‹ Histoire de la ville de BruxellesChapitre 15 sur 47 · TO« II · texte numérisé non relu

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:> pouvaient être légitimées que par le consentement formel de leurs prin- ■•• cipaux. » L'opposition se grossit bientôt du clergé séculier que l'établissement de l'université de Louvain avait irrévocablement séparé de la cause des reformes, et du clergé régulier que la dépossession irritait. En même temps qu'éclatait la révolte des séminaristes de Louvain, l'esprit public fut éveillé par un autre incident, plus grave dans ses conséquences. Sous le prétexte d'en envoyer des exemplaires en Hollande et en Angleterre, le nonce du pape, Zondadari, avait fait imprimer le bref de Pie VI qui condamnait le livre d'Eybel, intitulé : Quid est Papa? Le gouvernement ordonna aussitôt une enquête, et dès qu'elle fut terminée, / il lui intima, le 1 4 février, l'ordre de quitter Bruxelles dans les huit jours et les Pays-Bas dans la quinzaine. Le 1 9, l'archevêque de Malincs quitta Bruxelles pour se rendre à Vienne où l'appelait l'empereur, et il y fut retenu jusqu'après les premiers troubles.

Ce fut au milieu de l'agitation causée par ces mesures que, le 50 mars, les archiducs convoquèrent les États pour obtenir la continuation des subsides. Jusque-là le gouvernement ne s'était guère alarmé des légers obstacles qu'il avait rencontrés ; mais les choses prirent bientôt une face plus sérieuse. Au lieu de s'occuper du vote des impôts,, l'assemblée se livra ù de vives récriminations contre la violation des privilèges ; entraînée par quelques membres, entre autres par le comte de Limminghe, elle engagea, le 1 9 avril, le conseil de Brabant à se conformer au serment qu'il avait prêté au pays, et, le même jour, elle déclara que « le » cri de sa conscience ne lui pcrmettaîl pas de donner son consentement • à la continuation des impôts tant que les infractions faites à la Joyeuse » Entrée ne seraient pas redressées. » Les autres provinces opposèrent la même résistance et, de toutes parts, des réclamations furent adressées aux gouverneurs généraux. Le conseil de Brabant, dont la plupart des membres n'étaient préoccupés que de la conservation de leurs places, se montra plus hardi dès qu'il se vit soutenu par les États; il adhéra, le 20, h leur invitation, et ceux-ci, après l'avoir félicité sur sa conduite, adressèrent, le 23, aux archiducs de nouvelles remontrances dans lesquelles ils énuméraient longuement leurs griefs. De leur côté, les nations de Bruxelles, dans une représentation datée du 20, déclarèrent quc« sans ■• vouloir s'immiscer en rien dans l'exercice de l'autorité souveraine. » elles pensaient que le sens comme l'objet qu'elles avaient en vue, c'est » que les changements dans l'administration qui seraient contraires a la

> Joyeuse Entrée, ne pouvaient être consolidés ni établis sans le con- » cours commun du souverain et de tous les ordres de l'état *. »

Sans tenir compte de leurs observations, le gouvernement précipita rétablissement du nouveau régime, espérant sans doute faire admettre ensuite ses mesures comme des faits accomplis. Mais les États se luttèrent de le prévenir; une conférence que leurs commissaires eurent avec Belgiojoso n'ayant amené aucun résultat, ils défendirent, le 24, aux receveurs, collecteurs et autres employés d'avoir égard aux ordonnances et réquisitions « des intendants ou de leurs prétendus commissaires, » comme étant contraires aux lois fondamentales du pays. » Le même jour, le conseil de Brabant décida qu'il tiendrai* ses séances habituelles, et les archiducs lui ayant interdit de s'assembler à l'hôtel de la Chancellerie, il se réunit, le lendemain à huit heures du matin, dans la maison du conseiller Egide-Paul Van den Cruycc2. 11 communiqua la défense des archiducs aux États qui la déclarèrent « un acte de violence ouverte,» par conséquent de nulle valeur, et protestèrent contre les nouveaux tribunaux. Hâtons-nous de le dire cependant, cette résistance, qui n'a- % vait pas pour mobile la défense des libertés publiques menacées par les réformes impériales, n'était rien moins que redoutable. Dans les États, dans le conseil de Brabant, on pouvait citer peu d'hommes au cœur généreux, au dévouement désintéressé ; la plupart ne voulaient que la conservation de leurs places ou de larges indemnités pour les avantages que la nouvelle organisation du pays leur enlevait. Aussi un ministre habile eût-il facilement triomphé de ces difficultés. Déjà les Étals laissaient entrevoir leur soumission au prix de légères concessions, déjà ils avaient séparé la cause du conseil de Brabant de leurs réclamations, déjà l'on voyait ces deux corps chercher mutuellement à se tromper au lieu de s'unir franchement dans un but commun, lorsque la bourgeoisie, indignée sans doute de ces manœuvres, parut vouloir intervenir à sou tour. Dans une requête siguée par les syndics A. Vanderstricht , J.-J. Sagernians , J.-F. Van Campenhout , J.-B. Vandersande , P.-J.-C. Becckmans, J.-C. Schrucrs et J.-B. Vanlaeck, les nations de Bruxelles exposèrent leurs griefs au magistrat. Ensuite elles rédigèrent une protestation contre la conduite des deux premiers ordres des ÉUits qu'elles accusèrent de s'entendre avec le gouvernement. « Le pacte

• Cupije Hœck. — * M. Gérard, I. c.

