JI
L'abbaye de Forêt, \ » delà Cambre, |
Ji
» de Ninove
» de Saint-Bernard,
3 fl. du Rbin.
» de Saint-MicheL
» du Parck,
» de VUlers,
3 fl. du Rhin.
D de Tongerloo,
Le Chapitre d*Anderlecht,
Celui de Sainte-Gudule,
Mgr. rarchevêque,
L'évêque de Cambrai,
Les Lombards,
20 sous
Holenbeek fournira tous les jours
2 hommes.
Schaerenbeke »
Saint-Josse-ten-Noode, »
Ixelles et Tm Bosch, »
Saint-GiUes, b
Anderlecht, »
Laeken, »
Forêt fournira un homme trois fois
par
semaine. {Oppinie Boeck,)
* OppinieBœek.
Digitiz^d by
voir disposés à une union générale , mais que , quelque pénible que lui fut son éloignement de sa patrie et des amis de sa jeunesse, il ne pouvait rien feire sans l'assentiment des états de Hollande. Cette réponse déguisait mal sa joie : cet assentiment lui fut promptement donné et, lo 18 septembre /U arriva à Anvers où il fut reçu aux acclamations de toute la bourgeoisie en armes. Les abbés de YiUers et de MaroUes, le baron de Fresin et le sire de Câpres y avaient été envoyés pour le saluer au nom des États et, de son cAté, le magistrat de Bruxelles avait délégué au même efiet trois de ses membres : messire Libert Vanderdussen , Philippe Diertyts et le secrétaire Jean Mel)^. Il avait ordonné en même temps de préparer des barques de parade somptueusement ornées pour aller à sa rencontre, et il décida de se rendre en corps à l'écluse de Ransbeke et de lui présenter u cinq ou six aimes du meilleur vin du » Rhin ^ » Guillaume ne reeta que peu de jours à Anvers. Le 25 , il partit pour Bruxelles, accompagné des députés des États et escorté par vingt hommes de chaque serment d'Anvers et par sa garde hollandaise. A Vilvorde, il trouva le magistrat de Bruxelles. Complimenté par Jean- Baptiste Houwaert, qui avait été chargé de diriger la fête, il répondit qu'il venait pour délivrer le pays de toute oppression et charge. Ses paroles furent accueillies par de bruyantes acclamations; les assistants jetèrent en l'air leurs chapeaux et les bourgeois le saluèrent d'une décharge générale. Les barques destinées à le recevoir lui et son cortège, étaient ornées d'étoffes de soie , sur lesquelles brillaient ses armoiries, et garnies d'orangers, de festons et de guirlandes de fleurs. Les trois chambres de rhétorique avaient équipé chacune une barque sur laquelle elles avaient élevé des théâtres : h Livre représentait la délivrance du peuple d'Israël par Moïse ; la Fleur de Blé ou le Bluet comparait le prince à Joseph appelé au gouvernement de l'Egypte, et la Guirlande de Notre-Dame, h David tuant le géant Goliath. Lorsqu'il s'embarqua, le rivage retentit des cris delà multitude accourue detouscètés. Des rafraichissements lui furent offerts, et, pendant tout le trajet, la musique ne cessa de se faire entendre. Les bourgeois en armes escortaient la flottille, marchant des deux côtés du rivage, et les hauteurs voisines étincclaient des feux de joie allumés par les habitants du plat pays. Après avoir été salué, h la porte du Rivage, par les députés de la noblesse, le prince entra
* Résolulions des i8, 19 et 23 septembre. Rcsolutie Boeck.
TOHB I. UO
en yiUe et se rendit en toute hâte à son palais. Le lendemain, le maf^ trat l'invita i un banquet qui lui serait ofièrt, ainsi qu'aux députés des états généraux, le jour de saint Michel, à 11i6tel de yille ^
L'arrivée du prince d'Orange avait vivement ému don Juan; mais rassuré par Schets de Grobbcndonck, il voulut renouer les négociations, et, le 2â septembre, les États avalent reçu ses nouvelles propositions. Les décisions se prenant ordinairement le matin, la discussion en avait été remise au lendemain, jour de l'entrée de Guillaume. Ces propositions donnèrent lieu à d'irritants débats : les députés du Hainaut et d'autres voulaient en différer l'examen jusqu'après l'arrivée du prince , représentant que plusieurs membres de l'assemblée étaient aUés à sa rencontre; redoutant son influence, ses adversaires parvinrent à étouffer la discussion et votèrent l'adoption du traité offert par l'archiduc. Cette décision fut attaquée comme précipitée par la minorité, qui recommença, le â5 , la discussion dans une conférence tenue à l'hôtel Nassau. Les partisans de la paix l'emportèrent encore, mais les opposants firent insérer dans le traité des modifications telles, que son rejet était certain. Une de ces modifications portait que toutes les nominations fiâtes depuis le départ du prince seraient annulées. Le sire de Willerval et l'évéque de Bruges furent désignés pour porter ce projet à don Juan, qui le repoussa avec indignation (4 octobre), et U s'ensuivit une correspondance des plus aigres entre lui et les États ^.
