TOMI I. 3G
12,000 cavaliers. Une partie de son avant-garde s^ëtant avancée jusque sous les murs- de Bruxelles, et ayant enlevé dans les prairies quelques troupeaux de moutons, les habitants garnirent aussitôt les remparts. Emportés par leur ardeur et sourds aux représentations des gens de guerre, quelques centaines de bourgeois coururent attaquer les ennemis qui, simulant une retraite précipitée, les attirèrent dans une embuscade. Chargés brusquement par des troupes qui s'étaient tenues cachées dans les ravins et derrière des haies, ils furent mis en déroute et tombèrent en grand nombre sous le glaive des vainqueurs; beaucoup d'autres périrent en voulant traverser la Senne. Des hommes d'armes qui avaient été envoyés pour les secourir furent forcés de rentrer en ville & l'approche d'un corps nombreux sorti de Yilvorde. La perte des Bruxellois s'éleva à 400 tués, i 00 noyés et 200 prisonniers* ; au nombre de ceuxci se trouvait le bourgmestre sire Guillaume TSerclaes *. Cet événement, arrivé le i 2 octobre, jour de la dédicace de l'église de Sainte-Gudule , plongea la ville dans le deuil ; mais la colère succéda bientôt à la tristesse. Philippe de Clèves appela à lui les milices de la Fbindre et ses auxiliaires français. Robert d'Arembcrg et deux de ses neveux arrivèrent à Bruxelles, où ils furent suivis le samedi suivant par les Flamands '. Les Bruxellois et leurs alliés, prenant alors l'offensive, s'emparèrent bientôt de quelques points fortifiés et entre autres de Liedekerke, sur la Dendre, position de la plus haute importance pour assurer les communications entre Bruxelles et la Flandre. Genappe, dont Philippe avait été nommé châtelain l'année précédente ^, n'opposa pas de résistance , non plus que Tervuercn ; Nivelles s'était prononcée, et cet exemple fut suivi par les villes de Tirlemont, Aerschot, Léau, Haelen, Jodoigne, etc. *. Diest, fiois-Ie-Duc, le Hainaut et la Flandre française gardèrent une neutralité absolue, tandis qu'Anvers, Malines et Lierre embrassèrent chaudement la cause du roi. Malines, mettant à profit les circonstances, releva la chaîne de Heffen et intercepta de nouveau la navigation de la Senne ^.
* Tourneur. — De Wael, t. I, f> 14^. — Molinet. — Heuterus.
* n fnt remplacé par le cheyalier Jean de Heemvllet, et fat encore bourgmestre en 1489. Quand les troupes de Maximilien rentrèrent dans la ville, on Int substitua Adrien d*Âssche.
' Tourneur.
* Par ordonnance du 25 novembre 1487. Archives de ta Cour des Comptes, n^ 135 de Tlnventaire imprimé.
* Impems, 1. c. ft 413. — « Historia aquceducttts Brtucell, mss. T. I, ^ 96.
Folrcë de se rendre en Hollande pour combattre les Aoedks qui s'étaient relevés à la voix de Bréderode , MaximUien résolut de recourir aux négociations afin d'arrêter les progrès des communes belges, et, au mois d'octobre, les États de plusieurs provinces s'assemblèrent à Malines. Ils envoyèrent à Bruxelles Fabbé d'Âfflighem, Goswin Hardinck, les seigneurs de Volkenstein et d'Aymeries et le docteur Ânette (aie) qui y trouvèrent les délégués de la Flandre et du Brabant ; mais il ftit impossible de s'entendre; ces derniers repoussèrent toutes les propositions qui leur furent faites et déclarèrent que, « jusqu'au dernier homme de leur pays, A ils ne souffiriraient pas que le roi eût aucune autorité sur eux. » Us demandèrent qu'il se retirât en Allemagne, promettant de lui payer i 00,000 florins du Rhin s'il consentait à abandonner la tutelle de ses enfonts à un conseil désigné par le pays. Se voyant dans l'impuissance de dompter ses ennemis, Maximilien partit avec son père, laissant le commandement de son armée au duc Albert de Saxe, qui conclut avec Philippe de Clèves un armistice garanti pour le Brabant, au nom de ce dernier, par le sire de Chantraine et Henri Swaef. Cet armistice ne devait durer que du 6 au i 5 novembre ^.
