‹ Histoire de la ville de Bruxelles (volume 2)Chapitre 24 sur 51 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Le corps échevinal fut composé de dix membres, élus par les commissaires du souverain , la veille de SainWean ; les sept premiers étaient pris sur une triple liste de candidats dressée, le jour même, par les lignages , et les trois autres , ainsi que le second bourgmestre , parmi dix*huit personnes désignées par les nations. La possession d'un revenu de 50 florins au moins, fut une condition expresse de l'éligibilité h réchevinage. L'élection des doyens et buit de la draperie , des pacificateurs, des chefs-tuteurs et des membres de la Suprême-Charité fut partagée entre les métiers et les lignages. Enfin, pour mettre un terme aux intrigues qu'occasionnait la nomination des jurés des métiers, dit le nouveau règlement, il fut arrêté qu'ils seraient nommés huit jours après la Saint-Jean-Baptiste par les deux bourgmestres et par les membres plébéiens de l'échevinage et de la draperie, sur une liste présentée par les jurés sortants de charge \

Les trois membres de la commune résolurent alors de mettre en oubli tous les événements passés et d'indemniser ceux qui en avaient souflert, et ils remirent au sire de Ravestein le soin d'arrêter les bases de cette réconciliation. Après avoir entendu les deux parties, auxquelles il fit jurer de se conformer à sa sentence arbitrale , et sur l'avis de l'échevin Jean de Buysegem, avis qui fut approuvé par ses collègues, sire Jean de Bernaige, Pierre de Jongc, Gérard Vandentroncke et Chrétien Willemaerts , ce seigneur porta le jugement suivant : Toutes les injures, tous les torts du passé doivent être oubliés; les nations reconnaîtront avoir agi avec violence lors des condamnations portées contre les patriciens, et ceux-ci, à leur tour, demanderont pardon des méfaits dont ils ont pu se rendre coupables envers la ville ; à cette condition, ils rentreront en possession de leurs biens et revenus, et Us seront indemnisés de leurs pertes par la créaùon de rentes communales, au denier dix-huit (ou 5 i/2 pour cent). Cet accord fut publié solennellement, à la bretèque de l'hôtel de ville, le i 7 juillet, en présence du sire de Ravestein, de Jean de la Beuverie , sire de Wyères , président du grand conseil, du chancelier de Brabant Yandernoot, du trésorier et maître dliôtel Nicolas de Gondevnl, du suffragant de Cambrai, du prieur de Scheut, de tous les magistrats, membres du large conseil, jurés et ccntcniers. L'archiduc l'approuva le 1 2 mai de l'année suivante ^.

< Luystery Dcrdc deel., bl. 8. — * Ibid,, bl. 35.

C'est à cette époque que fut créé le cinquième et dernier serment, celui de Saint-Michel ou des escrimeurs. Nous n'avons trouvé aucun document sur cette mesure ; mais il est indubitable que ce corps fut destiné à former une garde toute patricienne, |>uisque Tépée, la seule arme dont ses membres se servissent alors, était réservée aux nobles, et que sa création coincîde avec la réaction opérée en faveur des lignages.

Une fois parvenus là , les patriciens ne devaient pas tarder à se voir réintégrer dans la jouissance de leurs anciens privilèges. En e£Fet, u» édit de rkrchiduc, signé à la Haye, en avril 1481 , vint bientôt rétablir toute l'administration communale sur le même pied qu'avant 1477* Toutes les dispositions de ce règlement sont empruntées à l'acte de réorganisation des lignages de 1375 et à la charte de 1421. Le magistrat fut de nouveau composé de deux bourgmestres , de sept échevins , de quatre receveurs et de six conseillers ^

Au mois de mai suivant, Maximilien et Marie ordonnèrent le rétablissement du marché franc, parce que, dit l'acte, le manque de denrées se faisait sentir ^.

Peu de temps après, le débat au sujet de la lieutenance de l'ammanie se ranima; le 9 juin, le duc et la duchesse, alors à fiois-le-Duc, démissionnèrent Antoine Vandenweerde et investirent de sa charge Vandentorre, à la recommandation, disaient-ils, du roi d'Angleterre. Le 16, Vandentorre prêta serment au conseil de firabant et au magistrat; mais Vandenweerde attaqua sa nomination comme subreptice, et ayant obtenu, le 47 juillet, un arrêt favorable, il prêta serment à la chancellerie, le âO de ce mois, et à l'hôtel de ville , le 1 1 août. Vandentorre s'adressa vainement à Maximilien; ce prince renvoya sa réclamation, le 29 juillet, au conseil du duché, et décida que Vandenweerde resterait en fonctions jusqu'à décision définitive ^.

Aux malheurs politiques succédèrent d'autres calamités. Après un hiver des plus rigoureux (1 480), pendant lequel un grand nombre d'indigents, de pèlerins, d'enfants, de chevaux, avaient péri de froid, des pluies presque continuelles firent manquer les récoltes et occasionnèrent une famine ^ qui dura jusqu'à la Noël de 1 481 . Le setier de blé coûtait

* Luyster,\. c.jh\.%i,

* Bois le duc, le 11 mai i 481. Roodt Privilégie Bœck, 5 Bœck metten Haire.

* MOLINET

environ 2 S sous, la livre de beurre 2 sous 5 deniers '. Pour ménager les denrées, le magistrat ordonna la destruction de tous les chiens, et soumit les habitants 'qui voulurent les conserver, k une taxe de 2 et 5 mîtes par jour. Il fit cuire beaucoup de pain pour les pauvres, et la presse était si grande à ces distributions, que plusieurs personnes y perdirent la vie *.

