HISTOIRE DL LA VILLE
Saint-Jean. Cet ouvrage défendait l'entrée de Tilot qui de tous les autres côtés se trouvait protégé par une large ceinture de fosses naturels ou artificiels.
Nous verrons postérieurement que, jusqu'au milieu du XIV" siècle, il y eut sur ce point particulier des habitations particulières.
Je ne crois pas trop m'avancer en disant que le vicus de Fortunat ou le bourg de Louis-le-Débonaire, se resserra sur cet étroit espace. Il ne mesure pas plus, il est vrai, tel qu'il se présente aujourd'hui à nos yeux, de cent mètres sur chaque face de son carré régulier, mais peut-être, avant d'avoir cette régularité, embrassait-il une étendue plus considérable, quoique moins nettement définie.
Dans tous les cas, rappelons-nous que l'Ile de la Cité, à Paris, qui renfermait, à cette même époque, la ville principale de la royauté Mérovingienne, ne mesurait pas plus de 740 mètres de long sur une largeur moyenne de 25o mètres, et il s'y trouvait le palais royal, les églises Saint-Etienne, Notre- Dame, le baptistère Saint-Jean-le-Rond, et au milieu une place destinée au commerce.
Il faut d'ailleurs considérer l'îlot de Brie comme un lieu de refuge servant, en cas d'alerte, à abriter la maigre population qui pendant ces temps tourmentés se hasardait au dehors à cultiver les champs dans un rayon restreint. La place destinée au commerce, le marché, quand les guerres P^'rmettaient sa tenue, était également en dehors de cette enceinte. Il y a même lieu de croire que les sanctuaires élevés par les premiers évangélisateurs, très vraisemblablement au lieu où se trouve encore aujourd'hui l'église du pays, au moins par respect pour la tradition, n'avaient pas changé de place. On a trouvé (i), en elïct, tout dernièrement en exécutant certains travaux dans le sous-sol du chevet de l'église, des traces ipdéniables de sépultures qui paraissent remonter ^'époque Méroving'ienne, à en juger par les fragments de
• 'J V. Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Bric-Comte-Robcrt (tome i.
poterie qui accompagnaient les squelettes. Obsen^ation a noter : à côté de squelettes assez régulièrement rangés à côté desquels étaient placés des vases contenant encore des restes de charbon à moitié brûlé, il s'en trouvait d'autres étrangement disposés. Ils se présentaient manifestement la tète en bas, comme s'ils avaient été culbutés, jetés la tête la première, dans une fosse hiitivement comblée. Les premiers avaient donc été ensevelis avec tous les rites funéraires en un temps de paix et de tranquillité comme il convient dans un cimetière où une population vient de longue date enfouir ses morts. Lqi position extraordinaire des seconds laisserait indiquer que la cérémonie s'est accomplie avec précipitation, sans doute parce qu'elle était troublée par quelque pressant danger.., témoignage inattendu de l'insécurité qui régnait alors dans le pays.
L'existence avérée de ce cimetière permet de supposer que l'église, l'église où Saint-Germain accomplit son miracle, était tc)ut proche.
Quoiqu'il en soit, on peut, sur ces données se figurer, à cette période, l'état du pays. Sur l'îlot, dont j'ai parlé, se dressait le viens, plutôt lieu de refuge que de séjour permanent ; à deux cents mètres environ, là où aujourd'hui se dresse l'église, était placé le sanctuaire chrétien primitif avec snn cimetière. Aux alentours, mais à très courte distance s'échelonnaient quelques exploitations agricoles qui disputaient faiblement à la forêt le terrain que celle-ci avait en partie reconquis. Entre le sanctuaire et le viens, la Bradij ou Braida, le campus suburbamis où se réunissait le marché, où il se réunit encore aujourd'hui.
Les habitants de Brie purent, après les désastres du V" siècle respirer avec Dagobert et (^harlemagne ; mais ce ne fut qu'une éclaircie dans cette période calamiteuse. Après Dagobert, les convulsions de la dynastie mérovingienne ne contri buèrent pas peu à anéantir les ressources du pays, et après Charlemagne, l'incapacité de ses faibles successeurs, d'une part, les Normands de l'autre, mirent le comble à la ruine
publique. Hélas ! ce n'était pas tout. A ces fléaux, vinrent s'ajouter les déprédations des seigneurs.
« La propriété particulière et libre, dit M. Alfred Maury ( I ), disparaissait chaque jour pour faire place à la domination seig-neuriale. En dehors des forêts du domaine de la Couronne, ou possédées par des abbayes auxquelles elles av^aient été concédées, le reste était graduellement employé dans le domaine seigneurial. »
Un des abus les plus odieux dont le cultivateur eut à souffrir fut le droit de garenne. Ce mot de garenne ou Warenna est dérivé du mot germain Waren, (défense, interdiction). Championnière a dit que « l'établissement des premières «rarennes n'est que la continuation des ravages de la conquête, mais plus odieux que les incendies et les meurtres» (2). Le seigneur qui usait du droit de garenne ne s'appropriait ni le sol, ni le tteuve auxquels s'appliquait sa défense de chasser ou de pêcher. « Il se bornait à s'y réserver les avantages de la chasse et à empêcher tout travail pouvant nuire à la propagation du (gibier. Cette interdiction avait pour effet d'entretenir et de favoriser la présence des bêtes fauves et des animaux nuisibles qui pullulaient souvent au point que les paysans se voyaient souvent réduits àabandonner la culture et à émigrer ailleurs, désertion dont le seigneur profitait pour s'emparer du territoire. » (3)
On se rend compte de l'horrible situation des habitants de Brie devant les ruines fumantes de leurs chaumières, en temps de guerre, et, en temps de paix, chassés, par les animaux féroces, du terrain sur lequel ils vivaient et que confisquait à son prolit le seigneur (4). Le vicus dont j'ai parlé plus haut qui pouvait les abriter contre les gens de guerre ne suffisait plus à les défendre contre les exactions seigneuriales. Mais ces htjmmes courageux ne désespérèrent pas.
i\j Op. cit.