» inaugural, disaient-elles, ayant de tout temps été fait entre le duc de :» Brabant et le peuple représenté par ses Étals, uous ne concevons pas » comment il est possible que vous demandiez une résolution favorable » au gouvernement avec lequel, quant audit pacte, vous n'avez rien de i» commun. » Elles ajoutaient que le conseil de Brabanl devait être maintenu dans tous ses droits et prérogatives, et que rétablissement des intendances était incompatible avec la Joyeuse Entrée (50 avril). Le i) mai, le large conseil lança à son tour son manifeste signé de Doclingbem, J.-L. DeMan, A.-M. Vanhalcn, F. de Pulte, J.-P.-E. de Longpré, S. Van Paffenrode, F. de Villegas, Ph. Van DroogenbroecketF. de Vite, » déclarant et manifestant publiquement qu'il adhérait aux représenta- » lions des États et des nations \ » Ces démonstrations continrent les États et modifièrent aussitôt leur conduite. Lorsqu'arriva lej Ie* mai, jour où les nouveaux tribunaux devaient entrer en fonctions, ils notifièrent au conseil de Brabant qu'ils considéraient son interdiction comme illégale, et ne consentiraient jamais à sa suppression. Alors la lutte prit un caractère plus vif et plus développé ; le doyen et le chapitre de Sainlc-Gudule adressèrent au conseil, le 4 mai, une copie authentique du serment que le prince Albert avait prêté dans cette église au nom de l'empereur 2, et les nations, dans une nouvelle remontrance aux États (7 mai), rappelèrent, en en demandant l'application à qui de droit, la charte de 4 481 portant « que ceux qui enfreindraient les privilèges,

• seraient d'abord avertis, et que s'ils ne tenaient pas compte de cet

• avertissement, ils seraient arrêtés et détenus jusqu'à ce qu'ils eussent

• réparé leurs attentats et payé les frais qu'ils avaient occasionnés aux parties. »

Déjà l'irritation s'était manifestée par plusieurs excès. A Bruxelles, elle reçut un nouvel aliment par suite d'une infraction manifeste à l'une des dispositions les plus populaires de la Joyeuse Entrée. Un bourgeois, Jean-François Dchondt, accusé de malversation dans une entreprise de fournitures faites aux armées impériales, fut enlevé et transporté à Vienne pour y être jugé avec ses complices. Sa femme, Caroline Kerssclacrs, s'adressa au conseil de Brabant et aux Etats. Les nations, à qui le troisième membre d'Anvers, et le troisième et le quatrième membre de Louvaiu, avaient donné pleins pouvoirs pour agir en leur nom, et

' Lupyv liovcli. — 1 M. Gérard, 1. c.

1>K BRUXELLES. 5ii

défendre les intérêts du tiers état, adressèrent, le 26 niai, aux états de Brabant une requête pour les inviter à faire redresser les infractions à la constitution , « objet urgent, disaient-elles , puisque l'enlèvement de » notre concitoyen Debondt prouve que nos oppresseurs farouches ne res- » pectent ni le serment, ni le pacte constitutionnel du duché, ni le droit » civil, ni même le droit des gens. On veut écraser la constitution et :> asservir les Brabançons, ajoutaient-elles ; mais cette appréhension ne » les alarme pas ; ils connaissent le courage, la valeur et la bravoure de " leurs glorieux ancêtres qui ont couvert les plaines de cadavres, qui ont « fait couler des ruisseaux de sang pour leur liberté ; ils en sont issus , le » même sang coule dans leurs veines; ils sauront convaincre l'univers » entier qu'Us en sont dignes descendants. » Elles proposaient d'user de représailles, de faire arrêter et détenir un membre du gouvernement jusqu'à ce que Dehondt fût relâché. Le même jour, les États et le conseil de Brabant présentèrent des remontrances aux archiducs qui leur répondirent, le 28, qu'ils en avaient écrit à Vienne. Cette affaire Gt tant de bruit qu'on fut obligé de renvoyer Dehondt à Bruxelles et que le gouvernement sentit la nécessité de se justifier. Le i 8 juin, il déclara que ce négociant n'avait été conduit à Vienne que pour être confronté avec ses coaccusés et nullement pour être soustrait à ses juges naturels. Ce fut dans ces circonstances que parut sur la scène une femme qui joua un grand rôle dans cette révolution. La dame de Bellem, dite la Pinaud, après avoir été une des femmes à la mode de Bruxelles, s'était jetée dans les discussions politiques avec toute la fougue d'un cœur ardent et passionné; ses relations intimes avec l'avocat Vandernoot avaient beaucoup contribué sans doute à la jeter dans cette voie où la suivit sa fille Marianne, la muse de cette époque peu poétique. Toutes deux aidèrent les ennemis de l'Autriche de leur plume et de leur influence sur les nombreux jeunes gens qui se montraient assidus à leurs soirées, et les sourires de ces deux femmes, qu'on dit avoir été fort jolies, firent sans doute plus de partisans à la cause révolutionnaire que les pamphlets de la mère et les vers de la fille.

