‹ Histoire de la ville de Bruxelles (volume 2)Chapitre 26 sur 51 · CHAPITRE VIIL Philippe le Beau. — Charles-Quini · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL Philippe le Beau. — Charles-Quini

Après avoir pris possession du trône impérial, auquel il avait été appelé après la mort de son père, Maximilien revint aux Pays-Bas pour y fiiire inaugurer son fils Philippe le Beau. Ce jeune prince fut reçu & Louvain, comme duc de Brabant, le 9 septembre i494; il ne voulut reconnaître aucune des concessions que sa mère avait faites ion de son avènement, et sa Joyeusie Entrée fut calquée sur cellede Charles le Témé* raire. Il ae passa près d'une année avant qu'il fit son entrée solennelle à BmeUe8;0 yarrivale jour de stânte Marie-Madelafne, 2â juillet 1495, accompagné du prince de Chimay, des seigneurs de Berghes , de Molembais, de Beersel et de plusieurs autres chevaliers de Tordre de la Tobon d'or. Le magistrat alla le recennr hors de la porte de Malines (ou de Sdiaeribeek) et, à cette occasion, les bouchers, « habituel comme braeonn niera, aiana cors, trompes, duens en hisse par couples, avaient )» mené ung cherf , lequel fut chassé faonnesteraent hors la dicte porte, n De ridies tapisseries étaient tendues dans toutes les rues par lesquelles passa le cortège, « et les carrefours d'ieelles notablement aomez d'his- » toires, jusques au nombre de trente-chinq, fondées sur les livres de )» Moyse, fort bien appropriées à la venue et réception de mondict set- 1» gneur et décorées des armes et blasons, tant de luy comme de madame » Marguerite. » 11 était neuf heures du soir quand le prince arriva au palais ^ Le 6 septembre, il y eut de grandes joutes dans le parc, et la ville olfrit ensuite un banquet an prinoe et à sa suite \ L'année suivante, l'archiduc épousa à Lierre l'infante Jeanne, fille d'Isabelle, reine de Castille, et de Ferdinand, roi d'Aragon, et, le 9 janvier 1497, il amena sa

* Moliuet. — * Compté de Simon ijongin aux archivée de EilU»

femme à Bruxelles, où des fêtes magnifiques signalèrent leur entrée ^ 11 eut de cette princesse six enfants, qui tous ceignirent la couronne ' Éléonore, née à Bruxelles^ au mois de novembre 1498, le jour de Saint-André, vers deux heures de la nuit; Charles, né h Gand, le 25 février i500 ; Elisabeth, née d Bruxelles, le i 7 juillet 1.502 , et baptisée & Goudenberg ; Ferdinand, né en Espagne, en 1 505 ; Marie, née à Bruxelles, le 1 5 septembre 1 505, vers dix heures du matin, et Catherine, née en Espagne en 1 50G. Ferdinand succéda h Charles-Quint dans l'empire d'Allemagne ; Éléonore, veuve en premières noces d'Emmanuel de Portugal , épousa François I*^ ; Elisabeth fut mariée à Christiern II de Danemark , Marie à Louis II de Hongrie , et Catherine à Jean III de Portugal.

Sous Philippe le Beau, Bruxelles devint de fiiit la capitale des Pays-Bas : c'est alors que l'on vit s'y fixer définitivement le conseil de Brabant et la cour féodale qui auparavant avait toujours suivi le souverain. En 1491, un concordat fut passé à cet effet entre le premier de ces tribunaux et la commune; elle lui acheta le refuge de l'abbaye de Parcq (27 octobre 1490) ^, qui prit le nom de la Chancellerie, parce que le chancelier de Brabant y demeurait. L'archiduc cependant montra toujours une préférence marquée pour Malines, où il assembla souvent les états généraux, et établit, en 1 504, le conseil suprême de justice, qui avait juridiction sur toutes les provinces à l'exception du Brabant, et qui jugeait en première instance les procès des officiers de la cour. Le grand conseil était une des deux fractions du conseil du souverain ; l'autre, qui prit le nom de conseil privé, resta, comme précédemment, à la suite du prince. Philippe voulut aussi centraliser à Malines les chambres des comptes provinciales ; mais ce projet était à peine exécuté depuis un an qu'il dut détruire son ouvrage. La chambre des comptes de Brabant fut rétablie à Bruxelles par lettres du 21 février 1497 ^

Toute la politique de ce prince tendit à rendre le pouvoir fort, et, pour y parvenir, il voulut dominer l'intelligence et diriger la marche desidées. C'est dans ce but qu'il fonda à Malines une chambre souveraine de rhétorique, dont il donna la présidence à son chapelain Pierre Aelliers *• On sait qu'à

■ MoLiNET. * Archives de la Fille.

