TOUR T
Les États, restant toujours en retard de fournir les fonds promis pour solder la garnison, et la commune ne pouvant trouver l'argent nécessaire h cet effet S les désordres ne discontinuèrent pas. On vit les soldats de garde aux portes enlever le bois que des marchands amenaient en ville, et dépouiller les campagnards qui y apportaient des denrées. Ils envahirent tumultueusement la salle du collège et le conseil de guerre, réclamant, à grands cris, leur paye. Pour prévenir de nouveaux malheurs, le magistrat fournit aux Écossais, les plus turbulents de tous, 2275 florins du Rhin par semaine, en attendant les fonds annoncés par les états généraux. Il proposa ensuite de lever un impôt sur les métiers, impAt dont ils fixeraient eux-mêmes le taux ; mais les nations, qui étaient les plus intéressées dans cette mesure, étaient trop irritées pour l'adopter. Elles dirent qu'il fallait faire usage des biens confisqués et employer les revenus des bénéfices vacants. Le magistrat leur représenta en vain que les biens confisqués n'appartenaient pas h la commune et qu'ils avaient été chargés par les états de Brabant, que les revenus des bénéfices vacants étaient nuls, que la seigneurie de Walcourt, qu'elles avaient citée, n'était qu'une seigneurie foncière rapportant à peu près un daelder par an, et que la collation des prébendes seule dépendait de la ville, rien ne put vaincre leur opposition. Elles se montrèrent même vivement indignées de ce qu'il avait envoyé le pensionnaire leur demander d'être déchargé de toute responsabilité des inconvénients qui pourraient résulter de leur refus ^.
Vers cette époque, quelques-uns des malcontents semblèrent vouloir
1 Du 47 féyrier au 14 avril la hooghenisse des bières et les moyens généraux n'avaient produit que 16,319 florins, et les dépenses s'étaient élevées à environ 29,750 florins :
Reçu des brasseries de la ville 12,089
)> de la Nieuwe Came, à Goeckelberg. ... 67
» de la Came ou brasserie, à Etterbeek. ... »
» des bières étrangères 1,083
» des moyens généraux 1,580
Don que le chancelier de Brabant a fait obtenir à la
ville 1,300
Payé aux compagnies d'Olivier Vandentympel, à Bruxelles et à Nivelles, et à celles du colonel Stuwart, 4,230 florins du Rhin par semaine, pour sept semaines 29,750
Déficit. . . . 13,431 {Oppinie Boeck.) — « 16, 18, 20 mai. Ibid.
se rapprocher du parti démocratique; Guillaume de Heze et le sire d*Auxy, entre autres, nouèrent des négociations avec le duc d'Anjou, que le prince d*Orange, qui avait récemment épousé une Française, pressait vivement de son côté de venir régner sur les Pays-Bas. Malheureusement leurs projets furent découverts : le sire de Heze, arrêté par le châtelain de Gand, fut mis en jugement, par ordre du prince de Parme, et eut la tète tranchée au Quesnoy, le 8 novembre. D'Auxy, forcé de fuir, se réfugia dans sa forteresse de Liedekerke, qu'il livra aux États; mais ayant excité leurs soupçons, il fut emprisonné et ne dut sa liberté qu'aux instances d'Olivier Vandentympel, qui avait épousé sa sœur ^ : il se retira en France^. Après de longues hésitations, d'Anjou accepta les propositions des confédérés et du prince d'Orange, propositions qui devaient servir à mieux cacher les desseins de ce dernier, déjà reconnu comme souverain de la Hollande et de la Zélande, par une résolution secrète des États de ces provinces '. La ville d'Anvers et les nobles s'étaient longtemps opposés à l'appel du prince français, et ceux-ci n'y avaient consenti qu'en déclaraat ne pas avouer ni agréer l'union d'Utrecht *.
Le 8 juin, Vandentympel réunit les garnisons de Bruxelles, Malines et Herenthals, et attaqua Diest, dont il s'empara malgré la vigoureuse résistance de trois enseignes allemandes qui la défendaient. Il prit ensuite Sichem et Aerschot, et, après avoir laissé des garnisons dans ces places, il revint à Bruxelles chargé de butin ^. Ces succès faisaient désirer plus vivement encore au parti royaliste la possession de cette ville ; l'attaquer de vive force était impossible et c'était, en s'y ménageant des intelligences, qu'ils tâchaient de parvenir à leur but. Informé de leurs intrigues, le vigilant Vandentympel redoubla d'activité; prévenu que quelques habitants avaient reçu des émissaires d'Emmanuel de Lalaing, baron de Montigny, gouverneur du Hainaut, il se contenta de les surveiller afin de leur porter un coup qui fit renoncer à toute entreprise ultérieure sur la ville. Jacques Lacourt, capitaine dans la garde bourgeoise, OUo Dehacker, procureur, et Arnoul Debruyn, marchand, avaient promis do
* Jacques de Hennin, de la maison de Boossu, sire d*Auxy ou Hanssy, créé par le roi marquis de la Vere, avait, en i 570, épousé Marie Hannaert, cb&telaine de Bruxelles, dame de Liedekerke, et, le 1 1 avril, fait le relief de la châtellenie.
s VaM METERiH, L. X, p. 186.
s Mars, 1580. M. Groen tan Prinsterer, T. VII, p. 306.
* Ibidem, p. 388. — " Van Meteren. — Azbvedo.
livrer, de concert avec d'autres bourgeois, une porte aux troupes royales , mais, effrayes du sort qui les attendait s'ils venaient à être découverts, îk révélèrent le complot au prince d'Orange, à Sainte-Aldegonde et au gou- >verneur. Comptant sur les promesses qu'ils avaient reçues, E. de Lalaiog et Robert de Melun, marquis de Roubaix, parurent, le 35 juin, au matin, devant les portes de Laeken et du Rivage, avec trois régiments d'infanterie et neuf cornettes de cavalerie. La trahison devait leur ouvrir ces portes ; ce fVit Vandentympel qui en ordonna l'ouverture. Aucune précaution ne paraissait avoir été prise, mais les remparts étaient garnis de canons et les maisoiïs voisines remplies de soldats ; Sainte-Aldegonde, avec un corps d'élite, se tenait à la Vatpoarte (ou porte du Rivage), prêt k fondre sur l'ennemi. Les royalistes reculèrent devant l'entreprise; après avoir essuyé quelques volées de mitraille , ils se retirèrent et se vengèrent de cet échec sur les environs de la ville qu'ils n'avaient pu surprendre ^
Cet événement, arrivé vers la Saint-Jean, ^)oque du renouv^lemeni du magistrat, favorisa les vues des calvinistes : on n'eut aucun égard aux règlements, et, comme les lignages inclinaient toujours vers le catholicisme, les échevins, qui ne furent nommés que le 50 juin par un arrêté daté d'Anvers, ne furent plus exclusivement choisis parmi les patriciens, fait sans exemple depuis i 480. Le premier éehevin, entre autres, messire Henri de Bloyere, était dans ce cas. Le 7 juUlet, les métiers élurent pour premier bourgmestre Léonard Yandenhecke^ catholique douteux qui ne dissimulait pas son inclination pour les réformés, et qui, en 4 565 et en 1577, avait refusé Téchevinage, pour ne pas prêter le serment d'usage. Ils élurent aussi les deux receveurs patriciens, et, le 9, ils présentèrent trois candidats par nation aux places de conseillers, membres de la gilde et pacificateurs ^. Un des premiers actes du nouveau magistrat fut l'abolition des serments, et la garde de l'hôtel de ville fut confiée aux sections '. Des députés des serments se rendirent à Anvers pour réclamer contre cette mesure ; mais, sur la demande qu'en firent les nations (4 septembre), il leur fut ordonné de revenir immédiatement sous peine d'une amende de cent florins pour chacun d'eux ^.