Une fois l'élan donné, le feu qui paraissait devoir s'éteindre de luimême s'était ravivé, et le tiers état, Anvers. Louvain et Bruxelles, adressa aux gouverneurs généraux d'énergiques représentations. Effrayés de ces clameurs, les archiducs déclarèrent, le 7 mai, qu'ils tenaient eu surséance l'édit concernant la nouvelle administration de la justice, et

que, quant aux intendants, leurs fonctions se borneraient ù celles de commissaires du gouvernement. Convaincus qu'on n'avait d'autre intention que de gagner du temps, les États et le conseil de Brabout ne se contentèrent pas de cette déclaration , et la cour souveraine , statuant sur une requête des États, annula et condamna les éditsdu 1" janvier (8 mai). Cet acte de vigueur qui annonçait l'orage ne tira point le gouvernement de son apathique sécurité ; le 9, les gouverneurs généraux écrivirent aux États pour leur exprimer l'étonnement qu'ils éprouvaient de ne pas avoir été compris, et, le même jour, le conseil de Brabant rentra dans son hôtel. L'intendant du Brabant, Rapédius de Berg, étant venu à passer en ce moment, se vit hué et sifflé par la foule $ de retour chez lui, il envoya sa démission, •« ne pouvant, disait-il, continuer à « occuper une place dont l'exercice, d'après les impressions sinistres » répandues contre clic, devenait incompatible avec le bien du service. >• La faiblesse du gouvernement ne pouvait manquer d'enhardir les mécontents ; les États réitérèrent leurs protestations, et, le 1 5 mai, les nations de Bruxelles adressèrent aux gouverneurs généraux uue réclamation contre l'édil du 17 mars, qui défendait aux corporations d'aliéner leurs meubles et immeubles, de lever de l'argent, défaire aucune dépense ou de contracter une dette quelconque sans l'autorisation du gouvernement, supprimait les greffiers, clercs cl autres employés des corporations, interdisait les saisies et procès sans autorisation préalable, et tenait en surséance toutes les saisies et proeédures pendantes. Elles posaient eu fait que les métiers n'étaient pas seulement autorisés par le souverain, mais par la loi fondamentale du pays ; or, comme cet édit les supprimait indirectement, elles en réclamaient la révocation Lancés dans la voie des concessions, les archiducs ne résistèrent guère à ces demandes ; le décret du 1 7 mars fut révoqué, les intendants supprimés et l'exécution du nouveau règlement de la procédure civile suspendue. Les corps sociaux, de même que les individus, sont d'autant plus exigeants qu'ils ont été plus prêts à céder eux-mêmes. Consultes par le conseil de Brabant sur la question de savoir s'il publierait ces actes, les États répondirent qu'ils n'étaient pas dans la forme légale et, le même jour, les archiducs déclarèrent •< tenir en surséance absolue et parfaite . sans » limitation ni exception quelconque, toutes les dispositions contraires,

« Archives d* la HUe.

DE BRUXELLES. 353 > directement ou indirectement, à la Joyeuse Entrée ou aux droits,

• franchises, privilèges, chartes, coutumes, usages et antres droits quelconques, publics ou particuliers; que de plus, les infractions y faites

• seraient aussi, sans limitation ni exception quelconque, incessamment » redressées et remises dans le même état comme elles avaient été » depuis deux cents ans (50 mai). » Ils annoncèrent en outre qu'ils dirigeraient par eux-mêmes les affaires du gouvernement et éloigneraient les personnes suspectes qui avaient encouru l'animadversion publique. Les partisans sincères des réformes furent atterrés et leurs adversaires poussèrent des cris de triomphe. Le lendemain, la foule détela la voiture des archiducs et les reconduisit avec acclamations & leur palais.

Cependant les esprits sages ne voyaient dans cette victoire que le commencement d'une lutte qui pouvait être terrible. Comment supposer en effet que Joseph II renoncerait à tous ses projets en confirmant les mesures de ses gouverneurs généraux? comment ne pas voir qu'une réaction était inévitable et dès lors il fallait se mettre en état de résister à un gouvernement qui serait d'autant plus implacable qu'il aurait été vaincu ? Alors se dessina un homme qui personnifia cette révolution. Henri* Nicolas Vnndcrnoot, avocat au conseil de Brabant, avait compris debonne heure le parti qu'on pouvait tirer des mécontentements soulevés par les mesures de Joseph II. Patriote ardent, doué d'une audace peu commune, il se fit promptcmcnl distinguer par les ennemis de la maison d'Autriche, qui, n'osant encore l'attaquer ouvertement, voulaient d'abord masquer leurs coups; il se fit leur agent pour devenir bientôt leur chef. Ses attaques violentes contre les réformes, la position qu'il prit de prime abord, l'influence qu'il acquit dans la bourgeoisie, ne tardèrent pas h attirer sur lui l'attention publique. Ayant cette éloquence triviale et boursouflée qui plaît au bas peuple, ne doutant de rien et toujours prêt à combattre les actes du gouvernement, il devint l'idole de la populace dont il se fit une arme redoutable contre ses antagonistes; malheureusement pour la Belgique, il eut toutes les passions, mais aucune des qualités d'un chef de parti. Vandcrnoot vit dans l'organisation des serments un noyau d'opposition armée, et il avait travaillé depuis longtemps a rattacher à ces compagnies les hommes les plus exaltés du parti qu'il commençait à diriger. Sûr alors de son influence, il voulut centraliser le mouvement, et parvint à former un comité directeur, qui s'intitula : Comité établi pour le corps de volontaires agrégés aux cinq ser-

