‹ Histoire de la ville de BruxellesChapitre 11 sur 47 · T0« II · texte numérisé non relu

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arrêté pour avoir inséré un article contre les vainqueurs ; il fut enfermé pendant six semaines à la Slcenportc, et son journal fut supprimé. Le 4" mars, un officier de la maison du maréchal, nommé Croismarc, s'introduisit, au moyen d'une échelle, dans le gardenest des étendards, et en enleva deux bannières, un drapeau et une trompette, pour les montrer, dit-il, au comte qui désirait les voir. Le drapeau était celui pris à Pnvic : on y voyait, d'un côté, un soleil et, de l'autre, trois fleurs de lys brodées en or. Les étendards provenaient de la bataille de Landen où ils avaient été enlevés à la gendarmerie française ; ils étaient brodés en or et ornés de fleurs de lys. Quant à la trompette, elle était de cuivre et garnie de banderolles qui étaient fort délabrées. Le contrôleur des bâtiments royaux réclama vainement ces objets qui furent envoyés à Paris, et ce fut avec beaucoup de peine que, le \ 6, il s'en fit délivrer un reçu Le 3, les armes de l'impératrice furent enlevées de dessus les portes de la poste et des bureaux d'accises, et remplacées par celles de France. Soupçonnés d'avoir caché chez eux des objets appartenant au gouvernement autrichien, les dominicains durent loger dans leur couvent, pcudanl quatre jours, 60 soldats.

Pendant que le comte de kaunitz convoquait les états de Brabant à Anvers, le gouvernement français les appelait à Bruxelles. Les députés, qui se rendirent à cette dernière convocation, s'assemblèrent, le 24, dans leur salle ordinaire à l'hôtel de ville, et il leur fut demandé un subside d'un million de florins qu'ils votèrent le 26. Deux jours après, les autres députés, réunis a l'hôtel de ville d'Anvers, consentaient la levée de trois vingtièmes pour le service de l'impératrice, et de trois quarts de vingttième pour l'entretien du gouverneur général cl de sa cour. Le 1 7 avril, en vertu de lettres datées de Versailles, le 12, les différents tribunaux siégeant & Bruxelles, tous les corps et métiers, furent reconstitués après prestation de serment au roi de France. Le jour suivant, les tribunaux et toutes les administrations adoptèrent le sceau français.

Le 4 mai, Louis XV arriva à Bruxelles. Il y fit son entrée accompagné d'une suite nombreuse de grands seigneurs et d'officiers généraux, et escorté par toutes les troupes de sa maison. Le magistrat n'ayant pu se procurer en ville un portrait du roi pour l'exposer, suivant l'usage,

1 Journal tenu depuis la reddition de la ville, par le contrôleur des bâtiments royaux, aux Archives du royaume. — Mémoires du comte de Saxe.

DK BRUXELLES. 271 au-dessus de la porte de la maison communale, s'étfiit adressé à l'intendant de Sëchclle qui en fit venir un de Gand A la porte de Flandre, où l'attendaient les trois membres de la commune, Io premier bourgmestre, baron Cano, remit au roi les clefs de la ville. Les rues étaient semées de sable, et, le soir, les maisons furent illuminées, en conformité des ordres donnés & cet effet par le magistrat. Des arcs de triomphe avaient été élevés en plusieurs endroits, entre autres, dans la rue de Flandre et devant l'église de Sainte-Gudule, où Louis fut reçu par le cardinal d'Alsace, archevêque de Malines, qui lui adressa ces paroles remarquables : « Sire, » le Dieu des armées est aussi le père des miséricordes; tandis que << Votre Majesté lui rend des actions de grâces pour ses victoires, nous » lui demandons de les faire heureusement cesser par une paix prompte » et durable. Le sang de Jésus-Christ est le seul qui coule sur nos autels, » tout autre nous alarme ; un prince de l'Église peut sans doute avouer » ces sentiments devant un roi très-chrétien. C'est dans ces sentiments » que nous allons entonner le Te Deum que Votre Majesté nous or- » donne de chanter 2. » Le roi fut logé h l'hôtel d'Egmont que la ville fît remeubler 3. Les membres des États et les autres autorités présentes à Bruxelles, allèrent l'y complimenter. Louis XV ne fit pas un long séjour à Bruxelles ; il en partit, le 9, pour se rendre à son armée, et y repassa le 1 1 juin, après la prise du château d'Anvers. Les Français introduisirent dans toutes les villes conquises, la procession solennelle instituée en France, en l'honneur de la Vierge, le jour de l'Assomption. Louis XV revint à Bruxelles le 3 I mai 1 747. Le maréchal alla le rece- ' voir à une lieue de la ville ; tous les postes furent doublés et une nom- . breusc gendarmerie escorta le roi. Deux régiments des gardes formaient la haie dans les rues qui avaient été ensablées et ornées de guirlandes. Le V juin, jour de la Fêle-Dieu, il assista à la grand'messe célébrée a Saintc-Guuule, et accompagna, le flambeau à la main, la procession du sacrement de miracle qui fit son tour au milieu d'une double haie de soldats 4.

» Copyc Boeck. — « Suilc du Dict. hist. do Feller, art. Altace.

» Les tapisseries de la chambre à coucher du roi représentaient l'histoire de Jupiter, en qnalre pièces ; celles de la chambre d'audience, les saisons et les mois de Tannée, en trois pièces; celles du grand cabinet, les tnctamorphoscs d'Ovide, en trois pièces, et celles de la chambre du grand chambellan, l'histoire de Sancho- Pança, en trois pièces. Archives de la Fille.

* Fopfess. — Mann.

Les Bruxellois uvaient commencé à respirer sous l'administration du eomte de Kaunitz-Riltbcrg, et ils supportaient avec peine la domination des Français qui n'avaient aucun respect pour leurs libertés, leurs lois et leurs usages, et dont les victoires étaient suivies de dilapidations. Au mois d'avril, on avait vu avec indignation, passer par les armes un déserteur du régiment des vaisseaux, « contre le respect, le droit et les » usages, *• dans le donjon intérieur du palais. Les soldats s'amusaient à jeter, par dessus les murs du parc, des chiens qui blessèrent plusieurs daims Des militaires de la suite du roi ayant voulu enlever la statue du Manneken-Piss, le peuple s'ameuta et une rixe sanglante faillit s'engager. Informé de celte échauffourée, Louis XV fît sévèrement punir les eoupables et, pour pallier le mauvais effet produit par leur conduite, il donna au Manneken-Piss un riehe habit ; on dit même qu'il le nomma, en outre, chevalier de l'ordre de Saint-Louis 2. Le 20 juin, le magistrat fut renouvelé ; le comte Guillaume de Limminghc, qui avait été nommé échevin , refusa de prêter serment et fut remplacé par le licencié en droit, tférome-Joseph-Hcnri Van den Boom 3.

Louis XV quitta Bruxelles, le 22 juin, et y. repassa encore, le 23 septembre, lors de son retour en France après la prise de Berg-op-Zoom. Avant son départ, il nomma gouverneur et commandant général des provinces conquises, le maréchal de Saxe, qui fit, en cette qualité, son entrée à Bruxelles, le 20 mars 1748. Les Français donnèrent une grande pompe à cette cérémonie. Des députés de toutes les villes et provinces prises sur les Impériaux et sur les Hollandais, furent appelés à y assister. Le gouverneur général entra dans la ville par la porte d'Anderlecht, accompagné d'un brillant état-major ; une double haie, formée par la bourgeoisie et par la garnison, s'étendait depuis la porte jusqu'à l'église de Sainle-Gudule; après y avoir entendu chanter le Te Deum, il se rendit à son hôtel où fut servi un dîner de 250 couverts. Le lendemain, le magistrat, accompagné d'une cavalcade formée par les élèves des jésuites, alla lui offrir le vin d'honneur *. Cependant le pays conquis était soumis a un système d'exactions et d'injustices qui , plus d'une fois, faillit occasionner des troubles. Le maréchal de Saxe, comme gouverneur et commandant général des Pays-Bas, avait 280,000 florins

1 Journal précité. — » Foppexs. — Goetviel, nass. s Copyc lioeck. — * Foppens.

d'appointements annuels ; cette somme, égale à celle qu'avait eue, en la même qualité, le prince Eugène de Savoie, était payée proportionnellement par les provinces. Mais l'avidité du vainqueur ne se contenta pas de ces brillants avantages, et il pressura le peuple pour en tirer le plus d'argent possible. Par une ordonnance aussi despotique qu'impopulaire, il défendit de se rendre d'une ville à une autre, sans être muni de passeport; ce passeport, valable pour un mois seulement, coûtait une couronne, et les maréchaussées, qui accompagnaient l'armée française, furent chargés de veiller rigoureusement à l'exécution de cette mesure. Tous les jours on voyait avec indignation des prêtres, de pauvres religieux, des ouvriers, des femmes môme arrêtés par ces agents du pouvoir pour s'être soustraits à celte dispendieuse formalité l.

Le gouverneur de Bruxelles ordonna la construction de trente fours pour faire cuire le pain de la garnison. Les représentations du magistrat, qui fit observer que cet ouvrage devait être fait aux dépens du prince, furent vaines et perdues ; il dut les faire exécuter à ses frais. Les directeurs de postes de France voulurent faire supprimer les messagers qui portaient des lettres d'une ville à l'autre; mais le magistral présenta un mémoire au gouvernement pour lui exposer que l'existence de ces messagers était de beaucoup antérieure à l'institution des postes, et qu'ils avaient payé des médianates à la ville pour l'obtention de leurs places, et l'administration des postes fut déboutée de ses prétentions.

Le 30 octobre 4 748, des agents venus de Paris enlevèrent des archives, sans inventaire, huit caisses de papiers qui furent vainement réclamées plus tard par Marie-Thérèse *. De tous les exacteurs, le plus détesté était l'intendant de Séchellc. Sourd aux réclamations les plus fondées, il formulait incessamment des édite pour ordonner de nouvelles taxes. Les vingtièmes, les dons gratuite, les capitation* se représentaient sans cesse cl prenaient les formes d'emprunts forcés. Les archives de Bruxelles contiennent de nombreuses plaintes du magistrat sur ces impositions. De Séchellc voulut que la commune se chargeât des réparations des bâtiments royaux, disant « que le roi devoit profiter de tout » l'utile du domaine, sans en payer aucune charge. » Le magistral s'étant refusé à se soumettre à cette exaction, ainsi qu'aux ordres qu'il

1 Foppens. — Mann.

• De NInt. Mémoires fabriques et politiques sur Ut Payi-Bas autrichiens.