Cette disette donna lieu k de nouveaux différends avec Malinos. Bruxelles ayant défendu d'y exporter des denrées de Fammanie, le sous^maire du village de Cappelle-au-Bois , Vandermost, qui avait montré beaucoup de zèle dans Texécution des ordonnances publiées à cet effet, fut arrêté, le i 8 septembre, par le maire et le drossard de Londerzeel, village dépendant de la seigneurie de Grimberghe et appartenant au comte de Nassau. Le lendemain, Fécoutète, les commune-maitres, les échevins et d'autres magistrats de Matines vinrent réclamer le prisonnier; les échevins de Londerzeel se trouvant en trop petit nombre pour décider une affaire aussi grave, demandèrent un délai de trois jours au bout duquel. ils livrèrent le captif, qui fut exécuté, le 20, à Malines. Â cette nouvelle, Bruxelles envoya immédiatement le lieutenant-aroman avec un détachement de bourgeois pour s'emparer des officiers de Londerzeel ; le maire Jean de Groelst et son fils Christophe, qui avait coopéré à l'arrestation de Vandermost, furent pris et enfermés k la Steenporte. Sur les plaintes du comte de Nassau, Maximilien ordonna leur mise en liberté, mais le magistrat refusa d'obtempérer à oet ordre , et il fallut pour qu'ils sortissent de prison, que les prisonniers implorassent leur pardon, et missent hypothèque sur leurs biens , pour donner l'assurance qu'ils comparaîtraient en justice, si les parents de Vandermost les attaquaient (2 2 de* eembre i 48i) '• Un accord conclu, le 1 *' juin i 484, entre la ville et le comte de Nassau, confirma, comme fondées sur les privilèges, toutes les mesures prises contre les deux de Groelst ainsi que la sentence prononcée contre le drossard de Londerzeel, Antoine Storm, qui s'était refusé k faire exécuter les ordonnances sur la sortie des céréales ^.

Maximilien et Marie avaient mainte fois résidé à Bruxelles où cette

« TomutEUR, f° 50. Selon De Wael, 1 1, p. 127, le miiid de froment se vendait une livre de gros et plus.

* Mss. de la Bibliothèque de Bourgogne, tk* ii64i . » LuysteTf bl. 43.

^ Bœck melten Haire.

princesse donna le jour & deux enfants : Marguerite, nëe le iO janvier 4480 (1479 V.-S.) et François, né le iO septembre 1481. Mai^ guérite fut baptiisëe en grande pompe à Sainte-Gudule par le lëgat du pape ; ]e prince d'Oraâge, son parrain, et une foule d'autres nobles, marchaient en tête du cortège ; venaient ensuite la marraine, Marguerite d'York, veuve de Charles le Téméraire, et Anne de Bourgogne, femme du sire de Ravestein, avec l'enfant , qu'entouraient les serments, portant des torches; la marche était fermée par les magistrats ^ Quant à François, qui ne vécut que quatre mois, il fut baptisé, le i 7 septembre, par l'évéque de Cambrai et tenu sur les fonts par le comte de Chimay représentant François, duc de Bretagne, le cardinal Ferry de Cluny , évèque de Tournai, et la princesse d'Orange. On remarqua dans le cortège le jeune archiduc Philippe et sa sœur Marguerite montés sur de petits chevaux. Dans les rues qu'il traversa, les maisons étaient ornées de tapisseries et, de six pieds en six pieds de distance, il y avait, de chaque c6té, un bourgeois tenant une torche aQumée ^.

Pendant les guerres qui marquèrent les premières années duVègne de Maximilien, Bruxelles eut souvent à lui fournir des troupes. En i 478, les trois membres confièrent le commandement des soldats de la commune à Éverard de la Marck, seigneur d'Arembergi qui était devenu châtelain de Bruxelles par son mariage avec Marguerite de Bouchout ; Tannée suivante, son fils, à qui il venait de céder la châtellenie, reçut de la commune un don de ^ 6 couronnes parce que, dit l'acte de consentement, le jeune capitaine prenait pour la première fois les armes pour défendre le souverain. La cavalerie, placée immédiatement sous ses ordres, était forte de i 50 hommes; Finianterie avait pour chef l'amman Guillaume Estor. En 1479, les états de Brabant ordonnèrent la levée du quatrième homme en état de servir à pied, et du dixième cavalier. Ja commune eut encore d'autres sacrifices à s'imposer, car Maximilien, toujours obérée réclamait incessamment de l'argent. En 1 481 , la duchesse elle-même vint à l'hètel de ville solliciter un prêt, et, peu de temps après, Maximilien demanda les fonds nécessaires pour solder les chantres de sa chapelle; en 1482, il lui fallut 2,000 couronnes pour payer ses dettes, ses Créanciers ayant fait saisir ses serviteurs et leurs effets ^.

^ Wonderlyke Oorlogen van den doorluehtigen prins Maximiliaen, Antwerpen, p. 46. — V. Harjsus, Heoterus.

* MoLiifET. ~ s Acta oppidi anni 1472, 1. c.

