‹ Histoire de la ville de Bruxelles (volume 2)Chapitre 37 sur 51 · TOMB I · texte numérisé non relu

TOMB I

Julien Romero ; le 5, au point du jour, le régiment de Sicile et plusieurs compagnies espagnoles, formant un corps de vingt-deux enseignes ^, sous les ordres de Romero, Tinrent, mèches allumées, se ranger en bataille sur la place; deux enseignes gardaient le palais et les autres troupes de la garnison parcouraient les rues pour dissiper au besoin les rassemblements. L'échafaud, tendu de drap noir ^, avait été dressé en face et près de la Maison du roi ; on y avait placé deux coussins noirs, une petite table avec un crucifix, et deux pieux à pointes de fer. Le grand prévôt de la cour, Jean Grouwels, la verge rouge à la main, se tenait à cheval au pied de Fécha&ud.

A midi, d'Egmont sortit de la Sroodhuya et monta sur Téchafaud, accompagné de Tévéque d'Ypres, de Romero et du capitaine Salinas. Il était vêtu d'une robe de damas cramoisi, par-dessus laquelle il avait jeté un manteau noir à l'espagnole, à passements d'or; il portait une toque de taffetas noir, surmontée d'une plume noire et blanche, et tenait un mouchoir h la main. Avant de s'agenouiller, il demanda à Romero s'il n'avait pas de grâce à espérer ; l'Espagnol haussa les épaules, baissa les yeux et se tut. D'Egmont alors se dépouilla de son manteau et de sa robe, et, après avoir prié avec l'évèque et baisé le crucifix que le prélat lui présenta, il se couvrit la tète et les yeux d'un bonnet de soie noire en disant : a Seigneur, je remets mon esprit entre vos mains. » Sa tète fut abattue d'un seul coup et son corps aussitôt enveloppé d'un drap noir. Rientôt après parut le comte de Hornes portant un pourpoint, un manteau et un bonnet noirs. Il jeta les yeux sur le drap qui couvrait le cadavre de d'Egmont, et demanda à Salinas si c'était le corps de son ami ; sur sa réponse affirmative, il jeta son manteau, et, se mettant à genoux, il attendit le coup mortel avec une héroïque fermeté.

Les tètes des deux comtes furent placées sur les pieux de l'écha&ud et y restèrent exposées pendant plusieurs heures. Les soldats espagnols avaient poussé des acclamations, mais le peuple, qui se serait jeté sur eux s'il avait eu la moindre chance de succès ^, se retira consterné. Reaucoup trempèrent des couronnes de fleurs et des linges dans le sang qui

^ De Potter dit TÎDgt.

* A Gaillaume Jacquet, marcliaDd de draps, BA livres, pour le drap noir employé à rexécuUon des comtes d'Egmont et de Hornes, y compris un florin pour la façon de l'échafaud, suivant accord £ait avec le capitaine Boléa. Compte d€ Vandenberghe déjii cité.

> Ut ne ante hune casum ingentes vires comparasset, universis Bruxellensis populus in illum impetum fecisset. Dinothcs.

DE BRUXELLES. if9

dëgoattait deréchafaud ; d'autres jurèrent de se laisser croître les cheveux jusqu'à ce qu'ils eussent vengé ces nobles victimes de la tyrannie , et depuis ce moment, dit un écrivain, la commune de Bruxelles voua au duc une haine à mort. D'Âlbe lui-même, qui, placé dans une maison située au haut de la place, avait assisté à l'exécution, ne put, dit-on, retenir ses larmes. Vers quatre heures, les cadavres furent portés au couvent des RécoUets, sous l'escorte du grand serment, dont d'Egmont avait été proclamé roi en 1551 et en 1559. Le lendemain, le clergé de Sainte-Gudule, accompagné d'un grand nombre de notables et d'une multitude immense, alla les y chercher et les transporta à la collégiale, où leurs obsèques furent célébrées avec pompe. De là, les restes de d'Egmont furent placés au couvent des Riches-Claires, et, après y avoir été embaumés, ils furent enterrés à Sotteghem. Le corps de de Hornes fut embaumé dans la chapelle de Ravestein à l'église des Dominicains, et inhumé à Weert près de Ruremonde, ou son tombeau a été découvert le 5 novembre i 83 9 . Deux jours après l'exécution, la comtesse d'Egmont fit placer sur la porte de son hôtel (aujourd'hui hôtel d'Arenbcrg) un blason funèbre aux armes de son mari ; mais le duc d'Aibe le lit aussitôt enlever ^.

