TO» I
â HISTOIRE
d*Audenarde. Cette nation vaillante, fière, belliqueuse, était considérée comme la plus redoutable de la Belgique. Elle s'attribuait avec orgueil une origine germanique ^, et, dans son amour de l'indépendance, méprisait les autres tribus de sa race dont les mœurs s'étaient adoucies par le commerce et les arte. Bien que les Nerviens possédassent des villes, assemblages de maisons de bois et d'argile, défendues par des haies et des fosses ^, la civilisation, k l'cpoqne de la conquête de César, n'avait encore fait chez eux que d'imperceptibles progrès. La culture du froment, la chasse, la pèche, Félcvc des bestiaux, fournissaient largement h leurs besoins. Ils couvraient leurs membres robustes de tissus de laine, de lin ou de chanvre. Un chef suprême, dont la principale fonction était de commander au jour du combat, partageait le pouvoir avec un sénat nombreux ^.
Un tel peuple ne pouvait se soumettre de plein gré au joug de Rome ; les Nerviens se coalisèrent avec les Atrébates et les Vermandurcs ^, et, après avoir conduit leurs familles et leurs troupeaux dans des lieux défendus par des bois et des marais ^, ils marchèrent fièrement aux Romains. La fortune et le génie de César, que leur indomptable courage contre-balança un instant, l'emportèrent, et la nation nenlenne, anéantie à Presles (56 ans av. J.-C), ne se releva jamais de ce désastre. Cette grande calamité ne put néanmoins étouffer sa passion pour l'indépendance. Trois ans après on vit les Ner\iens et les Aduatiques s'unir à Am^^orix,
* Tacite, de Situ et moribus Germanorum, cap. 28.
* A cette époque remontent : Nivelles , où Ton a retrouvé un pavé à plus de vingt pieds au-dessous du sol,* preuve d*une grande antiquité (Roulez, Mémoire iur les Campagnes de César en Belgique) ; les localités appelées Braire, nom tout celtique que paraît avoir porté la Senne; Ysqde, dont le nom était commun à deux villes de TÂngleterre fondées par les Bretons (Ysque des Silures, Isca Silurum^ aujourd'hui Carléon-, et Ysque des Damnones, Isca Damnoniorum ou Exeter); LraifiAc ou LEimicK, etc.
' Gassar, Bell, Gall,, lib. II, c. 28. — Tite-Live, Epitom,, c. 4. — Plutarque, in Cœs., p. 718.
^ Peuples de TÂrtois et du Vermandois.
'^ Quo propter paludes aditus non esset. Gjssar, L. II, c. 16. — Les écrivains de rantiquité ne désignent pas ces lieux d*une manière précise, mais nulle localité de la Nervie ne convenait mieux pour servir de refuge à une nombreuse population qne les hauteurs de Bruxelles, Evere, Savenihem et Caropenhout, couvertes de trois côtés par de grands cours d*eau , et au sud par une forêt impénétrable. Voyez Marchal, Introduction au Guide dans Bruxelles, par Coilin de Plancy, p. i G et 17.
chef des Éburons, et assiéger Quintus Cicéron dans son cainp d'Assche. Mais César accourut h la tète de 7,000 hommes et délivra son lieutenant ^ Au conunencement de l'année suivante il fit au coHir du pays une invasion qui força les débris des Nerviens à demander la paix.
Il Mut des sièdes pour réparer les malheurs qu'avaient entraînés avec eUes ces terribles invasions. La Nervie, devenue cité romaine, vit Bavai, sa capitale, s'orner de splmidides monuments ; sq)t voies pavées la mirent en communication directe avec les contrées voisines ^. L'affaiblissement de l'empire au troisième siècle de l'ère chrétienne ouvrit les Gaules aux W^bares de la Germanie, qui s'y ruèrent avec la fureur d'un torrent longtemps contenu. Au quatrième siècle, la tribu des Francs-Saliens s'établit dans la Taxandrie ou Gampine, et dans quelques cantons plus méridionaux. Les chefs de cette tribu fixèrent, parait-il, leur résidence ou quartier général dans un lieu entouré par les forêts de Soigne , de Moorsdoo, de Heverlé. C'est Dispargum ou Duysbourg, entre Tervueren et Ysque, près d'une hauteur appelée la colline de l'Inauguration, Hulâenberg '. Clodion partit de là pour marcher sur Tournay, qui fut la capitale des Francs-Saliens jusqu'au règne de Clovis.
< César campa sur les hauteurs appelées depuis le camp, tcutra. C*est aujourd'hui Castre près d'Enghien. V. le Mém, dlë de H. Roulez.
• Une de ces Toies se dirigeant vers le nord suivait le sommet du plateau entre la Senne et la Dendre, passait à Castre, à Assche et, par Matines» allait à Hoogstraeten (Haute-Rue) et à Gorcum dans la Batavie. Jusqu'à Assche elle ex.iste encore, mais plus loin sa direction n*est indiquée que par la tradition. Une autre voie, désignée dans une charte de Tan 1 227 sous le nom de Chemin Royal (juxta Stratam regiam quae ducit versus Strumhecam. Opéra Diplom., i II, p. 991 ) et dans des plans sous la dénomination de Chemin des Romaifis (Voy Wadthier, Carte topographique de BruxeUeê et de ses Environs y 1810), allait, paratt-il, rejoindre par DUighem et Vilvorde une voie qui existe encore entre Tlrlemont et Tongres. Au sud-ouest on ne voyait que de grands bois dont la forêt de Soigne était le principal. On n*a trouvé jusqu'ici des antiquités romaines qu'à Elewyt, près Vilvorde (Vam GESnh.Hiêt, Archiep.Meehlin., t. I,p. 93), à Assche (Id.,i. II, p. 150), à Afflighem, au miUeu d*un bois où des fouilles ont fait découvrir des urnes et des médailles en 1636 (Pbalvsii Chrcn, Monast, HaffUgem, ^ 239. Mss. de la bibL de Bourg.), à Saventhem, dans une tombe de 35 pieds de hauteur et 38 de cir- GQit. Ici il y avait un cercueil en pierres bleues contenant des vases en terre cuite, des verreries, un anneau, «ne urne, des monnaies de Néron, Antonin, Faus- Une, etc. (Mss. de la bibliothèque de Bourgogne, contenant des annotations sur les antiquités de divers viUages des environs de Bnixelles, etc., par De Vaddere. )
' On a longtemps disserté sur la situation de Dispargum. Une seule localité,
Il résulta de la conquête franque on changement total dans Pétat du pays, la condition des personnes, les mcours et les coutumes. Les grands propriétaires ou fidèles du roi, les hommes libres ou francs propriétaires, les Gallo-Romains, les colons ou cultivateurs libres, mais vivant sur le champ d'autrui, issus pour la plupart de barbares appelés Lètes, fixés par les empereurs en Belgique pour la repeupler, les serfe domesti* ques et ceux attachés à la glèbe, étaient régis par leurs lois nationales et des coutumes particulières* Les terres dites Urres saUques, distribuées lors de l'invasion, étaient transmissibles aux mâles seuls : (dieu, quand elles étaient possédées en toute liberté; et bénéfice, lorsque c'était un don du souverain, don ordinairement octroyé à titre précaire.
Le pays fut divisé en comtés d'étendue variable. Le comte était à la fois administrateur, juge et commandant militaire. Sept échevîns, choisis parmi les notables, jugeaient en sa présence, mais sans sa participation, les crimes et les délits. Les amendes remplaçaient les peines corporelles ; le combat singulier, les épreuves du feu et de l'eau, Tattestaticm sur serment de témoins, suppléaient aux preuves écrites.
La partie de la cité des Nerviens qui s'étendait de l'Escaut à la Dyle et de la Haine au Ruppel devint le comté ou pagus de Brabant, mot formé de broc, inculte, stérile, en jachère, et batU, pays, firontière ^ La grande étendue du Brabant le fit plus tard subdiviser en quatre petits comtés ^, à propos desquels on a longuement écrit, sans être parvenu h éclairer le sujet. Un point incontestable toutefois, c'est que la vallée de Ja Senne a formé un district séparé, appelé plus tard le comté de BruxeUes.
La population romane, c'est-à-dire celle née du mélange des Belges
croyons-nous, ponrrait disputer à Duysbourg, près Bruxelles, le droit de s'honorer d'avoir été la première résidence de Clodion, c'est Duysbouig, près Dnsseldorf.
1 BoLLANDus, de Pipifèo duee, apud Ghesquière, Acta SS. Bdgii, tome II, p. 340. Des annalistes, jaloux de combler les lacunes que présentent notre histoire, font dériver ce nom de Salvius Brabon, guerrier romain qui tua le géant Antigone dont la tyrannie désolait les bords de l'Escaut, épousa la nièce de César, Germana, appelée depuis Zuana , et transmit à ses descendants le pays qui porta son nom. GuiccuRDiN, Description des Pays-Bas, édit. 16tf9, p. 01. Dans le Luyster van Braband, l'' deel, bl. 8, on lit que Pepin de Landen descendait en ligne directe de ce Brabon.
* In Brackbanto comitatus quatuor. Acte de partage de'la Lotharingie en 870. BuTKEMS, Trophées du Brabant, t. 1, pr., p. 7.
et des Latins, ayant été refoulée vers le sud et remplacée par des populations genoaniques , les noms des localités furent {uresque partout empruntés à l'idiome des nouveaux conquérants, et, comme il arrive généralement dans ren&noe des sociétés, les terminaisons les plus fréquentes forent tirées des accidents du terrain, de la nature du sol ou de la présence d'un édifice ^
Les localités appartenant an domaine et formant des vUh où le prince v^OMt parfois résider, durent nécessairement prendre plus d'extension que les autres, favorisées qu'elles étaient par d'essentiels avantages. De nombreux serfs, sous k direction d'un maire, s'y livraient à tous les travaux de l'industrie agricole ; les grains, les denrées, les bestiaux, les étoffes, produits de ces grandes exploitations, formant la principale ressource du souverain ^, 0 était de son intérêt de les développer et de les favoriser de tout son pouvoir. Dans les mlla comprenant un grand nombre d'artisans, il y avait à leur tète un Ambtman ou Amman, c'estràdire un bomme de métier directeur. Nous avons tout lieu de croire que c'est à un établissement de ce genre que Bruxelles dut ses premiers progrès. On y voit en effet, depuis les temps les plus reculés, un cbâteau domanial ' et un olBcier appelé Amman.
Les cbronographes du moyen âge ont inventé bien des fables pour entourer le berceau de la ville de Bruxelles d'une auréole poétique. L'un des rois de Tongres , disent^ls, Léo Torgotius, après avoir vaincu quelques peuples tributaires, qui s'étaient coalisés contre lui, bâtit dans la contrée des Réthianes deux forteresses, l'une sur la hauteur dite Goudenberg, ou Mont-Froid, à l'endroit où fut depuis le palais des ducs de Brabant, l'autre dans une Ile de la Senne, sur l'emplacement occupé dans la suite par l'église Saint-Géry. La tour de Saint-Nicolas fut élevée entre ces deux forteresses pour servir de point d'observation ^. De pareilles fables ne méritent pas l'honneur d'une réfutation.
> Telles sont : berg, hauteur; loo, hauteur boisée; veld, champ; rade, champ essarté; batch et hout, bois; broek, prairie marécageuse; laer, pré ou pâture; donek, Ueu eodigaé; heyde, bruyère; beek, ruisseau ; «a/e ou sele, manoir ou, littéralement, habitation salique ; heim, demeure ; hof, manse, cour on ferme, etc.
s Voyez le célèbre capitulaire de Charlemagne, intitulé de FiUU.
* Voyez plus loin.
^ Luysier van Brabmd, !• deel, bl. 1. — Conf. mss. 17157 de la bibliothèque de Bourgogne.
velle. Alors s'élèvent les premiers monastères à Mons, à Maubeuge, à Nivelles ; alors sainte Alêne que vénère Forél, périt victime du fanatisme de son père (670 environ) ; sainte Gudule mène au château de Ham (près Alost) une vie pieuse et solitaire; sa sœur, sainte Rainilde, est martyrisée à Saintes ; sainte Berlande propage la toi à Meerbeke, dont elle devient la patronne. Saint Vindicien, évèque de Cambrai et d'Arras, étant venu à Bruxelles, disent les chroniques, pour des afiEedres de son diocèse, j mourut d'une fièvre lente le ii mars 706 (705 ancien style) \ a|Mràs trente et un ans d'épiseopat. On peut supposer que Bruxelles réunissait dès lors une agglomérati<m assez nombreuse d'individus, et cette supposition s'explique par la présence du saint évéque, présence qui, comme on Ta judicieusement fait observer, ne devait pas être provoquée par des intérêts secondaires ^« Ne fallait-U pas d'ailleurs que cette ville fôt déjà assez grande pour qu'il y trouvât un logement convenable pour lui et sa suite. Les restes de saint Vindicien furent transférés à Mont-Saint-Éloy, monastère près d'Arras. Son successeur, Emebert ou Amebert, qui était, à ce qu'on prétend, frère de sainte Gudule, mourut aussi en Brabant, k Ham, près Alost, après un épiscopat de peu de durée '.