Dès lors il fallait s'attendre à une guerre acharnée. Comme on appréhendait que don Juan ne marchât sur Bruxelles dès qu'il aurait les troupes que le prince de Panne lui amenait k marches forcées, le magistrat fit activement réparer et augmenter les fortifications. Les États lui accordèrent & cet effet dix bonniers de bois de haute futaie dans la forêt de Soignes ^. Le 7 octobre, le prince d'Orange visita les fortifications avec des délégués du magistrat; il leur déclara qu'elles étaient insuffisantes pour protéger les habitants, et vint, le lendemain, à l'hAtel de ville, engager les trois membres à mettre la plus grande activité à accélérer les travaux de défense. Il les remercia en même temps de l'affection qu'ils lui avaient témoignée, en les assurant de son dévouement, et il leur
1 HouwAERT, Triutnphante inkofMte van ff^illem,prin$vanOrafije.'-Re$oltUie Dœck. — De Potter. — Harjeus. — Van Meteren. • Schets. — M. Groen vam Prinsterer.
> Registre deê Chartra de la Chambre det comptée de BrabatU^ n« XI, P 77 f.
reoominandB Punion et la plus grande déférence envers les États, afin de ne leur donner aucun prétexte de quitter leur ville. Le 9, la nation de Saint^acques pressa le magistrat de faire payer la taxe des couvents, et celle de Saint-Laurent dit qu'il Mait accepter les secours que le fils du prince palatin, Casimir, et d'autres souverains, offraient aux états généraux. Le i 3, des députés des serments se présentèrent au magistrat pour se plaindre du peu d'activité qui régnait dans les travaux de fortification. Le magistrat ayant répondu qu'il faUait l'attribuer au manque de fonds, la contribution hebdomadaire ne rapportant que 2â5àâ50 florins du Rhin, et diminuant même, chaque semaine, par suite de la mauvaise volonté de plusieurs contribuables. Us déclarèrent qu'ils étaient prêts à travailler à leur tour, ou à payer chacun six sous, et à y contribuer de toute autre manière que l'on voudrait. Les trois membres décidèrent ensuite d'employer aux fortifications i ,000 florins du Rhin que le conseil de Brabantdevait encore à la viUe pour l'entretien des soldats levés du temps de Marguerite de Parme, et d'établir de nouvelles impositions. La nation de Saint-Jean représenta la proposition de celle de Saint-Laurent relative aux prébendes d'Ânderlecht, et demanda qu'elles fussent affermées; mais ceUe-d insista sur sa première opinion, disant qu'il feUait les vendre }•
Une commission composée des seigneurs de la Garde et de Trello, gentilshommes du prince d'Orange, Jacques de La Noue, J.-B. Houwaert , Paul De Prince, Jean Dont, Charles Vanden Horicke, Jean Vandenbossche, et quelques autres, fut chargée de présenter un plan de fortifications et les moyens de l'exécuter. Considérant que Bruxelles était devenue frontière et que les ennemis pouvaient y arriver en une nuit, et se retranchqr dans les frubourgs, cette commission proposa de les incendier en prévenant toutefois d'abord les propriétaires de maisons ou bâtiments situés à mille pieds des portes, qu'ils eussent à les abattre et à employer les matériaux le mieux possible. Elle exposa la nécessité de construire des ravelins, semblables à ceux qui étaient déjà commencés , dans les endroits où les fossés n'avaient pas d'eau , depuis la porte de Schaerbeek jusqu'à celle d'Obbrussel, et de les commander par deux plates-formes qui empêcheraient l'ennemi de s'y établir s'il venait & les emporte^. Chaque ravelin devait coûter cinq à six mille florins du Rhin, et les
< OppinU Boeck,
plates-formes i6 à 1700. Elle déclara qu'il (allait avant tout fortifier la porte de Schaerbeek et la Tour Bleue. Dans un second rapport , elle demanda, à cause de leur grande élévation, la destruction des églises de Saint-Gilles et de Molenbeek, dont les matériaux seraient employés aux fortifications, et la construction de nombreux remparts près de Thôpital Saint-Pierre, côté que dominaient les hauteurs d'Obbrussel. Pour obtenir les fonds nécessaires à ces travaux, elle proposa de porter à un sou , sans aucune exception, Timpàt d'un demi-sou sur le vin. Ces propositions furent adoptées par les trois membres; le magistrat déclara toutefois qu'avec les matériaux des églises de. Saint-Gilles et de Molenbeek on en bâtirait de nouvelles, parce que c'étaient des paroisses. A cette occasion, la nation de Saint-Laurent insista vivement encore pour que les états généraux acceptassent les offres de la reine d'Angleterre, du prince Casimir et du comte de Swartzenberg ^.
