CHAPITRE II
Henri r. — Jean IL (1170—1312.)
Le fils aine de Godefiroid III, nommé Henri, fut de bonne heure appelé & gouverner le Brabant conjointement avec son père *, 11 semble que celui-ci voulut de cette manière assurer à sa race la succession au titre de duc de la fiasse-Lotharingie, ardemment convoité par les princes voisins. A ce titre Henri joignit celui de duc de Brabant ^, que conservèrent ses successeurs.
Ce prince n'a malheureusement pas eu d*historîen et ses actions ne nous sont connues que par le récit d'écrivains contemporains, il est vrai, mais de nation ennemie, et dès lors suspects de partialité. Néanmoins à travers cette partialité même perce quelquefois l'admiration, et les actes de l'administration du duc Henri F', qui nous sont parvenus, le placent sans contredit au rang des plus illustres princes du pays. Pendant les soixante-cinq années qu'il régna, comme collègue de son père et comme seul souverain, le Brabant acquit une importance nouvelle. Si toutes les guerres entreprises par ce duc ne furent pas également heureuses, si plus d'une fois ses états furent en proie aux ravages de ses ennemis, l'affaiblissement de sa puissance ne fut jamais que momentané. Actif et courageux, il se' releva toujours plus fort, soutenu qu'il était par ses peuples, auxquels il concéda de nombreux privilèges, et dont il soigna toujours les intérêts commerciaux. Sous son règne le Brabant s'enrichit d'une nouvelle province, acquisition d'autant plus précieuse qu'elle ne coûta ni larmes ni sang. Continuant l'œuvre commencée
1 il régnait déjàk en 117:2, comme le prouve le passage suivant d'un diplôme.: a Actum.... 1172, régnante glorioso imperatore Frederico, duce Lovanise Gode- » frido et Henrico filio ejusdem inclyto. Opéra Diplom., t. 1, p. 709.
* De Vaddere, Traité de VOrigirie des dues et duché de Brabant.
dans les dernières années de son père, il peupla les plaines incultes et presque désertes de Tancienne Taxandrie (la Campîne), y fonda des villes, où des privilèges attirèrent bientàl de nombreux habitants, et y propagea activement l'agriculture et l'industrie ^ Cette œuvre de civilisation ne lui fit pas négliger ses anciennes bourgeoisies de Louvain, de Bruxelles et d'Anvers, qui lui durent les principaux éléments de leur prospérité.
Une étroite amitié liait Henri avec le comte de Flandre, Philippe d'Alsace, dont il épousa la nièce Mathilde, fille de Mathieu de Flandre, comte de Boulogne. Godefiroid III donna en dot aux jeunes mariés, Bruxelles, son château, ses hommes, ses autres dépendances, de plus, Vilvorde, Uccle, Ruysbroeck, Leeuw et tout ce qu'U possédait entre la Senne et la Flandre ^ L'acte de donation porte, que dans le cas où Henri viendrait à mourir sans postérité, la princesse, ou après elle son père, s'fl vit encore, retiendrait ces domaines jusqu'à remboursement des 1,500 livres, données au duc par Philippe d'Alsace. Vingt-trois seigneurs brabançons, tous les échevins, \eprœco ou anunan, et quelques bourgeois de BruxeUes, assistèrent aux négociations de cette alliance, négociations qui furent commencées à Anvers et terminées dans la capitale actuelle de la Belgique. Par un acte encore inédit, Godefroid déclara à Louvain, en présence de ses grands vassaux et des échevins de la ville, que si sou fils consommait son mariage avec Mathilde, il lui donnerait les comtés de Bruxelles et d'Aerschot; il annonça de plus qu'il allait envoyer à Philippe d'Alsace deux de ses fidèles, Gérard de Grimberghe et Arnoul de Bigard, pour lui notifier ses bonnes intentions ^.
Quelques années après, le comte de Flandre s'étant brouillé avec son ancien pupille, Philippe Auguste, Henri soutint avec empressement la cause de son oncle. En 1181 il alla à la tète de 30 chevaliers et d'autant de sergents, se joindre à l'armée flamande; l'année suivante, après l'Epiphanie, il marcha une seconde fois au secours de son parent avec 40 chevaliers, 40 sergents et 10 arbalétriers ^. L'arbalète étant l'arme
« Dans un diplôme de l'an lSi2 Henri I"" ënumère loi-mèmeces nouvelles colonies : c Oppida, dit>il, quae de novo fiiceremus Oosterwyck, Arendonc, Heren-
9 thaïs, Turnhout, Hoochstraten. » Butkcns, 1 1, preuves, p. 62.
* Bdtkens, 1. c. p. 43. d'après les archives de Sainte-Gudule; il faut ajouter dans son texte : « Lenvam cum hominils et omnibus pertinentiis. » Voyez Opéra Diplom.
3 Selectapro Sœculo 1000; d'après les archives de Sainte-Gudule.
« Jacques de Goysc, Annales du Uainaul, livre XVIII, c. 9 et iO.
TOIB I. 4
favorite des bourgeois, il y a lieu de supposer que ces arbalétriers furent fournis par Bruxelles, dont Henri était seigneur, et Ton peut eonclure de là qu'à cette époque cette ville avait déjà une société de tireurs, société qui donna naissance à la grande gilde ou serment des tireurs de Farbalète K
Nous n'entrerons pas dans le détail des luttes du Brabant et du Hainaut. Au milieu de ces guerres qui montrèrent dans toute leur force la profonde antipathie des races, l'importance des villes s'accroissait incessamment. Nous avons vu qu'en li79 les échevins et quelques bourgeois de Bruxelles étaient intervenus au mariage de Henri I*^; en 1 1 94, quatre ans après la mort de Godelroid III, les bourgeois de cette ville, ainsi que ceux d'Anvers, Louvain, Nivelles, Gembloux, Tirlemont, Tervueren et Jodoigue, garantirent de concert avec les nobles du Brabant, le maintien de la paix conclue entre le duc et Baudouin, comte de Hainaut, qui venait de succéder au comté de Flandre. 11 fut stipulé entre autres clauses, que si l'un des princes contractants enfreignait le traité et se refusait à réparer ses torts endéans les quarante jours, ses vassaux et ses villes 6e retireraient de son service et ne lui donneraient aucune aide aussi longtemps qu'il ne se serait pas amendé. « Et si, ajoute le duc, » je veux les forcer, ils pourront se réunir contre moi pour leur » défense ^. »
Ces paroles sont extrêmement remarquables; elles prouvent qu'à l'exemple de la Flandre et du pays de Liège, le Brabant s'était ouvert une nouvelle ère, ère de gloire et de liberté. Entre la noblesse et la population serve apparaissait une classe laborieuse, riche des produits de son travaU, courageuse parce qu'elle avait dans les veines le sang de peuples renommés par leur vaillance, et dans l'àme une horreur invincible pour l'oppression. Appréciant promptement son importance, les princes ne négligèrent rien pour se l'attacher. De là, ces privilèges accordés aux cités, qui fournissaient, au besoin, de larges subventions et où le tocsin armait en un moment des milliers de bras.
L'histoire civile est toujours muette sur les progrès de nos communes; pour connaître cette époque il faut interroger Thisloire ecclésiastique, les cartulaircs des abbayes, des églises, des fondations pieuses. Là, nous
* De gtUde van der êchuilerien van den Foetbogen ofte de groote guide»
* Celte paix fut conclue le 20 août 1194 entre Lembeke et Hal. Mabtbne, Thésaurus jénecdot,, t. I, p. 656.
voyons Henri I"*, dans les commencements de son règne, développer à Bruxelles les institutions religieuses et en établir de nouvelles. C'est i lui que l'hôpital Saint-Jean parait devoir son existence ' ; c'est en effet de cette époque que date Tordre des hospitaliers du saint Esprit, institué par le comte Guy de Montpellier pour servir les malades ^. Or, l'hôpital Saint-Jean s'appelait primitivement hôpital du Saint-Esprit ^, et ne prit que vers l'an 1200 son nom actuel. Henri le dota libéralement et l'évèque de Cambrai lui donna, en i 2 1 1 , un règlement dont les dispositions sont fort curieuses. En 1190, Henri concéda les dhnes de Duysbourg à son chapelain Gérard pour les prêtres de l'église de Saint- Jacques-sur-Coudenberg, et lui abandonna cette église avec toutes ses dépendances ^. Gérard y fonda une communauté qui adopta la règle de saint-Augustin et qui se plaça sous la direction d'un prévôt ^.
Une dame nommée Gisla, vivant sous la règle de saint Benoit, conçut à cette époque le projet de fonder près de Bruxelles une abbaye de Tordre de Citeaux, pour y mener une vie plus austère. Ce projet rencontra une vive et longue opposition de la part des clercs ou chanoines de la ville, qui la menacèrent même d'excommunication. Effrayée, mais persistant dans sa résolution, Gisla courut se réfugier au monastère de ViUers, alors dans tout son éclat, et se plaignit au vestiaire Wiger, de la conduite des chanoines. Wiger, dit la chronique, lui couvrit la tête du capuchon d'un religieux nommé Godefroid, mort en odeur de sainteté ^, et Gisla, placée de la sorte sous une protection puissante, obtint du duc le lieu aj^lé Penebeke^ solitude entourée de bois, où fut construit le monastère dit la Chambre de Na^r&'Dame et vulgairement appelé la Cambre ^.
Pour mettre fin aux différends qui s'élevaient sans cesse entre le
* In hospitall B. Joannis BapUsts qaod in Bruxella illustris Tiri Henrici dncis moniflcentia et devotione fundatum et de fidelium elemosyna est aediûcatum. DipL Joannis episcopi a. lâll. Opéra Dipl,, t. IV, p. 716. Un manuscrit de la bibL de Bourg. lapporte la fondation de Thôpital à Tan 1 1 86, mais sans en donner de prenves.
• Fleukt, Histoire Ecclésiastique, t. XVI, p. 170.
s Ad opus pauperum hospitalis B. Johannis quod antea S. Spiritus dicebatur. Opéra Diplom,, t. IV, p. 716.
*/6îd., t. IV, p. 216.
« Diplôme de Tévèque de Cambrai Godefroid (sans date). Ilnd., p. 218. A Chronicon Fillariensc, apud Sanderum, Chorog. Sacra Brab., 1. 1, p. 563. 7 Diplôme de 1201. Opéra Dipiom., t IV, p. 223.
Al HISTOIRE
chapitre et les prêtres des églises secondaires, le duc détermina la redevance annuelle que celles-ci devaient aux chanoines ; son diplôme, curieux en ce qu'il nous apprend Fimportance proportionnelle de chaque quartier de Bruxelles, renferme une exemption en faveur de Coudenberg, possession d'une communauté particulière. Il taxe :
Saint-Pierre aux lépreux à vingt-neuf deniers,
Notre-Dame à deux sous,
Saint-lean à douze sous,
Saint-Nicolas in huit livres,
Saint-Géry h quatre livres.
Et Sainte-Catherine à cinq sous \
Ce qui forme un total de 1 5 livres, 8 sous et 9 deniers, environ mille francs de notre monnaie ^. Quelques années après, l'église de Notre-Dame ou de la Chapelle, fut, à cause de son éloignement de la collégiale et du grand nombre d'habitants qui peuplaient ses alentours, érigée en paroisse. Elle obtînt le droit d'avoir un baptistère et un cimetière, et la redevance qu'elle payait à Sainte-Gudule fut portée de 2 sous à i 5 Uvres^. C'était la troisième paroisse, en comprenant Saint-Jean à Molenbeek, dont la circonscription s'étendait sur la partie de l'échevinagede Bruxelles, située au delà de la Senne.
Henri F', qui s'était déjà rendu en Palestine en i i 89 , partit encore pour la Terre Sainte en 1 1 97, afin d'y combattre, selon ses expressions, les Sarrasins visibles et invisibles ^ ; mais les nouvelles qu'il reçut d'Europe le rappelèrent d'Orientau moment où, placé à la léte des croisés, il venait de remporter une brillante victoire sur les musulmans (25 octobre 1 i 97) '. La mort de l'empereur Henri VI, qui laissait pour héritier un enfant au berceau, avait divisé l'Allemagne en deux partis : l'un demandait pour souverain Frédéric de Souabe, frère de Henri VI, l'autre, appuyé par le pape et par les princes de la basse Allemagne, voulait couronner Othon de Saxe. Après avoir longtemps soutenu Othon, Henri se
* Voyez Desmet, Histoire de la Religion chrétienne en BrcU^ant, traduction de M.TiTon.
« Diplôme de Henri I" en date de 1201. Opéra Diplom., 1. 1, p. 400.
s Décision arbitrale du mois de décembre 1210. Archives de la Chapelle. — Opéra Diplom,, l. II, p. 986.
« Ut Saracenos tam visibiles quam invisîbiles possim superare. Botkers, 1. c. p. 49.
8 Recueil des Historiens de France, t. XVIII, p. 549 et 615.
rallia à son compétiteur et conclut avec lui un traité dans lequel Tadhésion des vassaux et des villes du Brabant fut encore exigée ^. La ville de Bois*le-Duc ayant été prise et pillée en 1 201 par les comtes de Hollande et de Gueldre, les trois principales cités du Brabant se chargèrent chacune du rétablissement d'une porte de cette ville. Bruxelles bâtit h ses frais celle de Sainte-Croix, appelée ainsi d'une chapelle voisine et située jadis rue d'Orten *.
Cependant la mort inopinée de Philippe de Souabe avait laissé l'empire à Othon. Ce prince s'étant brouillé avec le pape et le parti guelfe qui l'avaient soutenu d'abord, le roi de Naples, Frédéric II, fils de Henri VI, revendiqua la couronne qu'avait portée son père. La basse Lotharingie devint encore le théâtre de la guerre sanglante qui éclata aussitôt entre Philippe-Auguste, roi de France, allié de Frédéric II, et le comte de Flandre et de Hainaut, Ferrand de Portugal, et le roi d'Angleterre, partisans d'Othon. Une querelle particulière du duc Henri avec l'évéque de làéf^e y jeta un nouveau tison de discordes. En 121 2 le Brabançon entra en vainqueur dans la capitale de Févéché et la livra au pillage. L'antique cité. de Saint-Lambert ne fut préservée d'une ruine complète que par les efforts du châtelain de Bruxelles, dont un des fils y était chanoine ^. Pour, se venger de ce désastre, l'évéque se lia étroitement avec tous les princes du pays, tandis que de son côté Henri resserrait les liens qui l'unissaient à la France par son mariage avec Marie, fille de Philippe Auguste et veuve du comte de Namur.
