‹ Histoire de la ville de Bruxelles (volume 2)Chapitre 36 sur 51 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

40â HISTOIRE

dirent au palais, marchant deux k deux, et observant un profond sîlenee. Marguerite sortait du conseil, qui venait de finir, quand le cortège arriva au palais. Quelques confédérés seulement se rendirent auprès d'elle ; les autres restèrent dans la cour. Bréderode lui remit leur requête, qui, suivant Topinion la plus accréditée, avait été rédigée par Philippe de Mamix, en la priant d'y avoir égard ; il déclina toute union avec l'étranger, et protesta de son zèle et de celui de ses amis pour la gloire du roi. Marguerite, fortement émue, ne put d'abord lui répondre ; enfin, les larmes aux yeux, elle l'assura que son conseil s'occuperait immédiatement de cette requête, et qu'elle-même l'examinerait avec la plus sérieuse attention. En effet, dès que les confédérés se forent retirés, le conseil entra eo délibération : le prince d'Orange appuya fortement la requête, et ses amis parlèrent dans le même sens; Berlaimont, de Meghem et d'Arenberg , au contraire, la combattirent avec beaucoup de vivacité, et l'on prétend même que le premier traita les confédérés de gueux ; mais l'au* tbenticité des paroles qu'on prête à ce seigneur peut être révoquée en doute.

Le 6 , les confédérés se rendirent de nouveau au pakis et remirent i Marguerite une seconde requête, dans laquelle ils la suppliaient d'ordonner aux inquisiteurs de suspendre leurs poursuites jusqu'à décision ultérieure du roi, et promettaient d'attendre tranquillement l'arrivée de ses ordres. Ils demandaient en outre la permission de &ire imprimer leur première requête, pour répondre aux calomnies de leurs adversaires, qui en avaient fait circuler des copies infidjies. La gouvernante accéda à cette dernière demande, et répondit k k première que les lettres destinées aux inquisiteurs étaient d^ minutées. La requête qu'elle rendit ensuite à Bréderode portait en marge, qu'il Mait avant tout que le roi, à qui elle écrirait pour le prier de modifier les pkcards d'après l'avis des états des provinces, eût manifesté sa volonté; mais que provisoirement, eUe ferait suspendre l'exécution des édits concernant l'inquisition, u et pour celle-ci, disait-elle, le roi n'a jamais eu Tintention de lui donner la forme et le but que des malintentionnés ont prêtés ù cette institution. » On fut généralement satisCut de sa réponse, bien que beaucoup la trouvassent équivoque; de son câté, Marguerite dévoik bientêt ses sentiments secrets, en renvoyant trois des gentilshommes de sa maison qui avaient adhéré k la confédération. Des réclamations lui ayant été adressées à ce SHJet, elle répondit qu'il lui

était loisiMe de lioeaeier ses serviteurs, quand bon lu! semblait ^ A la sortie du palais , les confédérés se séparèrent, et plusieurs par* coururent la ville , en attendant Fheure du souper auquel Culembourg les avait invités. C'est en voyant passer quelques-uns d'entre eux devant son bôtd que Beriaimont, prétend-on, dit k son ami d'Arenberg : « Voilà » nos beaux gueux \ Regardez, je vous prie , avec quelle bravade ils M passent devant nous. » Ce propos fut répété, et, le soir, Bréderode en fit part à ses amis , réunis chez Culembourg. Les confédérés adoptèrent aussitôt le nom de Gueux, qui pouvait expliquer le désintéressement ainsi que Taudace de leur entreprise, et qui devint un signe de ralliement. Portant une besace comme en avaient les ordres mendiants et les pèlerins, Bréderode fit remplir de vin une coupe grossière, et la vida à la santé des Gueux. La coupe fit le tour de la salle , et dans l'état d'exaltation où se trouvaient les convives, plusieurs d'entre eux, non contents de renoncer k leurs titres de noblesse, se firent nommer, l'on monsieur l'abbé, Fautre monsieur le prieur ou monsieur le.prévèt, « ce qui était un indice certain de leurs mauvaises intentions, dit un oontem* porain qui ne veut pas les nommer, par respect pour leurs parents ^. » L'arrivée du prince d'Orange et des comtes d'Egmont et de Homes redoubla leurs bruyants transports, et Forgie fut complète. De pareils faits, pour être possibles, ne sont guère vraisemblables : les événements de cette époque ont été trop défigurés par l'esprit de parti pour qu'cm puisse les croire aveuglément. Dès le lendemain, ajoute^t-on, la plupart des noUes fédérés quittèrent lenrs vêtements k couleurs éclatantes et k riches broderies, pour se vêtir d'une étoffe grossière, qu'ils imposèrent aussi k leurs familles et k leurs domestiques. Quelques-uns attachaient k leur chapeau une petite tasse, un petit plat, ou une petite bouteille; d'autres portaient k la ceinture des plats de bois recouverts d'une plaque d'argent, ou quelque autre attirail de la mendicité. Tous avaient an cou une médaille offrant d'un cèté le buste de PhiUppe II avec cette inscription : <( En toutfidelles au roy, » et de l'autre deux mains entrelacées soutenant une besace, avec ces mots : « Jufqusê à porter la besace; » en outre , ils laissaient Croître une épaisse mousCacbe sur la lèvre supérieure ^. Un écrivain rapporte qu'un jour des confédérés, jouant a la

^ M. GaoEif VAN Prmsterer, T. II, p. 105.

* La Source et commencement des Iroublet tuscitds aux Payê-Bae, ams.

