‹ Histoire de la ville de Bruxelles (volume 2)Chapitre 46 sur 51 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Anvers; il rapporta bientôt la réponse des États, qui ordonnaient à d'Egmont et k ses complices de sortir de la ville dans les vingt-quatre heures. La bourgeoisie courut alors aux armes; toutes les avenues du marché furent barricadées et d'Egmont se vit étroitement bloijué. Le lendemain, les bourgeois débouchèrent sur le marché par sept issues secr^es et refoulèrent les Wallons dans Thàtel de ville. Manquant de vivres, sans espérance d'être secourus, apprenant que des renforts accouraient de tous cAtés pour soutenir leurs ennemis , qui voulaient mettre le feu « ez maisons d'allentour du marché pour les brusler ^, » les royalistes demandèrent à capituler, menaçant, en cas de refus, de faire sauter l'hôtel de ville. Sur les vives instances du magistrat, les bourgeois consentirent à une convention, ensuite de laquelle d'Egmont fit sortir de la ville ses soldats et ses adhérents. Il les suivit deux heures après, par la porte d'Anderlecht, mais ce ne fut point sans s'entendre appeler traître et fils dénaturé. Le peuple lui montrait la place » où son père, onze ans A auparavant, par un mesme jour de sa dicte entreprise, avmt eu la teste i> tranchée par les Espagnols, desquels il tenoit le party; avec mille » autres reproches, voire jusques à luy dire que, si on despavoit un » caillou ou deux, il y verroit encore le sang de son dit père. Dont il » eut un tel despit et crève-cœur, qu'il en pleura à grosses larmes, avec M le regret qu'il avoit que son entreprise luy estoit ainsi mal succédée ^. » Au nombre de ceux qui quittèrent la vUle avec lui se trouvait l'amman Louis de Bregilles, qui fut remplacé, quelques semaines après , par Jean de Mol ^. D'Egmont se rendit au château de Gaesbeek; perdu ginsi à jamais dans l'esprit des Bruxellois, il se montra dès lors leur ennemi acharné : Grammont, Ninove, le château de Boulaere tombèrent entre ses mains, et il ravagea tout le pays entre la Dendre cTnhaïut ^.

Le bruit de cette tentative s'était prompteraent répandu dan^l^ys ; Gand, Anvers s'empressèrent d'envoyer des secours à Bruxelles, queTîiW voyait menacée au dedans et au dehors. Au nombre de ces renforts se trouvaient cinq compagnies d'Écossais , que leur habillement singulier faisait appeler BroucqmUes ^, et qui s'étaient déjà signalés par leur haine

* Le Petit. — » Ibid. — Boa. — De Potier. — Van IIeteren.

' De Potter. — ♦De Kehpenaere.

s Brauequilles , qui avaient un bas relevé jusqu'à la ceinture, attaché avec une aiguillette, et Tautre qui leur tombait presque sur le soulier. — Foppens dit qu'ils portaient une espèce de haut-de-cbausses sur la tète.

contre les catholiques. Encore exaspéré par la trahison de d'Egmont , dont il avait vu les soldats renforcés par plusieurs bourgeois et quelques religieux, le peuple se laissa facilement entraîner par des hommes décidés à contenir par la terreur un parti qui leur inspirait de justes défiances. Le 6 juin, Yandentympel, qui remplissait les fonctions de gouverneur, vacantes depuis que de Heze avait quitté la ville à la suite de raflCùre de Champagny, partit de grand matin pour Anvers, sans doute pour y rendre compte des événements de la veille. Le moment parut opportun aux agitateurs, et Ton vit tout à coup les Broucquilles réunis à la lie de la populace se ruer sur les églises. Ils se portèrent d'abord sur l'Oise de Saint-Nicolas, dont ils avaient déjà commencé le pillage, lorsque le bourgmestre, accompagné du frère de Yandentympel et de quelques capitaines^ parvint à arrêter leurs excès ^ On rapporte qu'endossant des chasubles et des dalmatiques, ils parcoururent les rues, entonnant des chansons obscènes qu'ils accompagnaient de vociférations sacrilèges; puis, ivres du vin qu'ils avaient bu dans des calices, ils dansèrent des rondes autour de la fontaine des Trois-Pucelles ^. L'impulsion donnée, la foule se partagea en plusieurs bandes : les uns se jetèrent sur le Béguinage, saccagèrent l'église et pillèrent les maisons de plusieurs béguines; les autres se dirigèrent sur>Sainte-Gudule. Trouvant l'église fermée, et n'eu pouvant enfoncer les portes, ils dressèrent des échelles et y entrèrent par escalade. Heureusement que, prévenu à temps, le clergé avait pu , gi*àce aux secours et à la piété de quelques habitants, en emporter les ornements les plus précieux. Quant à ce qui resta , rien ne put échapper à la rage ou à l'avidité de ces misérables, qui ne respectèrent ni les objets de la vénération publique, ni les chefs-d'œuvre de l'art , qu'ils profanèrent, détruisirent ou volèrent. C'est alors que la châsse de Sainte -Gudule fut brisée, et les restes de la patronne dispersés. Les iconoclastes recherchèrent avec fureur le sacrement de miracle qu'avait sauvé la piété d'un ecclésiastique, et ils se seraient livrés encore à de plus grands excès, si l'on n'était enfin parvenu à les arrêter '. L'église de Sainte- Elisabeth, celles de Sainte-Catherine, des Bogards, subirent le même sort. Craignant pour leur vie, les prêtres se tenaient cachés et tout office divin cessa. Des églises, la populace se jeta sur les hôtels des nobles, partisans de Philippe IL Ceux du comte de Mansfeld, du duc d'Aerschot et

* De Pottek. — « FoppENS — » De Potter.

da cardinal de Granvelle furent les premiers assaillis, pillés et saccagés de fond en comble. La bourgeoisie était dans la stupeur ; les nations , toujours aussi anti-royalistes que zélées catholiques, s'élevèrent avec force et contre les traîtres et contre les iconoclastes. « Il fout, dirent*eUes, pour- » suivre et les complices de d'Egmont, et ceux qui ayant connaissanoe n de ses projets ne les ont pas dévoilés. U est indispensable à la sûreté >i de la ville que tous les suspects prêtent serment, et que tous les offin ciers, grands ou petits, qui ont participé à la trahison, soient immé- » diatement destitués. Mais la justice ne doit pas se borner à firapper ces i> traîtres, il est d'autres coupables qu'elle ne peut laisser impunis. Nous n requérons instamment l'amman et tous les officiers, de poursuivre avee » lademîère sévérité les pillards d'églises et les meneursde cette affidre ^ ! » Le 9 juin, un corps d'environ sept cents Espagnols sortit de Louvain et parut inopinément aux portes de Bruxelles. Les bourgeois coururent aussitôt aux remparts, et, après une courte fusillade, ils forcèrent l'ennemi à la retraite^. Cette escarmouche ralluma l'agitation mal éteinte. Trop de gens étaient malheureusement intéressés aux désordres pour qu'il y fût mis promptement fin : les chefs y voyaient l'impossibilité d'un arrangement avec l'Espagne; la populace y trouvait le pillage d'abord, et ensuite une vengeance contre ceux dont elle enviait la fortune et la considération. Le 1 5 juin, le couvent des récollets fut attaqué. Le portier, Jacques Leyman, avait barricadé la porte, et ce religieux résista jusqu'à ce que tout espoir de secours étant évanoui, il céda aux instances de ses amis , et consentit à se retirer. A peine avait^l quitté le cloître que les iconoclastes, ayant brisé les portes, s'y précipitèrent avec des cris de mort. En un instant tout fut saccagé ou enlevé. Pénétrant ensuite dans l'église, ils y trouvèrent agenouillé devant l'autel un vieillard septuagénaire, le père Jean Gray, ancien chanoine d'Anderlecht. Le vieillard , que ses infirmités avaient empêché de fuir, ou qui n'avait pas voulu quitter le saint asile, essaya vainement d'aiTêter ces furieux et tomba victime de leur rage. L'église éprouva le sort du couvent; le tombeau du vainqueur de Woeringen ne fut pas plus épargné que les autres mausolées qui la décoraient ^. L'amitié qui existait entre Vandentympel et le prieur Laurent Vanderperre (Cuperus) préserva du

* 8 juin. Oppinie Boeck. — * De Potter.

s Sandebds, Chorographia Sacra EràbanlicBy T. III, p. 55. — Àcta $ancUjTum, Junii, T. F, p. 418. — Foppens.

même sort le courent des carmes ; ils furent toutefois obligés de loger et entretenir un prédicateur calviniste et un détachement de vingt-cinq soldats avec leurs ofSciers '.