(2) 'Du droit du riverain à la propriété des eaux courantes (1845, in 8').
■ ?^ Mathieu-Paris Chronic, i22f, trad. par Huillard-Bréhollcs (tome II!, p. 285).
(4j Le vilhge de Varennes (S.-ct-O.) aux portes de Brie, la Varcnne de Viliemeneux dont parient plusieurs titres soDt la preuve que l'épouvantable droit de garenne désola le sol briard*
5o HISTOIRE DE LA VILLE
N'y a-t-il pas dans 1 ame du cultivateur une sorte de lien invisible qui l'attache à cette terre dont il est momentanément dépossédé? Peut-il abandonner son champ qu'il arrosa de ses sueurs ? Certes, s'il en fut qui, pris de désespoir, s'enfuirent du pays sans esprit de retour, émigrant définitivement dans les cités environnantes, et surtout vers Paris qui déjà exerçait son attraction autour d'elle, il en fut aussi, de cœur plus résolus, d'espérance plus nourris, qui demeurèrent quand même, cherchant sur ce sol dévoré un abri pour traverser l'orage.
Peut-être même, malgré tout, malgré les bandes armées, malgré les violences seigneuriales, malgré les calamités de toute nature qui pleuvaient autour d'eux, fùt-il de ces héros obscurs de la terrequi conduisaient sereinementleurcharrue, essayant encore de travaillera l'abri des haies naturelles que la foret faisait renaître autour d'eux ou qu'ils créaient euxmêmes, pour s'enclore comme dans les bocages du Poitou et de la Vendée.
Faible barrière qui ne pouvait protéger ni la famille, ni les réserves agricoles, ni les bestiaux du paysan, puisque l'ilôt des Fontaines, celui sur lequel vivait encore une population misérable n'était même plus un lieu de sûreté contre les ennemis de toute sorte qui la guettaient. C'est en la terre seule que le paysan eut confiance. Son amour pour elle lui enseigna qu'elle devait le protéger et Bradeia devint, comme en beaucoup de lieux, une ville souterraine. Les anciennes demeures troglodytiques se virent envahies par la foule des proscrits et des paysans. Ne pouvant élever sur le sol une chaumière qui pût résister aux envahisseurs et aux bandits, ils agrandirent ces retraites d'un autre âge, creusèrent des réduits où ils s'enfermèrent pour trouver au moins quelque sécurité.
Tout le monde sait qu'il existe un Brie souterrain. Il n'est pas douteux que les galeries que l'on connaît ont servi à autre chr)se qu'à l'extraction de la pierre ; un autre travail se fait sentir dans ces méundr(\s obscurs, ctt.mnement de beau-
coup, qui témoigne d'une idée générale appliquée pendant de longues années, peut-être même pendant plusieurs siècles. C"e n'est que d'hier qu'on s'occupe de repérer ces voies qui s'engagent sous le sol, présentant parfois un double étage qui déconcertent ceux qui les découvrent. Rien ne sera difficile que d'arriver à fixer leur emplacement, car une fj^rande partie, éboulée, comblée, disparue empêche toutes recherches continues. Mais du peu que l'on connaît, on sent comme une direction, comme une sorte de plan préconçu dans les couloirs que le hasard a fait découvrir. 11 semblerait que deux artères principales, ayant ou à peu près leur point d'origine vers le Petit Louvre, c'est-à-dire à l'endroit où l'ancienne route de Paris se sépare de la nouvelle. — non loin de la Pierre Marchande — se propagent vers l'Est, chacune d'entre elles suivant les versants <»pposés de la cuvette de Brie. La première, sous le versant Nord irait débrjucher vers Belle-Fontaine et serait dans une certaine mesure parallèle à l'ancienne route de Paris ; la seconde, creusée sous le versant Sud, se dirigerait vers l'ancien hôpital et aurait son débouché vers le chemin des Vignes entre la route de Melun actuelle et la rue des Fours-à- (>haux.
En l'état actuel des observations, il est impossible de rien préciser à cet égard et je ne peux que coordonner des indications qui m'ont été fournies de divers côtés. S'il n'y a que présomption sur les données qui précèdent et au sujet de la direction des voies qui viennent s'embrancher sur les voies regardées comme principales, il y a certitude sur l'existence de ces souterrains dont quelques-uns, parcourus sur une assez grande longueur, montrent quelquefois des travaux de Soutènement soigneusement exécutés. Il ne serait pas impossible que dans les siècles postérieurs, notamment au XIVs quelques-uns de ces souterrains, connus et encore dégagés, aient été employés et consolidés pour assurer et faciliter leur parcours.
A mesure que les habitants de Bric cherchaient dans le
r2 HISTOIRE DE LA VILLE
sol un refuge crmtre les maux qui les menaçaient, ils s'iso- 'aient peu a peu du reste du pays. Comment voyager, cr>mment se rendre d'un lieu habité à un autre, même à courte distance, lorsque les environs du malheureux vicus, que Frirtunat appelait Bradeia, lorsque le vicus lui-même n'offraient plus qu'insécurité r
Les chemins qui desservaient autrefois Tantique marché s'étaient prr^bablement elTacés et s'étaient couverts d'humus. Dans la partie boisée, situéeau nord du ruisseau de Cornilli »t, la forêtavaiteu tôt fait d'envahir ces voies de communication, plutôt sentiers que chemins, et les traces en curent vite disparu. Mais dans la direction de Melun, vers ces plaines fécondes qu'arrose le rù des Hauldres, la disparition fut mr)ins complète. On en trouve, même, encore des vestiges enfouis sous le sol entre Réau et Brie tantôt à gauche, tantôt à drfiite de la route actuelle, à quelque distance : et, parfois, au mr)ment où les terres, fraîchement labourées, ne sont point revêtues de leur parure verdoyante, on peut, sur le sol, en suivre les méandres dans les pierres qui jonchent le sol, sur une longueur à peu près constamment égale, pierres que la charrue ne cesse pas de ramener à la surface. Ce sont bien là les chemins dont parle M. Rethoré ( i ).