En i 2 1 5 le duc se porta vers Gand pour seconder l'invasion du roi de France en Flandre ; mais à peine son puissant allié eut-il quitté sa nouvelle conquête, qu'elle lui échappa par une insurrection générale. Le Brabançon se vit alors dans la position la plus critique, menacé par révoque de Liège et par le comte de Flandre, qui, le 1 0 octobre^ devaient envahir simultanément ses états. Une attaque des Français ayant attiré d'un autre côté les forces de Ferrand, Henri rassembla ses troupes à la hâte et marcha rapidement vers la Meuse; la terrible journée de Steppes (15 octobre) lui enleva la meilleure partie de son armée et, pour comble de malheur, les Flamands envahirent par l'ouest
« Accord conclu en 1207. Botxens, 1. c. p 59.
* Dtmteb, t. ÎI, p. 457. — WiCHMAMs, Brabantia Manana, t. il, p. 369. — Gbamate, Taxandria, c. 2.
s CnAPEAOYiLLE, Gcsta Pontif, Leodiens. t. il, p. 209.
ses états, tandis que Févéque de Liège en dévastait la partie orientale. Ferrand, le comte de Boulogne Renaud de Danunartin, Guillaume de Salisbury, fils naturel de Jean Sans-Terre roi d'Angleterre, et Florent, comte de Hollande, vinrent à la tête de forces considérables, planter leurs bannières sous les murs de Bruxelles. Après quelques combats sanglants ^ le duc s'engagea à rendre satisfaction i Févéque de Liège, et promit de soutem'r l'empereur Othon. Il donna en otages ses deux fils : Henri, qui lui succéda depuis, et Godefroid, le premier des seigneurs de Gaesbeek '. Forcé d'entrer dans la coalition contre la France, il accompagna ses nouveaux alliés à la bataille deBouvines, où Ton eut occasion d'admirer la bravoure de ses fantassins, qui, au nombre de 700, soutinrent seuls le choc de l'armée française, tinrent bon jusqu'à la fin et méritèrent l'éloge qu'en fit un témoin oculaire d'être les pltu roides atix œnibats et les plus adonnés aux armes de UnOes les naJtions '. Othon et ses partisans ayant été complètement vaincus et le comte de Flandre fait prisonnier, la ligue fut dissoute (27 juillet 4214), et Henri F' fit bientôt la paix avec le pape, le roi de France et Frédéric IL Nos chroniques locales ne donnent aucune particularité sur le siège de Bruxelles; une seule y rattache la tradition suivante : Sur le bord de la Senne, du côté du nord, au lieu dit de Bruyt (la Fiancée), se trouvaient jadis sept auberges où les habitants allaient d'ordinaire célébrer leurs noces par des festins et des danses. Les Flamands ayant été prévenus qu'un repas de noces devait avoir lieu dans une de ces auberges, appelée la maison des Chats [het Cattenhuys)^ s'embusquèrent au nombre de trois cents, dans un bois près de la chapelle de Saint-Laurent. Les mariés et leurs convives arrivent en effet sans défiance, mais à peine sont-ils h table qu'ils voient l'auberge entourée d'ennemis. L'époux et ses amis se barricadent et repoussent courageusement les assaillants. Mais la lutte était trop inégale et les Bruxellois eussent infailliblement succombé, si quelques-uns d'entre eux n'étaient parvenus à gagner la ville,
* Hoc loco majore aliquanto obsidentium strage pugnatum et quum dies aliquot
vim hostium fortiter sustinuisset Henricus Barlandus, Rerum Gestarum a Bra-
bantiœ ducibus historiœ. LoTanii, 1566, f* 14 v.
« Voyez Meyer, Remm Flandric., L. VIlï, p. 78 et 79.— Brabantsche Yeesten, livre IV, c. VIT, p. 377. — Butkens, t. I, p. 180 et suiv. — Gilles d'Orval dans Chapeauville, t. II, p. 216 à ^29. — Chronique de Baudouim de Nirove, dans le Corpus Chronk, Flandr. Édit. Desmet, t. lî, p. 719.
' Guilladhe-lE'Breton dans Butkens, t. I, p. 1 85.
{)our y chercher du secours. Les habitants prennent les armes et les Flamands surpris^à leur tour sont taillés en pièces. Cet exploit, ajoute-t-on, valut i la ville la création du grand serment ou gilde des arbalétriers, tpii fut primitivement composé des habitants qui s'étaient particulièrement distingués dans cette affaire ^ Cette assertion ressemble à toutes celles que renferment les traditions; l'époque de l'institution du grand serment, que les historiens de Bruxelles ont placée en i â i 5, est encore ignorée, mais il est positif que cette société existait antérieurement à cette date ^. Du reste les détails donnés par cette tradition ne sont pas plus exacts. On dit, par exemple, que la maison des Chats devint depuis le chœur de la chapelle des Espagnols, aux dominicains, et qu'on y vit jusqu'au bombardement, des sculptures en pierre représentant des chats de trois à quatre pieds de hauteur. Des erreurs aussi matérieUes se réfutent d'elles-mêmes.
Pendant les vingt dernières années de la vie et du règne de Henri le Guerroyeur, la tranquillité du Brabant ne fut que rarement troublée, bien que ce prince ne fût jamais en paix avec ses voisins. En 1 226, il soutint ouvertement le Faux Baudouin, qui réclamait le comté de Flandre^ ; selon quelques auteurs, il entra aussi dans une ligue formée par les grands seigneurs français pour dépouiller delà régence la reine Blanche, mère de Louis IX. Vers le même temps, ajoutent-ils, à la suite de démélésqui avaient édatéentre l'archevêque de Cologne etle prince brabançon, Henri, fils aîné du duc, s'empara de la forteresse de Randerode dans le pays de Juliers. Le lignage patricien de Sweerts monta le premier à l'assaut et planta sa bannière sur les murs de la place conquise. En mémoire de ce fait d'armes il changea d'écusson : il portait d'abord de gueules à l'aigle d'argent aux ailes éployées; depuis il adopta les insignes de Randerode : un écusson émanché d'argent et de gueules ^. En 1 2 3 4, le même prince
« Mss. 11641 et 13473 delà bibl. de Bouig.
* Voyez la troisième partie de cet ouvrage à Tarticle concernât la chapelle de Saint-Laurent. Consultez aussi un article de M. A. Waoters intitulé : Les Serments de Bruxelles, leur origine, leur organisation et leurs règlements {Rewte de BruxeUes, avril 1841, p. 32).
* Recueil de$HistorieH$ de France, t. XVIIl, p. 636.
* Les armes primitives de Sweerts, qui étaient encore portées par des membres de cette famille vers 1250, se trouvaient sur le plus ancien vitrail de l*église de Salnte-Gudule, dans le chœur. Chronique du Brabant, mss. 18001, à la bibl. de Bourg. Cette chronique donne à tort à la prise de Randerode la date de Tan 1234 ;
prît le commandement des croisés réunis contre les Stadingers, sectaires
chrétiens des environs de Brème, et les défit entièrement.
L'église de Sainte-Gudule eut une large part aux bienfaits du duc Henri. De concert avec le pape Innocent III et Tarchevéque de Rheims, Guillaume de Joinviile, il y établit un meilleur ordre dans le service divin et dans la répartition des revenus *. Il institua un second chapitre de dix chanoines, appelés depuis les^ petits chanmnes, et le dota des dîmes de La Hulpe et d'un alleu à Dieghem ^. Par un diplôme de 1 225, il permit à tous ses sujets, sans distinction, de disposer, en pleine liberté, de leurs biens en feveur de cette église ^ à laquelle lui-même céda plusieurs dîmes et quelques terres ^. En outre il en activa la reconstruction; ce fut lui qui fit élever le magnifique choeur de la collégiale, avec ses massives colonnes, sa galerie, ses fenêtres découpées et sa voûte imposante.
Les dernières années du règne de Henri sont surtout remarquables par le grand nombre de chartes qu'il octroya aux villes du Brabant. Les villes et bourgades libres, étaient alors divisées en deux espèces bien différentes. Les unes, et tels sont en général restés les villages, n'obtinrent d'autres privilèges que le droit d'avoir des juges ou échevins particuliers; d'être libérés, . sauf en quelques cas extraordinaires, détailles, de corvées et d'autres exactions arbitraires ; de posséder un marché franc par semaine; de fournir au souverain un service militaire modéré^; l'exemption de tonlieux dans tout le duché était aussi un privilège ordinaire. Les autres, et telles devinrent les cités populeuses, après être restées quelque temps dans le même état que les précédentes, exigèrent des immu-
c'est erronément aussi qu'elle attribue la guerre aux opinions hérétiques des habitants.
^ Bref du pape Innocent III aux abbés de Saint-Pierre et de Saint-Bavon à Gand, et d*Afflighem, donné à la demande du duc en iâl6. A. Ththo, partie II, titre IV, c. 8. — Annales mss. Sanctœ GudiUBy titre XVIII, cl. — Statuts de Guillaume et du duc, datés du mois d'octobre 1220. Archives de Sainte-GudtUe, — Opéra DipUm.y t. 11, p. 989 et t. IV, p. 390.— -A. Ththo, 1. c. c. ai.—- Sandkeus, Chorographia Sacra BrabantiWy t. III, p. 235.
* Diplôme du mois d*août 1226. Archives de Sainte-Gudule. — Opéra Diplom.^ 1. 1, p. 200. — A. Thtmo, I. c. c. 36.
s Diplôme de Tannée 1225. Archives de Sainte-Gudule . — A. Thtmo, 1. c, c. 33. — Sanderus, I. c.
^ Voyez la troisième partie, art. SainteGudule.
s Voyez la charte de liberté accordée à Vilvorde en 1 192. Botkems, 1. 1, preuves, p. 4U.
nités plus larges. La position de ces localités, déjà importantes par ellesmêmes, à la tête du tiers état, et la nécessité de recourir à elles pour obtenir des subsides, leur assurèrent de bonne heure une grande influence et donnèrent à leurs privilèges primitifs une extension nouvelle* Leur population, accrue par les progrès de la prospérité générale, présentait deux éléments bien distincts, qui devaient encore se scinder davantage à mesure que leurs forces et leiurs richesses s'égaliseraient; à càté desancienshommes libres, deceuxpossédantquelque métairie, quelque revenu, fiers de leur indépendance, orgueilleux de leur naissance sans tache, dédaigneux de tout travail des mains, venait se réunir une multitude réfugiée dans les villes pour échappera l'esclavage féodal, ou désireuse de vivre en sécurité après avoir obtenu l'affranchissement. Ces anciens serfs, qui avaient traîné une vie misérable en cultivant la terre pour des maîtres avides et qui trouvaient dans l'enceinte communale des moyens d'existencehonorables,restèrentd'aborddansladépendanceabsoluedesbourgeois les plus riches, qu'ils considérèrent longtemps comme leurs supérieurs naturels. Mais bientôt et à mesure que leur travail les enrichit, il naquit chez eux un vif désir de partager la puissance de cette aristocratie bourgeoise, résumée dans les iamilles patriciennes. De là des luttes sanglantes, sur lesquelles nos annales ont gardé le plus profond silence, silence bien regrettable, car l'histoire de ces luttes offrirait sans doute de salutaires enseignements.
A Bruxelles et dans toutes les principales villes du Brabant, les patriciens ou bien nés étaient au premier rang de la bourgeoisie. Partagés en sept lignages, qui avaient de droit chacun son représentant dans le conseil dirigeant la cité, ils dominaient à la fois par l'éclat de leur race que n'avait pas souillée la tache de la servitude ; par leurs richesses, car à eux appartenait le sol presque entier de la ville, ainsi que nombre d'alleux aux environs; par leur courage, parce qu'habitués au maniement des armes, élevés dans l'horreur de la lâcheté, protégés par d'impénétrables armures, combattre était pour eux un plaisir, non un devoir. Divisés souvent entre eux par des intérêts de famille, ils étaient unis par orgueil contre leurs inférieurs. La Gilde de la draperie née à une époque inconnue, formait une classe intermédiaire entre les lignages et les métiers. Dans cette corporation étaient également admis, et les patriciens qui voulaient se livrer à la fabrication et au commerce en grand, occupations auxquelles on n'a attaché que dans des temps postérieurs
des idées de dërogeance, et les plébéiens, qui étaient h même de payer un droit d'entrée assez fort et ne restaient plus artisans ou détaillants. L'importation de la laine d'Angleterre ou d'Irlande, et en général de toutes les matières nécessaires à la préparation des étoffes ; l'envoi de draps ou d'autres tissus en France, en Allemagne, en Lombardie, etc. ; l'armement de yaisseaux , le change des monnaies et d'autres opérations de ce genre, étaient facultatives aux frères de la gilde et ne les faisaient déroger en rien à leurs titres et droits nobiliaires. La direction suprême de ce corps, appelé ordinairement la gtlde de la draperie, ou simplement la gilde (lakengulde, guUe, guida) ^ était confiée à deux doyens [decani guldœ, gMekens) et h huit personnes qu'on appelait simplement les haii de la gilde {octo guldœ, de acht van de gtdde). Tous les métiers qui s'occupaient de la préparation des draps, tels que les tisserands, les foulons, les teinturiers , les appréteurs ou tondeurs de draps , les blanchisseurs, etc. , étaient sous la surveillance de ce tribunal ^. Enfin, au troisième rang venaient les métiers {ofitcia, ambackîen) , dans lesquels se rangeaient les artisans et les débitants de denrées. Leur organisation , détruite au siècle dernier, amèrement critiquée alors parce qu'elle gênait les progrès de l'industrie , et vivement regrettée aujourd'hui qu'on a senti les funestes suites de la concurrence illimitée, n'est plus assez généralement connue pour que nous puissions nous dispenser de l'indiquer. Chaque métier avait : ses chefs appelés primitivement jurés {juratif geeworene), et depuis doyens (decanif deken)^ élus par le magistrat, sur une double liste de candidats présentée par la corporation ; son saint patron; sa chapelle ou du moins son autel , dans l'un ou l'autre édifice religieux de la ville ; sa caisse de secours pour les malades ou infirmes du corps; sa bannière portée dans les cérémonies publiques ; sa maison ou sa salle de réunion; son coffi*e à privilèges; son valet ou huissier. Pour être admis à exercer une profession mécanique, il fellait, pendant un terme fixé, avoir appris l'état dans une ville, et prouver son habileté. Après avoir fait constater son aptitude, d'apprenti l'adepte devenait valet ou ouvrier, et maître quand il s'établissait et travaillait pour son compte.