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avait reçus pour la construction de nouveaux fours et rétablissement d'hôpitaux militaires, il autorisa les ouvriers qui avaient travaillé aux fontaines du palais a saisir les revenus de la ville pour se faire payer (6 septembre i 746). Un sergent et quatre grenadiers furent places chez le bourgmestre, baron dePcrck, qui dut leur payer, par jour, au sergent cent sous, et à chaque soldat, trois francs. Il fut prévenu en même temps, que si celte exécution militaire ne suffisait pas, la garnison serait doublée, triplée même et logée chez les échevins (7 novembre) '. La ville fut forcée de fournir des fourrages aux officiers et des traitements aux militaires invalides. Les trois membres ayant rejeté la demande de subsides qui leur avait été faite pour payer des indemnités de logement au commandant d'armes et à ses officiers, le duc de Botteville manda chez lui, le 22 janvier 1747, des députés du magistrat, et leur déclara que si, a midi, la commune n'avait pas payé 2,000 florins à lui, 1,000 à M. Comte, 500 à M. La Graulet et 500 à M. Dhaullet, ils seraient exécutés militairement, et que deux compagnies étaient prêtes a le faire. Le magistrat indigné déclara que plutôt que d'être exposé a de pareilles menaces, il préférait se retirer; mais de Séchellc répondit que sa résistance aurait de graves inconvénients et l'engagea à obéir. Le pensionnaire Lion et d'autres députes avaient été envoyés à Paris pour réclamer contre les charges qui accablaient la commune ; mais, bien que l'électeur palatin les eût fait appuyer par son ministre plénipotentiaire à la cour de France, M. Van Grevenbrocck, ils n'obtinrent aucun résultat. Cette dernière avanie décida le magistratà tenter de nouvelles démarches et il s'adressa directement au marquis de Puysiculx, ministre des affaires étrangères. 11 n'avait pas encore reçu de réponse lorsqu'une nouvelle mesure vint exaspérer la population ; le comte de Saxe demanda au Brabant une levée de 1,G10 hommes à désigner par la voie du sort. Bruxelles, dont le contingent avait été fixé à 270 hommes, refusa for. mellemcnt de le fournir, et le mécontentement général se manifesta d'une manière si violente, qu'il fallut modifier cette mesure, que pendant le règne de Philippe V on avait déjà cherché vainement à introduire dans nos provinces. Par dépêche du 25 février 1747, datée de Paris, le maréchal annonça au magistrat que la levée aurait lieu par enrôlement volontaire. Les trois membres refusèrent également, en vertu de

1 Co/tyc Botck. — Carton intitulé Fontewen, aux Archiva de la fi/te.

BE BRUXELLES. Î73 la convenlion de 1614, de payer au fourrier du roi des indemnités pour les officiers de sa cour, cl il s'ensuivit une contestation , dans laquelle le magistrat, déployant la plus énergique fermeté, força l'avide intendant à se désister de ses prétentions !. Un édit ordonnant le versement dans les caisses du trésor du sixième de la valeur de tous les biens ecclésiastiques, tant meubles qu'immeubles, souleva une si grande rumeur que le maréchal crut devoir en arrêter l'exécution. Il n'en fut pas de même avec les étals de Brabant : cette assemblée tardant a voter les subsides demandés, il fit loger 20 soldats chez chacun des députés qui habitaient Bruxelles, jusqu'au moment où ils eurent consenti h sa proposition 3. Nonobstant les dépenses que la ville avait faites pour l'ameublement de l'hôtel La Tour-Taxis, le maréchal exigea encore que l'hôtel d'Orange, qu'il se proposait d'aller habiter, fût entièrement meublé h neuf. Cette exigence déraisonnable indigna le magistrat, qui y répondit, le 13 mai 1748, par un refus formel ; mais, pour apaiser le comte, il lui fit don de trois garnitures de tapis, qu'il acheta, le 30, à Daniel Leynicrs, au prix de 1 1 ,000 florins de change 3.

On put se convaincre alors que le parti de ta carabine n'avait jamais été celui de la France, et que, s'il l'avait laissé croire, ce n'avait été peutêtre que pour intéresser cette puissance à sa cause et intimider l'Autriche, moyen imprudent qui exposait la Belgique à être engloutie par sa puissante voisine. Un peuple, qui désire ardemment l'indépendance, ne doit compter que sur lui-même ; quelque faible qu'il soit, il pourra espérer un heureux succès de ses généreux efforts, s'il est uni et ne recule devant aucun sacrifice. Mais l'esprit d'union était malheureusement méconnu par nos pères ; les provinces n'avaient point encore cette unité de vues et d'efforts qui nous a valu enfin de redevenir Belges. Incapables alors de reconquérir leur nationalité, elles devaient préférer la domination autrichienne, qui leur laissait leurs lois et leurs coutumes, h la domination française qui ne leur eût apporté que le despotisme et d'odieuses mesures fiscales. Les masses même, toujours avides de changement lorsqu'elles sont mécontentes, comprirent que ce changement leur

1 Copyc Boeck.

1 Foppexs. — Mans. — Ces députes étaient les abbés du Parcq et de Saint- Bernard; le comte de Duras, le baron d'Yve, le receveur des Etajs, Vandevelde et le pensionnaire Vandenbroeck.

» Archiva de la Ville.

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serait desavantageux; aussi la joie la plus vive se répandit-elle dans toutes les provinces a la nouvelle de la conclusion du traité d'Aix-la-Chapelle (18 octobre 4 748). Le maréchal de Saxe quitta Bruxelles le 7 octobre, suivi des malédictions d'un peuple qu'il n'avait conquis que pour se gorger de ses dépouilles. Le 3 novembre, les commissaires de l'impératrice, le général comte de Grunc et le conseiller privé De Nény, arrivèrent en cette ville où ils furent rejoints par le général De Butroannia, commissaire des Provinces-Unies. Ils entrèrent aussitôt en conférence avec le lieutenant-général vicomte de Cayla et l'intendant de Séchclle, délégués par Louis XV pour traiter de l'évacuation des villes conquises. Vers la fin du mois de décembre, l'impératrice nomma une commission provisoire pour le gouvernement des Pays-Bas. Cette commission était composée du duc d'Arenberg, du chef-président Stecnhault, du président du conseil des finances, marquis d'Herzellcs, du chancelier de Brabant, Schockaert, et du président du conseil de Flandre, comte de Pattyn. Elle entra immédiatement en fonctions et les Français furent témoins de l'allégresse causée par leur prochain départ. Enfin, les arrangements relatifs a l'évacuation des villes conquises ayant été conclus (12 janvier 1749), toute la garnison se réunit, le 28 janvier, sur la grand'plaee et quitta la ville sous le commandement du lieutenant du roi La Graulet. De Séchclle était parti la veille, accompagné des commissaires et de tous les employés de son administration. On n'eut heureusement h déplorer aucun désordre dans cette évacuation : les sages mesures prises par le magistrat prévinrent les malheurs qu'avait fait craindre l'exaspération qui régnait dans le peuple. Une heure après le départ des Français, les régiments impériaux de Lorraine, d'Arenberg et de Los-Bios. avec deux compagnies des dragons du prince de Ligne, entrèrent en ville par les portes de Lackcn et de Louvain, au son des cloches de toutes les églises et aux acclamations des habitants. Les gardes bourgeoises, qui s'étaient vu enlever le service de leurs postes pendant l'occupation française, s'empressèrent de le reprendre. Dans la soirée du même jour, arriva le duc d'Arenberg, feld-maréchal et commandant général des troupes des Pays-Bas, et des feux de joie, qui furent renouvelés deux nuits de suite, furent allumés de tous cotés. On y lira, dit Foppens, plus de cent mille fusées. Pour couvrir les dépenses extraordinaires auxquelles elle se vit soumise pendant l'occupation des Français, la ville fut obligée de lever une somme de 200,000 florios an

moyen d'augmentations sur les droits de halle et sur les accises des tabacs et des eaux-de-vie

Dès le 30 janvier, les différents conseils du gouvernement reprirent leurs séances dans la capitale des Pays-Bas autrichiens où arriva , le 2 avril suivant, le général marquis de Botta-Adorno. nommé ministre plénipotentiaire en remplacement du comte de KauniU. Le duc Charles revint le 25, et fut reçu avec la plus vive allégresse. Un brillant cor loge le conduisit a Sainte-Guduie où un Te Dru m fut chanté. Depuis la porte de Louvain, par laquelle il entra, jusqu'au palais, les maisons étaient pavoisées de drapeaux et de banderolles, ornées de tapisseries et de guirlandes; les rues, qui presque toutes avaient leur arc de triomphe, étaient jonchées de sable et de fleurs. Les illuminations et les feux de joie durèrent trois nuits de suite. L'affluence des étrangers accourus a ces fêtes, fut si grande qu'on compta plus de 1 5,000 personnes logées dans les auberges de la ville. Le 24, le magistrat, précède par une cavalcade composée des élèves des jésuites, alla complimenter le prince sur son retour cl lui offrir le vin d'honneur. La Gazette de Bruxelles reparut, les armes de l'impératrice furent rétablies, celles de France renversées, et tout rentra dans les anciennes habitudes '.

Les trente années qui s'écoulèrent depuis la rentrée des Autrichiens dans Bruxelles jusqu'à la mort de Marie-Thérèse, furent stériles en événements, et les rares épisodes de cette partie de notre histoire n'offrent, en général, qu'un médiocre intérêt. Tels sont : le congrès infructueux tenu, en 4752, à l'hôtel de ville, entre des commissaires de l'impératrice , du roi d'Angleterre et des Provinces-Unies , pour régler la solde duc aux troupes hoUandaiscs, en conformité du traité des barrières ; l'arrivée du comte de Cobenzl, successeur du marquis de Botta-Adorno (1 5 septembre i 7 55) 3; le départ du prince Charles (28 janvier 1757),

« Archives de la Ville.

» Àgréalion par le magistral des inscriptions faites par les PP. Jésuites a l'occasion de l'entrée du duc Charles, 9 avril 1 749. Archive* de la Fille. — Ordre de la cavalcade dressée à la réquisition du inayistrut de Bruxelles, etc., in-4", 1749, chez la veuve Marchant. — Foppens.