Ayant appris que les malcontents avaient envoyé à Uni un détache-
* Chronych van Vlaenderen, T. III, p. 409. — Van Mbteren. — Foppens.
« De Potter, r» 58.
5 Ihid. — * Oppinie Boeck.
ment de cent fiintassins et 7 5 cavaliers , Vandentympel résolut de les y surprendro et de s'emparer de cette importante position. Mais les bourgeois de cette petite ville, réunis aux habitants des villages voisins, H soutenus par la garnison, repoussèrent vigoureusement l'assaut et firent échouer cette entreprise. La légende aux miracles rapporte qu'un nommé Jean Swick, qui avait juré de couper le nez à la statue de la Vierge, eut cette partie de la figure emportée par une balle , et qu'un autre individu, Jean Rysselman, qui s'était vanté de l'emporter et de la brûler, eut la mâchoire fracassée ^ Afin de protéger les abords du canal souvent insultés par des coureurs ennemis , et de prévenir les pillages , la commune leva soixante hommes de cavalerie : quarante landers et vingt arqudbusiers , qui furent placés sous les ordres de l'amman ^. Les malcontents ayant tenté de surprendre Nivelles, un fort dSnvoi fut dirigé sur cette ville ; attaquée par deux cornettes albanaises, son escorte les mit en déroute et leur fit trente prisonniers qui furent conduits k Bruxelles* Néanmoins le prince de Parme, voulant resserrer cette ville de tous câtés, chargea le comte de Mansfeld d'assiéger Nivelles, qui fut investie le 5 octobre et prise le 8. Denis Vandentympe], lait prisonnier de guerre avec toute la garnison , fut échangé contre l'abbesse et le comte de Glymes ; neuf bourgems accusés de trahison furent pendus ^. Après ce succès, les royalistes menacèrent Diest et Ninove , et Alexandre Famèse écrivit u aux bourgmestres, échevins, conseil, ghuldes et bourgeois M manants et inhabitants » de Bruxelles pour les engager à se réconcyier avec leur prince. « Voulant, dit-il, vous ^rgner le très-grand » dommage et destruction que l'approche de mes troupes vous occasionn nera, ému de compassion pour vos misères et calamitez, pour le mau- » vais traitement et les actes tyranniques , que continue h vous faire » éprouver le prince d'Orange, chef et auteur de tous ces troubles, nous » croyons de notre devoir de vous engage à ne perdre aucune occa- » don pour vous délivrer de tant de maux, vous mettant à repos et tran- » quillité tant de conscience et d'esprit que de corps. De mon c6té, je n vous seconderai de tous les moyens en mon pouvoir. Le roi veut vous » traiter selon vos privilèges en toute douceur, et tous rendre heureux
< JosTE LiPSE, in Divà Virgine Hallensi. — De Potter. > 51 août, 2 et 4 septembre. Oppinie Boeck. Ces cavaliers furent appelés Roerocken. Robes roages, de leur uDiforme qui était aux couleurs de la ville. De Potter. ' Van Meteren. — Bor. — Azevedo. — De Potter. .
» et florissants comme vous l'étiez du temps de feu ce bon et grand » empereur Charles, son père. Vous n'hésiterez pas à avoir pitié et corn- )» passion de votre patrie affligée, de vos personnes, femmes, enfants )» et familles, vous craindrez l'ire de Dieu qui punit grièvement les » obstinés et endurcis résistants à la supériorité ordonnée par lui, et » vous ne resterez pas plus longtemps en proie aux étrangers et barbares n que ce tyran étranger, rebelle et ennemi de Dieu, de vostre roi et de » tous bons, a fait venir pour vous dévorer et ronger, tandis que lui, ne » désire que faire son profit de vos pertes, s'agrandir et rire de vostre » misère et confusion (6 octobre) ^ » Cette lettre répandue sans doute à profusion, n'atteignit pas le but que le général espagnol s'était proposé ; le parti du prince d'Orange était encore trop fort pour que ses adversaires osassent lever la tête , et ils ne purent qu'espérer de l'avenir.
Les hostilités prirent alors un redoublement d'activité et de fureur, et les succès du prince de Parme, en aigrissant ses adversaires, excitèrent leurs défiances et les portèrent à de nouvelles réactions. Le trésorier général des finances, Gaspard Schets, l'ancien chancelier de Brabant Scheyfve , plusieurs conseillers, le procureur général et diverses autres personnes reçurent, au mois de septembre. Tordre de quitter Bruxdles sans qu'on leur indiquât le motif de cette mesure. On vendit publiquement ce qui restait du magnifique mobilier de Granvelle, et le produit de cette vente fut affecté k l'entretien des fortifications; la belle et riche bibliothèque du cardinal fut transportée aux Récollets et mise à la disposition des pasteurs calvinistes qui y avaient formé un consistoire ^. Le i 5 novembre , il fut décidé : 1® que, pour dédommager les ministres de la religion calviniste des pertes qu'ils avaient éprouvées, U leur serait alloué une somme de mille florins ; â"* que le maître d'école, Henri Van Oudenhove, recevrait 50 florins; S'' qu'un traitement annuel de 500 florins serait accordé aux cinq -ministres réformés , et que ce traitement serait augmenté ou diminué d'après les services qu'ils rendraient ; 4^ que des conventions particulières seraient faites avec les maîtres d'école; 5* que les fonds nécessaires à cet effet seraient prélevés sur les biens confisqués de la chartreuse de Scheut et de l'abbaye d'Af&ighem , ainsi que sur les prébendes et les bénéfices de la Chapelle; et 6* que l'on eroployeralt & l'entretien des pauvres l'import des mesures de bois que la
* BoR, T. II, p. 223. — « FOPPENS.