La plus grande anarchie régnait alors dans les opinions : les uns, et c'était le parti le plus puissant en Belgique où U comptait dans ses rangs presque toute la noblesse, le clergé, les patriciens de Bruxelles, voulaient la paix avec le roi, mais en conservant les privilèges, et secrètement ils inclinaient pour don Juan ; les autres désiraient l'indépendance sous la protection de la France, mais Us n'osaient encore exprimer ouvertement leurs vues. Les calvinistes formaient alors le parti populaire ; ses chefs étaient Marnix de Sainte-Aldegonde à Bruxelles, Hembyse et Ryhove à Gand. Ce parti voulait s'appuyer sur l'Allemagne et sur l'Angleterre, et c'était lui qui pressait l'arrivée du prince Casimir, dont le père avait ouvert ses états à tous les proscrits du fait de religion. Ce fut vers ce temps que Pierre Plane (Plancius) vint prédier la réforme aux populations du Brabant; son désintéressement, non moins que ses talents, fit beaucoup de prosélytes à Bruxelles et dans les campagnes environnantes ^. L'influence de Guillaume, qui grandissait chaque jour, surtout parmi le peuple, excita la jalousie des grands des deux premiers partis, qui voyaient avec un vif mécontentement les villes donner l'impulsion au lieu de la recevoir. « Cognoissant la plupart de la noblesse, » le peuple de soi estre muable, et que le crédit qu'en son endroit avoit >» le prince d'Orange, estoit si grand, mesme le voliont, contre le gré
> 28, 29 octobre, 2, 3, 7 novembre. Oppinie Bœek. 1 H. GoBTBAELS. Lcctureê^ etc., T. III, p. 126.
» de tous, faire gouverneur des Pays-Bas.... fut advisë requérir » Farchiduc Mathias, frère de l'empereur Rodolphe, « de prendre le gouver- }» nement desdits pays ^. » Ce jeune prince, né en i 557, devait, par son inexpérience, servir les projets des meneurs et devenir un instrument entre leurs mains. Appelé pour être opposé au prince d'Orange, il pouvait rétre également à don Juan, comme catholique et membre de la famille impériale ^. Cette mesure , concertée d'abord dans le secret, manqua d'échouer et de provoquer des troubles sanglants. Une lettre dans laquelle Fourneau, gouverneur de Beaumont, disait à sa femme que l'archiduc Hathias devait être appelé et préféré au prince, ayant été interceptée, il fut arrêté par les Bruxellois et jeté en prison '. Plus e£Erayés que jamais par ces dispositions populaires, les adversaires du prince envoyèrent, le 26 octobre, le seigneur de Maelstede proposer le gouvernement des Pays-Bas & l'archiduc ^.
Ces divisions, en entravant les opérations militaires, prouvèrent bientôt que, malgré tous leurs préparatifs, les états généraux n'arriveraient à aucun résultat décisif. La nombreuse armée qu'ils avaient réunie k Wavre, sous les ordres d'Emmanuel de Lalaing, aurait facilement pu s'emparer des passages de la Meuse, et sinon chasser don Juan, du moins le mettre dans l'impossibilité d'avancer et de recevoir des renforts. Après une longue inaction, elle se porta de Walhain sur Gembloux, où l'ennemi devait bientôt venir la surprendre. Le prince d'Orange avait aisément compris le véritable but qu'on voulait atteindre en appelant l'archiduc, et il savait fort bien d'où partait le coup; ne pouvant le parer, U chercha à l'amortir. Le Brabant étant sans gouverneur depuis la retraite de don Juan , il résolut, malgré l'opposition qu'il était certain de rencontrer, de se faire nommer à cette place, la plus importante du pays. Bien qu'il vit encore dans son parti un grand nombre de nobles et de prélats ^, il compta , pour réussir, sur l'enthousiasme qu'il avait excité à Bruxelles , où k les habitants montaient jour^ » nellement la garde devant son château , et l'accompagnaient où il » voulait. Dans les rues, les femmes tombaient à genoux lorsqu'il pas-
< ROaHon des événemenU de 1577 et 1578, 1. c.
* H. GrOEN van PamSTEREB.
s BnziHGBR, p. 258.
« H. Gboen van Primsterer, T. VI, p. 101.