* Le comte de Cobenzl ayant été créé, en 1 736, chevalier de la Toison d'Or, la ville de Bruxelles Gt frapper une médaille pour perpétuer le souvenir de cette faveur, qui avait été unanimement approuvée. Raepsaet, Motice sur la continuation de l'Histoire métallique de l'an Loon {Messager des arts et des sciences de la Jlcl~ ijiquc, année 183tf). — Résolution prise par le magistral, le 5 juillet 1759, pour

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appelé à commander l'armée dirigée contre le roi de Prusse, et les fêtes données par Cobenzl, aux troupes françaises, qui, en 1 7 57, traversèrent Bruxelles pour se joindre aux Impériaux Dans la nuit du i i an i 2 août 1 763, un orage des plus violents éclata sur Bruxelles; il tomba ensuite des grêlons qui étaient, disent les contemporains, de la grosseur et de la forme des plus grosses noix, et qui causèrent un tort considérable aux bâtiments de la ville et aux campagnes voisines. Mentionnons encore les fêtes célébrées lors de l'élection de l'archiduc Joseph comme roi des Romains (27 mars 1764), et du mariage du dauphin de France, depuis Louis XVI, avec l'archiduchesse Marie-Antoinette (16 mars 1 770); les obsèques de l'empereur François Tr(8 et 9 novembre 1 765), dont l'oraison funèbre fut prononcée par Nélis ; les troubles des 1 6 et 18 mars 1768, occasionnés par la cherté des grains, troubles pendant lesquels les denrées apportées au marche avaient été pillées, mais qui furent promptement et sévèrement réprimés par le magistrat; l'arrivée du roi de Danemarck (25 juillet 1768), du stadhouder de Hollande et du prince Henri de Prusse (août 1768) 2, du roi de Suède Gustave III et

faire frapper 150 exemplaires de cette médaille en argent, et deux exemplaires en or. Archives de la lllle.

1 Liste des troupes françaises qui passèrent par Bruxelles, avec indication du jour de leur arrivée; elles logèrent moitié a Sl.-Josse-Ten-Noode, moitié à Eltcrbeek.

21 mars. Deux bataillons de la marine 1370 bomi

22 » Deux escadrons d'Aubigné, dragons 320 »

25 » Deux bataillons de h marine 1370 »

21 » Deux escadrons d'Aubigné 320 »

23 » Deux bataillons de Salins 1440 »

20 » Deux bataillons de Conti 1570 »

27 » Deux bataillons de Poitou 1370 »

28 » Deux bataillons de la Couronne 1570 »

29 » Deux bataillons d'Aquitaine 1370 »

30 n Deux bataillons de Provence 1370 i»

31 » Deux bataillons de Picardie 1370 »

i" avril. Un bataillon de Périgord et un de Foix 1370 »

2 n Deux bataillons du Picardie 1 570 »

3 » Lamotte artillerie, mineurs et ouvriers 000 n

4 » Deux escadrons de Saluées, 320 »

Total. . . 17000 »

Resolutie Bocck.

* Le roi de Danemarck, qui portail le nom de comte de Travendahl, logea chez le prince de La Tour-Taxis; le stadhouder et Henri de Prusse, descendirent a l'hôtel d'Angleterro. Dr Hixyk.

DE BRUXELLES. 279 de sou frère Frédéric (59 mars 1 77 1) ; la mort de Cobenzl (27 janvier 1770), qui fut remplacé parle prince Georges-Adam de Stahremberg (arrivé à Bruxelles, le 9 juin 1770), ministre habile dont la nomination calma les regrets qu'avait inspirés à tous les hommes éclairés la mort de son prédécesseur, dont il suivit dignement les traces; enfin, le jubilé de quatre cents ans du sacrement de miracle, qui fut célébré avec les cérémonies ordinaires (1 5-29 juillet 1770) '.

L'affection que les Bruxellois portaient à Charles de Lorraine, se manifesta d'une manière éclatante lors de la maladie dont ce prince fut atteint, en 17GG. Pendant tout le temps qu'elle dura, les églises ne désemplirent pas, et lorsque, convalescent, il parut au spectacle, la salle retentit d'acclamations et de cris de joie. Le chirurgien de la cour de France, Morand, auquel on attribuait sa guérison 2, ayant été aperçu dans une loge, fut couvert d'applaudissements. Les bals, les festins, les feux d'artifice, les fêtes de tous genres données h celte occasion, durèrent plusieurs jours. Dans quelques quartiers les fontaines coulèrent du vin ; le prince de Ligne fit rôtir, devant son hôtel, un bœuf entier qui fut abandonné au bas peuple, auquel il distribua sept cents florins. L'année suivante, l'impératrice fut attaquée d'une maladie, qu'on crut, un instant, mortelle ; dans les Pays Bas, la désolation fut extrême, des prières publiques, des processions furent ordonnées et l'on vit le peuple mêler ses sanglots à la voix des prêtres. Aussi, quand on la sut sauvée, la joie publique éclata-t-ellc en vifs transports, et lorsque, le 2 1 juin, une messe solennelle fut chantée en actions de grâces dans l'église de Saintc-Gudule, la vaste basilique ne put contenir la foule accourue pour remercier le ciel de celte guérison 3.

1 Voir Fom;.\s, Màn>, de Blkïk et les journaux du temps.

s On raconte que Morand appelé à donuer ses soins au duc, dut commencer pat mellrc d'accord les médecins qui le traitaient. Ce qui donna lieu à cette mauvaise épigrainmc :

La diacordo des trailants A fait la gloire de Moraud.

Foppens. — Selon dk Bi.kyk, Morand ne lit que guérir en apparence le mat dont le prince était attaqué, et la cure complète s'opéra par les soius du professeur de Louvain, Vogels, qui fut richement récompensé de ses soins cl nommé chirurgien de S. A. R., avec 1 ,400 florins de traitement.

» Foppkws. — Précis his torique de la vie du duc Charles de Lorraine et de Bar, Brus., in-8°, 177».

Pour prévenir les vols domestiques, qui se multipliaient considérablement depuis quelque temps, le conseil privé publia, le i 3 juillet 4767, un édit qui punissait ce crime de la peine de mort. La première application de cette loi sévère fut faite à une jeune fille, servante d'un boulanger, convaincue d'avoir volé son maître. Elle allait être pendue sur la grand'place, lorsque l'ambassadeur d'Angleterre, le chevalier Gordon, touché de la jeunesse et des larmes de celle malheureuse, courut demander sa grâce au duc Charles qui commua la peine de mort en celle d'une détention perpétuelle. Le généreux Anglais ne voulut pas laisser son ouvrage im|>arfnit, et, afin d'adoucir le sort de la prisonnière, il paya sa pension l. De pareils traits honorent trop l'humanité pour que l'historien n'en rappelle pas le souvenir.

En 1 769, le jubilé de la vingt-cinquième année du gouvernement du duc Charles fournit aux Bruxellois une nouvelle occasion de témoigner l'affection que ce prince leur avait inspirée. Les fêtes dont Foppens nous a laissé une description détaillée, durèrent trois jours. Tous les édifices publics, les hôtels, les maisons étaient illuminés et ornés de devises. Les beaux édifices de la grand'place, la Maison du roi, nouvellement restaurée, se faisaient distinguer par la magnificence de leur illumination. Ce n'était partout que feux de joie, feux d'urtifice, festins, bals et concerts; un oiseau d'artifice fut tiré sur le marché. Bruxelles fit frapper des médailles pour perpétuer le souvenir de cet événement, et offrit au duc un don de 25,000 florins. De leur côté, les états de Brabant lui votèrent l'érection d'une statue sur une des places de cette ville et un présent de 40,000 florins; cet exemple fut suivi par les états des autres provinces. Le prince rivalisa noblement en générosité et en libéralité ; ainsi, entre autres présents, il donna aux serments, qui lui avaient offert des fêtes magnifiques, de superbes pièces d'argenterie portant son chiffre et ses armes *.

A la demande du duc, qui avait clé nommé, le 4 mai 17 Cl, grand maître de l'ordre Teutoniquc, les grauds commandants, les grands capitulaires et les commandants de cet ordre se réunirent, le 2 octobre i 709, au palais de Bruxelles pour lui donner un coadjutcur. Us élurent à ces fonctions l'archiduc Maximilicn, le plus jeune des fils de Marie-Thérèse.

' Foppens.

* Archive» de la Fille. — Kopp&ns. — M an*. — Précis historique de la vie du duc Charles de Lorraine.

DE BRUXELLES. 281 En 1 774, on déblaya les bailles pour y placer la statue dont les États avaient vote l'érection, et l'on abattit la chapelle qui avait été conservée en (Mtrtie. De ces décombres sortit la Place royale, et bientôt on vit s'élever les quatre belles rues, qui entourent l'ancien jardin du palais ducal, qu'on replanta sur un nouveau plan. La statue du duc Charles, dont l'exécution avait été confiée au ciseau du sculpteur Verschaffclt , de Gand, alors au service du prince palatin, fut achevée vers le milieu de 4774. L'archiduc Maximilien se trouvant ù Bruxelles à cette époque, le prince de Stahrcmberg voulut profiter du séjour que ce prince y ferait, pour inaugurer le monument. 11 en fit la proposition au prince de Kaunitz, qui appuya cette idée, et Marie-Thérèse l'accueillit avec plaisir. La statue, transportée sur la barque de J. Dansacrt, de Bruxelles, entra dans les bassins, le h* janvier 1771», elles cloches de Sainte-Catherine, les canons des remparts annoncèrent son arrivée, qui fut saluée par les acclamations de la foule et les fanfares des musiques de la garnison. L'archiduc Maximilien se rendit avec plusieurs personnages de la cour, chez le peintre du prince, Pierre Dedonckcr, pour In voir débarquer. Le débarquement s'opéra vers les quatre heures de l'après-midi, et la statue, placée sur un char, fut traînée au lieu de sa destination par cent six débardeurs, vêtus d'un costume aux couleurs du prince, que la ville leur avait donné (habits rouges a parements jaunes, bas et bonnets blancs ornés de rubans jaunes). Des trompettes et des timbales, un corps de musique et des dragons précédaient le char que suivait un détachement de grenadiers. Le soir, les édifices publics et toutes les maisons furent brilla minent illuminés. Le 9, le prince de Ligne donna un diner aux débardeurs qui, avant et après le repas, exécutèrent des ballets. Le 1 7 janvier, les cloches des églises et de nombreuses salves d'artillerie annoncèrent aux habitants la cérémonie qui allait avoir lieu, et une messe solennelle fut célébrée à Sainte-Gudule. A une heure et demie, le duc, accompagné de l'archiduc Maximilien et d'un brillant cortège, vint à l'hôtel de Mérodc \ et dès qu'il eut pris place, la grosse cloche de l'abbaye de Coudenberg donna le signal. Aussitôt le pavillon, qui cachait la statue, s écroula et la laissa ù découvert au bruit des applaudissements de la foule ; les salves de mousqueterie des gardes bourgeoises et des

• Aujourd'hui l'hôtel formant le coin do la rue de la Régence et de la place Royale, vers le Musée.

troupes se joignirent aux détonations des batteries des remparts. Le magistrat offrit aux princes un splendide souper à l'hôtel de ville. Le soir, la ville fut illuminée et un feu d'artifice tiré sur la grand'placc. Les fêtes durèrent plusieurs jours ; les États et le prince de Ligne donnèrent des bals au peuple, et, le 20, il y eut spectacle gratis ; le duc y assista et des places d'honneur furent réservées aux débardeurs. Le 24, il se rendit à une fête à laquelle l'avait invité la société du concert bourgeois, et, quelques jours après, a un bal que lui offrit une autre société, à la Maison du roi \