forêt de Soignes fournissait tous les ans aux Réeollets S à la chartreuse de Scheut ^ et aux frères hiéronimites du collège de Nazareth. Le même décret disposa de ce collège pour l'entretien de cent enfants des classes indigentes , qui y seraient élevés et instruits dans les principes du culte évangélique ^. Les nations demandèrent, le 37 octobre, que les biens des fondations pieuses fussent appliqués indistinctement aux pauvres réformés comme aux pauvres catholiques, et, le i 2 décembre suivant, elles proposèrent de mettre la ville en possession des biens des ecclésiastiques, provenant la plupart, dirent-elles, de donations faites par des habitants ^. Le 5 novembre, il fut enjoint à tous les ecclésiastiques d'indiquer leur domicile endéans les huit jours, et, le 14, ils reçurent Tordre . de déclarer leurs biens meubles et immeubles endéans les deux semaines '. Trois jours après, les chartreux furent expulsés de la ville ; placés sur un char, ils furent conduits k Hal par un trompette, et leurs meubles furent vendus sur la grand'place. On n'excepta de ce bannissement que deux reh'gieux qui devaient se rendre en Allemagne ^.
D'un autre côté, de profonds dissentiments agitaient la commune, et le vote des impôts rencontrait toujours les mêmes difficultés. Le large conseil, dans lequel étaient entrés les catholiques sortis du premier membre, cherchait à contre-carrerles projets des calvinistes des nations, et ceuxci, bien qu'ardents k poursuivre leurs adversaires religieux, n'étaient pas plus disposés que leurs prédécesseurs à augmenter les charges de leurs concitoyens. Les documents officiels de cette époque ne présentent que discussions orageuses , que récriminations de parti. Ainsi , les nations, après avoir refusé les fonds demandés par les états généraux, se plaignirent des propos séditieux tenus par quelques habitants, u On a )> entendu, dirent-elles, le 17 octobre, des gens, et entre autres Alart » de Visien (?), s'écrier que tous les bourgeois étaient mcUcantents et que » pourtant on ne pouvait rien sans eux. 4près la prise de Nivelles , Jean » do Gersmuetere et son fils ont déclaré que si les soldats étaient entrés
< Ils recevaient annuellement 300 mesures de bois à charge de célébrer une messe particulière pour les &mes de Charles et de Marie de Bourgogne. Ams de la Chambre des Comptes de Brabant sur cette rente, 17 avril 1601 et 30 mars 1656.
* Gharles-le-Téméraire leur avait accordé 400 mesures de bois par an. IHpl belg.
> Van Heteren. — Foppeîis. — * Oppinie Bœck. -^ »Db Potter. — « Dewael, T. n, f» 290.
536 HlSTOmS
n dans l'église du Sablon ^ ils se seraient emparés d'une porte et aaraient » introduit les royalistes. » Comme ce dernier faisait partie du large conseil , elles demandèrent qu*on purgeât ce membre de la commune , en commençant par ce Gersmuetere; quant aux autres, il serait fecUe de les trouver en consistant le livre d'information sur la trahison de d'Egmont ^ u U faut faire justice de tous les traîtres qui se trouvent id, s*écrièrent-elles , le 1 8 octobre, tels que ce Gobbegem ^, qui a osé dire : « M. Tamman , avant trois ou quatre jours j'aurai votre place et l'on » portera derrière moi la verge de justice; et vous, magistrats, votre » règne ne sera plus long. » On prétend, il est vrai, qu'il était ivre et à moitié fou; mais il n'a pas fait preuve de sottise dans l'entreprise de d'Egmont qu'il a fortement aidé, ainsi que Gl3ines , le traître {Glymes dm verrader) ; en outr^, il est resté trois ou quatre mois avec l'ennemi. » Une enquête fut ordonnée et il en résulta qu'un seul témoin, Henri Vandendycke, avait entendu les paroles attribuées à Gersmuetere, et celui-ci prétendit avoir dit seulement qu'il fallait repousser par la force ceux qui voudraient saccager l'église du Sablon. Toutefois il lui fut défendu de paraître à l'hôtel de ville avant que cette affaire fût éclaircie. Le magistrat invita les nations & lui désigner les membres du large conseil suspectés de mauvaises intentions, et il ordonna l'arrestation du sire de Cobbegem prévenu d'avoir entretenu des relations avec de Glymes qui était encore alors détenu à la Vroente (âO octobre). Cette conduite du magistrat apaisa pour un instant les nations, mais elles revinrent bientôt k la chai*ge, et, le 4 6 décembre, elles demandèrent que le large conseil fut aboli et remplacé par un nouveau corps choisi par le magistrat et par elles. Dans le même temps, la requête suivante fut présentée au conseil de guerre : « Représentent révérencieusement les lieutenants-colonels, » capitaines et autres chefs d'armes , et autres amis de la prospérité et » du repos de la commune, qu'ils entendent dans le peuple beaucoup de » plaintes contre le deuxième membre de la ville, lequel, contre la na- » ture des deux autres, est composé de personnes restant toute leur vie ^ en fonctions, en sorte qu'il doit s'y trouver de ceux qui, au temps du
* Dat men sal porgeeren den wyden raedt priocipael ierst begonst a«ii Gers> muetere ende die andere die noch purgeereus weert syn die sulien myn heeren wel vinden op die inforoiatie boeck van het verradicli incomen van Egmont. Opptaie Boeck.
• Everard d'Oyenbrugge, seigneur de Cobbegem.