' Ibid.

boule et voulant témoigner de la concorde qui régnait parmi eux, enfoncèrent des petits clous dans deux boules de bois , qui, de son temps, ajoute-t-il, étaient encore conservées à rhôtel d'Orange & Bruxelles ^

Avant de se séparer, les confédérés déclarèrent qu'ils voulaient l'abolition des anciens édits sur la religion et qu'ils exécuteraient tout ce que le roi, de concert avec les états généraux, arrêterait à ce sujet ^. Dès ce moment l'agitation ne fit que s'accroître; les conventicules devinrent plus fréquents et plus nombreux , et les protestants s'y rendirent en armes , décidés à repoussqr la force par la force. Les meneurs comptaient que le roi céderait à la nécessité, et, pour agir sur l'esprit public, ils semèrent à profusion des libelles, principalement dans la résidence de la gouvernante. Un de ces libelles menaçait de mort tout magistrat qui adopterait les édits ; mais ce fut un pamphlet en langue française qui produisit surtout une grande sensation. 11 portait pour titre : « Avis par lequel les bons et fidèles habitants des Pays-Bas préviennent les gouverneurs et les états du pays dé ce qu'ils désirent et veulent au fiiit de la religion, n L'auteur disait qu'il était urgent d'étendre aux Pays-Bas le recez d'Augsbourg, qui avait réooncUié les protestants et les catholiques en Allemagne, et il ajoutait que lorsque cette paix y serait établie, ni le souverain ni les États ne pourraient désormais porter atteinte à leurs privilèges. Cette opinion réunit beaucoup de partisans et l'on voulut même faire imprimer en flamand le texte du recez; maisle gouvernement s'y opposa^.

Effrayée de ces mouvements, Marguerite s'adressa aux États et, de concert avec eux, elle publia de nouveaux règlements concernant les étrangers et les prêches. Prévoyant qu'ils les admettraient difficilement, elle défendit de communiquer ces édits aux métiers ^. A Bruxelles, le magistrat seul en reçut connaissance, avec latitude toutefois de consulter le large conseil. Le 5 juillet, il approuva ces règlements, mais, cinq jours après, il demanda à pouvoir en donner communication aux nations. Le 22 juin, il avait consenti à ouvrir la discussion sur la demande des aides pour les garnisons ^.

Malgré toutes ces mesures, les réformés croissaient en nombre et eu audace, et ils venaient tenir leurs conventicules jusqu'aux portes des

^ Van Loon, HUloire métallique des dix-sept provinces, T. I, p. 81.

* M. Groen van Prinsterer, I. c.

3 Richard DiNOTHUs.

4 BuRGUNDius, L. m, p. i07. ^ 6oR.,T. 1, p. 66.—>( Resolvtie Boeck,

villes. Ils continuaient & répandre à profusion des pamphlets, dans lesquels plusieurs magistrats étaient attaqués. « Vous périrez tous, était-il dit à ces officiers, parce que vous ayez consenti à la publication des édits modérés sans le consentement des nobles confédérés et du peuple. » Ces libelles, qu*on vint afficher à Bruxelles aux portes des églises, de la cour, des hdtels d'Orange, d'Egmont, etc. \ n'étaient que le prélude de scènes déplorables. Dans une réunion 't^nue à Saint-Trond, les confédérés résolurent d'assurer le peuple qu'ils ne lui laisseraient faire aucune violence, et les assemblées des réformés devinrent plus nombreuses et plus menaçantes. Les choses en étaient là quand le marquis de Bergues, envoyé en Espagne, revint avec un acte du roi qui remettait auxévéques le soin de veiller à la conservation de la foi, permettait de modérer les édits et accordait un pardon général. Ces concessions qui, trois mois plus tAt, auraient calmé les esprits, venaient trop tard. Il s'agissait bien maintenant des édits ; on voulait la liberté de conscience ^. Le pays, parcouru par une foule de prédicants calvinistes, était en feu , et de furieux sectaires s'étaient rués sur les temples du Hainaut et de la Flandre. A la nouvelle de ces graves désordres, le magistrat prit toutes les mesures nécessaires pour mettre Bruxelles à l'abri d'une surprise, et plusieurs semaines se passèrent dans une pénible attente des événements qui allaient s'accomplir. Secrètement prévenue que Philippe n'accorderait rien aux novateurs, ayant reçu défense expresse et réitérée de convoquer les états généraux, la gouvernante ne savait quel parti prendre, et les nouvelles désastreuses qui lui arrivaient coup sur coup, l'avaient tellement abattue que la fuite lui parut le seul moyen d'échapper aux dangers dont elle se voyait menacée; des bruits vagues, comme il s'en répand toujours dans les moments de troubles, lui disaient craindre que Louis de Nassau ne s'emparât de sa personne et ne la fit garder à Vilvorde. Lorsqu'elle apprit les détails du sac des églises d'Anvers, dans la journée du 1 9 août, elle fit appeler Viglius, et, à son instigation, elle demanda à ses conseillers un nouveau serment de fidélité : Mansfeld, d'Arenberg, Berlaimont et Noircarmes le prêtèrent avec empressement ; d'Egmont eut un moment d'hésitation, Guillaume le Taciturne et de Hornes refusèrent positivement, attendu qu'ils avaient déjà, disaient-ils, juré fidélité au roi.

* BoppEK, Recueil et Mémorial des troubles des Pays-Bas, dans Hoynci var Papendregbt, t. IV, p. 61 .

* M. Groenyan Prinsterer, L c, p. 178.