« Des vestiges prononcés de voie romaine, dit-il en parlant de (>hoqueuse, subsistent encore couverts d'humus. Convient-il de rattacher ces tronçons à de grandes voies de communication mettant en rapport les cités éloignées les unes des autres ?
0 L'empierrement existe encore... arraché, ici, depuis une quinzaine d'années, là, recouvert d'une couche d'humus de trente centimètres. Des terrassements exécutés ( m t permis d'étudier la structure de la voie. Sa I irgcur ne dépasse pas 3'" K). VA\c se compose de deux lits bien distincts de pierre meulière du pays. Le lit inférieur est formé de petits blocs juxtaposés sur le plat et mesurant quinze à trente centimètres de côté sur dix à vingt d'épaisseur. Le lit supérieur se ccjmpose de
^i, Op. cit.
cailloux analofTucs à notre macadam, mais plus grc^s. Ces cailloux comblent les interstices des blocs inférieurs formant une couche variable ne dépassant pas quinze centimètres. Ivn raison de sa composition cette voie me paraît devoir être classée parmi celles de deuxième ou même de troisième < >rdre... »
("'est certainement à cette catépforie de voies de communication et non aux f^randes voies romaines dont M. Hugues a si bien étudié et tracé la direction dans le départemeut de Seine-et-Marne (i), que l'on doit rattacher les traces de chemins qu'on peut relever non seulement sur larivegauche de TYerres, mais encore sur la rive droite, notamment à gauche de la route de Melun, dans le champ de M. Weïss, précisément à l'endroit où des fouilles exécutées par MM. Bernard et Rousseau mirent à jour des tuiles romaines et révélèrent des traces de parties consummées par le feu.
Tout autour du vicus, ainsi replié sur lui-même, privé on peut le dire de communications avec le dehors, tout autour de ces malheureux habitants à peine en état de cultiver le sol à quelques cents mètres de leurs lieux de refuge, la forêt reprenait son empire recouvrant peu à peu les défrichements exécutés pendant la période romaine.
Du coté du nord, rien n'était changé, sinon que le domaine f<>restier s'était accru et étendu, s'il était possible. Au sud, la reconstitution de la forêt donnait naissance à ce qu'on appelait, à l'époque, les haies. « Le nom de haies, nous dit M. Alfred Maury, désignait non une haie, une enceinte comme aujourd'hui, mais une portion de forêt assez étendue. Elle tira son nom de la cl(">ture {ILiga ou haie) qui la circonscrivait » et, en un autre passage, M. Maury nous apprend comment se formaient ces haies. Les buissons associés à quelques baliveaux C( instituaient pour l'agerde chaque pagus, de chaque vicus, une enceinte naturelle. Les haies dont (>ésar signale la présence chez les Xerviens s'élevaient comme les témoinsdes forêts primitives dont elles étaient les débris.
( I : Op. cit.
niSTOIRl-: DK l.A VlLl-i-,
Si Ton considère que le mot g^arenne — tout en conservant la source que je lui ai donnée ci-dessus — avait, en mèmc temps, <>ri*2^inairement la même signification que forestelii du m(ii Jbt'esia (i), on peut, après ce que j'ai dit plus haut du droit de g^i^renne, après les indications qui vont suivre, se rendre compte des progrès que la forêt avait faits sur les terres précédemment défrichées.
J'ai pu établir sur le croquis (page 25) la situation approximative des établissements agricoles qui formaient l'ensemble de Brie à l'époque romaine. Ces établissements occupaient tout le versant sud du (^)rnillot, depuis la Pierre iMarchande jusqu'au (^ornillot. C'est précisément sur leur emplacement, rangés en demi cercle autour de l'églisq, que nous voyons s'étendre les haies et les bois (hafrjs et furestelLis) dont le souvenir nous est resté.
Kn partant du (]ornillot, nous trouvons la haie Guépin qui existait encore au XV" siècle et dont le chemin dit de la Haie (îuépin — faisant suite à la rue du Martinet — conserve la trace.
La rue appelée aujourd'hui du Martinet a porté le nom de rue des Beaupaires, et même des beaulx paires (2). Il est
'l ; M. Maury citr ri cet c^ard une charte de I20) où il est dit : a ForesUtla iltû qu^ garenna vocatur, etc., etc »
(2) Acte de Noc du 4 octobre 1608 (Ar,h. not. de (M Ca-nus, notaire à Brie-Comtî-Robcrt). « Balthasar Suraudun, masson. et Martine Reboursin vendent à Kstiennc C'erc, manouvrirr, deux travées de .ba>se mai>on. couverte de chaume, cour et jardin, assis sur la rue des beaulxpires qui est tendant de !•« porte de beau-Guillaume au giand moullin. »
Un autre acte de Dt'slojjes, en date du 22 mai 1626 (Jtude de M' Camus) nous fixe sur l'emplaeement du bois de Pierre ou beaulx-pères. « Jehan Reboursin, marchand thuilirr» bulle à titie de rente à André Lhoste deux travées de logi-i couvert de chaurpe, Hans Tune desquelles y n cheminée, assis au lieu dit la (lourl Ménard, autrement dit des B:aupaires. sur la grande rue tendant au Grand mou'lin, tenant dune part etc... et d'autre bout sur la ccur commune. »
Il faut chercher ce te (3ourt Ménard du latin curtii, espace découvert entouré de maisons d'habitation) a droite dans la rue du Martinet actuelle un peu avant d'arriyer au chemin des Vignerons. Hn ijV^. la court .V.énard était divisée en trois immeubles appartenant à Ftienne Merlin 14 perches 1,2 . François Merlin 20 percnes lii), Pierre Galpin (7 perche>!. Ce dernier touchait la maison, cour et jardin a Jean C'otret « faisant l'encognure de la rue de Laval Martinet) f.rmé de payes et sur le bord du sentier de* Vignerons du côt^è drr»ite entrant par la rue du Martinet ». La rue de Laval commençait au carrefour des rues Tanquard et du Martinet...