De nombreux martyres attestent la lenteur des progrès de la religion nouvelle, qui ne fut définitivement établie que sous le règne de Charlemagne. Ce prince résidait d'ordinaire aux environs de Liège et d'Aix-la-Chapelle et, plus d'une fois, on n'en peut douter, il dut passer par Bruxelles où la tradition a conservé son souvenir. Ainsi on prétend qu'il fit consacrer les églises de Laeken et d'Ucde, et qu'Q avait en ce dernier endroit une habitation appelée depuis KarMoe ou Carloo \ Il vint à
* Gum segrotarei sanctus Vindicianus apud Brosellam, diocaesis soi territorium, etc. Chronic» Balder,^ L. I, c. 28, p. 55, édit. 1615. Quelques auteurs ont placé en Artois le Bruxelles dont il est parlé ici, nous en ignorons les motifs. On Tarie sur la date de la mort de saint Vindicien; les uns la placent en 695 (Harjsi , Chronic. Ducum Brab., t I, p. 26); d*autres en 712 (Jeta SS., t. H, Martis, die XI, p. 75) ; nous avons suivi le sentiment de Ghesquière {Jeta SS. Belgii, t. V, p. 504 et 523).
* Ob quasdam magni momenli negotia. GaESQUifeaE, t Y, p. 523.
s Chron, Balderici, L. I, c. 16. — Ghesquière, t. V. — Conf. Leglat, édit, de Balderic, note, p. 413.
* A. Tqyio, dans son Ilistoria Diplom, Brabant. , partie 2 , titre 1, ch. 16, intitulé : Quo Karolus magnus terram su» nativitatls inter Scaldim et Rhenuui honoravit, dit : Ut non solum pnedictam eccicsiam Aquensem, verum etiamquam
Uccle, dit-on, en 803, avec le pape Léon III et l'évéque de Liège Gerbûld, en se rendant de Kiersy-Sur-Oise h Aix-la-Chapelle '; mais cette opinion a trouvé des contradicteurs et ne doit être admise qu'avec réserve ^. A son fils Louis-le-Débonnaire, on attribue la fondation de l'église de Saint-Jacques-sur-Goudenberg ^, assertion entièrement dénuée de preuves.
Pendant la seconde moitié du ix** siècle, les Normands njivagèrent k plusieurs reprises les rives de la Meuse et de l'Escaut ; ils fixèrent même le centre de leurs opérations dans le lieu, célèbre depuis, appelé Louvain. La victoire remportée sur eux, en 895, par le roi Arnoul, délivra le Brabant de leurs ravages. Un tableau et des inscriptions dans l'église de Laeken rappellent qu'en cet endroit les chrétiens défirent une armée de barbares, et que leur chef ayant péri, ses sœurs vinrent l'y ensevelir et y élevèrent l'église de Notre-Dame ^.
plures alias in eadem sua patria fecit rex Karolus per praefatum sanctum papam Leoniam dedicari, videlicet beati Martini de Viseto snp'ra Mosam, sancti Salvatoris in Hackendover prope Thenismontem , sanctae Mari» in Laken prope Bruxellam et beati Pétri t' Uccle etiam prope Bruxellam , ubi rex ipse curtim habuit in loco qui ab ipso Kariloe adhuc appellatur.
Le 30 juin 1348 les nobles Jean Vandenhove, Gilles Vanden Steene, Gérard Van Nekersgate et Gilles Gonraets , ont déclaré par-devant notaire qu*ils avaient entendu parler par leurs parents de la consécration de Téglise d*Uccle par le pape Léon, à la même époque où furent bénies celles de Nivelles et d*Aix {dat de guide délie hcct, ajoute Tacte); des indulgences données par le pontife à cette occasion , les mêmes que possédaitia basilique de Jérusalem, et de la venue de Charles et du pape à Kaerloe et Kaerievoert (le Gué de Charles, aujourd'hui Caelevoet) avant que Fempereur allât combattre les infidèles. Mss. de la Bibl. de Bourgogne.
* Mann, Histoire de Bruxelles, 1. 1, p. 9. — tHurzAEKTyChristelycke Historié, etc.
* Le père Longueval, Histoire de V Église gallicane, t. V, p. 100.
s Tempore Gregorii tertii erat relîgio istins loci B. Jacobi Frigidi Montis, fundata videlicet circa annum DCCCXXX per Ludovicnm ducem Brabantix regem et imperatorem filium Caroli Magni. Vêtus Codex apud Sanderum, Cfiorogr. Sacra Brabant,, t. It. p. 10.
^ On a dit h tort que ce chef était Hugues , fils naturel du roi Lothaire II (San- DERUS, Chorogr, Sacra Brabant., t. III, p. 261), ou du roi Louis de Germanie , mort dans un combat où les Normands laissèrent cinq mille des leurs sur le champ de bataille. Ce dernier combat se livra à Thuin-sur-la-Sambre ou à Thun-sur-l'Escaut, et Hugues fut enseveli dans Tabbaye de Laurisheim en Bavière. 11 ne faut donc pas confondre ces deux événements. Selon Sanderus lui-même, la tradition parlait de Huns et ne coAnaissait pas le nom du général vainqueur. Les
TOIE. 1. ^
Dans FAustrasie, qui prît .à celte époque le nom de LoUiaringie, le pouvoir royal affaibli par la mort des descendants de l'empereur Lothaire, fils de LouiS'le-Débonnaire, par les luttes entre leurs parents avides d'occuper exclusivement ce bel héritage, par l'absence continueUe des souverains et par la turbulence des grands, fit place à l'autorité des ducs de la famille de René surnommé René-au-Long-Col, possesseurs de vastes domaines dans le Hainaut, le Brabant et la Hesbaye. Gislebert, fils de René, épousa la sœur de l'empereur Othon-le-Grand, Gerberge, qui obtint, à titre de dot , de grands biens dans le Masgau (territoire de Maestricht) , dans la Hesbaye et le Brabant. C'est alors, parait-il, que d'anciens domaines de la couronne, et entre autres Bruxelles, une partie de la forêt de Soigne, Duysbourg, Yssche, et probablement tout ce qui dans le comté appartenait au fisc, devint la propriété de Gerberge et de ses descendants. Ils en jouirent toujoui*s comme d'alleux, sans être assujettis à en faire hommage à qui que ce fut ^
Située sur une colline salubre, abondante en sources, côtoyée par une rivière navigable, point de transit entre les deux principales vUles de la Flandre, Bruges et Gand, et Louvain, Liège, Aix-la-Chapelle; placée pour ainsi dire sur la limite où se confondaient les idiomes roman et teutonique, Bruxelles devait promptement attirer sur elle l'attention des princes ainsi que celle du commerce. L'espoir du gain y amena sans doute de bonne heure des marchands, et peu k peu l'on vit s'élever des maisons qui formèrent bientôt une rue ou chaussée s'étendant depuis le pont placé à l'extrémité de la dernière des îles formées par la Senne (le pont du Marché^ux-Poissons), jusqu'au sommet de la colline appelée, de temps immémorial, le mont Saint-Michel ^. Sur cette colline se trouvait déjà au
inscriptions qu*on voit dans Téglise sont d*ane date plus récente et ont été totalement modifiées.
1 Voyez De Vaddere, Traité de l'Origine des ducs et du duché de Brabani, avec notes de Paquot, t. I, p. 190.
> In loco qui dicebatur Mons Sti.-Michaelis. Chrotiic, AnonynU apud Matthaeum. Feterisœvi Jnalecta, t. I, p. 32.— Fila B. Gudilœ, — Michiels berg. Die Excellente Chronike,
Dene was te Brusele, als mcn siet Dat Sinle Michiels Borch hiet Dal nu heet Sinlc Goedelen Kerke Daer sctte hi paepen en de clerlien.
Brabantsche Yeesten, TI[« boek, v. 215.
X* siècle la chapelle principale de la bourgade, ainsi qu'il conste d'un diplôme de Fempereur Othon I'' daté de 966. On voit dans ce diplôme qu'un prêtre nomme Regenwald avait donné à Tabbaye de Nivelles un héritage situé à BrtuKselle sur la rivière Braine ^ avec sept manses ou fermes, l'église mère, eœlesiam matridam, un bois et des prés ^. Il est incontestable que cette Bruocsella indique Bruxelles, puisqu'à la ligne précédente on parle d'une terre située dans le Brabant, à Ippingohaim ou Eppeghem. Quant à l'église mère, c'est, k n'en pas douter, la première église de Saint-Michel dont la fondation a été erronément attribuée à Lambert T', ou à son fils Baldéric, et qui se trouvait au coin de la plaine de Sainte-Gudule et de la rue du Treurenberg, où on la voyait encore au siècle dernier ^. Saint-Géry, que les historiens de Bruxelles ont considérée comme étant la plus ancienne église de cette ville, n'était, même après sa reconstruction, qu'un petit édifice *, et servait de chapelle au château. On est également parti de données inexactes pour dire que le berceau de Bruxelles fut l'Ile de la Senne dans laquelle se trouvait le manoir du comte ; mais a-t-on remarqué que cette île était presque entièrement occupée par ce château? Les premiers habitants de la bourgade, quelque barbares qu'ils pussent être, auraient-ils d'ailleurs été s'établir sur les bords d'une rivière dont les fréquentes inondations ne trouvaient pas d'obstacle à leurs ravages? Dans toutes les localités que longent des cours d'eaux, ne voit-on pas les églises, centres communs de toutes agglomérations d'habitations, construites sur les éminences qu'offre le terrain ? Bien convaincus de ces vérités, quand le fait de l'établissement de l'église principale sur le mont Saint-Michel ne le prouverait pas de reste, nous croirions devoir soutenir encore que ce fut sur cette colline que s'élevèrent les premières habitations de Bruxelles.
Quant au château, plusieurs dénominations ont conservé le souvenir
< Ce nom de Braiiia donné à la Senne expliquerait comment il se tronye près de cette rivière tant de Braine : Brainele-Comle, Braine-le-Château, Waulhier- Braine, Braine-rAlleud, Herbes-Braine.
* MiRJECS, NotU. ceci, belg.f eh. 26.
* Celte idée n'est pas nouvelle : elle a déjà été avancée il y a deux siècles par le doyen Wazet, auteur d'Annales manuscrites de V Église de Sainte-Gudule ; après avoir dit qne Saint-Géry n'était pas la paroisse primitive, il ajoute : Sed verisimiliter ea fuit, ujsi sacellum S. Michaelis in domo fabriciorum, exinde prope acdificata nova, post translationem in eo loco, in quo est, a Balderico donato.
* Ecclesiola. Bip]., a. 1047, apud Butkens, pr., p. 23.
de son existence. Il s'élevait, parait-il, sur remplacement du couvent et de l'église des Riches-Claires, autrefois héritage appelé le Vieux^Château '. Près de là, au sud-est, étaient le pont des Juifs, depuis Hau^Po^t ou pont des Riches-Claires *, dont le premier nom lui venait des enfants d'Israël, suite obligée de toutes les cours d'alors, et qui s'étaient établis dans le voisinage du château; la Montagne des Lapins ou la Garenne ', et, à l'endroit coupé, de nos jours, par la rue de Six-Jetons, le Parc, appelé quelques siècles plus tard le Vieux-Parc ^. De l'autre côté on voyait, entourée d'une place, la chapelle de Saint-Géry, dont les uns attribuent sans preuve la fondation à Pépin de Landen, et que d'autres font remonter à l'an 948, et l'impasse appelée depuis Bùrg-wal ou Bùrgval, c'est-à-dire le retranchement du château ^; dans cette impasse se trouvaient le moulin à huile domanial ^, et, un peu plus loin, quatre moulins
4 Domistadium situm in loco dicto Oudenborgh prope Wiketum Leonis. Acte de vente en 1 358 de Théritage où fut plus tard fondé le couvent de Nazareth ou des Hiéronymites, cédé au xvi* siècle aux Riches-Claires. Voy. quelques notes de De Vaddcr, tirées des archives de ce couvent; Mss. de la bibliothèque de Bourgogne.—Huys geheeten d'Oudeborch gelegennaest de stove gheheeten de croone in d'een zyde en een straetken gaende ter Zennen weert. Livre CensaldQ 1499. La rue des Sœurs-Noires s'appelait jadis rue du Vieux- Château : in de Verwers strate op den hoeck van de selve Verwers strate by d*Oudeborchstrate gelyck men gheet te Leeus Wykette weerts. Acte de Tan 1527. Cartulaire de l'hôpital Saint- Pierre aux Archives des Hospices.