Mansfeld, cbargé du commandement de Bruxelles, se rendit à rh6tel de ville afin de s'assurer des dispositions du magistrat, et le décida k voter une levée de i , 500 hommes, dont un tiers à la solde du souverain, et les deux autres tiers à celle des habitants. Le même jour, dans raprès*midi, il fut enjoint aux maîtres d'église et aux supérieurs des couvents de se tenir sur leurs gardes et de placer dans les tours des personnes chargées de donner l'alarme en cas d'attaque. 11 fut ordonné que dix confrères de chaque serment veillassent continuellement à l'hètel de ville ^, et chacune des quarante sections eut à fournir six hommes. Il fallait que l'influence delà bourgeoisie fut bien grande pour que â 90 de ses membres suffissent au maintien de Tordre. £n outre, les portes furent fermées, à l'exception de celles de Cologne, de Goudenberg, d'Obbrussel et de Flandre '•

Sur ces entrefaites arriva le duc d'Âersdiot qui, pour mieux a£Bcher son mépris des hérétiques et pour opposer aux gueux un contre-parti, avait distribué de petites bannières de la vierge de Hal à ses domestiques avec ordre de les porter au chapeau. Le zèle inconsidéré de ce seigneur, le plus fougueux des ultra-catholiques, faillitamener les piusgrandsnialbeiirs. Il conseilla à la gouvernante de sortir de Bruxelles, et ee conseil, appuyé, selon Burgundius, par d'Orange et de Homes, eut été adopté sans l'op* position de Viglius et de quelques-uns de ses collègues. Soit que ses craintes fussent devenues plus vives, soit que la nuit lui eût offert des scènes de désolation et de carnage, à peine le jour avait-il paru (ââ août) que cette princesse fit préparer tout ce qu'il fallait pour sa fuite, et elle dédara à ses conseillers sa ferme résolution de quitter une ville où eUe ne se croyait plus en sûreté. Malgré leurs représentations, die allait partir en effet, quand Yiglius vint luî annoncer que le magistrat avait placé des gardes aux portes avec défense de la laisser passer, et elle apprit bientôt que ses bagages, qui avaient pris les devants, n'avafent pu sortir* Marguerite se récria vivement contre cet attentat à sa liberté, et interpella videmment les nobles qui l'entouraient; tous protestèrent de la loyauté de leurs intentions, et offrirent de se rendre auprès des chefa de la commune pour les engager à lever oes ordres. Mais tf Orange ^ de Homes, d'£gmont, de Hooggtraeten et Mansfeld, s'étant présentés à l'hôtel de

* Le 28 septembre, ce nombre fat réduit à 25 sermentés , à prendre dans la même gilde. RetoluHe Boeek,

* Le â septembre, on autorisa la réouverture de la porte de tout ain , k condition de n*y laisser entrer que des paysans venant au Buurclié. ibid»

ville, le magisirat se borna & déclarer solennellement qu'il ne tolérerait ni prêches ni pillages. Cette déclaratiou paraissait pourtant avoir calmé les appréhensions de la princesse, lorsque, vers les sept heures, eUe manda en toute hâte ces seigneurs au palais; elle leur annonça que la nuit devait favoriser le pillage des églises, de la chapelle de la cour même, le massacre des ecclésiastiques, son emprisonnement et celui de d*£gmont ; elle ^uta qu'elle se repentait d'avoir cédé k leurs représentations et somma le comte de Hornes de lui ouvrir un chemin. Philippe de Montmorency protesta qu'il était prêt à attaquer, s'il le Mait, la garde bourgeoise de la porte de Coudenberg, mais il lui fit observer que ses craintes étaient peu fondées et qu'il y avait trop de nobles dans la ville pour appréhender une émeute de la bourgeoisie ^ Voyant alors qu'elle ne pouvait compter sur personne, redoutant les suites d'une plus longue résistance, Marguerite prit le parti de céder, et, le jour suivant, elle {lermit les prêches, par provision, et jusqu'à ce que le roi eût fait connaître ses volontés, mais seulement dans les lieux où il y en avait déjà eu et à condition de ne pas insulter les ecdé^astiques. Des afBdés ayant aussitôt porté cette nouvelle aux gueux réunis à Afllighem, à Vilvorde, à Tongeiioo et dans d'autres lieux, leurs bandes s'éloignèrent et se dispersèrent. Il est (Nrobable qu'en se résignant à cette concession, Marguerite avait la certitude que les magistrats bruxellois ne toléreraient pas des prêches dans leur ville, et Louis de Nassau, en effet, travailla vainement h vaincre cette of^sition. Il vint d'abord trouver la gouvernante et lui remontra que la décision de la commune était contraire à son ordonnance, ajoutant qu'il ne fallait pas plus d'exception pour Bruxelles que pour les autres villes, et que, si elle ne tenait pas sa promesse, on n'aurait aucun égard pour elle. Marguerite, n'ayant pas tenu compte de ses menaces, il fit savoirauxréformésqu'illeurétait permis de se réunir là où ils l'avaient ûdt auparavant, en ayant soin toutefois de ne pas tenir d'assemblée dans un rayon d'une lieue autour de Bruxelles. Comme ils s'étaient autrefois assemblés, dirent-ils, dans une prairie proche de Vilvorde et, même depuis quelques années , à une distance moindre , ils promirent de se tenir près de cette bourgade, si le conseil communal voulait leur désigner un lieu à l'écluse de Ransbeek (ou Trois-Fontaines), afin qu'ils

< Lettre de de Horoes à sa sœur, en date du iO déc. 1566. Boa, T. I, preuves, p. 91.

