RECETTES COURANTES. SOMMES RESTANT A RECEVOIR
n. au Rlk.
Les cloîtres. ...... 700 562 (difficile à percevoir).
Vented*arbresdubois de Soignes. 5000 1467
Sommeaccordée par les États. . 5000 1900
Rétributions payées par les bour- 1000 (difficile à percevoir),
geois n'ayant pas travaillé en 1500 (le chapitre ne veut pas payer sipersoitne, pour trois mois. • . 1600 non par jugement).
ChapitredeS*«-Gudule,pour impôt. » 5454 (à recevoir seulement dans 4 mois.)
Impôt sur le vin affermé. . . »
Le conseil de Brabant doit pour les troupes levées en 1566 1000 fl. (les
seigneurs de Boussu , de la Motte et d'autres seigneurs et ingénieurs ; il fellait, entre autres, construire un ravelin entre les portes de Flandre et du Canal , et ces travaux exigeaient au moins deux mille florins par ^ f ^ '
semaine. Le magistrat proposa d'y consacrer le dixième des revenus de ^ ^ ,r* Jtous les terrains de la ville et de sa franchise, ainsi que des rentes, et le j> * / ')i "' t vingtième des locataires, comme cela s'était fait en i 576, en exceptant seulement les loyers de moins de i3 florins; il décida aussi la levée d'une mite sur le froment. Le large conseil adopta les deux premières mesures, mais rejeta la troisième, nonobstant les remontrances que les receveurs lui adressèrent (27 et S 8 janvier). Les nations ayant été convoquées pour cet objet , elles se réunirent sous la cfyfironne et déclarèrent qu'aux termes de la Joyeuse Entrée et de la pacification de Gand, en vertu des serments du gouverneur général et du conseil d'état, la , ville était maintenue dans ses franchises et usages , et que toutes les ordonnances contraires, telles que les règlements de i528 et de 1945, qui avaient aboli l'ancien droit de la commune dans le renouvellement du magistrat, étaient annulées et mises & néant. Elles réclamèrent en conséquence le changement du magistrat, attendu que son élection avait été faite en opposition aux anciennes lois , et l'abolition du serment qu'il avait prêté. Enfin , elles refusèrent leur consentement aux impôts proposés, disant qu'on n'avait qu'à faire rentrer les contributions arriérées (50 janvier). Le magistrat répondit qu'il était prêt k abandonner son ofiice , mais qu'ayant été nommé par don Juan fl fallait que les nations réclamassent sa démission près du nouveau gouverneur général ; que , quant à son serment, il avait été établi par le traité conclu avec le premier de ces princes. Dans la position qu'avaient prise les nations, ce différend ne pouvait manquer de soulever d'inextricables difficultés, mais un fatal événement vint leur arracher un vote affirmatif ; elles y mirent toutefois pour condition que la gestion du dixième et du vingtième serait confiée h trois de leurs délégués ^.
membres du conseil refusent, disant qulls n'étaient pas nommés à cette époque.
Reste à recevoir. . . 10883 Sur lesquels on ne peut percevoir que difficilement, ou dans quelque temps. / 7516
Reste i recevoir de suite. . . . 3367 {Oppinie Boeck.) * 2 février. Oppinie Bœck.
