MOLINET. — « FOPPENS
Cette enfant eut pour parrain l'empereur et pour marraines la dame de Ravestein et mademoiselle de Nassau ^
Presses de prendre possession de leurs nouveaux états, Philippe et Jeanne quittèrent, en 1 506, les Pays-Bas qu'ils ne devaient plus revoir. Jeté en Angleterre par des vents contraires, le roi se vit arracher par son hôte, Henri VII, plusieurs concessions. Il s'engagea, entre antres , à marier son fils Charles à la fille de ce prince , et donna un dédit de 250,000 couronnes d'or, dont 50,000 devaient être garanties par quinze de ses nobles et douze de ses principales villes ; cet engagement fut souscrit, le i 5 mai i 507 , par les comtes de Chimai, de Nassau, d'Egmont et de Buren , les seigneurs de Fiennes , de Berghes , de Chièvres , de Ville, de Rœulx et de Beersel, le baron de Lalaing, Philibert, seigneur de Veyrc, Jean Sauvage, seigneur d'Escaubecq, président de Flandre, le premier secrétaire et audieneier, Philippe Hanneton, les villes de Bruxelles, Anvers, Bruges, Ypres, Courtrai, Nieuport, Dordrecht, Leyde , Amsterdam, Middelbourg, Ziericzée et Malines. Par lettres du 7 juin 1 508, l'empereur, au nom de son petit-fils, promità Bruxelles de la « décharger, indemniser et relever » de cette caution, en cas de rupture du traité ^. On sait que, lors de la paix de Cambrai, ce dédit fut mis k la charge de la France, qui ne le paya jamais.
La mort de Philippe le Beau (2 5 septembre i 506) replongea les Pays- Bas dans les calamités que le règne prospère de ce prince avait fait oublier. Ses voyages en Espagne, ses prodigalités, avaient épuisé les finances et* son lieutenant-général , le sire de Chièvres, se trouva sans argent et sans troupes, menacé par la France, attaqué par le duc de Gueldre qui se jeta brusquement sur le Brabantet ravagea la Campine, tandis que Robert de la Marck venait saccager Tirlen^nt '. Dans ces tristes circonstances, les États ne virent de salut que dans la protection de Maximillen et réso> lurent de lui offi*ir la mambaumie du pays. Ce prince accepta, mais les affaires de l'Empire, ses projets sur l'Italie , et l'attitude hostile de la
A MOLINET
* Roodt Privilégie Boeck, — Regiitre des Chartes de la Chambre des Comptes deBràbant,Tk^V\,rm.
s Xjà Tille de Bruxelles envoya : le i 4 octobre 1 506» 214 piétons à Hal (Halle) et ^ Léau, sous les ordres d'Antoine Van Assche et de Jean Van Thienwinckel; le 3 septembre 1 507, 103 piétons à Weert et à Aerschot, sous le commandemenl de Jean Casse, et, le 29 du même mois, 123 piétons à Louvain, sous Charles T'Serclaes. (Rapport de M. Gachard sur les Archives de LiUe, p. 380.)
5i4 HISTOIRE
France, ne lui permettant pas de séjourner dans les états de son petit-
fils, i] en confia le gouvernement à sa fille Marguerite, qui venait de peri#^
son mari, le duc de Savoie, Philibert II. Cette princesse convoqua pfar'
fois les états généraux, mais ils se montrèrent généralement per
à seconder le gouvernement dans une guerre contre la Franc«*
dans ces circonstances, se signala par son opposition. Au ^
bre 1 51 5, les états de Brabant ayant consenti une aidr
du Rhin, les villes de Bruxelles et de Bois-le-Duc *
proposition, et la dernière parvint à faire réduir
florins ^ L'amman de Bruxelles, sire Roland
pelaer, u vaillant homme de guerre, » se di**
Tournai , où il commandait les archers ''
une dispute avec ce seigneur, il quf'
Bruxelles, Louvain , Anvers, Boi^
Delft, Amsterdam, Gouda et V
entre Maximilien et Charles *
En novembre 1514, voqua les états généra^ assemblée, une de<tint, le 8, dan^^ Wurtemberir milieu. Le prendr'^ faire d
» huit ans , que d'aller en Allemagne, où rien ne lui appartenait encore ; )» qu'on pourrait accorder 100,000 florins d'or à l'empereur, mais seu- » lement après la réception de l'archiduc. >» Le duc de Wurtemberg, chargé d'informer Maximilien de cette réponse, revint, au mois de janvier 1515, porteur du consentement de ce prince à ce que son petitfils fut » émancipé et reçu. » Les états généraux ayant entendu la lecture de cet acte, remercièrent l'empereur, la gouvernante et les princes d'Allemagne t( de leur bonne volonté et de leurs devoirs dans cette affaire; » ensuite les sceaux, dont Maximilien et Marguerite faisaient usage pour les affaires des Pays-Bas, furent rompus en présence de l'assemblée, et la princesse fit un exposé de son administration. Les États clôturèrent cette session en accordant à l'empereur une somme de 300,000 livres tournois ^
Après avoir été inauguré à Louvain comme duc de Brabant , Charles d'Autriche fit son entrée à Bruxelles, le 28 janvier, et prêta serment, le lendemain. Bien différent de sa tante, qui s'était fortement opposée à ce que le conseil de Malines fut transféré à Bruxelles, ce prince témoigna toujours beaucoup d'affection aux Bruxellois et se plut k résider dans leur ville; aussi sa mémoire y est-elle restée populaire, et la tradition y a conservé le souvenir de maintes aventures , vraies ou fausses , dans lesquelles il allie l'espièglerie à la générosité, la bonhomie h la grandeur d'âme. Il n'avait que douze ans quand il abattit l'oiseau dans un tir du Grand-Serment et fût proclamé roi des arbalétriers ^.