' M. Gâchaiu), Notice sur la Chambre des Comptes,

« Snellaert, Mémoire sur la Poésie flamande, couronné par T Académie de Bruxelles.

cette époqoe les chambres de rhétorique étaient à Tapogée de leur splendeur. Dans ce but aussi, de grandes réformes furent introduites dans les corporations religieuses; mais, si c*étaient des hommes dévoués au pouvoir qui se montraient zélés pour le rétablissement de la discipline, il fout dire aussi que la licence avait rendu la plupart de ces réformes indispensables. C'est ainsi que Nicolas Robertî, prieur de Sept-Fontaines et Tun des confesseurs de Maximilien, donna de nouveaux statuts à Fabbaye de Forêt et & l'hôpital de Saint-Jean ^ ; Thierry de Munster fit substituer des colétans aux récollets, et les colétans eux-mêmes furent remplacés, en 1518, par des frères de l'Étroite-Observance ^. Ce vénérable religieux eut aussi une lai^e part à la transformation de la maison de Bethléem (rue de Lacken) , qui était habitée par des sœurs grises, du tiers ordre de saint François, en un couvent de pauvres-claires (1 505)^. L'hôpital Saint- Pierre reçut, en 1 500 ^ une nouvelle organisation, par suite de laquelle on supprima les frères , qui y soignaient les malades concurremment avec des sœurs ^; et, en 1505 , la clôture fut imposée aux sœurs noires ^ Mais ces mesures tardives ne pouvaient écarter Forage qui grondait sur le catholicisme ; la foi aveugle avait fait place au scepticisme et & l'incrédulité, et l'exagération même des pratiques religieuses prouvait le peu de sincérité de ceux qui s'y livraient. Vers 1 505 , on brûla, à Bruxelles, un serrurier de Gand, homme fort dévot k par semblance » et fort honnête, mais ne tenant compte ni de l'église, ni de la messe, ni des sacrements. Dénoncé par son maître et appliqué à la torture, il dit, entre autres, que Jésus-Christ avait été foit homme juste, mais non pas Dieu, et, comme on lui demandait d'où lui venait cette croyance , il répondit u que son bon ange le lui avait révélé et lui parlait souvent, n Loin de l'effrayer, le supplice horrible qui l'attendait doubla son e:taltation , et il s'écria qu'il n'avait rien à craindre des flammes; il se déshabilla lui-même et monta avec courage sur le bûcher ; mais la douleur l'emporta bientôt et U périt en poussant des cris a£Ereux. Des scènes du même genre se répétèrent dans d'autres villes ^.

En 1 495, le mal de Naples, qui avait pénétré dans le Hainaut, s'éten-

■ SAHDBaos, ChùTogr. Sacra BrabatU., t. H, p. 84.

« Annales B. GudiUe, titre V, c. 6. — OpôraDiplom., t. IV, p. 239. — Mm. de la Bibliothèque de Bourgogne, n^" 17116.

> Voyez troisième partie. ^ Sakderus, l. c., t. II, p. 150. 8 Gkamate, BruxeUa. < Mounet.

dit dans les proviDces voisines ^. C'est pour restreindre ses ravages, paraît-il, qu'on ouvrît à u de pauvres pécheresses h des asiles, sous l'in* vocation de sainte Marie-Madelaine. En 4 506 une fondation de ee genre fut établie k Bruxelles, dans la petite rue des Chevaliers (aujourd'hui rue des Fripiers) par Marc Steenberg, doyen de Sainte-Gudule ^.