u duc d'Albe , ont été favorables au dixième denier et y ont consenti ; » d'autres qui, par vieillesse ou zèle pour la religion, ou parce qu'ils ont » ëtë demis de leur charge avant le temps, ou que les affaires ne vont pas » selon leur vieil appétit, ne jugent pas , comme ils le devraient, ce qui n convient à la ville. On a vu que ce membre a longtemps refusé la » paix de religion, et, par un écrit séditieux d'Adolphe Hujoel, travaillé » à l'union de la ville avec ceux d'Artois et de Haynaut ; qu'ensuite il a » tenté d'amener une collision entre la garnison et la bourgeoisie; qu'il » n'a pas voulu entrer dans la résolution générale des deux autres n membres et des provinces et villes unies au sujet d'Alençon, ni >* envoyer des députés k la nouvelle réunion des États , en sorte que les » deux autres membres ont dû se fiûre forts pour lui. Le troisième » membre ayant demandé qu'on le purge, les remontrants croient devoir » insister à ce si^et, et, comme on ne peut connaître les opinions périt sonnelles des membres, ils demandent une enquête sur chacun d'eux. » Ils demandent aussi que les nations nomment de nouveaux membres » auxquels on ajoutera des nobles et des bourgeois. »
Le conseil de guerre accueillit favorablement cette requête, et, le 5 décembre, chargea les colonels Bombergen et Diertens d'en traiter avec le magistrat. Celui-ci en ayant référé, le lendemain, aux deux autres membres, le large conseil défendit ses intentions. « 11 déclara qu'aucun » de ses membres n'avait été favorisé par les Espagnols pour leur vote du n dixième denier; qu'au contraire le duc d'Albe aurait fait exécuter I» quelques-uns de la loi d'alors , à cause de leurs refus continuels & ce >» sujet, si la prise de la Briele n'était venue tout changer. Il ajouta que » quelques membres en effet avaient été démis de leur office avant le » temps, mais qu'ils avaient donné leur démission volontaire, le 6 avril » i 57 8 , et reçu une attestation des commissaires chargés du renouvel- » lement de la loi, portant qu'ils n'étalent pas privés de leur charge pour n avoir manqué à leur devoir. U exhorta le premier membre à s'opposer » k la mesure demandée, en considérant que les trois membres de la » ville n'étaient pas tellement liés que l'un dut adopter l'opinion de » l'autre, et qu'il ne convenait pas de l'accuser de mauvais vouloir pour » avoir eu une opinion contraire à celle de l'un des deux autres » membres. U finit en demandant que les magistrats le déclarassent » déchargé des accusations portées contre lui, ou qu'il fût renvoyé » devant son juge naturel, et que sa réponse fût communiquée au conseil Ton t. 65
î$58 HISTOIRE
» de guerre (iO décembre). » Les nations, loin d'admettre cette justification, déclarèrent qu'elles ne consentiraient à aucun imp6t aussi longtemps que le large conseil n'aurait pas été purgé, disant qu'elles approuvaient les plaintes des chefe de la garnison, ainsi que l'apostille du conseil de guerre. Le magistrat, à qui cette mesure violente répugnait, essaya d'obtenir le vote des impôts par quelques concessions ; il offrit de leur envoyer les noms des membres du large conseil , afin qu'elles pussent présenter pour les remplacer des personnes plus convenables pour le Ihco du pays et plus dévouées à l'ordre des choses. Elles lui répondirent qu'il fallait avant tout qu'on prit des mesures contre les brasseurs qui avaient, contre leur volonté, brassé de la bière d'un sou; que les magistrats désignassent eux-mêmes les suspects du large conseil et de la bour^ geoisie, et qu'on expulsât les ecclésiastiques établis à Bruxelles depuis trois ans. Ce ne fut qu'après diverses convocations et après qu'on eût satisfait en partie à leurs exigences, qu'elles votèrent la continuation des impositions sur la bière et sur le froment (1 â-i 7 décembre).
Ce n'était là toutefois que le prélude des projets médités contre les catholiques ; aussi de nombreuses défections renforçaient-elles chaque jour le parti royaliste. Bruxelles, où régnaient la misère et la di^té des vivres ^ avait vu fuir tous les membres des conseils du gouvernement et des cours supérieures qui n'avaient pas été expulsés ^. Ce fut eh vain qu'on leur enjoignit d'y revenir sous peine de confiscation de biens; pas un seul n'obéit & cet ordre. Voyant alors leurs adversaires privés deleuis chefs les plus influents , les calvinistes les attaquèrent de front , bien décidés & anéantir une religion qui , comme Tavaient compris les provinces du nord, ramènerait tôt ou tard le pays sous la domination espagnole. Depuis longtemps les nations s'étaient plaintes de ce que de /aux frères informaient l'ennemi de toutes leurs résolutions et, à diverses reprises, elles avaient demandé qu'il fût enjoint à tous ceux qui ne résidaient en ville que depuis trois ans-, d'indiquer, sous peine d'expulsion, leur résidence antérieure en prouvant qu'ils n'avaient pas dû la quitter pour feits de sédition '. Depuis longtemps aussi, elles insistaient pour
i A la fin de 1580, la géUe de vin du Rhin coûtait 34 sois; celle de via de France, 16 sous; un pot de bière, 1 blanc; un bœnf, 4, 8, 9, 10 et il livres; le setier de grain, 45 sous ; l'orge, 25 et 26 sous ; la bouquette, 24 sous; le froment, 2 et 3 florins; l'avoine, 48 sous; une livre de beurre, 4 sous, etc. De Potteb.
• FoppENs. — » 31 août, !1 septembre, 46 octobre. OppmieBoeek,
que les ecclésiastiques étrangers & la ville, qui y étaient venus depuis* trois ans, en fussent expulsés comme cela avait eu lieu à Anvers, à Gand, h Termonde, k Malines, à Yiivorde, et dans plusieurs autres endroits. L'ancien magistrat avait éludé cette proposition en promettant de faire surveiller tous les suspects ; puis, pour les calmer, il avait renvoyé h Louvaln le nouveau prieur des dominicains et un autre religieux, frère Ivo. Dès que le corps communal eut été renouvelé, cette proposition fut représentée et le nouveau magistrat chargea une commission de procéder, conformément aux informations qu'elle aurait prises, & Fexpuision des suspects et des gens d'église qui, depuis trois ans, n'avaient pas eu continûment leur domicile à Bruxelles ; ceux qui essayeraient de se soustraire à cette mesure seraient considérés comme ennemis de la patrie \ Le magistrat avait cédé, en 1 580, l'église de Sainte-Madeleine aux réformés français, qui avaient longtemps prêché dans la chapelle domestique de l'hôtel de Nassau ; mais les maîtres de la fabrique avaient formé opposition contre cette cession et l'avaient attrait devant les tribunaux. u Nous nous étonnons grandement, s'écrièrent les nations dans une )) réunion du i 0 décembre, que le magistrat se soit laissé intenter un )» procès pour une pareille afEedre ! » Ces paroles furent comprises et, le 9 février, les prédicants français furent mis en possession de l'église ^. Une ordonnance du magistrat avait défendu aux catholiques de fermer leurs boutiques les jours non fériés par les réformés, sous peine d'une amende de 25 florins pour la première fois, et de 50 florins pour la seconde, outre la perte de la bourgeoisie. Dans la crainte d'une émeute, ces dispositions arbitraires n'avaient pas été exécutées avec rigueur; mais, en janvier, lors de la fête de saint Pierre, cette défense ayant été généralement violée, les nations forcèrent le magistrat à faire poursuivre les délinquants, et la commission instituée pour Fexpuision des ecclésiastiques étrangers, fut chargée de surveiller l'exécution de l'ordonnance sur la fermeture des boutiques '. Le 25 février, le magistrat enjoignit aa doyen de Sainte-Gudule, Jean Hauchin, de publier, en sa qualité de vicaire général de l'archevêque de Malines pour le district de Bruxelles, un mandement portant abolition des fêtes des saints et permettant seu-
* 18, 24, 27 octobre, 12 décembre 1580; 24, 26 février 1581. Oppinie Boeck. Cette commission était composée de cinq membres : Adrien de Coninxioo,
Eynatten, Charles de Fourneau, Huybrechts et Diertyts. Ibid.