Bruxelles retentissait encore du bruit des fêtes et des divertissements, quand tout à coup éclatèrent des cris de détresse, et la malheureuse bataille de Gembloux (3 i janvier) apprit aux Belges le retour de Fennemi. La division qui régnait dans les États, l'apathie des généraux, ^^ w^"^' avaient permis à don Juan de se fortifier dans le Namurois et le Luxem-
ip^^ bourg, tandis qu'il ne fallait qu'un peu de vigueur pour l'en chasser. Pen-
'^'^ dant que les Espagnols attaquaient le camp de Gembloux, le comte de
.. ^ Lalaing, le châtelain de Gand, presque tous les colonels, étaient à
Bruxelles assistant aux noces de Jean de Witthem, seigneur de Beersel, et de Marie de Mérode, marquise de Berghes, comtesse de Walhain. Aussi n'y eut-il qu'un cri sur leur conduite; une réprobation univers- ' selle s'attacha à tous ces noms, qui s'étaient illustrés par des victoires et '■' ' qui devenaient fameux par des défaites ^. A Bruxelles, le peuple, trans-
porté de fureur, prit les armes, menaçant de sa vengeance ceux qui, par leurs mesquines jalousies, par leur mauvaise administration, ou par leur coupable insouciance, avaient amené ce désastre. Le prince d'Orange eut toute la peine possible à calmer cette colère qui déjà même se tournait contre l'archiduc; on le vit, pendant toute la nuit du V février, parcourir la ville, cherchant à calmer la multitude et à rétablir l'ordre ^. '^ Profitant habilement de sa victoh*e, don Juan s'empara bientôt d'une
' ^ ' ] ,.i partie du Brabant, entra dans Louvain, dont la garnison se replia sur \ \ ->*'"''' Bruxelles, menaça MaUnes et Anvers, et soumit tout le Hainaut orien-
^, tal. Craignant d'être assiégés dans Bruxelles, l'archiduc, le prince d'O- J''- ^'' f '^ rang^) ^es états généraux, saisis d'une honteuse panique, ne songèrent . j- ? f , y' ^ \ plus qu'à gç retirer à Anvers. Pour ne pas être retardés dans leur fuite, ,-, ^ les États s'abouchèrent avec les dix-huit afin de les induire à ne pas Fem-
pêcher ^. Pour ces braves bourgeois , qui étaient bien résolus à se défendre jusqu'à la dernière extrémité, leur présence devait être un embarras de plus , aussi ne fut-il mis aucun obstacle à leur départ. Le 5 février, les autorités supérieures quittèrent la ville après avoir donné des ordres pour la fortifier ^. La bourgeoisie n'avait pas attendu ces ordres pour se mettre en état de repousser les bandes victorieuses de don Juan, et d'énergiques
« Van Meteren, L. Ylll, f» 144 V.
• Langdet, épist secret. L. II, 347. — M. Gaora van ParasTERER. T. VI, p. 297. ' Résolution manuscrite des Ëtats Généraux du 2 février 1578. M. Groen van
Prinsterer, t. VI, p. 267.
* HAR^US. — EyTZINGER. — ÂZEVEDO.
DE BRUXELLE9. i8i
mesures de défense étaient prises. Le 6 février, toutes les maisons situées hors des portes furent brûlées pour démasquer les batteries. C'est alors que furent détruites les anciennes et belles églises paroissiales de Molenbeek-Saint^ean et d'Obbrussel; c'est alors aussi que fut abattu le couvent de Sainte-Claire, près de la porte d'Obbrussel, où il fut remplacé par une demi-lune. Deux mille maçons furent employés aux travaux des fortifications. Le comte de Boussu, nommé par l'archiduc au commandement de la ville, y entra avec quarante enseignes de piétons; les bourgeois formaient quatre-vingts enseignes; il y avait en outre une cohorte de deux cents volontaires, tous jeunes gens d'élite. Une ordonnance enjoignit aux vagabonds de quitter la ville dans les vingt-quatre heures, sous peine de punitions sévères. Les bagages des marchands et des voyageurs étaient minutieusement visités aux portes, pour qu'ils n'emportassent pas ni argent , ni armes ,' ni instruments de guerre. Défense fut faite aux hommes capables de porter les armes, de sortir de la ville