* Bi Sinte-Gorix op die Jodenbrugge , daer men van Jan Priems te Sinte-Gorix weert gaet. Livre Ccnsal du domaine au Quartier de Bruxelles, de Tan 1392, Archives du Royaume. — Neven de Juedenbrugge ende nu geheeten de Verwersbnigge. Archives de Sainte-Gudule , 1485. Nous reparlerons de ce pont dans la troisième partie.
' Ante portam Leonis supra Connynbergh. 1 304, 1 307, 1 ZiZ . Arch, de Sainte-Gudule aux Arch. du Royaume. La Porte du Lion fermait jadis la rue des Sœurs-Noires.
* In veteri parco, vulgariter dicto in den Ouden peerc. Lettre échevinale de 1309. — Suivant un acte de 1350, TOude prêt était situé au lieu dit Ten Cruyskene, aujourd'hui la rue d'Anderlecht, avant d'arriver à la petite chapelle de Notre-Dame-au-Rouge.— Ailleurs on lit: in vico de Raemstraete ante locumdictum de Oude Perret. L. E. de 1 355. Arch. de Sainte-Gudule, Domistadium cum domo in
vicod'Oude Raemse juxta locum dictum den ouden pricke inter Veniens rétro
usque ad Zennam ibidem currentem. L. E. de 1432. Cartulaire de Vhospice Terarkcn. Celte dernière citation, selon une note du cartulaire, s'applique à la rue des Chats, près le Vieux Marché; le Vieux-Parc s'étendait donc assez loin vers le sud.
' BorchwaI, L. E. de 1^54, Archives de Sainte Gudule. s Dans le Livre Censal du domaine de Tan 13:21, il est appelé Molendinum olei super hergarts hof. Ce dernier nom ne serait-il pas une contraction de her Gerarts
à eau, autres propriétés du domaine, appelées le Moulin à Braie, le Moulin Antérieur, le Moulin Postérieur et le Ruyssche-Molen, tous quatre groupés à rextrémité du Borgval. Un cinquième moulin, placé en amont du château, près du lieu où est aujourd'hui Téglise de Bon-Secours, prenait de sa situation le nom de Moulin Supérieur (Over-Molen) ^
Gislebert ayant péri dans sa tentative de rébellion contre Othon~le* Grand, Louis d'Outremer épousa sa veuve Gerberge (959), espérant ainsi recouvrer la Lotharingie enlevée à la France par Henri l'Oiseleur. Mais ses projets échouèrent et le douaire de Gerberge devint le sujet de sanglantes querelles. René II, comte de Hainaut, qui s'en était emparé, fut dépouillé de son comté et exUé (9 5 9) par Brunon, duc de Lotharingie. Gerberge cependant ne parait pas avoir joui longtemps des biens en possession desquels elle était rentrée, et U est probable qu'elle en fut dépouillée parles successeurs de Brunon lors des mésinteUigences qui éclatèrent entre la France et l'Empire. Nous voyons en effet que Charles, fils cadet de cette princesse et frère de Lothaire, profita des troubles qui éclatèrent en Belgique après la mort d'Othon-le-Grand (7 mai 975), pour venir, les armes à la main, réclamer le douaire de sa mère ^. Uni à René et h Lambert, fils de René II, il tint longtemps tête à Othon II, qui, pressé de sortir des embarras de son nouveau règne et craignant les entreprises de la France, investit Charles du duché de ^asse-Lotharingie, et rendit à René et k Lambert l'héritage de leur père (977) ^.
Othon II, qui s'était rendu en Belgique pour apaiser ces troubles ^, signa à Brusela, nom sous lequel on croit reconnaître la ville dont nous écrivons l'histoire, plusieurs diplômes datés de 974 et 976, et ordonnant la restitution à l'abbaye de Saint-Bavon des biens qui lui avaient été enlevés *.
hof, le ch&teau ou jardin de sir Gérard? Dans an acte de Tan 1490 , on voit ce lien s'étendre jusqu'au quai des Poissonniers ou Visschers Sinne, près de la i)êcherie ducale- L. E., Archives de Sainte-Gudule. En 1321 ce moulin payait 70 sous de cens, moitié à la Chandeleur et moitié à la Saint>Jean.
* La troisième partie renfermera plus de détails à ce sujet.
* Chron, Canteracofue Balderici. — Sigeberti Chron,
' Ducatus Lotharingiae dalor Karolo fratri Lotharii régis Francorum, multis insuper conducto beneficiis, ut et ipse ab insolentiis désistât, etfratris sui Lotharii motibus obsistat. Sigebbrtos ad ann. 977.— Chron. Balderici.
« SiGBBEKTUS.
s SA»T-GEiiois,JKbni4m6nto eêsenHellement utiles aux provinces de Flandre, etc.,
t. Il, p. CCCCLXIV.
1i HISTOIRE
Charles de France fixa sa résidence ordinaire à Bruxelles, où Ton prétend qu'il naquit ^; la situation de cette ville, au milieu de grands bois et de marais, offrait un asile sûr à un prince, bataillant sans cesse contre ses voisins et contre l'empereur lui-même ^. On doit supposer que Bruxelles avait déjà acquis alors de l'étendue et de la consistance; quelque idée qu'on se forme de la cour des princes de cette époque toute barbare encore, elle ne pouvait être établie dans une bourgade qui n'eut olBèrt aucune ressource.
Voulant sans doute augmenter l'importance de la chapelle de son château, en même temps que celle de sa résidence, le duc Charles y fit transporter, le 6 juillet 978 ^, le corps de sainte Gudule, morte à Ham le 8 janvier 712. Les reliques de cette sainte avaient éprouvé bien des vicissitudes : déposées d'abord à Moortsele, elles furent, lors de l'invasion des Normands, emportées à Chiévremont, près de Liège. Après le départ des barbares, elles furent rapportées à Moortsele; mais vers 937 ou 940, un seigneur des environs, que les chroniques nomment Wenemar, s'empara des biens du monastère de Moortsele, que Charlemagne, dit-on, avait doté de toutes les terres de ce village. Ce fut Ermanfroid ou Ermanfrede, fils de Wenemar, qui donna à Charles les restes de sainte Gudule ; mais, malgré les instances de ce prince, il refusa constamment de rendre les biens du monastère. .
« Bmxellam nalivitate, habitatione et régla saa ornasse. Gramayb, tu Nivellâ.
* Dux Carolus tenait principale domiciiium in palalio proavorum suorum, sito tune intra duo brachia Zennîe prope ecclesiam S. Gaugerici quae tune erat capella ducis. A. Thymo, partie 2, titre 10, c. 2, t. II, f» 71. — Carlulaireaux Archives de Sainte-^^ule. — Les Brabantschc Yccstm, t. I, p. 595, disent :
Karle oec in sinen daghen Die hertoghe was yan Lolhrike Encle die sterf zoo jammerlilie Dede te Brusele maken bianen Tussclien Iwee armen van dcr Sinnen Sine wonÎDge alsoemen weet, Dat nu t'Sinie Gurycx heet Dateras sine capellc die hi dede maken.
' D'après un bréviaire de l*église de Sainte-Gudule cité par GHESQUifcRK , Ada SS, Belgii, t. V, p. 669, celte translation des restes de sainte Gudule était fêtée le 6 Juillet. On n*est pas d*accord sur Tannée de cet événement. Baillet (Topographie des Saints, art. Bruxelles) le place en 976; Baronius et lUaiBus, en 978 ; d'autres, deux ou trois années plus tard. Les anciennes légendes sont muettes sur ce point.
Ces reliques étant arrivées à Bruxelles, ou rapporte que comme on se disposait k ouvrir le cercueil pour constater leur authenticité, d'épaisses ténèbres se répandirent dansTéglise. Ce prodige, commun dans un temps où tout était prodige, frappa les assistants de terreur. Charles et sa suitcT passèrent trois jours dans le jeûne et la prière, puis, se rendant de nouveau à Saint-Géry, ils ouvrirent la châsse, sans qu'il se passât rien de merveilleux; après avoir vu les reliques, ils la refermèrent et y apposèrent le sceau ducal. Le duc fit don à la sainte d'une partie du village de Molenbeek, de six familles, c'est-à-dire de six censés avec leurs serfs, ^t de riches ornements ^.
Le duc Charles, que les biographes de sainte Gudule louent avec tant de complaisance, est représenté par d*autres comme un honune inepte et lourd, qui fut plutôt le voleur que le tuteur des églises, et qui dissipa les biens de l'évéché de Cambrai ^. On sait le peu de succès de sa tentative pour monter sur le trône de France, vacant par la mort prématurée de son neveu Louis V, et usurpé par Hugues Capet. Après une longue captivité à Orléans, il mourut en iOOi à Maestricht, où l'on a retrouvé la pierre qui recouvrait son tombeau.
Il ne reste guère de traces du règne de son fils Othon (i 001-1005) qui mourut sans postérité. Il accorda aux habitants d'Over-Yssche, entre Bruxelles et Wavre, le privilège de vendre leurs grains au marché de la première de ces villes sans être assujettis au droit de louche, redevance perçue en nature sur chaque setier de blé ^.
AprèsOthon, la dignité ducale fut conférée à Godefroid d'Ardenne, dit d'Eoiham, et le patrimoine de Gerberge fut partagé entre les comtes de Louvain et de Namur, qui avaient épousé Gerberge et Ermengarde, filles de Charles de France. Devenu puissant par la réunion sous ses lois de tout le pays entre la Dendre et le Démer, Lambert s'engagea dans des guerres continuelles contre l'empereur, le duc de la Basse-Lotharingie et l'évéque de Liège. Sa vie agitée se termina à la bataille de Florennes
* FUa S, GudikB ab Huberto scripta, c. 10 , apud Ghesquière , jicla SS, Belgii, t V, p. 714; Vita secunda, c. 9 et 10, apud eund^p» 729etseq. — Conf. Puteanus, Bruxella Septen,, p. 26. — Harjeos, Annales Ducum Brabant,, 1. 1, p. 1£$5.
« Chron. Balderici, L. I,c. 100, p. 172. — Gdesquière, l. c. p. 678.
' Othonis ducis exstat diploma in Ischa Superiori que datur dictis incolis immunitas la oppido Bruxellensi a cochleâ frameotari in venditione frumentorum sacrum. Annotes m$ê. B. Gudilœ, titre 2, c. 4.
en 4015. C'est lui qui fit bâtir ou plutôt restaurer la chapelle de Saint-Géry, comme le prouve un ancien tableau qui y fut longtemps conservé, et qui le représentait à genoux devant la cbapeUe, revêtu de son armure, ayant près de lui son bouclier portant un écu de gueules au milieu d'un champ d'argent. Au bas était cette inscription : Le comte Lambert, fondateur de cette église; et plus bas : Ced était écrit sur le vieux pilier de la croix abattu en i 565 ^. La chapelle fut entièrement reconstruite au xvi*' siècle et il ne resta rien du monument élevé par le premier des comtes de Louvain. Au temps de Lambert, vivait saint Guidon, qui fut sacristain à Laeken et mourut à Anderlecht en i 01 2. Sa vie, racontée par un contemporain, présente quelques détails pleins d'intérêt. On y voit qu'un marchand du château de Bruxelles ^ per-
1 Les annales manuscrites de Sainte-Gudule , parlant de Texistence de Saint- Géry au x® siècle , disent : Sed antum dicta capella extiterit dubitatur , cum id certissimis monumentis constat, dictam capellam sedificatam esse, a Lamberto comité qui fuit post Garolum et habuit Gerbergam Caroli filiam pro uxore, sicut id constat ex tabella quae pendet in ecclesia S. Gaugerici , depicta et diclus Lambertus genuilectens ante dictam capellam depictus est totus armatus et cum paludamento militari et ut apparet ad vivum depictus, sicut et ipsa capella, etinfra scriptum est magnis litteris : Lambertus comes fonda lor hujus ecclesi», quod ipsum significat dictum principem et ibl ad vivum depicUim et ipsam CapeLIam quoque ibi depictam secundum veram rerum effigiem, etc., et infra scribitur minoribus litteris in dicta tabella : dit word geschreven op den ouden Kruyspilaer ende is den zelfden pilaer afgebroken ann. XVLXIII, etc. Annale» B, GtuUlœ, titre 1 • c. 3. Ce tableau est aujourd'hui à Thôtel de ville de Louvain ; M. Piot {Histoire de Louvain, p. 43) Ta vu et a cru qu'il concernait TégUse Saint-Pierre; mais son opinion n'est pas soutenable en présence de la seconde inscription. En 1S65 la construction de cet édifice élait achevée, au lieu qu'à Salnt-Géry on abattit alors le vieux transept ou croisillon et on le remplaça par un autre, dont la première pierre fut posée au commencement de Tannée 1 564. C'est sans doute de cette inscription que parlait Le Mire lorsqu'il dit : Idem Lambertus templum S. Gaugerici Bruxellse sedificavit ut ex veteri inscriptions reperta dedici. Chron. Belg.