* Oppifiie Boeck. — Foppens. -— > 26 février. Oppiuù Boeek. — De Potter.
iement la célébration du dimanche. Ce digne prêtre se refusa à un acte aussi contraire à ses devoirs qu'à son caractère ; mais ce refus ne pouvait arrêter les calvinistes. Quelque temps après, il lui fut demandé un mandement pour la suppression du troisième jour de Pâques, et, sur son nouveau refus \ ils se promirent d'arriver à leurs fins par une voie plus directe.
Les traitements barbares que les bandes royalistes faisaient éprouver aux partisans des États qui tombaient entre leurs mains, causaient une si profonde indignation, que le magistrat se vit forcé d'user de représailles. II annonça que la commune rachèterait les prisonniers ennemis qui seraient convaincus d'avoir torturé ou mis à mort des paysans ou des bourgeois, et les ferait punir comme meurtriers ; il déclara toutefois que l'autorité militaire, devant toujours se conformer au droit de la guerre, restait et resterait étrangère & cette mesure (27 février). Les états généraux réunis à Delft, ayant arrêté la vente des biens ecclésiastiques jusqu'à concurrence de 200,000 florins du Rhin, les trois membres résolurent de procéder également, dans le quartier de Bruxelles, à des ventes semblables, jusqu'à concurrence de 24,000 florins, en constituant an profit des propriétaires des biens des rentes au denier i8 (i8, 21 février, 2 mars) ^.
n y avait à Bruxelles un homme qui irritait les calvinistes par la chaleur de ses sermons et l'exaltation qu'il inspirait à ses auditeurs : c'était le dominicain Antoine Ruyskensvelt. Ce religieux , surnommé par ses ennemis dm bassenden hond (le chien aboyant), avait déjà été expulsé de Gand, dont le magistrat l'avait signalé comme un homme dangereux, n était venu à Bruxelles sans l'agrément du magistrat ni du gouverneur, et occupait la cure de Saint-Jean aux frais des habitants du quartier. Bien que cette manière d'agir fut irrégulière, on avait d'abord fermé les yeux ; enhardi bientêt, il conunença des prédications en plein air sur la place Saint-Jean , où il forma ainsi de nombreux attroupements. De pareilles réunions étaient trop dangereuses pour être longtemps tolérées, aussi le conseil de guerre défendit-il à Ruyskensvelt de continuer ses prédications dans la rue et de prêcher autrement qu'en habit de son ordre (1 579). Il obéit , mais, sous l'habit séculier, il se lia avec les principaux catholiques qu'il excita vivement à résister aux réformés. Voyant
* FOPPENS. — De Potter. — * Oppinie Botek.
DE BRUXELLES. S4f
la vogue dont il jouissait, le chapitre de Samte-Gudule l'invita à venir prêcher dans cette église, et la foule y accourut de tous les quartiers de la ville pour entendre ses semions. Irritées des propos de quelques imprudents qui avaient dit que le prince de Parme se rendrait maître de Bruxelles quand ir le voudrait, et qu'il s'en serait déjà emparé sans rintercession de quelques bons bourgeois qui l'en avaient dissuadé pour éviter l'effusion du sang, les nations exigèrent impérieusement qu'on prit des mesures contre les traîtres et contre tous ceux qui, par leurs discours, fomentaient le fanatisme et la haine. Pour éviter toute violence, le magistrat envoya des députés au doyen et au chapitre de Sainte-Gudule pour les engager à fake partir Ruyskensvelt de plein gré, et leur représenter que toute désunion était dangereuse en présence de l'ennemi qui occupait alors Tubise et Grammont. Espérant que le temps calmerait l'animosité des nations, le doyen et le chapitre conseillèrent à Ruyskens* velt de cesser, pendant un mois, ses prédications et de simuler une maladie. Il se tint alors renfermé chez lui, recevant toutefois les chefe du parti qui formèrent des conventicules, ou il fut décidé que, si on l'expulsait de la ville, ils la quitteraient tous avec lui. A l'expiration du terme fixé, il reprit ses prédications à Sainte-Gudule, et les continua sans obstacle pendant tout le carême. Malheureusement la découverte d'un nouveau complot déchaîna encore une fois toutes les passions. Le conseil de guerre découvrit des intelligences nouées par d'Egmont avec messire Josse Butkens, fils de Pierre, président delà chambre des comptes, André Anderlecht, le sire d'Auxy, châtelain de Bruxelles, sa femme, fille du baron de Liedekerke, et un Anglais, nommé Jean Coby. Butkens fut décapité, Coby écartelé, et les autres restant longtemps emprisonnés ^
Le renvoi de Ruyskensvelt fut alors définitivement décidé, et le magistrat lui fit proposer, par l'intermédiaire du chapitre de Sainte- Gudule, cent ou deux cents florins et une pension annuelle s'il voulait quitter la ville. Il accepta sous condition qu'on lui permettrait de prêcher une dernière fois dans l'église des Dominicains. Là, il engagea ses auditeurs à s'opposer à son départ et à déclarer que si on le diassait de la ville, ils le suivraient avec leurs familles. Cette conduite irrita le
* André Anderlecht fat relâché en janvier i583, en vertn d*an jugement du conseil de guerre. Oppfnie Bœek.
543 lUaTOIRE
magistrat, qui apprit en même temps, par des lettres du prince de Parme surprises sur un meunier (20 avril), que Ruyskensvelt était le confesseur du sire de d'Âuxy et Taffidë de d'Ëgmont. Il résolut de ne plus garder de ménagement à son égard et lui enjoignit de comparaître demnt son tribunal. Ruyskensvelt n'ayant pas obtempéré à cet ordre, Famman se rendit à son domicile pour Tarréter. Il n*y trouva que sa mère, qu*il menaça en vain , pour la forcer à déclarer la retraite de son fils ; dans ses perquisitions, il s'aperçut que le couvent des dominicains avait, avec les maisons voisines, des communications qui, sans doute, avaient £ivorisé la fuite du prédicateur. Il en fit son rapport au magistrat, qui comprit que toute hésitation serait taxée de faiblesse : considérant que Fennemi entretenait des intelligences dans la ville, que le traité conclu, en 1359, entre Bruxelles et Gand , défendait l'admission dans Tune des deux cités des individus bannis par l'autre, il ordonna l'expulsion immédiate de Ruyskensvelt , expulsion exigée, dit-il, par l'intérêt général et la paix publique. U chargea de l'exécution de cette mesure Tammaa ou son lieutenant, les échevins de Bloyere, Malihant et le conseiller Jean Specx, et invita le colonel Diertyts à leur prêter main-forte en cas de résistance; voulant néanmoins éviter tout tumulte, 0 les chargea de compter au dominicain une somme d'argent s'U voulait partir sans opposition.
