PRÉFACE. VII
les nobles et les bourgeois, tantôt jaloux de leurs privilèges respectifs et de leur influence mutuelle, tantôt unis et forts d^unc pensée commune.
Pour étudier cette organisation, où la féodalité et l'égalité agissaient souvent de concert, est-il une meilleure école que les fastes de Bruxelles, si susceptible pour ses privilèges, et qui, depuis six siècles, dans aucune circonstance, n'a cessé de les revendiquer? N'est-ce pas Bruxelles qui a bravé le due d'Albe, qui a défié les bandes espagnoles mutinées en 1 576, et qui, pendant cinq longues années, a lutté victorieusement contre les efforts du duc de Parme? Et plus tard, quand la nation entière était plongée dans une sorte d'atonie générale, quand la jalousie de nos voisins et Finsouciance de nos gouvernants, quand tout en un mot conspirait contre notre beau pays, ne sont-ce pas les métiers de Bruxelles, ses vieux Mendekens, dont nous devrions être fiers, loin de les tourner en ridicule, qui sans relâche ont insisté sur la nécessité de relever le commerce? Et qu'est devenu celui qui se mit à leur tète et déploya le plus d'énergie? Martyr de son dévouement, il a payé de sa tète son noble courage et son zèle à défendre les libertés et les droits de ses concitoyens.
Aussi pouvons-nous être fiers de notre capitale. Ce n'est pas nous, BruxeUois, qu'on accusera jamais d'avoir déserté la cause commune, ou d'avoir, pour des intérêts particuliers, porté la dissension dans notre patrie, car nous répondrions que de tout temps Bruxelles se montra médiatrice empressée près de nos princes en faveur de toutes ses voisines. Louvain, Gand et Liège n'auront pas oublié qu'en mainte et mainte circonstance, nos magistrats élevèrent la voix pour les défendre contre le ressentiment d'un souverain irrité. "
Beaucoup d'auteurs ont avant nous écrit l'histoire ou fait la dascriplion de Bruxelles ; mais après avoir lu et comparé leurs écrits, après avoir discuté leurs assertions et soumis à l'examen d'une critique minutieuse et
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sévère les renseignements historiques, politiques ou commerciaux, dont les uns se sont montrés avares et que les autres ont prodigués sans discernement comme sans choix, une conclusion s'est présentée à notre esprit, et nous y sommes arrivés à regret : c'est que soit manuscrit, soit imprimé, il n'existe sur notre capitale aucun ouvrage digne de faire autorité et de servir de guide aux historiens. Le travail de Gramaye semblerait devoir être excepté ; mais il est si abrégé qu'on ne pourrait lui donner une im* portance réelle. Cet écrivain ne consacre en effet qu'une ou deux lignes à la plupart des institutions et des édifices j sa BruxeUa en outre est tel* lement remplie de iautes typographiques, que ce n'est qu'avec une extrême méfiance qu'on ose en invoquer grand nombre de passages. La BruxeUa ieptenaria de Dupuis {Puieanus) est sans doute remarquable aussi sous plus d'un rapport ; mais ce que dit de bon ce verbeux auteur se réduit & fort peu de chose. Toujours préoccupé de trouver partout le nombre sept, il n'attache qu'une importance secondaire aux dates ; il confond parfois les époques, et sacrifie ses devoirs de critique et d'historien au vain plaisir d'accumuler les jeux de mots et les calembours.
Quant à ceux qui depuis se sont livrés au même travaO, ils n'ont guère fait que remanier les matériaux employés par Gramaye. A la fin du siècle dernier, l'abbé Mann fit imprimer sous son nom une chronique manuscrite de Bruxelles par le chanoine Foppens , et y joignit une description succincte de la ville et de ses monuments. Tous les historiens qui plus tard ont écrit sur cette matière, ont servilement copié l'abbé Mann ; croyant sans doute que cet auteur était au-dessus de toute critique, et qu'il était impossible de faire mieux que lui, ils ont, avec leur modèle, répété les erreurs les plus grossières.
Pour nous, notre premier devoir comme notre premier besoin a été de repousser des guides en qui nous ne pouvions plus avoir entière confiance. Désireux d'arriver à la vérité sur tous les points, et décidés h ne reculer devant aucun effort, ni devant aucun sacrifice de temps, nous