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CHAPITRE XVII

Joseph IL — Révolution brabançonne. — Retour de* Autrichiens. —

Nous arrivons à une époque sur laquelle l'esprit de parti a fait porter les jugements les plus varies, et après avoir lu tous les auteurs qui Tout esquissée, l'homme impartial en est encore a se demander : où est la vérité? à qui faut-il reprocher les fautes et les malheurs du pays qui en furent les conséquences? C'est donc avec une extrême défiance que nous avons consulte les historiens de cette révolution, et celte défiance nous a suivis jusque dans l'examen des documents officiels, car là, comme partout, nous avons retrouvé l'aveuglement des passions, l'exaltation des colères politiques. Restreints dans le cadre de notre monographie, nous devons nous borner au récit des événements dont Bruxelles fut le théâtre, sans pénétrer au fond de toutes les intrigues qui furent mises en jeu, tant à la cour de Vienne que dans les principales villes des Pays-Bas. Notre tâche est grande encore : si ce n'est pas de Bruxelles que partirent les premiers brandons incendiaires, ce fut là que se concentra bientôt le foyer de l'incendie ; ce fut là que le drame se développa et trouva son dénoûmcnt.

Ainsi que nous l'avons vu, déjà sous le règne précédent, des réformes avaient été opérées, d'autres plus radicales avaient été proposées, mais les circonstances n'avaient pas paru opportunes pour leur exécution. Lorsque Joseph II monta sur le trône, la nécessité de réformer l'administration générale et celle de la justice n'était plus un doute pour personne : le code constitutionnel avait depuis longtemps perdu son caractère ; les institutions primitives étaient méconnues et leur esprit oublié; les empiétements incessants du pouvoir souverain , en affaiblissant les ressorts qui avaient fait la force du pays, avaient introduit dans tous les membres du corps social un désastreux esprit de démoralisation. D'un

autre côté, les mesures prises par Marie-Thérèse à l'égard du clergé régulier avaient été reconnues insuffisantes, et l'ignorance dans laquelle était plonge le clergé séculier, exigeait impérieusement un nouveau mode d'instruction pour les prêtres. Trouvant ainsi les esprits admirablement disposés h ses vues réformatrices, Joseph II avait une tâche facile à remplir, et il n'avait qu'à recourir au moyen commode de se faire demander progressivement par les représentants de la nation, les changements qu'il comptait ojwrcr ; il suivit une autre marche et ce fut de son autorité privée qu'il prétendit renverser brusquement l'édifice de plusieurs siècles. Malgré celte première faute, s'il n'avait eu en vue que le bien de ses provinces, s'il avait fait abnégation de favoritisme, s'il avait toujours employé pour réformateurs des hommes estimés, et ménagé les intérêts particuliers qu'il allait mettre en jeu, nul doute qu'il n'eût réussi et ne se fut placé au rang des grands princes. Mais il ne prétendit réformer que dans Fintérct du pouvoir ; sur les débris des immunités provinciales et communales, il voulut, sous une forme centralisatrice, fonder une omnipotente autocratie; ses agents furent on ne peut plus mal choisis; il froissa les intérêts de la plupart des grands dignitaires sur lesquels U aurait dû s'appuyer, et les fautes commises dans l'institution des nouveaux séminaires, que les évêques et l'université même avaient demandés, lui aliénèrent le clergé séculier qui l'aurait aidé à détruire la puissance monastique. Puis, après avoir voulu supprimer le conseil de Brabant qui était corps politique en même temps que corps judiciaire, et les États, qui étaient une des garanties des libertés du pays, après avoir, de faute en faute, rendu formidable l'opposition qu'il avait rencontrée d'abord timide et craintive, il recourut à la force, et ses lieutenants qui avaient tergiversé devant de partielles résistances, employèrent d'impolitiqucs rigueurs lorsque l'insurrection était organisée et maîtresse du terrain.

