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de la Tknde, et il n'y eut plus moyen de combaltre cette opiniâtre
résistance.
En désespoir de cause, le magistrat fit, le 28 février, une dernière tentative et ordonna de payer le dixième sous peine d'une amende de 60 réaux d'or; mais elle échoua comme les précédentes, et les commissaires chargés de la recette de l'impôt attendirent vainement à l'hôtel de ville; personne ne vint ^ Dans la semaine de Pâques, des Gantois, qui avaient apporté des saumons à la mingue, furent obligés de les emporter, n'ayant pas trouvé d'acheteurs. Les meubles d'un bourgeois ayant été mis en vente , personne n'osa les mettre & prix. Ni la présence du duc, ni les menaces les plus terribles, ni les logements militaires, dont on accablait les membres les plus énergiques du parti populaire, ne purent triompher de cette héroïque fermeté que la Belgique entière admirait et encourageait. Déjà l'inaction des artisans et leur misère croissante étaient exploitées par les agitateurs, et le gouvernement ne pouvait guère foire fond sur les troupes, qui, mal payées, étaient prêtes à se révolter ^. Dans ces circonstances, les états des provinces résolurent de recourir au roi lui-même ; le Hainaut prit Tinitiative , et les deux premiers ordres du Brabant, qui avaient consenti les impôts, pour autant que le tier»-état voterait dans le même sens, et qui se voyaient exposés à l'animadversion du peuple, nommèrent cinq députés, entre autres l'abbé de Parck et maître Corneille Wellemans, pour porter leurs doléances & Madrid. La députation partit vers la mi-carême '•
Cette démarche éclatante, qu'il n'avait pu empêcher, porta au comble l'exaspération de d'Albe, et il se prépara à tirer une terrible vengeance des BruxeUois qu'il accusait d'avoir fait échouer ses projets. Il résolut de se saisir de dix-sept notables (ou, selon d'autres, de soixante-dix), et de les feire immédiatement pendre aux portes de leurs maisons, s'ils ne se soumettaient & payer le dixième. Le lieutenant-amman, entre autres, devait être pendu aux barreaux des fenêtres de l'hôtel de ville, pour avoir refusé d'exécuter lesrécalcitrants : « Par ceci, » lui avait dit, peu de temps auparavant, le duc en tirant sa barbe, « si vous ne vous hâtez, vous serez » pendu,» et sur ce qu'il s'excusait: «Il suffit, puisque je le commande, il » faut que ma volonté serve de raison ^. » Déjà don Frédéric de Tolède avait
1 De Potter, m 9.
* yiQUiEpittolœadHopperum.E, CXXIV. p. 310.
s De Fotteb, f 20 V. — « Chronique de Le Petit, p. 398. Ëdit. de 1604.
cherché Viglius pour lui faire signer la sentence, déjà les troupes étaient consignées, le bourreau préparait des échelles et des cordes, une journée terrible allait commencer, lorsque tout & coup arriva la nouvelle de la prise de la Brielle par Guillaume de la Marck , sire de Lummen.
Cet événement ne permettait plus à d*Albe de songer à des projets de vengeance qui pouvaient l'engager dans une lutte longue et dangereuse , alors qu'il ne devait pas perdre un instant pour courir & l'ennemi. Le succès de de la Marck fut le signal d'une prise d'armes générale. En quelques jours , toute la Hollande méridionale fut en pleine insurrection, et le duc n'avait pas encore réuni son armée qu'il apprit que Louis de Nassau avait surpris Mons. Ces événements le forcèrent à renoncer & la perception du dixième, et bientôt arriva le duc de Médina Celi , désigné par le roi pour le remplacer. Les démonstrations de joie qui éclatèrent à cette occasion montrèrent à d'Albe toute lliorreur qu'il avait inspirée, et blessèrent cruellement son orgueil. Le 1 6 juin , l'amman Jean de Locquenghien , les bourgmestres T'Serraerts et Jacobs, plusieurs des receveurs et le pensionnaire Maelcote furent désignés par le magistrat pour aller à Gand complimenter le duc.de Médina Celi, qu'ils devaient prier en même temps de se contenter de sa garde ordinaire de hallebardiers et d'archers , à l'exemple des anciens souverains et de leurs lieutenants; le 1 9 , au soir , les trois membres se rendirent à sa rencontre et lui offrirent le vin d'honneur ^. Mais les espérances que son arrivée avait fait concevoir, ne tardèrent pas & s'évanouir. En voyant l'état déplorable du pays, Médina Celi ne se soucia guère de prendre les rênes de l'administration, que d'Albe, du reste, ne voulait lui remettre qu'après avoir étouffé l'incendie que ses rigueurs avaient allumé.