Le xviue siècle vit s'opérer, par l'action de l'intelligence, une révolution sans exemple, dans les idées et dans les mœurs. Les esprits profondément remués par l'école philosophique, abjurèrent leurs antiques croyances, et l'on se jeta dans une voie de réformes, qui, ouverte par les princes au profit de leur puissance et du bien-être matériel des peuples, allait être élargie par ceux-ci, et rendue féconde en grands résultats. Ainsi Marie-Thérèse, qui voulait le bonheur de ses sujets, sans prétendre pour cela renoncer à la moindre partie de son autorité, remédia à beaucoup d'abus, devenus trop criants pour être plus longtemps tolérés. Elle fut puissamment secondée dans cette tâche, par ses ministres qui tous avaient adopté les idées nouvelles. Un mouvement général de réaction se manifestait contre le clergé séculier qui , possesseur d'immenses propriétés territoriales, menaçait d'absorber la fortune foncière, et tous les gouvernements se montrèrent d'accord pour le favoriser. Les jésuites, dont l'organisation et l'influence leur portaient ombrage, furent les premiers attaqués. Dans les Pays-lias, on commença par leur interdire de catbéchiscr dans les églises et principalement d'instruire les enfants qui allaient faire leur première communion 2, et

1 Pièces relatives à celle cérémonie se trouvant dans les archives du métier des merciers. Arch du Royaume. — Recueil des pièces tant en vers qu'en prose qui ont paru à l'occasion de V inaugurât ion de la statue de S. A. R., avec une description de toutes les fêles qui se sont données à ce sujet. Brnx., in-8°, 1775. — Pièces intéressantes pour la ville de Bruxelles, ei Goetviel, mss. de la Bibl. de Bourgogoe.

* Annales de Capellâ, mss., f 47. — En 1765, les jésuites du Collège de Bruxelles voulurent représenter sous le titre de l'Innocence opprimée, les Charlatans démasques ou Pluton vengeur de la médecine, comédie de La Melrie. Le magistrat voyant dans le choix de cette pièce l'intention d'attaquer le gouvernement, leur intima l'ordre do s'abstenir de toute représentation quelconque. Jaloux de ce

DE BRUXELLES. 283 bien que cette mesure eut eu peu de succès, clic suffit pour réveiller toutes les antipathies contre cet ordre. Enfin, il fut aboli par une bulle du pape Clément XIV (21 juillet 1773), qui fut publiée à la bretèque de l'hôtel de ville, le 20 septembre 1773. en vertu de lettres patentes du i 3 du mémemois.CefutalorsIctourdesautrescorporationsreligicuses. Le conseil de Brabant demanda au magistrat de Bruxelles un rapport sur le nombre de religieux vivants d'aumônes que chacun des cloîtres de la ville pouvait admettre, et sur le chiffre auquel il devait être fixé. Il résulte de ce rapport, qu'il y avait à Bruxelles, en 4773, 419 moines mendiants, savoir: (>6 récollets, Si carmes, 27 bogards, 17 alcviens, 50 dominicains, 38 augustins, 89 capucins, 40 carmes déchaussés, 2 6 minimes et 9 minimes d'Anderlccht , et que l'opinion générale du clergé était contraire a toute réduction. A l'exception des capucins et des récollcts, tous les ordres possédaient des biens, et le rapport concluait h ce qu'on leur interdit de faire des quêtes eu ville, ce qui exempterait les habitants d'une contribution préjudiciable aux vrais pauvres. Il y avait 50 prêtres séculiers et 127 religieux chargés de confesser, de prêcher et de donner aux mourants les derniers secours de la religion ; ce nombre étant insuffisant, le magistrat proposait de le porter à 200 Un autre rapport, dans lequel étaient énumérés les graves abus qui s'étaient glissés dans l'administration des biens du grand béguinage, amena un décret de l'impératrice, réorganisant cette ancienne fondation 2. Des mesures générales défendirent aux monastères de recevoir des dots de ceux qui y entraient, d'admettre à la prise d'habit des novices âgés de moins de 25 ans, cl d'acquérir de nouveaux biens. Aussi les évêques représentèrent-ils, en 1773, que lu ruine des communautés était imminente mais, on n'eut aucun égard ù leurs observations.

que cette défense n'avait pas été étendue aux Augustins. leurs rivaux, les jésuites envoyèrent au collège de ces religieux deux de leurs frères déguisés en cavaliers, qui dirent au portier : « mon frère, nous sommes instruits que vous croyez » donner demain la comédie, mais, en amis, nous venons avertir le père prieur de » ne pas joner, car il s'en suivra de grandes conséquences et vous pouvez lui dire » que nous sommes avocats. » Ne sachant d'où venaient ces menaces, le prieur recourut au ministre, qui le rassura au grand déplaisir des jésuites. Foppexs.

« Rapport gedaen (aeo den magistraet) door den lucre tchepene De Yalouola, ingevolghe de résolutif (1er date 4 deeember 1773, raekeude de ecrsle admittie van de biddende ordert, etide van hunne hedendaeysche griteUenh, tnss. de la Bibl. de Bourgogne, accompagné d'un grand nombre de pièces justificatives.

* Voyez la troisième partie. — 5 C. S«kt.

Un des principaux bienfaits du gouvernement de Marie-Thérèse fut l'amélioration qu'il apporta dans l'instruction publique. Les ducs de Brabant avaient presque tous aimé les lettres et les arts, et la protection que Granvclle accordait aux savants, avait donné à la littérature belge un vif mais trop court éclat. Malheureusement plus tard, nos gouvernants craignirent, les uns, que le savoir n'augmentât l'esprit de liberté inné chez les Belges ; les autres, qu'il ne réveillât trop vivement son amour de l'indépendance et ils cherchèrent plutôt à arrêter qu'à étendre le mouvement intellectuel. Au xvu" et même au commencement du xvm" siècle, on ne rencontrait dans les collèges qu'un esprit d'inertie qui rappelait les temps d'ignorance. Les jésuites, alors en possession de la vogue, la devaient moins au mérite de leurs leçons, qu'a la réputation de leur société, à leurs intrigues et aux amusements de toute espèce par lesquels ils captivaient leurs élèves. L'étude du latin absorbait dix années, et encore celui qu'on enseignait était-il des plus barbares. Les meilleurs classiques étaient à peine connus dans les collèges, et, lors de la réforme qu'il apporta dans les études, le gouvernement dut ordonner qu'ils y fussent exclusivement expliqués depuis Cornélius Nepos jusqu'à Tacite. Les leçons de grec se bornaient aux notions les plus élémentaires. La composition des chronogrammes formait l'étude de la poésie. On n'enseignait aucune branche d'histoire naturelle; la logique et la métaphysique étaient encore la science du jargon de l'école. La morale consistait dans l'explication de l'un ou de l'autre des catéchismes, et la philosophie était ln science des plus grossières et des plus vieilles erreurs. La langue vulgaire, l'histoire, la géographie ne Gguraient que pour mémoire dans les programmes; quant aux mathématiques, elles étaient si peu cultivées qu'on peut dire qu'elles étaient inconnues Néanmoins la suppression des jésuites fit encore sentir un grand vide, que Marie- Thérèse s'empressa de combler. Elle donna les ordres les plus précis

* « Nous avons l'honneur d'informer V. E. qu'il n'y a dans celle ville ni écoles » publiques, ni maîtres privilégiés pour donner les leçons de celle scieuce, en sorle » qu'il esl libre a loul le inonde de se servir pour ces instructions de lels maîtres » qu'il trouve à son gré, comme il esl permis d'ailleurs à tous ceux qui sont versé* » d'en donner des leçons a qui veuille les prendre pour maîtres. » Rapport du 1(1 juillet 1757 snr la requête d'un nommé Ansart, demandant la permission d'enseigner les mathématiques. Archives de ta f-'ille. — Raikgo, Mémoire sur les changements opères dan* l'instruction publique depuis le règne de l impératrice Marie- Thérèse. Mémoires couronués par l'Académie, T. VI.

pour faire accueillir d'une manière distinguée les fruits du savoir et de l'éducation ; les talents supérieurs se virent recherchés et furent encouragés par des gratifications extraordinaires et même par des pensions \ En 1777, une commission royale des études fut instituée à Bruxelles et composée des membres de l'Académie qui avaient présenté des mémoires sur la réforme des collèges. Le comte de Nény en accepta la présidence, et la direction supérieure en fut confiée au prince de Starhemberg. Conformément aux vues et aux principes d'amélioration émis par le gouvernement, on établit à Bruxelles, dans le couvent des jésuites, un collège royal pour l'éducation de la jeunesse ; il reçut le nom et la forme du collège thérésien de Vienne. Un préfet des études, sept professeurs et quelques surveillants en formaient le personnel. Les frais nécessaires à l'entretien de cet établissement furent supportés par le tré* sor. On adjoignit à la commission royale des études, un conseiller des finances, deux commissaires et un actuaire. Cette commission eut l'inspection du collège de Bruxelles, ainsi que de tous les autres collèges et écoles qui se trouvaient dans les différentes provinces des Pays-Ras *.

C'est au comte de Cobcnzl que la Belgique doit son Académie. Ce ministre éclairé , qui avait fait ouvrir la bibliothèque, comprit qu'il ne manquait aux Belges que des encouragements pour ressusciter chez eux le goût des belles-lettres. A cet effet, il chercha à instituer une société littéraire. Apres avoir pris ses mesures en conséquence, il adressa, le im février 1709, une circulaire aux membres nommés pour la composer, en les invitant à se réunir, le 5 mai suivant, afin de commencer le cours de leurs opérations. Le zèle que montrèrent les premiers membres de cette société, confirma le gouvernement dans l'opinion manifestée par le comte de Cobcnzl qu'une mort inopinée avait malheureusement enlevé trop tôt à ses amis et aux lettres. Par lettres patentes du 1 G décembre 4772, Marie-Thérèse érigea cette société en Académie impériale et royale des sciences et belles-lettres. La salle de la bibliothèque qu'on venait d'ouvrir au public, lui fut indiquée comme lieu de ses séances . Les lettres patentes accordaient aux académiciens les distinctions et pré-

« Rainco, I. c.

* Cette commission fut supprimée vers la fin de 1 783. Rainco. — Mann.

s A l'occasion de ces événements on frappa un jeton portant d'un coté le buste du duc Charles de Lorraine, avec la légende : Car. Alex. Loth. dux Belg. praf ; et sur le revers cette inscription :

toïe ir. Til

rogatives attachées à l'état de noblesse personnelle. EUes étaient accompagnées d'un règlement pour l'Académie \ dont le chancelier de Crurapïpen eut la présidence ; l'impératrice nomma le prince de Starhemberg pour la représenter en qualité de protecteur. L'Académie tint sa première séance le 13 avril 1773 ; elle était composée d'environ vingt membres ordinaires régnicoles, et de douze membres étrangers : les deux tiers des premiers étaient attachés à la classe des sciences, et l'autre tiers à celle d'histoire 2.