Les métiers devant jouer un grand rôle dans cette histoire, nous avons
<^ La première mention de la gilde bruxelloise est de Tannée 1381 , mais cette Institution est évidemment antérieure à cette époque.
cru qu'on n'en verrait pas sans intérêt la liste groupée suivant la nature de leurs travaux :
Marchands de denrées et de boissons : boulangers (brootmaeekers)^ bouchers et abatteurs {beenhouwers en slagers)^ marchands de poissons salés et de poissons de rivière {visschers en groen-visschers ) , marchands de légumes {brcmekoism) , fruitiers (fruyteniers)^ graissiers {vettewariers), brasseurs (bttniti^ersofle brieders), marchandsd'hydromel [medeblanderen), marchands de vin (tryn-tovemiers), auxquels on peut ajouter les meuniers [molders).
Artisans travaillant la pierre, le bois, etc. : charpentiers [timmer^ lieden)^ tourneurs [drayers)^ ébénistes {sehrymoerekers), tonneliers [cuypers) , charrons [raedemaeckers) , tailleurs de pierre (steenhouwers) , maçons {metsers) , couvreurs en tuiles [ficheldeckers)^ en ardoises {schaU'- Kedeekers) et en chaume («IroydecArers), badigeonneurs {pkckers) , scieurs {zagers)^ vanniers {mannemaeckers)^ peintres («cM*Uer«), vitriers {getaeêe- 9?iaecA:er8), plombiers {tengieters).
Fabricants en métaux : orfèvres travaiUant l'or et l'argent {goudtende ^ilver-smeden) , forgerons (smeden) , couteliers (tnesmaeekers) , serruriers {slootmaeckerB) , batteurs d'or {goutslag'ers)^ faiseurs de tuiles ou pannes {pannemaeckers) ^ éperonniers (spoorfnaeckers) ^ de harnais {hamasmaeekers), etc.
Artisans travaillant le cuir : tanneurs {veUers ofte huydevetters) ^ selliers {sadelma&ckers) , gantiers [handUchoenmaeckers) , ceinturonniers (riemmaeckers) , cordonniers {9choemnaeckers) , cordonniers en vieux ou savetiers ((mde^schœnfnaeekers).
Artisans travaillant à la manipulation ou à la vente des étoffes de laine ou de lin : tisserands {wevers) , foulons {volders) , teinturiers {verfcers) , tondeurs de drap {droogh9cheerder8) , appréteurs [aendoenders) , blanchisseui^ (Mycfcer«), drapiers (laeekenmaeckers), tailleurs (cfccrwoeciers), fripiers {oude-cleercoopers) , pelletiers {peltiers), passementiers {passementmaeckers).
Métiers divers : merciers ou petits commerçants {cremers of te tneers/teden^ enlatin merratores), bateliers («cAfppers), barbiers (6arfcter«).
De tous ces métiers , les plus importants étaient ceux des tisserands et des foulons. Bruxelles^ où la draperie était , au xiii* siècle, dans l'état le plus florissant, envoyait beaucoup d'étoffes aux grandes foires de Champagne et de Brie, d'où elles se répandaient dans le reste de la France et
jusque dans Tltalie \ Dans le règlement somptuaire de la cour du Dauphiné , il est alloué à la princesse une sonune de 1 00 florins d*or pour des vêtements en drap de Bruxelles , tandis que ses demoiselles de compagnie recevaient des draps de Louvain pour une valeur de 72 i/S florins ^. Plus tard, nos ancêtres excellèrent à teindre les draps en rouge dcarlate^. Au xni* siècle, BruxeDes avait déjà sa halle aux draps; elle appartenait au souverain, et était située entre la halle au pain et la halle h la viande ^. Les ouvriers employés à la fabrication des draps peuplèrent le quartier de la porte d'Overmolen , où l'on trouvait la rue des Foulons ' ; et, resserrés bientôt dans les limites de la ville, les foulons en franchirent les murs et s'établirent du côté d'Anderlecht. Là s*éleva un hôpital fondé par eux et détruit avant la fin du xiii** siècle ® ; là furent établis les rames ou châssis servant à sécher les draps'' ; là enfin une prairie conserva le nom de Pré-des-Foulons ^. Les tisserands se répandirent dans les mêmes quartiers, mais plus dans la direction de l'église de la Chapelle.
Quelques autres métiers instituèrent une confrérie sous le patronage de saint Éloy, dans le but charitable de fournir des moyens d'existence à leurs membres malades ou infirmes. D'après un acte réglementaire de l'an 1562, elle fut formée très-anciennement par les forgerons, les orfèvres, les selliers, les peintres, les regrattiers, les couteliers, les boulangers, qui en conservèrent toujours la direction, sans que jamais le magistrat s'en soit mêlé. Chaque membre payait une cotisation hebdomadaire et recevait des secours en cas de maladie ou d'accident. Treize personnes,
* Voyez Wabnkoenig, Histoire de Flandre, traduction de Gheldorf, t. Iî,p. 503.
* Le Mayeur, la Gloire Belgique , t. I, p. 410.
» De Reiffenberg, du Commerce de la Belgique, aux x^ et xti» sièclet, p. 21.
^ Voyez Messager des Sciences historiques, année 1842, p. 3.
^ Volrestrale. Acte de 1303. Cartulairede Coudenberg. Aujourd'hui me du Lombard.
^ Juxta domum qox fuit quondam hospitale fuHonum. Acte de 1297. Sur le pli : tt By volders gasthuys t*Overmolen. » — Ultra ambos pontes, prope Voires'gasthuus. Acte de 1543. Archives de Sainte-^hidule.
' Ramae, extensoria» Ramen, en vieux français liches. Les premières qu'il y eut à Bruxelles étaient contre le pré aux Foulons et formaient avec celui-ci et un grand nombre de maisons, un fief tenu du souverain. Registres des fiefs aux Archives du Royaume.
s Volders bempt,buyten de Overmolen poort. Acte de 1361. Archives de Sainte- Gudule. Aujourd'hui le Vieux-Marché et les rues aboutissantes.
trois proviseurs et dix directeurs, tous choies par les métiers, étaient chargi^ de distribuer des aumônes tous les dimanches et de parcourir les paroisses aux quatre grandes fêtes de Tannée, ainsi qu'à la saint Martin, pour porter aux malades une double ration. A la saint Martin , chaque pauvre de la corporation recevait en outre un wailpot de bière, un pain et un peu de vin. La confrérie héritait du lit de tout malade qui décédait, exerçant ainsi en quelque sorte le droit de main-morte sur ses subordonnés ^
Bien que déjà fortes et influentes, ces deux dernières classes, les frères de la gilde et les artisans, n'avaient encore obtenu aucune part à l'administration supérieure de la cité. L'autorité suprême était confiée par le souverain à Famman , représentant l'ancien directeur de la villa domaniale. Cet officier présidait aux assemblées des échevins , aux jugements , aux exécutions ; il surveillait l'observation des ordonnances, recevait le serment des officiers de la ville et des bourgeois , en même temps qu'il procédait aux arrestations , instruisait contre les criminels et les délinquants, etc. Il était aidé dans ses fonctions par un clerc ou greffier dit du sang {de clerck van den bloedé)^ parce qu'il siégeait dans les affaires criminelles , et par des valets ou sergents à pied et à cheval ^.
La juridiction échevînale s'étendait au criminel sur tous les villages de l'ancien comté ou , comme on disait alors , de l'ammanie ; il faut en excepter cependant les villages où les seigneurs avaient droit de haute justice, tels que Grimberghe, Gaesbeek, etc. , ainsi que ceux dont les habitants avaient obtenu le droit d'avoir un tribunal particulier ( Yilvorde, Overyssche, Tervueren, Duysbourg, Assche, Merchtem, etc.) Au civil, cette juridiction ne comprenait que Bruxelles et encore était-elle nulle quand le terrain contesté était un fief ou une terre tenue à cens. Tout contrat d'aliénation, d'engagère ou d'hypothèque d'une terre étant dans le droit de la ville, devait être passé devant deux échevins, qui y apposaient leur sceau et lui donnaient par là une autorité irréfragable ^. Aux
* Règlement en date du 5 février, samedi après la purification de Notre-Dame , 1562 (1365, n. s.) publié dans: Corte Aenwysinghe Fan den Oanpronck ende yerechtighcden des Broederschap van S. Eloy, etc. Tôt Brussel, by G. Stryckwant, 1699. Cette brochure exagère évidemment Tantiqulté de cette fondation en la reportant à Tan 1000.
* Voir la deuxième partie, art. Akhaii.
' Voyez pour cette prérogative des échevins du Brabant la consultation &ite à
magistrats ressortissaient en outre la voirie et la police , abstraction faite
toutefois des droits du reeeyeur ducal.
Nous n'avons trouvé aucune indication sur le lieu où les ëchevins tenaient leurs séances au xiii* siècle. Tout ce que nous savons d'une manière certaine, c'est que les actes étaient passés, tantôt dans une église, tantôt dans une halle , tantôt dans un cimetière ^ ; les prisons de la ville étaient la porte dite Steenpoorte, où, après information, on incarcérait les prévenus , et la Vrunte ou Vroentey où ils étaient enfermés par prévention '• Les exécutions avaient lieu au grand marché , situé au centre de la ville , puis les corps des suppliciés étalent exposés au Galgenberg, la montagne de la potence ou vieille justice {de ùude justicie) , un peu audelà de l'église actuelle des Minimes '•
L'absence totale de documents sur l'ancien état de la ville ne nous permet pas de préciser le moment où elle obtint ses premières libertés ; on peut néanmoins assurer qu'elles sont antérieures à l'an 1229, puis- Paris en 1321 pour décider comment sont valables les contrats faits avec les Lom* bards. A Tarno, partie III, titre 3, c. 21.
1 Voici quelques passages d'actes du xiu* siècle qui nous ont paru assez curieux : Actum apud sanctam Gudilam Bruxell. ann. 1218. Seîecta pro Sceculo 1200. Actum ann. Domini 1242 feria 6 ante nativitatem Domini in cimaeterio B. Gudil» Bruxell. CartuL de la Cambre, f^ 316. Ego in propria persona in atrio ecclesiae Sti-Nicolai BruxeU. Donation de la dime novale de Sempst, &ite à la Cambre par Gérard d*Aasire de Grimberghe en 1296. Ibid., ^ 301. Actum est ann. 1217 apud Rruxellam super atrium B. Nicolaî. Jfrtd., f* 147. Actum ann. Domini 1252 apud Bruiellam ante domum ipsius Fresuendis supra slratam. ïbid., (^ 1 59 v. Actum apud Uccle in atrio sub vinea post missam ann. Domini 1237. Ibid,^ f> lOi v. Actum in Frigide Monte, in cimiterio. Acte de 1245, Cartul, de VHùpUal de Sainie-Gertrude,
* Il paraît y avoir eu très-anciennement une Vrunte & Tendroit appelé aujourd'hui Impasse du Canal de Louvain, car cet endroit s'appelait autrefois la rue de la Vroente : Op de VUchmarct (le Marché aux Herbes actuel)... op te Iwrine van de FroenUtrate ; on rappelait aussi dans le même temps rue de la Vieille Vrunte : In Vico d'Oudevroentstraele juxta forum pUciwn, Plus tard il prit le nom de Bonten Os, le Bœuf Bigarré, à cause d*une brasserie de ce nom qui y était située: Brouwerye geheelen den bonten 0$ gettacn op den hoeck van de Vroenstrate... ende S. Pauwels. Acte de 1677 dans le Livre Ceneal de 1681.
s PaUbulum Bruxeilense, 1343. CartuL de Saint Pierre aux lépreux,— î>en Scalenbergh in de Blaesstrate. Livre Censal de 1346. — S^Gaelgenberg rétro novam foutem. j4rch. de Sainle-Gudule , 1344. — Omtrent de Coudenbergscbe vesten alwaer plach staen eene galge. Pestboek de Tan 1668 aux Archives de la Ville. Plus tard on pendit les cadavres des suppliciés à Forêt.
qu'à celte époque elle avait déjà des jurés. Ces magistrats , que Ton a considérés à tort comme de simples conseillers ^ , partageaient les attributions des échevins, et intervenaient aux jugements criminels, ainsi qu'aux ordonnances de police. Les meurtriers ne pouvaient obtenir de trêve sans leur consentement, et leur présence était obligatoire en cas de changements à la ceure ou loi criminelle ^. Seulement Fancien tribunal conserva le droit exclusif de présider aux actes concernant la propriété. C'est à la même époque qu'il faut fedre remonter la construction de la tour de l'église de Saint-Nicolas , où la ville fit placer des doches pour sonner le tocsin en cas d'alarme, pour avertir les ouvriers des heures de travail, pour annoncer l'ouverture des halles, des marchés, etc. Tour carrée et massive , le be£Eroi de Bruxelles recela longtemps une partie des archives communales, dont le reste était gardé à Sainle-Gudule.
C'est de i2â9 que date la plus ancienne loi écrite de Bruxelles que nous connaissions. Cette ceure ou core fut donnée aux bourgeois par le duc Henri et son fils aîné , de Tavis de leurs hommes ou vassaux , et rendue obligatoire pour tous les habitants. Tout bourgeois ou fils de bourgeois âgé de i5 ans au moins, était tenu d'en jurer l'observation dès qu'il en était requis, sous peine d'une amende de dix livres (art. 18 et 17). Les peines pécuniaires prononcées en vertu de la core étaient exigibles endéans les quinze jours ; l'amman avait pouvoir d'en poursuivre le payement en saisissant les biens ou la personne du condamné (art. â3). Celui qui avait enfreint les dispositions de ce code devait donner deux cautions qui promettaient de payerpourlui au bout des quinze jours (art. 15) ; mais pour ne pas assurer l'impunité aux plus riches, les chevaliers et les échevins n'étaient pas reçus comme cautions (art. 2 5). Ceux qui ne voulaient ou ne pouvaient payer étaient chassés du pays jusqu'à ce qu'ils eussent satisfait à la loi (art. 21 et passim).