> Ibid., 1. e.
i> sait, et joignaient les mains; en sommei ils Thonoraient quasi comme M s'il était Dieu lui-même ^. » Un jour qu'il était resté plus tard que d'habitude au eonsefl, des bourgeois s'en inquiétèrent, et, soupçonnant quelque trahison, ils prirent les armes. L'alarme fut aussitôt générale; la bourgeoisie courut occuper les portes, tandis que des groupes nombreux se dirigeaient vers le palais. Le trouble ne cessa que lorsque le prince se fut montré à une fenêtre d'où il remercia la foule de cette preuve d'intérêt ^. k Un des plus grands mutins de Bruxelles déclara au comte » de Lalaing et au sire de Heze que si l'on savait qu'ils fussent ceux qui » avaient fait venir l'archiduc, leurs têtes seraient en danger '« » Dans l'assemblée du i7 octobre, la nation de Saint-Pierre dit que «^d'abord, n et avant tout, il fallait qu'on leur donnât pour gouverneur du duché n de Brabant le prince d'Orange, et que les nations ne devaient pas » quitter l'hôtel de ville avant d'avoir obtenu le consentement des trois » membres; car, ajouta-t-elle, nous ne sommes pas de moindre qualité « que nos voisins de Flandre, Hainaut, Artois, Gueldre, Frise et autres, » considéré en outre les grandes charges du Brabant. » Elle demanda que cette opinion fut lue ouvertement devant les autres nations, et celles de Saint^aoques, de Saint-Jean, de Saint^Nicolas, de Saint-Gilles et de Saint-Laurent s'y rallièrent aussitôt ^« « Les membres eodésiastiques des états, dit un contemporain, s'opposent à cette mesure, mais les Bruxellois disent que s'ils continuent i se montrer opposés au prince, ils les prendront une fois à corps, les précipiteront du haut de la maison de ville, et les assommeront ^. n Les trois membres, de concert avec les chefs-doyens , les métiers et les principaux bourgeois d'Anvers, représentèrent aux états de Brabant qu'il fallait absolument un chef à la province sur laquelle le poids de la guerre allait évidemment tomber ^. Cette requête souleva une vive rumeur dans l'assemblée ; le clergé, la nugorité de la noblesse s'y opposèrent énergiquement. Le comte d'£gmont, le sire de Heze protestèrent, disant qu'ils n'obéiraient pas à celui qui
' Rapport de Jean de Raispelt, agent d'Albert le Magnanime, dac de Bavière, communiqaé an TréêùrtuUional, par H. le docteur GoRfiiAii9, T. Il, p. 117. * M. Groe!! VAN Prinsterer, T. VI, p. 178. ' Relation des événements de 4577 el liS78, loc. cit. A Oppinie Boeck.
B Rapport de Jean de Raispelt, 1. c.
tt M. GaoEN VAN Prinsterer.
(t serait de contraire religion que la catholique. » Il allait être passé outre lorsque « entra soobdain en la chambre telle multitude de peuple » que les estats furent contrains s'accommoder à son voloir ^ » Dans les états généraux cette nomination éprouva également de vives difficultés, et ne fut sanctionnée que par provision, tant qu'il n'y aurait pas de gouverneur général (22 octobre) '. Le magistrat de Bruxelles approuva cet u appointement ', » et le prince, » après quelques excuses, » accepta Testât ^. » La nouvelle de sa nomination répandit un vif contentement dans Bruxelles où de nombreux feux de joie furent allumés '• Satisfait d'avoir obtenu cette place dont personne n'avait jamais été investi, mais toujours irrité contre les États, Guillaume se retira à Anvers, et de là, il les engagea à envoyer à l'archiduc Mathias, qui était arrivé à Maestricht, une députation chargée de lui présenter les bases du traité à conclure pour sa réception. Cependant sa nomination n'avait fait qu'accroître la scission qui régnait entre les partis ; dans le but d'élever autel contre autel, les adversaires de Guillaume voulurent se créer en Flandre un point d'appui contre le Brabant. Le duc d'Aerschot se rendit h cet effet à Gand ; mais les chefs du parti populaire, Hembyse et Ryhove, soulevèrent cette puissante cité, et, renouvelant la scène du 4 septembre 1576, ils emprisonnèrent le duc, plusieurs évéques et abbés, ainsi que d'autres chefs de l'aristocratie (28 octobre)^. Cet événement jeta la stupeur dans Bruxelles. Le lendemain, le prince d'Orange y envoya le sire d'Ohain « pour protester qu'il n'étoit auteur de cet » acte ; ce qui confirma à plusieurs l'opinion qu'il l'étoit^. » Les membres des états généraux craignirent que les Bruxellois n'imitassent ce dangereux exemple et n'attentassent à leur liberté ; le bruit de ce projet prit même assez de consistance pour que les démocrates crussent nécessaire de faire une démarche afin de le démentir. Le 50 octobre, le magistrat et les membres du comité des fortifications se rendirent en corps à l'assemblée des états généraux. Ils les assurèrent «< que les troubles de
* Relation des événements de I^IT et 1S78, loc. cit.