pour plus de trois jours, sous peine de confiscation de biens ; beaucoup de fenmies s'enfuirent emportant avec elles leurs objets les plus précieux. On fit entrer en ville de nombreux troupeaux de bestiaux : « mais, dit de Potter, la sécheresse du printemps et de l'été ne les rendit pas de grande ressource pour l'avenir, car il fut très-difficile de les faire pâturer, n En présence d'une attaque imminente, toutes les afiaires avaient cessé, et tous les comptoirs, à l'exception de ceux de la ville et des États, furent fermés. Pour alléger les charges qui pesaient sur la bourgeoisie, les ordres rehgieux furent astreints aux logements militaires, ou payèrent de fortes contributions. Par lettres du i 6 février, l'archiduc ordonna u à toutes personnes ecclésiastiques du plat-pays » d'envoyer leurs meubles et leiurs principaux joyaux dans des villes ou forteresses. 11 proposa en outre à tous les ecclésiastiques des pays de par deçà de remettre aux Etats, contre espèces, leurs bagues, joyaux et ouvrages^'or non consacrés , mesure qui fut étendue aux serments, confréries et corporations. Ces bijoux furent déposés à l'hôtel de ville de Bruxelles, et nous voyons, entre autres, que les carmes y portèrent pour une valeur de 52 5 florins du Rhin, i i sols et i liard ^
Le i 4 février, les Espagnols parurent devant Vilvorde, où il y avait six compagnies wallonnes et françaises ; mais de Glymes, qui y comman-
* Van Meerbeek, Histoire des Carmes, P 267 .—De Potter.— Dinothos. — Dewael . TOME I. 58
dfiit, était un vaillant capitaine, et quelques sorties vigoureufles les forcèrent à se retirer. Prévenu par le comte de Bonssu que Fennemi concentrait ses forces» le magistrat invita les habitants à payer immédiatement le dixième et le vingtième, afin de pouvoir activer les travaux de défense, surtout dans le bas de la viUe , travaux dont J.-B. Houwaert avait donné les plans. II proposa aussi de lever d'autres contributicms, mais les nations ajournèrent toutes nouvelles levées , jusqu'à ce qu'on leur eût rendu compte des deniers fournis par la commune; elles insistèrent beaucoup pour que le comte de Boussu mit au plus tdt à l'abri d'un coup de main. Nivelles et Hal, qui devaient couvrir leur ville ^ L'événement justifia bientôt leurs prévisions : Nivdles fut emportée après plusieurs assauts sanglants (12 mars), et les avant-coureurs de l'armée ennemie purent, sans obstacle, s'avancer jusque sous les murs de Bruxelles. En prenant le commandement de la ville, le comte de Boussu avait déclaré qu'il était indispensable d'y avoir quelque cavalerie ; il fit venir en conséquence deux cornettes fortes de cent soixante hommes et commandées par les capitaines Michel et Voisin ; mais comme la eommune était déjà obàrée , et qu'elle ne pouvait leur donner jdns de dix sous par jour, les soldats firent diificulté d'entrer en ville. Le comte de Boussu en écrivit au magistrat, qui consentit à porter la solde de chaque cavalier à treize sous, u espérant que le comte ferait rembourser ce supplément par la généralité. » Le large conseil opina dans le même, sens; mais les nations refusèrent net, et force Ait aux cavaliers d'accepter les premières conditions ^*
Les membres les plus exaltés et les {dus révolutionnaires de la bourgeoisie tentèrent alors quelques démarches qui devaient assurer i leur parti des aj^uis au dehors et une plus grande influence à l'intérieur. Hessire Henri de Bloyere, Sibert Van Berlicum et Joseph T'Serroels, sans avoir reçu de mission, mais s'intitulant députés de la ville de Bruxelles, s'adressèrent à la commune gantoise, qui marchait alors à la tête du parti calviniste, et lui demapdèrent de renouveler le traité d'al* liance conclu en 1 53 9 entre le Brabant et la Flandre. Cette proposition fut favorablement accueillie (17 janvier 1578} ^, et, de leur côté, ils