Les commissaires de l'archiduc, Liesvdt, Hinckart et De Ronck proposèrent, au nom de ce prince et du conseil d'état, de mettre à néant et l'entreprise de d'Ëgmont et les troubles qui l'avaient suivie ; ils demandèrent, en même temps, que la paix de religion fût publiée à Bruxelles, et que l'exécution en fût jurée partons, magistrats et officiers. Tout en faisant observer qu'U était d'un pernicieux exemple de laisser impunis la trahison et le pillage, le magistrat déclara que, pour se conformer à la capitulation conclue entre d'Ëgmont et Vandentympel, et contre-signée par le bourgmestre des nations De Smeth, il consentait à l'oubli du pas^. Toutefois il fut ordonné de rapporter, endéans les trois jours, entre les mains de commissaires nommés à cet effet, les objets pillés, alors même qu'ils seraient brisés, sous peine, pour ceux qui n'obtempéreraient pas à cet ordre, d'être considérés et traités comme voleurs. En outre, tous les employés de la ville, qui avaient pris part à la tentative de d'Ëgmont, furent destitués, tf la viUe, dit le magistrat aux délégués de l'archiduc, ne pouvant » être forcée de conserver dans leur office des gens qui avaient trempé 9 dans une trahison, n II ajouta qu'il fallait punir dorénavant avec sévérité, à quelque culte qu'ils appartinssent, ceux qui conspireraient, on qui injurieraient des personnes d'une autre religion. Quant à la paix do religion et à l'union publiée k Anvers, le i â, il voulait qu'elles fussent immédiatement prodamées, avec réserve cependant des différences qui pourraient exister entre l'union d'Utrecht et la dernière Union de Bruxelles, laissant du reste à l'archiduc la faculté de disposer des églises etdes autres établissements rdigieux, et demandant qu'à l'avenir les ordres mendiants fussent seuls exemptés du payement des impôts (20 juin). Le deuxième membre opina dans le même sens, insistant seulement pour que le libre exerdce de leur eulte fût laissé aux catholiques. Nommé par le parti calviniste, le magistrat était lié k sa cause, et l'on comprend son empressement k faire promulguer un acte qui allait briser les dernières entraves que rencontrait l'établissement de la réforme; mais les nations, qui n'avaient renversé le magistrat choisi par don Juan que pour reconquérir leurs anciens privilèges, ne voulaient k aucun prix abandonner

i FOPPENS.

la religion de leurs pères. Pressées vivement de confirmer les votes des deux premiers membres, elles manifestèrent toutes leurs répugnances, et enfin, le 25 juin, elles déclarèrent qu'elles laissaient à leurs suocesseurs la décision à prendre sur cet objet ^ Ce jour-là, en effet, le magistrat fut renouvelé ; l'élection du premier bourgmestre fut différée de huit jours à cause de la désunion qui éclata dans les natipns ; ce fut Jacques Taye, sire de Goyck, bon catholique, mais homn^e sans énergie, qui fut appelé à ces fonctions ^.

Dans leur première assemblée, les nouveaux doyens consentirent h la publication de la paix de religion et de l'union d'Utrecht. D'une opinion plus avancée que leur» prédécesseurs , ils n'étaient cependant pas moius boq^ catholiques qu'eux ; ils demandèrent qu'on punit sévèrement les auteurs du coup de main royaliste, que des peines corporelles et le bannissement fussent prononcés contre eux, ainsi que contre les pillards, et qu'on réprimât fermement les violences qui se commettaient. Ils proposèrent de faire fortifier, pour la sûreté du canal, les villages de Weerde et Eppeghem, et insistèrent vivement pour qu'on secourût Maestricht, plusieurs s'écriant qu'il y avait trahison (24 juin). Sur les instances verbales du premier membre, le large conseil consentit, le 25, à la publication de la paix de religion et de l'union d'Utrecht ^.

Les réformés désiraient beaucoup obtenu* l'église de Saint-Nicolas, ainsi que ses cloches et les revenus des maisons contiguës, pour payer leurs ministres et faire des distributions aux pauvres qui assistaient aux prêches. Us demandaient aussi l'église des récollets pour y loger leurs pasteurs et y établir une école. Le magistrat, à qui ils s'adressèrent à cet effet, refusa de leur céder la première, qui fut rouverte le i*" juillet, et, aprèsquelquesdifficultés,ils acceptèrent laseconde, alors entièrementdélabrée; ils obtinrent ensuite l'église de la Chapelle. Cette paroisse étant une des plus populeuses de la ville, et son importance s'étant considérablement accrue par suite de la destruction de l'église d'Obbrussel, ses droits paroissiaux furent transférés à Notre-Dame-du-Sablon,'où se retirèrent le curé Élant et ses chapelains. L'église de la Chapelle fut aussitôt dépouillée de tous ses ornements, et c'est alors que disparut le corporaf qui y avait été longtemps l'objet d'une grande vénération *.

* Oppinie Bocck, — • Zeer arme van herten. De Pottbr. » Oppinie Boeck. -— ♦ De Potter.

DB BRUXELLES. 8ii

La nouvelle de la prise de Maestricht produisit i Bruxelles une pro* fonde impression ; le mot de trahison circulait dans toutes les bouches, et, à chaque instant, on croyait voir arriver les Espagnols, qui, en effet, parurent un instant vouloir entreprendre le siège de cette ville. Le 4 juillet, on y fit entrer une nouvelle compagnie d'infanterie, commandée par. le capitaine Devriendt '. Les derniers événements ayaiit prouvé la nécessité de donner à Bruxelles un gouverneur effectif, mesure que les trois membres réclamaient depuis longtemps, Tarchiduc avait nommé à ce poste Olivier Yandentympel '• Cet officier , d'un caractère hardi et entreprenant, était tout dévoué au prince d'Orange : protestant, il favo* risa de tout son pouvoir le nouveau culte, et plus d'une fois pourtant il prit les catholiques sous sa sauvegarde ; soldat, il se montra d'une bravoure à toute épreuve ; capitaine, il déploya, pendant toute la durée de son commandement, des talents qui, employés sur un plus vaste théâtre, l'eussent placé au rang de nos grands guerriers ; si tous les généraux des États avaient eu la même ardeur et les mêmes qualités, jamais les Espagnols ne seraient rentrés en Belgique. Comme il importait de maintenir l'union et la confiance entre les troupes et les bourgeois, et de veiller à l'entretien et à l'achèvement des fortifications, l'archiduc, sur la proposition du nouveau gouverneur, institua, le 14 juillet, un consolide guerre dont Yandentympel fut nommé surintendant. Ce conseil fut composé de trois capitaines au choix du gouverneur, des quatre colonels de la bourgeoisie , et de trois députés que les trois membres choisirent dans leur sein '. Il leur fut prescrit de tenir la main à l'exécution de la paix de religion, de maintenir la garnison en discipline, de surveiller les travaux des fortifications, et de preiMre toutes les mesures nécessaires à la défense de Hal, de Yilvorde et du canal. Us devaient s'as-

« OppinUBoeck.

> 15 Juin. Db Potter. — Sire 0. Yandentympel, seigneur de Gorbeke-sur- Dyle, était flU de Jean, patricien de Louvain. Il épousa Anne Hannaert, fille de Jean de Redelghem, dit Hannaert, chevalier, châtelain de Bruxelles. Son frère Denis épousa Elisabeth Hellincx. Divaus, T. II, p. 53.

s L'arrêté de rarchidnc portait qu'il y aurait dans ce conseil quatre bourgeois : deux choisis par le gouverneur, les colonels et les capitaines, et deux nommés par le magistrat. Sur la proposition du large conseil, on y substitua trois députés pris dans le corps communal. André Anderlecht, Florent T Serclaes, chevalin, et Jean Van Wesele, forent nommés par les trois membres. 21 et 36 juillet. Oppinie Bœek, T'Serclaes refusa. De Potter.