* H. Groen vam Prinsterer, T. VI, p. 208-210. — 1>e Pottbr. — EmiMGER, p. 237. — Van Meterer. — Harueus, T. II, p. 273.
■ 20 octobre. Resolutie Bocck,
^ Relation des événements de 1 377 et 1 378.
^ DlNOTHOS.
" H. Groemvan Prinsterer, T. VI, p. 216. '' Relation des événements de 1377 et 1378.
472 HISTOIRB
M Gand leur déplaisoient fort et pour ce que quelques-uns craindroient » que semblable pouvolt arriver en cette ville, ils déclaroient fermement )« que les estatz pouvoient être sans crainte, leur promettant toute assu- )• rance, voir même pour les dits estatz leurs corps et leurs vies ' ; » par résolution du 2 novembre, le magistrat défendit de cbanter sur les places publiques d'autres chansons que celles approuvées ^. Ces démonstrations mêmes prouvaient que les États n'étaient plus libres, ni maîtres dans Bruxelles, puisqu'au lieu d'y disposer de la force armée, ils recevaient, en quelque sorte, une sauvegarde d'un corps secondaire. La commune bruxelloise était alors, envers les états généraux, dans une position pareille k celle oùse plaça, en i 792, jla commune de Paris en face de l'assemblée nationale législative, avec cette difiérence toutefois qu'elle ne recourut jamais, pour les violenter, aux horribles massacres qui souillèrent la capitale de la France. Elle aussi ne reconnaissait aucune autorité supérieure; elle ne voulait d'autre guide que la liberté publique dont elle se constituait juge; elle commentait ou réprouvait les actes des États, leur dictait quelquefois des résolutions, en même temps qu'elle montrait une énergie admirable pour se garantir des désastres d'un sl^e ou d'un sac. Ainsi, nous voyons le commandant de la bourgeoisie, Corneille Vanderstraeten, défendre avec menaces, au greffier Wellemans, de signer aucun passe-port sans préalable avis des dix-hiUty et cela en présence du prélat de Sainte-Gertrude, des seigneurs de Saventhem et de Berchem, des pensionnaires de Louvain et d'Anvers, et de l'avocat Liesvelt. Il est vrai que, d'après des explications données par le pensionnaire, ces précautions ne concernaient que les bourgeois, mais les députés ne devaient guère s'attendre à être exceptés de la mesure '. Ce Vanderstraeten, qui, quelques mois après, obtint l'office de concierge de la cour ^, engageait instamment le prince d'Orange à se rendre à Bruxelles. Il se plaignait & lui des chefe de l'armée qui n'avaient pas occupé la position de Bouge, en sorte que l'ennemi pouvait arriver sans obstacle à Bruxelles ou à Nivelles ; il hii désignait Champagny comme concussionnaire, l'accusant d'avoir dérobé 35,000 florins sur la solde de ses soldats, et demandant
' M. Groen van Prinsterer, T. VI, p. 218. * Resolutic Boeck,
' Résolution mss. des états généraui du 19 novembre. M. Groen van Prinsterer, T. VI, p. 26i.
« Le 20 janvier 1578. /6td., p. 260.
DE BRUXELLES. i76
qu'on lui fit son procès, « car, disait-il, il y a étoffe assez, n Enfin, il lui rappelait sans cesse que les États renfermaient dans leur sein de nombreux ennemis de la cause publique et de la sienne propre, lui citant, entre autres, Fabbé d'Hasnon, Jacques de Fraye, le duc d'Aerscbot, Louvîgnies, Jean d'Offegnies, le sire de Marque, échevin de Mons, Provin, pensionnaire de Bruges, et Louis AUegambe, seigneur de Hamel, prévôt de Tournai ^. Ardent patriote^ Vanderstraeten pressait avec une incroyable activité les travaux des fortifications qui devaient protéger Bruxelles contre les armes espagnoles et qui la firent réputer imprenable. Autour de son enceinte de murs garnie de fortes tours et défendue par sa contrescarpe et de profonds fossés, fut élevé un cordon de ravelins. Sept ravelins défendaient les portes de Schaerbeek, de Louvain, de Namur, la Grosse Tour et les différents endroits où, de ce côté, les fossés manquaient d'eau ^. Le 24 novembre, le magistrat, approuvant la proposition de Guillaume de Smeth, un des commissaires aux fortifications, avait fait commencer celui de la Tour Bleue '. Quelques jours plus tard, d'après les rapports de Jean Houwaert et Jean Théron, fondé de pouvoirs du prince d'Orange, les trois membres résolurent de faire construire encore cinq ravelins dans le bas de la ville, et de donner aux fossés trente-quatre pieds de largeur ^. Chacun de ces ravelins avait, à ses trois angles, une petite tourelle, et, à son centre, un corps de garde.