L'abolition des jésuites avait interrompu la publication des Vies des Saints (Acta Sanctorum), commencée dans les premières années du xvne siècle, & Anvers, par quelques membres de leur ordre; mais l'impératrice ne voulut pas que cette grande entreprise, le plus beau monument scientifique dont s'honore la Belgique, restât inachevée ; un traitement annuel fut alloué aux pères Ghesquièrc, de Bye, de Bue etlluben, qui furent logé* à l'abbaye de Coudenberg, où ils se livrèrent, dans

Munificmtia

Angusl.r Scient, ut lu.

Acadcmia regia

Instituia Bibliothcca pubt.

EoecTA Bncx.

MDCCLXXII.

Ou Irappa aussi une médaille sur la légende do laquelle on lisait ces mou : Artinm UberuUnm tulda ac prœsidium. L'exergue portail : Acadetniœ Bclgicœ, et le revers le buste du duc Charles. Continuation île l'histoire métallique de Fan Loon, par J.-J. Raepsakt.

1 Registres des Chartes de la chambre des comptes de BrabatU, n" 22, f* 311.

• Déjà elle avait publié plusieurs volumes des Mémoires de ses membres, et une longue suite de Mémoires qui avaient obtenu les prix décernés par elle, en répondant aux questions qu'elle proposait annuellement, lorsque les Français enlevèrent les Pays-Bas à l'Autriche. Elle dut se dissoudre en 179-1, par suite de la suppression des corps académiques. Ainsi furent interrompues ces éludes historiques qui avaient déjà éclairci tant de points obscurs de notre histoire, ces éludes qui allaient faire comprendre aux Belges leur droit de nation, et dont on commence aujourd'hui à sentir l'utilité, moins encore sous le rapport littéraire que sous le rapport politique. L'administration départementale essaya, en 1797, de reconstituer l'Académie de Bruxelles, sous le titre de Société des sciences et des arts. Mais ses efforts furent inutiles : les membres de ce corps avaient été dispersés et le moment était peu propice pour l'exécution d'un pareil p/ojet. Ce n'est que 19 ans plus lard, le 7 mai 1816, que l'Académie a été rétablie sous le titre d'Académie royale des sciences et belles-lettres. Mémoires de V Académie.

DE BRUXELLES. 287 l'ancienne chapelle des ducs de Brabant, à leurs travaux historiques (4 778) '.

Depuis longtemps on avait compris que la réunion des barbiers et des chirurgiens dans un même corps de métier, était injurieuse pour ces derniers. En 1779, un particulier proposa au gouvernement de tirer la chirurgie de l'abandon dans lequel on la laissait, de l'élever au rang des arts libéraux, et d'établir des leçons publiques et des concours entre ceux qui les fréquenteraient. Le magistrat approuva fortement ce projet et en agrandit les bases. Il voulait que la charge de médecin de la ville (4 1 ,000 florins d'appointements) fût rétablie et que le titulaire fût chargé de diriger les écoles à fonder, de présider les concours, les examens, la visite des cadavres, des hôpitaux, etc., en un mot de surveiller tout ce qui intéressait la santé et l'hygiène- publiques; il demandait en outre la création de deux chaires, l'une de médecine, l'autre de chirurgie, afin de séparer entièrement ces deux branches de l'art, et la nomination d'un chirurgien pétitionné, qui aurait les mêmes prérogatives, les mêmes attributions et les mêmes appointements que le premier médecin (9 mars 1 776). Ces propositions ne furent admises qu'en partie; on ouvrit des cours de chirurgie dans le couvent de Saint-Pierre que Joseph H convertit en hôpital 2.

Les arts ne furent pas oubliés. L'origine de Y Académie de peinture et de sculpture de Bruxelles remonte au commencement du siècle dernier, ainsi qu'il constc d'une décision du magistrat, en date du 30 septembre 4 711, accordant aux doyens des peintres, tapissiers, sculpteurs et autres amateurs, une chambre à l'hôtel de ville pour y exercer fart du dessin; les cours commencèrent le 1 6 octobre suivant. Le 13 janvier 1712, ils obtinrent chauffage cl lumière et, en 1720, le magistrat accorda h l'Académie une gratification annuelle de cent florins pour couvrir ses frais. Les deux premiers règlements, qui lui furent donnés, datent de 1 737 et de 1 742 ; le premier déterminait l'ordre et la direction de l'école, le second la police et la discipline. Le 14 avril 1763, le due Charles de Lorraine se déclara prolecteur de celte institution dont une partie des classes avait été transférée, en 1752, dans une salle, au pre-

« Messager des sciences et des art», année I83K, p. 218.

* Os cours cessèrent lors de la révolution brabançonne; ils n'étaient pas encore repris en 1794, ainsi que le prouve une requête adressée dans le courant de cette année au gouverneur général par quelques étudiants. Archives de ta Ville.

mier étage du cabaret de la Tète d'or, dans la rue de ce nom. Les classes furent alors réunies de nouveau à l'hôtel de ville, et le prince accorda quatre médailles pour être données annuellement en prix aux élèves qui auraient fail les progrès les plus marquants \ Voulant seconder les vue* bienveillantes et éclairées du duc Charles, le magistrat accorda de nouveaux avantages à l'Académie. Refondant les règlements de 1737 et 4742. il en publia un nouveau, en 1765, pour la direction de cet utile établissement. Ce règlement fait l'éloge du magistrat qui l'a rédigé et du prince qui Ta provoqué. D'après le désir manifesté par le duc, ou ajouta aux cours de l'Académie un cours d'architecture civile. Enfin, le 26 septembre 1772, le magistrat publia un règlement pour les élèves, et, le 20 mars 1773, Marie^Thérèse donna une ordonnance pour favoriser les arts en Belgique. Dans cette ordonnance l'impératrice déclarait « qu'ils ne dérogeaient point à la noblesse et qu'un chacun pourroit », librement les exercer et vendre ses ouvrages. >» Les étals de Brabant contribuaient par un subside annuel de 200 florins au maintien de cet établissement ; des souscriptions formaient ses autres revenus. Les gouverneurs généraux, qui succédèrent au prince Charles, prirent, comme lui, sous leur protection immédiate celte Académie d'où sortirent les Cardon, les Jacobs, les Dclvaux, les Navez 2.

Les institutions communales, qui firent longtemps la force et la gloire de notre patrie, avaient complètement dégénéré, lorsque de nouvelles théories sociales vinrent les ébranler, et une révolution les anéantir à jamais. On

• Archives de ta Ville.

» Ibid. — Les travaux de l' Académie de peinture et de sculpture tarent suspendus lors de la première entrée des armées françaises en Belgique, par suite de l'absence ou du refus des membres honoraires de continuer leurs souscriptions. L'assemblée des représentants provisoires de la ville libre de Bruxelles ordonna, dans sa séance du 18 décembre 1792, sur la demande du directeur Pisco, qu'elle fftt remise sans délai en activité. Par décret du 1 1 février de l'année suivante, cette assemblée lui accorda un subside de 200 11., et dans sa séance du 12 du même mois, elle chargea le directeur de lui faire un rapport sur les prix qu'il conviendrait d'accorder aux élèves pour ne point laisser leur zèle se refroidir. Collection des procès-verbaux, etc., des représentants provisoires de la ville hbre de Bruxelles, T. I, p. 293; T. II, p 28u et 310. — Lors de la seconde retraite des Autrichiens, cette Académie souffrit une nouvelle interruption. Par arrêté du 11 octobre 1800 (19 vendémiaire an vin), M. Rouppe, alors maire de Bruxelles, la rétablit et elle reprit ses cours le 0 novembre suivant, bile a été réorganisée en octobre 1813, par M. le baron J. Vanderliodcn d'Hoogvorst. Archives de la Ville.

ovait oublié tout à fait l'esprit qui les avait créées, et les privilèges, les exemptions de toute nature s'étaient accrus à tel point, que la sujétion aux charges communes n'était plus la règle, mais l'exception, exception d'autant plus déplorable qu'elle pesait presque exclusivement sur les bourgeois les moins aisés. Aussi, là plus qu'ailleurs pèut-étrc, une réforme était-elle indispensable; mais elle rencontrait de grands obstacles dans la multitude et l'influence de ceux qui, profitant des abus, s'efforçaient de les perpétuer.

L'autorité publique et administrative du magistrat répartie entre un très-grand nombre de patriciens et de plébéiens, alors que le collège communal se renouvelait régulièrement tous les ans, s'était concentrée en une coterie, depuis que le gouvernement avait pris l'habitude de continuer dans leurs fonctions les membres de ce corps. Ce n'était plus pour une année ou deux au plus, comme cela s'était vu quelquefois, pendant le xvi* et le xvn" siècle, qu'on continuait dans leurs fonctions les mêmes hommes, mais pour cinq, six, huit, dix ans de suite ; encore, quand on venait à renouveler le magistrat, il était toujours composé à peu près de la même manière. Pernicieux pour la commune, parce qu'il altérait sa constitution primitive et qu'il donnait à quelques personnes une influence excessive, cet usage tourna également au détriment de ses auteurs. N'étant plus composé que de gens auxquels on refusait toute participation aux affaires, le large conseil se montra animé d'un nouvel esprit, et mainte fois le gouvernement rencontra chez ce membre plus d'opposition que chez les nations, circonstance qui aurait pu avoir de fâcheuses conséquences, si celles-ci avaient renouvelé leurs anciennes contestations. On vit mémo le bourgmestre Decker, de triste mémoire, oser se passer de son consentement et s'adresser directement aux nations, qui accueillirent sa proposition à la majorité de cinq contre quatre \ D'un autre côté, l'exemption d'impôts que les magistrats avaient accordée d'abord à quelques administrations afin de les voir s'établir dans leur ville, avait été étendue avec si peu de réserve qu'elle était devenue une prérogative annexée à presque toutes les fonctions publiques 2. C'était non-seulement une injustice criante, qui favorisait,

1 Encyclopédie historique du gouvernement des Pays-Bas autrichiens, par Uc\hecb, T. I, f 33 et suiv. Mss. de la Bibl. de Bourgogne.

1 Voici une liste des personnes qui, en tout ou en partie, étaient exemptes d'accises à Bruxelles, au siècle dernier : le prince ou le gouverneur général, le ministre

au détriment de la généralité, les classes les plus riehes, mais encore une source de procès incessants et ruineux pour la commune.