La loi des Francs Saliens, ce monument de l'ancienne législation ger. manique, permettait aux coupables de se racheter des plus grands crimes par des compositions pécuniaires, graduées selon l'importance de la victime et la nature du délit. Les coutumes adoptées par la bourgeoisie vou-
* Mous ne pouvons non plus admettre Tidée que les jurés aient été dans le conseil communal les représentants des métiers. Nous voyons plutôt en eux des patriciens ou des frères de la gilde nommés pour représenter le corps entier de la bourgeoisie, par opposition aux échevins, mandataires spéciaux des lignages.
* Voyez les articles 1, 10, 16, 15 et iS de la Care.
laient au contraire que les individus convaincus de meurtre , de viol , d'incendie , de rapt , d'infraction à la paix, fussent punis de mort et de confiscation , à moins qu'ils n'eussent femmes ou enfants. En cas de mutilation on appliquait au coupable la loi du talion, sauf le cas de grâce (art. 1). Des compositions, variant de 20 sous à 30 livres, étaient exigées pour menaces d'incendie (10 livres, art. S), pour blessures à latétc (20 livres) , pour blessures facUes à guérir (5 livres, art. 5), pour coups sur la mâchoire , avec extraction de dents ou effusion de sang , pour coup de poing ou coup de pied (3 livres , art. 4) , pour coup donné avec un pot (i 0 livres, art. 5) ; celui qui tirait son adversaire par les cheveux, ou lui jetait de la boue, devait payer trois livres (art. 4) ; une femme qui frappait un homme était condamnée à une amende de SO schellings, ou portait certaines pierres marquées d'une paroisse dans une autre (art. 6).
Le principal but de l'établissement de la core était de maintenir la paix entre les membres de la bourgeoisie ; aussi de nombreuses dispositions fixent-elles le mode adopté pour réconcilier les parties. Toute personne qui en avait blessé une autre était tenue de lui demander une trêve et la fixation d'un jour pour s'entendre et se réconcilier ; de son côté, le blessé devait accéder à cette demande et pardonner si on lui offrait satisfaction suffisante. En cas de contestation , la partie qui refusait de se soumettre À la décision des échevins et des jurés perdait ses droits et était en outre expulsée de Bruxelles et des terres ducales jusqu'à complète soumission (art i 5). Dan» tout combat, quelque violent qu'il fut, ceux qui ne l'avaient pas provoqué (d'onschuldegé) jouissaient d'une trêve d'un jour et d'une nuit. Ce délai pouvait être renouvelé et même prolongé pendant 1 4 jours, à la première réquisition d'un échevin ou d'un juré (art. i6). La trêve étant accordée, toute menace entre les parties était punie d'une amende de 10 livres (art. 52). Celui qui violait la trêve, tuait ou blessait son ennemi, encourait la peine de mort. Si c'était l'assaillant qui succombait, l'homicide était libéré de toute punition en payant 4 deniers (art. 51). Enfin, prévoyant le cas où une des parties, pour ne pas devoir accorder de trêve , s'absenterait sans constituer un fondé de pouvoirs , la core décidait qu'il y avait trêve à partir du troisième jour après son départ (art. 27).
La plus grande responsabilité était imposée aux propriétaires ou tenants maisons, afin de fermer tout asile aux coupables. Ainsi, de fortes amendes étaient comminées contre ceux qui recevraient sous leur toit un
individu banni enconfonnité delà core(cinq livres, art. i3)ou rétranger qui aurait pris le bien d'un bourgeois (trois livres, art. âO). Si un infiracteur de trêve se présentait quelque part, le maître de la maison devait l'inviter à partir, et, en cas de refus, prendre les voisins à témoin de sa conduite. Lui donner asile, c'était partager le crime et encourir la même punition que le coupable (art. 50). L'hôte répondait encore, alors qu'il se trouvait chez lui, du trait d'arc ou d'arbalète parti de sa demeure, à moins qu'il ne désignât le coupable; s'il était absent, tous les gens de la maison étaient arrêtés. Celui qui tirait sur une personne sans la blesser était condamné à payer dix livres pour chaque trait; s'il la blessait, il était tenu pour homicûde (art. 35).
Diantre part, de nombreuses garanties étaient données aux bourgeois pour la sûreté de leurs personnes et de leurs propriétés. Tout habitant qui était attaqué dans sa propre maison pouvait impunément tuer l'agresseur, sauf recours au duc pour la conclusion d'un accord avec les parents ou ks amis du mort (art. 7); toute agression de cette nature était punie d'une amende de dix livres, et la moitié de cette somme était imposée à celui qui privait un bourgeois de la jouissance de son bien (art. il). Entrer sans la permission du propriétaire dans une vigne ou dans une pêcherie , constituait Un délit qui entraînait la peine d'une amende de vingt schellings.
Les articles relatifs à la police défendaient de porter des armes cachées, de vendre le vin dans de fausses mesures ou d'en débiter de mauvaise qualité. Lorsqu'un magistrat ordonnait de fouiller quelqu'un, il n'était pas permis de s'y opposer (art. 8, 9, iO). Enfin, il était interdit d'abandonner un bien à une église ou à un couvent, sans l'avoir préalablement taxé; l'héritier du donateur pouvait, en payant la taxe dans l'année, reprendre le bien ; s'il n'usait pas de cette feculté, le bien devait être vendu, et l'église ou la maison religieuse retirait du prix d'achat la somme qui lui avait été assignée (art. 41).
Tout recours à la force brutale pour obtenir justice était punissable. Le blessé devait se plaindre au juge (ou amman), et, en cas de déni de justice, aux échevins, ou bien à un échevin et à un juré (art. 14). L'accusé avait trois jours pour se justifier (art 23), et le même délai était donné à l'amman pour instruire la cause. A défaut de preuves, le plaignant prétait serment sur l'Évangile, mais seul (art. 27), clause remarquable, en ce qu'elle excluait les eo-jureurs. Enfin, toute récrimi-
TOHB r. 5
nation contre un jugement prononcé était punie d'une amende de 20
schellings (art. 24).
Cette loi criminelle, dont les dispositions ont tant d'intérêt pour la connaissance des mœurs du xiii" siècle, fut accordée et scellée le 9 juin 1229, 14 nuits ou 15 jours avant la Saint-Jean ^ Les dispositions finales (art. 42) sont les plus remarquables sous le rapport historique. Il y est statué que si un vassal ou homme improbe (de condition inférieure), de l'un ou l'autre métier, venait à injurier, au sujet de cette loi, une personne honnête (notable), et qu'il reçût de cette dernière un coup sur la mâchoire, il n'aurait aucun droit de porter plainte de ce chef. Ensuite il est stipulé que, lorsqu'ils en auront reconnu la nécessité et la convenance, le duc, ses vassaux, les écfaevins et les jurés pourront, de commun accord, ajouter de nouvelles dispositions i la ceure. Enfin, il est dit que la ville a adopté ce code pour le terme de trois années, à condition que le souverain et les siens ne lui feront aucune violence, et que tout sera jugé et traité par jugement et par sentence échevinale ^.
La clause qui borne à trois années la durée de la ceure, clause qui ne se retrouve pas dans le texte flamand, fut probablement renouvelée par la suite, puisque cette loi a toujours été considérée comme la base de la législation locale. La promesse de ne les traiter que par jugement fut ratifiée cinq années plus tard, dans une charte octroyée aux bourgeois de Bruxelles, à leur demande, « et dans leur intérêt (considérant, art. 5 et 5). » Par cette charte datée du 50 mars, deuxième. férié avant le dimanche des Rameaux, 1 23 5 (1 254, V.-S.), le duc arrête que, chaque année, dans les huit jours avant la Saint-Jean-Baptiste, les échevins et les jurés sortant de fonctions éliront sept nouveaux échevins et treize
1 Elle se trouve en flamand dans la plupart des cartulaires de la ville et dans le Luystcr van Braband, l c. bl. 37. Le texte latin se trouve après l'autre dans le registre intitulé : de Slad Coren van Brtiesele (manascrit du xiv* siècle), et imprimé dans Marshall, Bibliothèque des Antiquités belgiques,
* Si vero occasione istius electionis aUquis vassallus vei improbus de quoquo officie alicui honeste persone turpiter colloquitur, si percussionem maxiile reciperit pro nichilo reputabitur. Sciendum preterea quod si dux cum hominibus suis et scabinis et juratis potest invenire quod utile et burgo et burgensibus id poterunt addere huic electioni ut pax et eiectio fîrmiter subsistât. Sciendum etiam quod banc electionem eligit sibi oppidum Bruxellense per consensum nostnim per annos très observare sub ea conditione quod secundum eam regetur et ultra eam nuUam patietur a nobis nec a nostris violentiam sed omnia fient et tractabuntur per judicium et sententiam scabinorum, hoc eis libère eonsensimus.
nouveaux jurés (considérant et art. i). Les candidats dont le prince refusera d'homologuer l'élection seront remplacés par d'autres âus de la même manière (art. â) ^. L'art. 4 porte que les édievins payeront leur part dans les charges publiques d'après la valeur de leurs biens, et que, quand le duc les requerra pour une expédition, ils le sui\'ront à leurs fraisa
Ces dispositions libérales sont extrêmement remarquables pour une époque où l'esclavage et la barbarie dominaient encore dans presque toutes les contrées de l'Europe, où les recours à la violence étaient encore si communs. Dans la même année 1255, on vit un noble de premier rang, Guillaume, issu de la race des Berthout, devenu, par mariage, seigneur de la belle terre d'Âsscbe, demander pardon de ses vexations aux religieux d'Afflighem. Le spectacle d'un chevalier, puissant par le grand nombre de ses parents, par l'illustration de ses aieux et par l'étendue de ses domaines, allant pieds nus, tête nue, couvert seulement d'une chemise et d'un haut-de-chausses , s'age* nouiller devant des moines.^, devait frapper ces tyrans féodaux, qui ne connaissaient d'autre loi que la force, et qui trop souvent ne voyaient dans un monastère qu'une mine à exploiter, un gîte toujours ouvert à eux, à leur famille et à leur suite. Des rois détrênés par l'influence du saint-siége, des populations entières attaquées et détruites sur un ordre de Rome, exemples terribles mais nécessaires alors, étaient là du reste pour leur prouver qu'il y avait un pouvoir contre lequel leurs glaives ne pouvaient que s'émousser.
Le duc Henri V mourut à Cologne le 5 septembre i25.S, après avoir assisté au mariage de Frédéric II et d'isabeau d'Angleterre, lais-
* Ut de anno in aonam semper infra octo dies ante festum Beat! Johannis Baptistae, qaolibet anno novos eligant Scabinos et trededm Jnratos, de quibus haac snbnotata forma de csetero m antea observabitur. Videlicet : Quod ilU tredecim Jurati et septem Scabini sîngulis annis ante festum Beati Johannis Baptisise infra dies memoratos sub periculo juramenti nobîs et oppido praestili sincerâ conscientiâ novos eligent Scabinos et Juratos et illos nobis praesentabunt instituendos et ponendos. Ita tamen qnod si aUquis prasentatorum nobis non placnerit , alium eligere et nobis pnesentare tenebuntnr , quoadusqoe plénum numenim habeant Scabin<vam.
• Luytter van Brabant, 1. c. bl. i3. — Diplom, Bdg., 1. 1, p. 420. — A Ththo. s Diplême du 5 avril, in Gœna Domini 1234 (1235 M.-S.). — Opéra DipUm.,
i. II, p. 8»2.
sant la réputation d'un prince vaillant et habile. Quelques jours après sa mort, son fils aine déclara à la ville d'Anvers que l'avoué d'Arras, seigneur de Béthune et de Termonde, et Amould d'Audenarde, avaient annoncé leur arrivée à Lessines avec l'argent dû aux Bruxellois par les habitants de Saint-Quentin; il promit de relâcher les otages donnés par ceux-ci aussitôt que l'argent serait arrivé à Bruxelles ^. Cet événement, sur lequel nous n'avons aucun autre renseignement, montre que les Bruxellois étaient devenus assez puissants pour ne pas se laisser impunément léser dans l^irs intérêts ni dans leur honneur.
Déjà célèbre par ses faits d'armes, au nombre desquels on doit placer la prise de Randerode et la défiadte des Stadingers, Henri H monta sur le trône à un âge très-avancé ^ et il l'occupa environ douze années. Le point saillant de son caractère était une ardente piété, en harmonie avec les idées du siècle. Digne de ses nobles aïeux, il gouverna le Brabant avec modération, et lui donna de sages lois. Il prouva k la fois sa magnanimité et sa puissance en refusant l'empire que lui oflErait un parti nombreux et en procurant la pourpre à deux de ses parents, Henri de Thuringe et Guillaume de Hollande, qu'il soutint contre l'empereur Frédéric II et son fils Conrad.
On a peu de données sur l'administration de ce prince. Il soutint au sujet de la terre de Daelhem, située au delà de la Meuse, entre Maestricht et Liège, de longues guerres contre l'archevêque de Cologne dont il assiégea la capitale, et (acquit enfin, en iâ44, cette terre par une transaction dont l'exécution fut garantie par les communes de Louvain, Bruxelles, Anvers, Tirlemont, Léau et Bois-le-Duc, assemblées dans la première de ces villes '.
Au lit de mort, Henri II réunit autour de lui ses vassaux et les hommes religimx de sa terre; après avoir délibéré avec eux, il déclara que dorénavant les habitants du pays seraient libres de l'exaction on extorsion dite mainmorte, c'est-à-dire qu'à leur mort on ne pourrait plus enlever aux serfs leur avoir ^ ; que les enfants naturels auraient la faculté
< Anvers» le SI septembre, Jour de Saiat-Mathiea 1255.— Saint-Génois, Emoi de Diplomatique pour le Brabant, p. 6.
* On dit qu'il naquit à Bruxelles en 1188. Il aurait eu par conséquent 47 ans ï son avènement au trône. Voyez Ménager det Sciences historiquee, année 1832.
> Le 15 mars, dimanche Oculi 1245 (1244 N.-S.). BiJTKnfs,t.I, pr., p. 86 et 87.
* G*est ainsi qu'on doit expliquer le droit de mainmorte.
DE BRUXEIXES. 6i
de disposer de leurs biens ; que les baillis (ou ammaus, maïeurs , etc.) devaient gouverner le pays par jugement et sentence des échevins, réservant seulement à ses successeurs et à leurs vassaux la connaissance des cas énormes, tels que meurtre, incendie, rapt, et stipulant des punitions contre ceux qui en agiraient autrement. Il déclara en outre que les -dépenses du prince seraient dorénavant modérées de Tavis de ses hommes, et que les exactions ou aides à lever seraient fixées par les hommes sages et religieux; enfin, il ordonna de prélever annuellement sur les revenus du domaine une rente de 500 livres qui serait distribuée en aumônes '.