Pour faire exécuter ces vastes travaux, qui furent commencés le 4 novembre, le magistrat obtint la faculté d'abattre encore les arbres de dix bonniers du bois de Soignes, et ensuite celle d'y prendre autant de fascines et d'arbres qu'il lui en faudrait, à condition de jurer qu'il n'en serait pas pris plus que de besoin ^. La population entière fut mise en réquisition : chaque jour quatre sections devaient y travailler ; les exemptions étaient payées trois, quatre, cinq ou six sous par jour* Le chroniqueur qui rapporte ces détails y travailla lui-même, « car, }> dit*il, les meilleurs y allaient. >» Pour diriger les travaux et veiller à l'approvisionnement de la commune, le comité de défense s'as-
< Lettre du 10 décembre. M. Groen van Prinsterer, L c
* V. le plan de Guiggjardin, édition de 1580. — > Resolutie Bocck.
* 26, 28, 30 novembre, 8 décembre. Oppinie Boeck,
^ Octrois da 13 décembre 1577 et du â avril 1578, Archivesdela Chambredes Comptes.
TOHB 1. o7
i74 HISTOIRE
semblait deux fois par jour, à 9 heures du matin et i 5 heures de relevée, « dans la dernière ehambre de l'hôtel de ville sur le marché ^ »
Les dispositions agressives de don Juan, l'arrivée de Mathias préoccupaient tous les esprits. Pour la défense du pays et le maintien de ses libertés, les États résolurent de renouveler l'acte d'union en y apportant toutefois les modifications nécessitées par les circonstances et la marche des événements, en même temps qu'ils arrêteraient les bases de la réception de l'archiduc. Instruits de ce projet, les dix^huit demandèrent com* munication des articles du traité à proposer h Mathias, et de la nouvelle Union, « déclarant positivement qu'ayant été trompées par la trop légère réception de don Juan, les nations ne recevraient l'archiduc qu'a- ^ près mûr examen des conditions qui lui seraient faites (9 décembre) '• »
La noitvelle Union de Bruxelles, signée le i 0 décembre dans la grande '^"""^ salle de l'hôtel de ville, prouve combien, depuis un an, les idées étaient
devenues progressives. En i576, on ne voulait que le catholicisme, y/ù ^'^ ^^ exigeait la proscription des prêches; maintenant que le parti protes-
tant avait au congrès de nombreux partisans, les deux religions se (uromettaient réciproquement bienveillance. Le même jour, fut publié on décret du 7 qui déclarait don Juan ennemi du pays, et l'archiduc Mathias fut proclamé gouverneur général des Pays-Bas, mais à des conditions qui le mettaient entièrement dans la dépendance des États. Ainsi, ils s'étaient réservé le droit de déclarer la guerre ou de conclure la paix, et les nominations au conseil d'état '. Gomme il était important de réorganiser ce corps, réorganisation dont les états de Brabant avaient déjà démontré l'urgence (4 novembre), il fut immédiatement procédé à sa nouvelle composition ^.
Le i i décembre, les trois membres approuvèrent la nomination de Tarchiduc, et, le 2 janvier i578, le magistrat publia l'ordonnance réglant les cérémonies de son entrée qui devait avoir lieu sur le même pie4 que celle de don Juan. Des prix, dont le plus élevé était de quatre
* De Potter. La chambre dont il parle est sans doute celle du rex-de-chanssée, au coin de la rue de la Téte-d'Or.
« M. Groen van Prinstbrer, T. VI, p. 165.— » Ibid., p. 270.
* Le nouveau conseil d*état Ait ainsi composé : le marquis d*Havré, le seigneur de Champagny, le comte de Boussu, l'abbé de Sainte-Gerlnide, Fromont, Fresin, Willerval, Leoninus, Meetkerke, Sasbout, Pierre de Beveren, conseiller de Flandre, Tabbé de Marolles, Liesvelt et Marnix de Sainte-Âldegonde.