Depuis les dernières années du xvn* siècle, l'organisation des métiers était en butte à de violentes attaques dans les rapports de quelques agents du gouvernement, et l'esprit de corps qui entravait les progrès de l'industrie, leur avait suscité beaucoup d'antagonistes. On demandait la suppression des corporations, parce qu'elles gênaient le commerce, tout en faisant entrevoir la nécessité de les tolérer, pour ne pas renverser l'ancienne organisation des cités 1 . Ces attaques réitérées ne restèrent pas sans résultats. Ainsi, on vit le gouvernement autrichien soustraire les négociants à la dépendance du corps des bateliers qui, en vertu d'une de leurs

d'état, les princes de maisons souveraines, l'archevêque de Matines, les grands d'Espagne, les chevaliers de la Toison d'Or et leurs veuves, les conseils privé, d'état, des finances, de Brabant, le lieutenant et le greffier de la cour féodale, le grand- veneur et le lieutenant grand-veneur, le gruyer, le louvetier, le lieutenantfauconnier, le maître des* garennes, le prévôt de l'hôtel et celui de l'armée, le d rossa rd, le gouverneur de la ville, les principaux chefs de l'armée. les archers et les hallebardiers, les chapelains, les chantres et musiciens, l'alcade, l'intendant, le contrôleur et te lieutenant-contrôleur des ouvrages de la cour, le maître de l'Académie et les pensionnaires ou élèves de cette institution, le fourrier de la cour, le concierge du parc, celui du labyrinthe, celui du jardin aux vignobles et celui de l'arsenal, les trois portiers du parc, les balayeurs du palais, les employés de la poste, les monnayeurs. le prévôt de la cour et ses deux hallebardiers, les députés des états de Brabant, le greffier et le receveur des États, le magistrat, chaque nation jusqu'à concurrence d'une aime de vin et de deux aimes de bière forte, le major et le lieutenant de la garde bourgeoise, les maîtres drapiers et autres fabricants d'étoffes, les tapissiers, ceux qui venaient s'établir à Bruxelles et y introduisaient une industrie nouvelle, les constructeurs de bateaux, les chapitres de Sainte-Gudule et d'Andcrlecbt, les curés et chapelains des églises de la ville, le prévôt de la Chapelle, les oratoriens, les curés des églises de la banlieue, les recollets* les carmes, les dominicains, les alexiens, les angustins, les cannes déchaussés, les jésuites, les chartreux, les minimes de Bruxelles et d'Andcrlecbt, les capucins, les bogards, les pauvres claires, l'hôpital Saint-Jean, les capucines, les carmélites, les religieuses de Jérico, de Saint-Pierre, de Sainte Elisabeth, de Foret, les annonciades, les bénédictines anglaises, les urbanistes, les brigittines, les madeloneltes et les sœurs-noires. Il y avait quatre caves franches : celle de la cour, servant aux chapelains et domestiques du palais, taxée à 300 aimes de vin; celle de la monnaie, celle de Sainle-Gudule, où, en vertu d'un accord du 14 novembre 1590, on pouvait encaver 180 aimes de vin, et celle du chapitre d'Anderlecht, taxée à 30 aimes de vin, le 27 juillet 1618. Édil en date du 21 juillet 1724. Archives de la Fille.

1 Mémoire sur le commerce et l'industrie du pay$, signé N. Bacon, et daté du 1 " décembre 1 765. Mss de la Bibl. de Bourgogne.

coutumes, se faisaient employer à lourde rôle. Dans les contestations fréquentes entre les merciers et les autres corporations, il prit constamment le parti des premiers, qui prétendaient vendre librement tout objet travaillé ou fabriqué, de l'intérieur ou de l'extérieur, nonobstant tout privilège contraire. En celte circonstance, sa conduite était dictée en outre par Pespoir de donner une nouvelle activité au commerce, en facilitant la vente des denrées et manufactures étrangères, et en détruisant les obstacles qu'opposaient à l'industrie d'inconciliables prétentions. Les métiers n'étaient plus ces corps démocratiques, dont tous les membres se considéraient comme égaux et frères ; pendant que des intérêts opposés divisaient les corporations, l'envie de dominer et de dominer exclusivement détruisait l'union parmi leurs membres. Les doyens ordinaires et les doyens hors de service (anciens, ouders), qui formaient le conseil des métiers, étendirent peu à peu leur pouvoir dons l'infime cercle de leur juridiction. Entre autres exemples, nous citerons la contestation qui s'éleva entre les prévôts et anciens et les iuppôts ou membres de la confrérie des a batteurs. Ceux-ci voulant assister tous à la reddition des comptes de la corporation, ceux-là craignirent de voir leur gestion trop sévèrement contrôlée par une assemblée nombreuse, et ils s'adressèrent au magistrat, disant que cela ne se pratiquait pas ainsi d'ordinaire, à cause des » désordres qui en seraient résultés. » Une ordonnance du 20 décembre 1 683, leur donna gain de cause et limita à deux le nombre de suppôts à appeler à l'audition des comptes. Tous les doyens en général paraissaient redouter le contrôle de leur gestion ; ceux des tuiliers demandèrent au magistrat de ne plus convoquer à cet effet que les anciens, faciles à convaincre parce qu'ils participaient à l'administration. Us alléguèrent que les jeunes membres •< faisaient du bruit, qu'ils me- » naçaient leurs confrères plus âgés, et apportaient avec eux des pistolets » et des couteaux, >» et le magistrat admit leurs étranges observations, en les obligeant seulement à lui présenter quatre suppôts, parmi lesquels il en choisirait deux, qui assisteraient à la reddition des comptes (ordonnance du 16 mars 1650). Les anciens se réservèrent aussi exclusivement les festins d'admission des nouveaux membres, festins auxquels primitivement tous les membres de la communauté participaient avec leurs femmes. Les dépenses inconsidérées des doyens firent élever à un taux excessif les droits d'entrée dans la plupart des métiers, et il en résulta aussi l'union de corporations qui n'avaient aucune connexilé

entre elles. Pour faire revivre une ancienne corporation, alors qu'elle était obérée, on lui adjoignait une confrérie simple, qui n'avait pas le droit de nommer des doyens et qui ne supportait que des charges communes peu considérables. C'est ainsi que les brandeviniers ou distilla* teurs furent annexés aux chapeliers (1 757), et les perruquiers aux fabricants de chaises en cuir d'Espagne (1734). Les plaintes soulevées à ce sujet décidèrent le gouvernement et le magistrat à prendre des mesures répressives. II fut interdit aux métiers, ainsi qu'aux serments, de faire des •> traitements ou compositions » à charge de la caisse de leur communauté, soit dans les assemblées ordinaires, soit dans d'autres occasions générales (ordonnance du 25 mars 1770), et le gouvernement leur défendit de soutenir des procès, soit comme demandeurs, soit comme défenseurs, sans autorisation expresse de l'administration locale (édit du 21 janvier 1771). La première de ces dispositions eut des effets salutaires et l'on vit se relever insensiblement la plupart des corporations que menaçait une ruine imminente, résultat du grand nombre de leurs fêtes et de leurs repas auxquels l'économie était loin de présider Ce fut pourtant à ces sages mesures qu'on imputa les mauvaises dispositions que montrèrent les nations en 1776. « La suppression de y ces repas, dit un mémoire du temps, a tiré entre le magistrat et le » peuple une ligue de séparation d'où date l'inimitié réciproque, qui doit » tôt ou tard amener une révolution dans le système actuel. — » Du temps des repas, lorsque le doyen nat se sollicitoit comme les em- » plois les plus lucratifs, chaque doyen, en quittant le service, cherchoit » à obliger ses parents, ses amis, à qui il rendoit en effet un service >» essentiel en les proposant à sa place ; pour lui assurer (c'est-à-dire à » un de ses amis) la préférence, ils avoient la malice de lui donner » pour compagnon quelque sujet ignore, peu moyenné, inconnu >• au magistrat; ils noramoient ces sortes de compagnons de rc- » présentation, valhoedt 2. De là, un bourguemaitre un peu adroit étoit » assuré qu'en donnant la préférence aux valhoedts, il se formoit une » nation qui, n'ayant rapport ni liaison avec la précédente, lui prétoit ». d'autant plus de facilité que la médiocrité de leur fortune les attachoit » davantage au doyen nat. Aujourd'hui que les repas sont supprimés, le

« Carton intitulé Aubachten, aux Archives de la Ville. * Celte expression, qu'on peut traduire littéralement par bourrelet, exprime la facilité qu'on avait à mener ces doyens.

DE BRUXELLES. 593 » doycnnat n'offre plus aucune espèce de dédommagement aux travaux » y attachés. Les doyens ne s'appliquent qu'à choisir ceux de leurs raé- » tiers qu'ils croient les plus propres à soutenir ce qu'ils appellent leurs >• droits, leurs prérogatives, leurs privilèges; leur choix est tel que » quel que soit celui du magistrat, ils sont assurés d'être remplacés par » des gens capables de les soutenir; de là cette nation dont l'obstination, » l'entêtement étonnent aujourd'hui tous ceux, qui n'ont point lu » dans la suppression des repas, que celle qui lui succédera la surpassera » de beaucoup l. »

Anciennement tout bourgeois se livrant à une industrie quelconque, tenant boutique ou cave ouverte, demeurant en chambre ou en cave, ou travaillant à la journée, en un mot, tout artisan ou détaillant, âgé de i 8 à 60 ans, marié, célibataire ou veuf, était tenu de se faire inscrire dans les sections (règlement de 4 595), à moins qu'il ne fil partie des serments ; les femmes mêmes qui se livraient au commerce, étaient soumises à cette charge par remplaçants ; celles qui ne pouvaient en supporter seules la dépense, s'associaient à deux pour fournir un homme. Par contre, les membres des conseils du gouvernement et des cours de justice, ainsi que leurs suppôts, les personnes attachées à la cour et les rentiers, étaient exempts du service militaire, excepté dans les circonstances extraordinaires, telles que l'approche d'une armée ennemie, l'émeute, l'entrée d'un souverain ou d'un gouverneur général. Dansées cas, il était ordonné à tous les habitants, francs bu non francs, de quelque qualité qu'ils fussent, de se ranger sous la bannière de leur section; mais il leur était facultatif de se fa-re remplacer 2. Le nombre des exemptés alla toujours croissant : on plaça dans cette catégorie les employés du montde-piété, ceux de la monnaie, les hallcbardicrs et les livranciers de la cour, qui ne tenaient pas boutique ouverte ; en outre, par concessions du magistrat, celte exemption fut étendue aux tapissiers, teinturiers, fabricants de camelots, de glaces, de papiers, et autres industriels qu'on voulait retenir en ville par des encouragements et des privilèges. De tous les abus celui qui contribua le plus à la désorganisation des sections, c'est l'usage qui s'introduisit dons le xvnc siècle de se libérer du service moyennant une taxe ou composition annuelle; cette taxe était arbitraire

« Carton intitulé Naties, aux Archive» de la fille.