1 5, 8 et 9 mars. Oppinie Boeck, < 15-20 mars. Ibid,
* Nous, échevins, conseil, doyens, ainsi que les noblea, notables et commune de la ville de Ga&d, faisons savoir que, à rinstante demande de messiie Henri de
s'engagëreni k faire signer le traité par leurs concitoyens; mais le magistrat, qui n'avait pas été consulté, n'ayant pas expédié l'acte promis, cette conduite mécontenta les Gantois, et, le 8 mars, le prince d'Orange écrivit aux trois membres pour leur démontrer que la ville de Gand avait raisonnablement le droit d'attendre de leur part la ratification authentique de la bonne alliance et confédération qu'elle avait conclue avec eux ^ Les trois membres s'étant assemblés pour délibérer suir l'objet de cette lettre, le premier déclara « que bien qu'il n'eût pas entendu parler de ce que de Bloyere, Van Berlicum et T'Serroels avaient traité avec les Gantois, et que l'union de 1339 n'eut pas été longtemps observée, puisqu'il y avait eu guerre avec la Flandre en i356, il était disposé, à cause de la grande affection de la ville et de ses habitants pour la commune de Gand, h lui dépécher l'acte demandé, toutefois avec l'assentiment de l'archiduc et des états de Brabant, et à condition qu'il ne serait contrevenu en rien
Bloyere, Sibert iraii Berlicum et Joseph T*Serroels, députés des trois membres de la ville de Bruxelles, avons promis et promettons par les présentes, pour notre prospérité et celle de la ville de Bruxelles et des alliés de tous deux, que nous resterons alUés, conformément au traité de Tan 1330, entre le Brabant et la Flandre et les habitants des deux pajfs, prometUnt de beqne foi de s'aida mutuellement de corps et de biens , et particuUôrement de rester en amitié avec la ville de Bruxelles et ses alliés, et de les avertir de tout ce qui sera nécessaire pour le bien du pays et des villes citées. Les mêmes de Bloyere, Berlicum, TSerroels, ont promis de nous ftdie avoir un acte semblable des villes de Bruxelles, Louvain, Anvers, Bois-le-Duc et leurs alliés. Bien entendu que de ce traité ne seront pas exclus les autres villes et bourgs qui voudront s*y joindre, mais elles pourront en tout temps être admises dans ralliance, à leur demande. En témoignage de vérité, nous avons fait apposer à la présente le scel aux causes de notre ville et la signature d'un de nos secrétaires le 17 Janvier 1578. Sur le pli, signé, Hbmbize. Cet acte est en flamand. {Oppinie Boeek,)
' Messieurs, j'ay esté prié par les nobles, notables et commune de la ville de Ghand, de vous faire souvenir comme parcidevant, ilz vous ont donné acte auctentîcque de la promesse de bonne alliance et confédération foicte avec vous, aussi que vous ayez à leur envoyer une promesse réciprocque de vostre part, daultant oultre qu'il est bien raisonnable quilz ayent une semblable promesse de vous, que vous avez deulx, aussi ilz en ont à faire pour sen servir vers les aultres membres de Flandres. Partant je vous prie de ny faillir à raison de la conséquence, et à tant, après m'estte affectueusement recommandé à vostre bonne grâce, je prieray Dieu, Messieurs, vous donner bonne santé, longue et heureuse vie. En Anvers, ce viu' jour de mars 1578. Desoubz estolt escript : Vostre bien bon amy de vous faire service. Soubzsigné, Guillaume de Nassou. Sur le doz : A Messieurs, Messieurs les Bourgmestres, Eschevins, Gonseil et Députez des trois membres et nations de la ville de Bruxelles. (Oppinie Boeck,\
à la padficatioD. » Le second membre se rangea à cette opinioa, mais le troisième déclara qu'il fallait que l'acte d'alliance fât expédié sans restriction , et cette opinion, énergiquement exprimée, reçut Tapprobation du magistrat, qui venait d'être complètement renouvelé ^