Le samedi 22, entre dix et onze heures du matin, un grand nombre de catholiques s'assemblèrent devant la maison du gouverneur, poussant de grands cris et disant qu'ils se feraient plutôt tuer que de laisser partir leur prédicateur. Le magistrat donna aussitôt l'ordre de les dissiper, en recommandant la modération aux chefs des sections ; lui-même se rendit sur les lieux, à deux heures, pour haranguer la foule, mais il ne put la percer : à chaque instant elle devenait et plus compacte et plus menaçante. Quelques notables ayant engagé les émeutiers à se retirer, dans l'intérêt même des catholiques, leur voix fut couverte par le tumulte ; les pavés furent êtes, des pierres furent jetées aux soldats, un oflScier fut blessé et l'amman, Martin Taye, faillit être tué d'un coup de hache, «c Le moment est venu, s'écriaient les plus exaltés, de combattre » pour notre religion ! Nous sommes sept contre un ; chassons ces béré- » tiques qui nous font la loi. >* Se voyant sérieusement menacés, les calvinistes coururent aux armes et, réunis aux soldats, ils chargèrent vigoureusement leurs adversaires qui se débandèrent, non sans effusion de sang de part et d'autre. Le même jour, une ordonnance signée par le
gouverneur, le conseil de guerre et le magistrat, enjoignit k Ruyskensvelt et à tous ceux qui s'étaient opposés à son départ, de se rendre, à sept heures du soir, & lliàte] de ville pour y entendre prononcer leur sentence, déclarant que s'ils ne comparaissaient pas, ils seraient considérés comme séditieux et punis en conséquence , et défendit de leur donner asile. Il fut également défendu aux bourgeois et aux soldats de sortir sans armes, et les colonels reçurent ordre d'expulser les dominicains et les carmes qui avaient formé des conventlcules, et d'assurer le repos des autres religieux et de tous les citoyens, de quelque religion qu'ils fussent. Le lendemain, parut une ordonnance du magistrat qui ordonnait l'expulsion de ceux qui avaient voulu défendre Ruyskensvelt , et entre autres des curés des paroisses, accusés d'avoir suscité le tumulte de la veille ; l'exercice de la religion catholique devait être interdit et les biens des églises mis sous séquestre et employés aux besoins de la commune ^ Tous les dominicains et les carmes furent aussitôt conduits hors de la ville. Pierre Fabry, curé de Sainte-^udnle, et son vicaire, François Elant, curé de la Chapelle, Pierre Vinck, curé de Sainte-Catherine, Roland Bauwens, curé de Saint-Géry, Jean de Brauwere, recteur de Saint- Nicolas, et quatorze notables furent arrêtés et enfermés provisoirement à la Broodhuys (26 avril et jours suivants). Le capitaine TSerclaes fut ÎDcareéré au Mfndin à vent où il fut détenu trois semaines ^. Les bourgeois bannis eurent la faculté de se retirer où bon leur semblait; mais Ruyskensvelt et les curés furent dirigés surVilvorde où ils restèrent longtemps emprisonnés. Le doyen Hauchin fut arrêté, le 39, et n'obtint sa mise en liberté que trois mois après.
Le 24, les nations, réunies sous la couronne, proposèrent l'abolition de ht rehgion catholique jusqu'au temps où elle serait mise en rapport avec les saintes Écritures. Elles revinrent à plusieurs reprises sur ce sujet, et, le 96, sans avoir égard aux réclamations du large conseil qui voulait l'observation de la paix de religion , elles demandèrent qu'on punit sans retard le complices de d'Auxy, les auteurs de la dernière sédition, et qu'on n'admit plus les coupables au service de la ville. Le
^ ff'aerachtig verhael van den oproerighen beleyde Swelck broeder Ànthoniut Ruytkensvelt^ predkkheere, met mfnen amhanek, Hnnen Bnusel, àtmc^ i5B0 vel i58i, etc. Cette pièce, dont se sont servis les bistoriei» du temps, a été imprimée, par ordre du magistrat, chez l'imprimenr communal, J. Van Brecht, en 4581.
* DePotter.
544 HISTOIRB
magistrat leur ayant représenté que la punition de oe dernier fidt ne le concernait pas, puisque le tumulte avait été dirigé contre Vandeutympel, elles répondirent qu'elles lui laissaient, ainsi qu*au gouverneur, la direction de cette affaire ; elles dirent ensuite que, dans des réunions tenues les jours précédents, elles avaient pensé qu'il conviendrait de suspendre Texerdce de la religion romaine jusqu'à ce qu'il fût {urouvé qu'elle était conforme aux écritures des prophètes et des apAtres, et aux principes de la religion chrétienne. Elles ajoutèrent que , pour dessiller les yeux des pauvres gens et leur montrer comment on les trompait , il fallait ordonner une minutieuse enquête sur le grand fiaal {groaten Baalj^ l'indigne sacrement {<miweerdigh sacrement) ; qu'on devait faire dispa* raltre tous les autels, toutes les statues, toutes ces superstitions, conformément aux paroles de Moïse : «c Vous détruirez leurs autels et briserez :> leurs colonnes, » pour que Dieu ne dise pas : « Combien de fois » m'avez^vous abandonné et servi d'autres dieux ; c'est pourquoi je ne >» veux plus vous aider. Allez, appelez maintenant ces dieux que vous » avez cboias (Juges, X) ; » et pour accomplir ces paroles d'Isaie : <c C'est là le vrai chemin ; allez par là et non par d'autresyiii à droite, » ni à gauche. Vous prendrez vos dieux d'argent et les ornements d'or n de vos statues et vous les jetterez au loin comme des saletés. » Elles insistèrent vivement pour qu'on publiât une proclamation comme justification de cette mesure, afin que les réformés ne fussent pas accusés d'être les auteurs de la suspension de la religion romaine, dont les sectateurs mêmes « avaient creusé le gou&e dans lequel ils se trouvaient (â 7 avril) ' . » Placés encore sous l'impression des derniers événements, craignant de voir éclater de nouveaux troubles, les membres les plus modérés du magistrat se laissèrent traîner à la remorque des exaltés, et les catholiques du lai^e conseil, redoutant de nouvelles proscriptions, n'osèrent s'opposer à ces réactions. Le â7, une commission fut chargée de vendre les biens de Sainte-Gudule au profit de la ville ^. Le 39, il fut décidé qu'on ferait disparaître de cette église les autels et les statues, en y procédant toutefois avec ordre ; ce furent des ouvriers de la ville, des ébénistes, das menuisiers, des maçons, qui furent chargés de cette opération.
i Oppime Bœck. — f^aeraehtig verhael, 1. c.