512 HlSTOmB

sembler deux fois par jour : à dix heures du matio et à cinq heures du soir. Ils prêtèrent serment de fidélité à la ville et au pays. Ce conseil ne tarda pas à dominer le magistrat et usurpa bientôt toute Tautorité ; lorsqu'on voulut le supprimer, il résista d'autant plus vivement oue ses membres faisaient de grands profits, en se payant eux-mêmes sur la vente des biens confisqués ^ A la demande des nations, Vandentympel prêta serment entre leurs mains, et jura de maintenir leurs privilèges. €e fut aussi sur leur proposition qu'une proclamation ordonna à toutes les personnes qui avaient quitté li( ville, d'y rentrer endéans les dix jours, sous peine de confiscation de biens (26 juillet) ^.

Le â8 juillet, le baron de Licques, gouverneur de Louvain, vint avec • un corps nombreux d'Italiens et d'Espagnols attaquer le fort de Willebroeck, et, comme les dix compagnies écossaises qui étaient chargées de la garde du canal, avaient été appelées à Bruxelles, 0 s'en empara presque sans coup férir '. Le bruit courut que d'Egmont et deHeze, alors à Ninove, allaient se joindre aux Espagnols pour assiéger Bruxelles. Informés de ces rumeurs, ces seigneurs écrivirent au magistrat pour l'assurer du contraire, et ils saisirent cette occasion pour l'engager à en revenir à la pacification de Gand , l'assurant qu'en ce cas leurs bras et leur vie seraient employés au service de la ville. Le magistrat répondit h d'Egmont qu'il comprenait bien « qu'ayant reçu des Espagnols tant de >» vilaines tyrannies qu'on ne les sçauroit assez déplorer, ny venger n jamais, » il ne voudrait pas pour eux trahir Bruxelles sa patrie; que, n'ayant jamais mal agi k son égard, il devait croire que quelque malentendu avait donné lieu à sa prise d'armes, et que, pour l'éclaircir, il allait lui envoyer des députés, espérant que de réciproques explications résulteraient une complète réconciliation et son retour k Bruxelles ^.

* Db Potter. — » Oppinie Bœek, — » De Potper.

« ff Messieurs, ayant entendu que les Espaignolz approchent vostre ville, ponr mon acquit, honneur et singulier debvoir et desyr quay eu tousjouis k la conservation dicelle, encoires vous ftire oe mot pour la dernière foys, et vous eihorter vouloir maintenir et soubzmettre au traicté de Gand sy soUemnelement par plasienrs foys jurez par vous aultres, Messieurs, affin d'obvier an malheur qui voas est fort eminent sy ne prenez tel resolution ; de me reprocher que somines Espal* • gnolz, TOUS puis Jurer et attester en foy de gentilhomme ryens moyns, mais voas aultres les détenez en pensant les chasser ; maintenez la paciflcatioB de Gand, vous promectant comme dessus non seulement assister, ains laisser la vie à vostre service contre touts et envers touts tant Espaignolz que Bourgoingnons et aultres. En

L'ëchevin François Hmckaert, seigneur de LiUe, Henri de Bloyere et Jean Theron furent en eiTet envoyés à Ninove. Selon les instructions

conformité des Estatz reconsilieez, lesquelz promecttent en cas que les Espaignolz ne sorteat, employer toutes leurs forces et mesmes leurs Tilles et moyens convenal)Ies pour la sortie des susdicts Espaignolz, De quoy tous poves asseurer comme chose Teritable ; la seule aflèctlon myene enyers tous , ma occasionné tous faire caste aTCC prieere de ce bon Dieu, Messieurs, quil luy plaise TOUS douer bon conseil et adTys, et à moy le moyen de tous serTir comme du passé, en repos, tranquillité, union et paix. De NinoTe ce xix* de julet 1579. Desoubz estoit escript Tostre bien bon amy a tous faire serTice. Guillame de Berfèês,

Messieuss, nous sommes adTertys que Ion tous auroit raporté que serions in • tentionnez de nous joiodre aux Espaignolz qui ont saisy la RiTière allant de Bruxelles en Anvers, de quoy nous sommes esté fort marrys, Toyans.que tels mal- Tdllans continuent ainsi a nous calampnicr en mille fâchons, gens Trayement peryen et griefrement chastiables, parce que par leurs calumpnies ils ont estudié et estudient de plus en plus de semer et nourrir les diffidences et discours à la ruyne de nostre pauTre patrie tant afiligéc, mays bien que me doublons qae tels rapports tous puissent esblouir les yeulx, jusques là que de croire chose tant préjudiciable à nostre fidélité, qny de longue expérience tous doibt estre cognue, sy esce que nous n'aTons Touleu obTÎer de tous faire ce mot pour tous assurer da- Tantaige de bonne Tolunte, aussi n'eusmes Jamais en pensée de nous allier ausdicts Espaignolz sy pernicieulx, et le seul eifect-vous sera preuTC du vray zèle et alTection que portons au bien du pays en gênerai et particulièrement de la Tille de Bruxelles, lequel nous procurerons par tons moyens possibles, aidant le Seigneur IMeUf auquel nous supplions tous aToir, Messieurs, en sa saincte grâce, nous reoommandans affectueusementet Tostres. De nostre Tille de NynoTC, ce penultiesme de juillet 1579. Desoubz estoit eseript Tostre bien affectionné amy, à tous faire service. Soubzseigné Ph. dEginont,

Monseigneur, les illustres comportemens et debToirs des très nobles ancestres de Tostre Excellence et singulièrement de louable mémoire, le feu seigneur TOStre Seigneur et Père, qui Dieu £»ce paix, à la procuration du bien de ce Pays-Bas et en particulier de ceste ville de Bruxelles, fait que ne pouvions aucunement adjouster Toy à la confession de quelques noz prisonniers Espaignolz, dlsans que leurs tfouppes, qui sont passé nostre Rivière, sont d'intention se joindre à celles do TOStre Excellence, affin de nous assiéger de commune main, pour nous tenir asseurez que TOstre Excellence, ayant des Espaignolz receu tant de Tliaines tyrannies quon ne les sçauroit assez déplorer ny venger jamais, ne vouldra s*esclaTer à iceulx et encoires moingsà tel effect que de subTertir ceste Tille sa patrie à leur dcToUon, mesmes que ne pensons et moings sçaTons daTolr aulcunement offencé TOStre Excellence ou quelques siens, et moings mérité ung tel traictement. Néantmoins craindant qu'il y pourroyt avoir quelque mal entendu, et que vostre Excellence par adTenture seroit embouchée de quelques sinistres opinions à nostre charge (que ne poussons), sy naTons touIu faillir par ceste prier Tostre Excellence de croire que sur toutes choses desirons laccroissement de Tostre Excellence et de sa Ton I. 62

5i4 HISTOIRE

qu'on leur donna le 30 juillet, ils devaient raviver dans le cœur des deux comtes leur ancienne haine contre les Espagnols, leur démontra qu'il n'avait rien été innové quant à la religion, et que la pacification de Gand était toujours en vigueur, et surtout insister sur la nécessité de s'unir contre l'ennemi commun. D'Egmont et de Heze répondirent qu'il leur semblait nécessaire que le magistrat déclarât solennellement vouloir se conformer à la pacification de Gand, et s'engageât à ne poursuivre personne du fait de religion, à laisser les consciences libres; à ces con* ditions, ils promettaient « de le maintenir contre tous avec leurs troupes, » amis et confédérés , contre Espagnols et confédérés^ en conformité de » leur premier serment. » Us terminaient en disant qu'ils avaient requis une dernière fois le roi d'exécuter la pacification de Gand, et qu'en cas de refus, ils employeraient corps et biens pour la défense du pays et de la bonne ville de Bruxelles en particulier (i*"' août). Les trois membres ne voulurent rien décider sans l'avis de l'archiduc, du prince d'Orange, du conseil d'état et des états généraux, et Hinckaert, qui avait suivi les négociations, fut envoyé à Anvers avec ordre de consulter aussi sur ce projet, les membres du conseil privé, du conseil de Brabant et de la chambre des comptes. Deux nouveaux députés, Pierre Yanderhaeghen et Nicolas Remp, furent adjoints à Henri de Bloyere et J« Theron, et se rendirent à Ninove pour remercier d'Egmont et de Heze de leur bonne affection, et les engagera persister dans leurs intentions en les informant de l'envoi à Anvers de l'échevin Hinckaert. Cette prudence contrariait les vues de d'Egmont, et à peine les députés furent-ils arrivés à Ninove qu'il les fit arrêter. Cette perfidie excita une vive indignation, et le magistrat déclara que les sœurs du comte serviraient d'otages pour les prisonniers. Pour les mettre à l'abri de tout outrage, dont les suites auraient pu retomber sur les députés, il chargea de leur garde des bourgeois quaUfiés. H écrivit en même temps à de Heze et à d'autres seigneurs

très noble maison, à icelles estre très affectionnez serviteurs et amys, ensamble à vostre Excellence donner satisfiaction et contentement sur toat en cas que pleust à .vostre Excellence nous ouyr sur ce qu*il y pouidroit estre de mal entendu, estansdintention à cette fin envoyer à vostre Excellence quelque personnaige en cas que vostre Excellence le treuve raisonnable et asseurer son retour, prians à ceste effect pour responce, et au Créateur. Monseigneur, etc., xxx* de juillet 1579. Desoubz estoit escript de vostre Excellence très humbles et obéissants serviteurs, Bourgmaistres, Escbevins et Conseil de la ville de Bruxelles. (Oppinie Boeck )

pour les engager à travailler à la délivrance des prisonniers k qui il envoya deux cents florins (août).