ments de la ville de Bruxelles. Ce comité tint sa première assemblée le 4 juin et élut pour président Vandernoot, et pour premier membre le bourgmestre des nations, Gillé. Les autres membres du comité étaient À. Vanderstricht, syndic de la nation de Notre-Dame, J.-J. Sagcrmans. de la nation de Saint-Gilles, Henri Depuydt, de la nation de Saint-Laurent, P.-J.-C. Beeckman, de la nation de Saint-Géry, J.-C. Schruers, de la nation de Saint-Jean, J.-B. Vanlaeck, de la nation de Saint- Christophe, E. Adan, de la nation de Saint-Jacques, J.-F. Van Campenhout, de la nation de Saint-Pierre, J.-B. Vandersande, de la nation de Saint-Nicolas, F. Huygens, chef-doyen du grand serment, J. Vanderschrick, chef-doyen du serment de Saint-George, J.-F. Verstraeten, chef-doyen du serment de Saint-Sébastien, A. Appelmans, chef-doyen du serment de Saint-Christophe, P.-N. Vanzieunc, chef-doyen du serment de Saint-Michel, É. De Walckiers, J. Simon, le Jeune, D. Dcneck, J.-J. Chapel, J. Van Parys, J.-J. Deblock, notables, P.-J.-J. Van Gelder, secrétaire, et N. Vanderborght, concierge. Le comité qui s'adjoignit, le lendemain, l'ingénieur Fisoo, soumit, le 0, aux États, un projet de règlement autorisant l'adjonction tfagréyés aux serments, et, le même jour, le magistrat leur écrivit que les cinq serments devant redoubler de surveillance dans l'intérêt de la tranquillité publique, il était urgent, vu l'insuffisance du nombre des confrères, d'autoriser ces com|>agnies h s'agréger des suppôts et d'autoriser l'admission de tous ceux qui se présenteraient volontairement. L'avocat Triponetty fut nommé commissaire du comité; on lui donna cinq adjudants et, dans une réunion tenue le 16, au couvent des annonciades, on arrêta l'uniforme des volontaires agrégés aux serments. Cet uniforme se composait d'un habit noir uni et doublé de même couleur, boutons noirs, gilet rouge écarlate, culotte jaune, boulons du gilet et de la culotte de même étoffe, bas blancs et bottines ; sur la manche de l'habit, au-dessus do coude, chaque serment portait, pour marque distinclive, un chevron de couleur différente : rouge écarlate pour le grand serment, rouge et blanc pour le serment de Saint-Sél»aslicn, bleu céleste pour celui de Saint-Christophe, jaune pour celui de Saint-Michel. Des armes furent achetées et des postes assignés à ces nouvelles compagnies dont le magistrat approuva la création par résolution du 20, qui fut confirmée le 8 août suivant. Toute la bourgeoisie se trouva ainsi ralliée sous la même bannière, et dès lors les nations se posèrent vigoureusement en scène. Ce ne fut plus le

DE BRUXELLES. 3*S conseil de Brabant timide et circonspect, les États toujours prêts à céder devant quelques concessions faites à leur intérêt ou h leur amour-propre, ce fut la démocratie énergique et fougueuse qui se trouva face à face avec le gouvernement. Tout prit uneautre allure, et les états de Brabant, qui se voyaient débordés, dressèrent le plan d'une confédération avec les chefs du nouveau parti, confédération qui eût porté de grands fruits, si l'on n'avait commis la faute énorme de s'adresser à l'étranger, qu'il faut toujours écarter de querelles intérieures.

Lorsque Joseph II fut informé de l'agitation qui régnait dans le pays, il écrivit aux États pour les assurer qu'il n'avait jamais eu l'intention de renverser la constitution, ni de priver les corps de la nation de leurs anciens droits, privilèges et libertés. S'il s'était occupé de quelques réformes dans l'administration de la justice, ce n'était que sur les plaintes réitérées qui lui étaient parvenues à ce sujet, et la création des intendants n'avait d'autre but que d'assurer l'exécution des lois. Jamais, du reste, il n'avait eu en vue le moindre avantage personnel ; aussi était-il loin de s'attendre à Vaudacieuse opposition qu'il rencontrait. Il voulait bien en bon père et en homme qui sait compatir à la déraison et qui sait beaucoup pardonner, attribuer cette opposition à des malintentionnés; il consentait en outre à ce que les nouvelles ordonnances restassent en suspens jusqu'à ce qu'il en eût conféré avec les archiducs et les députés qu'il mandait à Vienne ; mais il ajoutait que si, contre son attente, ils refusaient de venir lui porter leurs plaintes, leurs craintes ou leurs doutes, s'ils continuaient leurs « excès honteux et leurs démar- » ches inexcusables, >• ils ne devraient attribuer qu'à eux-mêmes les malheureuses conséquences qui en résulteraient (5 juillet). Quand cette lettre parvint à Bruxelles, la surprise et la consternation furent générales. Le jour même où elle fut signée, les nations avaient adressé une lettre de remerciement aux archiducs qui. par dépêche du 2 juillet, promirent aux Étals la conservation entière des lois fondamentales et de tous les privilèges publics et particuliers. On sut bientôt que le comte de Belgiojoso était rappelé et que le comte Joseph de Murray avait été nommé gouverneur général, ad intérim, avec des pouvoirs tresétendus, que des ordres étaient donnés pour concentrer des troupes à Bruxelles et que le régiment de Bender venait d'arriver à Luxembourg. Ces nouvelles accrurent encore les craintes et l'irritation publique ; on vit un piège dans l'appel à Vienne d'une députalion des Étals, et les natohe n. 42

lions leur adressèrent d'énergiques remontrances pour les détourner de s'y rendre. A In sortie d'une grand'messe, chantée à Saintc-Gudulc pour demander au ciel le maintien de la constitution brabançonne. i|uelques jeunes gens prirent la cocarde tricolore, et ce signe de ralliement fut aussitôt généralement adopté.