* Cette commission était composée du chevalier Charles de Trello, échevin, de Simon Sailly et Jacques T'Serraerts, receveurs; Jean Specx, conseiller, et du lieutenant du colonel Malihant.
Les matériaux furent employés aux fortifications et les ornements précieux furent conservés ^ Enfin, le 1*' mai, parut une proclamation qui, après avoir rappelé tous les griefs que les réformés reprochaient au dogme et aux rites de la religion catholique, en défendait l'exercice puhlic, ordonnait de tenir fermées toutes les églises, sauf celles qui étaient à la disposition des calvinistes, attendu que ces églises et les monastères étaient des foyers permanents dfe conspirations, mesure que, du reste, dit cet acte, les catholiques avaient prise, dans un cas analogue, k l'égard des réformés en i 566. Toutes les images , tous les ornements qui s'y trouvaient, tableaux ou statues, devaient être considérés comme objets d'idolâtrie, et, comme tels, enlevés et vendus au profit de la ville. Ce décret accuse les catholiques d'avoir donné, entre autres, pour de véritables reliques, des ossements de chiens, de singes et d'autres animaux, et des morceaux de vieux bois pour la véritable croix du Christ (art. 4) ; d'avoir fait adorer, contre la doctrine de la religion romaine, des pièces du sépulcre de Notre-Dame, une partie du crâne de saint Michel, et « une infinité de telles choses impies et déraisonnables ; » d'avoir fait forer des trous dans des images afin d'y placer de l'huile ou d'autres liqueurs pour que l'on crût que la sueur ou les larmes en suintaient; d'y avoir placé des ressorts pour en fiiire mouvoir les membres ; d'avoir forgé des saints guérisseurs de maux et de maladies, tels qu'un saint Brandaire, patron du feu, un saint Arnault, patron des objets perdus, un saint Fiacre, patron des hémorroïdes, et une centaine d'autres de cette espèce, auxquels les malades offraient des cierges, leur montrant plus de confiance qu'en Dieu (art. 5). Le sacrement de miracle y est violemment attaqué : « Il est nécessaire, dit cette pièce, de foire connaître les » faussetés démontrées depuis peu par des preuves évidentes et palpables. ». Il résulte de lettres et de documents incontestables que les parcelles » de ce qu'on avait appelé jusqu'ici saint sacrement de miracle, n'ont » jamais versé de sang, n'ont jamais été percées ni même été atteintes » par le fer, qu'elles n'ont jamais été destinées à être conservées ou » adorées. Tout ce qu'on a montré jusqu'à ce jour aux bonnes gens, et )» ce qu'on leur a permis d'adorer, n'a jamais été substance ni espèce de » pain. Mais, en 1529, lors de l'Invasion de la suette anglaise, on a )i produit ce prétendu sacrement fait avec du linge et d'autres substances ;
* De Pott£R. — FoppENs.
TOXB I. 6G
546 HISTOIRB
» on Ta exposé en grande solennité pour être adoré afin de contenter » la cupidité de quelques hommes, alors que cent ans auparavant il était » ignoré, ainsi qu'il conste d'écrits authentiques. Les miracles qu'on lai n attribuesont contradictoires et tous suspects. » Le magistrat déclarait en finissant que, du reste, les habitants pouvaient être tranquilles, que trois ou quatre moteurs de la dernière sédition seraient seuls punis, et il défendit à chacun de faire de cet événement un sujet de querelle ou de discussion ^
Les maîtres et les maîtresses d'école reçurent ordre de n'ensdgner aux enfants d'autre catéchisme que celui des calvinistes dit ieEeidMergy et de ne mettre entre leurs mains que les livres qui seraient approuvés par leurs ministres. Le 2 mai, on enleva tous les autels de Sainte- Gudule, à l'exception de trois. Deux inventaires des meubles furent dressés sous la direction de Henri Gaillard, et les ventes eurent lieu eo mai et juin ^. L'abolition du culte catholique entraînant la suppression des couvents, on vit alors disperser les religieux de Coudenberg, les alexiens, les bogards, les augustins, les reUgieuses de Sainte-Gertrude, de Saînte-Élisabeth, de Jérico, de Béthanie, les riches et les {muvres claires, les soeurs des lépreux, les béguines, qui avaient échappé à la proscription dont avaient été déjà frappés les récoUets, les dominicuns et les carmes. Tout fut enlevé de leurs couvents dont les dépouiUes furent vendues publiquement. On rapporte qu'un christ, qui se trouvait dans le portail de l'église des Carmes, fut traîné dans les rues, et que la tète en fut coupée aux cris sacrilèges de : «c Qui veut une tète d'agneau pour H déjeuner? » Les sœurs noires et les hospitalières de Saint-Jean furent autorisées è rester dans leurs couvents pour soigner les malades. La plupart des autres religieuses se retirèrent auprès de leurs parents et prirent l'habit séculier '•
Lors de l'émeute du âS avril, une gratification d'un mois de soldeavait été promise à la garnison ; pour trouver les i 9,600 florins ^ néoessaires à cet effet, on vendit le métal et les cloches des églises, mais comme
1 fFaerachtig verhael. Le. — * Archivée de SeùrUe^udule, — > Foppbhs.
* Régiment du gouverneur i 3,000 florins.
Cornette du gouverneur 1,800 »
» de Voisin i,500 »
» de Golbau i,800 d
» de de Haze 4,500 »
49,600 »(OppimeBoeck.)
cette vente ne produisit qu'environ 9,000 florins, il y fut suppléé par un cinquième pris sur les biens (i8-i6 mai) ^ Les nations o£Frirent à Vandentympel une coupe en argent d'une valeur de 3 à 400 florins; les armes de la ville y étaient gravées et on y lisait une inscription indiquant les motife qui lui avaient mérité ce don ^.
Les églises, privées de leurs curés et des religieux qui les desservaient, furent, grandes et petites^ employées à divers usages ; la plupart furent converties en granges. Le magistrat avait proposé de vendre les terrains des couvents des récollets et des dominicains pour payer les créanciers du colonel Stuwart « afin que le pays profitât encore de ses services, » et le large conseil y avait même consenti; mais les nations s'y refusèrent formellement '; on démolit une partie de ces couvents et ce qui resta debout fut diversement utilisé.