Cependant on ne se pressait pas à Anvers de rendre aux avances de d'Egmont; les nations proposèrent de traiter directement avec lui, mais le premier membre leur représenta que ce serait se séparer de la généralité, et il fut résolu d'engager le comte à ouvrir des négociations avec les états généraux pour amener une réconciliation d'autant plus désirable pour tous, que des lettres interceptées témoignaient du peu d'intention de Famèse de renvoyer les Espagnols et de livrer les forteresses. On le pressa en même temps de relâcher les députés à qui il fut accordé encore une indemnité de quatre cents florins (3 septembre). Sur ces entrefiiites les sœurs de d'Egmont parvinrent à s'échapper, et les négociations furent rompues. Le magistrat alors envoya, avec l'assentiment de Yandentympel , des commissaires à Mons pour y traiter avec les États des provinces wallonnes du rachat des prisonniers. Craignant de perdre le fruit de sa perfidie, d'Egmont envoya aussitôt à Bruxelles de Bloyere, et son délégué Jacques de Lacambe, porter ses conditions. 11 demandait qu'on lui laissât retirer de Bruxelles et d'Anvers ses meubles et ses papiers, et que la première de ces villes se rendit envers ses créanciers caution d'une somme de 4144 florins qu'il leur devait. Les prisonniers coûtant à la commune soixante florins par jour, et leur détention durant d^à depuis plus d'un mois, les trois membres souscrivirent à ces conditions et payèrent immédiatement 1300 florins aux créanciers du comte. Les députés furent remis en liberté dans les premiers jours d'octobre ^

Les travaux des fortifications, le logement des gens de guerre, les frais qui étaient résultés de la peste, avaient considérablement obéré la caisse communale. Au mois de juillet, la ville devait i i 7,3 57 florins, ,et ses charges extraordinaires s'accroissaient chaque jour. Le premier membre avait proposé d'augmenter les impositions sur la bière, mais cette proposition, admise par le second membre, avait été rejetée par le troisième, qui, ému par la prise du fort de WillebroedL, insista beaucoup pour qu'on pressât les États de faire la paix (27, 29, 3i juillet). La commune , dans ce but, députa à Anvers messire Charles Fourneau, seigneur de Cruyckenbourg, messire Philippe Clockman et Gilles Sterck (i^ août); mais les nations ne se montrèrent pas plus disposées

* Oppinie Boeck.

tiie HISTOIRE

k Yoiet de nouvelles impositions, et demaDdàrent à gnods eris k ptix. Elles voulaient qu'on employât les fonds et les revenus ecdésiastiques sans usage, tels, par exemple, que les prébendes d'Anderlecht, et enfin elles déclarèrent positivement qu'il ne fidlait plus les convoquer pour cetobjët (1 *', 1 2, 4 7, 19 août). Le magistrat ne tint paseompCe de cette invitation et leur déclara que la ville était tellement arriérée qu'il n'avait quelquefois pas assez d'argent pour payer un messager, et que le canal, dont les abords étaient alors occupés par l'ennemi, ne produisait plus rien. Ces observations ne purent les iaire revenir d'un parti pria; dles répons dirent qu'il n'avait qu'à s'emparer, pour un an, des dîmes, des sept mille florins de rentes possédées par des ecclésiastiques sur la ville, des revenus du canal, des douze mille florins alloués à Morillon, vicaire deGranvette, sur l'abbaye d'Aiflighem, confisquer les acquisitions faites contrairement aux édits de GharlesrQuint, affermer k vie la cave de la cour et vendre la seigneurie de Walcourt. En vain le magistrat leur représenta*t»il que ces mesures étaient illégales ou impraticables, que la ville en tirerait du reste peu de profit, le cens de la seigneurie de Walcourt, par exemple, ne s'élevant qu'à 28 sous, elles répétèrent qu'elles ne voulaient pas de nouveaux impôts, et que s'il n'y avait pas d'autre proposition, il était inutile de les convoquer (S 4, 35, 36, 3 9 août). Toutefois, i la demande du comité de défense, elles consentirent à prolonger jusqu'au i 3 décembre l'impôt de 2 sous sur le froment (39 et 50 août)*

Ce qui rendait surtout les nations intraitables c'était l'indiscipline des soldats, dont la plus grande partie avait été introduite dans la ville sans Fassentiment des trois membres. Accablée de logements militaires, ayant à souffrir de la brutalité de ces lansquenets toujours disposés à piller, la bourgeoisie exhalait hautement ses plaintes. Tandis que les magistrats soutenaient leurs concitoyens, les chefs militaires excusaient plutôt qu'ils n'étaient prêts à punir les excès de leurs subordonnés ; de là était né un complet désaccord entre ces deux autorités, désaccord qui menaçait d'avoir les suites les plus graves. A mainte reprise les nations se récrièrent contre les excès commis par les gens de guerre ; elles se plaignirent d'avoir été insultées dans le conseil de guerre, ou on les avait traitées de mutins [meyneedighe muytmaekers)^ et demandèrent répara» tion de cette insulte , ainsi que des pi*opos du colonel Bombergpn , qui avait dit, en plein marché, qu'elles voulaient livrer la ville aux mécontents et chasser Yandcntympcl et les Écossais, propos de toute fausseté,

DE BaUXELLES. 5i7

«Qxqtteb OD avait néanmoins répondu qu^l fallait eipulser les nations de PhAtel de ville (i â août). Elles accosèrent Vandentympel de se faire eommuniquer et d'ouvrir les lettres adressées k elles ou au magistrat, et exigent que des remontrances lui lussent faites & cet égard (i 8 août). Dans une réunion des membres du oonseQ de guerre, des notables et des députés de la commune, réunion qu'dles avaient provoquée, le second membre insista énergiquement pour qu'on le tint au courant des négociations ouvertes k Cologne, et qu'on délivrât la viDe des charges énormes que lui occasionnait l'entretien des troupes (2 5 août). Le prince d'Orange ayant demandé que la commune se chargeât du payement de la cornette du capitaine Coibaco, les trois membres lui déclarèrent la chose impossible » k moins que Ton ne retirât les six enseignes entrées dans la viHe sans leur consentement, ajoutant que s'ils avaient besoin de cavalerie pour l'eseorte des convois, ils n'avaient que Mre de l'infanterie (7 sep* tembre). £nfin, ils nommèrent des conunissaires pour porter leurs doléances au gouverneur (2Q et ai sept^nbre) ^; mais que pouvait Vandentympel sur des soldats mal payés et habitués à tous les genres de licence? Il proposa de faire sortir de la ville les troupes du colonel Souhay à condition que les trois membres souscrivissent, pour les payer, une obligation de 5,700 florins k des marchands d'Anvers où il y avait une sonune de 8,000 florins du Rhin disponible pour leur solde. Comme ces troupes coûtaient chaque jour à la commune cent vingt-cinq florins du Rhin, et qu'ils étaient pressés de s'en débarrasser, ils acceptèrent immé^ diatemait cette proposition (29 septembre).