Avant de commencer ses réformes, Joseph II résolut de juger par lui-même de l'état du pays. Il arriva à Bruxelles, le 2 juin 1781, vers onze heures du soir; afin de se soustraire aux démonstrations officielles, dont ses ordres exprès n'auraient pu le préserver, il avait passé toute la journée et une partie de la soirée au château de Tervuercn. Il descendit au palais des gouverneurs généraux, où il reçut, le lendemain, les hommages du corps diplomatique, des ministres, des conseils, du magistrat et de l'Académie. Son affabilité, la facilité avec laquelle il admit tous

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ceux qui vinrent se plaindre ou réclamer des grâces, lui gagnèrent bien des cœurs. La première fois qu'il se montra aux fenêtres du palais, de vives acclamations ayant salué sa présence, il exprima, par un signe de main, le désir qu'on s'en abstint, et, aGn d'éviter les curieux empresses sur ses pas, il sortait incognito par une porte dérobée. Le 28 juin, pendant qu'il donnait audience, il apprit qu'un incendie venait d'éclater dans une boutique située a la Cantersteen ; il y courut aussitôt accompagné du général de Tercy, et ne rentra au palais qu'après qu'on se fût rendu maître du feu. II alla visiter les établissements les plus remarquables de Bruxelles et laissa échapper des marques d'admiration h la vue de quelques-uns de ses monuments, surtout de Sainte-Gudule qu'il examina avec une grande attention ; mais la place Royale et le quartier du Parc ne lui plurent point. Le gouvernement général lui ayant proposé d'accorder une gratification de 200 pistolcs au conseiller des finances Limpcns, qui avait été chargé de plusieurs travaux extraordinaires et notamment de la surveillance des embellissements exécutés dans cette partie de la ville, il écrivit en marge du rapport : « Quant à l'arrangc- » ment du Parc et de la nouvelle place de Bruxelles, le contre-sens et le » mauvais goût qui y régnent, joints aux grands frais que cela a occa- » sionnés, ne méritent aucune considération. » 11 fit plusieurs fois manœuvrer les troupes de la garnison, inspecta les fortifications, les hôpitaux et les principaux hospices , la Monnaie , l'entrepôt récemment achevé, et se rendit dans plusieurs établissements industriels. La fabrique de tapisseries, tombée alors dans un état de langueur dont elle ne se releva plus, celle de carrosses du sieur Simon, la teinturerie de coton de la maison Hombcrg, nouvellement établie à Bruxelles, fixèrent particulièrement son attention. Le 20 juin, il se rendit à Malines, où l'archevêque lui remit un mémoire par lequel il sollicitait l'empereur de ne pas prêter l'oreille aux conseillers qui le poussaient à rejeter la bulle Unigenitus, de ne pas permettre aux protestants d'ouvrir un temple à Bruxelles, et d'interdire la lecture des œuvres de Voltaire et de Raynal1. Informé de la prochaine arrivée de l'archiduchesse Marie-Christine et de son époux, Joseph II quitta Bruxelles, le 6 juillet, afin de ne pas contrarier, par sa présence, les fêtes de leur installation 2.

• Recueil des représentations, n" I, p. 1 et suiv.

' M. Gacjurd, Voyage de Joseph II en Belgique (Revue de Bruxelles, 1839 )— GoETViEt, Chron. der Gesch. van Brussel, mss. — Gesch. van Brabant. tas».

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Le 2 mars, le chancelier de Crumpipen avait prévenu le magistrat que pour éviter des frais, les archiducs désiraient que ces fêtes fussent bornées à un feu d'artifice, et deux ordonnances, du 8 mai et du 27 juin, avaient réglé les mesures à prendre en cette circonstance. Les princes arrivèrent, le i 0 juillet, par la porte de Louvain, et furent reçus au son des cloches et au bruit de l'artillerie ; après avoir entendu une messe solennelle, célébrée à Sainte-Gudule par le cardinal-archevêque de Malines, de Frankenberg, ils se rendirent au palais. Au haut de la montagne de la Cour, en face de l'église de Coudcnberg, avait été dressé, en toile sur latis, un arc de triomphe dont Guiraard avait fait le dessin, et qu'on avait le projet d'élever en cet endroit. Arrivés au palais, les archiducs reçurent, sous le dais, les hommages des ministres, des corps du gouvernement et des personnes de la cour; ce fut le chef-président de Nény qui les complimenta à la téte du conseil d'état. Le soir, on tira sur le pont de Saint-Michel un magnifique feu d'artifice dont l'ingénieur Fiseo avait donné le plan l.