Pour punir ses sujets rebelles de Louvain , de Bruxelles, de Gand, de Bruges, d'Ypres, etc., Maximilien annula les obligations souscrites par le chancelier sire de Champvaux, l'abbé de Saint-Bertin, les seigneurs de Molenbais et de Walhain , maître Jean d'Ëynatten, prévAt de Maestricht, le receveur général Louis Quarré, l'argentier Hugues Du Mont et Hippolyte de Berthoz, membre de la chambre aux deniers, qui s'étaient rendus cautions des sommes que ces villes lui avaient prêtées. C'était un nouveau moyen qu'il avait trouvé pour payer ses dettes. U défendit en même temps aux chefe de ses finances de payer, aussi longtemps que durerait la guerre, les rentes dues à des insurgés ^, et, pour se venger particulièrement des Bruxellois, il confirma, le 38 décembre, les prétentions de Malines au droit d'étape ^.
Comprenant que les divisions paralyseraient tous leurs efforts, les Bruxellois travaillèrent à réconcilier les partis qui s'étaient formés doins leur sein. Malgré les intrigues des partisans de Maximilien, la commune se rallia franchement k Philippe de Clèves et, le 23 janvier 1489, dans
> MOLINET
* Ordonn. en date du 12 novembre. Archives de la Cour des Comptes, n® 155. ' L'abbé Manu, T. I, p. 92. — Harj;us. — Azbvedo.
une nombreuse assemblée, le damoisel Éverard d'Aremberg, capitaine de la ville, Famman, sire Guillaume Estor, les échevins, le large conseil, les jurés et les centeniers, après s'être pardonné mutuellement toute offense, promirent qu'aussi longtemps que Philippe et ses alliés soutiendraient la ville, ils n'entreraient pas en négociations avec le roi sans leur consen* tement, et ils s'engagèrent à délivrer, aux frais de la commune, les bourgeois prisonniers ^ Le magistrat fit frapper des monnaies d'argent au nom de l'archiduc. Le revers de ces monnaies, qui avaient encore cours au xvii^ siècle , présentait la croix de Bourgogne, quatre lions placés entre les bras de la croix , et dans le milieu la lettre J?,'avec cette inscription : Invocavi Deum adjutorem meum; de l'autre cAté on voyait saint Michel vêtu d'une tunique et tenant d'une main la croix, et de l'autre l'écusson de Brabant-Limbourg, avec ces mots Phs Dei grat. Dux Brab. 1 488. La guerre éclata bientôt avec plus de violence que jamais, et le Brabant fut livrée toutes les horreurs des dissensions civiles. Jamais le débordement des passions n'avait été tel ; il n'y avait plus ni parents , ni amè, ni voisins, il n'y avait que de furieux antagonistes ; le père s'armait contre ses fils , les fils combattaient leur père '. Exalté par ses succès et par ses revers même, chaque parti rendait pillage pour pillage, incendie pour incendie, meurtre pour meurtre, et les bandes indisciplinées que la France et l'Allemagne vomissaient sur nos provinces, se livrant sans frein à toutes leurs fureurs, rendaient plus terrible encore cette guerre d'extermination. Les marchands, qui osaient s'exposer aux risques des voyages, voyaient leurs saufs-conduits méconnus, et les établissements religieux même n'étaient pas respectés; ainsi la chartreuse de Scfaeut fut plusieurs fois mise à contribution par les soldats de Philippe de Glèves',qui saccagèrent et brûlèrent l'abbaye de Dilighem ^. S'appuyant sur la Flandre et sur le pays de Liège, ayant relié leurs conununicatioos par de nombreuses positions fortifiées , les insurgés brabançons tenaient la campagne et forçaient les nobles du parti de Maximilien à se renfermer dans leurs châteaux , et & se borner à des excursions plus désastreuses pour le pays que profitables à leur prince. Sterrebeke, entre Bruxelles et
* Archives de la Cour des Comptes^ n* lOi.