Il est a rennarq-jer à prop<i> de l'orthographe beaulx-pc'es ci-dessus, que dans un acte de Doguet du 24 décembre \Ht^ {itude de A/" Camui) le nom de porte de beau Guillaume est ainsi ortho^çraphié : rf« beaulx gmllaumes.
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DF BRIE-COMTË-ROBKRT ^.■>
impossible de ne pas voir, ici, comme pour le mot beaulx- ^uillaumeî>, Tétymologie fort nette de bosci peiri, le bois de Pierre. La rue des Saints-Pères, à Paris tire elle aussi son nom de l'église St-Pierre à laquelle elle menait.
Nous avons donc, là, au Cornillot, la preuve de Texistence d'un bois et d'une haie. Une autre rue de Brie qui jusqu'à la lin du XVIIP siècle s'est appelée rue du Boissanté, nom dans lequel j'estime voir Bosci sancii, aujourd'hui rue des Juifs, indiquerait l'ancienne existence à Fouest de la ville d'un bois qui devait s'étendre dans la direction de la garenne de Villeneuve. Dans ce cas, il était encadré par les hayes de Brie et la luye Dieu. Cette ceinture forestière trouvait son prolongement dans la haye Passard, les Saulces-la-Vieille, le chemin herbu, l'épinelle ouépinette,lesormeteaux, etc., etc.
De toutes ces données on concluera facilement à la décadence, sinon à l'effacement du vicus de Fortunat, du bourg de Louis-le-Bèguc. Combien de localités durent sombrer au cours de ces siècles calamiteux et combien peu ressuscitèrent du milieu de leurs ruines. Brie eut tout au moins la fortune de survivre aux désastres qui l'avaient accablée. C'est une période nouvelle qui va commencer pour elle, période dont l'étude pourra se poursuivre à l'aide de documents et sortira par suite en partie du domaine de l'hypothèse.
.l'ai essayù.diins lu fhapilrL- procùdo n i . d'ùuihlir IV-xislcnco, peut-ijtrc anLcromainc;, d'un centre d'habitat humain, sur I le Icrriinirc i>ù s'Olcvy atijimrd'hLii Briiî-I^nmlc-Robcrt. J'ufI' J ai pi'ursuivi les lltictuations diverses au cours des dix pre-""^ micrssit-'clcsde l'ère ch retienne et j'en cnnstatais l'elTacemcnt sinon la disparition au moment nù l'invasion des Normands, les luttes intestines des derniers (^aroling'iens, rafl'aiblissement de l'auturité centrale jetaient le pays dans des calamités aussi désastreuses que celles qui suivirent la conquête par les Francs et la disparition de l'empire romain. Néanm^iins j'ai réservé les indicatjiins rapides qu'il est bon de donner sur l; situation administrative de ce territoire pendantccttc longue
5^8 llîSTOÎRK DE LA VILLE
période, parce que ce n'est qu'à dater du XII* siècle que c^:^ ^^' période présente un certain intérêt.
Il importe de dire cependant, que ce territoire a suivi ^ fortune de Lutèce qui devint Paris dans la suite. Avant 'conquête par Jules César, il faisait partie de la Celtique (^^ ans av. J.-C). A la mort dWuguste (74 ans après J.-C), I ^ Celtique avait reçu, sauf une minime fraction, le nom d^ Lugdunaise ou Lyonnaise, dont faisait encore partie 1 ^^ territoire de Brie-Comte-Robert.
Au V* siècle, la réforme préparée par Dioclétien et exécuté"^ par ses successeurs, amena une division des ancienn grandes provinces. Le territoire de Brie, avec Paris, Melu Sens, etc., fut compris dans la IV' Lyonnnaise Sénonai±^ (Senonia).
Après l'invasion des Barbares du V' siècle le territoire Ti érigé en royaume avec Syagrius pour chef qui résidait soit Paris, soit à Melun.
11 est bien difticile de dire à quelle date exacte Paris et {> conséquent le territoire de Brie se soumit aux Francs. Il \^ ù cet égard au moins trois opinions que cite M. Longnon (C Ce qui est certain, c'est que Clovis posséda Paris et en fit capitale de son royaume au retour de son expédition vict rieuse contre les Visigoths (5()8) et qu'il y demeura dans 1 dernières années de son règne. Paris appartint ensuite Childebert (3 11-558). (2)
Après Clotaire et lors du partage qui eut lieu, Paris fu^ l'objet des convoitises de ses fils. Chilpéric s'y établit (56 f sans prendre l'avis de ses frères qui s'unirent contre lui et attribuèrent cette ville à Charibert, le plus âgé d'entre eu.K. A la mort de Charibert (SGy), ne pouvant accepter que Tun d'eux trônât à Paris, les trois lils survivants de Clotaire décidèrent qu'il serait fait trois parts de la Civitas parisiorum (c'est-à-dire du territoire des Parisiens) et proclamèrent la
il) Géographie de la Gaule au 17' siècle, par Auguste Longnon (Paris, Hachette, in-8*).
i'2) C'est sous le règne de Childebert que Saint-Germain, cvéque dont Fortunat a écrit l'histoire, monta sur le siège de Paris, en 555. C'est donc vers cette époque qu'il faut placer )ç miracle raconté par Fortunat et dont Brie aurait été le théâtre.
bË BRlË-COMtE-ROIŒRt T^()
neutralité du chef-lieu (i). Cependant Sigebert, d'abord, occupa Paris, puis Chilpéric qui y célébra solennellement la Pâques en 583.
Le traité d'Andelot, (587) mit Contran, roi de Bourgogne, en possession de Paris. A sa mort, Childebert demeura maitre de la cité parisienne, qui, après lui, tomba pour quatre ans au pouvoir du jeune Clotaire.
KnG.vj, les pctft8-flls de Brunehaut reprirent le dessus et la cité royale fut attribuée en entier à Théodoric II, le second des successeurs de Contran sur le trône de Bourgogne.