Gomme si les haines soulevées par cette odieuse exécution, que les panégyristes de Philippe II mêmes ont appelée un crime, n'eussent pas été assez violentes, chaque jour on leur fournit de nouveaux aliments. Au mois de juillet, c'est le seigneur de Beausart qui expie sa tentative contre d'Albe, dans de si horribles tortures que le peuple fuit épouvanté de ce spectacle avant d'en avoir vu la fin ^. Le 1 5 mars 1570, c'est un gentilhomme, nommé Longueval, à qui l'on brûle la langue avant de le livrer au bûcher qui doit le dévorer vivant, parce qu'il a parlé contre le gouverneur général; le 25 mai suivant, ce sont deux Hollandais qui sont décapités, deux calvinistes tournaisiens qui sont brûlés, deux Espagnols qui sont pendus ^. Le 5 juin 1571, on baptisa sur le jubé de Sainte-Gudule six enfants, dont les parents, accusés d'hérésie, avaient été brûlés sur le marché; le plus âgé de ces malheureux orphelins n'avait que onze ans ^.

Après avoir vengé l'autorité royale par le supplice des hommes qui avaient le mieux mérité du pays, le lieutenant de Philippe II quitta Bruxelles, dont il nomma le duc d'Aerschot gouverneur (juin 1568),

* DiNOTHUS. — De Pottkr. — Eytzirger. — Boa. — Strada, etc.

* Heuterus. — > Chronique de De Blate. — « De Potter.

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ct^flMDrcfaa contre le Yaliiqiieisr d'Hëligerlée. 11 dëfiH coB^piëtement Loras de Nassau à Gemiiiîiigen (ai juillet), ct> par d'habiles raaaaiœiivrcs^ fil édhouer FinTasion que tenta le prince d'Orange. A lafim de k campagoev le magfetrat bruxdloîs le fil complimenter par le bourgmestre, Cbarks Vandeotympel, seigneur de Bîgajrd, Téchevin Pierre Pipenpoy, seigneur ée Merehtem, et le secrétaire Melin, qui furent chargés en même temps de lui demander de dûniiiuer la garnison ^. Le 20 décembre, le due, accompagné de sou lits Frédéric, fit à Bruxelles une eatrée trionpbale, et ces fièles^ ces faommage», commandé» par ht peKtique ou dictés, par la crainte, renîvrèrent à tel point que les Belges ne snrent bientôt ce qu^ èevaieiiKt détester le plua de son orgueil eu die sa cruauté» II lot complimenté par les états des pravinees, et, le 6. mai 1 5^6^, Gharies dTEbolî, chambellan da pape Pie V, lui remit une épée et une toque garmea^ de diamants, que k> soureraîa pontife enrayait an ebampioa du catiioliefeme. Cette cérémontie eut lie« dans Tégiîse de SaÎBie-Gnd»le, après «ne messe chantée par Piépin Rosa, éréque de Salieburj, saffiraganl de Malioes. A cette occasion il y eut sur la grand'place des joules dana lesquelles le marquis de Havre, frère du duc d'Aersehot, fui blesse à la jambe*

Se erayant assez fort ators pear tout oser, le duo requit des Étala la levée d'un diiûème suv les ventes des bîena meubles, d'un vingtième sur les ventes d'immeubles, et d'un centième à préfever une seule fois sur les biens de toute nalure. Ces denoaudes exeri>itanies excitèrent partout de violents murmures, et rencoBirèrent une forte opposition dan» lea états généraux convoqués k Bruxelles, au mois de mars i 5^^9» Le due n'épargna rien pour en triompher : intrigues, menaces, promesses de vemplaeer ces impôts par des ressources moins onéreuses, tout fui em-* ployé^ et enfin la majorité des États céda ^. Les nations de ftruxelfes, le troisième et le quatrième membre de Louvain, bravant le courroux du proconsul, refusèrent seuls leur adhésion à cet impôt ruineux ; mais de pareils obslaclies ne pcmvaient Tarréter et i) déclara accepter le consentement comme complet. Cependant les états des provinces lui ayant repré* sente que cet impôt tuermt infMlIiblement le commerce et rindustrie, il Ibt sursis k la levée du dixième et du vingtiMne denier, et il demanda

*■ Résolutions des 9 et 10 décembre. Resolutie Boeck.

* Le consentement da premier mettbre de Bnneltes Ait donné le 19 aoftt. Ihid.