* De vader was tegen t* kint ende r kint tegen de vader. Brab. ehronyck^ mss. n« 40247.
' Dewael.
« Sanderus, Chorog, sacra Brab.^ T. L
Louvain, était occupée par un corps nombreux de caraliers qu'Adrien Vilain, sire de Liedekerke, avait pris à sa solde; Philippe de Hornes, dans sa forteresse de Gaesbeek , Louis d*Enghien, dans son manoir de Kestergat, le chevalier Bernard d'Orley, dans ses châteaux de Facuwez, d'Âskempont et La Folie (Écaussines-Lalaing), entretenaient des bandes armées aussi redoutables par leur soif de butin que par leur férocité. Mais de tous les barons, celui qui causait le plus de dommages aux Bruxellois était Henri de Witthem; de ses châteaux de Beersel, de Zittert et de Braine-FAUeud, 0 désolait leur territoire par d'incessantes sorties. Aussi leurs premiers efforts se tournèrent-ils contre cet ennemi. Mais une attaque qu'ils tentèrent contre le château de Beei*sel ne fut pas heureuse; après avoir vainement canonné ses épaisses murailles et livré un furieux assaut que la garnison , commandée par Philippe de Witthem, repoussa avec courage, ils durent renoncer à cette entreprise. Irrités de cet échec , ils se ruèrent sur le magnifique hôtel que les de Witthem possédait dans la rue des Foulons, & l'endroit où se trouve aujourd'hui le mont-de-piété, le saccagèrent et le détruish*ent jusques aux fondements. De leur côté, les hommes d'armes de Witthem, encouragés par ce succès, se montrèrent plus audacieux que jamais ; seuls ou réunis aux bandes sorties des autres châteaux, ils se précipitaient dans les campagnes, interceptaient les convois, et ils établirent pour ainsi dire une barrière entre le Brabant et le Hainaut, barrière qui contribua sans doute à jeter tout à fait ce comté dans le parti du roi. Décidés à en finir avec ces audacieux ennemis, trois mois après le premier siège, les Bruxellois reparurenjt devant Beersel, accompagnés d'une formidable artillerie venue, en grande partie, de France. Cette fois, ils poussèrent l'attaque avec tant de vigueur que la place dut bientôt se rendre à discrétion. Une partie de ses défenseurs furent jetés dans les fers ; les autres et avec eux le commandant, Guillaume de Ramilly , Bourguignon de naissance, furent pendus sur le marché. Les vainqueurs se tournèrent alors contre le château de Braine-l'AUeud : la garnison qui manquait de poudre en demanda aux Hennuyers, mais ceux-ci se renfermant encore dans leur stricte neutralité , refusèrent de* lui en fournir ; elle ne tarda pas à ouvrir ses portes, et le château fut détruit ^ Facuwez, Bornival, Askempont et Flessies, éprouvèrent le même sort; seul le château de la Folie, dans lequel s'était
< MoLiNET. Par plusieurs actes datés des mois de juin et août 1489, Maximilien
renferme Polydore de Berlaer, résista à toutes les attaques. L'esprit de vengeance et de repi*ésailles , qui rend les guerres civiles si désastreuses, souilla presque toujours ces succès, et un grand nombre de prisonniers furent exécutés sur la GrandTlace ^
Profitant du départ de Philippe de Clèves, qui s'était rendu à Cambrai pour conclure un traité avec la France, Albert de Saxe, récemment nommé gouverneur du Brabant, réunit à Vilvorde plusieurs divisions, et, après s'être emparé du château de Grimberghe (24 janvier 1 489), il livra aux flammes les bourgs d'Yssche et de Wavre (8 mars). Ensuite, à la tète d'un corps considérable de cavalerie, il ravagea les environs de Bruxelles , et, marquant sa marche par les plus odieuses dévastations, il alla brûler Assche ^. Telle était l'animosité des partis dans cette guerre où l'on ne faisait ni ne demandait quartier , qu'après avoir défendu avec acharnement les retranchements qui devaient les protéger, les habitants de ces villages se retirèrent dans leurs églises et y périrent, consumés par les flammes, u desquels, dit Molinet, fut oys les plus piteux cris et lamen* » tations qui jamais furent