Comines a dit que Bruxelles continua à prospérer sous le duc et la duchesse d'Autriche, et cette assertion, quelque extraordinaire qu'elle puisse paraître, est exacte. Le recensement de 1480 constata qu'il y avait à Bruxelles 6,855 foyers, tandis qu'il n'y en avait que 6,751 en 1472, quelques années après la mort de Philippe le Bon, et 6,576 en 1455, au commencement du règne de ce prince.

Au moment où le pays, violemment pacifié par Maximilien, reprenait quelques forces, la mort de Marie de Bourgogne (27 mars 1482) fit surgir de nouvelles difficultés. Dans une assemblée tenue à Alost, au mois de mai 1482, les députés des provinces manifestèrent leur ferme intention de négocier avec la France. Ils nommèrent à cet effet une ambassade composée de Jean d'Auffay, conseiller de l'archiduc, du pensionnaire de Bruxelles, Godefroid Roelants, et du pensionnaire des échevins des parchons de Gand, Jean de Steenworpere, et ils envoyèrent ensuite à Maximilien une liste de quarante-deux personnes, qu'ils voulaient charger du soin de défendre leurs intérêts en même temps que les siens ; sur cette liste figuraient les échevins bruxellois, sire Nicolas de Heetvelde et sire Roland de Mol, et le pensionnaire. Cette députation reçut ses pleins pouvoirs le 8 décembre, et elle poussa les négociations avec tant d'activité que la paix fut signée, à Arras, le 25 du même mois. Elle fut solennellement publiée k Bruxelles pendant Toctave de Noël, et, & cette occasion, les magistrats donnèrent à chaque centenier 24 sous pour en faire une distribution aux pauvres, et ils envoyèrent aux chartreux 14 geltes de vin ^ Maximilien, à qui ce traité était imposé, ne le ratifia qu'au mois de mars de l'année suivante.

Les États s'occupaient de la tutelle des enfants de Marie de Bourgogne, lorsque l'assassinat de l'évêque de Liège (août 1482) interrompit brusquement les contestations qui s'étaient élevées à ce sujet. Tout le Brabant se leva contre Guillaume de la Marck, et cette expédition occasionna de grands frais à Bruxelles et à ses corporations ; les tuiliers, entre autres, firent beaucoup de dépenses pour leur équipement. Le meurtre du prélat ayant été vengé, les États reprirent leurs discussions sur la question de la tutelle. La plupart des provinces consentaient à la donner à Maximilien, mais le Brabant hésitait et la Flandre ne voulait pas entendre parler de ce prince. Maximilien ayant fait exposer ses droits dans une assemblée

*■ Acta oppidianni 148f . — De Wael, I. c, f. 129.

des états de Brabant tenue à Louvain en i483, les villes demandèrent un délai, et leurs députés se rendirent à Malines pour se concerter sur la décision h prendre. Le choix de cette ville, qui était fort dévouée à Tarchiduc, avait sans doute étéjnsinué par'ses partisans, et il en profita pour jeter la terreur parmi ses ennemis. Le 7 mai, il fit saisir les députés et les envoya sous escorte au château de Vilvorde ; les Louvanistes furent relâchés, mais les Bruxelloiè et les Anversois furent condamnés à mort ou au bannissement, et, le ai , le plus influent d'entre eux, le chevalier Nicolas de Heetvelde, fut décapité. Ce patricien, riche et considéré, était un des chefs de la commune bruxelloise lors de la révolution de i 477 ; il avait été créé mattre de la police et il avait occupé ces fonctions jusqu'en i 480 ; à cette époque, il avait été nommé receveur et, en 1482, il avait été élu échevin. L'irritation produite par sa mort fut telle qu'on craignit de voir les trois chefs-villes brabançonnes se joindre aux Flamands, et sans Dieu, dit une chronique contemporaine, il y aurait eu h Bruxelles une sédition V Toutefois Maximilien parvint à son but, et l'on vit même BruxelljE» lui voter des remerciements pour l'arrestation des députés ^ ; ce vote contraste trop avec la conduite que la commune bruxelloise avait tenue et avec celle qu'elle tint plus tard, pour qu'on puisse croire qu'il n'ait pas été obtenu par des voies extraordinaires. Seule entre toutes les provinces, la Flandre persista à rejeter un prince qui lui était, à plus d'une raison, devenu odieux.

Ayant entre leurs mains le prince Philippe, les Flamands étaient d'autant plus disposés k repousser énergiquement les prétentions de Maximilien, qu'ils voyaient des princes du sang et plusieurs grands vassaux épouser leur querelle. Adolphe de Clèves, sire de Ravestein, Louis de Bruges, sire de Gruthuse, Wolferd de Borsele, comte de Grandpré et seigneur de la Vere, et Philippe de Bourgogne, seigneur de Beveren, se rangèi*ent ouvertement de leur parti, et Maximilien, ayant convoqué à Bruxelles un chapitre de la Toison d'or, ils refusèrent de s'y rendre, disant que ce n'était plus lui, mais son fils qui était chef de l'ordre '. Une partie de l'été de 1484 s'écoula en vaines négociations. Vers Noël, le comte

* Liber fundationts Carthusiœ B, M. de GraUa apud Bruxellam, apud De Wael, t. I, p. 130. — TooaNEim, f. 51. — Voyez Fournis Heoterus, HAiteus, Divins, Rerum Lovaniens.

« j4cta oppidi anni 1472, 1. c.