Le magistrat venait d'adopter un nouveau règlement pour les délibérations des nations. Ce règlement porte qu'après avoir entendu leur arrière-conseil, elles se réuniront sous la couronne, et exposeront, k tour de rûle , leurs opinions à un greifier qui en dressera procè&-verbai dont il leur s^ra donné lecture; que si la rédaction de ce procès-verbal nécesâte des rectifications, il sera relu après qu'elles auront été opérées,

*■ Le premier membre en nomma deux : messire Josse Vandervorst, Pierre Van Hullegaerden ; le second membre, quatre : Jean Van Beerthem, Adolphe Hujoel, Âmelric Vandenbossche, Guillaume de Vaddere; et le troisième, neuf: Antoine Van Gindertaden , Lucas de Mol , François Schanert, Gérard Mouton , Jacques Diertyts, Hugues Matens,Paul VanGleymgaUi6,Gaspar Sneps et...... Un de ces derniers, Jacques Diertyts, de la nation de Saint-Jean, ne s*étant pas rendu avec ses collées ches le gouverneur, fut condamné à payer à cbacune des huit autres nations une aime de double bière. 20 septembre. (Oppmie Boeck.)

MB HISTOIRE

et qu'enfin, lorsque cette rédaction les aura satisfaites, elles délibéreront de nouveau sous la couronne pour ne former qu'une seule opinion (20 août). Ce riglement consacrait toutes leurs prétentions, et annihilait les prohibitions établies par les ordonnances de Charles-Quint. L'amman Jean de Mol ayant déclaré qu'il lui était impossible de maintenir l'ordre depuis qu'un grand nombre de gens sans aveu avaient envahi la ville, et poussaient l'audace jusqu'à lui résister à force ouverte, les trois membres lui accordèrent douze hallebardiers, à condition toutefois qu'ils seraient payés par la généralité, puisque , comme le fit observer le large conseQ, l'amman était l'officier du roi (23, 25, 29 août) \

Après s'être emparés de Willebroeck , les Espagnols avaient détruit les écluses (9 août) et tous les ouvrages servant à alimenter ou à dégorger le canal, et ils avaient été aidés dans cette œuvre odieuse par les Malinois, toujours ardents à satisfaire à dé vieilles haines. De Licques laissa douze cornettes de cavalerie et vingt-cinq enseignes d'infanterie entre Malines et Willebroeck ', et Bruxelles n'eut plus d'issue libre que du côté de la Flandre. Pas un homme, pas une lettre ne pouvaient passer à Anvers; les habitants et la garnison de Malines parcouraient les campagnes, arrêtant les voyageurs, hommes et femmes, les rançonnant et attaquant même les couvents. Tous les hôtels des seigneurs émigrés étaient remplis de campagnards qui s'étaient réfugiés en ville avec leurs meubles, leurs chevaux et leurs bestiaux ^. Dans cette crise des voix nombreuses s'élevèrent pour demander la paix, mais Olivier Yandentympel y répondit par un manifeste dans lequel il rappelait tous les griefs du pays contre l'administration espagnole, les intrigues et les perfidies des gouverneurs généraux de Philippe II, et notamment celles de don Juan. Il démontrait ensuite l'intérêt que Bruxelles avait à se tenir dans le parti des États et à maintenir l'union d'Utrecht, énumérant les avantages que son corn* merce retirerait d'une alliance avec les villes maritimes de la Hollande et de la Zélande, et comparant les bienfaits de la tolérance et de la liberté des cultes avec les maux qu'avaient entraînés sur le pays l'intolérance et la persécution. Après avoir blâmé vivement les provinces wallonnes qui avaient trahi la cause commune, il insinuait que, dans le cas où les villes du parti des États viendraient à suivre cet exemple, toutes les places, toutes les faveurs seraient accordées aux Wallons, à l'exdusion des Bra-

• * Oppinie Boeck, Le 15 août, les nations nommèrent pour greffier maître

Gilles Thienpont. — • Azbvedo. .— » De Potter.

bançons et des Flamands. Il finissait en exhortant ses compatriotes à tout oser et à tout entreprendre pour échapper au joug odieux de TËspagne (5 septembre). Ce manifeste en quatre-vingt-huit articles, contresigné par les trois membres de la commune, par tous les officiers de la garnison et par les principaux chefs du parti, fut affiché et répandu avec profusion dans la yiUe.

Presque tous les échevins se trouvant en mission et ne pouvant revenir parce que Tennemi coupait les communications , il ne fut bientàt plus possible aux trois échevins restés en viUe de suffire à leurs occupations , et il fallut décréter que les actes échevinaux seraient provisoirement passés en collège (i 7 août) ^. Les incessantes excursions des ennemis portaient un préjudice immense au commerce de Bruxelles ; les espèces y étaient devenues excessivement rares ; les changeurs jurés et les orfèvres ne pouvaient plus se procurer de l'or non monnayé en échange duquel ils n'avaient plus de monnaies à donner , et le manque de numéraire achevait d'arrêter toutes les relations extérieures. Pour faire cesser cet état de choses, les États, à la demande du magistrat, l'autorisèrent à battre, à l'effigie de la ville, des plaete d'or, pesant 2 anglais ai i/4 as, de ai carats d'or fin avec i8 grains de fin argent et i 8 de cuivre, de la valeur d'un réal d'or de 4 florins iO sous, trois carolus ou 60 sous; des plaete d'argent carrés pesant i 6 angélus, 9 3/4 as de i i deniers, fin aident, valant un daelder des États ou environ 36 i/â sous ^. 11 fut prescrit à la ville de nommer un surintendant pour surveiller cette opération et de faire placer ses armoiries sur ces monnaies qui indiqueraient, pour éviter toute finaude, la dale et la valeur ^.

Le i 7 septembre, Yandentympel, à la tête d'un corps de 4,000 fantassins et de 800 cavaliers, attaqua les Espagnols qui avaient pris position entre Willebroeck et Malines. Il les enfonça au premier choc, mais ses soldats ayant couru piller les bagages, furent chargés brusquement et

*■ RetoluHe Boeck.

* On donnait alors pour le marc d*or de 24 carats 209 florins 4 sons, et pour le marc d'argent de 12 deniers, i8 fl. 12 s.

s 6 septembre. Archives de la Chambre des comptes de Brabant, n* 141, ^ 88.

Les monnaies frappées par ordre du magistrat étaient carrées ; an milieu d'un cercle se trouvaient les armoiries de la ville : Saint Michel terrassant le diable ; à l*entour on lisait cette légende : Perfer et obdura BnuceUa, et au-dessus il y avait des armes, Vindication de la valeur de la monnaie, et sur les c6té$ le millésime. Van Loon, T. I, p. 275.

520 aiSTOIRB

mis en déroute par le capitaine Garcia OUvarez, qui était arrivé a?ee des troupes fraîches et avait rallié les fuyards. Craignant toutefois de se voir attaqués par des forces supérieures, tourmentés par la disette et voyant la mortalité répandue parmi leurs chevaux» les Espagnols prirent le parti de se retirer ; ils commencèrent leur mouvement de retraite le 29» et, le i** octobre, le canal fut libre ^

Le canal était dans un état déplorable » tous les ouvrages en maçonnerie étaient dégradés , le sas de Willehroedc n'avait plus qu'une seule porte et la maison de Féclusier était entièrement brûlée, ainsi que le constatèrent le gouverneur, les receveurs et Paul de Prince, délégué à cet effet par la ville le 5 octobre. Les trois membres rétablh*ent les droits sur la navigation tds qu'ils étaient avant 1 57 d, et accordèrent exemption de logements militaires à Houviraert, qui avait offert de diriger gratuitement les travaux de réparations ^. Mathias et le prince d'Orange se raidirent aussitôt k Willebroeek et résolurent de ùàre de cette position impoi'tante une place inattaquable ^. Le brnit s'étant r^ndu que rcQ* nemi se disposait k l'attaquer de nouveau, la ville d'Anvers envoya trois cents pionniers pour la fortifier , et le prince d'Orange invita les trois membres de Bruxelles à suivre cet exemple. 11 les engagea aussi à ravitailler Vilvorde, en les prévenant que les i 0,000 florins nécessaires à cet effet seraient payés par la généralité et pourraient être retenus sur la quote-part de la ville dans les aides. Ils approuvèrent ces mesures et les nations demandèrent instamment qu'on ne négligeât, rien pour laire entrer Malines dans le parti des États* Il était en effet de la plus haute importance pour Bruxelles que cette ville ne fut plus occupée par les ennemis qui interrompaient par là ses commum'cations avec Anvers. A leur demande, les deux enseignes de messire Denis Yandentympel et du capitaine Anthonie, furènt chargées de garder les rives du canal (15, i 6 octobre). Les députés de la commune, à Anvers, avaient obtenu de celte ville un prêt de 20,000 florins, contre obligation des trois membres, pour être employés à acheter des denrées et à soutenir le commerce, prêt devenu indispensable, car les convois étaient trop souvent enlevés pour qu'aucun marchand voulût se charger de la responsabilité des expéditions. Néanmoins les nations ne souscrivirent cette obligation qu'après que Mathias leur eût assuré que cette

*■ Hailbos. ^ Van Metbrbii. — * S et 7 octobre 1579. Oppintê Boeck. — ^ Va?i Meteren.