Détournées un instant de leurs attaques contre les règlements de Charles-Quint, les nations étaient loin d'avoir abandonné leurs projets. L'article i 2 du traité adopté par Mathias portait que, «selon la pacifican tion de Gand , ledit gouverneur restabliroît et restitueroit tous et » quelconques anciens* privâéges, usages et coutumes que Ton pourroit » monstrer avoir esté enfraints, violez, ou par force et violence, toUuz et » aboliz ; » se basant sur ces dispositions, elles déclarèrent de nouveau que le magistrat , qui avait été nommé par don Juan, en conformité de règlements imposés, contre tout droit, à la commune, ne pouvait rester en fonctions. Elles firent agir si activement tous les partisans de la démo- Vf cratie que, le 28 février, Mathias donna commission au comte d'Egmont et au seigneur de Boxtel-Bassigny, Gérard de Bornes, de se rendre à Bruxelles pour changer le mtigistrat , et, le i 3 mars, il rendit un décret qui rétablit dans toutes ses dispositions le règlement de i 481 . Aussitôt arrivés, les deux commissaires exhib&rent en collège leurs commissions et le décret dont ils exigèrent la publication. Ce décret souleva de vives récriminations dans le sein du premier membre qui demanda qu'on le modifiât, tandis que le large conseil voulait qu'on le publiât (25 mars). Le magistrat ayant réclamé un délai de quatre jours afin de pouvoir se consulter et mettre l'archiduc au courant des privilèges delà ville, les commissaires rejetèrent cette demande, disant que tout retard entraînerait les plus grands inconvénients, et ils l'engagèrent & prendre promptement une décision, de crainte qu'on ne l'accusât de mutinerie et de rébellion. Il demanda alors un acte de non préjudice , et les commissaires, après en avoir conféré avec les députés des nations, ayant également refusé de le lui délivrer, il déclara qu'il ne pouvait tolérer de semblables innovations sans protester. u Comme quelques-uns de cette ville, difril, sous le nom des habitants, » ont obtenu de Son Altesse un placard pour renouveler la loi, contraire- » ment à tous les privilèges usités depuis plus de trois cents ans, lequel » placard a dû, le i 8 mars dernier, être publié trè&-précipitamment, avec )» un privilège de l'an i48i sur le renouvellement de la loi, avec me-
* 18 avril. Oppinie Boeck.
3t naces contre les magistrats s'ils ne le publiaient pas, et s'ils n'assem- » blaient pas les lignages, qu'on nommerait des magistrats dans le corps » de la ville ; ce que les magistrats n'ont pu faire sans protestation ci- » jointe, et comme ceux qui ont fait faire ce placard n'ont pas examiné si M les points de cet acte de i 48i avaient ëtë pratiqués ou étaient prati- » cables, les magistrats l'ont fait examiner et ont trouvé qu'un grand » nombre de points n'avaient plus été pratiqués et étaient contraires aux » prérogatives des nations qui, si on l'exécutait, perdraient la nomination » des quatre receveurs. » Dans sa protestation, il fit remarquer , entre autres : i* que la disposition qui voulait que les patriciens, pour être investis d'une charge municipale, fussent mariés et eussent vingt^huit ans, était tombée en désuétude ; 2^ que le règlement de i 509 avait modifié celles exigeant que chaque lignage eût son échevin, et que chaque échevin restât quatre ans hors de fonctions; 3* que ce n'étaient plus les échevins, mais les nations qui nonunaient les receveurs ; et, 4^ que la nomination du premier bourgmestre n'appartenait plus aux nations, mais à la cour, qui nommait également les receveurs patriciens, autrefois choisis par les échevins. Les nations ne s'inquiétèrent guère de cette opposition : elles déclarèrent que le renouvellement de la loi , tel que le déterminait le nouveau règlement, était