5 M. DE REiprEHBERC, Htstoirc de Tordre de la Toiitm d'or.

de RomoDt, à la tète de i 5 à 16,000 Flamands, entrant sur le territoire du Brabant, fit une brusque irruption jusqu'à Leeuw-saini-Pierre et Wemmel, sans toutefois causer de grands dommages ^ Maximilien, qui se trouvait en ce moment à Bruxelles, put observer du haut des murailles les mouvements de l'armée ennemie, et certes il l'aurait attaquée & la iéte de ses vassaux et de la bourgeoisie, s'il avait pu compter sur les Bruxellois. Voulant sonder leurs dispositions, il se rendit k l'hôtel de ville pour de» mander assistance aux magistrats, et comme ceux-ci hésitaient, il s'écria : « Le peuple est assemblé, qui me doit ayde et, qu'il soit vray , venez aveeq n moi et nous saurons d'eulx leur volonté. » Les écbevins, dit Olivier de la Marche, furent moult ébahis et parlèrent autrement qu'ils ne l'avaient fait d'abord; il ajoute que le peuple, harangué par Maximilien, lui témoigna la bonne volonté qu'il avait de le servir. Selon d'autres documents, le prince vint demander un subside de 2,000 florins, en antici* pation sur la prochaine aide, et parla des mesures à prendre pour garder la ville en son absence ; le prêt lui fut accordé, moitié au comptant, moitié en prenant quelques dettes k charge de la commune. Les magistrats ayant été ensuite mandés à la cour, ils firent répondre que u pour » cette fois ils n'iraient point. )» Rendus défiants par le supplice inique de Nicolas de Heetvelde, ils prièrent l'archiduc de faire sa demande par écrit ou d'envoyer son chancelier, ajoutant qu'il n'était pas convenable que le souverain vint en personne, et qu'eux n'étaient pas habitués^à aller au palais ^. Alors le chancelier se rendit à la maison communale accompagné du seigneur de Beersel et de sire Philippe Vilain,- et engagea' les magistrats à prendre des mesures pour la réception du comte de Nassau, qui avait été nommé capitaine du duché, et pour la défense de la ville. Ces propositions, furent agréées; les trois membres décrétèrent la levée du cinquième homme des métiers, et les lignages, par une résolution spontanée, se décidèrent à équiper, à leurs frais, 7 5 cavaliers. Maximilien ayant demandé encore une taxe du douzième de la valeur de tous les biens, ou, si les habitants le préféraient, une cotisation personnelle et volontaire, la ville lui accorda 20,000 florins, à condition que les pauvres, les hôpitaux et les hospices seraient seuls exempts de la taxe ^.

* TouRNEua, 1. c, f» 52.

s Wajnt onse heer vêle te cleyo soade sya neder le commen ende sy niei cosiamelyck en syn geweest opweerls te gaen. Acta appidi unni 1472, 1. c. » Ibid.

Cependant les habitants et la garnison d'Alost faisaient de fréquentes incursions dans Tammanie et, pendant le mois de février i485, des cayaliers flamands s'avancèrent plusieurs fois jusqu'à Scheut, en se bornant toutefois à se faire donner à boire et à manger par les chartreux ^ Pour mettre un terme à ces courses, le comte de Nassau sortit de Bruxelles à la tête de i ,200 mercenaires suisses, et d'un corps de milices brabançonnes, formé de 2,000 fantassins et de 400 cavaliers, et il s'empara d'Âlost, tandis que l'archiduc, avec la noblesse du Hainaut, combattait les Gantois. Le gardien de la chapelle de Scheut, Herman Auderlecht, ayant déclaré que la Vierge lui étaitapparue en lui annonçant que l'honneur de pacifier le pays était réservé aux chartreux , le prieur , h la demande du chancelier de Brabant, Charles de Groote, consentit à aller à Gand avec ses collègues de Diest et d'Anvers. Attaqués en chemin par des cavaliers gantois, ils furent traînés comme prisonniers dans la ville où ils se rendaient en ambassade. Amenés à l'hôtel de ville, ils se virent accusés de trahison par le tribun Guillaume Rym et par quelques autres chefs. Après être restés enfermés , pendant six semaines, dans une chambi*e de la maison communale , ils venaient d'être mis en liberté par l'intervention du prieur de la chartreuse de Gand, quand une insurrection éclata. Rym et le premier échevin furent décapités, et le nouveau magistrat conclut la paix avec l'archiduc. Les trois prieurs rentrèrent alors dans leurs monastères, qu'un visionnaire leur avait fait quitter, et MaximUien força Gand à indemniser la chartreuse de Scheut, à qui cette malencontreuse ambassade avait coûté V)0 livres de Flandre ou plus de 500 florins de Rhin ^. Les milices de Bruxelles, de Louvain et d'Anvers furent licenciées et la tranquillité fut momentanément rétablie.

Après avoir ramené son fils à Bruxelles, Maximilien visita Louvain et Anvers ^, et, au mois de juillet, il convoqua les états généraux à Bruges, pour examiner le traité conclu avec les Flamands et leur demander des subsides. L'archiduc ayant prévenu le magistrat qu'il voulait conférer un office au pensionnaire Roelants, les trois membres résolurent de nommer deux pensionnaires qui auraient chacun la moitié des émoluments attachés à cette place, et ils firent tomber leur choix sur Jean Sucker ou Suchet et maître Jean Yandenhecke, licenciés en droit et en théologie *.

* TooRNEDR, Libri FundatiotUs Carthusiœ Brtuc, continualio, — • De Wael, l. 1, p. 133. — ' Div^us, Rerum Lovan.

* Açta oppidi anni 1472.