Zyn zoene was Lâbreght slawelaert
Grave vA Lovene dat hy wert
En hy stichie de
En sinte Guelix stichte hy mede
Chronyckevd aile den hertoghen in Brabant. Mss. aux Arch, du Royaume.
* Mercator de Bnixella vicino castello. Fita 5. Guidonis, apud Àcta Sanctorum, t. IV, septemb., p. 42.
suada au saint de faire le négoce. Le texte du légendaire est renuurquable en ce qu'il prouve & la fois et qu'il y avait déjà une population bourgeoise à Bruxelles, et que cette localité n'avait pas encore acquis les privilèges et les ^oits des villes : s'il en eût été autrement, il l'aurait qualifiée d*Opjndufn.
Après Lambert I*^, régnèrent successivement Henri I"^ son fils, appelé dans quelques généalogies le comte de BruxeUes, et quelquefois le Vieux '; Othon, mort après un règne très-court, et enfin Lambert II, appelé aussi Baldéric, à qui Bruxelles dut ses fortifications, son chapitre de chanoines et peut-être aussi ses premiers échevins ^, Héritier de l'esprit violent et belliqueux de ses ancêtres, ce prince imita leurs brigandages et leurs révoltes. L'église de Nivelles, dont les vastes possessions excitaient sa convoitise et qu'il aurait dû protéger, lui qiii en était l'avoué ou protecteur, eut surtout à souffrir de ses exactions, et plus d'une fois les guerriers de Louvain et de Bruxelles furent appelés sous la bannière de leur comte pour combattre l'empereur et ceux de ses sujets qui lui restaient fidèles. Vainement les évêques essayèrent-ils de donner quelques moments de repos au pays en établissant la paix de Dieu; la guerre était un besoin du temps.
Tandis que les grands propriétaires élevaient dans leurs domaines de formidables manoirs, les comtes se créaient de puissantes forteresses en entourant de murs les plus importantes bourgades de leurs états. C'est & l'année i040 ^ qu'on fait remonter la construction de la première enceinte de Bruxelles, construction qui commença sans doute alors et qui dut demander beaucoup de temps. La plus grande étendue de la nouvelle cité était, en longueur, depuis la porte de Sainte-Catherine jusqu'à celle de Coudenberg, de 1350 mètres, et en largeur, du Warmœdyroek à la porte d'Overmolen, de 6S0 mètres, proportions considérables, eu égard à l'état des villes voisines à la même époque et au peu d'extension de la culture dans les campagnes. On peut, croyon&-n6us,
< Gerberga Yero,a1ia filia Caroli fratris Lotharingise, peperit Henricum seniorem de Bruxella. Lambertus duxit uxorem Gerbergam , filiam Caroli , postea matrem Henrid de Bnixeila. Chronieon sive hist. genecU. Balduihi âvennensis in-foL,
* Voyez snr les comtes de la famille de Louvain la dissertation du curé Ernst, inUtnlée : Mémoireê sur les Cotntes de Louvain jusqu'à Godefroidr-le-Barbu, publiée par M. E. Lavalleye. Liège» Redouté, 1837, in-S"» de 40 p.
> Vieux fragment de poésie flamande dans Gba«ate, Bruxella, p. 1.
tirer de ce fait un argument décisif pour prouver que d^à au xf siècle Bruxelles était peuplée et florissante. Toutefois il n'est pas prouvé que la maçonnerie du mur soit du même temps. C'est, en effet, un ouvrage admirable, trop régulier et trop imposant pour dater de cette époque; mais l'emploi exclusif du plein cintre ne permet pas de le rejeter en deçà des premières années du xiu" siècle. Cette construction, dont quelques parties défient encore, après huit siècles d'existence, les injures du temps, et dont le développement total dépasse 4000 mètres, consistait en de larges fossés et en un mur de grosses pierres, espèce de silex, superposées dans leur forme brute et jointes par un ciment d'une dureté extraordinaire. Au-dessus des pierres règne dans tous les débris encore existants une construction peu élevée, en briques, addition de temps plus rapprochés de nous. La muraille était épaisse de 84 centimètres, et, y compris les arcades cintrées qui la, renforçaient à l'intérieur, de â mètres 21 centimètres, soit 7 pieds ^. D'espace en espace s'élevaient des tours, et sept portes facilitaient la communication avec le dehors. On les appelait : porte de Sainte-Gudule, depuis Treurenborch {château des pleurs) , parce qu'au xvi* siède elle devint une prison d'état; porte de Froid-Mont ou de Coudenberg; porte de Pierre ou Steen-Porte, ancienne prison criminelle; porte de Saint-Jacques, ou du Moulin-Supérieur, Overmolen, près l'église actuelle de Bon- Secours; portes de Sainte-Catherine,- de Laeken et de Malines. Chacune d'elles était défendue par un bâtiment massif, crénelé, percé d'une porte et de petites ouvertures.
L'enceinte s'appuyait à la Senne en aval du pont de la rue de l'Évéque, se dirigeait à l'est par le Fossé-aux^Loups, pour enclore Sainte-Gudule, coupait la rue dite Treurenberg, allait en ligne droite au sommet de la hauteur jusque près de la place Royale, où elle foi^mait un coude entourant le château des ducs de Brabant, le manoir des châtelains, l'abbaye de Coudenberg, puis redescendait la hauteur en deçà de la rue de Ruysbroeck qu'elle coupait dans la direction de la Steen- Porte, suivait la rue des Alexiens, celle des Bogards, traversait à Bon- Secours le chemin d'Anderlecht, franchissait ensuile la Senne au moyen d'un pont encore existant, et, englobant l'ancien château h Saint-Géry, tournait autour de File de ce nom, longeait la rivière , et venait enfin
' Collection des ancienna portes de Bruxelles, p. 10.
la rejoindre près du pont de la rue de FÉvéque. Plusieurs parties de cette construction subsistent encore et un grand nombre de rues indiquent facilement la direction des fossés. Un regard jeté sur un bon plan de la ville en dira plus au lecteur que ne pourrait le faire une .longue description ^.
Pour donner plus d'importance à son séjour favori, le comte Lambert enrichit la principale église de Bruxelles. Un nouvel édifice consacré à l'archange saint Michel s*éleva, sur la colline qui portait son nom; il y fit transférer, le i6 novembre 1047, avec la plus grande pompe, le corps de sainte Gudule, qu'il avait trouvé n'être pas gardé avec assez de soin dans l'église de Saint-Géry ^« Quand le cortège fut arrivé, l'évéque Gérard, en présence du comte, de sa femme, d'un grand nombre de diguitaire-s ecclésiastiques, de nobles, d'habitants, bénit la nouvelle église qui depuis prit le nom d'église de SS. Michel et Gudule. L<imbert donna à la sainte l'église et toutes ses dépendances, ainsi que quelques terres. Il y institua douze clercs,- frères ou chanoines, en leur accordant l'exemption de péages et d'autres immunités ^. Plus tard le nombre des chanoines fut porté à quatorze; les dignitaires étaient le prévôt, supprimé au xii"* siècle, le doyen, l'écolâtre , le chantre et le trésorier ^. L'administration des sacrements continua dans le principe h être réservée à un prêtre délégué par révêque.
Une singulière tradition se rattache à la translation des reliques de sainte Gudule. Au moment où le clergé et les notables passaient au pont du Miroir (rue des Pierres), les femmes des environs, irritées contre les maîtres de la fabrique de Sainte-Gudule, qui avaient pris à leur service les ouvriers travaillant à Saint-Géry, ifrrachèrent les roseaux qui croissaient dans la Senne, se jetèrent sur le cortège, et les notables de
* Voyez la troisième partie.
* Quod in ecclesiola S. Gaugerici negligenter posilum inveni. Dipl. cité plus bas.
> Diplôme da comte Baldéric, data de Bruxelles, en l0-i7. L'original anx Arehiwê de Sainte-Gudule. — Opéra Diplom,, 1. 1, p. 597. — Bdtkens, Trophées de BrabarU^ 1. 1, preuves, p. 3î^. Comme cet acte fut rendu sous le pontificat du pape Léon IX, et que ce pontife fut élu seulement en 1049, on a conçu des doutes sur son authenticité; il est probable qu'il aura été rédigé quelque temps après la cérémonie et que Terreui^ provient d'un moment d'inattention.
^ Voyez, dans la troisième partie, le chapitre consacré à la collégiale.
la ville curent grand'peine h rétablir Tordre. Depuis, un usage bizarre, entière en vigueur au siècle dernier, conserva le souvenir de cet incident. Tous les ans, le 1 1 août, jour de la fête de Saint^Géry, on arborait sur les maisons un roseau ou une branche d'arbre soutenant des culottes, en mémoire de ce que les femmes avaient virilement défendu les droits de leur paroisse ^
L'impuissance de l'autorité suprême, les ravages des Normands et des Hongrois, les guerres féodales, avaient rendu intolérable la position des hommes libres, restés sans protecteur au milieu de l'anarchie. Plus malheureux que les serfs, à qui leurs maîtres devaient aide et protection, les petits propriétaires se virent en butte aux brigandages de tous les seigneurs indistinctement. La plupart furent contraints à faire hommage de leurs terres à ceux de leurs oppresseurs dont la domination leur pesait le plus lourdement. De 1& naquit la féodalité , la subordination forcée des faibles aux forts. Mais dans les endroits les plus populeux et surtout dans les villes protégées par des murailles, dans celles où la cour d'un évêque, d'un duc, d'un comte, donnait quelque activité au commerce, il se forma insensiblement une agglomération de propriétaires indépendants, de marchands, dont le nombre s'accrut avec la prospérité de la cité. Fiers de leur naissance sans tâche, ils conservèrent avec orgueil le nom de bien nés, de riches, de valeureux {welgeboome, geboortege lieden, goede liede)i, divites, fortiores). Par la force même des choses, les fonctions d'échevins ou de magistrats de la ville leur furent réservées, et l'échevinage étant dans le principe donné à dtre viager, sauf le cas de félonie, il se conserva dans quelques familles les plus influentes de la commune; par des modifications insensibles et que le manque de documents ne permet pas de préciser, la dasse supérieure de la bourgeoisie se fractionna en autant de lignages ou familles qu'il y avait d'échevins. C'étaient des associations qui imitaient la famille comme l'adoption imite la nature. Les membres contractaient l'obligation de se défendre mutuellement et de s'entr'aider. En cas de contestation, l'échevin du lignage était leur juge naturel, comme le corps échevinal devenait l'arbitre obligé de deux membres de différents lignages. On conçoit que ces institutions durent à leur naissance être excessivement fortes et puissantes; les liens du sang,
1 GoETViEL, Wondere ge$chiedeniisen worgevallm tn degc stad Bnusel (en tydc van de fransche republiek. Mss. de la bibliothèque de Bourgogne.
régalitë des richesses, la simplicité des mœurs maintenaient la paix entre les patriciens ; plus tard cet état de choses changea totalement. Tandis que les uns entreprenaient dlieureyses spéculations commerciales, accumulaient des richesses, achetaient des terres et des seigneuries, d'autres étaient réduits pour vivre à servir leurs parents, à remplir quelque emploi de bas étage, ou à solliciter une prébende dans un hôpital. La prospérité de rindustrie amena le luxe ; le luxe enfanta la corruption et la discorde. Des familles entières quittèrent un lignage pour un autre, d'autres se partagèrent, et plusieurs d'entre elles entrèrent dans la classe des artisans. Il y eut alors une grande immixtion de sang étranger dans celui des anciens patriciens, et il devint difficile, pour ne pas dire impossible, de démêler la composition primitive des lignages et la filiation de leurs principales branches ^.
Tous les écrivains qui ont parlé des lignages de BruxeUes y ont vu des familles naturelles issues d'autant de seigneurs qui vers 950 possédaient des biens et des serfs dans le territoire de la ville ^. 11 est évident que ces institutions ne peuvent être nées d'un fait purement local, puisqu'il se trouvait un nombre semblable de familles patriciennes dans beaucoup de villes belges et allemandes.
Voici les noms et les armoiries des lignages de Bruxelles * :
S'Leeuws-Geslachte ou le lignage du lion, portant de gueules au lion rampant d'argent, paie et lampassé d'azur.