En 1515, la maladresse du bourreau &illit causer une émeute k Bruxelles. Chargé de décapiter un nommé Arnoul de Béer, il lui porta deux coups sans le tuer; le peuple indigné se rua sur l'échafaud et l'eût massacré si l'on n'était parvenu à l'arracher de ses mains. A la faveur de ce tumulte, de Béer parvint à s'échapper et se réfugia au couvent des Récollets, où il reçut les soins que réclamait son état. Il se retira ensuite k Berg-op-Zoom , et y vécut encore plusieurs années, sons le sobriquet de Beerke-Halff-^erichi, de Béer k moitié justicié '.
Les états généraux furent convoqués à Bruxelles, au mois de janvier 1516, pour recevoir différentes communications de l'archiduc. La nouvelle de la mort du roi d'Aragon, aïeul maternel de Charles, étant arrivée
*■ V. Gachard, Des aneiemieê Assembléeê nationales de la Belgique, * PoTEAicos, BruxeUa septenaria.
s FOPPENS.
à Bruxelles, le 3 mars, avant que la session fût dose, ce prince demanda aux députés des provinces une aide de 400,000 philippus d'or, pour son voyage en Espagne ^ Les funérailles de Ferdinand furent célébrées dans l'église de Sainte-Gudule ^, et Charles, qui y fut proclamé roi de Castille et de Léon, avertit, le 27 mars, ses conseils qu'il avait pris ce nouveau Utre ^. Le 26 octobre de la même année, U tint, dans cette église, avec les cérémonies accoutumées, le dix-huitième chapitre de l'ordre de la Toison d'or ; il avait d'abord désigné i cet effet l'église de Notre-Dame à Anvers , mais la peste t]ui régnait dans cette ville, fit changer ce projet ^. Une foule de nobles du pays et de l'étranger assistèrent à cette fête dans laquelle le jeune roi étala une grande magnificence. Son frère Ferdinand, François V, l'électeur de Bavière, le marquis de Brandebourg et douze autres princes et seigneurs, furent nommés chevaliers, en remplacement de ceux qui étaient décédés depuis le dernier chapitre. Cette promotion fut bientôt suivie d'une autre qui créa vingt nouveaux chevaliers, en vertu d'une bulle du pape Léon X, portant à cinquante le nombre des membres de cet ordre limité d'abord à trente; parmi ces derniers étaient les rois de Portugal et de Hongrie, le duc d'Âlbe , des Belges , des Espagnols , des Italiens et des Allemands. Les fêtes duraient encore quand revinrent k Bruxelles Phihppe de Clèves et les ambassadeurs, qui s'étaient rendus en France pour conclure la paix entre les deux pays. Ils étaient suivis par les seigneurs d'Omalle, de Humières et de Rochefort, qui, au nom de leur souverain, promirent solennellement, le 2 novembre, dans l'église de Sainte-Gudule, d'observer les conditions arrêtées k Noyon le i 3 août ^. La conclusion de la paix fut accueUlie avec beaucoup de joie et célébrée par des fêtes brillantes. Il y eut, entre autres, une joute, dans laquelle un Espagnol remporta le prix de l'épée, et le sire de Senzeille celui de la lance; deux troupes, formées chacune de douze chevaliers, simulèrent ensuite l'attaque et la défense d'un château qui était appelé le Château de la Pucelle; enfin, au palais, dans la salle des festins, vingt hommes d'armes combattirent
* M. GkiXAKù, Des anciennes Assemblées nationales de la Belgique,
* M. Jules de Saint-^Sémois, Funérailles de Ferdinand-le-Catholique (Revue de Bruxelles^ septembre 1 838).