fort bon, et demandèrent qu'il fut exécuté au plus tôt ^ La démocratie régnait alors dans nos cités, et rien ne put faire changer la résolution qui avait sans doute été imposée à l'archiduc. Le 7 avril, ses commissaires établirent un nouveau magistrat; mais, en démissionnant celui qui existait, ils remirent à ses membres une déclaration de Mathias, attestant que cette mesure n'avait pas été provoquée par leur défaut de zèle pour le bien de la patrie ou la tranquillité de la ville, ni par aucun autre motif de reproche ou de blâme, et qu'au contraire il les considérait comme bomlnes probes et dignes d'estime. Cette victoire fit espérer aux nations d'en obtenir bientôt de nouvelles t en effet, l'année suivante, elles se firent autoriser à présenter trois candidats patriciens pour la place de premier bourgmestre, et six autres pour celles de receveurs. Elles jouirent jusqu'en i 585 de ce privilège, qui leur rendait tous les droits conquis par leur aïeux en 142i \ L'administration nouvelle, composée en grande partie d'hommes qui
* )6 mars. Oppinie Boeck,
* Ibid, — Mss. de la bibliothèque royale, intitulé : f^an de MagUtraet,
46d HI8T0IBE
n'avaient pris jusqu'alors aucune part k la direction des affaires eommu* nales , et dévoués aux idées de réforme , se mit k la tête du mouvement patriotique : engagée dans cette voie, elle fut bientôt en opposition complète avec le large conseil, formé des membres du magistrat qu'elle avait remplacés, avec la haute bourgeoisie^ qui était essentiellement cathoUque, et avec les nations elles-mêmes ; nous dirons plus loin les armes dont elle se servit et les auxiliaires sur lesquels die s'appuya.
La [dus grande activité continuait à être déployée dans les mesures de défense. Le 32 avril, parut une ordonnance qui enjoignit à tous les habitants de prendre les armes, et, le 31 , le magistrat publia un nouveau règlement, en 84 articles, sur le service des gardes bourgeoises ' • Le 50, un impôt fut établi, pour un terme de trois mois, sur les marchandises et sur les denrées : l'aime de Uére forte fut taxée k 7 sous, la euyte, k 2 sous, le vin à 9 florins, chaque bœuf à 30 sous, chaque veau et mouton à S sous, etc. *. Le â4, le premier membre avait adopté une décision conçue en ces termes : u Considérant que l'ennemi a voulu attaquer » la ville , ayant rassemblé à cet effet trente-six à quarante grosses pièces » de cancm et toute son armée; considàrant combien il faut de choses à » la ville contre ce tyran, qui a projeté de n'y laisser aucun vivant, ni )> aucune maison debout ; considérant qu'à défaut d'argent, die a obtenu, » k deux reprisés de Son Altesse, dix bonniers de bois, dont les premiers M ont été vendus environ six mille florins payables par dxièmes men- » suds, ordonne aux receveurs du canal de fournir, toutes les semaines, >» mille florins pour les fortifications, somme qui sera remboursée avec » la vente des derniers bonniers vendus, et propose d'employer au même » objet les joyaux des églises , couvents , hApitaux, déposés depuis peu k » l'hôtd de ville. >» Cette proposition, que nous traduisons littéralement, prouverait seule qu'un tout autre esprit avait envahi ce corps. Le large conseil n'admit la première proposition qu'avec quelques restrictions, et rejeta la deuxième ; mais les nations les adoptèrent toutes deux '. Enorgudllies de leurs succès , celles-d en étaient venues au point de ne plus reconnaître d'autorité, et plus d'une fois elles firent sentir au magistrat qu'il leur devait sa nomination. Chacune de leurs convocations donnait lieu à de nouvelles plaintes ou réclamations. TantAt elles demandaient des mesures de répression u contre les vendeurs de monnaie , )i tantôt
* BoR. — * Dr. PoTTCT. — » 27, 30 avril. Oppinie Boeck.