Cet acte est le premier dans lequel nous ayons vu mentionner la levée de l'impôt dont la r^rtition a besoin d'être expliquée. Les hommes de fief en étaient tout & iait exempts, mais seulement pour leurs terres féodales, parce qu'ils devaient au souverain le service militaire. Par suite de concessions diverses, la plupart des autres habitants du duché ne pouvaient être taxés que dans trois cas : i** pour la rançon du duc, s'O était fait prisonnier. S"* quand l'ordre de chevalerie était conféré à son fils aine, et 5* lors du mariage de sa fille ainée. En toute autre circonstance il fidlait le consentement des barons ou grands vassaux, qui livraient alors au souverain leurs hommes à tailler ^, et celui des villes, qui se chargeaient d'une partie de la somme demandée. A cette époque les monastères n'étaient pas appelés à'donner leur avis en pareille matière : les prêtres, les religieux et les juifs, étaient considérés comme entièrement dépendants du souverain ^. Il en était de même des habitants de ses domaines particuliers, à l'exception de ceux qui avaient des firanchises.
C'est au temps de Henri II que remonte le dernier acte d'affranchissement que nous ayons trouvé pour Bruxelles et ses environs. Arnoul,
* Cet acte est daté de Louvain, le 22 Janvier, jour de Saint-Vincent 1347 (1248, N.-S.). Botkeiis, t. I, preuves, p. 89. — Opéra Diplom., t. I, p. 203.
* Dans un diplôme du duc Jean il, de l'an 1300, on lit cette expression : «c Quando barones terrae Bral)antise homines suos nobis concesserunt talliandos. » Sanderus, Chorog, Sacra Brab., t. I, p. 340.
' « Voort wilien wi, dit la landcewre de l*an 1202 {Luytter van Brabant^ 1. c, bl. 37), dat Moneke, Nonnen, Papen en alrehande Ordenen, Lombarde ende Joden, » wt onsen Lande ende V^arande, ende onsen Rechteren, wat dat men aen hen » doen, dat t'onsen wUle si. »
Si Ton voit figurer des prêtres ou religieux dans des actes, ce n'est point comme représentants de leur ordre, mais comme conseillers particuliers du prince.
e% HISTOIRE
sire d'Aa, j fait don à l'autel de Notre-Dame de la Chapelle, d'Amoul de Pede et de ses sœurs Ide, Marguerite et Hdewide, et leur octroie toute liberté pour eux et leur postérité, avec promesse de protection, à la seule condition de payer un cens à l'église ^
Henri II mourut dix jours après avoir fait son testament politique. Son 01s, qui portait le même nom, avait à peine pris en main les rênes du duché, qu'il alla joindre l'armée de son cousin le comte de Hollande. Il assista à la prise d'Aix-la-Chapelle (1^ novembre 1249), où Guillaume fut couronné roi des Romains par le légat apostolique, en présence de la plupart des princes laïques et ecclésiastiques de la Basse-Allemagne. Pendant le règne de Henri III, le Brabant jouit de la plus parfaite tranquillité, tandis que les états voisins étaient en proie aux déchirements de la guerre civile et étrangère.
Un nouveau mouvement se manifesta alors dans les villes de ce duché. En voyant grandir leur importance et leurs richesses, elles comprirent la nécessité de s'unir entre elles. L'échange de promesses de secours resserra les relations de leurs habitants et leur montra les forces qu'ils pouvaient puiser dans une étroite alliance. Ainsi les voyons^nous arrêter de commun accord des mesures contre les tisserands ou foulons qui, prévenus d'avobr troublé la tranquillité d'une commune, chercheraient un asile ailleurs. Les villes contractantes promettaient de les bannir et, après la publication de la sentence, il était défendu de les loger plus d'une nuit ou de leur donner k manger, sous peine de 20 sous d'amende pour chaque contravention au traité. Il était également défendu de les admettre dans un métier; celui qui les recevait devait être privé de sa maîtrise ^. On doit conclure de ces dispositions que l'accroissement incessant des ouvriers employés à la fabrication des étoffes de laine, effrayait la bourgeoisie qui les avait déjà vus sans doute plus d'une fois soulevés contre elle.
L'effet de cette union se décela encore en 1259, quand les villes
< Février i249 (1250 N. S.). Histoire mst. de la Chapelle.
* Promesse des justicier , échevins et université de la ville de Bruxelles aux échevins et bourgeois de la tille de Diest, datée du 48 juin, sixième férié après la Saint-Barnabe, 1249. Boeck metten Cnoope, f 39 v. Àrchivet de la Fille, — Id. des amman , échevins et bourgeois de Bruxelles aux écoutète , échevins et bourgeois d*Anvers, datée du 11 juin, sixième férié après l'octave de la Sainte- Trinité 1249. Bibliothèque de» Àntiquitét belgiques, t. II, p. 40.
d*Anyers et de Malines se contestèrent la possession du droit d'étape du sel, du poisson et de Tavoine ^ Henri III voulait l'assurer à Malines, qui lui avait été donnée en engagire par Tévèque de Liège (1249), mais presque toutes les villes du Brabant et celle de Ziericzée en Zélande, soutinrent que la viUe d'Anvers était en possession de ce droit. Bruxelles entre autres déclara que les plus vieux {seniores) de ses habitants qui avaient trafiqué ou trafiquaient en sel, avaient attesté que le marché de cette denrée avait toujours été à Anvers et devait y étre^. Il ne parait pas qu'en présence de cette opposition Henri III ait persisté dans ses projets.
L'union produisait trop d'avantages pour qu'elle ne s'étendit pas rapidement. Le commerce étant menacé par les troubles qu'avalent fomentés en Allemagne les querelles de Frédéric II et des papes, on vit se former, à cette époque, de puissantes confédérations de princes et de villes, pour la protection des marchands et des voyageurs. Un traité d'aUiance entre le due Henri III et la ville et le pays de Cologne statua que les marchands des deux pays y circuleraient dorénavant sans entraves, et que les débiteurs seraient jugés par les échevins du lieu où ils avaient contracté leurs obligations. Cet acte important fut scellé par Henri et par les villes de Louvain et de Bruxelles, dont les députés étaient déjà, comme ils le furent encore longtemps après, les représentants ordinaires des bourgeoisies brabançonnes ^.
Sous le règne du duc Henri III deux congrès furent assemblés à Bruxelles. Dans une première réunion présidée par le légat du salntsiége Pierre, évéque d'Albano, et à laquelle assistèrent les évéques de Cambrai et de Châlons, ainsi que plusieurs princes et un grand nombre de chevaliers, furent aplanies les diflScultës qui s'étaient élevées entre le roi des Romains GuiUaume de Hollande et Marguerite de Constantinople, relativement à la prestation de serments qu'ils se devaient mutuellement, celle-ci pour la Flandre impériale, celui-là pour les iles de la Zélande, fief de la Flandre. On s'occupa aussi dans cette assemblée des droits des d'Avesnes
* On sait que les patrons des bateaux portant de ces denrées devaient , en suite de ce droit, les décharger et les eiposer en vente, au lieu d'éUpe, avant de les conduire dans rintërienr du pays.
* Déclaration des éche vins de Bruxelles en date du 1<^' septembre 12 59. A Ththo, partie II, titre 6, c. 15.
» A Louvain , le 13 décembre , jour de Sainte-Lucie 1251. A Thybo. — Placeaetenvan Brabant, 1« deel, bl. 545.
et des Dampierre à la succession de Marguerite. Le 19 mai 1350, un traite fut conclu entre Guillaume et Marguerite, et plusieurs actes furent arrêtés, pour en assurer l'exécution ^ Mais cette paix fiut de courte durée; enfin, après la mort de Guillaume qui périt dans une expédition en Frise, Louis IX de France et le duc de Brabant amenèrent les partis ennemis à des voies de réconciliation. De nouvelles négociations eurent lieu à Péronne, puis à Bruxelles en 1356. Le 10, le 15, le 1 4 et le 31 octobre, furent échangées les ratifications des conventions arrêtées entre Marguerite d'une part, Florent, tuteur du jeune comte de Hollande, et les d'Avesnes de l'autre ; ceux-ci furent déclarés héritiers du Hainaut ^.
A cette époque, où le ferment des idées levait partout dans nos provinces, les communautés religieuses se distinguaient par leur esprit d'lndé> pendance. On en voit un exemple dans la conduite du chapitre de Sainte- Gudule à l'égard du cardinal Georges qui avait cru pouvoir, en vertu d'une délégation apostolique, disposer de ses prébendes. Les chanoines recoururent au duc, qui leur promit, par acte daté de Louvain le 5 sept^nbre 1 255, de ne pas tolérer d'usurpation sur leurs biens ^, et ils. forcèrent ainsi le cardinal de révoquer sa donation ^. Quelques années plus tard, quand le pape Alexandre lY autorisa les religieux de Goudenberg à accepter la collation d'une prébende à Sainte-Gudule, il eut soin d'ajouter qu'il fallait le consentement du duc et du chapitre ^.
Le gouvernement de Henri III parait avoh* été sage et prudent, bien que le manque d'argent l'ait porté quelquefois à des mesures injustes : en plusieurs endroits il s'empara des biens conununaux ou pâtures communes, et des dîmes des terres nouvellement défrichées ^. Mais voulant avant de mourir réparer ses usurpations et ses violences,, il ordonna par son testament la restitution des dîmes novales, des eaux, bruyères et pâtures communes, à ceux qui les possédaient de droit; il voulut en outre que son argent et ses meubles servissent à payer ses dettes, et que 2,000 livres fussent annuellement prélevées sur les revenus de son domaine, pour réparer les torts qu'il pouvait avoir causés. Dans cet acte
^ Voyez Saint-Gemois, Monumentt essentielleînent utiles, p. cggcglxxii.
* Voyez Saint-Genois, 1. c, p. cgccclxxxiii et Pairies du Hainaut, p. cglti.
5 Brahantsche Yeesten, l. I, Codex, n° 50, p. 653.
« Cologne, le 25 décembre Jlâ53. Ihid,, 1. c, n» 51, p. 654.
» Opéra Diphm.^i. II, p. iOOl.
« BUTKENS, t. I, p. 959.
DE BRUXELLES. û%
remarquable, il déclara aussi que dorénaTant tous les hommes de la terre de Brabant seraient traités par loi et sentence, et exemptés de taille, exaction et précaire^ enfin il arrêta quelques mesures relatives au voeu qu'il avait fait d'aller à la Terre-Sainte \ il mourut le 36 février 1 â6i après un règne de treize années.
Malheureusement pour le pays, Henri III ne laissait que des enfants en bas âge '. La duchesse Âleyde de Bourgogne, qui prit en mains les rênes du gouvernement, ne tarda pas à se voir disputer le pouvoir. Henri landgrave de Thuringe, fils du duc Henri 11, le lui contesta d'abord sans succès; Henri de Louvain, seigneur de Gaesbeek, et petit-fils du duc Henri 1^, ne réussit pas mieux et fut expulsé par force du pays; enfin Othon, comte de Gueldres, et Henri son fils, évéque de Liège, obtinrent une certaine part dans l'administration. Au milieu de ces conflits d'ambition, les villes ne restèrent pas inactives. En plusieurs endroits, à Bruxelles entre autres, on vit reparaître k côté des échevins les anciens jurés, qui probablement avaient été abolis sous le règne de Henri IL Rétablis une seconde fois pendant une minorité orageuse, ils ne pou* valent se maintenir après l'avènement d'un prince actif et audacieux. Aussi disparurent-ils vers le milieu du règne de Jean I^, laissant les échevins jouir d'une puissance incontestée et d'autant mieux assise qu'il était en leur pouvoir de la rendre perpétuelle, puisqu'ils nommaient eux-mêmes leurs successeurs ^.
< Charte du 24 février, jour de Saint -Mathias , 1260 (1261 N. S.). Buteens, preuves, p. 09, etc.
> Henri, Jean, Godefroid, Marie, depuis femme du roi de France Philippe-le- Hardi. Henri et Marie étaient nés à Louvain ; Jean , depuis surnommé le Fictarieux, et Godefroid , tige des seigneurs d^Âerschot, à Bruxelles. Chronicon Nivcl' lente de la fin du xiii« siècle, à la suite du fttux Chtldebrand, de Chifflet (in-4<>, 1659» 153.
3 La dernière mention des jurés de la première période date de Tan 1234. Ils reparaissent en 1261 et on les voit, de concert avec les échevins, donner un règlement à i'hèpital Saint-Nicolas en mars 1263 (Notulen raeckende de sack broedcrs ende de hroedere van S, Niclaee gasthuys, etc. Mss. de la Bibl. de Bourgogne); dresser des statuts pour l'hôpital Saint-Pierre en décembre i^6^(Cartul.dê Saint- Pierre) ; régler un différend existant entre lee abbayes de Forêt et de la Cambre en 1267 (Carhdaire de la Cambre). Ils sont encore mentionnés dans le renouvellement de l'alliance des villes de Cologne et de Bruxelles en 1 270, et ils paraissent l*ètre, sous le nom dejudicee ou juges, dans une promesse fbite par la ville de Gand & nos magistrats en 1276 (voyez plus loin); mais dès 1282 il n*en est plus question,
TOSK 1. 6
Dans une assemblée tenue à Cortenberg, les villes du Brabant se promirent réciproquement aide et assistance. «< Regrettant que l'audace de quelques insensés eût autrefois excité entre elles la discorde et la haine, et reconnaissant les suites funestes de ces dissensions, elles déclarèrent avoir arrêté, après de nombreuses délibérations, les moyens d'entretenir la paix, comme il convient à toutes personnes honnêtes et surtout à des compatriotes. Elles mirent à néant, en sœurs , toutes haines et tous dissentiments, et se jurèrent amitié et alliance. Après avoir décidé que les querelles s'élevant entre des habitants de deux villes différentes, seraient jugées par les échevins et jurés des deux parties, elles se garantirent le maintien de leurs droits contre tous, sauf l'autorité du duc et de ses héritiers. Enfin, elles s'engagèrent, dans le cas où l'étendue du duché, ou les droits du souverain seraient amoindris, à prévenir le duc qu'il pouvait compter sur leur aide, et à protester, jusqu'à réparation, contre ces usurpations qui devaient être considérées comme torts parti* culiers à toutes les villes. » Bruxelles se lia par des actes semblables avec Louvain, Tirlemont, Anvers, Lierre, Herenthals, Sichem, Jodoigne, Haelea, Yilvorde, Léau, Nivelles, Incourt, Aerschot, Gembloux, Turnhout *.