agneaux et de huit gehes de vin, étaient offerts aux sennenls ^ Mais toutes les difficultés étaient loin d'être aplanies : comme l'arrivée de Tarchiduc 6tdt au prince d^Orange le gouvernement du Brabant, le peuple de BruxeUes déclara hautement qu'il fidlait nou*seulement lui laisser sa place, mais le nommer lieutenant-général de Mathias, Des adresses ayant été présentées à cet effet, Guillaume, qui s*était rendu k Gand pour y apaiser les troubles, écrivit aux trois membres que, ne voulant pas causer de jalousie, ni enlever au comte de Lalaing la place de lieutenant-général, il préférait n'être ni lieutenant-général ni gouverneur du Brabant (5 janvier). Sa lettre fit quelque impression ; les nations renoncèrent au jurojet de le &ire nommer lieutenant-général, mais elles persistèrent dans celui de l'avoir pour gouverneur, déclarant, que si on ne les satisfiiisait pas à cet égard, elles n'admettraient pas l'archiduc dans leur ville ^. Les nations étaient devenues toutes puissantes par l'absence d'un pouvoir capable de les réprimer, car les lignages n'étaient plus que des oligarchies sans force. Le 5 janvier, eUes replacèrent dans leur salle de réunion la couronne que la reine de Hongrie en avait fait enlever après les troubles de i 552 ; elles demandèrent et obtinrent ensuite le droit de pouvoir se convoquer elles-mêmes ^. Voyant la ville menacée de troubles, les États résolurent, le 8 janvier, vers huit heures du soir, de nommer le prince gouverneur du Brabant et dé prier l'archiduc de le choisir pour son lieutenant-général. Une telle prière était un ordre, et, le 1 9, Mathias agna la nomination de Guillaume qui, dès lors, ne lui laissa qu'un simulacre d'autorité *,
L'archiduc étant arrivé à Malines où le parti espagnol comptait beaucoup d'adhérents, quelques archers de Bruxelles furent envoyés (9 janvier) pour veiller à la garde de cette place importante ^. Le prince d'Orange informa les dia>-huU de la prochaine entrée de Mathias h Bruxelles en les chargeant de tout préparer pour sa réception ^. Vers le même temps, arriva dans cette ville Jean de Noircarmes, seigneur de Selles, que le roi envoyait porter aux États de nouvelles propositions de paix. Il offrait une amnistie complète, promettait de ne plus avoir de soldats espagnols dans les Pays-Bas, d'y envoyer un nouveau gouverneur général, exigeant, pour toute condition, le maintien de la religion catho-
« ResoluHe Bœck.^* M. Gaonr vah PamsTEUCE, T. VI, p. 276. — > Db Potter.
* H. GrOEM van PrINSTERER. — s AZEVEDO, T. IV. —« ËTTZI]f«BR, p. 238.
lique et l'observance des règlements existants sous Charles-Quint. Le moment n'était pas opportun pour laire de telles propositions ; aussi les États les rejet^ntnils comme anéantissant la pacification de Gand ^ On relâcha quelques détenus politiques, entre autres Fourneau, qui avait expié, par trois mois de prison, sa sympathie pour le nouveau gouverneur général ^.
Le 1 7 janvier, le prince d'Orange, qui avait traversé Malines sans s*y arrêter, vint coucher à Yilvorde où il fut rejoint, le lendemain, par l'archiduc. Tous deux alors se dirigèrent sur Bruxelles, accompagnés du serment des hallebardiers et de celui de la petite arbalète d'Anvers, de trente confrères du serment de l'arbalète et de vingt-dnq de celui de l'arquebuse de Malines, ainsi que d'un grand nombre de Bruxellois venus à leur rencontre. On remarquait parmi leur suite le comte de Swartseaberg y ambassadeur de l'empereur, Jean de Nassau , firère du prince d'Orange, le prince de Chimai, le comte Yandenberghe, le baron de Liedekerke, le seigneur de Bours, capitaine des archers de la garde, Coupîgny, capitMne des hallebardiers, Gaspard de Danwits, seigneur de Jandorf, les sires de Halders, de Pontery, Griboval, Heyst, Br^t, Giberchy. La noblesse, avec ses officiers, ses laquais et ses pages, les membres des trois grands conseils et les Ugnages, allèrent à leur rencontre. Lorsque le cortège arriva sur les hauteurs de Schaerbeek, trois mille bourgeois, que le comte de Boussu avait ranges en bataille jusque près le PetU Venise ', exécutèrent un simulacre de combat contre quatre enseignes d'infanterie. Cette fête militaire dura une demi-heure, et le cortège s'avança ensuite salué par l'artillerie des nouveaux ravelins et des remparts. Il fut reçu à la porte de la ville par les bonnes gens des nations, ayant tous un flambeau à la main. Les rues étaient ornées de guirlandes de verdure, de draperies, d'inscriptions, et jonchées de fleurs ; d'espace en espace on voyait des épisodes de l'histoire de Scipion, à qui le nouveaugouverneur général était comparé. Sur la grand'(daoeétaientélevés, de quatre en quatre pieds de distance, des poteaux chargés d'armoiries ; en face de l'hôtel de ville, on avait dressé vingt-quatre théâtres sur lesquels trônaient de jeunes filles , allégories des vertus. Lorsque le oor-
* M. Groen van Prinsterbr, T. Vf, p. 285. — • ErTiracBR.