faits, car ceulx qui les ouirent n'en sceu* » raient parler sans amertume de cœur, sans soupirer et répandre des » larmes. >» Philippe de Clèves n'avait pu s'opposer à la marche du général allemand; mais les Bruxellois tirèrent une éclatante vengeance des désastres qui l'avaient signalée. Ayant appris , le jour même de la destruction d'Yssche , que la garnison de Vilvorde avait rejoint l'armée royale et que les milices malinoises qui étaient venues la remplacer, faisaient M grande chère ensemble de boire et de manger, laissant les gens » de la ville en nonchalloir, » ils résolurent de profiter de leur négligence. Une forte troupe, dans laquelle on remarquait quelques capitaines français, quitta Bruxelles et arriva devant Vilvorde entre trois et quatre heures du matin. Elle n'éprouva aucune résistance et u les » Malinois, qui reposoient leur sang doucement, furent resveillez dure- » ment ; >» ceux qui échappèrent au massacre se réfugièrent dans le château et les vainqueurs livrèrent Vilvorde au pillage et à Tincendie. La maison communale, la boucherie, la halle aux draps, le tiers de la
fit de larges concessions au sire de Beersel pour l'indemniser de ses pertes. Voyez le Château de Beersel, par M. Alphonse Wauters {Messager des Sciences /lûfongue», année 1841, p. 450).
> MOLIMET. — HeUTERUS.
* TooRNEOR, f 88 y.— Conf. Mounbt, Heotbrus.
DE BRUXELLES. 31 i
ville furent dëvorés par les flammes ; quelques jours après, les Bruxellois rentrèrent dans leur ville traînant avec eux un grand nombre de prisonniers et un immense butin «c chargiet sups l'eau, sus chariots et sus » chevaulx^. »»
Le dimanche suivant, Philippe de Glèves arriva à Bruxelles h la tète d'une nombreuse infanterie et de 400 chevaux; il menait avec lui 25 serpentines, 4 courtaulx, des munitions en poudre et en pierres, et S 50 chariots de vivres destines à ravitailler la ville où la famine commençait à se faire sentir. Il n'y fit qu'un court séjour, et se rendit h Louvain , où l'appelaient les habitants à qui Albert de Saxe venait d'enlever la ville d'Aerschot et plusieurs châteaux ^. 11 assiégea successivement Saint-Trond et Gembloux , mais il ne réussit dans aucune de ces entreprises dont le résultat eût été de couper les communications entre les provinces septentrionales, qui étaient restées dans le parti du roi, et le Hainaut, le Namurois et le Luxembourg qui s'étaient enfin ouvertement prononcés contre les communes. Deux autres tentatives, faites sur Hal , n'eurent pas plus de succès. Des bannis de Bruxelles s'y étant ménagé des intelligences, le 1 " mai, le sire de Ravestein attaqua brusquement cette ville avec 6,000 hommes, parmi lesquels on comptait un corps de Bruxellois, commandé par le lieutenant-amman ; mais il fut repoussé et ramena k Bruxelles un grand nombre de blessés. BientAt après cependapt, il reparut devant Hal avec une armée de 10,000 soldats. Français, Flamands, Brabançons et Liégeois, commandée par plusieurs capitaines expérimentés. Le 20 juin, après qu'une furieuse canonnade eut battu en brèche les remparts, il ordonna un assaut général. Des deux càtés on se battit avec un acharnement sans égal, et peu s'en fallut que la ville fut forcée ; mais la certitude du sort qui les attendait doubla le courage de ses défenseurs , et leur valeureuse opiniâtreté triompha de la furie des assaillants. Prévenu que de nombreux secours arrivaient à la ville assiégée, le 24,. le sire de Ravestein ordonna la retraite '.
Ce fut Ih la dernière entreprise de Philippe de Clèves et de ses lieutenants dans le Brabant. Réduit à l'inaction par l'épuisement des villes , dont le commerce était anéanti, les ressources épuisées, l'exaltation à
* HoLiMET. — Dewael. — TooBNEUR. — P. Heoterus. — Brab. chronyckf mss. Maximilîen, pour indemniser la yiUe de Vilvorde, lui accorda différentes faveurs ; il Vexempta entre autres de toute sujétion à la juridiction de Bruxelles.