Le 22 juillet, les archiducs revenant de Sainte-Gudule où ils avaient assisté à In messe, trouvèrent au palais l'empereur qui les reçut au pied de l'escalier et embrassa sa sœur avec affection. Il dina avec eux en public, ce jour-là et les jours suivants, et les accompagna nu Waux-Hall, au spectacle et au cours de l'Allée- Verte. Le 27, il quitta Bruxelles pour se rendre a Paris 2. Ce fut pendant son séjour en Belgique qu'il décida le démantèlement des places fortes, dans le but de forcer les Hollandais a évacuer celles qu'ils occupaient en vertu du traité des barrières. Au mois de janvier suivant, on adjugea publiquement, à la maison du Roi, la démolition des casemates et des portes du fort Monterey, ainsi que d'autres fortifications. Un décret du 16 avril 1 782, ordonna la démolition de toutes les fortifications des Pays-Bas, jugées inutiles.

Le 24 août, l'inauguration de l'empereur eut lieu avec les solennités accoutumées. Le soir, on tira sur la grand'place un feu d'artifice que les archiducs vinrent voir de l'hôtel de ville. Les serments et les métiers avaient été autorisés, à la demande du magistrat, à faire, à cette occasion, à charge de leur communauté, des dépenses d'ornement et d'illuminations ; malheureusement les fêtes furent troublées par un accident qui coûta la vie à plusieurs ouvriers, brûlés ou asphyxiés dans l'incendie d'un

♦ .Irehivex de h Ville, — (iorrviEi,. — Ma»!». — » M. Gachakd, I. c.

DE BRUXELLES. 313 château en bois élevé sur la place et destiné aux jeux publics. La ville fut illuminée trois jours de suite

L'examen auquel Joseph II venait de se livrer aurait dû lui faire apprécier le peuple qu'il voulait arracher a ses vieilles coutumes, et réclairer sur les moyens & employer pour atteindre son but ; mais il n'en fut pas ainsi. L'attention publique fut bientôt éveillée par les édits et les ordonnances qui vinrent rapidement changer ou détruire les anciens errements tant en matière civile qu'en matière ecclésiastique. Le 2 1 novembre, les gouverneurs généraux adressèrent aux tribunaux, aux magistrats municipaux et à l'université une dépêche impériale qui accordait aux protestants la liberté civile, et leur permettait de bâlir des églises, de jouir des droits de bourgeoisie, d'aspirer aux grades académiques et d'occuper, sans dispense, tous les emplois. Les évéques protestèrent contre cette mesure ; mais il ne fut tenu aucun compte de leur protestation, et une ordonnance du \ 5 décembre autorisa les protestants a bâtir des églises et à ouvrir des écoles partout où il y aurait cent familles de leur culte; cet édit leur donnait aussi le droit d'enterrer leurs morts publiquement. Un décret du 21 mai 1782 décida que les filles, dont le père était protestant et la mère catholique, seraient élevées dans le culte du premier. L'établissement de la tolérance religieuse fut suivi d'un édit ordonnant la suppression d'un grand nombre de couvents déclarés inutiles (17 mars i 785). Plus tard, un autre édit fit entrer tous leurs biens, sans exception, dans une caisse nouvellement formée et dite caisse de religion 2. Bruxelles vit fermer les couvents des chartreux, des carmes déchaussés, de Jérico, de Saint-Pierre, de Saintc-Éhsabelh, de lléthanie, des pauvres claires, des riches claires, des annonciades, des capucines et des brigitlines;les religieuses des quatre derniers obtinrent un sursis jusqu'en 1 784 ; les autres durent quitter immédiatement leurs couvents. En 1780, le prieuré de Coudenberg, devenu abbaye, fut aboli à son tour. L'appel au pape fut abrogé ; la connaissance des différends relatifs au mariage fut ôlée aux évéques qui virent leurs mandements soumis a l'approbation du gouvernement. Des ordonnances réglèrent minutieusement la discipline des chapitres de chanoinesses,