pussent s'y rendre en temps de pluie dans des barques couvertes. Le comte approuva c^t arrangement, mais le magistrat, qui n*avait pas été consulté et qui était décidé à ne pas permettre de conventicule, fit fermer les portes au moment où les réformés se disposaient à sortir de la ville (dimanche 25 août). Il en résulta un tumulte que les comtes de Hornes et de Mansfeld parvinrent à apaiser en les haranguant et en leur conseillant de patienter. Louis de Nassau, mandé à la maison communale, s'y entendit reprocher d'avoir insinué au peuple qu'il était permis de prêcher en ville , ou du moins dans son voisinage, et le magistrat lui dit qu'il en était résulté, que les protestants avaient déjà abattu une partie de .mur pour préparer une place convenable; mais il repoussa vivement cette accusation, et, pour sortir de toute indécision, les magistrats, réunis le 2 septembre, résolurent de recourir aux nations. Les pillages des gueux avaient déplu à la grande majorité des habitants, et ils craignaient de voir la populace se livrer à de déplorables excès; aussi les nations déclarèrent-elles , le 4 , qu'elles n'autoriseraient les prêches ni au dedans, ni au dehors de la ville, jusqu'à ce qu'une règle générale eût été adoptée. Marguerite, par un acte du 5 du même mois, approuva leur conduite, et décida que les magistrats de Bruxelles pouvaient interdire les prêches, attendu qu'ils ne les avaient jamais tolérés ^

Les ecclésiastiques, dont la terreur avait été portée au comble, reprirent quelque sécurité en voyant les dispositions de la bourgeoisie. Le i" septembre, l'église de Sainte-Gudule, qui avait été fermée à la nouvelle des pillages d'Anvers , fut rendue au culte ; mais , par mesure de précaution, on y plaça, pendant le jour, cinquante soldats, et pendant la nuit, douze hommes armés de doubles haches, et le service divin n'y fut plus célébré qu'à certaines heures. Un Te Deum devant être chanté à l'occasion de la naissance de l'infante Isabelle, des dispositions extraordinaires furent prises, et de nombreux soldats occupèrent les portails et les nefs de la collégiale ^. Il en fut de même lors de la fête de saint Michel, et, pendant plusieurs semaines (du 29 août au 18' septembre), les salles supérieures de l'hêtel de ville restèrent fermées, les magistrats ayant ajourné tous leurs travaux judiciaires ^.

Ces craintes étaient fondées, car le danger était loin d'être passé; mais, malgré tout ce que tentèrent Louis de Nassau et ses principaux

* Cleyn Swert Bœck,^^ Potter, P* 8 et 9.—' Borgundius.

adhérents , Jean de Mol, lieutenant de la cour féodale, et Philippe Vandermeeren, gentilhonmie da prince d'Orange ', les magistrats maintinrent fermement leur résdution , et plusieurs fois encore (le 7 et le 1 4 septembre), les portes furent fermées pour empèdier la fréquentation des prèdies. Irrité des obstacles qu'il rencontrait, Louis de Nassau n'épargna & la commune ni les plaintes, ni les menaces. Le â 5 septembre, il lui députa Maximilien de Bkis, dit de Cock de Nérines, chevalier de Tordre de Malte et gentQhomme du comte d'£gmont, qui ayant été admis en séance du collège, en présence du comte de Alansfeld, avança qu'une décision avait été prise sans que les nations eussent pu consulter leur arrière-conseil, et annonça que le comte désirait la tolérance des prêches, ou « qu'autrement il lui iaudrait pourvoir. » Après une entrevue avec la gouvernante, la loi fit rendre par le pensionnaire, qne les prédies ne devant être tolérés qu'aux lieux où il y en avait eu avant Taccoid , il s'en référait à la déclaration qu'elle avait iatt publier, déclaration dtmt un exemplaire fut remis à cet envoyé. Quant au premier frit , le pension* naire lui dit que les jurés des métiers avaient reçu «Nrdre de convoquer tous les membres de leur corporation, de quelque religion qu'ils fussent, sous peine d'un carohis d'or d'amende pour chacun de ceux qu'ils oublieraient. De Cock ayant encore insisté en fiiveur des prêches, le pensionnaire répondit par un non, qui rompit la conCévence ^.

La levée des 4,500 hoomies qui devaient protéger la ville s'était opérée avec rapidité. Ceux soldés par le gouvernement furent pris dans le pays wallon et mis sous les ordres de Philippe de Lannoy, sire de Beauvoir ; quant aux autres, dît de Potter, c'étaient tous pauvres diables qui n'avaient pas grand'chose à faire et qu'on enrégimenta pour les empêdier de piller. A la tête de cette milice, qui dut prêter serment k la commune, celle-ci plaça le vicomte de Bruxelles, sire de Uedekerke, colonel, et messire Florent TScrclaes; ils commandaient chacun une bande de 500 hommes '. Il v avait en outre en ville une centaine de

« HoTNCK VAS Papendrecht, Anolccta, T. IV, p. 98,

• M. Groen yak PamsTERCR, T. It p. 319 et snivantes. — Verdaringe op VMMh van dmnieuwmpredkatien binnen aide omirenl der stadtwnBruaeU. Met admissie dsr Conynclycke Magesteit. Brussele. Michel van Hamont, i^QQ. — Justification du comte Louis, dans udc lettre écrite par loi d Anvers le I* octobn; M. Groen, I. c, p. 370-579.

> S fieplembre 1966. Reêêlutîe Boeck.