TOHI I. 35

Depuis longtemps, il avait été résolu de tenir à Bruxelles une fête de la Toison d'or, mais le gouvernement aurait voulu que la ville aecordàt aux chevaliers exemption d'accises, ce qu'elle ne paraissait nullement disposée à ficiire; cependant ses magistrats promirent d'agir de manière à les contenter. D'autres villes, Bruges et Malines entre autres, désiraient vivement que cette cérémonie eût lieu ehez elles, et elles firent à cet effet d'activés démai*clxes , qui restèrent sans résultat, parce que déjà, à cette époque, Bruxelles avait des logements plus spacieux que ces deux cités , et que l'on fit valoir en sa faveur les dépenses qu'elle avait faites en préparatifs. Au mois d'avril 1486, Maximilien lui donna formellement la préférence, mais la fête fut remise à cause des grandes occupations de l'archiduc, et les événements qui siu*vinrent la firent définitif ' vement ajourner *.

Après avoir été couronné k Aix, comme roi des Romains, Maximilien vint à Turnhout , où les députés de Bruxelles et de quelques autres villes lui présentèrent leurs félicitations. Il fit une entrée solennelle à Bruxelles, dans les premiers jours du mois de juin; toutes les rues qu'il devait traverser, depuis la porte de Malines jusqu'au palais, étaient tendues de a tapisseries , broquetries et aultres exquis ouvraiges. » Les carrefours étaient ornés d'arcs de triomphe représentant des sujets bibliques ou mo* raux. « Aucuns mesUers, pour fiiire leurs allumeries et monstres de nou- » velletez, avoient retenu certains hostels revestus, les ungs dedrapd'oret » de soie, les aultres armoiez des armes et blasons de l'empereur, du roy B et de l'archiduc son fils, et estoient ces ouvrages soutilement labourez » a très grand coust et extrême dépense, » La corporation des peintres se distingua particulièrement dans cette circonstance. Les rues environnant la grand'place, étaient ornées de portiques fort élevés; la Êiçade de l'hêtel de ville était tapissée d'étoffes rouges et « avironnée de grans >» et gros flambeaulx en très bon nombre, et que plus est, la thour d'icelle, n jusques à l'image de saint Michel, estoit chargiet de fidos ardans et n aultres instrumens portans lumière, en cette facbon qu'il sembloit & » veoir de long mieux estre de feu que de pierres. Toutes les maisons M estoient couvertes de feu, de draps, de painctures et de métaiK » Le magistrat alla à la rencontre du roi et lui offrit un pcUle ou baldaquin fort riche. Les feux de joie et les fêtes durèrent une semaine ^. Pour

1 M. Db Reiffenberg, I. c. — < Mounet.

signaler son avènement an trAne, Maximilien conflrma à la ville tous ses droits et libertés, et il déchargea de Tobligation du service militaire les petits fiefs de sa juridiction, d'une valeur moindre que cent écus de 48 gros de Flandre '. II pardonna à tous ceux qui Ta valent offensé, et fit grâce aux bannis ainsi qu'aux détenus de la Steçnporte, à l'exception des coupables de meurtre, viol, incendie ou mutinerie \

Peu de temps après, on apprit l'arrivée de l'empereur dans les Pays- Bas; le roi se rendit à Louvain, avec son fils Philippe, pour le recevoir, et, le ââ juillet, ils firent leur entrée à Bruxelles. Le magistrat, les chefs de la gilde, les pacificateurs, le large conseil, les serments, les métiers, tous vêtus de rouge ^, le clergé séculier et régulier, les religieuses et les béguines, allèrent à leur rencontre jusque hors de la porte de Louvain. L'empereur était 9ur un chariot aux côtés duquel se tenaient le roi et l'archiduc Philippe, alors âgé de huit ans. Ils se rendirent au palais en passant par Sainte-Gudule. Le magistrat alla, en grand cortège, offrir à Frédéric III, deux foudres de vin de Rhin, deux boeufs, une aiguière et un grand plat en argent ; mais peu s'en fallut que ces fêtes ne se terminassent de la manière la plus déplorable. Le lendemain, pendant qu'un grand diner avait réuni au palais les princes et leur cour, une querelle s'engagea entre les soldats allemands qui avaient accompagné l'empereur, et les bourgeois qui soupçonnaient, parait-il, un complot tramé pour livrer leur ville aux deux souverains. En un instant toute la bourgeoisie fut sous les armes, et déjà beaucoup d'Allemands avaient été tués et précipités dans la Senne, quand les chefs de la commune parvinrent à interposer leur autorité. Les habitants, qui avaient heureusement perdu peu de monde, écoutèrent la voix de leurs magistrats, et les étrangers, u doubtant la force des Bruxellois, se rendirent au palais, » faisant grand murmure en leur langage. » Dans leur colère, ils défoncèrent les foudres de vin que la viUe avait donnés à l'empereur, et leur colère s'éteignit dans l'ivresse ^. Le jour suivant, l'empereur, le roi et l'archiduc, accompagnés de toute leur cour, allèrent entendre là messe â Sainte-Gudule. On remarquait dans le cortège le capitaine des gardes de Frédéric III, « tout chargiet d'orfèvrerie, pareillement sespaiges,

* 7 juillet 1486. Roodenboeck, — < Lcavain, 16 juillet i486. Ibid, ' j4c(a oppidi anni 1472, 1. c.