» M. Gackard, Introduction aux Documents inédits concernant les troubles de Bruxelles sous Charles f 7, p. en.

et déterminée d'après la fortune des composants, et ne s'élevait qu'à 12, 4 0, 8, 6, 4, 2 florins ou 50 sols; aussi le nombre des composants fut-il bientôt considérable. Lorsque le magistrat voulait accorder une gratification à un corps civil ou religieux, il l'autorisait quelquefois à vendre au plus offrant l'exemption de garde pour une ou plusieurs personnes '. Il était permis en outre aux membres des sections de se faire remplacer ; dans ce cas, le remplaçant devait être agréé par le capitaine, et il était interdit à tout étranger, soldat réformé et vivandier, de se présenter en cette qualité, sous peine d'un emprisonnement de trois jours au pain et à l'eau (ordonnance de i 595). Il résulta de ces déplorables mesures, introduites pcuUétre par la politique des gouvernants, pour qui la commune armée était un épouvantai], que la garde bourgeoise ne fut plus composée que de quelques volontaires [aiUlborsten), dont le nombre était rarement complet, et de mercenaires (loenwueckende mannen), auxquels les compagnies payaient 4 sous 5/8 par jour, pour monter la garde aux lieu et place des composants (rapport du 27 mai 1766). Aussi le service se faisait-il avec une inconcevable négligence ; les capitaines et les autres officiers ne s'en mêlaient plus ; quelques caporaux mercenaire* et 50 ou 40 pauvres hères, à peine armés, faisaient le service de jour à autre ; encore parfois arriva-t-il qu'on trouva les postes abandonnés 2. Les grades de lieutenant, d'enseigne, de sergent, de caporal, étaient vendus au plus offrant par les capitaines au taux respectif de 1 00 ducatons. 400 écus, 60 écus et 5 sous. On avait déjà cherché vainement, par plusieurs ordonnances, à remédiera ces inconvénients, lorsque le magistrat proposa, le 27 mai 1 706, de réorganiser totalement la garde bourgeoise ; il voulait qu'on réduisit à Cinq le nombre des capitaines et à dix le nombre des centeniers; que le service ordinaire fût aboli et que les habitants ne fussent plus appelés aux armes que dans les circonstances extraordinaires ; mais cette proposition fut laissée sans suite 3.

Le même esprit de démoralisation était passé dans les serments ; ces corps, qui comprenaient chacun, depuis 1654, 1 50 tireurs gagés et dont la force totale s'élevait vers le même temps à 2,500 hommes \

1 La composition rapporta jusqu'à 10 ou 12,000 florins par an ; ce chiffre baissa

ensuite jusqu'à 6 ou 7,000. Archives de ta Fille.

* Voyez M. Gacbard, I. c.

* Carton intitulé Wycken, aux Archives de la Fille. « Gt'icciARbiN, édition de IG.'iO, p. 127.

DE BRUXELLES. 295 avaient complètement dégénéré. Le principal but de leur institution ayant été de former des troupes d'élite, il avait été expressément spécifié par l'article 20 de l'ordonnance de 1 043, « que ceux des cinq serments » ne peuvent, sous peine d'une amende de 2 1 sous, faire monter la » garde ou placer en sentinelle en leur place, un homme salarié ou » autre. » On éluda cette disposition eu admettant, dans chaque serment, 50 schutters a s'exempter ; il devait en rester 80 pour monter la garde, mais ce dernier chiffre était rarement complet. Tous les membres des serments qui avaient été chefs-doyens ou doyens furent également exemptés du service actif, excepté dans les cas extraordinaires et sous la condition de payer 200 florins ; l'usage s'introduisit en outre de créer exlraordinairement des doyens, moyennant la même rédemption. Le résultat de ce vicieux système fut de réduire considérablement le nombre d'hommes aptes au service, de créer une foule de dignitaires inutiles, et de rendre le service plus pénible pour les confrères restants. Afin de combler le vide qui devenait toujours plus grand dans les rangs des premiers, on rendit l'entrée dans les serments obligatoire, tandis que, dans l'origine, elle était purement facultative et volontaire ; chaque serment eut deux quartiers de la ville pour s'y recruter, et put réclamer tout bourgeois Agé de moins de 50 ans et marié depuis un an et un jour, à moins qu'il ne fût adelborat, ou officier dans sa section. Ce sont ces modifications qui ont rendu inexplicables, pour les écrivains du siècle dernier, l'origine et l'organisation primitive de ces corporations militaires *. A ces causes de désorganisation il faut joindre encore la prodigalité des chefs des serments, prodigalité qui faillit les ruiner complètement. En 4 776, le grand serment devait 41,937 florins; celui de

1 Voici quelle était la composition des serments en 1768. Sur 1306 personnes dont ils se composaient, il y avait 019 chefs-doyens et doyens, 60 officiers et employés, 84 schutters composants et 273 schutlers faisant le service. Le grand serment comptait 242 chefs doyens et doyens, 10 officiers et employés, 4 composants et 38 membres actifs; le petit serment des arbalétriers, 191 chefs-doyens et doyens, 15 officiers et employés, 28 composants et 72 membres actifs; les archers, 180 doyens, 13 officiers et employés, 6 composants et 58 membres actifs; les arquebusiers, 167 doyens, 9 officiers et employés, 16 composants et 67 membres actifs; les escrimeurs, 139 doyens. 13 officiers et employés, et 58 membres actifs. M.Gacuard, Introduction aux troubles de Bruxelles en 1718, p. civ et cv. — Alph. Wautc&s, les Serments de Bruxelles (Revue de Bruxelles, avril 1841). - Ordonnances du magistrat des années 1613, 1653, 1659, 1070, 1745. 1766. jérehins delà y ille.

2UG

Saint-Gcorgc, 20.000; celui de Saint-Christophe, 18,000; celui de Saint-Michel, 5.700, et celui de Saint-Sébastien, 72,1 60, outre 43,000 florins d'intérêts arriérés. Le magistrat leur interdit d'accorder des exemptions de service, et il en résulta un procès auquel lé serment de Saint-Sébastien ne prit aucune part, h afin de ne pas rendre la cause » des autres gildes plus mauvaise. » Le magistrat proposa alors de réduire le nombre de ces corporations à trois : le grand serment, le serment de Saint-George et celui de Saint-Christophe, et de les composer chacune de cent hommes, qui seraient exempts de tout service actif, excepté dans les cas extraordinaires, à condition de payer un droit d'entrée de 25 florins. Les confrères devaient avoir seuls le droit de s'exercer librement au tir, auquel les étrangers ne seraient admis que moyennant une rétribution. La ville aurait cessé de payer aux serments un subside annuel et se serait chargée d'éteindre leurs dettes

Malgré les guerres qui avaient désolé la Belgique, l'industrie agricole y avait fait d'immenses progrès, et les quarante années de paix dont elle jouit après le traité d'Aix-la-Chapelle, développèrent activement la prospérité des campagnes du Brabant, dont les habitants menaient une vie matériellement heureuse, sous la domination d'abbés et de seigneurs intéressés à les ménager 3. Les villes, auxquelles les trois derniers siècles avaient été funestes, ne profitèrent pas moins des bienfaits de la paix, et partout la population s'accrut. En 1785, on comptait à Bruxelles 74,427 habitants, parmi lesquels il y avait 7059 nobles, rentiers, négociants et employés, 1,587 ecclésiastiques et religieux, 2 2, 09 9 enfants ou adultes des deux sexes, 9,885 marchands en détail et artisans, 20,908 ouvriers, 8,445 domestiques, 1,974 mendiants et 2474 militaires et passagers. Cette population était répartie de la manière sui-

1 Rapport de 1766 précité.

2 La voleur moyenne du bonnier qui, avant la construction des grandes chaussées en 1704, ne dépassait pas, dans la banlieue, A à 500 fl., et plus loin 350 à Ô00 11., s'éleva depuis de 800 à 1,500 11. Les. terres donnaient un revenu de 2 12 a 3 pour cent. Mémoire du conacillrr Bacox, mss. — Dimiv.a, T. III, p. 352.

vante :

Quartier de la Cour

n de In rue Haute. .

de la place des Wallons. .

de la rue d'Anderlecht. .

Quartier de la rue au Lait. .

h de la rue de Flandre.

» de la rue des Bouchers.

m du Major. » de Schaerbeek. .

h du marché au Fromage.

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11 y avait en outre 2,050 /enfants trouves.

En 1 780, le nombre de maisons était de 10,669 '.

Il avait encore été question, en 1750, de relier Bruxelles au Uainautpar un canal; mais, comme les autres fois, on s'était borné à lever quelques plans. Le second anniversaire de la construction du canal de Willebrocck fit de nouveau représenter ce projet. En 1749, le magistrat, qui s'opposait opiniâtrement à la construction du canal de Louvain au Rupel qu'il jugeait préjudiciable aux intérêts de ses administrés, de» manda au prince Charles de désigner des commissaires qui visiteraient, avec des délégués de la commune, le terrain entre Forêt et Charleroy, pour s'assurer s'il y avait moyen d'y établir une voie de navigation. Le surintendant du canal de Willebrocck, le trésorier Cano, le receveur Hofmans, le conseiller Thierre, le contrôleur de la ville, le colonel Spnlart et quelques ingénieurs, furent charges de cette mission, et partirent le 6 avril 1 7 50 ; mais il parait que leur rapport ne fut pas favorable au projet qui fut derechef abandonné . Le transport des voyageurs de Bruxelles à Anvers, et vice versé, s'opérait, au delà de Willebrocck, au moyen de heu ou grandes barques. Comme la navigation sur le Rupel et l'Escaut offrait des dangers, et que les heu avaient plusieurs fois fait naufrage \ on résolut de construire une chaussée de Boom à Anvers. Lcséchevins Vanderdilft et de Moor, accompagnés du surintendant et du receveur du canal, ainsi que du pensionnaire Van Langendonck, allèrent examiner les lieux, et, sur leur rapport, les trois membres votèrent, en juin 1750, un emprunt de 100,000 florins pour l'exécution de cette entreprise; mais des difficultés imprévues vinrent l'arrêter, et ce ne fut qu'en

* Mamn, T. III. p. 99. — M. de Reiffënberc, Essai sur la statistique ancienne de la Belgique. {Mémoires de l'Académie de Bruxelles, T. IX.)

s D'après les registres de l'administration du canal, il y périt, de to6t à 1740, 1,747 personnes. U 31 juillet 1681», un lieu chavira devant Anvers (Komas), et en 1 7 10 un autre naufragea devant Niel (de Bleyl).

* Copye Boeck. — Fopptss.