1 Carton intitulé Axbachtf.n, aux Archives de la Fille. — Goetviei,. — Max*.

* Cette caisse était administrée par un président, dent conseillers, dont un était receveur général; deux auditeurs de la cour des comptes et un greffier, qui se réunissaient à l'bélel dn conseil privé.

supprimèrent leur chant, changèrent leur costume et bornèrent leurs prières ; d'autres déterminèrent la division des paroisses, dirigèrent la collation des cures et prescrivirent la forme des concours. A Bruxelles, où les protestants avaient déjà leur temple, les juifs ouvrirent publiquement leur synagogue. Ces réformes qui frappaient le clergé, ne produisirent pas une grande sensation, et le peuple ne s'émut que lorsqu'il vit supprimer ses kermesses, les confréries, les processions, les cavalcades (1786), toutes ces fétes nationales auxquelles il attachait un grand prix.

D'autres mesures de moindre importance , mais d'une incontestable utilité, avaient été prises; tel fut l'édit du 1 4 juillet 1785 qui défendit les inhumations dans l'intérieur des villes. Par suite de cette défense, on établit en dehors de Bruxelles de nouveaux cimetières ; il y en eut un à Saint-Jossc-ten-ïVoode, pour Sainte-Gudule, un à Sain t-Gi lies, pour la Chapelle, et un à Molcnbcck, pour Sainte-Catherine. Ce fut en 1 7 86 qu'on publia pour la première fois à Bruxelles des listes de naissances, de décès et de mariages '. L'empereur qui avait vu la triste position faite à la Belgique par les traités lâchement acceptés par ses prédécesseurs, paraissait vouloir revenir sur leurs funestes dispositions, et, en 1784, il exigea impérieusement la liberté de l'Escaut. A en juger par ses menaces, à voir les troupes qui se concentraient dans les Pays-Bas, on devait croire qu'il allait faire aux Provinces-Unies une guerre à outrance; mais Joseph II se laissait aussi facilement emporter par ses idées, qu'il était prompt à les abandonner, et il recula bientôt devant l'entreprise. Le boulet hollandais qui atteignit le premier navire belge descendant l'Escaut, termina la guerre de la marmite et des prétentions de l'empereur : il ne resta que celle qui subordonnait l'accommodement entre lui ellesélals généraux au payement de 10,000.000 de florins dont la France acquitta une partie.

Un jubilé en l'honneur du sacrement de miracle fut célébré en 1785. La procession, qui sortit le 1 6 juillet en suite d'une permission accordée au clergé de Sainte-Gudule par les archiducs 2, fut suivie d'une foule immense et accompagnée par tous les membres du magistrat, les ordres religieux et les confréries 3. L'église de Sainte-Gudule avait été entière-

' M. de Reiffemberg, Essai sur la statistique ancienne de la Belgique. » Archives de Sainte-Gudule.

5 Pièces concernant les processions. Mss. de la Bibl. de Bourgogne.

DE BRUXELLES. 515 ment restaurée, et le fût des colonnes de la grande nef orné de guirlandes et d'emblèmes eucharistiques !. Mais malgré la pompe déployée pour cette fétc religieuse, on put s'apercevoir des changements qui s'opéraient dans les idées. Ainsi, dans tout le parcours de la procession, il n'y eut pas dix maisons ornées et aucun arc de triomphe n'avait été élevé. Le \ 8, sortit l'omrocgang dans lequel figurèrent les géants et ces animaux grotesques qui excitaient la joyeuse humeur de nos pères 2. Il devait y avoir, le 22, une ascension en ballon, mais l'aéronautc ne |>arut pas, au grand déplaisir de la multitude que celte nouveauté avait attirée.