L'archiduc avait conclu avec la France le traité de Paris, par lequel il promettait de ne pas réclamer la Bourgogne, et il s'était engagé à le £ftire garantir par douze de ses vassaux, les membres de Flandre et huit villes d'autres provinces, au choix du roi. Louis XII ayant, entre autres, désigné Bruxelles, Philippe le Beau invita, le âO septembre 1498, le magistrat à lui envoyer une confirmation de la paix munie du sceau communal ; mais celui-ci hésita longtemps à se rendre garant d'un traité qu'il prévoyait ne pas devoir être longtemps observé. Une lettre de rappel que Farchidue lui adressa, le 1 8 février suivant, étant également restée sans réponse, il réitéra sa demande, le 18 mai, déclarant que cet acte ne semit pas livré au roi, avant qu'il eût remis les villes d'Aire, de Hesdin et de Béthune. Ce ne fut que le â9, après avoir reçu deux nouvelles dépêches, datées du S 2 et du S7, dans lesquelles le prince demandait cette confirmation en termes très-pressants, disant qu'il la lui fallait absolument pour le â juin, que le magistrat lui fit remettre cette pièœ munie seulement du 9cel <mx contrais et non du 9eel aux causes. Le 17 juin, l'archiduc chargea son chambellan, le chevalier Henri deZwaef, de la r^Hirter à l'hàtel de ville et d'en réclamer une autre expédition ^. Cette conduite du magistrat bruxellois était motivée sur les démarches de Maximilien qui poussait son fils à rompre ce traité, afin, disait-il, de reconquérir la Bourgogne. Les États, convoqués par l'ardûduc, avaient ^temandé k consulter leurs commettants, et, de retour à Bruxelles, au mois de février 1499, après une longue délibération tenue à l'hàtet de ville, ils s'étaient rendus au palais pour prier le prince d'exécuter le traité, par la considération que ses peuples n'étaient pas eu état de supporter le fardeau de la guerre. Maximilien n'eut pas plus de succès quand il vint mendier une aide de 100,000 florins, en récompense des

* MoLWET.— Un extrait des registres du parlemenl, du ft mars 1496, cité par A. MoNTEiL dans soa adrairable Hirtoire des Français des divers éiats^ dit que cette maladie prit cours en France en 1494.

* Grahâye, BmxeZto. — Opéra Diplam,, t III, p. 656. s Boeck nielte Knoope.

peines qu'il s'était données, disait-il, durant la minorité de son fib '. Le baptême de la fille ainée de l'arehidac se fit avec beaucoup d'éclat à Sainte-Gudule. L'église fut ornée et tendue de riches tapisseries d'or et de soie, représentant les scènes de la Passion et l'histoire de Gédéon. Dans la nef, qu'entourait une magnifique galerie, u estoit un petit n paroque tout vesto de fin drap d'or et par dessus ung pavillon de » samis vert. » Dans le milieu se trouvment les fonts et, h quelque distance, un autel avait été dressé. A la cour il y avait deux dressoirs ou buffets, un pour les nobles, un pour le peuple. Les rues, du palais i l'église, étaient ornées avec luxe ; de distance en distance des chœurs d'enfents, u accoustrez comme angels et pastoureaux chantoient mélo* » dieusement. >» Environ huit cents bourgeois, vêtus de rouge et ayant des torches k la main, se tenaient sur le passage du cortège, qui sortit du palais, le samedi 30 novembre vers cinq heures du soir. Vingt sei^ viteurs de la ville, un bâton blanc à la main, ouvraient la marche, précédant iâO & 140 membres du magistrat et du conseil de la ville. Venaient ensuite le clergé des paroisses, les chanceliers de Bourgogne et de Brabant, les prélats et les seigneurs de la cour, marchant deux k deux et portant des flambeaux. Après eux on voyait des trompettes ayant Il leurs instruments enveloppez sans faire manière déjouer; » les hérauts tenant leurs robes d'armes sur le bras ; messire Hugues de Mdun, seul au milieu de la rue, portant Faube, le seigneur Dufay, le bassin, le comte de Nassau, lasalière, et le prince deChimay,le ehinm. Marguerite d'Y^ork, veuve de Charles le Téméraire , portait l'enfant, ayant à sa droite le marquis de Bade, représentant l'empereur, et 1 sa gauche l'ambassadeur d'Espagne ; derrière elle étaient le bâtard de Bourgogne, la douairière de Ravestein, Béatrix de Portugal, et un grand nombre de dames et de demoiselles. L'évéque de Cambrai baptisa l'enfrnt, qui reçut de l'empereur le nom d'Eléonore ; son représentant, «c ledict Marquis, donna ung » joiau estimé la valeur de deux mil eseus; madame la grande ottry un » tableau fort rice, accoustré d'yroages >^lissant mil escus, et madame » de Ravestein ung aultre joiau de rice value. )» Le cortège suivit, à son retoor, le même ordre ; mais alors les trompettes sonnèrent des fanferes, et les hérauts endossèrent leurs cottes d'armes. La duchesse douairière, tenant encore l'enftint, monta dans une diaise portée par deux