DE MUSELLES. 491

d'y mdKlilirar «ne ceaCribution aâiiude de deux milUons pendant six ans et, après ce leme, n» ieeand centième. Malgré rénormité de ces wbsides^ quianrachèreftt au Birabaot, le eentièiae, plus de 800,000 florins, et Taide, une charge aannelle de 542^000 livres de 40 gros de Flandre, cette proposHion fut aceudUie avec Hioins de défaveur que la première '. Tontefois, la discussion se prolongea longtemps. Dans une nenrelle rémno». ea septembre, le» jurés de Bois-le-Duc, imitant Feieaqile de ceax de Bruxelles et. de Louvaia, déclarèrent qu'ils ne don>aendent leur consentement que loesqu'S aurait été ftii droit à kurs plaintes. IXAIbe ne tmt aucun compte de cette rédamaiionet, le 22 seplemhre» il fit publier Fédit d^oignaiit la levée de Faide» comme si elle euib été consentie h runaninûté ^.

Un sombre déseqpoir avait gagné: leutea les dasses du. peuple et, cette asnée, à k denande des d^y^as des cinq senaents, le tir à l'oiseau fut supprâaé (13 avril 1570)^ et tt fui décidé qu'ils assist^erajent à rOmr megang en robes et mm en armes (2 mai). Comme aï ce n'était assez de fléaux, la peste vint encore aggraver la misàre des mattieureux Belges. A. Bnixettes, oa dut disposer les bàpitaux de Saint-Juiiefi et de Saint- Jacques pour les soldats malades (5 juillet) ^; pendant plusieurs années la contagion y resta pour ainsi dire en permanence,, et, en i 572, elle prit uBf redoublemeni de finreur.

Attentif à reniorcer, par tous les moyens, Faction du gouvernement sur k pensée , le eolte, les coutumes, d'Albe mît de nouvelles entraves à Fimpvession et au débit des livrça,. ordonna rexéeution deâ canons du ctBcile de Trente et modifia la l^iskUon du pays en matière criminelle. Les imprimeun et les libraires» déjà soumis, à une sévère surveilknee, furent pkcés sous k juridiction d^nn prototypographe, chargé d^examincv ks maîtres et ks ouvriers, et de leur kke pvoduke une déclaralion de. catbolioité signée par révàque, roffictaJ ou Tûiquisiteur dt| lieu ^» Les actes dn conetk. furent admis partout, et quelquesr-uns des nouveaux

^ Le premier membre de la ville accorda, k 9 tett 1570, les subsides demandés* Resolutie Boeck.

* ViGuos. Commtntoriut rerum wtovum super iMpùniiâme éetmd denarii (Analecta de Hoynck van Papendrecki, T. L 9- fSl et flaiv.). — M. GdMaiiyus. itet oacManes OAreMMaM ntUiomaUi d» k» Belgàf^m, — Viin Hbouis, Mitdarie van S* Hertogenbosch. — ' Resolutie Boeck,

« tëit du «& mai iSblO. Basu T. 1^ p. 295, édHien de i6il.

évéques mis en possession de leurs sièges ; mais le placard donnant force de loi au droit romain, en matière criminelle, et celui publie sur le droit criminel, soulevèrent diverses réclamations. Le magistrat de Bruxelles, entre autres, présenta au duc un mémoire dans lequel il .exposait que plusieurs articles étaient contraires aux privilèges des années 4229, 1290, 1414, et qu'il serait impossible aux écbevins, dont le nombre ne s'élevait qu'à sept, et qui avaient encore à s'occuper des causes civiles, de l'administration, etc. , de prendre les informations de la manière prescrite par Fédit ; il demanda que l'on créât dorénavant trois ou quatre écbevins de plus, et qu'un salaire leur fut alloué, tant pour la nouvelle besogne qui leur était imposée ' que pour satis&ire & l'obligation de tenir un registre de toutes les affaires traitées devant eux. Le duc se borna à répondre que les écbevins eussent & observer leurs privilèges lorsqu'ils ne seraient pas contraires à l'ordonnance, et que, quant aux autres observations, il ne pouvait y avoir égard pour le moment '. D'Albe comprit cependant qu'il ne parviendrait à asseoir en Belgique les bases d'un gouvernement absolu, qu'en gardant certains ménagements et en faisant quelques concessions à l'opinion publique. Ce fut dans ce but, qu'il sacrifia un de ses plus serviles instruments, l'homme qui avait fait exécuter, disaiUon, 5,375 personnes dans l'espace de deux années, Jean Grouwels ou Groels, dit Spel, Spelleken, et quelquefois aussi la Verge rouge, & cause du bâton de cette couleur qu'A portait en qualité de prévôt de l'hôtel ou de la cour. Arrêté avec son lieutenant et son clerc, sous l'inculpation de s'être laissa corrompre par des prisonniers dont il avait favorisé l'évasion h prix d'or, d'avoir fait exécuter des innocents, et de s'être rendu coupable de viol, de rapines, il fut incarcéré k la Steenporte, condamné à mort par le conseil de Brabant et pendu aux bailles de la cour, après avoir vu ses deux complices fouettés au pied de son gibet (1 1 février 1 570). Ceux-ci furent envoyés aux galères, et (le 1 6) sa servante fut fouettée, puis bannie. Aux yeuxdesEspagnols le prévôt fut une victime et non un criminel, et ils assistèrent en grand nombre à son enterrement dans l'église des Dominicains '•

< C'étaient auparavant Famman et son greffier, appelé le elere du sang {de klerek van den bloede) qui instmisaient les procédures.