Dagobert réunit, par la suite, tous les royaumes francs en sa possession et devint ainsi maître de la dviias Parisiis. On sait qu'il donna à Tabbaye de St-Cermain-des-Prés, dite alors de Saint-Vincent, toutes les possessions du domaine royal à Combs-la-Ville et notamment le village lui-même (936). Après Dagobert, commence la décadence de la race mérovingienne que je n'ai pas à rapporter ici. Le territoire de Brie tlnit enfm, comme toutes les possessions franques, par faire partie de Tempire carolingien.
Mais lorsque disparut Charlemagne, la faiblesse de ses successeurs ébranla l'unité politique si longuement préparée et si chèrement achetée. Les grands fiefs concédés temporairement se perpétuèrent geignant en puissance et en audacieuses prétentions tout ce que le pouvoir royal perdait en autorité et en prestige. Une multitude de fiefs secondaires, créés surtout en vue de la guerre et dont le plus grand nombre datait des invasions normandes, s'érigèrent en maîtres et en seigneurs indépendants. La féodalité, en un mot, s'établissait sans craindre d'entrer en lutte contre la monarchie impériale. La défense du pays, abandonnée par l'impuissance des empereurs à l'initiative individuelle, avait
Ml Ce pa<lage laissa la cité et sa banlieue immédiate indivises entre les trois frères. Quant au territoire parisien, chacun joignit à ses états un tiers, .^'après la division suivante déter* minée d'ailleurs par !a jonction de la Seine et de la Marne : v* portion, à droite de la Marne et de la Seine : 2* entre la Marne et la Seine ; y à gauche de la Seine: La 4" portion entre la Seine et la Marne dut ainsi logiquement être attribuée à Sigebertf comme limitrophe de la ville de Meaux. alors unie au royaume d'Austrasie. Ce fut cette portion qui forma 1 archidiaconé de Brie, division religieuse qui subsista Jusqu'en 1790.
(yi Histoire de la ville
contribué à ce résultat tout autant d'ailleurs que le brig-andage, si bien qu'au X** siècle le pays était couvert de donjons et de forteresses où se cachaient trop souvent de rapaces et impitoyables bandits.
Dans les grands feudataires que créa la monarchie impériale et qui se lirent la part du lion, il en est un qui intéresse à un double titre Brie-Comte-Robert, d'abord parce que ses successeurs montèrent sur le trône, en second lieu parce qu'ils furent dès la lin du LV siècle les maîtres incontestés de la cité parisienne, devenue le duché de France. Ces grands seigneurs, qui portèrent le titre de comte de Paris, paraissent se rattacher à une branche cadette des Carolingiens par Rotrude qui épousa Gérard I*"', comte de Paris, en 747 ^^ mort avant 779.
D'après M. Joseph Depoix (i), la généalogie de cett famille, qui on le verra plus loin peut être considérée comrr^ ayant eu des intérêts à Brie-Comte-Robert, s'établirait comrT» suit :
Gérard I'', comte de Paris — et vraisemblablement le prc:: mier comte de Paris — avait épousé Rotrude, dame de Ruei
Son successeur serait l^égon qui épousa Alpaïde, lîlle d Charlemagne, et non de L(»uis-le-Pieux ou le Débonnaire comme le fait observer M. Depoix. (]e Bégon mourut le 2octobre SiG. II eut deux tils. L'ainé, Etienne, comte de Pariîv du vivant de son père, dont nous allons avoir à nous occuper et qui mourut entre 81 1 et 814, probablement sans postérité Le comté de Paris, après la mort de Bégon en 8j6, échut c son tils cadet, Leutard.
Leutard eut deux tils : Gérard (2) et Adalard. Gérard ayant
(1) Communication de M. Joseph D'poix, secrétaire géné-al de la Société historique di Vexin, au conjures des Sociétés Navantes f Séance du 20 avril 18971.
12,. M. Joseph Depoix voit dans Gérard, fils de Leutard, le célèbre Gérard ou mieux Girar de RouisiUon, le héro* dune chanson de geste du X'I' siècle qui porte ce nom. D'après lui Gérard épousa Berthe. fille d Hugues, comte de Tours, et sœur dBrmengarde, femme d« 1 eniotreur l.othaire, et ayant piis le parti de celui-ci contre Charles le (>hauve, il fut priv» c'u conïté de l'aris en 841. Il est certain que la chanson de geste raconte les guerres sans lii entre Thu-rry d'Ascane et Girart de Roussillon ; niais le roi de France, appelé ici Charles Martel bien que l'auteur ait visé ("harlcs-le-C hauve embrassa le parti de Thierry. La lutt' trst alors entre Girard et la royauté. Girard et sa femme Berthe doivent prendre la fuite et S'
DE BRIE-COMTE-ROBERT Gl
pris le parti de Lothairc, son beau-frère, contre Charles-le- Chauve, fut privé du comté de Paris, en 841, et fut remplacé par son frère Adalard.
Il est fort probable qu'une tille de Leutard, sœur de Gérard eld'Adalard, épousa (Conrad, tils de Welf et frère de Judith, femme de Louis-ie-Débonnaire ou le Pieux. Ce Conrad qui pnriait par cette alliance le titre de comte de Paris, se remaria avec Adélaïde, tille issue du premier m.iriage de Louisle-Dvibonnaire, devenant ainsi, commj Ta fait observer M. Foncemagne (i) à la tois l'oncle et le beau-frère de Charles- Ic-Chauve. Conrad mourut vers l'an 85o, laissant le titre de comte de Paris à Eudes, tils de Gérard et delà tille dellug-ues, comte de Tours, et frère d'Ermentrude qui se maria avec Charles-le-Chauve. Eudes était, en etïjt, comte de Paris en
Mais Adélaïde, veuve de Conrad se remaria avec Robertle-Fort (2) que d'aucuns ont considéré comme le lils de Richier de Heau^^encv^ et di la tille d'un boucher nommé Simon. Ce Robert-le-Fort avait toutefois reçu le tief du comte d Anjou des mains de (]harles-le-Chauve.