1763, qu'un octroi de Marie-Thérèse, du 9 septembre, sanctionna ce vote et autorisa la ville à exproprier les terrains nécessaires et à établir des pontons pour porter les voyageurs de Willebroeck à Boom, où les attendraient les diligences. La chaussée, dont la première pierre fut posée le 21 mai 1764 par le comte de Cobenzl, fut terminée en deux années; pour l'achever, la commune dut faire une nouvelle levée de 30,000 florins (octroi du 22 août 1765). L'administration du canal fut chargée de l'entretien de cette chaussée. Depuis lors il y eut deux départs [>ar jour pour Anvers, et le trajet se fit en six heures. Une autre chaussée d'Yssche (à partir de la ferme de Terrest, ou finissait une chaussée domaniale traversant le bob de Soignes) à Wavre, sur une étendue de sept quarts de lieue, fut construite par la ville dans le but de faciliter ses communications avec le Brabant wallon ; le 18 avril 1754, le trésorier de Beeckman du Val et le receveur Vandendriessche, avaient été chargés d'examiner les terrains, mais elle ne fut commencée qu'en 1768. Pour exécuter cet ouvrage les trois membres votèrent 80,000 florins en novembre 1765, et 20,000 en mai 1769

Si l'on ne faisait plus de grandes opérations commerciales à Bruxelles, parce que les capitalistes préféraient placer leur fortune en terres ou en rentes, le commerce de détail s'y était considérablement augmenté. On s'y livrait de préférence au commerce de commission, et plusieurs de ses habitants prenaient part à celui de l'Amérique. La France, l'Angleterre et les Provinces-Unies étaient les trois puissances avec lesquelles les Bruxellois entretenaient le plus de relations. Oc la France, ils tiraient des vins, des eaux-de-vie, quoiqu'ils en fabriquassent aussi, mais de qualité médiocre, du café, des étoffes de soie, des bijoux, des livres, des estampes, des fruits secs, des objets démodes et de luxe, et des quincailleries. Ils y envoyaient des toiles, des dentelles, du fer ; presque tous leurs autres produits y étaient prohibés. A l'Angleterre, qui lui fournis- . sait desétoffes de laine, du rhum et beaucoup de quincailleries, Bruxelles vendait des dentelles, des toiles, différentes étoffes, des papiers et des toiles peintes. Elle expédiait en Hollande beaucoup de matières brutes, des semences, des fruits, du chanvre préparé, du cuivre travaillé, mais la prohibition excluait ses draps et ses étoffes teintes; elle en recevait du poisson, des cendres de tourbe, de la potasse, des produits de l'Inde,

« Archives de la f i/fc.

des papiers, des étoffes, des toiles peintes, des drogues médicinales, des fromages. Lorsqu'elle put tirer les épiceries de la compagnie de Nnde par le port d'Ostende, elle se sertit de ses propres vaisseaux, tant pour l'importation que pour l'exportation, et ota ainsi aux Hollandais le bénéfice du fret de son commerce. Bruxelles trafiquait encore avec l'Espagne, d'où elle tirait des vins de liqueur et des fruits, en échange de ses étoffes de laine, de ses toiles et de ses dentelles; et avec la principauté de Liège d'où lui venaient des armes de luxe et des peaux, et où clic envoyait des étoffes, des toiles, du lin, du chanvre, et, par transit, des épiceries et du poisson \ Le commerce de transit de Bruxelles reçut, en 1776, un ^rand éclat de l'établissement de plusieurs maisons genevoises, qui vinrent se fixer dans cette ville et imprimèrent a ce genre de spéculations un mouvement considérable, qui fut malheureusement de courte durée; les entraves mises, quelques années après, au commerce de transit, déterminèrent les Génevois & retourner dans leur patrie. Pendant le règne de Joseph II, plusieurs armateurs, entre autres MM. Chapel et Romberg, équipèrent huit vaisseaux avec lesquels ils firent la traite des nègres 2.

Plusieurs grandes industries, telles que la fabrication des draps, des camelots, des tapisseries, étaient en pleine décadence. Au commencement du xvii" siècle, à la demande de neuf ou dix maîtres tisserands, débris de l'antique grand métier de Bruxelles, et à l'imitation de ce qui s'était fait à Malincs, on avait exempté les tisserands de payer les accises sur le vin et la bière , de monter la garde et de loger les gens de la cour et les militaires (ordonnance du 23 août 1601). En 4614, afin d'attirer les fabricants étrangers, on leur avait promis, entre autres faveurs, l'admission gratuite dans la bourgeoisie et dans le métier (résolution du 6 octobre) ; plusieurs Italiens profitèrent de ces avantages, et l'un d'eux, Louis Parenthi, introduisit à Bruxelles la fabrication du velours commun et des flanelles, a la mode d'Italie, ainsi que celle des sayettes hollandaises (résolutions du 4 5 novembre 4 612 et du 27 septembre 4 64 3). Toutes ces mesures ne purent que prolonger l'agonie de l'industrie drapière, dont un rapport du magistrat au duc Charles de Lorraine (27 septembre 4774) fait le plus triste tableau. « Celles (les fabriques) de draps, » dit-il, les plus utiles au pays à cause de l'emploi nombreux des mains » qui s'y occupent, languissent tous les jours de plus en plus, de façon

' Mass, T. H, p. 86. — * Dumvai..

> môme que ceux qui oocupoicnt ci-devant trois à quatre cents per- :> sonnes, travaillant à 1 8 ou 20 métiers, n'en occupent à peine que 80 » ou 1 00 avec 4 ou 5 métiers tout au plus. » Les camelots et bouracans de Bruxelles furent longtemps renommés; en 4 7 S 2, chez les cinq principaux fabricants, on en fit encore 25,630 aunes, représentant une valeur totale d'environ 103, Gi i florins, savoir : 8,825 aunes de première qualité, valant 15 à 17 escalins; 9,355 de seconde qualité, valant de 10 à 14 escalins, et 7,450 de troisième qualité, valant de 6 à 9 escalins (rapport du 24 mai 1753); mais la concurrence de la France et de l' Angleterre ruina complètement cette industrie. Pour encourager la fabrication des tapisseries, les archiducs Albert et Isabelle avaient exempté les tapissiers du service des sections, et la ville leur avait accordé franchise d'accises, franchise qui fut encoreétenduc en 1613, parce qu'ils avaient représenté qu'ils étaient plus de 600, maîtres et compagnons, et que, depuis six années, ils avaient dépensé au delà de 50,000 florins, rien que pour la peinture de leurs modèles. Le métier fut florissant pendant tout le xvue siècle, mais on le vit ensuite décroître rapidement. Jacques Vanderborght qui, après la mort du célèbre Lcyniers, resta le seul membre de la corporation, réclama à plusieurs reprises des faveurs dont on ne pouvait guère attendre de résultat utile. En 1777, il proposa de former, tous les ans, quatre élèves, moyennant un subside annuel de 508 florins; le magistrat répondit avec raison qu'il avait toujours été disposé à soutenir l'industrie, mais que la chute de la tapisserie était due au luxe « qui avoit gagné tous les états à étendre leurs besoins » sur trop d'objets différents, « et que songer à la relever était impossible. Marie-Thérèse achetait, tous les ans, pour des sommes considérables des tapisseries dont elle faisait des cadeaux aux souverains de l'Europe ; mais cet encouragement cessa avec elle et la fabrication des tapis disparut & la mort de Vanderborght. Son fonds fut vendu par ses héritiers au roi de Wcslphalie, Jérôme Bonaparte, qui en orna son palais de Casse], où ces tapisseries furent détruites dans un incendie. Suivant le voyageur anglais Forster, l'aune de tapis se payait 2 carolins \

' Les pins belles productions de la manufacture bruxelloise sont les tapisseries du Vatican, exécutées par ordre du pape Léon X, d'après des sujets de Raphaël, sous la direction de Bernard Van Oiley et de Miche! Coxie. Vasari (Traité des viet de$ peintres) dit qu'elles coûtèrent 70,000 écus romains. Voyez Le Mayem, la gloire Drlgiqtte, T. I, p. i0\ et suivantes.

DR BRUXELLES. 501 La décadence de l'induslric était due aux circonstances dans lesquelles se trouvait la Belgique et aux nouvelles modes généralement adoptées. Aussi, voyant le mal incurable , nos aïeux qui ne le cédaient à aucun peuple en activité et en intelligence, ne s'obstinèrent-ils pas à lui chercher des remèdes; sans se laisser abattre par les entraves qu'ils rencontraient à chaque pas, ils se créèrent de nouveaux travaux et trouvèrent de nouvelles sources de richesses. Les carrosses à vitres furent, comme on le sait, inventés à Bruxelles, et la carrosserie y fut poussée h un haut degré de perfection ; Simon, à qui tous les princes de l'Europe commandaient leurs voitures de gala, occupait dans ses ateliers, les mieux montés qu'on pût voir, 100 à 120 ouvriers La fabrication des dentelles, qui ne sont connues que dans le commerce moderne, et dont il n'est parlé que vers la fin du xv° siècle 3, était facultatif à tout bourgeois (ordonnance du 5 juin 1 GG1 ); plus tard les dentelliers (spellewerken, confiera) formèrent une confrérie, soumise à quatre prévôts, nommés par le magistrat sur une liste double de candidats (ordonnance de l'an 1672); ils fournissaient déjà, à la fin du xvii" siècle, de l'ouvrage à plusieurs milliers de personnes 3. Colbert tacha d'attirer à Paris des ouvrières en dentelles et, en 1 698, le gouvernement fut obligé de commincr des peines sévères contre les embaucheurs 4. Les Anglais réussirent mieux ; ce fut, dit-on, un nommé Hocquigny, receveur principal des droits d'entrée, qui, après une banqueroute frauduleuse, leur apprit, vers 1750, à imiter le point de Bruxelles. En 1762, le nombre de personnes auxquelles ce métier donnait des moyens d'existence, était

1 II y avait dans ses ateliers 6 forges de maréchal et un chantier estime 80,000 florins. Simon père fut compris dans la liste de proscription du 15 mars 1790; il fut aussi question de piller son magnifique établissement, mais il répandit le bruit qu'il était miné et que ses pompes à feu étaient pleines d'eau-forte. FoasTER, T. Il, p. 123.

* M. de Reiffenberg a fait connaître une estampe gravée de 1580 a 1585, représentant une jeune fille assise avec un coussin à tiroir» sur les genoux et travaillant de la dentelle aux fuseaux. Celte estampe fait partie d'une collection indiquant les occupations humaines aux différents âges de la vie, et le savant écrivain dit avec raison que cet art devait être commun, puisque le dessinateur l'a choisi de préférence à tant d'autres.

3 Dans une requête adressée a l'électeur de Bavière en 1099, un faiseur de patrons prétendait qu'il procurait de l'ouvrage à « 80,000 personnes denlelleuses. » Archiva de la Ville. L'exagération même de ce chiffre est significative.

* Le Mateur, la Gloire Belgique, T. II, p. 155.

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