> Tôt op een black velt gelegen buyten Brussel tasschen die Hechelsche eode Lovensche poorte by eene plaisante délie bygenaemt Gleyn Veoegien. Houwabrt, Incomitewm Malkiasy Brux. 1579, bl. 11.
tëge arriva près de l'hôtel de Nassau , des chœurs chantèrent des vers, dont l'auteur exaltait le prince d'Orange et tous les jeunes héros. A son entrée au palais, qui était tendu de tapisseries, l'archiduc fut salué par trois décharges de mousqueterie, les trompettes sonnèrent, les tambours battirent aux champs. Le soir, il y eut un grand banquet auquel furent invités les nobles et les députés des États. Pendant toute la nuit, la ville resplendit de mille feux de joie; toutes les maisons, ainsi que la tour de Saint-Michel, les tours de Sainte-Gudule, le beffroi, furent illuminées. Dans plusieurs rues on avait pendu de ces grandes lanternes de papier que nous revoyons encore aux jours de kermesse, représentant les astres, des chasses, des triomphes, des cavalcades, des événements tragiques ou grotesques. Les Waeckhuysm avaient été transformées en petites chapelles. Partout le peuple s'abandonnait à la joie, buvait, mangeait, chantait dans les rues, ou lançait des fusées (pheseyen) qui, u allaient sous les habits et les jupes, et mettaient les » curieux en déroute ^ »
Le 20, l'archiduc et Guillaume prêtèrent serment à la bretèque de l'hôtel de ville ^, et, le lendemain, on chanta, à l'église de Sainte-Gudule, une messe solennelle à laquelle assistèrent la cour, les États et le magistrat. De là, ils se rendirent i l'hôtel de ville, où les États offrirent un dîner à Mathias, diner auquel furent également invités le prince d'Orange, le duc d'Aerschot et un grand nombre de seigneurs et de prélats. Les rhétoriciens de la Guirlande de Marie y récitèrent des dialogues composés par J.-B. Houwaert; dans un de ces dialogues, un bourgeois, se plaignant de la misère publique, était consolé par un ecclésiastique qui lui faisait entrevoir l'arrivée du nouveau gouverneur comme le baume qui aDait cicatriser toutes les plaies ; dans un autre, Minos, appelé à décider entre Alexandre, Annibal et Scipion, prononçait en faveur de ce dernier parce qu'il avait été vertueux. On servit ensuite les confitures, des fleurs, des animaux en sucre, et différents objets de pâtisserie. Les cloches sonnèrent trois jours de suite, en signe de réjouissance '.
Le i 6 janvier, les receveurs avaient remis au magistrat un état des
« J.-B. flouwAEBT, /ficonufe «an JfotAfM.
* Ende 20 january heeit hy synen eedt gedaen opt stadhuys ter puyeif . Compte de la fabrique de Sainte^ttdttle, L'archidac pr6ta serment comme goaverneof général el le prince d'Orange comme goavemeur du Brabant.
» EtTZINGER. — AZEVEDO. — Jf.-B. HOUWABRT.
recettes et des dispenses, prësentant un déficit de 35,387 florins du Rhin \ et ils avaient dédaré l'impossibilité de continuer les travaux commencés ou d'entreprendre ceux indiqués par le prince d'Orange, les
1 COMPTES raiSBMTiS PAR LES RBCEVEiniS.
Recettes. Deax vingtièmes et quarantièmes. . . . 24508 II. du Rh. Dons reçus par les oenteniers, pour les fortifications ^07
Dépenses. Solde des ouvriers. ....... 2185
Matériaux 1492
Assemblée des Ëtats, frais des capitaines,
lumières pour la garde 5495
Poudre, goodron, etc 8915
Quartiers-nattres, canonniers, ingénieurs,
tambours, etc »... 1715
Quote dans Taide 14550
Menas travaux 2152
Grains achetés en 1577 et revendus (pour
mémoire, 15507) »
Grains achetés 15940
Quote dans l'aide de lt)0,000 fl. du Rhin. 5587
Menues dépenses 5975 tciftm
Déficit. . . 55587
COMPTE DE GUDULAUMB UE SMCTH POUR LES FOATinCATIONS, IUSQD*AU 16 JANVIER 1578.
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Dans les dépenses sont comprises des sommes payées pour les grands ravelins construits à la porte de Cologne, au moulin à poudre, à la porte de Louvain, pour le premier ravelin entre les portes de Louvain et de Namur, pour le deuxième, pour le ravelin au Wollendries, pour celui de Sainte-Glaire, pour celui du trou du canal, ou porte du Rivage, etc*