Adélaïde eut donc de son premier mariage Conrad et Hu^^ues-l'Abbé (3) ; de son second mariage avec Robert-lel''»rt : Eudes et Robert qui, tous deux, eurent la fortune d'être proclamés rois de l'rance. (4)
f^onrad, tils d'Adélaïde, portait en 881 le titre de Comte de
cacher. Ils vont dans la forêt des Ardennes où Girart gagne sa vie comme charbonnier et sa If nimc comme couturière Suivant quelques-uns, ce Giraid fut, au IX'^ siècle, un des plus puissants seigneurs de la Bouro;oî;ne.
' Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles lettres (t. XXXIV.)
\'- On ne sait exactement d'où sortait ce chevalier si connu dans 1 histoire sous le nom oeKobert-Je-Fort, dou sortit la race capétienne. Le P. Lelong. dans sa b:bUothh]U'. historique d^ ^'^^^- t. Ili donne la liste de S2 ouvraiçeN sur cette question. Les Bénédictins, dans leur lonif X des //.>/().:. ns d: France ré>um:int un mémoire de V.. de h'oncemagne, ramènent à sept '«hypothèses sur les o igines de Robert.
' ^'5 Contes de Pnrii par M. Mourin ^ i^a-is, in 8'i.
'4 rud*s fut proclame roi à la déposition de Charles-le-Gros, à l'exclusion de Charles-lesimple Par un traité survrnu avec ce dernier, (Charles garda le pavs entre la Seine et le Knm, laissant à Eude>, Paris et la France occidentale. Robert fut proclamé roi. sous le nom « Robert 1, le 30 juin c)22 à Reims. La guerre éclata entre Charles-le-Simple et lui. A la bauille de Soissons, Robert 1 fut tue.
Paris, qu'il laissa à son frère du second lit, Eudes, mort 898. Ce titre passa ensuite à son neveu Hugues-Ie-Blanc cr le Grand, fils de Robert I, et enfin au fils de Hugues-le-Grancf *» qui fut Hugues-Capet, le fondateur de la dynastie capetienne (i).
Hugues Capet, investi non-seulement du comté de Paris, mais du duché de France, qu'il tenait de Eudes, son aïeul, occupé de ses intérêts dynastiques, se créa des lieutenants parmi lesquels Bouchard ou Burchard qui eut pour sa part le comté de Melun et de Corbeil. Bouchard ou Burchard occupait ainsi une position stratégique facile à comprendre.
D'une part, tenant Melun et Corbeil, il assurait la liberté de navigation sur la Seine -et par suite le ravitaillement de Paris, la capitale, définitivement choisie par Hugues Capet pour le royaume de France ; de l'autre le comte Burchard avait pour mission de couper toute communication entre la Champagne et la Beauce. C'était, de la part du fondateur de la dynastie, un acte de sage politique et ses successeurs ne manquèrent pas d'y persister. Ils avaient d'au tant plus raison que lescomtes de Champagne devenaient de jour en jour plus puissants. Au moins aussi habiles et aussi actifs en politique que les Capétiens, ils s'efforçaient de se créer un territoire qui, des bords de la Loire, s'étendrait jusqu'à la Marne en contournant Paris et le duché de France.
Déjà, Herbert de Vermandois, au comté de Troyes, avait ajouté ceux de Meaux, de Provins et de Melun. Eudes H, comte de Blois, par son mariage avec la fille d'Herbert, réu nissait à ses propres domaines ceux de la maison de Vermandois. Si le comté de Corbeil tombait entre les mains de la maison de Champagne, c'en pouvait être fait de l'avenir de la race Capétienne. Sa puissance, en effet, tenait surtout à la possession de Paris, ville déjà forte par son assiette et prépondérante par son développement intellectuel et économique. Or, ce qu'il importait avant tout à Hugues Capet et ù ses successeurs, c'était de ravitailler sans cesse leur capitale-
{i) Sacré roi de France, à Noyon le i" juillet 987.
bE BRIE-COMTE-ROBERT 63
devenue le rendez-vous d'étudiants, de clercs, de moines, d'industriels, de marchands. La banlieue immédiate de Paris — ce que nous appellerions aujourd'hui la petite banlieue, — d'où la vieille Lutèce tirait aisément sa subsistance, ne pouvait plus suffire à nourrir la nouvelle capitale. Dès le premier moment, les Capétiens sentirent que le grenier de Paris était la Brie d'abord, la Beauce, ensuite. Grâce à la politique de Hugues Capet, ils tenaient la Brie (la Brie française) par le comté de Corbeil ; la Beauce leur échappait encore.
Ce fut sous Philippe I que les Capétiens tentèrent de percer la muraille qui séparait Paris de cette fertile province. L'abbé Ix'bœuf l'indique très nettement :
« Guy-Trousseau, écrit-il, étant devenu grand seigneur do
•Montlhéry après Milon, son père, qui avait excité bien des
^^oubles dans le royaume, présenta au roi Philippe I, qui
^"^^ disait vieilli des inquiétudes et maux que lui avait causés
'^château de Montlhéry, une occasion de les calmer. Il avait
^u de Mabille, sa femme, une fille nommée Elisabeth ; il
trouva le moyen de lui faire épouser Philippe, comte de
•Plantes, que le roi avait eu dé Bertrade de Montfort. De cette
fiçofî la liaye gui empêchait depuis tant de temps le libre
^'*nirnerce d'Orléans avec Paris et qui était même aux rois la
liberté d'aller à Estampes fut rompue, ainsi que le dit Suger.
'^ ^arde du château fut confiée au fils du roi, gendre de
Guy-Trousseau, et, même, le roi Philippe y fit quelque rési-
^^Hce, avec les grands du royaume, la première année du
"^^riage de son fils. »
l^hilippe taisait là le premier pas, combien chancelant, vers
1^^ Heauce et l'Etampois. Qu'il réussit dans ses négociations
'•^ ses entreprises postérieuses de ce côté, avec un lieutenant
^'^r à Corbeil, il restait maître de la situation puisqu'on
d'»nnantde l'air à sa capitale il en assurait le ravitaillement.