Cependant les archiducs avaient annoncé, le 6 juillet, leur intention de partir, et invité les Étals h se conformer aux ordres de Joseph II. Ceux du Brabanl saisirent cette occasion pour faire l'essai de leur plan de confédération, et convoquèrent à Bruxelles des députés de toutes les provinces, afin de délibérer avec eux, disaient-ils, sur les propositions de l'empereur. Mais cette réunion, qui eut lieu le i 8, n'atteignit pas le but qu'on se proposait sans doute; le bruit qu'une armée de 40,000 hommes marchait sur les Pays-Bas, tout absurde qu'il était, avait jeté l'hésitntion dans les esprits. En vain, pour relever le moral des députés, les volontaires à pied et à cheval paradèrent-ils sur la grand'place, cet appareil guerrier n'obtint pas plus de succès que les discours pleins d'emportement de quelques députés. Les États assemblés à l'hôtel de ville décidèrent qu'il serait envoyé à Vienne une dépulalîon de 52 personnes, sans pouvoirs aucuns pour n'engager en rien leurs commettants. Les archiducs partirent le 19, et les députés des provinces les suivirent bientôt.

Pendant que les États donnaient cette preuve de soumission, les agitateurs continuaient à préparer la résistance armée, et ils ne tardèrent pas à se montrer redoutables. Les volontaires avaient juré fidélité et obéissance, entre les mains de l'échevin Van Hnlewyck, et, le 23 juin, le comité avait décidé la création d'un corps de volontaires à cheval, adjoint au serment de Saint-George; on lui donna pour uniforme un habit noir avec doublure de même couleur, retroussement, parements, revers et collet rouges à l'anglaise, veste et culotte de buffle, grand chapeau avec plumet tricolore, bottes lustrées avec des genouillères, aiguillettes d'or sur l'épaule droite, et épaulcttc sur la gauche, boutons de cuivre, sabre long avec ceinturon. Ces volontaires prêtèrent serment entre les mains de l'échevin Beeckman. Le commandement supérieur des cinq compagnies fut d'abord donné à M. Devaux, l'aîné, capitaine de la compagnie du grand serment dont le premier lieutenant était M. le baron Vanderhaegen. Après le départ des archiducs, ces compagnies reçurent une nouvelle organisation (23 juillet). Elles formèrent deux batail-

Ion», commandés par MM. de Franqucn et Devaux; leurs adjudants riaient MM. Van Gelder et Manget, avocat. M. de Franquen avait le commandement en chef. Le premier bataillon était composé de la compagnie agrégée au serment de Saint-George, dite du chien au Papen Vesten, de celle de Saint-Christophe et d'un corps de chasseurs dits les volontaires verts, dont l'adjonction à ce serment avait été décidée le 1 2 juillet ; le second, des compagnies du grand serment, du serment de Saint-Sébastien et de celui de Saint-Michel. Les volontaires agrégés au grand serment étaient commandés par le baron Vanderhaegen. Lelong, premier lieutenant, Devos, Adan et Vanlangendonck, sous-lieutenants; cette compagnie était forte de 235 hommes : 5 officiers, 2 sergents, 2 fourriers, 9 caporaux, 1 1 appointés, 196 soldats, 2 tambours, 2 fifres et 6 caporaux à la paye. La compagnie de Saint-George, don* le capitaine était M. de Franquen, comptait 140 hommes : 1 capitaine. 1 capitaine en second (M. de la Pucnte), 1 lieutenant (M. Burnaba), 1 sous-lieutenant (le chevalier de Villeneuve), 4 sous-officiers, 8 caporaux, 115 volontaires, 2 tambours, 2 fifres, 1 sergent et 4 caporaux à la paye ; la compagnie de Saint-Sébastien, 253 hommes : 1 capitaine (M. De Fraye de Schiplaeckcn), 1 lieutenant (M. D. Bauwens), 1 souslieutenant (M. Isaï Giraud), 1 enseigne (M. P. La fond), 1 sergent,

1 fourrier, 7 caporaux, 8 appointés, 224 volontaires, 2 tambours,

2 fifres, 4 caporaux d la paye; la compagnie de Saint-Christophe, 178 hommes : 1 capitaine (M. Van Isselsteyn), 1 lieulenaut (M. Lenuekens), 1 sous-lieutenant (M. de Meurs), 1 enseigne (M. Turlot),

1 sergent, i fourrier, 9 caporaux, 5 appointés, 1 50 volontaires,

2 tambours, 2 fifres, 4 caporaux à h paye ; la compagnie de Saint- Michel, 201 hommes : 1 capitaine (M. Devaux), 1 lieutenant (M. Uosschaert), 1 sous-lieutenant (M. Pouillon), 1 enseigne (M. Gruber), 1 sergent, 1 fourrier, 8 caporaux, 8 appointés, 170 volontaires, 2 tambours. 2 fifres, 5 caporaux à la paye. Le corps des chasseurs avait 32 hommes : 1 lieutenant (M. de Ridder), 1 sous-lieutenant (M. Wauthier), 1 adjudant, 1 sergent, 1 capitaine d'armes, 6 caporaux, 1 instructeur, 1 musicien, 2 tambours, 2 fifres et 3 5 volontaires. La compagnie de cavalerie se composait de 82 hommes : 1 capitaine (M. Charlicr d'Odomonl), 1 capitaine en second (M. de Grvspcrrc), 2 lieutenants (MM. Van Volden et Lindcmans), 2 sous-lieutenants (MM. de Noter cl Van Sevcr), 5 sous-officiers. 1 fourrier, 5 brigadiers, 6 1 dragons, 1 ma-

3i3 HISTOIRE

réchal ferrant, 1 palefrenier et 2 trompettes. Ainsi la force totale de ces compagnies s'élevait à H 41 hommes; leurs points de ralliement étaient le Visschers-Zenne |M>ur le premier bataillon, et la rue du Lombard pour le second. Pour couvrir les frais nécessités par la création de ces compagnies , des listes de souscription avaient été répandues, et un comité présidé par Vandcrnoot avait été chargé d'administrer les fonds qui furent déposés dans la caisse du trésorier de l'état même (Ve. de Neltinc et ûls, rue des Longs-Chariots). L'exemple de Bruxelles entraîna d'autres rites; Gand, Anvers lui demandèrent communication des règlements de ses volontaires, et bientôt toutes les villes du Brabant curent leurs corporations armées.