DE BBUXBIXES. 52 f

Somme pourrait être retenue sur la part de la ville dans les aides ' . le renvoi d'une partie de la garnison, cette concession arrachée à Vandentympel par l'esprit publie, n'avait été qu'un leurre; le régiment de Soubay fut bientôt remplacé par d'autres troupes (S octobre), et les nations indignées chargèrent aussitôt une députation d'aller presser les états de Brabant de conclure la paix (même jour) ^. Cette détermination akrma le conseil de guerre , et « sur la représentation qui lui en avait » été faite, dit-il, par des amis de la prospérité de la ville et de la pa* » trie, » il éleva objections snr objections contre la poix. Les chefs militaires de la bourgeoisie qu'il consulta, déclarèrent unanimement ne pas voubir 9ë aéparer de la généralité (6 octobre) ; mais la commune n'eut aucun égard à leur opposition ; seulement, à la demande des coloneb Stuwart, de Bloyere et fiombergen, il fut donné au conseil de guerre eommunieation des pièces envoyées d'Anvers au magistrat et relatives aux négociations pour la paix, et de Bloyere fut autorisé â se joindre aux dé* pûtes qui allaient partir (7, 8, iO octobre). Ceux-ci, dès leur arrivée i Anvers, se plaignirent k l'archiduc et des logements et des soldats. Reconnaissant la justesse de leurs réclamations et craignant que le mécontentement n'amenât des troubles, Mathias institua, le âO octobre , nne commisBion de dix personnes pour arrêter les bases des logements militaires. Deux commissaires devaient être nommés par le gouverneur, deux par les coloneb et deux par diaeun des trois membres, il fut décidé que nul habitant ne logerait plus de'trrfs soldats, et que ceux qui seraient exemptés de cette charge payeraient une contribution hebdomadaire de trois à sept sous. Ces dispositions furent approuvées par la commune (28, 30 oetobre et 2 novembre); mais elles ne pouvaient qu'aDéger &iblement les charges qui pesaient sur la bourgeoisie, et ne la mettaient nullement k fabri des brigandages des soldats; aussi les différends entre les chefs militaires et la commune ne furent-ils rien moins qu'aplanis. Le brave Lanooe, qui avait été chargé de la défense du canal, ayant été appelé en Flandre (l'' novembre), Vandentympel rem-

1 P. S. d'une dépêche da 13 oct. — Séances des 23, 24, 26 sept., 13 et 16 cet ^Ce prêt avait été négocié par les députés Martini, HinclLaert, GuiUanme de Ronck , BerUcum, Adrien de Schutteput et Daniel Bombergen. (Oppinie Boeck.)

* Cette députatioQ se composait de quelques membres du magistrat, d'Adolphe fliyoel, Amdric Vaiidenbos8che,LieTfn Moleman, Jean Vaoderhaegen, ancien mercier, mattre» Jean Bourgeois, maître Jean YanderliiHleii, MarUn Yandewouwere et Jean Yanderstoct, pellotier. Ihid,

TOVB I. 63

plaça les troupes qu'il avait amenées avec lui , par deux enseignes de la garnison; celles-ci se révoltèrent faute de paye, et, pour les apaiser, les trois membres durent établir de nouveaux droits sur le canal, mesure que les nations n'adoptèrent qu'après de vives discussions (3, 16 novembre) ^ Le 29 novembre, le conseil de guerre intima à tous les rëcollets Tordre de quitter immédiatement Bruxelles '. Les nations se récrièrent vainement contre cette mesure, il n*en fut pas plus tenu compte que de leurs plaintes sur les dégâts commis à l'hôtel de Mansfeld et à d'autres maisons dans lesquelles s'étaient établis des soldats et plusieurs habitants ^. Aussi refusèrent-elles de continuer l'imposition de deux sous sur le froment, dont le comité de défense réclamait instamment la continuation (ai, 25, 27, 50 novembre).

Indignées de l'indiscipline des soldats étraiigers et des persécutions dont les catholiques étaient l'objet, les nations réclamèrent k grands cris l'abolition du conseil de guerre, en insistant sur son inulOité; elles demandèrent qu'on présentât à l'archiduc des doléances sur les excès des troupes et qu'on ne leur fournit plus d'argent : elles parvinrent l faire partager leur avis par le magistrat, qui avait d'abord voulu ébranler leur résolution (i 1, 14, 50 novembre). En vain les lieutenants-colonels et les autres commandants de la bourgeoisie leur présentèrent-ils une requête pour les détourner de ce projet, les trois membres exposèrent à l'archiduc le misérable état de la commune , qui était chargée, depuis plus de cinq mois, de vingt enseignes, outre la cavalerie , et lui représentèrent que ces troupes, qui n'étaient pas payées et qui avaient été, pour la plupart, introduites en ville sans leur consentement, occupaient plus de deux mille lits et comptaient plus de douze cents tètes inutiles , femmes, enfants, etc. En évaluant la nourriture de chaque individu à six sous par jour, ces soldats, dont la solde s'élevait à environ 56,000 florins, en avaient coûté 1 50,000 aux habitants. Ils ajoutaient que beaucoup de notables ayant quitté la ville, où la maladie avait, en une année, emporté plus de deux mille habitants, ceux qui étaient restés succombaient sous les exactions de toute espèce ; ils se plaignaient ensuite de la conduite des militaires dont « les excès étaient tels qu'il y avait peu

* OppinieBoeck.--* De Pottkr.— » 30 novembre, i«' décembre. Oppinie Boeek.

Les maisons situées près de la porte de Goudenberg ayant été abattues pour Caire place aux nouveaux remparts, leurs habitants avaient été autorisés, le 4 janvier 1578, à s'établir dans le vaste hôtel de Mansfeld. Reiolutie Boeck,

m BRUXELLES. S93

» de différence entre un soldat et un voleur de grand chemin, » et ter- I minaient en s'ëlevant contre les persécutions dont les catholiques étaient

^ l'objet. « On les accuse, disaient-ils, de l'entreprise de d'Egmont, tandis

» que sans eux on n'aurait pu le chasser. D'un côté, le conseil de guerre ,, » les exclut de son sein et de toutes fonctions militaires ; d'un autre

, » càté, on les poursuit dans leurs prêtres, dans leurs temples. On a

, » expulsé dix ou douze récollets qui vivaient paisiblement ; leurs meubles

^ » ont été vendus, leur couvent a été abattu en partie, et cette indi-

y » gnité a été renouvelée à Bootendael. A Saint-PlerrcHiux-Lépreux les

I » vases sacrés ont été brisés, et, après cet attentat, des misérables ont

» parcouru les rues en outrageant les hosties ; les catholiques ont été » chassés de l'église des Alexiens ; au Sablon, la messe a été interrompue » par des scènes scandaleuses; à Sainte-Gudule, un enfant que ses pa- » rents allaient tenir sur les fonts, leur a presque été enlevé par des » gens qui voulaient le faire baptiser ailleurs, et toutes ces infamies sont M restées impunies, car les lois n'existent plus pour les catholiques » (9, i 3 décembre). » Les chefs de la garnison ayant eu connaissance de cette adresse, firent aussitôt rédiger une protestation, demandant qu'on spécifiât les accusations. Cette pièce, dictée par la colère, se termine ainsi : u Les autheurs dudit en ont faucement menty avec tous ceulx qui » le vouleront advoyer ou maintenir, comme meschans et malheureulx, » et roqueront qu'on leur nomme les dits autheurs pour en tirer la » raison, et signamment qu'ilz seront frottez sur ung escha£hu , après u que publicquement ils auront rappelle les dits abominables injures, » et confessé qu'ils en ont faucement menty et que partant ilz auront à » descirer et brusler ledit escript en publicq (i 4 décembre). » Le^ trois membres répondirent que u ceulx des remonstrantz qui ne se sentoîent » coulpables, k grand tort se mesloient dung faict quy ne leur touchoit ; » qu'ils avoient les preuves tellement & la main qu'il ne seroit besoing de » longue recherche, » et ils se plaignirent du peu de respect que la garnison leur témoignait (1 S, i 6 décembre). Cette affaire prenait une tournure trop grave pour que l'archiduc et les États ne s'en occupassent pas sérieusement; aussi chargèrent-ils les sires d'Oirschot et d'Ohain de se concerter avec le magistrat pour adopter des mesures propres k maintenir la discipline parmi les soldats et à éviter de nouvelles plaintes ^