* M. Gachard, Des AuembUei natiotuilei de la Belgique.

hommes robustes, u et, pour mémoire dudiet baptisement, furent, au » retour, ruez et habandonnez au peuple deux sachets plains de patî» tars *. »

Le i 5 mai i 500, Jeanne fit une entrée solennelle à Bruxelles avec son fils Charles* L'année suivante, la veille de Saint-Antoine, Tarchiduc y tint un chapitre de la Toison d'or dans l'église des Carmes, qui était ornée de tapisseries représentant l'histoire de Troie et la passion de Jésus-Christ; dans le chœur étaient placés les armes et les blasons des chevaliers qui devaient assister à la cérémonie. Le premier jour, l'évéque de Cambrai, chancelier de l'ordre, et tous les officiers, vêtus de velours cramoisi, et suivis des chevaliers u portant chapperons à boulet, selon )» la mode de la primitive institution, » se réunirent au palais pour aller aux vêpres, qui furent dites au couvent des Carmes. Le lendemain, ils y assistèrent à une messe solennelle célébrée par l'évéque de Salisbury et, après l'offrande, l'archiduc créa plusieurs chevahers. Le troisième et dernier, jour, après un grand dîner donné au palais, et « au lever duquel » fut semé argent et criet largesse, » il fut procédé à la nomination de trois nouveaux hérauts qui reçurent les noms de Famenne, Louvain et Ostrevant. Dans la soirée, u Monseigneur l'archiduc, lui 4* de sa bande » contre aultres quattre, fut armé de toutes pièches ; firent ensamble )» ung tournet-à manière de danse entrelachie comme la haie, et battirent » trez-bien l'ung l'aultre, tellement que le prévôt de Mons, fort émit peschie à les regarder, eult de sa chaîne trois ou quattre chaînons em- M portez. En continuant la feste, en ladite saUe de Coberghe, fut semée )» de savelon et furent illecq fais certains lices de l'ung boult à l'aultre, » et joustes faites sur petits courtaulx dont la haulteur n'excédoit qua- » torze palmes et de courtes lanches h rochetz. La jouste fut fière, fort }» longue et bien exécutée. Monseigneur l'archiduc y rompy plusieurs » lanches ; ung gentilhomme nommé Rolet y gagna le prix ^. »

Appelé en Espagne, Philippe assembla les États à Bruxelles pour leur annoncer son voyage et il les prévint que pour qu'ils ne fussent pas en souci de sa personne, u il y avoit postes ordonnées pour apporter de » ses nouvelles. » Il laissa le gouvernement des Pays-Bas au comte de Nassau, au chancelier de Maigny, à Jean de Homes, évêque de Li^e, k Corneille de Berghes et au sire de Beersel, et confiant dans l'attache-

* MoLTNET. — « Ibid. — Heuteros.

ment des Malînois à sa fanûlle, il voulut que ses enfants fussent ëlevës chez eux. Il partit, le 4 novembre 1 502, ^mais ce prince inconstant et volage ne resta pas longtemps dans un pays dont l'étiquette grave lui était insupportable, et, le 22 décembre 1505, il revint précipitamment h Bruxelles sans sa femme dont il souffrait avec peine les transports jaloux. Le jour des Rois, 6 janvier 1504, il fut complimenté au palais de Gondenberg, en présence de toute la cour, par Érasme, alors chanoine de SainIrAugustin à Anvers, et, après l'avoir écouté avec la plus grande attention, il fit donner au spirituel écrivain 50 pièces d'or. En 1505, Maximiiien était venu à Bruxelles, et y avait été reçu en grande cérémonie ; il y eut à cette occasion un tournoi qui dura six jours.