Dans les commencements de son administration, Aleyde se suscita encore de nombreuses difficultés par les exactions qu'elle se permit. Les monastères furent écrasés de taxes, et les juifs, que rien ne protégeait, eussent été, sans le docteur Thomas d'Aquin, entièrement pressurés. Cet homme éclairé, qui savait s'élever au-dessus des préjugés de son temps, insista vivement pour que la duchesse ne vendit pas les places, parce que ce serait, disait-il , les livrer à des hommes cupides. Il l'engagea à faire restituer par ses officiers l'argent qu'ils auraient extorqué, ajoutant qu'elle pouvait bien lever des exactions (impôts) pour le bien ou la défense du pays, mais non pour des causes frivoles : « les princes étant >» institués par Dieu lui-même, non pour leur propre avantage, mais » pour le bien du peuple ^. »
*■ Voyez dans le Boeck met den Haire, f* 35, Talliance des échevins, jurés et communautés de Louvain et de Bruxelles, datée de Cortenberg le 24 juillet 1261, veille de Tapôtre saint Jacques. Elle est de la même teneur que Talliance d'Anvers et de Turnhout, k Cortenberg, le 28 janvier, samedi avant laPurificaUon de la Vierge 1261 (1262 N. S.), insérée dans les Opéra IHpL, t.I, p. 428.
^ Principes terrarum sunt à Deo instituti, non quidem ut propria lucra quserant,
Des troubles sanglants qui éclatèrent à Louvaiu, où Ton vit deux partis se proscrire tour à tour, et une guerre civile dans le duché, ensanglantèrent les dernières années de la régence. Le jeune Henri n'ayant ni les qualités morales, ni la force physique nécessaires à un prince, la duchesse voulut faire reconnaître comme souverain son second fils Jean. Les habitants de Louvain, unis au seigneur de Wesemacl, refusèrent d'entrer dans ses vues et fermèrent leurs portes au jeune prince et à sa mère. Une lutte de peu de durée amena la soumission des Louvanistes. Jean fut solennellement reconnu dans une assemblée des nobles et des députés des grandes et des petites villes, tenue à Cortenberg ^ avec l'approbation du roi des Romains, Richard ^. Le nouveau duc entra ensuite dans Louvain et lui confirma ses privOéges par une charte que scellèrent les seigneurs de Malines, deDiestetdeWesemael, et la ville de Bruxelles^. Un historien louvaniste rend justice à cette dernière cité en disant qu'elle n'aurait pas fait plus pour ses propres intérêts qu'elle ne fit en celte occasion pour amener la paix ^.
Nous n'entrerons pas dans le détail des premières luttes soutenues par Jean I^. Il nous suffira de signaler sa querelle avec l'évéque de Liège, ses campagnes contre quelques seigneurs turbulents, son intervention dans la guerre de la Vache. Ses mariages successifs avec Marguerite de France, morte en i271, et Marguerite de Flandre, morte en 1284, resserrèrent les liens qui l'unissaient aux souverains, parents de ces princesses. Il fut d'ailleurs presque toujours en paix avec ses voisins et sut déployer à la fois une conduite prudente et un caractère chevaleresque. Nul prince n'aima plus les tournois, et ne sut mieux captiver les cœurs par son affabilité, sa libéralité et ses manières aimables. A ces qualités il joignait l'art du poëte, et il nous a laissé quelques vers où se peint son amour des dames. Sa sœur Marie, qui devint reine de France, avait les mêmes goûts. La poésie flamande était alors dans tout son éclat
sed ut communem populo utilitatem procurant. Voyez les conseils de saint Thomas à la duchesse, dans les Nouvelles Arch, historiques du baron de Relffenberg, tl,p. 17.
^ On cite entre autres villes : Bruxelles, Tirlemont, Léau, Anvers, Lierre, JodoigneetGembloux.DiYiBOS, RerumBrabanticar,,\iiiTe XI, page 121 et livre XII^ p. 122.
* BuTUNs, 1. 1, preuves.
» Louvain, 29 juin 1267. Brabanlsche Yeesten, t. I, Codex, n« 62, p. 66i.
* DiVAUS, Rerum Lovaniens, L. HI, c. 4, p. 99.
£t produisit plusieurs poëmes dans lesquels sont chantés les faits d'armes
des Brabançons.
Au eommencement du règne de ce prinoe, le pays se trouvait dans une situation florissante, et la rareté des guerres permit à la population de se développer rapidement. L'administration communale de Bruxdies renoua à cette époque quelques liaisons interrompues pendant la minorité de Jean V. Une rupture avait éclaté entre elle et les magistrats de Cologne, par suite de l'arrestation de marchands des deux villes qui avaient été emprisonnés et rançonnés. Ce difiérend fut apaisé, et FaDcienne alliance de Bruxelles et de la capitale des pays rhénans fut renouvelée et resserrée \ En iâ74, la première de ces villes conclut encore avec Gand, un traité dirigé contre les tisserands, les foulons ou autres habitants qui, après avoir conspiré contre l'une de ces cités, chereheraîeni un asile dans l'autre ^.
Quelques années plus tard, les éehevins, les doyens et bail de la gUde, ainsi que tout le conseil de la ville ^, réglèrent, du consentemoit des foulons, tant maîtres que valets, la manière de travailler les draps. Ce règlement ne contient qu'une seule disposition politique : elle défend an métier de s'assembler et de faire des collectes sans l'autorisation de la gUde et sans la présence du valet de ce dernier corps ^. C'est la première ordonnance municipale, concernant un métier, que nous ayons trouvée.
Bruxelles était parvenue à cette époque à un tel état de prospérité, que sa population avait partout franchi les limites de son enceinte. Les alentours du Forum ou grand marché étaient couverts de maisons au milieu desquelles se dressaient fièrement les demeures des patriciens , orgueU-
< Lettre des juges, échevins, consuls (ou conseillers), et sutres citoyens de Cologne aux juges, échevins, jurés et autres citoyens de Bruxelles, en date de Toclave de Pâques, avril 1270. Brabantsche Ycesten, 1. c, n* 73, p. 665. — A Thymo, partie 3, titre I, c. i.
* Lettre des justiciers et université de Gand à leurs prudents et honnêtes amis, les irès-chers juges, échevins et bourgeois de Bruxelles, datée du 22 mai, 1 1 des calendes de juin, 3* férié avant la Trinité 1274; — et lettre semblable de ceux de Bruxelles, de la même teneur et du même jour. A Ththo, 1. c, c. 9.
s Quel était ce conseil de la commune ? Ce ne pouvaient être les jurés ; dans notre opinion on doit y voir les commencements du large conseil, JVydertrRaedt, ou second membre ; il se composait, croyons-nous, des échevins et doyens de la gilde sortis de charge.
^ Ordonnance faite au siège commun de la gilde, au mois de juin {Braemaent) 1281, on selon d*autres copies 1282. A Thtmo, 1. c, c. 10.
leuses de leur tour, signe distinetif de la noblesse de leurs propriétaires. Là se trouvaient une foule d'édifices de tout genre : les maisons des lignages, les halles au pain, aux draps, à la viande, au poisson; les hôpitaux de Saint-Nicolas, de Saint-Jacques, de Saint-Jean, etc. La place elle-même et les principales rues avoisinantes étaient encombrées d'échoppes assignées par le duc à quelques métiers, moyennant une redevance annuelle. Il n'en était pas de même des quartiers de la cour et de Sainte-Gudule : le premier n'était animé que pendant le séjour du duc; l'aspect solitaire du second se ressentait du caractère de ses principaux habitants.. Au dehors de la première enceinte, tandis que le Maraisaux-Bettes {Warmoesbroeck) \ la Vallée des Chevaux [Orsmdaet) *, le lieu dit Albœm, Tout-Arbres*, et celui où fut depuis le Parc, ne présentaient que des prairies, des jardins, des vergers et des vignes, à peine coupés par des chemins bordés de rares maisons; la banlieue de la commune, vers le sud, se couvrait de nombreuses habitations, surtout à micôte aux environs de l'église de la Chapelle, dans toute la longueur de la rue Haute jusqu'à Saint-Gilles, qui était également très-peuplé. De vastes prés où séchaient les draps et les toiles s'étendaient depuis cette grande artère de communication jusqu'à la Senne, et avaient Mi donner à ce quartier le nom de la Blanchisserie {Ter Blykerye). Au delà de la ' rivière, près du chemin d'Anderlecht, au Moulin-Supérieur [t'Choermolen)^ à la Petite-Croix [ten Cruyskene), au Moulin du Pré (ter Driesckmokn), où s'étaient établis les foulons, la population était compacte, et, dès cette époque, les inondations y avaient tint creuser un fossé qui entourait ce quartier et servait à la fois de moyen d'écoulement et de moyen de défense ^. Un autre courant artificiel ^ et des fortifications appelées plus tard les Petits ou les Petits Vieux Remparts ®, protégeaient, plus loin, le
*■ Aujoard'hnl rae Neuve, me dn Meyboom et enviroBs.
' La rue de Scbaerbeek. /Tor^e signifie eDcore cheval en anglais.
' L'espace entre les rues de Scbaerbeek et de Louvain.
* D'après ce que nous avons dit plus haut, en parlant des foulons, il est évident que ce quartier a été peuplé de bonne bem'e. En 1321 il y avait déjà, au lien dit ten Cruyskene, une prise d'eau et des fortifications composées de haies et de barrières, dites Eamêyde : c ApudCrulskene juala hameydam,.... De wariscapio prope n ulUmam hameydam. » Livre Cental de 13^1. Àrchiws du Royaume.
> Nons nous étendrons sur ce cours d*eao dans notre troisième partie.
« Parva fossata. Acte de 4367, aux /érchives de la Fille. Cleyne oude Vesten. Acte de 1191. Cartulairc de Coudenbery. C*est de cette époque que datent la
monastère des Dame&*Blancbes et le Béguinage. Tels étaient les faubourgs ; les autres dépendances de la commune : Molenbeek, Ten-Noode, Ixelles, éloignées et peu importantes, comptaient à peine quelques habitations. Pour faciliter les communications entre les parties intra et extrormuros, de nouveaux passages furent ouverts dans les fortifications; c'est alors que furent construites les portes aux Bettes ou Herbes-Potagères ( Warnwes-Poorte) *, de Ruysbroeck (Ruysbrœck'-Wyket) ^, du Lion (Sfeci£«- Wyket)\
Un violent incendie qui détruisit, en 1276, le tiers de la ville ^, ne parait pas avoir arrêté cet élan de prospérité toujours croissante.
Des premières années du règne de Jean I*' datent un grand nombre de diplômes relatifs aux anciens établissements religieux et aux petites corporations qui s'étaient formées dans les derniers temps ; l'origine de ces corporations est fort obscure. Depuis une trentaine d'années on avait vu s'établir en ville : en 1227 ou 1231, les Récollets, auxquels fut cédé un terrain près de l'hôpital Saint-Nicolas et de la Senne, et pour lesquels Jean T' eut tant d'affection qu'il choisit leur église pour lieu de sépulture^, et les Carmes (1249) qui occupèrent, par une concession ducale, un terrain voisin de la porte Saint-Jacques adossé aux murs de la ville. Les religieux de ces deux ordres prêchaient dans les églises, visitaient les malades et vivaient d'aumônes ^. Un couvent de Dames- Blanches, appelées d'abord les religieuses de la porte Notre-Dame, fut fondé hors de la porte de Sainte-Catherine, à gauche delà chaussée conduisant à Molenbeek; ces religieuses y acquirent des biens considérables qui formèrent une petite seigneurie ayant son maire et son banc de tenan-
porte à peine perdu€,ei la petite porte de Laeken, qui fermaient, dans leur milieu, les rues de Flandre et de Laeken.
* Porta dicta Waermoespoirte, 1289. Àrch. de Sainte-Gudule, Elle était située dans la rue dite depuis Hontagne-aux-Herbes- Potagères , près les bains Saint- Sauveur.
* Rusbroek Wiket. CartuL de la Cambre, ad. a. 1390 et passim. Elle était à l'entrée de la rue de Ruysbroek.
s Près de Tancien château à St. Géry, vers le milieu de la rue des Sœurs- Noires.
* In t'selve jaere doen was den grooten brant te Bruessele, zoo dat t' derdendeele verbemde. Chronique de Rouge-CloUre^ ad. a. 1276.
» Voyez Sanoerus, Ckorographia Sacra Brabant., t. III, p. 55. — Gramate, Bruxella, «Sanderus, 1. c, t. 11, p. 284.~Gramate, I. c , p. 7.
ciers (laet hof) \ Plus intéressantes à étudier, parce qu'elles appartiennent essentiellement à notre pays, d'autres communautés se constituèrent comme corps religieux, il est vrai, mais sous de simples vœux, ne se soumettant qu'à la règle mitigée de Saint-François. Tels étaient les Begards ou Bogards, les Frères Saccites, les Béguines, tous connus sous le nom de frères ou sœurs de la pénitence. Les Bogards, association de tisserands infirmes qui vivaient en commun du fruit de leur travail, se fixèrent dans les lieux habités par leurs confrères du métier. La rue des Bogards en aprissonnom. Jean T' changea, dit^-on, en i 277 leur hàpital en couvent ^ Les Saccites ou frères au Sac ', dont la chapelle, dédiée à Sainte-Marie- Madelaine, est aujourd'hui un oratoire public, conclurent en i 27i , avec le chapitre de Sainte-Gudule, un concordat pour leur admission en ville ^. Mais ils ne jouirent pas longtemps du bénéfice de cet acte : leur ordre fut supprimé en 1276, par le pape Grégoire X, dans le concile de Lyon; ils obtinrent toutefois la faculté de rester dans leur couvent, sans admettre de novices. Les Béguines, communauté formée de filles qui ne s'astreignaient qu'à des vœux temporaires d'obédience et de chasteté, peuplèrent un vaste terrain situé entre la chaussée de Laeken et le monastère des Dames-Blanches^. Le Béguinage, appelé de la VignCy et composé de plusieurs rues et de jardins, eut son église particulière et indépendante de toute parcMSse ®, son moulin à eau '', son infirmerie pour les pauvres malades ® et sa fondation dite de Terldsten, dont les revenus étaient distribués aux
* Acte d'admission dans la paroisse de Mo1enbeek,en dale du mois d'octobre 1 238. HmjBOS, Opéra Diplom,, t lY, p. 401. — Sanderus, l. c, p. 136.