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cavaliers, dont le chef était le sire d'Estambnigge, frère -du comte de Ligne. La cour n'ayant pas d'argent et ayant à payer des soldes arriérées, leva quelques sommes au moyen de loteries; quant à la ville, elle imposa sur le vin une taxe d'un sou par gelîe, taxe dont les dievaliers de la Toison d'or furent seuls exemptés; la gouvernante se réserva la faculté de payer la quote-part des membres des conseils d'état et des finances (3 septembre i 566), dont elle indiqua les noms, le 6 janvier 1 567, et, le 5 avril , elle défendit au conseil de Brabant de s'opposer à ce que les vins qu'ils avaient en cave fussent jaugés et taxés ^ Par un décret daté d'Anvers le 28 juin, elle engagea à la ville, moyennant 14,600 livres, la moitié du droit de la mingue-aux-poissons appartenante au domaine, et le tonlieu sur le vin et la laine ^. Les trois membres eurent avec le sire de Liedekerke de sérieuses contestations au sujet du commandement des troupes de la commune , qu'il revendiquait comme un droit de sa chàtellenie, tandis qu'ils prétendaient le lui avoir conféré de por gré; le i 5 septembre i 566, ils lui signifièrent qu'il serait remplacé s'il refusait de se considérer comme délégué de la commune. Quelque temps après, chargé par la gouvernante de se rendre à Maestricht avec le conseiller Boonen, il demanda pour successeur son fils , le sire d'Inchy, auquel il avait assuré la chàtellenie; mais cette demande fut rejetée et, de l'avis de Mansfeld, il fut remplacé par Florent T' Serclaes (i 3 décembre).

Cependant la commune ne tarda pas à se lasser de l'entretien de ces troupes, et, le 7 octobre, elle pria la gouvernante de la débarrasser de cette charge; le 30, les magistrats décidèrent de conserver deux mois encore cette milice extraordinaire, et de demander à la princesse une somme de 7,500 florins du Rhin, dont elle pourrait s'indemniser sur les abbayes et couvents situés hors de la juridiction communale. Ce subside ayant été promptement absorbé, le ai décembre, ils en demandèrent la continuation et résolurent de recourir à une collecte volontaire. Enfin, ils arrêtèrent, le 3 février i 567, le licenciement de i 50 à 200 hommes, et, le 22 mai, celui de toute là troupe, à l'exception de 60 soldats.

Revenue de sa première terreur, encouragée d'ailleurs par le mouvement général d'indignation qui se manifestait contre les iconoclastes, Marguerite prit contre eux des mesures énergiques et se vit appuyée par

1 Cleyn Swert Boeck.

* L'acte original d'acceptalion de cette cession, daté du 31 octobre 1567, se trouve à la Tréêorerie de la Chambre des Comptes^ aux Archiva du Roymume.

les états de Brabant. Une circonstance remarquable, c'est que les petites villes de Tirlemont et de Léau. furent représentées dans l'assemblée qui demanda la répression des troubles, en sollicitant toutefois quelque modération dans l'exécution des placards et surtout dans les confiscations (24 décembre). En se séparant, les États insistèrent de nouveau sur ces points, dans une requête qui fut apostillée par Marguerite le 31 janvier 4 567 ^ Ouvertement opposé aux nouvelles doctrines, le magistrat de Bruxelles partagea vivement ses vues , et il demanda à la gouvernante d'engager le chapitre de Sainte-Gudule et tout le corps du clergé à faire choix de prédicateurs instruits afin de maintenir le peuple dans la foi de ses pères (Résolution du 4 8 décembre 4 566) ^.

L'année 4 567 avait commencé à Bruxelles sous de fort tristes auspices. Le 4*^ janvier, il y eut, dans la rue de la Colline, un incendie qui dévora 23 maisons'. Ce fut pour prévenir autant que possible le retour de semblables sinistres que, six jours après, parut une ordonnance du magistrat, défendant de bâtir des maisons en bois, de faire aux habitations aucun ouvrage extérieur autrement qu'en pierres (ou briques) , et d*une épaisseur d'un pied, de construire ou de garder dans des chambres ou des greniers, des fours, qui devaient être placés dans des caves ou des souterrains ; une amende de 60 florins fut comminée contre toute contravention à chacune de ces sages dispositions ^. Depuis cette époque, on adopta plus généralement la pierre et la brique pour matériaux de construction. On voit encore des maisons avec le millésime de 4 574, et nous croyons que ce sont les plus anciennes portant une date, qui existent à Bruxelles; on continua longtemps à entretenir celles qui avaient été faites en bois, mais le bombardement de 4 695 en détruisit un grand noinbre, et toutes les autres ont disparu pour faire place k des demeures plus solides et plus confortables.

Quelques princes protestants d'Allemagne engagèrent, vers cette époque , Marguerite à accorder aux Belges la liberté de conscience ; mais loin d'avoir égard à cette demande , cette princesse, à qui Philippe II avait reproché les concessions qu'elle avait du faire aux novateurs, agit contre eux avec un redoublement de sévérité et d'énergie. Déjà même l'autorité royale était partout rétablie, lorsque l'annonce de la prochaine

* Voyez le précieux recueil de Bor, T. 1.

s Reêolutie Bœck,

5 PoTTER. — * Statuyt-Bocck aux Archives de la Fille.

412 HI8T01KB

arrivée du duc d'AIbe, h la tête d'une armée redoutaUe, jeta la terreur dans le pays. Le prince d'Orange comprit que sa haute position et les ménagements qu'il avait gardés vis-à-vis du souverain, ne pourraient le sauver, et il se retira en Ailemagne; moins imprudents que d'Egmont et de Hornes, beaucoup d'autres seigneurs suivirent son exeoijjde, et, en quelques mois, une foule d'émigrants (cent mille femilles, selon quelques auteurs ^), quittèrent le pays et allèrent porter dans d'autres contrées leur industrie et leurs trésors.