Comme il fallait s'y attendre du reste, les conférences de Vienne n'amenèrent aucun résultat; Joseph II exigeait que toutes les choses fussent remises sur le pied où elles étaient avant le 1er avril, et voulait qu'il ne restât plus aucune truce des mesures adoptées contrairement à ses intentions. A ces conditions, appelées, d'après lui, les préalable* indispensables, il s'engageait à se rendre aux Pays-Bas pour se concerter avec les Étais sur tout ce qui pouvait tendre au bien-étre du pays. Les mesures dont il exigeait le maintien, n'étaient pas d'une grande importance politique, puisque ni les nouveaux tribunaux, ni les intendants n'avaient été établis ; mais le mot de réformes était devenu odieux depuis qu'on s'était aperçu, qu'elles tendaient à l'arbitraire, et à tout prix on voulait les combattre. Considérant ces conditions comme contraires à la constitution, les états de Brabant refusèrent d'abord de s'y soumettre etdéclarèrcnt que, dans l'étal des choses, ils ne pouvaient accorder la continuation des impôts. Le premier point que le gouvernement tenait k emporter, c était la dissolution des volontaire* qui étaient pour lui une menace incessante. Le 1 9 août, lecomtede Murray avait requis le conseil de Brabant de rendre une ordonnance qui supprimât les associations nouvelles en laissant subsister les anciennes; il lui fut répondu que les volontaires étaient agrégés aux serments dont l'organisation était légale et constitutionnelle, et que la police de ces corps ressortissant aux administrations municipales, sa dépêche avait été renvoyéeaux États pour qu'ils s'entendissent avec elles à ce sujet. Le comte exhiba alors une déclaration impériale, datée du 28, qui supprimait toute corporation illégale et interdisait aux membres des corporations légales de porter aucun signe distinctif, ailleurs que dans l'exercice de leurs fonctions. Chargé de la publication de cette déclaration.

DK BRUXELLES. 5*0 le conseil renvoya aux ÉtaU avec demande d'avis, et en expédia des copies aux magistrats des trois chefs-villes avec invitation de les soumettre aux ebefs des serments, gardes bourgeoises et autres corporations. Le secret seul pouvait assurer l'exécution des volontés de l'empereur, aussi le comte de Murray fut-il vivement irrité de cette conduite. Toutefois, il manda chez loi, le 7 septembre, les députés de Louvain, de Bruxelles et d'Anvers pour connaître l'avis qui leur avait été demandé. Ils promirent de lui donner une réponse pour le 1 0. Le magistrat de Bruxelles lui fit savoir que si les compagnies bourgeoises étaient disposées à obéir aux ordres du gouvernement, il n'en était pas de même des serments, dont, du reste, il ne pouvait qu'approuver et appuyer la résolution, attendu que ces compagnies étaient légalement établies depuis les temps les plus reculés, et que leur organisation était de la plus grande utilité pour la police de la ville D'un autre coté, le conseil de Brobant, dont la plupart des membres portaient eux-mêmes la cocarde tricolore, était entré en vacances malgré les ordres du gouverneur général, et les États, au lieu de donner l'avis qui leur avait été demandé, proposèrent de conférer avec des commissaires du conseil sur les réponses données par les magistrats des chefs-villes. Voyant qu'il y avait parti pris, Murray intima au conseil de Brabant l'ordre de publier la déclaration impériale avant la fin de la journée du samedi 1 î>. N'osant encore désobéir ouvertement, le conseil s'assembla ; mais loin d'entrer dans les vues du gouvernement, il ajouta a l'arrêt prescrivant la publication demandée, que la défense contenue dans cette déclaration ne s'appliquait pas « aux » serments, wycken ou gardes bourgeoises et autres corporations légales » et leurs suppôts agrégés, et ne préjudiciait en aucune manière à leurs » droits, prérogatives, marques distinctes, privilèges et usages. »

Le moment d'agir avec vigueur était mal choisi : bien qu'il eût renforcé la gurnison, Murray n'était pas en position de pouvoirlutler contre une population irritée et soutenue par des associations armées etprélesà tout oser. Dans le même temps, on répandit à profusion une représentation adressée aux ÉtaU par les nations qui prétendaient que dans une rixe dont le faubourg de Louvain avait été le' théâtre, des soldats « avaient » commis des excès sur des bourgeois, » et cette allégation, bien qu'elle ne fût rien moins que fondée, transporta le peuple de colère. Aussi lors-

' Carton intitulé Behoertexs, aux Irchiw <k la fille.