* Vojez un accord entre les tisserands et les religieux bogards, de Tan 1633. jérchiv, de la Fille, — Mémoire de M. de VàUriola iur l'admission des ordres mendiants à Bruxelles, Mss. de la Bibl. de Bourg.
s Zackbrocderen et non pas Sokje-brœders, frères aux-chaussons, comme on le dit d'ordinaire.
* Archives de Sainte-Gudule,
^ Le plus ancien acte qui atteste Texistence des béguines de Bruxelles est une balle du pape Innocent IV, de Tan 1245, les autorisant à dire les offices. Sanderus, 1. c, t. m, p. 227.
0 Par concession du chapitre et du curé de Molenbeek en avril 1252 . Sanderus, 1. c. — Archives de Sainte-Gudule.
^ Par octroi de Jean !«' de l'année 1290. Chronique de Fan Assche^ citée dans celle de De Blaye. Mss. de la Bibl. de Bourg. Cette chronique se trompe en disant que c'était un moulin à vent.
* Elle (ùt b&tie par le duc Jean I»' en 1204. -Gramatb, BruxeUa.
pauvres sœurs de la communauté. Jean T', qui fit diverses concessions aux béguines, approuva, en 1271, leurs règlements ^ et, en 1275, la convention par laquelle le chapitre de Sainte-Gudule renonça, en faveur de Fabbaye de Saint-Bernard, à la juridiction qu*il exerçait sur elles ^.
Plusieurs communautés naquirent aussi dans des hôpitaux ou hospices. Ainsi, la fondation de Saint-Nicolas servait à l'entretien de quelques personnes qui y vivaient sous la direction d'un prêtre ; elles portaient un habit, un capuchon et d'autres vêtements de couleur terne, qui servaient à les distinguer des laïques. Sur les demandes pressantes de l'évéque Nicolas, la commune leur défendit tout négoce et leur enjoignit de ne plus s'absenter. Elle résolut en outre de ne pas remplacer les frères qui décéderaient, afin de pouvoir rétablir l'hospice et y recevoir, comme par le passé, les pauvres voyageurs ^. Â l'hôpital des Douze-Apàtres, qui avait pris le nom d'hôpital Notre-Dame, avait été annexé un couvent des deux sexes. Le même évoque y introduisit une règle sévère, établit la clôture et sépara complètement les frères et les sœurs *. L'hôpital Saint-Jean, et la léproserie de Saint-Pierre considérablement accrue, étaient également sous la direction d'une confirérie du même genre ^.
Nous ne parlerons pas des hospices fondés à cette époque (Terarken, etc.) Il y aura pour chacun d'eux un article spécial dans notre troisième partie.
Dans le même temps, presque tous les temples de la ville recevaient de notables embellissements. On travaillait toujours à Sainle-Gudulc; mais ce grand ouvrage n'avançant que fort lentement, Jean V^ ordonna d'y consacrer le produit des deux premières années de vacance des prébendes et de l'écolàtrie ®. Le couvent de Goudenberg s'agrandissait d'un terrain allodial acquis du châtelain Léon U'^, et d'une rue condui-
* Opéra Diplotn., t. Il, p. 1006 et 1007. «/6îd., t. m. p. 611.
> Règlement en date du mois de novembre 1 353, dans Mirjeus, Opéra Diphm,, t. ni, p. 115.
* Diplôme du mois defévrier 1255 (1256 N.-S.); dans le même, l. c , p. 610.
B Un acte de Tan 1316 est dressé par les : ir fratres, sorores, ac tota com* » munitas leprosorum . » Cartulaire de Saint-Pierre.
« Diplôme en date du mois de septembre 1273. ^rch. de Satnie-Gudule. — Opéra Diplom., t. IV, p. 256.
7 Acte du châtelain du mois de juillet 1269. Opéra DipUm,, t. I, p. 773.
sant au Borgendael et qui fut dôturëe avec l'apprdmtion du duc ^ A la Chapelle, ou quelques parcelles de la Sainte-Croix attiraient depuis 1 250 des milliers de pèlerins, on fondait de nombreuses chapellenies, entre autres celles dites de Sainte-Croix et de Sainte-Marie-Madelaine, dotées, enl371eti275, par les tisserands et les blanchisseurs établis dans le voisinage ^.
En 1385 éclata la guerre pour la succession au duché de Limbourg. Pendant sept années les rives de la Meuse furent livrées à tous les ravages, et, plus d'une fois, le tocsin appela vers ce fleuve toute la nation brabançonne. La terrible bataiUe de Woeringen, livrée le 5 juin i 388, décida la question en faveur du duc de Brabant, dont les droits furent ensuite confirmés par un traité solennel. Dans cette sanglante journée, la bannière de Bruxelles avaitété portée, à cause du jeune âge du châtelain Gérard, sire deMarbais, par Tamman Arnoul d'Yssche. Amoul fut un des premiers à se précipiter au milieu des ennemis, et ses guerriers déployèrent une rare valeur '• Le triomphe des armes nationales fut célébré avec enthousiasme. En revenant dans sa résidence favorite, le vainqueur fut reçu au son des cloches, par les magistrats, le dergé, les religieux des deux sexes, les béguines, accompagnés de la croix et des bannières paroissiales ^. Jean, qui avait invoqué pendant le combat les Trois Rois (dont les reliques sont conservées à Cologne), fonda en leur honneur, à Sainte-Gudule, une chapellenie à laquelle fl assigna i 6 livres de cens sur des biens situés dans l'Orsendad ^. C'est à tort qu'on lui attribue la fondation de l'église du Sablon et l'institution de la cavalcade appelée l'Ommegang ^.
Jean I"* récompensa largement ses sujets de leurs efforts en sa faveur.
« Diplôme ducal,da mois de décembre 1270. Historia B. Jacobiin Caldenberga, tnctatos 2, de privUegiis, privileg. Y.
s Annaies de CapeUA, p. 11.
> Voyez, sur la guerre du Lîmbonrg, le poëme contemporain de Van Heelu, publié par M. WiWems ;— Iqr Brabantscha Yeesten; — BimEns, 1. 1, pag. 307 et saiTantes, etc.
« \M Velthbm, Spiegel UiitoriaO, L. III, c. 31, p. 174.
s Diplôme du ^ février, Jour de la Purification 1289 (1290. N.-S.)— Bbtiens, tome I, preuves, p. 121.— Opéra DijOom., t. IV, p. 390.— ^rcWwt de Sainte- Gueule.
^ Voyez dans la Revue de Bruxelleê^Aw mois de juin 1841, un article intitalé: VOmmeganek et les autres Fêtée des SermenU de Bruxdlee, par A. Waitters. Toai I 7
En retour de leur or et de leur sang, fl leur accorda divers avantages et de précieux privilèges. Il céda aux poissonniers et aux bouchers de Bruxelles le marché aux Poissons, situé à cette époque entre la Boucherie et la rue de la Colline ^ et ratifia les règlements faits sur la^fïMe par les échevins, de concert avec les doyens et huit de cette corporation^. Enfin, par une charte de la plus haute importance, il confirma la ceure, et déclara que la ville ne servirait plus de caution, et qu'il ne donnerait à .personne, au préjudice d*un autre, un métier ou un emploi quelconque. Il promit de ne plus autoriser le retour d'un individu banni par les échevins, avant qu'il eût satisfait à ses juges, et s'engagea à ne plus établir de péages à un mille autour de la ville sans le consentement de ses conseillers et des échevins. Par le même acte il céda à l'administration locale la balance publique ou waghe, la grue servant au déchargement des bateaux {de crâne) ', et les revenus des portes et des murs, lui permettant ainsi de lever un droit d'entrée et d'affermer les dépendances des fortifications. La disposition politique la plus remarquable de cette charte est celle qui défend aux métiers de s'assembler en commune [maken commoignie onder Aen), c'est-à-dire de se confédérer ou de se former en corporation, sans l'assentiment de l'amman et de la loi. Elle renferme aussi quelques dispositions concernant l'administration de la justice par l'amman, et les poursuites à exercer contre les débiteurs. Si le débiteur ne payait pas sa dette, le créancier avait la faculté de mettre arrêt sur ses biens par-devant l'amman et les échevins; s'il n'y avait pas de biens, il s'adressait aux cautions, et, lorsqu'il ne voyait aucun moyen d'obtenir le payement de sa créance, il se faisait remettre le débiteur ou une des cautions, qu'il tenait au pain et à l'eau ^. En vertu du jugement d'un échevin, l'amman pouvait mettre un bourgeois en possession de
* Cette cession, faite moyennant le payement d'un cens annuel de 30 livres de Louvain et d*un cens spécial de 20 schellings pour Tabandon du droit de vente du poisson de rivière, est datée du 29 mai, jour de la Pentecôte 1289.MARTiREz,/{ecM- Domamael van Brabant, p. 358.
* Diplôme du 3 septembre, samedi avant la nativité de Notre-Dame 1289. Luyster mn BrabarU, 1. c. , bl. 49. — Vaîi Hbblu, édition Willems, Codex, pag. 501 .
' La balance et la grue étaient placées au lieu appelé le Quai {de JTerf), oà fui établi en 1605 le marché aux Poissons et où se trouve aujourd'hui une partie de cette halle et le marché aux Poulets.
« Ende de gène die ene hout, sal hem gevcn borne ende broet. Article ix.
tout bien dtué en Brabant ; les biens compris dans les franchises étaient exceptés de cette règle générale ^.
Les Brabançons avaient accordé à leur prince un vingtième h lever sur leurs propriétés, sauf les habitations et les possessions des chevaliers, écuyers et descendants de chevaliers, restriction qui, libérant entièrement les seigneurs et les familles patriciennes, faisait tomber le poids de l'impôt sur les artisans et les cultivateurs. Par une déclaration qu'on a considérée à tort comme une joyeuse entrée, mais qui est toutefois de la plus grande importance, Jean I"" reconnut que cette taxe lui avait été accordée k en pur don et non de droit, » que les aides levées précédemment devaient être également considérées ainsi, et qu'il n'en serait plus demandé de semblable sans consentement exprès de ses sujets, ordonnant que si lui, ou un de ses successeurs, contrevenait à cette promesse, ceux-ci eussent à s'unir, à s'entr'aider, à user de toutes leurs forces contre lui, enjoignant k ses officiers et cours de justice de les soutenir, et demandant confirmation de cette charte à ses héritiers, aux princes voisins et à quelques prélats ^.
C'est k Jean T' qu'on dut l'établissement sur un meilleur pied de la monnaierie ducale, composée de deux ateliers, l'un de 40 ouvriers à Louvain, l'autre de 50 à Bruxelles '. C'est lui aussi qui fit rédiger, pour les campagnes dépendantes de l'ammanie, une ceure ou code de lois criminelles. Ce code offire un tableau curieux de l'anarchie qui déchirait le pays et de la férocité des mœurs : ses premières dispositions, débris évidents de la loi salique, taxent à 1 00 schellings le villageois qui aura tué un chevalier, et à SO, le meurtrier d'un valet (knape) issu de chevalier (art. 1). Ailleurs la peine de mort et la confiscation sont comminées contre celui qui incendiera, pillera, ou lèvera un cens par force (art. 1 4). Le viol et l'infraction de trêve, étaient punis de supplices afreux : dans le premier cas, la tête du coupable était séparée du tronc par une scie de bois (art. i 5); dans le second cas, il était écartdé (art. 16). Parmi les dispositions politiques, il en est quelquesrunes d'assez remarquables.
1 Charte du 28 septembre, jeudi après la Saint-Mathiea 1290. Luyiier van Braband, L c, bl. i9. Selon Gramaye (ffruxella, p. 32), Jean !«' aurait encore, en 1290, accordé aux Bruxellois le droit de chasse dans la forêt de Soigne.
* 24 mars, mardi après Pâques Fleuries, 1292 (1293. N.-S.).BoTftENS, I. c, preuves, p. 130.
s Juillet 129. Placardé de Brabant, t. 1, p. 200.
La plupart tendent à assurer a^ux campagnards une bonne et égale
justice '.
Le vainqueur de Woeringen ne survécut pas longtemps à sa victoire ; il mourut victime de son amour effiréné des tournois. S'étant rendu en 4294 aux noces du comte de Bar et d'une princesse d'Angleterre, il y fut blessé mortellement et revint mourir à Lierre, âgé seulement d'une quarantaine d'années ^. Son corps transporté à Bruxelles fut, selon ses désirs, enterré dans l'église des Bécollets, au milieu du chœur '. Le monument élevé à ce grand prince fut renversé pendant les troubles du xvi" siècle ; rétabli par l'archiduc Albert, il fut détruit une seconde fois lors du bombardement ^. Aucun souvenir ne rappelle plus à Bruxelles la mémoire de ce prince vaillant, hardi, généreux, ami des dames, des lettres et des tournois.
Jean T' avait à peine fermé les yeux qu'une révolution feillit éclater en Brabant. Son fils aine, le prince Jean, se trouvait alors en Angleterre et y célébrait son mariage avec Marguerite d'Yorck, fille du roi Edouard P. Prq^tant de son absence, Godefroid de Brabant, frère de Jean I'', et ses nombreux partisans, qui, comme lui, étaient dévoués à la France, s'agitèrent activement pour entraîner le pays dans le parti de cette puissance. D'un autre côté la guerre recommençait sur les bords du Rhin. Mais Jean II, prévenu à temps du danger par des serviteurs fidèles, accourut aussitôt prendre possession de son héritage'. Sa présence imposa aux partisans de son oncle, et il prouva bientôt qu'il était digne de succéder à son illustre père. Par une marche rapide, il s'avança jusqu'au delà du Rhin et montra à la Westphalie étonnée les escadrons qui avaient conquis le Limbourg ®.
En arrivant dans ses états, Jean II avait fait arrêter sir Henri Prochiaen, en qui son père plaçait toute sa confiance, et il l'avait donné en garde au doyen de Sainte-Gudule, Jean Yanderhellen, parce que le clergé de Bruxelles réclamait le prisonnier, qui était clerc. Henri Prochiaen s'étant échappé, le duc fit arrêter et jeter en prison le doyen, qui
< Ceurede Fan 1293 dans le LuysterJ. c, bl. 52.