* DiTAUS, Rerum Lomn. -— s Molinet. — Heuterus.
peu près éteinte et la population décimée par la peste, il se voyait en outre abandonné par la France qui , dans le traité de Francfort, avait indignement sacrifié ses alliés, tandis qu'Albert de Saxe et le prince de Ghimai , renforcés par les bandes nombreuses que rAllemagne leur fournissait, redoublaient d'activité. Genappe succomba la* première, Tirlemont fut saccagé, et le Saxon vint camper à Neeryssche d'où il intercepta toute communication entre Louvain, Bruxelles et le Brabant wallon. Louvain ne tarda pas à lui ouvrir ses portes, et Bruxelles fut bientôt réduite à capituler. Avec le consentement de Philippe de Glèves, l'abbé d'Afflighem, maitre Jean Hujoel, et le pensionnaire Gérard Vandenhed^e \ furent députés au duc de Saxe pour traiter de la pacification de la Flandre et du Brabant. Il les reçut fort bien , u leur fist donner les vins , » mais il leur répondit u qu'ils parlassent pour eux seulement et laissassent n les autres convenir. » La résistance n'était plus possible et il fallut subir la loi du vainqueur ^.
Les villes du quartier de Bruxelles durent reconnaître solennellement le roi pour avoué et tuteur légitime de l'archiduc, payer une amende de 200,000 florins de 40 gros de Flandre , restituer les domaines de la couronne, ainsi que les joyaux et les tapisseries abandonnés à BruxeOes au commencement de la guerre, réintégrer tous les officiers et employés dans leurs emplois, donner un libre accès en ville aux bannis, et livrer toute l'artillerie au roi pour qu'il pût l'employer à son service. Les membres de l'ordre de la Toison d'Or, ceux du conseil des finances et tous les officiers ayant bouche en cour, devaient en outre être exempts d'accises, et Bruxelles fut condamnée à indemniser le seigneur de Beersd de la destruction de son hôtel, et à fonder trois messes pour l'âme de Guillaume de Ramilly. En vertu de cet acte , qui fut approuvé par les trois membres de la ville et par le roi ^, Philippe de Clèves sortit de Bruxelles, le 25 août, accompagné de sa femme et de 500 cavaliers. 11 conduisait avec lui douze chariots remplis d'objets précieux. Des com* missaires de la commune l'escortèrent jusqu'à Gand, où ils lui offrirent 4000 florins du Rhin, comme témoignage de la reconnaissance des habi* tants pour l'assistance qu'il leur avait donnée dans la position critique où ils se trouvaient ; ils se séparèrent ensuite dans les meilleurs termes ^.
* Àcta oppUU anni 1472,1. c. — « Hounet, Heoteeus, Harjeus, etc. 5 Roodt PrivUegie-Boeek.
* Despars. -- MoLmET. — Brab, chronyc, mss.
La restitution de son artillerie, qui était restée à Bruxelles, et des lettres d'obligations qu'il avait souscrites pour une somme de i 0,000 florins que lui avait prêtée la ville afin de payer la solde de ses troupes, fut une des clauses d'un traité proposé en i49â ^
Le jour même du départ de Philippe, le duc de Saxe , le prince de Chimay, le comte de Nassau, le seigneur de la Vere et un grand nombre d'autres nobles entrèrent à Bruxelles avec 2,000 fantassins allemands; mais la peste les en fit bientôt sortir. Après avoir changé les magistrats ils se rendirent à Cambrai où devait être ratifiée la paix avec la France ^. Le calme toutefois était loin d'être rétabli ; en Flandre, les hostilités se prolongèrent longtemps encore, et l'irritation était surtout entretenue par la conduite des troupes qui, levées au nom du roi et désignées sous le nom de gardes, mirent le plat pays à contribution et forcèrent les habitants à reprendre les armes pour réprimer leurs maraudages '.