que, le 17, la déclaration impériale fut publiée à la breloque de l'hôtel de ville, y occasionna-t-ellc un grand tumulte. La planche sur laquelle elle était affichée fut brisée, et quatre grenadiers, qui voulurent s'opposer à cette violence, faillirent être mis en pièces. Informé de cette manifestation, Murray fit aussitôt entrer en ville l'avant-garde du régiment de Ligne, qui était campé à Etterbeek, et ces troupes s'établirent dans le couvent de Sainte-Elisabeth. Les Etats envoyèrent leur pensionnaire aux nations qui avaient été convoquées pour voter la continuation des subsides, afin de les instruire de l'état des choses et de leur recommander de ne donner leurs votes qu'après avoir obtenu le redressement de tous les griefs. Mais pendant qu'ils poussaient en avant la démocratie, ils cherchaient à s'abriter derrière des apparences de conciliation ; ce fut ainsi que leur agent, Vandernoot, fit décider par le comité des volontaires « des'abstenir du port de telles marques, comme panaches, floches de chapeau, » épaulettes et dragonnes tressées en or et soie noire, revers d'habits » colorés et pans d'habits retroussés, qui déplaisaient à l'empereur, sans » préjudice à leurs droits, privilèges, usages et coutumes à ce contraires i. (18 septembre). >»

Les Étals envoyèrent une dépulation au comte de Murray pour l'informer de ce succès qu'ils attribuèrent à leurs efforts , et le presser de faire paraître la ratification des édits provisoires des archiducs. Trompé par le calme qui régnait en ville, le comte allait acquiescer à cette demande lorsque les événements vinrent lui prouver que tout restait encore à faire. Les volontaires avaient reçu l'ordre de se rendre, le J 9, à quatre heures de l'après-midi, sur la grand'placc où, dès trois heures, stationnait une foule immense, curieuse de voir le dénoûment de cette affaire. Par suite de la résolution prise la veille par le comité, contre l'attente générale, ils arrivèrent séparément et montèrent à l'hôtel de ville où leur fut notifié l'ordre itératif de déposer leurs cocardes et leurs autres insignes militaires ; un refus formel fut leur réponse. Vandernoot qui vint les engager à obéir, Vandernoot lui-même fut couvcrtdc huées, et les volontaires se retirèrent bien décidés à ne céder sur aucun point.

Les États convoquèrent, le lendemain à raidi, les volontaires à l'hôtel de ville, et là, le pensionnaire accompagné de quelques députés, les engagea à se soumettre en les assurant que la ratification désirée suivrait immédiatement celle concession. Cette assurance changea la détermination des volontaires et ils déclarèrent unanimement qu'ils étaient prêts

à céder. Mais irrite du refus de la veille, outré de ce que le jour même 4 à S00 volontaires s'étaient rendus àl'église de Saint-Géry pour assister aux obsèques d'un de leurs compagnons, Pierre Kockaert , Murray avait résolu de Taire preuve d'énergie : toutes les troupes de la garnison avaient pris les armes et se tenaient prêtes à agir. Le général d'Arberg était arrivé de Vilvordcavecun escadron de dragons et deux bataillons du régiment de Ligne, et le régiment de Clairfayt, en garnison à Malincs avait reçu l'ordre de marcher sur Bruxelles. Au moment où une députation des États venait informer le comte de la soumission des volontaires, d'Arberg prenait position sur la place Royale, où quatre pièces de canon furent braquées, deux sur la montagne de la Cour et deux à l'entrée de la rue Royale, et des détachements de dragons étaient dirigés sur le centre de la ville, tandis que des compagnies d'infanterie pénétraient dans la rue Haute et dans quelques autres quartiers, arrêtant tous les volontaires qu'elles trouvaient isolés. A peine ces mouvements furent-ils connus en ville, qu'une insurrection générale éclata. Le tocsin sonna; les volontaires coururent aux armes et plusieurs compagnies se dirigèrent vers la montagne de la Cour. Une lutte était imminente avec les troupes de d'Arberg, lorsque le bruit se répandit que les Autrichiens, sortant de leurs casernes, accouraient à leur secours. Craignant d'être cernés, les volontaires se replièrent sur la grand'place, dont toutes les avenues furent dépavées; les chaînes furent tendues et des barricades élevées. Il cUit alors deux heures et des flots de peuple se pressaient autour de l'hôtel de ville pour en dérendre les abords ou s'abriter sous la protection des États qui y étaient encore assemblés. Le tumulte était au comble ; déjà 1 5 soldats avaient été tués et quelques volontaires blessés, lorsque le prince de Grimberghe, le duc d'Ursel et le marquis de Chasteler coururent chez Murray et le supplièrent de prévenir une catastrophe. Cédant à leurs sollicitations le comte se décida à se rendre à l'assemblée des États ; mais il eut une peine infinie à percer la foule ; son rarrosse faillit mainte fois se briser contre les barricades ; des huées l'accueillirent partout et les dragons de son escorte en voulant lui frayer Je passage, furent assaillis par le peuple : un d'eux tomba frappé d'un coup de feu. Lorsque le comte arriva enfin à l'hôtel de ville, toute sa fermeté l'avait abandonné ; aussi, après une heure et demie de délibération, s'engagea-t-il à faire publier, le lendemain, la ratification désirée, et signât-il immédiatement l'ordre de faire retirer les troupes. Malgré ces con-