« Voyez Brahantschê Yecslen, 1. 1, p. 416, note de M. Wiilems.
s Van Velthem, 1. c, p. 200.
* Sandercs, Chorographia sacra Brabaniiœ,
3 Van Velthem, 1. c.
*' BUTKENS, t. I, p. 417.
sollicita vainement Fintervention de l'ëvéque et de Tofiicial. Ses biens ayant été saisis et confisqués sans jugement, Vanderhellen, dès qu'il fut relâché, se rendit chez le trésorier du chapitre. Franc Pilyser, et les donna à Guillaume Van Zellecke, maïeur et fondé de pouvoirs de l'église ^, espérant que le chapitre le soutiendrait contre ses parents, à qui ses biens avaient été remis. Vanderhellen étant mort peu de temps après, ses parents déclarèrent nul cet acte de donation fait pendant la saisie des biens. Un procès s'ensuivit entre eux et le chapitre. Les deux parties constituèrent chacune une personne pouvant gagner et perdre (machtich te winne en te verliesene), et comparurent à un jour fixé par le drossard de Brabant au cimetière de Sainte-Gudule. Il s'agissait d'abord de décider de quelle manière le .chapitre devait posséder le moulin de Scarenbeke et ses dépendances : les chanoines le disant alleu, les autres terre censale , le juge recourut au Chirckemarant ou serment à la face d'égUse, par-devant les vassaux et censitaires du duc et les échevins de la ville. Sur le témoignage de Guillaume de Buslnghen, l'assertion des adversaires du chapitre prévalut et ils furent mis en possession des biens en litige, à charge de payer un cens. D'autres incidents furent soulevés à l'égard des biens se trouvant sous la juridiction de la viHe. Le chapitre ayant attrait sa partie adverse devant le juge (ou amman) et les échevins, invoqua la charte de i225, autorisant toute personne à donner des biens à l'église. Mais la ceure de 1229 lui fut victorieusement opposée, et les chanoines se virent déboutés de leur réclamation^. Cet échec ne les rebuta pas, et, comme la saisie avait été opérée sans jugement, il fut résolu, dans une délibération des magistrats, de donner force de loi aux lettres échevinales qui cédaient au chapitre les propriétés du doyen Vanderhellen. Après avoir été cités quatre fois pour venir reconnaître l'allodialité du moulin, Amelric Vos, son frère Gérard et Gilles Scaillie, qui l'avaient pris à cens, furent incarcérés à la Vroente, pour y rester jusqu'à ce qu'ils eussent fait une déclaration dans ce sens ; mais un ordre
* 23 novembre, mardi avant la Sainte-Catherine 1294. Second rouleau cité plus bas. Le duc annula les amendes qu'il avait imposées sur ces biens le 13 juillet, 4* férié avant la division des apôtres 1295. Butkens, 1. c, pr., p. 134.
* Long rouleau sur parchemin formé de plusieurs pièces Jointes les unes aux autres et intitulé : « Oit es d'aenwerde ende tonen dierre Vanderhellen ende haere » partien aise van dieu dat gesciet es tusschen hen ende der capltelen van sente » Goe^len vor de scepenen van Brusele die te dieu tide scepenen w^aren en de » vor s'hertoghen man ende sine late. » Archives de SairUe-Gudule,
du duc les fit remettre en liberté malgré les plaintes des chanoines ^. Enfin, après quatorze années de possession par les héritiers de Yanderhellen, il y eut, vers 1509, une transaction par laquelle le chapitre, tout en déclarant la cession des biens illégale et faite par crainte, promit de ne pas inquiéter ses adversaires. Ceux-ci, de leur côté, s'engagèrent, dans le cas où ils seraient attaqués, à ne pas se défendre, attendu qu'ils ne devaient pas le faire, par suite du jugement rendu ^. Il y eut encore plus tard un acte du duc ordonnant la réintégration dans la Vroente d'Amelric Vos, Gilles Scelgîlren et Simon Thuninck, et défendant i l'amâian de les relâcher avant que le chapitre eût obtenu satisfaction '. Ces contestations, remarquables sous plus d'un rapport, expliquent pourquoi Sainte-Gudule ne posséda guère de biens-fonds.
Au commencement de l'année 4296, le duc accorda aux Bruxellois plusieurs privUéges. La ville se plaignait du nombre de moines mendiants et craignait, parait41, d'en voir s'établir dans le couvent des Saccites ; par acte du mois de janvier 4296 (1295 V.-S.), Jean défendit d'admettre des religieux à Bruxelles sans le consentement du duc, du magistrat et du chapitre^. Par un autre acte de l'année précédente, il avait décidé qu'en-deçà d'Evcrne ou Ever, Woluwe, Boendalç, Uccle, Forêt, Anderlecht, Jette, la potence de RuUeberghe et les barrières' de Laeken, on ne pourrait brasser ou vendre de la bière sans se soumettre aux règlements municipaux et payer l'accise à la ville, se réservant seulement l'accise d'Obbrussel *. Enfin, il réunit ce dernier village à la cité, sous les
* Rouleau en parchemin aux Archives de Sainte-Guduley Intitulé : a Dit es dat » hercomen ende de procès van aile den goedendie her Vanderhellen gaf,dle deken » was in de kerke van Sinte-Gudelen. ghelyc dat de scepene lettre spreek die op 3) ghemaect is ende dat ghesciede int* jaer ons hère aise men schreef dusentech )> twee hondert ende vire ende neghentich des disendaechs vore seinte Kateline » dach. »
* Premier rouleau précité.
s Diplôme du duc, en date du 28 septembre, veille de Saint-Michel 1312. Bur- KERS, 1. c, p. 143.
* A Thymo, 1. c, titre 2, c. 3. — BrabanUche Yeesten, Codex n» 81, p. 687. — Archiv, de Sainte Gudule.
< Dans le texte on lit Fekenen. Ce mot est expliqué dans un diplôme de 1282 : Aditibus seu introltibus viarum obstacula, teutonice nuncupata Vekenen, apponere poterunt. Opéra Diplom,,i. Il, p. 668.
« 13 décembre, jour de Sainte Lucie, 1295.— A Thtmc— /'tocard» de B^a6a«^ in«deel,bl. 304.
rapports administratife, politiques et judicimres, sans préjudice de ses droits, de ses cens, de ses moulins et de ses eaux ^ Ce village était alors assez considérable et avait déjà quelques libertés particulières.
Bien que Godefroid de Brabant n'eût pas réussi dans ses projets, on voit, par un diplôme de la même année, qu'il avait conservé une grande influence à Bruxelles. Une contestation s'était élevée entre la GiUe et les béguines, qui refusaient de se soumettre aux règlements émanés de cette corporation. La gildey voulant en finir avec les récalcitrantes, les invita à se soumettre, les menaçant, en cas de refus, de les &ire cbasser de leur demeure commune. Beaucoup de béguines n'attendirent pas l'exécution de cette menace et quittèrent le Béguinage. Alors les échevins, de concert avec Godefroid et les chefe de la gUde, firent publier une ordonnance qui soumettait les béguines à ces derniers, et leur enjoignait de s'y conformer, si elles voulaient rentrer dans leur doitre ^.
Jean II étant entré, ainsi que le comte de Flandre et la plupart des princes belges ', dans la ligue formée par Edouard V d'Angleterre contre la France, Godefroid de Brabant abandonna sa patrie et alla à Paris, où il vécut en grande intimité avec Philippe-le-Bel ^. Edouard descendit sur le continent avec une forte armée ; il séjourna quelque temps en Flandre, où le duc alla le saluer, et le roi, à son tour, vint à Bruxelles rendre visite à sa fille Marguerite. Reçu avec grande pompe et conduit au palais, il marqua son étonnement de voir tant de comtes parmi les vassaux de son hôte, et dit « qu'il n'avait pas cru le duc aussi puissant (iâ97 ou iâ98) ^ » Ayant vu échouer ses projets, le prince anglais retourna bientôt dans ses états, abandonnant la Flandre, qui fut conquise, et Godefroid de Brabant revint tout puissant gouverner sous le nom de son neveu.
Par un diplôme du 1*' avril 1301, le duc ordonna, de concert avec les échevins, le renouvellement de toutes les trêves particulières dans l'après-midi du dernier jour on elles expireraient®. Par un autre acte du
« il février 1295 (1296 N.-S.). A Ththo. — BrahanUche Yeeiten, 1. c.
* i7 juin, jeudi après la Pentecôte, 1296. — A Tbtmo, L c, c. ^.-^Boeek met dm Haire, ^ 23, etc.
s Les comtes de Hainaat et de Laxembonig seuls adoptèrent une politiqae contraire.
« Van Veltheh, L. IV, c. 2, p. 215.
s Ibid., c. 5, p. 219.
< A Tmo, 1. c, c. i9,SrabanUehe Yeesten, l. c, n"» 88, p. 691.
20 mai suivant, il étendit la juridiction communale sur les hommes de la paroisse de Scarenbeke (Schaerbeek), ne se réservant en cet endroit que ses revenus et ses biens ^
De cette époque datent plusieurs travaux importants. L'accroissement de la population ayant considérablement accru les recettes du trésor commun, les magistrats se trouvaient en état de commencer des constructions monumentales. Ils achetèrent, pour servir de maison échevinale, une maison dite le Marais, De Meerte, située sur le marché, à l'endroit où est à présent la vieille aile de rHàtelHle-Ville, au coin de la rue de l'Étoile ^. En iSOâ on éleva la belle fontaine qui fut abattue en 4 565, après avoir existé 263 ans, ainsi que l'apprennent des vers flamands faits lors de sa destructiou ^. Cette œuvre gothique, que les amis de l'art doivent regretter, consistait en huit jets d'eau et huit cuves ^ ; elle était placée sur la Grand'Place, près de la Halle-au-Pain. Un quai fut construit le long de la Senne vers Molenbeek, entre le pont des Bateaux et celui des Monnayeurs ; le duc avait à cet effet cédé à la ville le terrain adjacent, moyennant un cens annuel de deux penning ou deniers ^. A la même époque, l'hôpital de Saint-Jean convertit en cimetière un terrain situé sur une hauteur peu habitée, appelée le Sablon, le fit bénir en 1299, et, cinq années après, autorisa les arbalétriers de la ville à y bâtir une chapelle, aujourd'hui le beau temple de Notre-Dame-des-Victoires *.
En 1301 éclata en Flandre la terrible insurrection qui y anéantit la domination de la France. La fleur de la chevalerie française, Godefroid
* Veille de la Pentecôte 1301. A Thtmo, 1. c. — BrabanUche Yeestm, I. c., Q» 89. p. 602.
s Lettres de transport de la maison dite Jfeer^e, ses appendances et dépendances, en date du 1"' octobre 1300, à Guillaume dit Pipenpoy, pour la ville. Autres lettres semblables pour d'autres parties de la même maison, en date du mois d'octobre 1301, au même. Dans un acte de Tan 1353, on Ut : « Domistadium... in vico » rétro domum scabinorum prefoti opidi dictam de meerte. » archives communales,
* Archivée de la wUe,
* (Fons) in foro habens octo fonticulos cum octo bletitudines. Petite deseripHon de Bruxelles, en tête d*nn recueil de privilèges de cette ville. Mss. de la Bibliothèque de Bourgogne.
«Diplôme du duc» du 2 décembre, dimancbe après la Saint-André 1302. A Thtmo, I. c, c. 20. — Brabanlsehe Yeesten, I. c, n» 94, p. 702. ® Voyez la troisième partie.
DE BRUXELLES. 8i
de Brabant, ainsi qu'un grand nombre de seigneurs belges, allèrent périr dans les plaines de Gourtrai. Dans le même temps, des mouvements insurrectionnels éclatèrent dans le Brabant. Les Malinois, entre autres, indignés de Tassassinat d'un bourgeois, tuèrent l'écoutèle ou o£Scier du prince, et prirent les armes. En mars i 505, Jean II vint, à la tête de ses - nobles et de ses bourgeoisies, investir la ville insurgée ; mais un échec le contraignit à convertir le siège en blocus. Dans ces circonstances, les Bruxellois lui fournirent une somme de 2,500 livres; ils levèrent et entretinrent en outre à leurs propres frais une troupe soldée, services que le duc reconnut lui avoir été rendus de plein gré et non de droit ^. Dans une escarmouche, les peaussiers ou pelletiers {pelsmakers) prirent sir Arnoul d'Eechoven, capitaine de la ville de Malines; pour les en récompenser, Jean II accorda à leur corporation le droit de porter les armoiries de ce chevalier : trois croissants d'argent dans un champ de gueules \ La fiimine ayant forcé les assiégés à se rendre, la paix fut scellée, le 50 octobre, par les villes de Louvain, Bruxelles, Anvers, Tirlemont et Jodoigne '.
Le duc, qui avait plusieurs griefe contre le comte de Hainaut et de Hollande, Jean d'Avesnes, résolut, en 1 505, de l'attaquer, et demanda le service & ses nobles et à ses villes. Mais il trouva chez ses sujets peu de bonne volonté pour cette guerre, et n'obtint leur aide qu'après leur avoir donné des lettres de non-préjudice ^. Sa campagne n'eut aucun résultat, et, après avoir en vain assiégé Dordrecht, il revint dans son duché.
En 1504, le roi de France accorda aux marchands des villes brabançonnes et de Bruxelles entre autres, quelques facilités pour leur négoce dans ses états, à condition toutefois qu'ils ne servissent pas d'intermédiaires pour l'envoi en France de marchandises appartenant aux Flamands ou à leurs alliés, ou pour l'envoi en Flandre d'objets provenant de son royaume*.
Nous avons vu que l'abolition des jurés et le mode d'élection des éche-
* Diplôme en date du â7 mai, lundi après la Pentecôte 1503. Luyster van Brabant, I. c, bl. 62.
* AzEVEDO, Chronyk van der staéU endeproviniiev€M Mecfielen^ ad ann. 1503. « BrabanUche Yeet(m, 1. c, n® 98, p. 707.
* Bqtkens, t. L p. 356. — L'acte donné en cette occasion à la ville de Bruxelles est daté du 19 septembre, 5* férié après l'exaltation de la Sainte-Croix 1303, et se trouve dans le Luyster, 1. c. , bl. 61.
« Édit du roi, daté d'Arras, le 23 juillet 1304. Brabantsche Yeeaten, 1. c, n« 106, p. 717.