DE BRUXELLES. Wl
elles réclamaient des poursuites « contre les voleurs des matériaux; » taniAt elles se plaignaient de la négligence de l'amman et de ses sidx>rdonnés; toujours elles voulaient des actes de rigueur, et les ordres de Tarchidue ne leur imposaient pas plus que les opinioBs du premier membre ^. Pour arrêter cette fougue m^uiçanta, l'ancien magistrat avait le plus possible évité de les convoquer, inais les évén^nents s'étaient succédé avec trop de rapidité pour qu^cm pût longtemps se dispenser de les consulter, et, d'un autre côté, le large conseil, qui commençait aussi à donner des votes très-énergiques, avait ex%é leur réunion ^.
Le 9 mai, le prince d'Orange arriva à Bruxelles, où il fut suivi, trois jours après, par quelques centaines de cavaliers' et quarante chariots de vivres* Il adressa de sévères remontrances aux soldats allemands, dont la brutalité avait provoqué les plaintes de la bourgeoisie, visita les fortifications, et repartit, le 14, après s'être assuré des bonnes dispositions de la commune. A leur retour, les troupes qui l'avaient escorté, emportèrent les châteaux de Rymenam , Campenhout et Wilder. Deux jours après, parurent en vue de la vlUe plusieurs corps de cavalerie espagnole, qui se retirèrent après avoir paru examiner l'état de la place. Cet incident n'eat d'autre résultat que de jeter la consternation parmi les royalistes, qui craignirent d'être victimes de la fureur dont il avait saisi le peuple ^* L'arcbiduc ayant annoncé l'intention de retirer de Bruxelles la cavalerie, les Écossais et les Allemands qui y tenaient garnison, et de les remplacer par cinq enseignes venant de PhilippeviHe, les trois membres se réerièrent contre cette mesure, et lui députèr^t le colonel Yandentympel et J.-B. Houwaert pour le prier de ehanger de résolution. Sur le rapport de ces députés, qui déclarèrent l'impossibilité où se trouvait le prince de donner, pour le moment, une autre garnison à la ville, le pre^ mier et le second membre consentirent à recevoir ces compagnies, i condition toutefois qu'elles seraient placées sons les ordres de Vandentympel et qu'on attendrait le départ des antres troupes, qui devaient préalablement être payées. Appelées à donner leur assentiment à cette mesure, les nations la rejetèrent vivement, disant « que les troupes wal- » lonnes avaient déjà occasionné trop de malheurs, et qu'il fallait à la \\
* V. différentes discussions dans rOppintc Boec*. — » /Mrf. s De Potter dit six cents, et EmiiiGER, p. 245, trois cents.
* Ettziiiger.
)i ville une garnison à laquelle on pût se fier /. » L'avenir prouva
qu'elles étaient sages dans leur défiance.
Le i 7 juin, la dame d'Ëvere vint en collège prier le magistrat de consentir à réchange du colonel de Trelong et d'antres prisonniers royalistes détenus à Bruxelles, contre les seigneurs de fiailleul, d'Evere, de Goegnies et quelques autres, qui avaient été pris par l'ennemi, échange consenti déjà par le conseil d'état et les états généraux, et au sujet duquel le prince d'Orange et le comte de Boussu lui avaient écrit, ainsi qu'aux députés des nations. Le magistrat lui répondit qu'il ne pouvait décider sur cette a&ire que de concert avec les deux autres membres, mais qu'il était disposé à lui être favorable en considération des bons services de ces seigneurs, et de ceux qu'elle-même avait rendus aux États en leur aonservant Landrecies, dont elle avait payé la garnison de ses propres deniers. Les trois membres approuvèrent cet échange , en déclarant toutefois que Trelong ayant été arrêté pour fait de trahison, c'était aux États, et surtout à la ville d'Anvers, qu'il avait voulu livrer à don Juan, & décider sur son sort ^.