Le ââ août, le magistrat et les métiers, portant des totches, allèrent recevoir, & bi porte de Louvain, le duc d'Albe, qui arrivait accompagné d'un nombreux cortège , et esccurté par dix enseignes d'inianterie italienne et 400 chevaux. Après avoir été au palais saluer la duchesse, il se logea dans i'hètel de Jauche ^ (au coin de la rue de Namur , n"* 4 ). Dans la matinée du 25, il fit remettre à la gouvernante les lettres-patentes qui le nommaient au commandement de toutes les forces réunies dans les Pays-Bas. Il alla ensuite fiiire sa cour à cette princesse , devoir de ootivenance qu'il remplit ponctueUement pendant tout le temps qu'elle resta encore à Bruxelles. Connaissant le mystère dont Philippe eûvironnait toutes ses aetiims, elle pressa le duc de questions pour savoir s'il n'avait pas d'ordres secrets à lui c<Hnmuniquer; mais ce ne fut que le i*' sep* tembre qu'il hii montra une letti^e autographe du roi , portant qu'il avait remis à son lieutenant des instructions, dont il lui serait donné connaissance en temps et lieu. Marguerite écrivit immédiatement au roi, pour rinformer du mécontentement qu'avait fait naître l'arrivée des troupes étrangères, et des nombreuses émigrations qui en étaient résultées, et die le pria d'accepter sa démission, pour le cas où il n'aurait (dus l'intention de se rendre aux Pays-Bas.

Cachant sous des dehors trompeurs les sinistres projets qu'il méditait, d'Albe assembla, le 9 septembre, à son hètel, le conseil d'état et ses principaux olBBciers, sous le prétexte de délibérer sur les moyens de construire des dtadeUes destinées à contenir les principales villes. Un officier étant venu lui annoncer l'arrestation du bourgmestre d'Anvers, Antoine Van Straelen, et de Jean Casembrot, seigneur de Beckeneel,

*■ Van Metbben. — M. de Reiffenberg , Sur le commerce des Pays-Bas aux rv* et XVI' siècles.

* Mées Jaceae. Heoterus. Rerum jéustriac, L. XVIII, c. 5, et bod pas rkôiel de Culembourg, comme l*avanceiit Van Meleren et d*atiires historiens.

secrétaire du comte d'Egmont, il leva aussitôt la séance, et les comtes dTgmont et de Hornes, attirés à l'écart, se virent arrêtés, celui-^à par le duc lui-même, celui-ci par Ferdinand de Tolède. Telle est la version la plus accréditée ; mais, selon une relation envoyée à l'empereur par un de ses agents secaretsà Bruxelles ^, d'Egmoi^^ qui s'était promené en voiture et avait diné avec don Ferdinand, fils naturel de d'Albe, allait le quitter, après avoir reçu de l'Espagnol de nombreux témoignages d'amitié, lorsqu'il fut abordé par le quartier-maitre du duc , qui lui demanda son épée. Pendant ce temps, de Hornes avec d'autres seigneurs se trouvait chex d'Âlbe, qui, prétextant une indisposition, se retira dans ses appartements; à peine était-il sorti que des soldats espagnols entrèrent dans la salle et déclarèrent au comte qu'il était leur prisonnier. Vainement allégua-t-il sa qualité de chevalier de l'ordre de la Toison d'or, il fut conduit à l'hôtel habité par don Ferdinand et enfermé dans on appartement séparé de celui de d'Egmont. Une descente fut opérée à son hôtel pour saisir ses papiers , et son secrétaire Alonzo fiit arrêté, ainsi qu'un secrétaire du comte d'Egmont et son maitre d'hôtel. La nouvelle de ces événements produisit à Bruxelles une grande fermentation, et le peuple éclata en imprécations contre les Espagnols; mais le duc avait pris toutes ses précautions; il fit garder les deux prisonniers par une enseigne d'in&nterie, et, peu de jours après, il les envoya au château de Gand, sous l'escorte de huit enseignes d'infanterie et de 500 cavaliers, tous Espagnols ; d'Egmont était dans une chaise à porteurs soutenue par deux mulets placés sur les côtés, et de Homes dans une voiture (23 septembre) ^.

La gouvernante, qui avait vainement essayé d'inspirer quelque mOdé* ration au farouche lieutenant de son frère , n'apprit que par des voies indirectes l'arrestation des deux comtes. Blessée de cette conduite et comprenant que son autorité n'était plus que fictive, elle envoya sa démission au roi qui s'empressa de l'accepter. Des députations de toutes les provinces vinrent la remercier de la sollicitude qu'elle avait témoignée au pays, et le Brabant lui offrit un don de 25,000 florins ^. Elle quitta Bruxelles, le 30 décembre, emportant les regrets des populations,

* Secrétairerie dPÉtai alUmande aux Àrehiws du Royaume,

* PorPBMS.

. > Le consentement du magistrat à ce don fut donné le 3 décembre. Retùhuù

Boeci.

effrayées de Favenir qui leur était réservé, et, le 15 janvier suivant,

d'Albe s'installa au palais ^.