S'WeertS'Geslachte ou le lignage de Thâte (hospitis)^ portant émanché d'argent et de gueules *,
S'Huyhe-Kints geslachte, ou le lignage des fils de Hugues, dit aussi des Cluting, portant d'azur aux trois lis d'argent.
> La règle générale a toujours été que pour être admis dans ces associations, il fallait ne pas exercer une profession mécanique et pouvoir citer parmi ses aïeux paternels ou maternels une personne ayant fait partie de la magistrature locale.
• FoppENS, Chronique manuscrite de Bruxelles, à Tannée 712. — L*abbé Mann, t. I, p. 10 ; etc.
' Les noms tels que nous les donnons ici sont tirés du plus ancien diplôme qui indique les lignages, Pacte du due Jean IL qui leur rend radministration de la ville Dipl. de Tan 150d, dans le Luyster, 1« deel, bl. 66. Pour les armoiries, voyez Pute ANUS, p. 41.
* Nous parlerons dans le chapitre suivant de la substitution de ces armoiries à d'autres plus anciennes, au xin" siècle.
Ser-Roelofs gesUichte, ou lignage de sire Rodolphe, portant de gueules à neuf billettes d'or.
Die van Coudenbergh ou ceux de Froid-Mont, portant de gueules h trois tours d'argent aux portes d'azur.
Die Uten-Steenweglie, ceux de la Chaussée, portant de gueules k cinq coquilles d'argent.
Et die van Rodenbeke ou ceux du Ruisseau Rouge, portant d'argent à la bande ondée de gueules.
Chacune de ces associations avait, selon Fopinion commune, un hôtel servant de lieu de réunion ou de refuge en cas d'attaque. On les appelait pierres {stem, lapis), parce qu'elles étaient solidement construites, tandis qu'autour d'elles des masures de bois et d'argile abritaient les cultivateurs et les artisans ^ Ces maisons ayant été plus tard partagées en un grand nombre de lots, ou destinées à d'autres usages, on n'a pas conservé un souvenir bien exact de leur situation, et l'on ignore complètement de quel lignage chacune d'elles dépendait. C'étaient : la Cantesteen ou Pierre du Coin, au bas de la hauteur dite Coudenberg, à Fangle des rues nommées depuis de la Madelalne et de l'Empereur, sur le côté méridional d'une petite place qui a conservé son nom, malencontreusement traduit par celui de Carrières ^; la Machiaen-Steen ou Maximiliaen-^teen, Pierre de MaximOien, au coin du Marché-aux-Herbes et de la rue de la Colline ^; la S'ffughenoySteen ou Serhuygskintsteen, Pierre des Enfants de sir Hugues, près du Grand Marché ^; le VcUkenborg
1 PuTEAMUS, Bruxélla septenaria, p. 57.
> Ad lapidem angularem in acclivi montis frigidi. Grâmate, Bruxélla, p. 2. — In vice den steenweg infra mansionem dictam t' Cantersteen, 1472. Arch, de Sainte-Gudule.
s In de Hovel-strate in de middel van de Mathyaen-Steene , 1383. Arch, de Sainte- G tuiule, aux Ârcb. du Royaume. In cono vici cdlis dicta Haximiaen Steen. Mss. 17157 de la Bibliolh. de Bourgogne — Selon Grahate et le Luyster, elle était située rue de la Montagne. Le 29 janvier 1443 (1444), le magistrat fit une ordonnance concernant cette maison, dont la démolition était urgente, mais sur laquelle une grande quantité de cens étaient constitués. Boeck met deti Uaire, Areh. delà Ville.
*• SUughcnoy-Sieenjuxta forum, 1349 et 1358. Arch. de Sainte- Gttdule. — Dans un acte de l'an 1350, par lequel Jean de Payhuse donne au chanoine Mathias de Meerte la quatrième part d'un douzième de cette demeure, elle est placée au coin de la rue dite Huevel straetc, rue de la Colline. Arch. de Saintc-Gwlule^ aux Arch. du Royaume. Il parait qu'il y a ici erreur et qu'elle était située entre la Maison du Roi et l'église de Saint-Nicolas. Dans un acte de 1403 la Ser-
OU Château du Faucon, au Marché-aux-Tripes, qu'on appelait alors le Ruisseau-aux-Souliers '; la Southuys ou Maison du Sel, nonunéc quelquefois aussi la Mesure du Sel ou la Mesure d'Or du Sel, et située près d'une ruelle dite rue au Sel, et de la Maison de Goekelberghe, tenue en fief du duc de Brabant '; la Payhuys ou PaeyhuySf ou Maison de la Paix, appelée sans doute ainsi parce qu'elle était le lieu de réunion habituel des premiers magistrats (elle occupait, parait-il, le coin de la place Saintr-Nicolas et du Marché-aux-Poulcts'; elle existait encore en 1576); la Flotte Steen ou Pierre Plate, dans la rue qui porte son nom, à l'endroit où elle fait un coude, près de la Senne ^.
On attribue au comte de Louvain, Henri 111, un^cte daté du 2 février 1094 (1095 N.-S.), par lequel il est interdit aux enfants naturels des hommes bien-nés de Bruxelles de comparaître à FélecUon des magistrats ou aux assemblées du conseil de la ville, ce droit étant exclusivement réservé aux fils légitimes, qui devaient porter des robes armoriées, semblables à celles que portaient leurs ancêtres ^. Nous ne pouvons nous prononcer sur l'authenticité d'une charte dont il ne reste plus qu'un fragment, mais nous la croyons dou-
huychskintsteen est placée en face d'une maison dite Groenendaele {Cartul. de Coudenberg, aux Archives du Royaume); or celle-ci était située rue an Beurre.
i HoFFSTAD achter de borreput geheeten Vaickenborg, gelegen op die Schoenbeke, L. É. i559. Arch. de ^ainte-Gudule, — Gravayb, etc.
* In opposite chori Sanctl Nicholaï dictam VSouthuys. Mss. n<> 17157. — Gra- MATE. — LuTSTER, ctc. Tegen over sinter Glaes naest t'Soutvat , ... op ten hoeck geheeten de Zoutstrate. Gart. de Goudenberg aux Jrch, du Royaume, Acte de 1463. — Steen van Goekelberge by sinter Glaes tegen over den choor, in den Zoutstraete neveu de goeden geheeten t'Gulden Zoutvat. Livre des fiefs dit Spechlboeck. Arch, du Royaume.
' TJPayhuys rétro ecclesiam B. Micolal. SeUcta pro sœculo 1300, ad. ann. 1307, et alibi.
* Gette place lui est positivement assignée par une lettre échevinale de Tan 1495. Archives de Sainte-Gudule. A cette époque elle était convertie en étuve.
8 Item dat voortans de natuerelyke kinderen, te weten soenen van onsen ghebuerteghe lieden niet meer en suUen compareren ten keuse oit stadtsrade, macr wel honne soenen die van gheechten bedde syn ende dat met alsulcken vrapenrocke ais hunne voirderen tôt hier toe ghedraeghen hebben. Arch. de SairUe- Gudufe, citées dans De Vadder , de origine et cxcidio Carthusiœ Partheniœ Bruxell, Mss., Biblioth. de Bourgogne.
teuse, parce que cet acte est écrit en flamand et admet des armoiries
héréditaires à une époque aussi reculée.
L'administration municipale de BruxeUes était, on le voit, des plus simples. Elle ne consistait qu'en sept échevins gouvernant de concert avec Famman, ofiicier du duc. 11 est probable que ces magistrats formaient primitivement le tribunal du comte de Bruxelles, dont la juridiction bornée de plus en plus par les empiétements des seigneurs, devint locale de territoriale qu'elle était; il serait difficile de préciser à quelle époque s'opéra ce changement, mais on peut supposer qu'il eut lieu dans la première moitié du xi* siècle. Nous n'avons rencontré dans aucun acte antérieur à l'an 1135 des témoins qui fussent qualifiés d'échevins de Bruxelles; il est évident pourtant qu'il y en avait longtemps auparavant, et que nous posséderions plus de données à cet ^ard, si les diplômes de ces temps n'étaient pas si rares. Voici les noms de ceux que nous avons trouvés dans des actes antérieurs à l'an 1229, date de la ceure bruxelloise : en 1135, Baudouin, Erluin, Ëverard, Wemer ^ ; en 1 1 3 8, Goswin Glibinc, Franc Connus, Egeric, Arnoul de Wideschat, Goswin, Meinard, Baudouin ^; en 1204, Henri dit du cimetière de Saint-Géry (de atrio Sancti'Gaugerici), Marcilius, Georges, Escelin '; en 1207, Hugues, Henri dit le Lion, Franco ^; en 1223, Henri l'Hôte (ffospes) ou de Weert * ; en 1226, Henri Burse, Everwin Nicholaî *.
La tradition place en 1 020 un fait que son importance ne nous permet pas de passer sous silence, quelque apocr}'phe qu'il nous paraisse. Un des magistrats de BruxeUes, appelé Herkenbald, était rctenuau lit par une maladie mortelle, lorsqu'il eut connaissance d'un viol commis par un de ses neveux, dont l'influence était grande dans la ville. Il ordonna à l'instant sa mort; l'oflîcier chargé de l'exécution, conseilla au jeune honmie de se cacher et de laisser l'indignation du vieiUard se calmer. Cinq jours s'étant écoulés, le coupable se hasarda d'approcher du lit de son oncle, qu'il espérait trouver apaisé, mais Herkenbald le saisit par la chevelure et
* Opéra Diplom., l. ÏV, p. 513.
« /6îd., 1. 1, p. 177.
»/Wd., l. IV, p. 716.
* Cartul. de la Cambre, (^ 432. Cet Henri n'est pas qualifié échevin, nous le donnons ici parce que c'est la plus ancienne mention du nom de De Weert ou S'Weerts.
» IHd., f» 305.
6 Ibid., f 347.
lui plongea son épée dans le sein, faisant taire ainsi les affections de femille devant le devoir d'un juge intègre. Ce trait de sévère justice, qui rappelle le stoïcisme des anciens Romains, était représenté sur un tableau que Roger Vanderweyde peignit au xv"" siècle pour le magistrat, et qui a disparu on ne sait quand ni comment ^
Une des prérogatives des villes ou francbises était le droit d'avoir un sceau. Celui de Bruxelles existait dès Tan 1135 et représentait saint Michel, patron de la principale église, vêtu d'une robe, les ailes déployées et la tète entourée d'une auréole. La légende porte : Sigillum sancti Michaëlis ^.
LessuecesseursdeLambertlI, sansétrepaciftques, n'eurentpas l'occasion de se signaler comme lui dans les combats. Toutefois leur influence ne cessa de grandir, en même temps que leur opulence et les richesses de leur pays. Le seul événement remarquable du règne de Henri II est l'incendie de Sainte-Gudule en 1072 ^. Pour réparer sans doute les dégâts causés par ce désastre, l'évéque Lietbert accorda à l'église exemption de l'autorité épiscopale et du droit de personat, à condition de payer une redevance annuelle de là sous, monnaie de Bruxelles^. Cette concession permettait au chapitre de nommer le prêtre qui administrait les sacrements, et de percevoir les offrandes faites à l'autel.
Henri III, fils et successeur de Henri II, est le premier qui réunit ses états sous une dénomination générale : il s'intitula comte et avoué de la patrie brabançonne '. Lambert II et sa femme Ode avaient séjourné
* On trouve la longue inscription placée sur ce tableau dans El felicissimo Fiage del principe don Phelipo, liv. III, f» 92 v., et Sweerts, MonumefUa sepuleralia Brabant., p. 309.
u A la maison de ville il y a une histoire peinte en quatre pièces diverses, d*un Archamhaud, duc de Bradant ^ qui, estant au lit malade, estrangla de ses mains son propre neveu qui avait violé une fille. » Le P. Bergeron, Itinéraire germanobelgique. (Extrait donné par H. Gachard dans la Remie de Bruxelles, mai 1 839.)
s Sceau attaché à une convention entre les églises de Sainte-Gudule et de la Chapelle. Arch, de Sainte Gudule, Nous consacrerons dans notre seconde partie un article spécial aux variations du sceau de la ville.
' Templum Bruxeliœ concrematum est a. 1072. A Thymo, partie 2, tit 4,c. 15, t. n. ^ 83.
« Charte originale de Tan 1073, aux Arch. de Sainte-Gudule, Les auteurs qui ont publié cette charte ont par erreur réduit à 2 sous le chiffre de la redevance. Quelques-uns aussi lut donnent la date erronée de 1023.
> Charte de la fondation de l'abbaye d^AflOighem, en 1086.