Il est facile de se rendre compte de ce que pouvait être la
P<>sition du comte de Corbeil.* Placé entre le roi et le comte
d^ Champagne, ces deux seigneurs à ce moment aussi
puissants l'un que l'autre, il devait, s'il n'était attaché par
des liens étroits au roi, tantôt obéir au chef que l'Etat" s'étx3.Jt donné, tantôt au grand leudataire qui rêvait, lui .aussi, ^^ conquérir à son protit la puissance royale, suivant .s^>^ penchant ou ses intérêts. Ce péril se montra bientôt, f ^^ descendant de Burchard, comte de (]orbeil, mourut san^ laisser d'enfants ; aussitôt les compétitions s'ouvrirent qui^ Tabbé Leb(L'uf nous fait admirablement toucher du doiirt.
« luides, cnmte de (j)rheil, dit-il dans son Histoire de l^'^ ville et iiii iiiocèse Je Pjris (i), n'ayant point d'enfants, l^ terre ne pouvait passer qu'à des collatéraux. Huguesseigneur de Puiset en Heauce, qui était tils de sa sœur, y eu t. prétention, mais, malheureusement pour lui, il était retenu* par Louis-le-(jrns {2) en prison (a (^hâleau-Landon). Pendan t^ ce temps, André de Ik^iudimont. frère de la veuve d'Eudes ^ gardait et défendait c^'tte ville (de (^)rbeil) Je crainte que ct^ prince ne s'en emparât. D'un autre côte Tbibaud, comte t/c^ Cliampai^me, essayait d'en devenir maître afin d'avtn'r un passagt^ pnur aller de la Brie dans la Beauce et en revenir de même (3)^ Dans ces entrefaites, Lnuis-le-(in)S voulant prévenir l'empêchement du commerce sur la Seine qui s'en serait suivi si le comte de (Champagne eût joui de cette terre ménagea par le moven de Suuer une conférence- à Moissv, seigneurie de Tévêque dé Paris, il une grande lieue de Corbeii, du côté de la Brie (-i). Il fut con\enu,en ce lieu, que Hugues de .Puiset
(I Article (^orbcil.
(2) M". G. Leroy a très bien -fait ressortir le caractère de ce seigneur, à propos du siège que Louis-le-Gros, allié au comte Thibaud, fait du Puiset avec les gens de la région et les chevaliers bannerets venus de la Beauce. de la Brie et de l'Ile-de-France ( Brie-Comte-Robert y concourut certainement > \\ .Bulletin de UiSocuti d'Huioire et d' tirch.'ologU de Brie-ComtCr'I^ohert tome 1, p. 178].
(3) I.a politique de ce seigneur s'étale ici avec une certaine naïveté. Allié du roi de France, 'année précédente, pour réduire le prétendant l'^aiitiine au comté de Corbeii à l'mipuissance,
et lui permettre de prétendre à la posse.ssion. par la force, de ce précieux p&s'iage. il contrecarre Tannée suivante le>'vues du roi de Irance, qui du reste le joua complètement.-
^4 « Moissv ou Moissy-i'Hvéque, dit M. Leroy, est un lieu neutre, possession de l'evéque, de Paris, dans la Brie Irançaise. a peu près à égale distance d« Corbeii et de Melun. Moissy appartient à l'église de Paris, dt'puis Us temps mérovingiens. Avec Combs-la-Ville, Evry, Brie en partie, c'est un dis plus va>tes domaines de l'evéque et de la cathédrale. L'agriculture y est pratiquée dans dfs conditions rudimentaires par les habitants du lieu, serfs de l'évèque,' soumis a des lois et a des usages qui conservent la marque barbare des âges précédents. A peine de rares aflVanchissements sont-ils comme de premières lueurs de la liberté que le temps consacrera. L'evéque y possède une grande villa, manoir rural ou métairie, ou
serait mis en liberté en cédant au roi son droit sur Corbeil et ses dépendances. Ce fut ainsi que Corbeil devint une terre du d»)maine royal, environ Tan 1120 (i), après- avoir eu sept comtes dans l'espace de deux siècles ou à peu près. »
C<>rbcil perdit son titre de comté pour devenir simple châtellenie royale. 11 est à peu près évident que dans cette nouvelle division administrative dut être compris tout le territoire de l'ancien comté. Or, l'abbé Lebeufa trouvé, dans un ancien manuscrit, et il publie (2) la liste des vassaux et vavasseurs de Corbeil « qui payaient, chaque année, à eux tous au roi une redevance formant la somme de quarantehuit livres. » Selon lui, cette liste, dressée en 1202, indique bien letendue de la châtellenie à cette époque.
Voici d'abord la liste des vassaux du roi.
« Isti sunt milites de castellania Corbolii tènentes de rege cthabentes LX libratas redditus.
Balduinus de Corbol. Robertus de Messis. Hugo Beliart. Pelrus de Damonio. Johannes Beliart. Fredericus de Malignon. Andréas Polin. Fredericus de Brunay. Guido de Don- K>n. Thomas de Braia. Vicecomes Corbolii. Villelmus de Aallegrinosa. Guillelmus Pasté. Petrus Panier. Petrus de Courbaart.
(l-es vavasseurs, c'est-à-dire ceux qui, dans la même châtellenie, tenaient des biens en arrière-tîefs, étaient plus nombreux.)
'i^ti sunt milites, tènentes de aliis dominis, in eadem castellania, et qui habent LX libratas terra:^.