3 Registre des Chartes de la Chambre des Comptes de BrabatU^ coté n"* vu.
* FOPPENS, i. c. — M. DB Reiffemberg, Histoire de l'ordre de la Toison Sor. s Robert Macqdereau, 1. c, L. IV, c. 3.
montés sur des échasses ^ Dans un congrès ouvert à Bruxelles, la même année, les députés de l'empereur et de la république de Venise adoptèrent, après de vives discussions, le traité de Noyon ^.
Avant de partir pour TEspagne, Charles confia le gouvernement des v^ Pays-Bas à sa tante Marguerite d'Autriche; par un décret du 35 juillet 1517,0 établit près d'elle un conseil privé et un conseil spécial pour les finances. Ces conseils, dont les fonctions devaient cesser à son retour , furent réinstallés en i 520, quand il alla prendre possession de ses États d'Allemagne, et, en i 5ââ, lors de son second voyage en Espagne ^. Les états généraux, assemblés & Bruxelles, au mois d'octobre, reçurent communication du traité que la gouvernante avait arrêté avec le duc de Gneldre ^, et, l'année suivante, la Flandre, le Brabant et les autres provinces conclurent un traité d'alliance avec l'évéque de Liège et son frère, Robert de la Marck ^.
Le 30 juin 1 51 9 , la nouvelle de l'élévation du roi k la dignité impériale étant parvenue à Bruxelles, les magistrats décidèrent que des fêtes seraient données le 2 juillet sur la grand'place , de 8 à 1 1 heures du matin par les métiers, les serments et les chambres de rhétorique , et que des prix seraient distribués aux corporations qui se distingueraient par leur belle tenue. Le premier prix consistait en trois agneaux, k â 0 sous chacun, et douze geltes ou pots de vin, à 4 sous le pot ; le second, en trois agneaux et neuf pots ; le troisième, en deux agneaux et huit pots ; le quatrième, en deux agneaux et six pots; le cinquième, en un agneau et six pots; le sixième, en un agneau et quatre pots , le septième, en un agneau et trois pots, il y avait en outre trois prix pour les plus beaux . ébattements : le premier, de deux agneaux et sept pots devin ; le second, de deux agneaux et six pots ; le troisième , d'un agneau et de six pots ; et trois autres prix, de trois, deux et un pot de vin pour le meilleur prologue sur l'élection de Charles. Enfin, pour que la fête fut des plus brillantes, ils annoncèrent que les corporations ou les concurrents qui ne remporteraient pas de prix , recevraient néanmoins des récompenses ®. Charles,
* Nouvelleê Archives historiques de M. le baron de Reiffenbekg, T. VI, p. 518.
* Daru, Histoire de F'enise,
s De tii.vY,Mém,historiq,et politiq. sur les Pays-Bas autrichiens ^T, n,p. 76 et 77.
* M. Gachàrd, Des ancietines Assemblées nationales de la Belgique,
^ Die Nieuwe Chronycke van Brabandt. Geprint T'Anlwerpcn,... by Jan Mollyns, in V jaer 1565, bl. 8.
« Qeel-CorrKtie-Boeck^ aux Archives de la Ville.
que nous appellerons désormais Charles-Quint, quitta l'Espagne, le 20 mai i b20 ^ et trouva & Bruxelles les états généraux assemblés, conformément à ses ordres. Il leur communiqua ce qu'il avait fait dans ses royaumes d'Espagne, et donna à la gouvernante et aux conseils des éloges sur leur gestion. Il déclara aux députés « que son cœur avoit » toujours été par deçà^ » et finit en demandant une aide dont H avait fortement besoin. Le 12 juillet, les envoyés des électeurs vinrent lui ofiErir le trône Impérial. Le 16 août suivant, 11 se rendit à pied à Hal, accompagné de son frère et de toute sa cour; puis il alla se faire couronner à Aix-la-Chapelle.