Un redoutable auxiliaire était venu hâter le triomphe de la cause royale. La peste exerça toute sa furie sur un pays ruiné par la guerre et désolé par la disette; elle se propagea à Bruxelles avec une rapidité telle, qu'elle y enleva en quelques mois, suivant la relation la moins exa gérée, 1 5,000 habitants ^; d'autres portent ce nombre à 25 ^, à 50 ® et à 55,000 ^. Pendant quelque temps la mortalité fut si grande qu'il périssait par jour 2 i 500 personnes, et dans les cimetières on entassait en une même fosse jusqu'à 50 et 40 cadavres.
Si ces malheurs publics démasquent l'égoïsme et la lâcheté, ils mettent aussi en relief l'humanité et le courage. Les carmes se distinguèrent par leur zèle à servir les malades, et quatorze d'entre eux perdirent la vie dans cette pieuse mission ^. Qui ne connaît le nom de Thierry de |
1 Heutebus, Rerum Atutriac, L. IV, c 5.
s MOUNET. — HeUTERUS.
» De Wael, 1. c, M 90. .
* Geschiedenissen van Brussel, Mss. n<^ 1164 i, f* 187.
bDeWael, Le, M50.
< Heuterus, L. III, c. 1 8. — Harjbos.
^ Addit, ad GuicciARDimnu < — Cravate, BruxeUa^ p. 2. — Sanderus, Chorog. Sacra Brabant. T. III, p. 66.
s 1 mort le 14 juillet, 1 le 17, 1 le 11 août, 1 le 7 septembre, â le 10, 1 le 13, 1 le 15, 1 le 18, 1 le 31,1 le 24, 1 le 18 octobre et 1 le 10 janvier 1490. Mss. delà Bibl. de Bourgogne, n*^ 181 96. Ces chiffres peuvent 6dre apprécier la marche du fléau.
Toii I. 37
Munster? Qui ignore avec quelle héroïque eonstance ce respectable rein gieux remplit les devoirs de la charité ? Quittant le couvent de Bootendael, Thierry établit sur la grand'place une cabane où une table servait d'autel, et après qu'il y avait administré les sacrements , on le voyait parcourir les rues désertes, portant Teucharistie aux infirmes et aux malades, et répandant partout les consolations d'une religion dont il remplissait si bien les devoirs. Le sacristain, qui l'aidait d'abord, étant tombé victime du fléau, ce saint homme, inaccessible à la crainte et bravant tous les obstacles, attacha sa lanterne à la ooîrde qui lui servait de ceinture et, tenant une sonnette de la main gauche, le ciboire de la droite^ il alla seul administrer aux mourants les secours de l'Église. Les auteurs ecclésiastiques rapportent que la brasserie, dite h Fauefm, et située près du marché, dans laquelle il se retirait pendant les firoides nmts de l'hiver, fut exempte du fléau , et , comme il faut toujours que le miracle paraisse dans leurs récits, ils ajoutent que tous ceux qui burent de la bière provenant du Faucon forent guéris ou préservés de la contagion. 11 en est aussi qui portent à 3 S, 000 le nombre de personnes à qui Thierry administra les sacrements; l'exagération n'est jamais nécessaire pour faire valoir les belles actions ^ Le fléau avait enfin cessé ses ravages et Thierry avait rendu de solennelles actions de grAces au ciel ^, lorsque la famine, conséquence naturelle des désastres de la guerre, ramena la désolation et la meurt. Enfin la récolte abondante de 1493, qui fit descendre le prix du seigle à 3 sous la razière, mit fin à ces calamités ^.
Bruxelles, qui, outre sa part dans les aides, avait à Miàar ses contributions extraordinaires et de nombreuses rentes dont les circonstances avaient nécessité la création, se trouva, à la suite de ces tristes événements, complètement obérée; il en était de même de presque toutes les autres villes, où le commerce avait encore & souffrir de l'élévation démesurée de la valeur de l'argent ; nuûs qu'importait à Maximili^i que le pays fut ruiné ; il avait vaincu, humilié ses ennemis, et l'autorité souveraine triomphait!
« Sanderus, I. c — De Wàel, etc.
* Sauderus.
» Foppens, chron. mss., M 2.
DE BRUXELLES. 5i5