* Die excellente chronyke van Brahant, — Liber fundadonis apud De Wael,

l. c, f> 137. — ToUBHEORi 1. c, f> 54-V. — HeDTERUS. — HaRCUS. — MOUNET.

» tambourins et aultres en grant nombre et tous d'une lyvrée ; luy seul >» à cheval, lorsque l'empereur, le roy et les nobles alloient à pied, se » gaudissoit plus pompeusement que s'il euist esté fils du prince ou » d'ung bien grand comte ^ » Après être reste trois mois dans les Pays- Bas dont il visita les principales villes, l'empereur retourna en Allemagne. «( Voulant donner à Bruxelles un témoignage de son amitié, » Maximilicn, par un acte du 7 août, défendit aux bannis graciés de rentrer dans ses murs ^. En outre, il lui accorda deux foires franches qui devaient durer chacune huit à dix jours et commencer, tous les ans, l'une après l'Ascension, l'autre le jour de Saint-Luc; cet octroi était accordé dans le triple but de donner plus de moyens d'écoulement aux objets fabriqués à Bruxelles, d'y attirer les marchandises étrangères qu'il fallait souvent aller chercher au loin, et de la pourvoir de denrées de toute espèce '. Ce prince confirma aussi une concession faite par sa femme en 1477, mais qui n'avait pu être mise à exécution; elle statuait que les manufactures exportées de Bruxelles, telles que menuiseries, draps, soieries, etc., ne seraient pas assujetties à l'étape d'Anvers, c'est-à-dire qu'on ne devrait plus les exposer en vente dans cette ville avant de les envoyer plus loin ^.

S'enhardissant à mesure que son autorité s'affermissait, Maxîmilien exigea, en 1486, des états de Brabant, un secours de 5,000 hommes; et, comme il s'attendait à une forte opposition, Tévéque de Liège et le conseil ducal avaient ordre, en cas de refus, de se rendre immédiatement à la chambre des comptes, et d'y répartir sur ses sujets brabançons le service qu'il leur demandait ; la nombreuse cavalerie réunie sur les frontières de Flandre, devait au besoin soutenir leur autorité. Informés de ce projet, les trois membres de Bruxelles ouvrirent des conférences avec les députés des autres villes pour décider s'ils reconnaîtraient à la chambre des comptes le droit de taxer le pays sans le consentement de ses représentants. Ils approuvèrent d'avance la détermination que prendraient les États, u parce qu'eux seuls, disaient-ils, n'étaient pas en état » de s'opposer convenablement & la volonté du roi ^. » L'année sui-

• MouNET. — « 7 août i486. Boeck metten Haire, » Janvier 1486 (1487 N.-S.). Placards de Brabaut, t. IV, p. 145. ^ *> Novembre 1486. Roodenhoeck,

s Wani sy dat alleene, soc verre hei en behoorde, niet en soude connen beleiten. Àcta oppidi anni 1472, I. c.

vante, <ïomme il se disposait à quitter Bruxelles pour marcher contre les Français, Maximilien vit ses serviteurs, dont il n'avait pas payé les gages, saisis par leurs créanciers. Il envoya Philippe de Clèves et le prévôt de Maestricht solliciter la commune de se rendre caution des dettes de ses serviteurs qui s'élevaient à 20,000 florins, et elle y consentit à condition que les commis aux finances, le chancelier, les conseillers de Brabant et les maîtres de la cour des comptes, s'engageassent & indemniser la ville endéans un mois , et y restassent, ainsi que les joyaux du roi, jusqu'à son retour ou jusqu'à ce qu'elle fût relevée de ses engage^ ments. Dans une assemblée des États, tenue la même année, Maximilien ayant demandé aux che&-villes un prêt de 6,000 couronnes, Bruxelles lui refusa formellement sa quote-part, qui s'élevait au tiers de cette somme. Mais il n'était pas homme à se rebuter quand 0 s'agissait d'obtenir des subsides ; il voulut que tous les habitants pussent, sans contrainte ni menace, lui taire des dons volontaires dont chacun fixerait à son gré la quotité, et le magistrat aima mieux se résoudre à de nouveaux sacrifices que de lui fournir ce mode de spoliation; fl lui accorda i 2,000 florins, en à-compte toutefois sur les aides que voteraient les États ^

La guerre contre la France, qui s'était allumée en i 487 , ne fut pas de longue durée; mais la paix, publiée à Bruxelles le 20 septembre, à cinq heures de l'apris-midi ', fut loin de ramener le calme et la proq>érité. Les soldats étrangers, que Maximilien avait fiiit venir, restèrent dans le pays où, ne receviùit pas de solde, ils vécurent à discrétion diez les bourgeois et les paysans '. A Bruxelles, ils ne payaient rien de ce qu'ik adietaient, et lorsqu'on leur demandait de l'argent ils rendaient par des injures ou des menaces, disant que le temps était venu pour les Allemands de se laver dans le sang des Flamands et des Brabançons *. Le sort des campagnes était alfreox; lesmalheureax vîDageoîs étaient forcés de donner à cette soldatesque sans frein « du vin de Rhin, de la bonne B viande et du pain de fronmit, ^ alors qu'ils pouvaient à peine se procurer ks plus grossiers aliments '. Dans les villes, on en était veau k

* Ada oppidi ammi 147f .

* GeuckUdemisteM va» BrusuLUM^ de la BîbL ie Boaigogaca* 11641.