Les états généraux furent convoqués à Bruxelles pour fournir au gouvernement les moyens de feire face aux dépenses occasionnées par l'augmentation des troupes; le 2i août, le président Tisnacq, en présence des deux ducs, promit l'abolition du dixième et du vingtième, et demanda un subside annuel de deux millions, outre le centième denier. Le duc prit ensuite la parole pour exposer à l'assemblée la nécessité de voter les aides demandées ; mais les États insistèrent pour obtenir préa-
* Ces rësolaUons du magistrat, ainsi qae celles qui suivront, sont Urées du RbêoluHe Boeck; registre déjà cité des Archivée de la viUe.
lablement la suppression définitive du dixième et du vingtième dont le roi n'avait fait que suspendre la levée, et il ne put voir la fin des diseur sions soulevées à oe sujet *
D'Albe et Médina Celi partirent, le 26 août, pour aller former le siège de Mons, et bientôt la guerre étendit ses ravages jusqu'aux portes de Bruxelles. Le prince d*Orange, qui accourait au secours de son frère, occupa Tirlemont, Diest, Louvain, Malines, Termonde, Audenaerde, Nivelles, mais il échoua devant Anvers et n'essaya même pas d'entrer dans Bfuxelles que gardaient cinq cornettes allemandes et trois espagnoles ^. Pendant son campement à Sterrebeke et Saventhem, ses coureurs s'avancèrent jusqu'à Schaerbeek, Saint-Josse-ten-Noode, Ixelles, et occasionnèrent en ville une vive alerte. N'ayant pu forcer d'Albe au combat ni débloquer Mons, il revint, à la fin de septembre, camper à Sterrebeke, et ses reitres dévastèrent les campagnes, enlevant les chevaux, le bétail, les meubles et les provisions, fouillant les bois pour y découvrir les objets que les paysans y avalent cadiés, pillant les églises et les monastères ^. Après avoir repris Mons , d'Albe tourna toutes ses forces contre les provinces septentrionales ; mais ses succès mêmes, succès que signalèrent d'horribles cruautés ^, rendirent le parti de la résistance plus ardent et plus opiniâtre, et Philippe se décida enfin à le rappeler. Pour réparer le mal produit par le zèle implacable du duc, il Dallait le remplacer par un homme qui sut allier la prudence i la valeur, la douceur à l'énergie. Le roi jeta les yeux sur don Louis Zuniga de Aequesens, grand commandeur de Gastille et gouverneur de Milan, et les brillantes qualités du commandeur justifièrent pleinement son choix.
Requesens arriva à Bruxelles le i7 novembre 1573 ^9 avec deux compagnies de cavalerie italienne. Un grand nombre de nobles, des députés de Bruxelles, de Louvain, d'Anvers, de Bois-le-Buc et de Bei^op-Zoom, avaient été l'attendre à deux lieues de la ville, et Frédéric de Tolède le reçut à la porte de Louvain, acte de déférence auqud il ne
* M. Gaghard, 1. c.
* Voyez H. Groen van Primsterer, T. IH, passim. — » De Potter.
^ On connaît le sac épouvantable de Malines; cet événement Jeta ledeoil dans la Belgique entière, et partout on y fit des quêtes pour les habitants de cette malheureuse ville. A Bruxelles ce fut le second bourgmestre, Jacobs, qui fut chargé de leur remettre les sommes recueillies. Résolution du 9 novembre 1572.
' Le premier bourgmestre, sire de Goyck, un receveur et un conseiller avalent été chargés d'aller le complimenter à Wavre. Résolution du i4 novembre.