1 OppinitBoeek.

Dans le but probable d'effrayer leurs adremires, les chefs du parti calviniste se décidèrent alors k attaquer les proyinces wallonnes, avec lesquelles jusqu'alors ils avaient observé une neutralité tadte; mais fl fallait rompre tout à fait avec les catholiques du deborâ, afin de mieux eilrayer ceux du dedans, et Vandentympel tenta plusieurs expéditions qui presque toutes furent couronnées de suocàs. Le sydtème dlntîmidation commença avec l'année i 580. Le samedi S 5 janvier, les membres du conseil d'état restés à Bruxelles : Van Ufielen, Madeot, WeDenmns, ravocat Guillaume Brechem, Adolphe Hujoel et le procureur Sehutteput furent arrêtés et conduits à Anvers, où on refusa de les recevoir, disant qu'il en serait feit aussi bonne justice à Bruxelles qu'à Anvers ; ils furent transférés à BergH)p-Zoom \ Le 25, Denys Vandentympel marcha sur Nivelles où commandait le sire de Glymes, et s'empara de cette place que les Espagnols prétendirent lui avoir été livrée. De Glymes, pris et mené à Bruxelles, ainri que l'abbesse, Marie de Hoensbroeck, et les ehanoîoesses, fut incarcéré & la Vroente; Tabbesse et les chanoinesses furent retenues prisonnières pendant huit mois'. A la demande d'Olivier Vandentympel, les trois membres envoyèrent & Nivelles du canon et de h poudre, certains qu'ils étaient que l'ennemi ferait les plus grands efièrts pour reprendre une place qui allait servir de boulevard à leur ville* En donnant leur consentement, les nations engagèrent le gouverneur « à 1» traiter les habitants de Nivelles avec douceur afin d'attirer d'autres i n la généralité '« » Le 30 mars, Lanoue surprit Ninove et y fit prisonniers d'£gmont et toute sa famille. D'Egmont fut amené, le 5 avril, à Bruxelles et détenu dans la maison du colond écossais Stuwart. Le 4 8, il fut'transféré à Anvers, puis à Gand où il fut enfermé & la Prinêen Hof où se trouvait encore Ghampagny ^.

Le 3 février, le magistrat se conformant aux opinions émises par le large consefi et les nations, le 29 avril et le 4 juillet de Tannée précédente, résolut d'emprunter 12,000 florins du Rhin sur les abbayes et les couvents. Les obligations de cet emprunt , condu pour le terme de deux ans, furent signées le 5 avril suivant *•

Des troubles furent le triste résultat des dissensions qui avaient édaté entre l'autorité militaire et la commune, dissensions qui eussent amené

« De Potter. — * Foppeus. — ' l*', 3 février 1580. Oppinie Boeck.

* De Potter. —Boa. — Dirothus. — De Kbmpbiubre, p. 253.--« Oppmmâoêek.

m BBUXELLEa 5t5

de sanglants conflits si la bourgeoisie eUe-mème n'avait été divisée par les intérêts de religion et par les opinions politiques. Les cpnuni^ires envoyés par rarchîduc pour rétablir la concorde entre la garnison et le magistrat» avaient proposé à ce dernier de payer aux troupes, pendant six semaines, après lesquelles les États seraient en mesure d'y pourvoir, 3,500 florins par semaine, soit 35 sous par soldat '; au moyen de ce payement elles s'entretiendraient à leiuv finds et il ne resterait à leur fournir que le log^nent. La peine de mort punirait tout acte d'indiscipline ou de brigandage. La commune obtiendrait les fonds nécessaires par une contribution à imposer sur les habitants ex^npts de logements militaires et sur le plat pays, et par un nouvel impôt sur la bière; dans le cas où ces moyens ne sufliraient pas, on y emploierait la partie disponible des 13,000 flmns votés par les États et sur lesquels 6,000 étaient destinés aux fortifications de Vilvorde. Le premier et le deuxième membre avaient adopté ces propositions, celui-U avec quelques restrictions et observations , celui^l en demandant que la garnison fût réduite de moi* tié et le conseil de guerre aboli ; mais les nations avaient refusé, voulant avant tout que ces deux dernières conditions fussent remplies. Les commissaires leur représentèrent en vain la nécessité d'un accommodement et les suites iâcheuses qu'entraîneraient ces diseussions : elles avaient per^ sisté dans leur refus. Elles votèrent néanmoins les moyens généraux, ainsi que quelques contributions communales, en y mettant toujours pour condition l'abolition du conseil de guerre. Les commissaires Liesvdt et Richard de Mérode acceptèrent le consentement, sans admettre la condition, disant que ce conseil était nécessaire encore pour quelque temps* Les récriminations des nations étant devenues plus vives, ils proposèrent d'aii^oindre au conseil de guerre deux d^tés de chacun des trois membres, et quant à la garnison, dont une partie avait été envoyée & Nivelles, Us promirent de débarrasser encore la ville de quelques com*pagnies» Ces conditions ne les satisfirent pas et elles refusèrent long-* temps de confirmer le consentement donné par les deux premiers membres; ce ne fut qu'après des convocations itératives et de vives instances des commissaires, qui leur exposèrent les dangers de la pa<trioi qu'elles retirèrent la condition mise à leur vote (13 janvier — 13 février).

> Diaprés cette évaluation il devait y avoir 2,000 hommes de garoisoa.

536 HI8T0IRB

Les diiBcultés loin d'être aplanies se reprësentèrent bientôt. Outrées de nouveaux excès commis par les soldats, les nations s'opposèrent à rétablissement d'un nouvel impôt sur les bières , appelé de hooghenisse et consistant en neuf mites ou un negenmanneken ^ sur chaque pot. Pressées par le chancelier et par les commissaires de l'archiduc de consentir à cette mesure, elles répondirent qu'elles rejeteraient toute proposition de ce genre, parce que, malgré les promesses qui leur avaient été fiiites, les habitants continuaient à être foulés, ce qui aurait lieu aussi longtemps qu'on n'aurait pas ^dopté des moyens réguliers pour payer la garnison, établi une surveillance sévère à l'entretien des fortifications et à la garde des munitions, apaisé tous les différends existants entre la bourgeoisie et les gens de guerre (4, 5 mars). Les chefs de la garnison de leur côté ne se montrèrent pas moins acerbes ; menacé disins son existence, le conseil de guerre menaça à son tour. Se fondant sur les inconvénients qui résultaient , dit^il , de l'opposition des trois membres, et voulant empêcher l'entière ruine de la ville, il réclama l'établissement d'un impôt général sur les bières et l'expulsion des conseils de la commune de tous les individus suspectés de complicité avec d'Egmont. Cette proposition soumise aux colonels des sections, aux calvinistes et aux protestants de la confession d'Augsbourg, fut adoptée à l'unanimité, et les commissaires furent invités à procéder immédiatement à l'épuration des trois membres trop souvent contraires aux mesures utiles. Fort de cette approbation , le conseU ' de guerre fit aussitôt rédiger une ordonnance portant qu'ayant appris que les malcontents et les Espagnols voulaient profiter du désordre qui régnait dans la vill^, et de l'opposition que rencontraient les propositions relatives à l'entretien de la garnison , pour attaquer Bruxelles, ou tout au moins Vilvorde et le canal, il ordonnait, de sa propre autorité, la levée d'un impôt sur la bière, dont le produit serait destiné aux besoins des troupes , à l'achat de munitions et k la construction de quatre bastions dans la ville basse. Tous les oflSciers de la garnison, les calvinistes et les luthériens approuvèrent cette mesure, ainsi qu'une taxe d'un dixième denier sur les passeports et les licences (34 et 27 février).