Les archiducs, que ne dominait pas encore le comte de Barbiano el Bclgiojoso, le nouveau ministre plénipotentiaire, cherchaient à hériter de la popularité de Charles de Lorraine ; ainsi, afin de plaire ù la bourgeoisie et de réveiller l'esprit guerrier dans un moment où l'on se croyait à la veille d'une guerre avec les Provinces-Unies, ils annoncèrent qu'ils donneraient vingt-cinq prix h gagner aux serments. Le 25 juillet, vers midi, tous les confrères, babilles de noir, se réunirent, au nombre de quinze cents, sur la grand'place ; ils se rendirent ensuite, ayant à leur tète le bourgmestre des nations, Cillé, dans In plaine, qui s'étend devant le château de Lacken. Une tente y avait été dressée pour les princes qui les virent défiler devant eux. Le tir ne commença que fort tard dans l'après-midi ; Albert et Marie-Christine tirèrent trois fois ; le prince de Ligne, d'autres seigneurs de la cour, le bourgmestre et soixante-douze confrères tirèrent ensuite, mais l'obscurité commençait à venir et aucun coup ne porta. Le 2 août, la fête fut continuée : le prince Clément de Saxe, clectcur-arthcvèquc de Trêves, et sa sœur Marie, abbesse de l'abbaye noble de Thorn, tirèrent les premiers. Seize oiseaux furent abattus et les neuf autres prix furent remis au bourgmestre pour être répartis entre les serments, qui se les disputèrent dans leurs jardins d'exercice3.

Les gouverneurs généraux, alors même qu'ils eussent aperçu les erreurs daus lesquelles on tombait, ne pouvaient plus arrêter la marche

• Histoire du Saint-Sacreincnt des miracles.

* Goctvîel nous a conservé les noms de nos géants, c'étaient : te petit Jean (klyn Jannekcn), Pierre, le petit Michel (Michielfjcn), le jeune mariage de Gudule et de Jean de Nivelle, le Sultan et la Sultane, papa et maman, grand-papa et grand- >>ut titan.

T> GOFTVIEL.

des choses. Albert qui possédait quelques brillantes qualités, eut à lutter contre le ministre plénipotentiaire, contre sa femme elle-même, et contre l'entêtement de son beau-frère; ses observations ne furent pas écoutées et, comme le font tous les hommes à idées fixes, l'empereur appela sa prudence, faiblesse, ses remontrances, des idées anti-progressives

Les innovations et les réformes se succédèrent rapidement; un édil du 9 janvier 1 786 autorisa la formation de loges maçonniques; mais le gouvernement ayant vu des inconvénients à l'établissement de loges dans toutes les villes, résolut de concentrer a Bruxelles, sous ses yeux, toute la franc-maçonnerie aux Pays-Bas. Une déclaration du 15 mai suivant interdit toute assemblée de francs-maçons ailleurs qu'en cette ville où il leur fut permis d'ouvrir deux ou trois loges. Une commission fut instituée par décret du 1 3 janvier 1786 pour réformer l'administration de la ville de Bruxelles; cette commission qui était composée du premier bourgmestre, des échevins barons de Y te usa rt et de l'ellenberg, du trésorier Ficrlants,du bourgmestre des nations Cillé, du receveur Mus et du conseiller Van Gestel, assistés du greffier de Rooverc, devait principalement porter son attention sur les revenus et les charges de la commune. Elle tint sa première séance le 24 janvier ; mais ses travaux n'aboutirent à aucun résultat, et elle fut dissoute par arrêté du 25 avril 1787 J. Une ordonnance du 3 novembre 1786 régla la procédure civile, et, le 20 mars 1787, parurent deux décrets donnés à Vienne, le 1er janvier, qui réformèrent complètement l'administration générale du gouvernement et l'administration particulière de la justice. Les conseils collatéraux furent remplacés par un seul conseil ayant pour chef-