'^nsellus de Brunaio, Rodolfus frater ejus, Adam de Nau- Ziiiaco, Robertus de Milliaco, Adam de Loco Sancto, Reyïiaudus de Ties, Girardus Chalam, Ansellus de Cocini,
Il séjourne pendant une partie de l'année. Avec l'église, c'est le principal édifice du pays. Autour, sont groupées les manses des serfs dont l'aspect témoigne de la pauvreté et de ' "umilité de leurs tenanciers. La propriété individuelle est inconnue. Tout est à l'évêque, '"Tes, bois, vignes, cours d'eau. C'est la continuation du fisc impérial romain, accaparant lout, possédant tout. Les rois francs s'en sont emparés par droit de conquête et l'ont donné fn majeure partie à l'Eglise à titre d œuvres pies ou pour Iç rachat de leurs âmes. » (Op. cit.)
'■}> L'abbé Lebœuf donne, ici, une date inexacte. Le traité de Moissy est du commencement de 1112.
.2; Huioirt du diocèse et de la ville de Paris, article Corbeil.
Anscllus de Tigcri, Johannes Moutier, Ansellus de Plesset^'^' Simon de Manneris, Evrardus de Chevri, Ansellus de Grar ^chia, Ansellus de Malonido, Guillelmus de Glesera, Petru^ s de Pung..., Thomas Pasté, Andréas Pan..., Gilebertus A < Plesseto, Petrus de Egrenello, Fredericus Beliart, Petrus d^ Tigeri, Petrus de Buinelle, Thibaudus de Buinelle. »
Thomas de Brie, soldat, était donc un des vassaux du roî appartenant à la châtellenie de Corbeil.
Il importe de rapporter, au sujet de ce Thomas de Brie, c^ qu'en ont dit l'abbé Lebeuf et les historiens qui l'ont suivi.
(( Il est difficile, écrit l'abbé Lebeuf, de rien avancer de certain suf les premiers seigneurs de Brie ; il a dû y en avoir avant que cett^ terre passât à la maison de France, vers le milieu du Xll* siècle, mai 3 tout ce qu'on trouve se réduit à un Thomas de Braia, mentionné dans^ une charte de 1157 qui regarde le prieuré de St-Martin-des-Champîf^ et dans laquelle il est dit que les dîmes dont il jouissait à Brie sont chargées de dix livres envers ce monastère. Ce Thomas de Braia eut: un fils du môme nom que l'on trouve enregistré dans le rôle detf^ chevaliers de la châtellenie de Corbeil qui, sous la fin du régn^ de Philippe-Auguste, tenaient leur fief du roi et possédaient soixantcf^ livres de revenus.
)) C'est probablement avec l'ancien Thomas de Braia que Louis VI I traita de la terre de Brave pour Robert, son frère, connu sous le noa'i. de Comte de Dreux et peut-être fut-ce la relation où le comte RoberC se trouva avec Thomas de Braia son co-seigneur qui lui donna l^ifaculté d'employer une partie des diximes de Braye pour fonder 3- Paris entre l'an 1173 et fi88 les chanoines de Saint-Thomas-de — Cantorbéry... C'est tout ce qu'il y a de constant sur ce premie ï' comte de Brave ))
Après Lebeuf, Michelin a dit là-dessus : (1)
« Louis \ni, à son avènement au trône, en '137, voulant forme f l'apanage de son frère Robert, comte de Dreux, acheta de Thoma î? de Braye ou de Brie, homme d'armes (nnles) cette terre qu'il érigea en comté. La vente en fut faite à la charge de la mouvance féodale ^ foy et hommage envers l'évèquc de Paris. ...»
Le docteur VùWx Pascal, auteur d'une histoire de Seine-et- Marne a traité de la façon suivante le même sujet :
(l) E$sais liistoriijucs sur Seine-et-Marne (Melun, 1852, p. 521 et suiv.)
ce Un Thomas de Brave mentionné dans une charte de l'an 11 57 (:taît alors seigneur de Brie. C'est avec lui que Louis V^II traita de ce\ te terre pour augmenter l'apanage de Robert, comte de Dreux, son kùrepuiné. La vente en fut faite toutefois à la charge de la mouvance féodale, foi et hommage envers Tévcquede Paris. Les évéques de Paris et même d'autres particuliers conservèrent, malgré cette vente quelques droits sur la terre de Brie, mais on ne sait rien de certain sur ses premiers seigneurs jusqu'au temps qu'elle appartint à la maison de Dreux, vers le milieu du 12*= siècle. A cette époque la ville de Brave eut ses comtes particuliers : i" Robert de Dreux, cinquième tils du roi Louis-le-Gros. Ce prince fit bâtir l'église de St-Thomas du Louvre avec une partie des dixmes de Braye. Il mourut en 1 188. En 1 153, Brie fut érigée en ville et reçut le surnom de Comte-Robert »
Il est inutile d'insister sur la similitude de ces versions. Les deux dernières proviennent évidemment de la première qu'elles reproduisent parfois avec une parité d'expressions au moins frappante. Mais il importe de faire remarquer que l'abbé Lebeuf donne à son récit une forme dubitative tandis que les deux historiens qui l'ont suivi présentent le leur avec une allure aflirmative.
Sur les premiers seif^neurs de Brie, le savant auteur de ^llisloire du diocèse cl de la ville de 'Paris, se borne à dire '^li'on en esi réditii à un Thomas de Braîa. mentionné daPF une charte de i iSy et il ajoute que c'est probablement avec ce Thomas de Braia que Louis VII traita de la terre de Braye.
^Michelin déclare, lui, que Louis VU acheta de Thomas de Bric la terre de Brie et le docteur Pascal, après avoir avancé qu'un Thomas de Braye était seigneur de Brie, ajoute que c'est avec lui que Louis VII traita de cette terre pour augmenter l'apanage du comte Robert.
Xous trouvons aux archives départementales une Instruction sur la châtellenie de Brie-Comte-Robert, (i ) où il est dit :
« Il paraît, par le Traité des droits du Roy de M. Dupuis, que la terre de Brie-Comte-Robert a appartenu à Robert de P'rance, dit le Grand, comte de Dreux, quatrième tils de Louis V'I, dit le Gros, mais
(i, Archivas départementales de Seine-et-M^rnc