Les nations exaspérées par ees mesures illégales réclamèrent l'exécution des promesses qui leur avaient été fiedtes ; elles pressèrent les deux

1 Un negenmanneken ou gigot était li huitième partie d*an sou.

premiers membres de porter plainte à Mathias d'une pareille infiraction aux lois et privilèges de la ville , et s'opposèrent à ce que la solde des troupes leur iut payée par d'autres que par des délégués de la commune* Mathias répondit qu'il ne pouvait laisser Bruxelles sans garnison et que cette garnison devait être entretenue ; que, du reste, puisque les impositions destinées à cet effet ne suffisaient pas, il fallait laisser brasser, pendant trois mois, de la bière à un sou. C'était toucher une corde sensible, car les nations s'étaient toujours opposées à la fabrication de celte bière; aussi se montrèrent-elles vivement irritées de cette réponse ; mais le conseil de guerre ne se laissa pas arrêter par leurs clameurs. Le 25 mars, les officiers lui adressèrent une requête dans laquelle ils représentèrent que la ville se dépeuplait chaque jour, parce qu'on en laissait sortir sans obstacle une foule de gens auxquels on permettait même d'emporter leurs meubles; qu'il y avait plus de deux mille six cents maisons vides, sans compter celles habitées seulement par des concierges, et qu'il en résultait que le service des sections était rendu fort pénible et les contributions très-difficiles à lever. Us demandaient qu'on imposât, d'après leur qualité, les biens des absents, et que les rentes affectées par des partisans de l'ennemi sur la ville ou sur le canal, fussent saisies et employées par la commune. Le conseil de guerre trouva cette proposition « très^onvenable; >» mais jugeant qu'elle devait être discutée par tous, il l'envoya aux trois membres. Ceux-ci la soumirent à l'archiduc , au conseil d'état et aux états généraux ; les nations saisirent cette occasion pour prier instamment Mathias de revenir k Bruxelles afin d'y rétablir l'ordre (24, 28, 31 mars) ^

Cédant aux instances du conseil de guerre qui voulait abattre dans les serments le dernier reste de l'influence catholique , les commissaires de l'archiduc et le magistrat publièrent, le 29 mars, une ordonnance qui astreignait les membres de ces compagnies à monter la garde avec les sections; mais ceux-ci refusèrent positivement de s'y soumettre. Ils représentèrent que, de toute ancienneté, les serments avaient été institués pour un service spécial ; qu'ils étaient obligés non-seulement de monter la garde, mais de partir au besoin, comme ils l'avaient fiiit en i 566, et que, tous les jours, un serment était sous les armes. « On » allègue, direntr-ils, que, par suite du départ et de l'absence d'un

* Oppinie Bœck,

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» grand nombre de bourgeois, les sections sont affaiblies ; nons soutenons » qu'en revanche une foule d'étrangers sont venus se réfugier en Tille. n Et pourquoi ne feraient-ils pas de service? Jà pourtant n'est pas la » cause de l'affaiblissement des sections : un grand nombre de bourî» geois se font inscrire sur les contrAles de la garnison et éludent ainsi » l'accomplissement de leurs obligations. D'autres s'en exemptent avec )» de l'argent; d'autres enfin se font remplacer. Si l'on nous force k n monter la garde avec les sections, nous ne pouvons plus faire notre » service particulier, et dès lors les serments, principale défense de la n ville, seront dissous. >» Ils terminèrent en invoquant l'acte de 44Sf qui promettait te maintien de leurs privilèges. Mécontenter ces compagnies d'élite, c'était jeter un nouveau germe d'irritation dans la bourgeoisie; aussi une décision^ prise le â avril, à six heures du soir, annu]a*t-dle l'arrêté du 29 mare ^

Le conseil de guerre fit vendre tous les matériaux , tels qu'ardoises, tuiles, pierres et charpente de'la bdle chartreuse de Grâce (8 avril), mais comme on ne tenait pas de comptes, cette vente ne produisit guère de profits à la ville. Les religieux s'étaient établis dans la maison de Ravenstein (près les Dominicains) d'où ils furent diassés après un séjour de deux ans ^. Dans le même temps, les riches abbayes de Grimberghe, de Dilighem et de Forêt furent saccagées , et leurs dépouilles vendues publiquement à Bruxelles ' ; l'abbesse de Forêt, Françoise de la Douve , en mourut de douleur et fut enterrée aux Pauvres-Claires. Le 8 avril. Vandentympel sortit avec une partie de la garnison et se dirigea sur Malincs où il s'était ménagé des intelligences. Quelques bourgeois en effet lui ouvrirent les portes de Bruxelles et de Termonde, pendant que le eolonel écossais Stuwart s'emparait de celle d'Anvers. Les Écossais pillèrent avec fureur les couvents, ainsi que les propriétés des membres du grand conseil, et la ville fut durement rançonnée ^. Cette conquête fut d'une grande importance pour Bruxelles et allégea quelque peu ses charges, en ce qu'elle pcarmit de retirer les troupes chargées de la dâense des édnses du canal ^.

Le 4 9, pendant que Vandentympel s'était rendu k Malines, une partie

« OpposUie windevyfgildenvan Bruuel nopetide de wocbi. Mai. de la BSbIiothèque de Bourgogne. — Archivée de VAudience^ boite int. Bruxelles.

• De Potter. — » FOPPENS. — Dewael.

* HARjtus, T. H, p. 308. — Van Metbren, L. X, T 185. — « Oppinie Bwxk.

des soldats» qu'il avait laissés k Bruxelles, s'ameutèrent., et, renforcés par la populace, ils coururent è Sainte-Gudule. C'en était feit de ce beau temple si le colonel Stuwart, les deux bourgmestres, soutenus par les serments et par un grand nombre de bourgeois, ne les avaient arrêtés: 11$ allèrent alors décharger leur fureur sur la maison du pléban et sur celles de ses vicaires et de quelques chanoines ; le couvent de Sainte-Gertrude fut entièrement dépouillé. De là, ils voulaient se porter sur les Domini* eains, mais arrêtés par une bourrasque qui s'éleva subitement, ils se dirigèrent sur le Béguinage. Le trouvant gardé par quelques compagnies écossaises, ils se jetèrent sur le couvent des sœurs grises, qu'ils pillèrent de fond en comble. Tous les établissements religieux étaient menacés des mêmes ravages, lorsque les bourgeois, aidés par les troupes restées fidèles i leur devoir, parvinrent à dissiper ces brigands ^ Le magistrat chai^ea le pensionnaire G. Vanderbaeghen, qui se trouvait à Anvers, d'exposer aux états généraux la déplorable situation de la ville et d'implorer Fassistanee du prince d'Orange et des autres provinces. Ce fonctionnaire se présenta aux États, le S 2, et leur fit un effrayant tableau de l'indiscipline des soldats. 11 peignit l'indignation de la bourgeoisie qui voyait leurs crimes impunis, le colonel Stuwart, commandant en l'absence de Vandentympel, ne voulant pas faire justice des coupables sans commission expresse du prince d'Orange et du conseil d'état ^. L'absence de Vandentympel était probablement calculée pour faciliter cette émeute, épouvantail dont l'usage était devenu habituel. Matbias et les états généraux donnèrent des instructions sévères pour réprimer les pillages et les désordres, et autorisèrent l'amman , dans le cas où les chefs militaires ne s*y conformeraient pas, à poursuivre et à punir les perturbateurs du repos public. Il prévint le magistrat qu'il avait envoyé en Hollande et en Zélande des commissaires chargés de recueillir de l'argent pour la garnison^. Mais ces mesures seraient-elles exécutées? Le large conseil déclara qu'il ne donnerait plus d'opinion avant qu'on eût fait justice des pillards d'église, cloîtres et maisons particulières ; les nations l'appuyèrent et ne votèrent les impôts qu'après l'exécution de quelques-uns des coupables ^. Deux soldats et un homme du peuple furent pendus, et un autre individu fut banni après avoir été stigmatisé d'un Saint^Michel sur ledos^.

* De PoTTEm. — « M. Groen van Prinsterer, T. VU, p. 269.

* /6tU— 22 avril. Oppinie Boeck, — * 24 , 26 avril. Oppinie Boeck. — « De Potter.

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