1 Voyez pour la première partie de la révolution brabançonne le Copye Bocck et le carton intitulé Beroertkns, aux Archives de la fille ; — Recueil de» représentations, protestations et réclamations faites à S. M. I. par les représentants et État* des dix provinces des Pays-Bas autrichiens assemblés, 1 787. De l'imprimerie des nations; — M. Gérard, Rapédius de Bcrg, 2 vol. in-8"; — M. Borgnet, Lettres sur la révolution brabançonne; — Dewez, Histoire générale; — M, Gachard, Documents inédits; — M. de Gerlache, Histoire du royaume des Pays-Bas; — Notes de Trautttnansdorff'; — Correspondance de d'Alton avec Joseph II; — Journal général de l'Europe; — Gazette générale des Pays-Bas; — Le Moniteur; — Gogtviel, mss. contemporain ; — Bulletins o//iciels du comité de Gand ; — les volumineux recueils de pièces relatives à cette époque qui se trouvent à la bibliothèque de ta ville, à la bibliothèque royale et à celle de la chambre des représentants, etc.

* Protocoles de la commission, aux Archives de la fille.

président le ministre plénipotentiaire. La division des provinces fut remplacée par neuf cercles, et les députés des Etats par des intendants et des commissaires chargés de l'administration. Le cercle de Bruxelles comprenait les quartiers de Bruxelles, de Louvain. de Dicst et de Tirlcmont. Les conseils de justice et les tribunaux existants encore Turent supprimés et remplacés par un conseil souverain, siégeant h Bruxelles, et par deux tribunaux d'appel, l'un à Bruxelles, l'autre à Luxembourg. Des tribunaux de première instance suppléèrent dans chaque province les justices seigneuriales, les tribunaux ecclésiastiques et toutes les cours particulières. Deux ordonnances, l'une du 1 2 mars, l'autre du 3 avril, réglèrent l'exécution de ces décrets qui devaient être mis en vigueur le 1" mai. Ces mesures décelaient toute la pensée de l'empereur ; le conseil de Brabant perdait ses attributions politiques, et le règlement du 5 avril interdisait formellement aux autorités judiciaires de s'immiscer dans les affaires d'administration. En se réservant l'élection des députés des Etats, dont il supprimait la députation permanente, le gouvernement centralisait entre ses mains toute l'administration, enlevait au pays toute espèce de représentation, et fondait un pouvoir fort, régulier, mais évidemment despotique. 11 fallait que le besoin des réformes fût vivement senti pour que de pareils actes ne fussent pas immédiatement suivis d'une explosion; s'ils avaient été mis à exécution, c'en était fait des libertés publiques, la seule et vraie base des améliorations sociales. Les rares esprits qui comprirent tout ce que les réformes impériales avaient d'attentatoire aux privilèges du pays, ne furent pas les premiers à récriminer ; ce fut de la part des titulaires des emplois supprimés ou amoindris, car l'intérêt privé se manifeste dans tous les temps et dans toutes les choses, que partit la première opposition, opposition craintive d'abord, mais suffisante pour jeter en avant les hommes d'action qui furent soutenus par les hauts dignitaires de l'état.

Déjà, le \ 9 janvier, les ÉUts avaient dépeint les réformes apportées dans le clergé comme contraires à la constitution. Bien qu'implicitement supprimé par l'éditsur l'établissement des tribunaux, le conseil de Brabant ne suspendit pas ses séances, et s'abritant derrière la députation permanente, il refusa d'expédier et de publier les deux décrets du «"janvier (29 mars), qui constituaient, disaient-ils, une infraction à la Joyeuse Entrée. Le même jour, les États déclarèrent aux gouverneurs généraux qu'ils ne donneraient pas les mains à « des dispositions qui ne

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