> Remontrance de la loi de Bruxelles sur Tédit de la justice crimineliet original aux Archives du Royaume.

' îiouwm, Bruxelles illustrée, T. IL II y a aux Archives du Royaume une requête

La défense d'importer des draps étrangers, publiée au mois de juin 1 570, Tamnistie accordée par le roi, et la bulle d'absolution d'hérésie octroyée par le pape, étaient autant d'essais tentés pour ramener les esprits ; mais les haines étaient devenues implacables, et la conduite des officiers et des soldats espagnols, qui , se considérant comme en pays conquis, traitaient les habitants avec la plus insolente arrogance, n'était pas de nature à les calmer. De Potter , dont le récit ne peut être soupçonné de partialité, se plaint amèrement d'un nonmié don Lopez, qui logea chez lui pendant huit mois , exigeant toutes les semaines du linge, des serviettes, de la vaisselle , sept aunes d'étoffes, sans qu'on revît jamais rien de tout ce qui lui était fourni. Habitué h commencer son travail de grand matin et à se coudier de bonne heure , notre chroniqueur était obligé d'attendre son hôte jusques onze heures , minuit et quelquefois plus tard. Enfin , ne pouvant plus supporter ce genre de vie , il quitta sa demeure et se retira chez un chanoine de ses amis, qui, par sa position, était exempt de loger des soldats. Dans les campagnes, c'était pis encore, et une foule de cultivateurs, voyant leur vie à chaque instant menacée, leurs femmes et leurs filles outragées sous leurs yeux, leurs mobiliers brisés ou volés, s'étaient jetés dans les bois pour piller et tuer k leur tour *.

Comprimée longtemps par la terreur, l'indignation générale ne tarda pas à éclater. Persistant dans une opinion réputée dangereuse et impolitique par la plupart des hommes investis de la confiance du roi, d'Albe déclara, en 157i, que les deux années de sursis qu'il avait accordées, étant expirées, il allait faire lever le dixième et le vingtième denier, en exemptant toutefois les matières premières, les produits de la terre et les bestiaux (5i juillet i 571). Les représentations des conseils du gouvernement furent repoussées avec colère , et celles des états provinciaux n'obtinrent pas plus de succès. Le magistrat de Bruxelles, qui avait approuvé , le i 7 août , les observations que les députés du Brabant adressèrent au gouverneur, résolut, le 26 septembre, de lui demander un sursis d'un mois afin de pouvoir présenter au roi une requête tendante à faire substituer au dixième et au vingtième des impôts moins odieux. Cette démarche resta sans résultat et, le 20 octobre, le magistrat

du magistrat, datée du 3 avril 1568 et dans laquelle 11 se plaint des arresUtions opérées par Grouweb au mépris de sa juridiction* Archives de l'Audience^ carton 1579, n» 7 bis. — « De Potter, f» 1-4 v.