Le logement des troupes nombreuses que le duc avait amenées, constituait une lourde charge pour la ville, qui lui adressa à ce sujet des plaintes réitérées. Sans égard pour les réclamations du bourgmestre et du pensionnaire, qui s'étaient rendus à sa rencontre avec le seigneur de Grimberghe et le bourgmestre de Louvain, il avait cantonné 3,000 fantassins dans la banlieue de Bruxelles ^; il fallut en outre accorder à chaque soldat une gratification d'une couronne par mois, pour les empêcher de se livrer à des excès , et si, par ce moyen, on put les contenir en ville, en revanche ils rançonnèrent impitoyablement les campagnards '. Cette contribution, que s'était volontairement imposée la commune, suscita un incident qui prouve la rudesse des procédés employés par le duc. Ayant réclamé un arriéré de 260 couronnes et n'ayant pas immédiatement reçu de réponse, il envoya, le i 9 mars, son prévôt ou alcade général à l'hôtel de ville, pour signifier au magistrat qu'il allait faire arrêter les receveurs. Le pensionnaire fut chargé de lui représenter qne la commune avait déjà levé 20,000 florins du Rhin pour satisfaire à ses engagements, et qu'il n'était pas convenable d'adresser de semblables menaces à des fonctionnaires nommés par le prince et par le peuple; il ajouta que s'ils devaient souffrir encore de pareilles avanies, ils donneraient tous leur démission (21 mars) ; mais le duc ne tint aucun compte de cette remontrance, et, le 27 , le magistrat résolut de payer les 260 couronnes ^.

Aussitôt après le départ de Marguerite de Parme, les mesures les plus odieuses se succédèrent sans interruption. Après avoir fait dresser une liste de toutes les personnes u qui s'étaient mêlées dans la gueuserie, » d'Albe , au mépris des privilèges des provinces et des villes, créa un tribunal exceptionnel chargé de connaître des excès commis pendant les troubles, tant en matière de religion qu'en matière d'état. Ce tribunal, qui prit le titre de u Conseil de justice et de vérité, » fut nommé par les Espagnols le Conseil des Troubles {El consejo de laê <Utercatione8)j et

' Hevterus. — -HAitfins. — Hotnck van Papendmscbt, 1. c.,T. II, p. 448.

* M. Groen van Prinsteri:r, T. 111, p. 113.

5 Chronique de Potter, Ml. Hector Scribani^ délégué du duc, et les échevins de Dongelberghe et Jean de Beerlhem avaient été chargés de juger les contestations qui s'élèveraient entre les bourgeois et les militaires (27 septembre 1 867). Resolutie Boeck,— * ResoluHe Bœck,

par les Belges, le Conseil de sang (Blœdraed). Le comte d'Arenberg, Berlaimont , Noircarmes , le chancelier de Gueldre , les prësidents de Flandre et d'Artois, furent appelés, contre leur gré, à en faire partie ; le premier n'y parut jamais, Berlaimont et Noircarmes n'y. siégèrent que le jour de son installation, et les trois autres s'en absentèrent constamment. A la demande de Viglius, les membres du conseil privé furent dispensés de prendre part à ses jugements, et ceux du grand conseil de Malines obtinrent la même faveur. Jacques Hessels et Jean de la Porte, membres du conseil de Flandre , le docteur en théologie Louis Delrio, Jean Vargas , le procureur général Jean Dubois, et le greffier Simon de laTorre, furent les seuls qui consentirent à servir d'instruments au zèle implacable du duc. Le prince d'Orange, les comtes Louis de Nassau , de Hoogstraeten , de Berghes, de Gulembourg, le seigneur de Bréderode, tous les signataires du compromis, furent cités à ce tribunal (1 9 janvier 1568), qui faisait le procès aux: présents et aux absents, aux vivants et aux morts. Des malheureux de toutes classes et de tout rang, les prédicateurs de la réforme, leurs adhérents, de riches bourgeois, dont on espérait tirer de fortes rançons, furent traînés à Bruxelles par troupes de 20, 50 et 50, et livrés à la torture. En même temps d'Albe défendit , sous peine de mort, de quitter le pays ou d'écrire à son sujet, et il fit réparer, avec le zèle le plus infatigable, les prisons de Bruxelles, la vieille porte de Coudenberg, la Treurenberg, la Steenporte, la maison du prévôt de la cour, la Eoqtietta de Sainte-Gudule et la Yroente ^ Tant d'atrocités devaient produire de terribles représailles et engendrer bien des projets de vengeance. On vit le sire de Beausart, de concert avec d'autres proscrits, projeter de surprendre le duc lorsqu'il se rendrait au monastère de Groenendael, pour y passer la semaine sainte. La trahison d'un des conspirateurs fit manquer le coup et amena l'arrestation de Beausart ; ses complices, plus heureux, parvinrent tous à s'échapper. Des deux tentatives k main armée qui furent faites pour envahir le pays, l'une échoua complètement, l'autre n'eut qu'un succès momentané.

Les exécutions commencèrent h Bruxelles au mois d'avril ; les premières eurent lieu hors de la porte de Flandre : le 2, on pendit dix Flamands qui, étant accusés de pillages d'églises, étaient venus pour se

* Rapport précité aux Archives de la secrétairerie d'État allemande. — Compte de Martin Vandenberghe, du 1" novembre 1567 an 31 décembre 1568. Archives de LiUe. Voir le rapport de H. Gachard sur ces archi? es.