Un bourgeois nonmié JeandePaepe, s'étant rendu coupable d'un délit de chasse et ayant été cité k comparaître devant le conseil de Brabant, pour recevoir l'application des ordonnances sévères de 1 51 S, le magistrat défendit au gruyer, Guillaume le Tourneur, de continuer ses poursuites. Considérant cette défense comme un empiétement manifeste sur son autorité, Marguerite manda le magistrat au palais, et, après l'avoir réprimandé, elle lui recommanda de ne plus tomber dans la même faute, sous pdne d'encourir l'indignation de l'empereur (20 octobre 1 51 9)~. £n 1 520, un secrétaire du conseil de Brabant, maître Jean de Witte, « atteint et convaincu de plusieurs excès, » entre autres du crime de faux, fut décapité sur le Sablon, et ses biens, situés près la porte d'Anderlecht, u aux endroits appelés la Petite-Croix et Cureghem, » furent confisqués au profit du domaine ^.
De retour à Bruxelles, Charles se prépara à la lutte qu'il allait engager contre François I^. Bruxelles, en cette circonstance, fit preuve de beaucoup de zèle en armant mille hommes des métiers,- qui partirent, le 3 1 octobre 1521, pour le siège de Tournai ; après la reddition de cette place, ils rentrèrent triomphalement dans leur ville le jour de Saint- Thomas de la même année ^. Dans les comptes de 1 521 , on trouve que l'empereur, pour récompenser Bruxelles de ce qu'elle avait entretenu,
' n y eut, au mois de mars, à Bruxelles une procession solennelle pour qu*il arrivât heureusement. Gecl Correctie Boeck.
s Zwertboeek.
s Registres de la Chambre des Comptes de Brabant, n* vu, f» 136 v. — Archives de V Audience.
« Mss. de la bibliothèque de Bourgogne. Fonds Van Hulthem, n<* 556 . — Hahh, 1. 1, p. 101. — Ord.du magistrat en date de cette année. GeeZ. Correctie Bœck; il y est ordonné aux Bruxellois de tenir une bonne discipline et de ne demander que des vivres.
DE BRUXELLES. 3â9
pendant deux mois, 674 fantassins au siège de Tournai, lui accorda une somme de 2,450 florins du Rhin ^
Au mois de juillet de cette année, on vit arriver h Bruxelles le roi de Danemark, le fameux Christiern IL L'empereur alla le recevoir dans les prairies de VUvorde, et le magistrat et les métiers lui rendirent de grands honneurs ^. Ce prince ne fit alors qu'un court séjour à Bruxelles, où il revint bientôt en fugitif, accompagné de sa femme Isabelle, de son fils Jean, et de ses filles, Dorothée et Christine. En 1 525, U se fixa à Lierre, et, le i5 juillet 1551, il comparut, sur une citation d'huissier, devant le conseil de Brabant pour rendre témoignage dans un procès entre particuliers; il prêta serment sur sa parole de roi de dire la vérité, rien que la vérité ^. Après avoir assuré la sécurité des Pays-Bas et communiqué aux états généraux les mesures qu'il avait prises pour l'administration du pays pendant son absence (avril 1522), Charles-Quint partit pour l'Espagne, où sa présence était devenue des plus nécessaires. Le 4 mars, il avait donné un brillant tournoi dans les bailles de la cour; à la tète de Vingt-quatre chevaliers de la plus haute noblesse et tous richement costumés, il jouta avec son frère Ferdinand qui commandait une autre troupe , égalant la première en nombre et en splendeur.
Les années qui suivirent ce second départ de Charles-Quint pour l'Espagne , forment pour la Belgique une période distincte. La nation avait accueilli avec transport Tavénement du jeune empereur , elle lui avait voté des aides considérables , elle lui avait fourni des armées, mais rénormité des sacrifices qu'on lui demandait, et la tendance despotique imprimée à l'administration, la fatiguèrent bientôt. Trop abattue pour tenter une résistance active, elle manifesta son mécontentement par des émeutes locales, qui ne pouvaient avoir, et qui n'eurent en effet, d'autre résultat que d'amener de nouveaux empiétements du pouvoir sur les libertés provinciales et communales; puis, à ces courtes convulsions succéda un calme complet, produit de l'impuissance et de la crainte. On peut d'autant moins douter que les métiers de Bruxelles n'aient eu une large part dans cette opposition aux actes de Charles-Quint et de Marguerite d'Autriche, que leur intervention dans le gouvernement de la cité avait considérablement grandi avec l'assentiment même du souverain.
< M. Altmeter, Marguerite cC Autriche {Revue belge), T. XV, p. 40.
* Geel Correctie Boeck,
s M. Altmeyer, Isabelle d'Autriche et Christiern H (Trésor national^ T. I).