iU HISTOIRE

dut se résigner à yromettre Baàatasbce « Jean 4e fraye, eellaeteur général du dîjdèine denkr. Cependant no hésitait encore k eomnienoer nne opération dont chacun prévoyait ie daiif^, quand le dac maâda au palais quelques membres de la loi pour leur déclarer qu'il entendait que Tim* pôt fût immédtatementlevé, et qu'il fiillait, au i)esoin, forcer la main aux ooUeoteurs. Le 10 novembre, le premier bourgmestre, Maximilien TSerraets, communiqua ces ordres k de Fraye, qui se mit en mesure de les exécuter '« Un arts, publié au mois de décembre, eiqoîgmt aux marchands et détaillants de tout genre de venir à lliètel de ville jurer de payer le dixième de tout ce qu^ils vendraient, et ce, sous peine de voir fermer leurs boutiques. La plupart ne tinrent nul qpmpte de cet ordre^ et une nouvelle injonction, ûdte en particnfier aux bouchers et mardiands de volaille, n'ayant pas eu plus de succès, la boucherie fîit fermée pendant neuf jours; la commune dut se nourrir de poisson qui, du reste, fut amené en abondance. Il fallut cependant finir par lever cette interdiction ainâ que cdie dont les brasseries étaient l'objet depuis huit jours, et qui avait produit un manque presque absolu de bière ^. Toutefois, le 1 â janvi^ 1 573, les brasseure furent de nouveau sommés de suspendre leurs travaux, jusqu'à ee qu'ils eussent obéi à l'édît. Le premier de ces industriels, chez qui les collecteurs de l'impAt se présentèrent , dit que s^il av«t méfoit contre le roi ou la ville, l'autorité pouvait vendre ses biens k l'encan et se payer eUe4iiiéme« Les colleeteurs se retirèrent et déclarèrent au duc qu'ils n'osaient poursuivre les récalcitrants, de crainte d'être massacrés par le peuple; ils plièrent son confesseur de kii persuader d'abandonner sa résolution, mais mal en prit au conseiller, qui fut accablé de reproches. Les évéques et les abbés, assemblés alors à Bruxelles, ne furent pas plus heureux; en vidn loi remontrèrentrils qu'une oommo* tlon arrêterait la pacification des provinces et que la rd^ion et les eoclé» siasttques en seraient les victimes, il r^Nmdit qu'il voulait exécuter la volonté du roi. D'après une lettre écrite, le 29 janvier, au prince d'Orange, d'Albc aurait ordonné aux magistrats, de forcer les habitants à l'obéissance , les jurés des métiers, assemblés le i 9, aurai^t été retenus à l'hôtel de ville, et il s'en serait suivi im tumuke violent qui aurait fait lever la séance du conseil communal. Mais cette lettre peint l'irritation

' ResokUie Bœck,

* De PoTTER, (* 17. — YiGLius, Ommentarim, I. c, p. 312. Lesjarés ou doyens de ce métier étaieat alors Guillaume Ccieeke, Jean Beeekman, Henri Moriaeiis.

de la bourgeoisie sous des couleurs trop exagérées pour que nous ne la croyions pas avoir été destinée à animer davantage les populations ^

L'ordre du i 3 janvier n'ayant produit aucun efiet, il fut enjoint aux brasseurs de payer l'impôt, sous peine de i 00 florins d'amende pour premier refus, et sous peine de mort et de confiscation en cas de récidive. Vaines menaces! les brasseries chômèrent et personne ne céda. Placés entre un tyran impitoyable et un peuple irrité, les magistrats voulurent au moins pourvoir à la disette de bières; à cet effet ils louèrent les ustensiles de quelques brasseurs, engagèrent des valets et firent brasser de la petite bière dite cuyte ^. Cette boisson, qui n'était que de l'eau , dit un contemporain (De Potter), ne pouvait convenir à la bourgeoisie, et l'on dut faire venir de la bière de Coeckelbergh, Vilvorde et autres localités ; mais comme la fabrication n'y était nullement proportionnée aux besoins d'une grande ville, et que les frais de transport la rendaient très-chère , peu de gens purent profiter de cette ressource. Ne sachant plus que faire , le magistrat voulut tenter un coup d'autorité et cita les brasseurs et leurs familles à comparaître à l'hôtel de ville. Cet expédient échoua comme les autres : certains d'être soutenus par les na lions, ils demandèrent i être entendus en vierschare, et l'on s'empressa d'écarter cette demande; un acquittement aussi bien qu'une condamnation aurait eu les suites les plus fâcheuses. Les brasseurs présentèrent alors un long mémoire dans lequel ils réclamaient les privilèges garantis parla Joyeuse Entrée, et rappelaient les grandes charges qu'ils avaient supportées pour la construction du canal, ainsi que l'empressement avec lequel les habitants avaient monté la garde pour défendre Bruxelles contre les ennemis du roi et les pillards d'églises. Dans l'impossibilité de frapper cette puissante corporation, il fallut céder de nouveau, et, le 13 février, les brasseries reprirent leur activité habituelle. La plupart des marchands de drap, les merciers, les fruitiers, avaient également fermé leurs boutiques depuis le 7 janvier, et, bien qu'il leur eût été ordonné de les ouvrir, sous peine de 2 S florins d'amende , ils se passèrent de vendre, pendant trois mois, plutôt que de se soumettre à l'impôt. Bientôt les boulangers refusèrent de cuire du pain et les bouchers de vendre

* H. Groen tan Prinsterer, T. III, p. 406.

* Résolution du 21 janvier. Cleyn Swert Boeck. La cttyle était primitivement la bière de première qualité, mais avec le temps elle déchut et tomba au dernier rang. Cela est dit positivement dans une réclamation datée jde Tan 1554.

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