* HsmBCft. — BjktLMJC%,

* lÀber fumUitioms. — De Wapl, L c^ f 142. > IiPt», Ckrom, BHhUem. L. VI, T 406.

tout craindre de la part de Maximilîen ; aussi suivaient-elles toutes ses démarches avec la plus grande défiance. Le bruit se répandit qu'il voulait se rendre maître de Bruxelles et la li\Ter au pillage; aussitôt les habitants prirent les armes et firent garder avec soin les portes et les principales rues. Ce furent de pareilles craintes qui amenèrent son emprisonnement à Bruges et l'exécution de plusieurs de ses courtisans '.

Cet événement fit éclater une scission dans les provinces ; les unes voulaient que le roi fut rendu à la liberté, les autres, et, en première ligne, la Flandre, prétendaient qu'il fallait avant tout s'occuper de réformes administratives. Après deux réunions sans résultat, tenues k Malines et à Gand, les États s'assemblèrent à l'hôtel de ville de Bruxelles, le 26 mars 1488, en présence des princes du sang. Il y fut donné lecture d'une requête des membres de Flandre accompagnant un projet d'union entre les provinces, qu'une commision , composée du sire de Ravestein, de son fils Philippe, des seigneurs de JBeveren, de Wières, du baiUi du Hainaut et de quelques autres, fut chargée d'examiner et de modifier au besoin. Cette commission s'assembla k l'hôtel de Ravestein, et une copie de son travail fut remise à chaque député. Conformément aux conclusions des membres de Flandre , il fut décidé qu'une nouvelle assemblée aurait lieu à Gand le mercredi après Péques, et des ambassadeurs du duc de Bretagne étant venus solliciter l'intervention des États en feveur de Maximilien, il leur fut répondu que tous désiraient s'employer avec zèle i obtenir sa mise en liberté. Mais les plus grands obstacles à la paix venaient des partisans mêmes du roi qui prévoyaient sans doute que le résultat des négociations serait l'affaiblissement du pouvoir de leur maitre ; Anvers et Malines se rangeaient ouvertement du parti de Maximilien contre les autres villes, tandis que les troupes royales désolaient la Flandre et que la garnison de la forteresse de Liedekerke interceptait déjà les conununications entre Bruxelles et cette province ^.

^ Hoc anno faerunt Bruxellenses in magna timoré quia volavit fema quod rex cum suis vellet spoliare et invadere civîtatem, sed Deus suâ clementlâ prseservavit eam. Unde et illo tempore cives cœperunt seryare portas et vicos civitatis. Postea idem prae&tus rez visus est tentare Brugas, quam ob rem ibidem captus ac tentus fuit Liber fundationit^ 1. c. — De Wael, 1. c.

* MoLiNET. — Heuteros, L. III, C. I et seq.

L'assemblée de Gand s'ouvrit en dépit de tous les obstacles, pendant que rarchiduc Philippe convoquait les États à Matines où plusieurs prôvinces, entre autres le Brabant, envoyèrent également des députés. Bruxelles se fit représenter à Gand par le bourgmestre Henri de Mol, le premier échevinsire Roland de Mol, le conseiller Pierre van Obberghem, Jean de Combliel, Arnoul de Scarpere et le pensionnaire Jean Vanden hecke. Les discussions furent des plus orageuses; les États, qui voulaient h tout prix éviter la guerre civile, cherchaient encore les moyens de rendre le roi à la liberté lorsqu'ils reçurent communication du traité conclu par Maximilien avec les Brugeois. Ils approuvèrent ce traité, mais, avant de se séparer, ils formèrent une confédération pour interdire le passage des gens de guerre étrangers dans le pays, et introduisirent plusieurs réformes dans l'administration des finances et la direction des monnaies.

Le traité de Bruges était trop déshonorant pour que le roi l'observât longtemps. A peine eut-il rejoint son père, qui était arrivé à la tète de 20,000 hommes, qu'il jeta le masque; mais Gand, investi par les Impériaux, brava leurs menaces, et Philippe de Clèves, qui s'était porté garant du traité, prit le commandement des Flamands. Bientôt repoussés dans leurs attaques sur d'autres villes, harcelés par les paysans, qui ne leur faisaient pas quartier, décimés par des combats continuels, par les maladies, par la famine, les soldats de Frédéric III furent contraints de battre en retraite ^.

Maximilien, retiré à Anvers, y convoqua à plusieurs reprises les Etats devant lesquels il essaya de se justifier. Les Flamands refusèrent d'y envoyer des députés disant qu'ils ne se fiaient pas au sauf-conduit du roi ', et Bruxelles, en y déléguant un de ses pensionnaires, lui ordonna de se borner à entendre les propositions du prince et à lui en faire rapport. Elle défendit, en même temps, aux officiers de l'ammanie, de lever aucune taxe sur le plat pays ^. Les résistances qu'il rencontrait irritèrent Maximilien et , dans une assemblée solennelle , tenue dans l'église de Notre-Dame, Philippe de Gèves fut mis au ban de l'Empire. Mais déjà une grande partie du Brabant adhérait au mouvement de la Flandre; Bnixelles, Louvain, Tirlemont, Nivelles, Léau, Jodoigne, Aerschot,.