TQSI T. 3
d*onlinaire dans le palais de l*ile de Saint-Géry ' ; mais leurs descendants Fabandonnèrent et se fixèrent sur la hauteur de Goudenberg où ils bâtirent une forteresse que les anciens actes désignent sous les noms de château, manoir, etc. ^. Tout porte à croire que cette construction est due & Henri II ou h Henri III, puisque dès les premières années de Godefroid V% qui monta sur le trône en 1095, il existait sur la même hauteur un autre château dont les maîtres étaient châtelains héréditaires de BruxeUes, et une congrégation de prêtres, qui servaient de chapelains aux comtes. Bâti sur remplacement qu'occupent aujourd'hui le café de l'Amitié, l'hôtel de Belle-Vue et quelques terrains voisins, le château des comtes s'élevait fièrement au sommet de la colline. G'était une construction massive, garnie de tourelles, couronnée de créneaux, éclairée par d'étroites fenêtres, refuge plutôt que lieu de plaisance, forteresse plutôt que palais.
Le changement qui s'était opéré dans l'échevinage, devenu local au lieu d'être territorial, se manifesta également dans les autres offices administratifs ou judiciaires. Les comtes étant devenus pour la plupart de petits princes indépendants, déléguèrent leurs anciennes fonctions à ceux qui occupaient à leur cour des dignités palatines, ou qui surveillaient l'exploitation de leurs domaines. Le sénéchal, qui dans le principe était simplement investi de la surveillance de leur table, devint le juge suprême du pays; le gouvernement civil des cités et des bourgades fut confié à l'amman ou maïeur qui précédemment était à la tête de leurs métairies; tandis que le châtelain, lieutenant du comte, et son remplaçant en cas d'absence, voyait ses anciennes fonctions se restreindre au commandement militaire.
Ainsi naquit l'office de sénéchal de Bruxelles ' qui fut bientôt supprimé, de même que les autres emplois de ce genre existants dans les domaines de la maison de Louvain. Le sénéchal de Louvain resta seul
* Traxeruntque Lambertus seu Baldericus et Oda sua conjax moram BraxeUae, in ourla circa flumen prope capellam S. Gaugerici. A. Trtmo.
* Factumesta.1121 apud Brussellam super castellum. Seieetapro Mœeuto 1000. Domum inter domicitiom domini ducis et castram castellani in loco qui dicitur Borchdal.L. E. de i259. Àrch.de Sainte Gudule. Domistadium situm ia Borgedal quod dicitur Grauwelsbemdeken Juxta Hanerfum ducis. ibid.
> Dans divers diplômes de Godefroid I*', duc de Lotharingie et comte de Louvain, il est plusieurs fois fait mention du sénéchal de Bruxelles, du sénéchal d'Yssche, du sénéchal de Louvain.
subsister, et cette dignité devint héréditaire dans la famille de Rotselaer. Elle ne tarda toutefois pas à se convertir en une charge purement honorifique; on voit en effet, dès le xiii* siècle, les ducs de Brabant avoir constamment un autre sénéchal (dapifer, senesccdltis) appelé plus tard drossard (drossctte). Les ammans ou maïeurs des principales villes. héritèrent, à ce qu'il parait, d'une partie des attributions des anciens sénéchaux, ils étaient, pour les différentes fractions du territoire, ce que le drossard, officier suprême de justice, était pour le Brabant. Ainsi, l'amman de BruxeUes avait juridiction sur tout ce qui formait autrefois le comté du même nom, et ce qu'on appela depuis ammanie ou quartier de Bruxelles. Seulement son autorité ne s'étendait pas sur les domaines des seigneurs hauts-justiciers tels que l'étaient alors les sires de Grimberghe et que le furent, depuis le xni'' siècle, les barons de Gaesbeek.
La cfaâteUenie de Bruxelles, héréditaire dès son origine, était une des plus importantes du pays. Au châtelain, vicomte ou burggraeve, appar* tenaient la défense du palais et de la ville, le commandement des habitants. C'était lui qui, en cas de guerre nationale, faisait sonner le tocsin pendantquarante jours, et uneheure par jour; les déchargeurs de charbon remplissaient l'olBee de sonneurs, et, à ce Utre, ils étaient exempts de toute autre charge locale ; le châtelain leur payait en outre des frais de bouche ^ Dans les marches et les batailles, il gardait la bannière de la ville et raccompagnait avec ses vassaux; au xv* siècle, il devait avoir avec lui douze glaives ^ et, pour ses préparatife, il recevait de la commune 200 couronnes. Enfin, depuis les temps les {dus reculés, 0 percevait un pot sur chaque brassin de bière locale et sur chaque tonne de bière étrangère, un droit d'abatage s'élevant à une demi-livre de viande par bète à cornes, couple de porcs ou quatre brebis, et une taxe de deux livres dites payement sur chaque boulanger.
Les châtelains tiraient en outre un grand lustre de leurs propres richesses. Us descendaient d'une famille qui portait le nom de la ville et dont les branches diverses possédaient, au xi' et au xii* siècle, de vastes domaines sur les rives de la Senne, à Anderlecht, Leeuw-Saint-Pierre,
* Plat tard ce fal la ville qui fit sonner le tocsin, et, en reconnaissance des anciens droits du châtelain, elle lui payait, en cas de guerre, une redevance d'une livre vieux gros tournois, pendant chacun des quarante jours d'alarme.
* Un glaive était une escouade composée ordinairement de cinq combattants, hommes d'armes, archers et coutilliers.
Laeken, IxcUcs, etc. Ils avaient une cour féodale à laquelle ressortissaient un grand nombre de fiefs, une cour oensale qui jugeait leurs sujets pour tous cas, sauf ceux entraînant la peine de mort. Lorsqu'un de ceux-ci commettait un crime, il était li\Té au souverain et, s'il obtenait sa grâce par composition, la moitié de la somme revenait au châtelain. Les sujets delà châtellenie étaient en outre libres de toulieux par tout le Brabant et exempts de l'obligation de faire moudre leurs grains aux moulins banaux du souverain. Dans ses domaines le diâtelain levait les aides accordées au prince et les répartissait.
Une partie de la ville, quelques rues aux environs de la Chapelle, les rues d'Or, de l'Escalier, du Val^-des-Roses, des Chapeliers, des Harengs, ont été construites sur des fonds appartenants au vicomte, et un grand nombre de maisons lui payaient un cens d'un ou de plusieurs deniers ^ Près du château des comtes, s'élevait son manoir seigneurial ^, au mUieu d'un terrain qu'il possédait en alleu, et où l'on pouvait exercer toute espèce de métier, sans être reçu dans les corporations de la commune. C'était un lieu d'asUe où nul autre que l'officier du châtelain ne pouvait opérer d'arrestations; aussi les banqueroutiers et les gens perdus de dettes y cherchaient-ils leur refuge '. Cet endroit, appelé^or^endael ou VaUée du château, fut considérablement restreint au xni* siècle par suite des ventes de terrain faites aux ducs et aux religieux de Coudenberg. Au xiv* siècle, le manoir même fut abandonné, et le 8 juin i 776 la franchise fut abolie.
Unis par les liens du sang aux principales familles du Brabant, les châtelains exercèrent une grande influencé au xn* siècle, alors qu'ils s'intitulaient châtelains par la gréct de Dieu ^. Malheureusement le récit des événements qui ont agité le pays à cette époque n'est pas venu jusqu'à nous, et le souvenir des barons des premiers princes
< Les détails qui précèdent sont en grande partie tirés d'un livre cemal de la ehàtcllenie, rédigé en Tan 1484. Mss. de la Bibl. de Bourgogne.
* Domum inter domicilium domini ducis et castrum castellani, in loco qui dicitur Borchdal, L. E. de 1359. Areh, de Sainte-Gudule.
s Avis de la chambre des comptes de Brabant, touchant Timmunité du Borghendael, et concluant à ce que ceux de Bruxelles n*y exercent point leur juridiction, 12 avril 1666. Areh. du Royaume,
* Godeftridum Dei gratiâ Bruxellensem castellanom. Opéra DipUm., t. I, p. 693.
de la famille de Louvain ne nous apparaît qu'environne de ténèbres ^
L'église de Saint-Jacques-sur-Goudenberg, destinée d'abord i servir
* Liste des châtelains dressée d*aprè*s des documeats authentiques; de pèreenûLs.
Franco I (1099 environ à 1151).
Franco II, dit le Jeune (1154 à il75).
Godefiroid (1179-1212).
Léon I( 121 S'1255).
Léon II (1255-1278).
Mathilde, morte en 1298, et son mari Henri, sire de Marbais, mort en 1280.
Gérard, sire de Marbais.
Roger de Leefdael, par achat, vers Tan 1518, mort en 1555.
Jean de LeefdaeL
Louis, frère du précédent.
Jean, sire de Petershem, neveu des précédents.
Jean, sire de Bouchout, par achat, en 1562, mort en 1591 .
Daniel de Boucbout, sire d*Humbeek, son parent.
Daniel II de Bouchout, mort en U52.
Jeanne, morte vers 1447, et Jean, sire de Wesemale, son mari.
Conrad Vandermeeren, par achat, en 1445.
Daniel III de Bouchout, neveu de Daniel II, par retrait lignagier, en 1444, tuéàMonlléry, en 1466.
Marguerite de Bouchout, morte en 1472, et Everard de la Marck, sire d*Aren. berg, possesseur au nom de ses enfants.
Daniel IV de Bouchout, sire de Boulaer, par occupation momentanée de 1485 à 1489.
Robert de la MarciL, fils de Marguerite de Bouchout, sire d'Àrenberg, mort en 1541.
Jean de Redeighem, dit Hannaert, par achat en 1557, moyennant 1200 florins d*or. {BuUetins de la Commission royale d Histoire, ^. II, p. 269.)
Charles Hannaert, dit d'Yedeghem (1545 à 1578 environ).
Marie Hannaert et Jacques de Hennin ou Boussu, baron d*Aaxy, marquis de la Vere (1580 à 1592 environ).
Maximilien de Hennin, comte de Boossu , marquis de la Vere, baron de Liede* kerke, mort en 1625.
Nicolas Damant, chancelier de Brabant,par achat, en 1606, mort en 1616.
Anne Damant, morte en 1655, et Henri de Varick, mort en 1641.
Nicolas de Varick, mort en 1656.
Nicolas-Frédéric de Varick.
Philippe-François, son frère.
Philippe-Adrien, créé baron de SalntLambert-Libersart en 1717, mort en 1754.
Philippe-François-Joseph, descendant de Nicolas de Varick, mort en 1760.
Charles-Philippe, mort en 1 765.
Philippe-Roger, comte de Sart, baron de Bonlez.
M. Verseyden de Varick est aujourd'hui vicomte titulaire.
d^oratoire aux chapdains de la cour, doit être contemporaine de TinsUtulion des châtelains ^ Des traditions attribuent à Godefroid I^ le don fait à cette église d'une parcelle de la Sainte-Croix ^ et rétablissement de neuf prêtres qui devaient chanter les heures canoniques. Cette fondation, ajoute-t-on, fut raccomplissement d'un vœu que ce prince avait fait au fort d'une tempête qui l'assaillit alors qu'il se rendait en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle ^.
Une ferveur indicible régnait à cette époque dans toutes les classes de la société. Une foule de personnes des deux sexes, de toute condition, de tout âge, cherchaient dans le doitre un refuge contre les malheurs du temps. Chez d'autres, le récit des avanies auxquelles étaient exposés les pèlerins qui se rendaient au tombeau du Christ, avait excité un zèle ardent pour la foi chrétienne ; et, à la voix de Pierre l'Ermite, on vit l'Europe entière marcher à la délivrance du saint-sépulcre. La Belgique prît une large part à cette expédition mémorable, et ce fut un de ses enfants, Godefroid de Bouillon , duc de la Basse-Lotharingie , qui fonda le royaume de Jérusalem. Gontran de Bruxelles, Godefroid «et Henri d'Assche, conduisirent en Palestine les croisés du Brabant ^. Les historiens des croisades racontent de ce dernier plusieurs brillants feitsd'armes. Lui et le comte Herman inventèrent une machine de guerre qui portait 20 cavaliers sur le mur de la place assiégée ^. Il mourut apurés le siège d'Antioche, à Turbessd, avec la réputation d'un chef vaillantet habile^.
La tradition rapporte que les guerriers bruxellois échappés au cimeterre des Sarrazins, aux maladies et aux privations de tout genre, reparurent subitement dans leur ville natale le 19 janvier 1101. Grande
* Le plus ancien acte qui parle de Coudenberg est de Tan 1107. Il y est fait mention de Onuiphus sacerdosdeCaldenberch. Botkeiis, t. I,pr., p. 38. — ^Leméme auteur dit dans son texte, p. 93, que Tévêque Gualter exempta cette église de toute juridiction. Nous croyons que le savant auteur des Trophées a confondu ici les monastères de Coudenberg et de Cortenberg (voyez le diplôme de Gualter en faveur de Gortenberg dans les Opéra DipL, 1. 1, p. 519) ; la chronique manuscrite et les cartulaires du premier de ces établissements ne font aucune mention de ce document, si important pour lui.