Tant de coups portés à leur culte ne purent abattre les catholiques : lors de la fête du Saint-Sacrement ils tinrent leurs maisons et leurs boutiques fermées, et Ton en vit un grand nombre, insensibles aux railleries de la populace, faire le tour ordinaire de la procession ^. Le i 5 mai, le large conseil avait demandé le rétablissement du culte proscrit et réclamé l'ouverture de quelques églises ; mais les nations s'étaient aussitôt prononcées en sens contraire. Au reste les réformés étaient loin d'être unis , entre eux. Les nations blâmèrent la cession de l'église du Béguinage faite aux protestants de la confession d'Augsboui^; sans le consentement des trois membres. Pour terminer toutes contestations, elles proposèrent une discussion publique entre les prédicateurs les plus renommés des deux partis (18 août). Cette proposition n'ayant pas été admise, elles demandèrent, le jour suivant, que l'église du Béguinage fût fermée et que l'exercice du culte des lutbériens fûtinterdit jusqu'à ce qu'ils eussent prouvé qu'il était d'accord avec les prophètes, les apêtres et les douze commandements. Quelque temps après, elles se plaignirent de ce qu'un ministre de la confession d'Augsbourg, le professeur Bernard, avait dit et écrit que « l'enseignement des réformés était une leçon du diable ^. » Mais ces dissensions ne les empêchaient pas de poursuivre les catholiques dans lesquels ils voyaient des adversaires religieux en même
* Oppinie Bocck. — • Van Meteren.
> 4 4-19 mai, 45 juin. Oppinie Boeek. — * De Potter. <^ 40 novembre. Le bourgmestre, le seigneur de ScfaoonhoYen, Charles Verha»selt et Pierre Renty ftirent chargés d'examiner cette affaire. Oppinie Bœck,
temps que des ennemis politiques. Le système de terreur qu'ils avaient établi avait causé une émigration générale, plus de deux mille maisons étaient k louer, et elle eût été plus considérable encore sans la difficulté de se procurer des passe-ports.
Le fougueux Henri de Bloyere, qui avait coopéré k FarreslatioD da conseil d'état en i 576, qui avait, en i 578, renoué, malgré le magistrat, l'ancienne confédération avec Gand, et qui, appuyé par la garnison et les calvinistes, s'était élevé jusqu'à l'échevinage, fut, cette année, nonuné premier bourgmestre et garda pendant quatre années ces importantes fonctions; la plupart des échevins, tous calvinistes, étaient des hommfô nouveaux : l'un d'eux, Antoine Van Gindertaelen, ne fut jamais, que l'on sache, admis dans les lignages; un autre, George Sweerts, faisait déjà partie du magistrat de Malines ; un troisième, Chrétien Van Bombergen, n'était pas Brabançon. Ces deux derniers, il est vrai, furent remplacés. Les catholiques éliminés des charges n^unicipales reprochèrent à ceux qui en avaient été investis, et principalement à de Bloyere, de ne s'y être fait nommer que dans des vues d'intérêt personnel ^
Pendant que la ville était ainsi agitée, la garnison avait fait de nombreuses sorties. Les nations ayant fortement insisté pour qu'elle ne dévastât pas les terres des villages placés sous la sauvegarde de Bnixelles ^, elle s'était rendue redoutable aux établissements religieux des environs. Elle pilla, entre autres, l'église collégiale d'Anderlecht et y fit un butin si considérable qu'il lui fallut dix chariots pour en emporter les cloches, les piliers et les lames de cuivre qui furent vendus à Bruxelles '. Les églises de Laeken (4 décembre) et d'Afflighem furent réduites en cendres pour empêcher l'ennemi de s'y établir *.
Mathias, que ne soutenait aucun de ses parents, était devenu à charge aux états généraux, et ils résolurent, à l'instigation du parti calviniste, d'appeler Henri duc d'Anjou et d'Alcnçon , frère du roi de France Henri III. Dans une assemblée, tenue le 18 juillet, ils dédarèrent Phi-
* Dg Potter. — Les recevears et les doyens des métiers furent choisis parmi les pins exaltés calvinistes ; Corneille Aertsens, qui fut plus tard greffier des états généraux des Provinces-Unies , fut nommé secrétaire et commis à la garde des archives de la chancellerie de Brabant. Foppens.
* 8 décembre 1580. Oppinie Boeck, — s Juin. Foppens. — Vah HEfEREN.
* Le commandant du détachement qui avait incendié cette dernière église, revenant de la Flandre à Bruxelles, fut reconnu à Alost par an vieillard ; il ftit étranglé et brûlé. Phalesius, f 21 5.
lippe II déchu de la souTeraineté des Pays-Bas et la transférèreot au duc d'Anjou. Celui-ci arriva aussitdt, k la tète d'une armée française, et dâ>uta par faire lever le siège de Cambrai (17 août); il emporta, quelques jours après, Cateau-Cambrésis ; mais là se bornèrent ses succès. Ayant vainement attaqué les passages d'Arleux et de FÉduse, il résolut de se retirer malgré les instances des États et du prince d'Orange, qui le pressaient de pénétrer jusque dans le Brabant pour y opérer sa jonction avec l'armée nationale et attaquer ensuite avec avantage le général espagnol. Il voulait sans doute que les Belges abattus sous le poids de leurs calamités se jetassent dans ses bras en lui sacrifiant toutes leurs libertés. Mathias partit, le 29 octobre, et l'autorité, de fait et de droit, resta alors aux états généraux. Le 5 1 août, on avait publié à la bretèque de l'hôtel de ville, l'acte de déchéance de Philippe II, ainsi que la nomination du duc d^Anjou ; maitre Adrien deSehutteput fut chargé par le conseil d'état de recevoir à Bruxelles les abjurations du serment prêté au premier de ces princes •'. Aussitôt après, l'exercice du culte catholique fut déclaré libre, déclaration qui n'étaitqu'un vain mot. Une béguine, nommée Luiken Dobbl, ayant récité quelques sermons qu'elle avait copiés, les nations exigèrent aussitôt qu'elle fût chassée de la ville après avoir été punie corporellement *. A la fin de i 580, les États devaient à la ville quelques centaines de mille florins, et ses charges extraordinaires s'élevaient en 1581 de 16 à 18,000 florins ^, tandis que chaque jour ses revenus diminuaient;
* Oppinie Boeck. — • Ihid. — De Potter.
s CBABGES.
Les cavaUers da gouverneur coûtaient, par mois. . . . 900 florins.
L'infanterie 6600
L'enseigne du capitaine Mons à Vilvorde 840
La cavalerie de la viUe protégeant le canal 2050
L'enseigne de piétons cantonnés dans les forts du canal • 1 100
L'enseigne de Bombergen à ViWorde et à Weerde . . . 1900
Le sergent de la Court à Yilvorde 60
Maître George l'ingénieur 60
Le canonnier à Yilvorde 18