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s'était èoumis que sur rinjonction formelle de son père et qu'il fit de très-mauvaise gréée. Le S 8, en plein conseil, d'Albe remit le gouvernement à son successeur, et, le 12 décembre, il quitta Bruxelles, chargé de trésors et des imprécations des Belges ; Jean Vargas le suivit le lendemain, et son fils, Frédéric de Tolède, avec son secrétaire Albernot, le 24. Le duc de Médina Celi était parti le 6 octobre ^
Requesens chercha sur-le-champ à détruire les funestes effets de l'administration de son prédécesseur. Le 6 juin 1 574, il se rendit à l'église de Sainte-Gudule, où se trouvaient réunis les chevaliers de l'ordre de la Toison d'or, les conseils, les cours supérieures, les députés des états généraux, convoqués à Bruxelles depuis le mois d'avril, et plusieurs autres personnages de distinction. Là, après une grand'messe célébrée par l'archevêque de Cambrai, il fit publier le pardon général accordé par le pape, et, dans Taprès-diner du même jour, l'amnistie accordée par le roi fut solennellement proclamée sur la grand'place ^. Mais il était trop tard ; la politique tortueuse du cabinet de Madrid avait excité trop de défiances pour que ces mesures pussent ramener la paix, et les choses en étaient venues au point que les insurgés, soutenus qu'ils étaient par les promesses secrètes de la France et de l'Angleterre, pouvaient espérer plus qu'un pardon. Les conditions qu'ils mirent au projet d'ac* commodément proposé par Requesens prouvèrent qu'ils tendaient à une indépendance absolue, et la guerre se poursuivit avec fureur. L'amnistie n'eut aucun résultat, et quelques actes arbitraires, nécessités par les circonstances, aliénèrent bientôt au nouveau gouverneur général une grande partie des provinces restées fidèles au roi. Les États tardant & voter l'aide qu'il leur avait demandée, il leva sur le plat pays brabançon des taxes, & décompter des sommes qui lui seraient accordées, et cette mesure, sans exemple encore, excita de vifs murmures. Toutefois le Brabant se décida à voter 550,000 florins, et les autres provinces ne tardèrent pas à l'imiter ^. Dans le même temps les Bruxellois se récrièrent contre la demande d'une gratification d'une couronne par mois pour
* De Potter, fr 29. — Coll. de fragments hùL concernant Bruxelles, mss. de la lAh. de Boargogne.
* Exemplarys oft copye van de oepene brieffven onses heeren des conings. Brassel, 1574, in-4®. — Lettres-patentes du pardon général accordé par Philippe II aux Pays-Bas, Bruxelles, 1574, in-4». — Strada. — P. BoR, etc.
> Yan Loon, Histoire métallique des dix-sept provinces, T. I, p. 210.
chaque soldat, tandis que d'après les promesses qui leur avaient été fiiites, ils ne devaientplus fournir aux troupes que le logement. Le bourgmestre, rëchevin TSerraerts et le secrétaire Melyn, chargés par le magistrat de porter ses réclamations au commandeur, se rendirent à Anvers, au mois de novembre, et parvinrent à les faire valoir, grâce à Fintervention de Julien Romero et de quelques autres officiers espagnols ^.
Dans les premiers jours de février 1576, deux compagnies d'infenterie de la garde de Requesens s'ameutèrent, i*éclamant leur paye arriérée. Elles parcoururent les rues de Bruxelles, tambours battants en tête, déchargeant leurs mousquets et poussant de grands cris. Ce mouvement n'ayant pas entraîné les deux autres compagnies, il fut promptement comprimé : les bourgeois prirent les armes et refoulèrent les séditieux dans leurs quartiers. Le commandeur fit aussitôt rechercher les auteurs de ce tumulte, et deux d'entre eux furent pendus à la por^e du palais ^. Mais les mêmes mouvements se manifestèrent partout, et les soldats mutinés se répandirent dans les campagnes, sans que les villageois, qui s'étaient armés par ordre de Requesens, pussent s'opposer à leurs excès. Ce fut au milieu de ces embarras que le commandeur mourut à Bruxelles, le 5 mars, emporté par un abcès à l'épaule; après avoir été exposé pendant trois jours, son corps fut provisoirement déposé dans l'église de Coudenberg.
* ResoluHe Boeck.
« HARiBDS, T. III, p. 227. — Dnionnis.