* En Tannée 1130, selon Gbakate, p. 6.
5 Fétus codex apud Histor. Jbbatiœ sancti Pétri vuigo CoudenbercJi. ; Mss. de laBîbl. deBourg.,ch. 8.
* A. Thtmo, 1. c. c. 7.— Meyer, JFtendr. JnnaL, 1. IV, p. S7.— Albbbtd'Aix. ' Mathieu Paris, Hist, Àngliœ, ad a. 1097.
* GCILLAUME DE TtR, 1. VU, C 1.
fut la joie de leurs femmes qui se croyaient veuves ; elles leur laissèrent à peine le temps d'achever le repas de bienvenue et les portèrent dans le lit conjugal ^. Le souvenir de cet heureux retour s'est perpétué dans quelques vieilles familles. Lors de l'anniversaire de cet événement, appelé la VeUUe des Dames (Vrautokens-Avond), celles-ci sont maîtresses au logis et les docbes des églises sonnent en leur honneur. Jusqu'en 1781 le conseil de Brabant conserva l'habitude de prendre vacance Faprès-diner de ce jour ^.
Le comte Henri III, qui avait épousé Gertrude fille de Robert le Frison ^, ne put prendre part à la première croisade : fl fut tué dans une joute à Tournay en 1095. Comme il ne laissait pas de postérité, ses étals passèrent à son frère Godeiroid I^', dit le Barbu, parce que, selon nos chroniqueurs, il avait juré de ne pas se raser avant d'avoir repris possession du duché de Lotharingie. La puissance à laquelle il éleva la maison de Louvain, lui valut aussi le surnom de Grand. On Ut dans les chroniques que ce prince alla en Palestine, qu'il fut fait prisonnier et délivré par des Brabançons déguisés en marchands. C'est là un de ces contes inventés à plaisir ^.
Après la mort de l'empereur Henri IV, son fils Henri Y, qui lui avait arraché la couronne, punit l'attachement du comte Henri de Lîmbourg k la fortune de son père en le privant de la charge de duc de la Basse- Lotharingie, qu'il donna au comte Godefroid de Louvain (1 106). Par la réunion à ses domaines héréditaires des possessions attachées h son nouveau titre ^, ce prince réunit sous ses lois toute la partie centrale de la Belgique, entre la Flandre, le Hainaut et l'évéché de Liège ; mais il ne jouit pas sans contestation de son pouvoir, et U eut souvent, ainsi que
1 Voyez PuTEÂifus, p. il3 et 114.
* MANNylIss. de la Biblioth. de Bourgogne, t. II, p. 120.
s Secttndam flliam (Roberti frisonis) duxil In uxorem cornes Braxellse. Chran. de BàuoouM n'AvESNES.
^En 1099, Godefroid approuva la donation de Téglise de Frasne à Tabbaye d*Afflighem. Opéra Diplom., t. 1, p. 671. Il ne pouvait donc être en Palestine, comme le dit A. Thymo, partie III, titre VII, c. 57 et seq.; dans le t. II de Tédition de Ph. Mouskes, par H. le baron de Reiffenberg.
* Ces possessions comprenaient entre autres la viUe et le marquisat d*Anvers, la hante avouerie des abbayes du duché, des villes de Maestricht, Aix la -Chapelle, Nlmègae, etc., la suzeraineté d*un grand nombre de 'fiels de premier ordre. Les ducs de Lotharingie avaient en outre la garde des grands chemins, le droit d*y lever un péage, et celui de frapper de la monnaie d*or, etc. De VADDsa, 1. c. t. II, p. 313.
ses successeurs, à combattre les prétentions des comtes de Limbourg,
la jalousie des princes voisins et l'humeur turbulente de ses vassaux.
Il est à regretter qu'on ait conservé si peu de traces du gouvernement de Godefroid I", mort en 1159, après avoir régné 33 ans sur le duché et 44 ans sur ses comtés héréditaires. On n'a de lui qu'une charte datée de l'an 1137 et fixant les droits perçus par le duc et les meuniers sur les blés et la drèche qu'on apportait à moudre aux cinq moulins de Bruxelles; chacune de ces usines était tenue à donner annuellement au souverain un setier de vin, quatre chapons et quatre pains, exigibles à la Noël, 1 2 deniers payables à la même époque, et 1 2 autres à Pâques. Cette charte se termine par une clause remarquable, statuant, pour le cas où les meuniers viendraient à être vexés par le duc ou son officier, qu'ils ne pouvaient être astreints qu'à remplir leurs obligations ^.
L'histoire ecclésiastique est plus riche en documents, et c'est à elle qu'il faut recourir pour montrer les progrès de la population, de l'agriculture, du commerce, de l'industrie. Au xi* siècle il n'y avait dans le comté de Bruxelles d'autres congrégations religieuses que les chapitres de clercs ou chanoines de Sainte-Gudule à Bruxelles, de Saint^ierre à Anderlecht, et de Meerbeek; les règnes de Henri III et de Godefroid I^ virent naître l'abbaye d'Afflighem, de l'ordre de Saint-Benoit (1083), et les congrégations de religieuses du même ordre, de Forêt (1096), de Gortenberg (1095 environ) et de Grand-Bigard (1126). Quelques communautés formées d'abord sous la règle des chanoines de Saint-Augustin, vers 1095 à Jette, et, vers 1110 à Grimberghe, adoptèrent peu de temps après les statuts de saint Norbert, fondateur de l'ordre des Prémontrés : Jette, en 1139, Grimberghe, en 1133. Tous ces établissements eurent de bienfaisants résultats pour les campagnes avoisinant Bruxelles : si plus tard la richesse et l'oisiveté introduisirent des abus dans les cloîtres, h cette époque de mœurs sauvages les monastères servirent de frein à la tyrannie féodale. La tranquillité de ces retraites permit aux moines de se livrer aux études ; la somptuosité des bâtiments claustraux donna aux arts et à l'industrie un nouvel élan ; l'expérience des communautés amena de nombreuses améliorations dans le sort de leurs sujets et la culture des terres ; partout on les vit bâtir de grandes
*■ Pneterea, omnes molendinorum si a duce vet a potente ministre ejus commoveanUir, fidelitatem facturi sunt et super hoc nullatenus agravandi. A. Tutmo, partie lY, titre I, c. 8. — BrabatUsche Veettcn, 1. 1, Codex diplom., p. 607.
fermes, changer les vaines pâtures en belles prairies, dessécher les marais, défricher les bois, fertiliser les bruyères ; et, ce qui eut d'immenses résultats, les serfe donnés aux églises deyinrent des hommes libres, soumis, il est yrai, à un cens, mais non à un cens arbitraire.
Dans la ville même, l'augmentation du nombre des églises et chapeUes, ainsi que la fondation de plusieurs établissements de charité, indique également un accroissement considérable. Il semble que le chapitre de Saint«-Gudule ait vu ces nouvelles institutions avec déplaisir; du moins le pape Pascal II, en lui confirmant ses immunités et ses biens, défendit-il de porter atteinte à ses droits en faveur de nouvelles églises \
A cette époque appartiennent la maison d'hospitalité pour les pauvres, établie vers Tan iiâ5, par une dame nommée Richilde, sous l'invocation de la Vierge et des douze apdtres, dotée en 1127 par l'évéque Burchard, organisée ensuite, à la demande des habitants, par Fulbert, prêtre de Sainte-Gudule '; la chapelle de Saint^Nicolas '; l'hôpital du même nom, destiné à recevoir les pauvres et les infirmes, et doté en 1129, par l'évéque Burchard, des revenus de l'autel de Wesembeek ^; l'église de Saint-Jean-Baptiste, dite vulgairement au Marais, consacrée, suivant l'opinion commune, le 1 5 octobre 1131, en l'honneur de la Vierge, des SS. Pierre, Paul, Etienne, Médard et Gildard, par le pape Innocent II, en présence de l'archevêque de Rouen et des évêques d'Ostie, Albano, Verdun, GhAlons et Arras '; l'église
* Bref de Fan 1113 adressé au doyeo Albert et aux chanoiDes, aux Jrth. de Sainte-Gudule^ malheureasement fort endommagé, à Fendroit où sont énumérës les biens du chapitre. « Interdidmos, y est-il dit. ut in obtenta miranim ecclesiarum ecclesiœ vestrae aliquid sui Juris possessio sobtrabetur. »
* Charte du duc Godefiroid approuvant les donations faites à cet hôpital , aujourd'hui hospice de Sainte- Gertrude, au pied du grand escalier de Téglise de Sainte- Gudule» datée de 1 158. Opéra Diplom., t. I, p. 1 77.
' La première mention de cet oratoire, aujourd'hui succursale de Sainte Gudule, est de Tan 1153 ; mais il existait déjà antérieurement.
* Diplôme de Tan 1139. Opéra ùipUm.y 1. 1, p. 683. Cette fondation occupait le terrain entre les rues au Lait» du Cerfeuil et du Cabas.
s Vidimru de Tévêque de Cambrai, en date du 32 noyembre 1407. Opéra Diplom., U I, p. 04. H paraît, par bien des raisons, que ce diplôme n*est pas authentique : d*abord le pape était le 13 octobre 1131 à Compiègne, et en partit pour ne rendre à un concile qui s'ouvrit à Reims le 19; il ne donne pas le nom de la ville, il ne mentionne pas Tempereur régnant et date du règne de Louis-le* Vieux, roi de France, etc. Voyez Desmet, Histoire de la religion chrétienne en
de Noire-Dame de la Chapelle, dont le duc Godefroid posa la première pierre et qu'il donna en 1134, avec un alleu adjacent, à Tabbaye du Saint-Sépulcre à Cambrai, en lui accordant exemption de toute juridiction cléricale et laïque '. Cette abbaye acquit un grand nombre de propriétés aux environs et des dîmes dans quelques villages entre Bruxelles et HaL En qualité de grand propriétaire allodial, elle percevait dans le quartier dit depuis de la Chapelle {ter CapeUen)^ au dehors de la Steenporte, des tonlieux ou redevances sur les boulangers et les brasseurs ^. Elle envoyait à Bruxelles quelques religieux sous la conduite d'un prévôt. Enfin, à une assez grande distance de la chapelle de la Vierge, à l'endroit où la paroisse de Bruxelles confinait au lieu dit Obbntsself alors dépendant de Forêt, deux demoiselles ouvrirent un asile aux malheureux atteints de la lèpre, maladie terrible que les croisés apportèrent de la Syrie dans nos contrées. Un oratoire dédié à samt Pierre s'y éleva, et le chapitre permit d'y enterrer les lépreux '. La tradition a conservé des traces du passage à Bruxelles du pape Innocent II, chassé de Rome par son compétiteur Anadet. On dit entre autres qu'il fut logé dans la maison ornée de quatre tourelles, située jadis au bas de l'église de Sainte-Gudule, et communiquant avec le cimetière par un pont en bois qui traversait la rue des Vents, et qui fut détruit en 1705 ^. On raconte aussi que lui et son cwtége, le duc et sa cour furent traités deux jours de suite par le magistrat à la Halle-au-
Brabani, traduction de M. Tiron, p. 59. Quant à Thôpital Saint-Jean, sa fondation paraît postérieure à celle de Téglise. Voyez plus loin, ch. 2.
* Diplôme daté d*lssa ou Yssche, le 20 décembre 1134, et confirmations de cette fondation pftr Godefroid I^*" en 1158, et par Godefroid I! en 1141. Opéra Diplom., 1. 1, p. 688; t. !V, p. 199. et t. I, p. 691.
* Acte du châtelain Godefroid (sans date, mais de Tan 1 200 environ) par lequel il renonce à ses prétentions à ce tonlieu dans l'alleu de Notre-Dame. Historia de CapeUa, Mss. de la Bibl. de Bourgogne.
' Dans une bulle du pape Alexandre 111, de Tan 1174, il est fait mention de Toratoire de Saint-Pierre : ce Praeter leprosos qui bus extra oppidum secundum tenorem exinde factam, cimeterium cum oratorio a vobis indultum est. » Opéra Diploni., t. U, p. 1179.
^Hospitlo Innocentium receptum fuisse tradunt in aedibus angularibus quse schoias templi nostri S. Gudilse ascendentibns sunt ad sinistrum, ex quibus per pontem sublicinm pro pontifice tune erectum est accessus ad cimeterium. At iUe pons destructus est anno 1705, dum novi gradus ecclesiae huic sunt appositi. Note manuscrite communiquée par M. Tabbé Marckx, archiviste de Sainte^ Gudule.