En 1 504, la veille de Saint-André, on ressentit à Bruxelles plusieurs secousses de tremblement de terre qui causèrent beaucoup de dommages *. Le 14 janvier 1 505, furent célébrées, dans l'église de Sainte- Gudule, les funérailles de la mère de l'archiduchesse, morte le 26 novembre 1 504. La nef et les cinquante-trois autels de ce beau monument, alors achevé, étaient tendus de drap noir, avec des croix en damas blanc. Devant le chœur, qui était garni de velours de la même couleur, on dressa un autel couvert de drap d'or, sur lequel furent déposés les joyaux de la chapelle de l'archiduc, un morceau de la vraie croix, trois ou quatre images et quatre chandeliers portant chacun un cierge pesant une livre et demie. En face de cet autel était le cénotaphe, autour duquel brûlaient huit cents cierges ; il était couvert d'un drap d'or que coupait une croix blanche , et surmonté de deux anges vêtus de damas de diverses couleurs et soutenant une couronne. Trois cents hommes, en habits de deuil, ouvraient la marche du cortège; Os étaient suivis par le clergé séculier et réguher, les magistrats, les métiers, les dignitaires et les nobles de la cour, tous encapuchonnés et précédés par leurs hérauts. . Un paleiîroi, couvert d'une housse de velours noir traînant jusqu'à terre, portait sur sa selle une couronne d'or; il était conduit par un poursuivant aux armes d'Espagne et, à ses côtés, se tenaient le duc de Glèves et le prince de Chimai. Il était accompagné des rois d'armes de Galice, de Grenade, de CastiUe et de Léon, portant les pièces de harnachement. Venait ensuite le roi d'armes, Toison d'or, précédant l'archiduc, que suî-

^ Chron, de De Bleye.

TOIE I. 38

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vaient les ambassadeurs des princes étrangers et les dames de la cour. La couronne, que portait le palefroi, fut posée sur le cénotaphe, et le clergé commença les vigiles. Le lendemain , le même cortège se rendit de nouveau à réglise pour y entendre la grand'messe , chantée par Févéque d'Arras. Après Toffrande, un dominicain prononça l'oraison funèbre de la feue reine ; il prit pour texte ce passage : Mater mirabilis bonorutn operum memoria digna defuneta est. Lorsque la messe fut achevée, Toison d'or cria : » Très-haute , très-excellente, très-puissante et très- )» catholique! »> et un héraut répondit : u Elle est morte de très-ver- » tueuse et louable mémoire ! » Ces paroles furent répétées trois fois, et, à la dernière, Toison d'or jeta sa verge et, s'avançant vers le cénotaphe, il en enleva la couronne qu'il alla déposer sur l'autel. Après un moment de silence, il s'écria : « Vivent don Philippe et dame Jeanne, par la » grâce de Dieu, roi et reine de Castille, de Léon et de Grenade; » se dirigeant ensuite vers le prince, il lui dit : u Sire, la coustume et usaige

. >» impériale et roiale vœuUent que ostez votre chapperon , car à roy » n'appartient plus avant le porter. >» Le premier chambellan ayant enlevé le chaperon de l'archiduc. Toison d'or alla prendre une épée sur l'autel et revenant au roi : u Sire, dit-il à haute voix , ceste épée vous M appartient pour justice maintenir, vosroyaulmesetsubjectz defiendre. » Philippe, après s*étre agenouillé , prit l'épée et la tint quelque temps levée; aussitôt les rois et les hérauts d'armes^ changèrent de costumes, le cortège se remit en ordre et retourna au palais, au bruit des fanfares et aux acclamations de la foule. Après les funérailles vinrent les fêtes, et

* jamais il n'y en eut de plus splendides ni de plus animées ^ . Mais, au milieu de l'allégresse générale, quelques esprits sages se montraient soucieux de l'avenir : u J'aurais plutôt raison de pleurer de ce qui cause cette joie, H disait le vieux chaDcelier Stradio, car cet événement privera les Pays- )i Bas du bonheur de posséder leurs souverains ^ » L'avenir ne justifia que trop bien cette prédiction; aucun pays ne peut prospérer sans une administration indépendante.

he cinquième enfant des archiducs, Marie, née le 1 5 septembre 1 505, fut baptisée, le 20, dans l'église du Sablon dont la nef était tendue de tapisseries représentant l'histoire de Troie ; la foule y fût si grande, que l'évéque d'Arras, qui officiait, eut sa crosse rompue en trois morceaux.

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