*■ MOLINET

* M. Gachard, Des ancieimes aêêembUet natwnaîet delà Belgique. ^ Acta oppidi anni 1 472 , 1. c.

soi HISTOIRE

n'attendaient que Toccasion de se prononcer. Pour essayer d'arrêter les défections dont il se voyait menacé, Maximilien destitua Famman Guillaume Ester, qui occupait ce poste depuis treize ans, et il le remplaça par Philippe de Witthem, fils du seigneur de Beersel, un de ses plus exaltés partisans \ Peu de temps après, un nommé Pierre Strote assassina à Anvers le lieutenant-amman , Antoine Vandenweerde (16 septembre), à qui Philippe de Clèves donna pour successeur Hugues de Heetvelde, patricien entièrement dévoué au parti national ^.

Bravant une condamnation illusoire, Philippe de Clèves marchait de succès en succès. Certain des dispositions des Bruxellois, qu'il avait fait sonder par son secrétaire, Olivier de Resele, il parut tout à coup le i7 (d'autres disent le 1 8 ou le i 9) septembre, vers les huit heures du matin, devant leur ville, où sa femme séjournait ordinairement. Les nombreux partisans que le roi avait conservés dans les classes riches et dans le clergé , essayèrent vainement de s'opposer à son admission dans la ville, et, après une vive discussion, les trois membres consentirent à le recevoir avec sa suite. Il entra par la porte de Flandre, entre une et deux heures de l'après-midi, et fut conduit en grand cortège à son hôtel. Il était précédé de hérauts, de trompettes et de clairons, entouré de 60 à 80 hallebardiers et suivi de pages ; il était couvert d'une manteline de drap d'or et faisait porter devant lui sa bannière d'or à la croix de Bourgogne. Les bourgeois logèrent avec empressement les soldats français de son escorte, bien qu'ils eussent toujours haï, dit Molinet, ceux qui parlaient cette langue ^. Les royalistes toutefois ne se découragèrent pas. Le doyen ^ et le chapitre de Sainte-Gudule répandirent le bruit que les Flamands avaient été excommuniés et que les habitants de la ville étaient également devenus passibles d'excommunication pour les avoir reçus dans les églises et avoir permis que le service divin fut célébré en leur présence. Philippe écrivit, le S i , aux chanoines, pour leur rappeler la nullité des censures qui, en effet, avaient été cassées par le pape, le

* Ord. du 7 septembre 1488. Bocck mette Cnoope. « Archives de la Fille.

' Molinet. — Impens, etc.

* Le doyen d'alors était Georges de Temseke, fils de Louis de Temseke, bourgmestre de Bruges, et de Marguerite de Flandre. Il fut membre du grand conseil de Malines et du conseil privé et prévôt des églises de Saint-Pierre à Cassel, de Saint-Sauveur k Haerlebeke et de Saint-Bavon à Harlem. Sanpbrus, Flandria niustr., t. II, p. 68.

4 avril, et pour les inviter à ne plus semer d'alarmes ^ De leur côté, pour intimider leurs adversaires, les ennemis du roi lancèrent de nombreux pamphlets dans lesquels ils recommandaient à la commune de bien veiller à ce que monseigneur Philippe ne fût pas trahi, parce que de lui dépendait la prospérité de la ville. Ces pamphlets accusaient les magistrats, dont une partie était restée à Bruxelles tandis que l'autre se trouvait à Anvers, de s'informer mutuellement de ce qui se passait. Ils prêtaient au roi l'intention de faire périr plus de cent habitants s'il parvenait à revenir, u mais ses efforts seront vains, ajoutaient-ils, si la u trahison ne lui vient en aide, et malheureusement il y a beaucoup do » traîtres ; rassurez-vous cependant, concitoyens, Henri Swaef et beau- » coup d'autres habitants veillent pour déjouer leurs complots ^. »

L'arrivée du chef des Flamands fut l'occasion de nombreuses mutations <)ans la magistrature. Le premier bourgmestre, Adrien d'Assche, dit de Grimberghe, fut remplacé comme trop favorable au roi; Guillaume Estor fut réintégré dans sa charge ; les fonctions de receveurs et de conseillers furent abolies de nouveau et l'on vit reparaître les seize maîtres de la police. Ledbevalier Wenceslas t'Serdaes, JeandeBuyssegem, Jean de Cotthem , Henri Estor , Jean , fils de Laurent Vandemoot , Jean Van Aelst, Herman Vandemoot, Jean Elselaer, Jean Mosselman, Jean Vandenbroecke, Egide Vandenputte, Pierre van Obbergen, Guillaume deCock, Jean Graenbout, Jean Vander Zennenet René de Costere, furent nommésà ces fonctions. Un fait, qui peut prouver combien cette institution était populaire, c'estque, parmi ces seize élus, cinq avaientoccupélaméme charge en i 477, et sept étaient parents d'autres membres de l'ancienne commission.

Cependant l'insurrection s'étendait chaque jour. Le 23, le magistrat de Louvain annonça , qu'à la demande de Philippe de Clèves, il avait publié la paix de Bruges, et ces événements jetèrent la consternation k la cour d'Anvers. Le sire de Walhain reçut Tordre d'occuper Malines, et son frère. Corneille de Berghes, se rendit avec cent hommes d'armes à Vilvorde, que les Allemands avaient abandonnée la veille après avoir pillé plusieurs maisons et enlevé des chevaux. Le roi lui-même les suivit bientôt, avec une armée qu'une relation sans doute exagérée porte à

* LeUre datée du ?i septembre 1488. Archiver de la Courda Comptes, n» i04 de rinyentaire imprimé.

* Pamphlet trouvé dans Tëglise de Saint-Nicolas le jeudi 25 septembre 1488. Ibid.

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