Pain {Broothuys), alors (ajoute-t-on à tort) hôtel de ville , et qu'il en résulta une dépense de 3â livres tournois ^
Le règne de Godefroid 11 fut de peu de durée, et ce prince vécut à peine le temps nécessaire pour soumettre quelques- vassaux qui lui contestaient rautoritéducale(li59--i442). Son héritier, qui portait le même nom que lui, étant encore très-jeune, la r^ence fut confiée à la duchesse Lutgarde ^. Profitant de la minorité de leur suzerain, plusieurs seigneurs lui refusèrent obéissance et défendirent leur indépendance les armes à la main : les plus puissants barons du pays, Walter Berthout, avoué de Malines, ville appartenant alors à Tévéché de Liège, et son frère Gérard, seigneur de Grimberghe, luttèrent longtemps contre Godefroid III, et il Mut, pour les soumettre, assiéger et livrer aux flammes la redoutable citadeUe de Grimberghe (4*' octobre 1159)^.
* FoppEHs, ad. ann. 1131.
* Le jeune âge du Jeune Godefroid est bien établi dans le mémoire de M. Desmet. Examen critique des anciens monuments sur lesquds les Mstorietis ont fonde le récit de la guerre de Grimberge (Nouveaux Mémoires de TAcad. de Bruxelles, t. XV). La meilleure preuve qu'il en donne est rinscription des fonts baptismaux de Saint-Germain à Tirlemont, conservés aujourd'hui au musée d'antiquités à Bruxelles; elle porte : c L'an 1 149 de rincamation, sous l'épiscopat de Henri II (de Liège) , et le gouvernement du marquis Godefroid, Agé de 7 ans. » Celui-ci ëUit donc né en 1142.
s Auctuarium ÀffHg,, ad a. 1 1 59. — c Bo anno, dit Godefroid III dans une charte en foveur de Forêt, sans date, que Grimbergense castmm cepi, incendioqne delevi. BoTKENs, t. L preuves, p. 41.
La plupart de nos écrivains ont adopté comme exacts les détails donnés sur cet événement par un poème flamand qui lui est postérieur d'un siècle et demi au moins; les Brabantseheyeesien l'ont rapporté à peu près de la même manière et de Dtrtbr l'a raconté en prose latine. Le savant Botkenb, dans son bel ouvrage sur le Brabant, a montré combien il y avait d'erreurs dans ce récit, combien le chroniqueur a dit preuve d'ignorance dans la généalogie même des Berthout ; toutefois, il a été trop foin en réduisant cette guerre à une querelle de courte durée terminée en 1159. Quant à nous, nous reconnaissons l'existence de longs démêlés entre le duc et les seigneurs de Griml>erghe, mais nous croyons devoir reléguer an rang des fables cette bataille de Ransbeke, dans laquelle le Jeune Godefroid aurait, dit-on, été amené ii l'armée et suspendu dans son berceau à un chêne, afin d'exciter Tardeur de ses sujets. On a cité, comme une preuve décisive de la réalité de cette lutte, un règlement des bourgmestre, échevins et conseillers de Bruxelles, accordant au métier des fabricants de piques et de harnais le droit d'imposer une taxe de 6 . vieux écns à ceux qui voudraient entrer dans cette corporation, afin de l'indemniser des pertes soufiertes par elle à Ransbeke (Acte de 1 1 79, cité comme existant dans le Boeek met den Baire» par Rombaut, Bruxelles illustrée, t. II; Desroches;
Plusieurs diplômes du même temps prouvent encore combien était grande l'anarchie qui dévorait le pays. On y voit que les seigneurs s'emparaient à main armée des possessions des monastères ^ qu'ils pillaient les corporations religieuses, qu'ils incendiaient leurs granges et leurs récoltes, qu'ils emmenaient en captivité leurs sujets ^. C'était peu quand ils se bornaient à leur interdire le défrichement de leurs forêts ^ ou l'usage de leurs pâtures et de leurs eaux ^.
Qu'on juge d'après cela des souffi^nces des peuples; si les établissements que défendaient la religion, la crainte de la vengeance divine, n'étaient pas respectés, qu'était-ce donc des propriétés des manants, des malheureux auxquels on accordait à peine la qualité d'hommes. Mais la bourgeoisie alors n'avait pas d'historiens ; les moines se bornaient k parler des désastres qui les frappaient, et l'on ne peut établir que par comparaison les souffrances des premiers.
Desmet, mémoire cité, p. 17). Cet acte ne se trouve ni dans le Boeck met den Haire, ni dans aucun autre registre de l*h6tel de ville. D'ailleurs y avait-il au xii« siècle, k Bruxelles, des bourgmestres et des conseillers? Comptait-on alors par vieux ëcus? Disons aussi que la plupart des noms des nobles mentionnés dans le poème et particulièrement les noms des quatre prétendus régents, ne se retrouvent dans aucun diplôme du même temps. Et puis, on voit figurer comme alliées aux Grimberghe, des familles avec lesquelles ces seigneurs eurent d'étroites liaisons, à la fin du xui* siècle, date probable de la composition de Touvrage flamand, dont on comprend dès lors le but. Selon les Brabantsche Yeesten, il n*y eut pas de combat, parce que les Berthout n*osèrenl entrer en lice avec les barons réunis autour du berceau de leur jeune souverain. Mais cette chronique rimée, source d'ailleurs si respectable, commet ici la grande erreur de placer la prise de Grimberghe dans la première année de Godefroid ; elle n'eut lieu, suivant les contemporains, qu'en 1159, c'est-à-direquand ce prince avait 18 ans et la force nécessaire pour porter une armure. On voit que toutes les circonstances de cette guerre sont de pures inventions et qu'aucune d'elles ne résiste k la critique. Si l'on nous opposait le témoignage de De Dynter, A. Thymo, De Glerck, nous dirions, une fois pour toutes, que nous croyons ces auteurs quand ils citent des actes, ou quand ils racontent des foits de leur temps, mais autrement point, et surtout quand il s'agit d'une époque reculée.
* Voyez, dans un diplôme de Tan 1145, les menaces du duc Godefroid contre le chitelain de Grimberghe, Walter. qui avait usurpé la terre de Bolenbeke appartenant k l'abbaye de Forêt. Opéra Dipl., t. III, p. 43. — En 1175, Henri d'Âssche rendit k l'abbaye d'Afflighem la dtmede la ferme de Gulreth. Butkens, 1. 1, preuves, p. 41.
* DipLderan Uol, en faveur de l'abbaye d'Afllighem. SeUetapro $(BC%do 1000, Hss. de la Bibl. de Bourg.
' Dipl. de Thierry d'Alost, de l'an 1164. Opéra Dipl., t. 1, p. 106.
* Dipl. de l'an 1 1 72, dans les Selecta cités plus haut.
Les brigandages étaient dans leur plus grande intensité, quand la châsse de Wavre, renfermant quelques reliques de la Vierge, fut apportée à Bruxelles pour y être recouverte d'or et d'argent, et momentanément déposée dans Téglise de Saint-Nicolas. Son séjour, pendant le printemps de ii52, fut signalé, dit-on, par de nombreux miracles qui attirèrent dans cette ville un grand nombre de fidèles, dont les ofirandes furent distribuées par tiers aux pauvres, à la fabrique de l'église et aux religieux d'Afflighem, possesseurs du prieuré de Wavre. Ceux-ci étant venus en cortège à Bruxelles, au milieu d'un concours immense de qiectateurs ^, pour reprendre la châsse, il se passa à Saint-Nicolas une scène que le chroniqueur, peut^tre par le fait de son éditeur Mirseus, passe sous silence. Le prieur de Wavre s'opposa à ce qu'ils reprissent la châsse, et lorsqu'ils voulurent l'enlever elle était devenue si pesante qu'aucune force humaine ne put la soulever ^. Il est probable que les Bruxellois cherchèrent à conserver ces reliques dont la présence était une source de richesses pour leur ville. Ce qui confirme encore cette supposition, c'est que, l'année suivante, ils firent amende honorable d'un outrage dont ils s'étaient rendus coupables envers les moines. Ils reçurent avec honneur la statue de la Vierge vénérée à Wavre, et la renvoyèrent au bout de quelque temps ^. Vers la Saint-Jean de l'an 1152, ajoute le continuateur de Sigebert, les guerres privées qui ensanglantaient le pays et les séditions qui le troublaient, cessèrent subitement : on vit partout les ennemis se réconcilier sans exiger de compositions pécuniaires ou d'autres satisfactions ^.
Ce fut pendant cette période de paix que l'on commença à reconstruire l'église principale de Bruxelles, ainsi que l'indique le chronogramme suivant, placé sur la première pierre du beau temple de SS. Michel et Gudule : SoLeJKnl BanlfaCII die. Il conste de là que cette pierre fut posée le jour de Saint-Boniface, 5 juin i 1 55 *. Il ne parait pas toutefois que
' Il y avait, dit le continuatear de Sigebert, plus de 30,000 assistants et jamais on n*avait vu une si belle cérémonie, même à la cour de Tempereur ou à celle du pape. Aucluariufny4fflig.,9d2i, ii^'i, ChraniconS.Bavonisabbatum apud Desmet, Corpus Chronic. Flandr., t. I, p. 588, etc.
* GiLLEMANS, NovaUSanctorum, Mss.. apud Wichmans, Brabantia Mariana, p. 565. s /éuctuarium, ad a. 1155.
* Bella multa, quae jam instigante diabolo, conciUU fuerant et seditiones sopitx quieverunt, etc. Id ,1. c.
* RouovT, t. I*', p. 411 . On ne doit pas tenir compte du D dans ce chrono-
les travaux aient marche avec rapidité, car le pourtour du chœur de Sainte-Gudule peut seul remonter à cette époque. La seconde femme du duc Godefiroid III, Imaine de Los, donna à l'église un vitrail orné de ses armes et de celles de son mari ^
Après avoir rétabli la tranquillité dans ses états et terminé la vieille querelle qui séparait les maisons de Louvain et de Limbourg, le duc Godefroid s'engagea dans une longue et sanglante guerre contre le comte de Hainaut. L'un des plus curieux épisodes de cette lutte est la bataille de Carnières. Un tournoi devait avoir lieu dans le château de Trascgnies; mais le duc de Lotharingie, voulant surprendre le comte, y conduisit une armée. Son rival, averti de ce dessein, rassembla des forces considérables qui mirent en déroute les Brabançons et en tuèrent 2,000 ^. Un grand nombre de Bruxellois restèrent probablement sur le champ de bataille, car tous les bourgeois avaient été appelés à suivre leur souverain dans cette expédition^.
Les prébendes de Sainte-Gudule étaient, à cette époque, données en grande partie à des personnes incapables de remplir leurs fonctions ou presque toujours absentes. Le pape Alexandre III s'éleva contre cet abus et diminua leur part de revenus, au profit de ceux qui montraient plus de zèle ^. Le même pontife confirma d'ailleurs les privilèges, les immunités des chanoines, et leur assura la possession de leurs biens. Au nombre de leurs propriétés il dte : l'église de Sainte-Gudule, le cimetière et les lieux adjacents ; les chapelles de Saint-Jacques sur Coudenberg, de Saint-Nicolas au marché inférieur, de Saint-Géry sur la Senne; les trois hôpitaux situés dans l'enceinte de la ville, les petites dîmes de la
gramme, pas plas qae dans celui indiquant la date de la fondation de la ville de Bolsle-Duc, en 1184 :
GodeûrIdUs dUX de sILVa feCTt oppIdUM.
> Bruxellae in choro vitream curavit fenestram cnm insignibus ducum Lotharingis et Brabantis. Erat Godefridi tertli secunda uxor. Hantelius, Historia LosseMis, p. 120.
* D'OuLTREHÀN, Histoire de Falenciennes.
' A. 1171. Item op dit jaer worden aile de poorleren ^an Brussel gevoert ten tournoyé te Trasenys. Chronique manuscrite de Rouge-Clottre.
* Bref du pape Alexandre III, adressé à Télu de Cambrai Nicolas et à Tabbé d'Afflighem, du 9 avril de Tannée 1 174 (et non 1164). ÀrcfUves de Sainte -Gitdule, — Opéra Dipl, t. IV, p. 24.
paroisse avec des prés, jardins, fermes, terres cultivées et terres incultes, réglise de Saint-Jean-Baptiste avec des dimes et des terres à Molenbeek, réglise de Meldbroeck ou Melsbroeck, etc ^.
* Bulle du 9 avril H74. Original aux Archives de Sainte-GudtUe. -— Opéra /)i/>L t. n,p. 1179.