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jastifier, et, le 6, sqstautres sabireat le oiéme sort. Le 34, sept poteoees furent de nouveau dressées et les mêmes seènes se répétèrent les jours suivants ^ Trois Bruxellois furent arrêtés, le 2 avril, par le [Hrévôt Spel, de sanglante mémoire, mais ils furent relâchés sous fortes cautions; Fun d'eux, Louis de Munter, dut déposer 3000 florins'. Le 22 mai, un prédicant fut brûlé et, le 28 du même mois, llidtd de €ulembourg, coupable d*avoir vu les réunions des nobles confédérés, fut abattu de fond en comble. On sabla remplacement qu'O occupait et Ton y éleva une colonne ou pilier de marbre, portant rinsmption suivante gravée en latin, en français, en espagnol et en flamand : « Sous le règne de Pfai- M lippe II, roi catholique d'Espagne, Ferdinand Alvarez de Tolède, due » d'Albe, marquis de Coria, gouvernant les provinces héréditaires des » Pays-Bas, la maison de Florent de Pallant, qui était en cette place, a n été rasée à cause des conspirations qui y avaient été si souvent faites >» contre l'Église catholique romaine, contre Sa Majesté et ses provinces, » l'an MDLXVIIl ^ «

Le l'^'juin, dix-huit gentilshommes furentdécapités au SaUon, devant l'hôtel du seigneur de Noircarmes, qui assista à cette tragédie avec tout le conseil des troubles. Les victimes étaient : Gisbert et Théodore de Bronckhorst, seigneurs de Batenbourg, Pierre Dandelot, Maximilien le €ocq, Philippe Triest de Gand, Louis Garlier de Cambrai, Firmin Pdcier, Jean Rumault, Arthus Batson, t^ambellan de Bréderode, Jacques d'Elpendam, son secrétaire, Pierre et Philippe Waterieys, Philippe Van Winglen, Siëurt Beyma et Herman Oalama, Frisons, Jean de Blois de Trelon, l'Italien Barthélemi del Valle, et Constantin Brusdle, maire d'Hoboken. La place était gardée par neuf enseignes d'infenterie rangées en bataille, et un roulement de tambours couvrit les dernières paroles des suppliciés. Ceux d'entre eux qui avaient demandé à se confesser furent enterrés à Coudenberg, et les quatre premiers, par considération

* PoTTER, f*> 12. — Chronycke van Antwcrpen, — Gendtscke Geschiedenissen.

T. I, p. il 8.— * POTTER.

' Dans le compte déjik cité de Martin Vandenbergfae on lit : à Antoine Credo, ^ livres, k compte sur certaine colonne ou pilier qu'il avait entrepris de dresser à la maison du seigneur de Gulembourg. Au même pour les trois pierres bleues érigées en pilier, ÀO livres. A nn charreton pour avoir amené d*Arquennes k Braxelles certaine colonne.». 36 livres. A Biaise Du Prêt et Jean Gaudre, Ullieurs de pierre, 30 livres pour avoir gravé des lettres sur le pilier. A Jean t' SertaeU, pour avoir peint lesdites lettres, 8 livres 8 sous.

pDixr leuis ftoniHes, fanent inhumés dans un terrain oon consacré derrière la cfaapdle des tépreux à Sdiaerbedk. QuanI aux autres, iears cadavres furent attachés à des potences dressées star h hauteur de ce vilfaige« Le lend^nain, la même place vit trandier la tète à Jean de Montigny, sire de Villers, an sire de Dfauy, descendant des comtes de Namur, et k Quentin fienott, imlTi d'Ënghien* Villers protesta hautement de sa fidélité an roi et de son adhésion à la réforme ; le bourreau^ ayant porté «n sire «de Dhuy deux coups mal adressés , le peuple indigné voulut se mer sur Tëchafaud, mais il Fut repoussé par les Espagnols. €es deux sd^ gneurs furent aussi enterrés à Goudenberg. Le même jour, le bourgmestre d'Anvers, Antoine van Straelen, lesîre de Beckerceel, le secréteire de de Homes, et piusîeurs autres ftirent mis i mort h Yil?orde ^

Ces éxecutions n'étaient que le prologue d'un grand drame. Vainement les comtes d'Egnwnt et de Homes avaknt-ils réclamé leurs privilèges de chevaliers de Tordre et de barons brabançons; vnineHient «vaieni-41s nié comme calomnieux ou justifié la plus grande partie dos frits accumulés par faecusation, leur condamnation élalt prononcée d'avance, et leurs grands services, pas plus que les actives démarches de la comtesse d'Egmont, Sabine de Bavière, ne pouvaient les sauver* Le 4, les deux comtes arrivèrent de Gand, sous Tescorte de douze en* seignes espagnoles, et furent conduits b la Broodhtys. Pendant la nuit, ib Mçurent lecture de leur arrêt. D'Egmont ne put maîtriser son étonnement, et doutant encore qu'on voulût sa mort, il pressa Févéque d'Ypres, Rytiiove, qui avait été diargé de lui porter les secours de la religion, de lui dire franchement ce qu'd en pensait; le prélat lui ayant répondu qu'il ne devait plus espérer qu'en Dieu, il se résigna à son sort et, après avoir récité à haute voix l'oraison dominicale, il écrivit à sa femme et au roi ces lettres touchantes, qui sont restées des témoignages de son noble caractère. De Hornes manifesta moins d'étonnement que de colère, mais lorsqu'il sut combien son ami sMtait montré calme, il s'apaisa insensible^ ment et consentit à se confesser ; il demanda i cet effet Ghisiain de Vroede, curé de la Chapelle.

Pendant ce temps les préparatifa de l'exécution marchaient activement. Au mépris des privilèges de la commune, d'Albe avait fiât occuper, la veille, le poste de Thôtel de ville par un détachement du rcfgiment de don

« Heuterus. — Har^ds. — • Strada. — Vas Msterbh. — Bor. — De Potter.

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