Dans le courant du mois de juin , le prince d'Orange proposa aw( états généraux la publication d'une paix de religion qui, tout en assurant le maintien du catholicisme , autorisât l'exercice du culte réformé partout où cent familles le demanderaient. Cette proposition, qui était contraire à la pacification de Gand et peu agréable à l'archiduc , souleva d'orageux débats. Pendant que la Gueldre, Utrecht , et surtout le Hainaut et l'Artois, la combattaient vivement, la Hollande, la Zélande, Gand interdisaient la célébration de la messe et enlevaient aux catholiques leurs églises ^. D'un autre côté, la plupart des nobles, qui avaient (dirigé le mouvement anti-espagnol de 1576, voyant toute l'autorité passer entre les mains du prince d'Orange et le protestantisme s'infiltrer dans les masses , voulurent opérer à Bruxelles une réaction. A cet effet, des réunions secrètes eurent lieu, au mois fe juillet, à l'hôtel de Ghampagny , où l'on vit venir les seigneurs de Heze, de Beersel, de Glymes, de Bassigny, plusieurs colonels de la bourgeoisie et des capitaines des sections, des ecclésiastiques, des membres du conseil de Brabant et de la cour des comptes, etc. Outre leurs partisans de Fintérieur, ils comptaient sur
< i6 Ivân. Oppinie Boeck.
« 8,13,16iuUlel. /Wd.
' M. Groen vam Prinsterer, T. VI, p. 378, 590.
DE BRUXEiXES. 489
l'appui de quatre compagnies du sire de Heze et cent chevaux du rëgî* ment de de Gl3nnes, cantonnés dans les environs. Une première démarche fut faite par trois des quatre colonels de la bourgeoisie; ils allèrent trouver le magistrat et lui déclarèrent qu'ils venaient, à l'invitation de soixante à soixante-dix capitaines, leurs subordonnés, demander l'interdiction des prêches de la religion « qui se dit réformée. » Ils ajoutèrent que ces capitaines seraient comparus à l'hôtel de ville , mais qu'ils avaient voulu éviter tout ce qui pouvait occasionner du tumulte ; que toutefois , si l'on en manifestait le désir, ils étaient prêts à se présenter. Les magistrats se sentant les ^lus faibles alléguèrent aux colonels l'obéissance qu'ils devaient aux autorités supérieures et, promettant de consulter les états de Brabant sur cette demande, ils obtinrent des réformés qu'ils interrompissent leurs prêches pendant quelque temps. Ceux-ci, qui compensaient leur petit nombre par leur énergie, déclarèrent toutefois que »t ny pour la vie, ny pour la mort, ny pour persécu- » Uons quelconques , le diet temps expiré , ils ne laisseroient leur exer- » eice, et en cas que on vouldroit contre eulx procéder par armes ou » voye^ de faict, qu'ils se pensoient bien deffendre. » Quelques jours après (1 1 août), Champagny, de Beersel, de Heze et Bassigny vinrent en séance du collège communal présenter une requête contre les prêches, requête qui avait, disaient-ils, été approuvée par la plupart des colonels , capitaines , membres des serments et bons bourgeois. On y faisait remarquer, entre autres, que Paris avait toujours été excepté dans les édits de tolérance accordés aux huguenots, et l'on en tirait cette conséquence que Bruxelles étant également ville royale, il fallait agir de même à son égard. De Heze insista en particulier sur le bon effet qu'avait produit à Maestricht l'interdiction des prêches, pour lesquels, ajoutait-il , les Bruxellois avaient de l'aversion. Le magistrat répondit qu'il ne pouvait prendre une décision sans avoir délibéré sur cette affaire. Champagny et ses amis lui accordèrent à contre-cœur un délai et, étant sortis de la maison communale, ils invitèrent les bourgeois réunis sur le marché, à venir, à deux heures de l'après-midi , à l'hôtel de lieze. Des colonels, des capitaines, et environ soixante notables se rendirent à cette invitation et, le lendemain, entre midi et une heure, de Heze, Champagny et les autres chefs catholiques se rendirent de nouveau à l'hôtel de ville. Le magistrat leur ayant annoncé le rejet de leur proposition, en s'appuyant des décisions des états généraux et en insistant sur le tort qu'une décision contraire