paraîtrait invraisemblable qu'il en fût autrement. Cependant—- et j'insiste sur ce point — la construction de l'église Saint-Etienne fut entreprise et menée à bonne lin par la population. C'est là, à mon sens, ce qui explique la lenteur des travaux, mais c'est aussi, je crois, une des causes, en dehors de celle que j'ai énoncée plus haut, qui lit l'unité relative qui présida à leur exécution et à leur achèvement, de siècle en siècle. Le corps des marguilliers, dépositaire certain du plan primitif, devait en maintenir, jalousement, la tradition contre les novateurs.
Nous savons la date exacte de la dédicace de l'église. Elle eut lieu le dimanche après la Quasimodo (c'est-à-dire le deuxième dimanche après Pâques) l'an i363. Lebeuf dit d'ailleurs que « l'anniversaire de la dédicace s'y célèbre le dimanche après la Quasimodo ». Il nous reste, d'ailleurs, un monument de cette solennitéc On le trouve dans un Inventaire