cessions et l'escorte de volontaires à pied et à cheval qui le reconduisit a son hôtel, il fui de nouveau hué et sifflé. Le lendemain , vers onze heures et demie, le duc d'Ursel, le marquis de Chasteler et le pensionnaire des États, E.-M. Oc Cock, précédés du porte-étendard du lirahant, vinrent à la bretèque de l'hôtel de ville publier une déclaration portant maintien des constitutions, des privilèges et de la Joyeuse Entrée, suppression des nouveaux tribunaux et des intendances, et rétablissement des tribunaux des anciennes juridictions, et des états des provinces ; il y était dit aussi que l'empereur traiterait avec les États du redressement de* infractions aux principes de la Joyeuse Entrée. Les cris de joie de la multitude ne permirent pas d'achever la lecture de cet acte, et l'allégresse lu plus vive dissipa entièrement les manifestations menaçantes de la veille. A la suite de ces troubles, Murray ordonna au magistrat de former un corps destiné à la police de la ville et de le placer sous les ordres du major des gardes bourgeoises, baron Van Rcynegom, en se réservant de l'augmenter au besoin. Ce corps futd'abord composé de 1 50 hommes en y comprenant 2 ou 3 sergents. 1 S caporaux et 1 8 appointés ou vicecaporaux; les sergents recevaient par jour 14 sous, les caporaux 10, les vice-caporaux 9, et les soldats 7. Il devait y avoir constamment 1 2 hommes à la grand'garde et 8 à chaque porte ; ces postes envoyaient, à certaines heures, des escouades qui parcouraient les différents quartiers (ordonnance du 26 septembre 1787). Le couvent des madelonnetlcs fut désigné pour servir de caserne a cette milice, dont l'uniforme était vert avec parements rouges et boutons blancs \

Ainsi Murray qui devait assurer l'exécution des ordres de Joseph II et qui avait débuté par la concentration de troupes, Murray avait dû céder a son tour. Tout l'avenir de la révolution se dévoilait : timide et incertaine dans ses premiers pas, elle avait renversé le comte de Belgiojoso, qui n'avaitque de l'insolence; encouragée par ce premier succès et commençant a s'organiser, elle triomphait d'un gouverneur général dont la fermeté paraissait devoir surmonter tous les obstacles ; s'arrétcrait-elle la? Les nations adressèrent à tous les volontaires une lettre de remerciement pour le zèle et le patriotisme dont ils avaient fait preuve, et lors de la procession de Saint-Michel, on vit une compagnie de volontaires en uniforme et en armes, escorter le sacrement de miracle et

• Jrchivfi de ta FWe.

DE BRUXELLES. 335 jmsser fièrement au front des troupes qui formaient la haie. En même temps, de nombreuses caricatures, des libelles, dans lesquels, il faut en convenir, on trouverait difficilement le moindre trait d'esprit, couraient le public. Lorsque Joseph II apprit les concessions faites par son lieutenant, il s'en montra vivement irrité ; Murray fut aussitôt rappelé, et , le 25 octobre, arriva à Bruxelles, escorté par les volontaires de Louvain, le comte de Trauttmansdorff-Wcinsbcrg qui avait été nommé ministre plénipotentiaire auprès des archiducs et président du conseil royal. À peine ce ministre eut-il pris la direction des «flaires, qu'il vit surgir d'autres difficultés. En remerciant l'empereur de la déclaration du 2 1 septembre, les États avaient élevé de nouvelles plaintes, particulièrement contre l'institution du séminaire général dont Murray avait ajourné l'ouverture des cours au i" novembre, ajournement que son successeur fut bientôt forcé de prolonger de trois mois. Une affaire non moins grave vint, dans le môme temps, mettre à l'épreuve la fermeté du nouveau ministre. Le chancelier Crumpipen et les conseillers Vandevelde, Kobiano et de Oartcnstein, qui avaient accepté des fonctions dans les nouveaux tribunaux , se trouvant sans emploi par suite de la suppression de ceux-ci , le gouvernement les réintégra dans leurs fonctions primitives. Dans la prévision de cette mesure, le conseil de Brabant avait consulté sur ce sujet les États et ceux-ci chargèrent Vandernoot « de s'occuper de cette affaire et de se préparer à produire en temps opportun » tous les moyens de défense contre le chancelier (3 1 août); » mais les Étals et le conseil ne faisaient montre d'énergie que pour mieux cacher leur faiblesse ; ils se soumirent à l'ordre de l'empereur qui réintégrait ces conseillers ( 1 7 octobre) , et , malgré l'opposition des nations de Bruxelles qu'appuyèrent les métiers de Louvain cl d'Anvers, malgré les efforts de Vandernoot, leur rentrée fut décidée sous la condition qu'ils prêteraient un nouveau serment. Le conseiller de Robiano seul se révolta contre cette flétrissante condition, et les trois autres s'y soumirent le 8 novembre, Lorsqu'ils se rendirent à l'hôtel de ville , ils furent hués par la foule; au marché, les soldats de police ayant arrêté un jeune garçon qui faisait entendre des vociférations, des gommes du peuple se jetèrent sur eux et l'arrachèrent de leurs mains. Après avoir prêté serment, Crumpipen et ses deux collègues déclarèrent qu'ils ne siégeraient pas aji conseil, attendu que les États les avaient dépeints comme n'ayant pas la confiance de la nation; mais ceux-ci retirèrent leurs repré- TOUE ti. $5

sentations et tous les différends de ce chef furent aplanis *. Comme cet; événements préjtidiciaient beaucoup au commerce et privaient de travail un grand nombre d'ouvriers, le magistrat demanda des fonds au gouvernement afin de pouvoir procurer de l'ouvrage aux pauvres; H obtint, le 24 novembre, une première somme de 5,500 florins sur la caisse de religion et fit déblayer les terres provenant de la démolition des fortifications 2.

Cependant Joseph II avait vivement blAmé les ménagements du comte de Trauttmansdorff dans l'affaire du séminaire général, et lui avait enjoint de faire exécuter les préalable». Pour assurer l'exécution de cet ordre, il envoya aux Pays-Bas le comte d'Alton, qui arriva à Bruxelles en décembre, avec le titre de général d'armes. Ce choix était significatif : l'empereur ne voulait plus faire de concessions; il fallait obéir ou combattre. Dès le 31 décembre, le magistrat se plaignit au ministre de ce que les troupes s'étaient emparées de divers postes appartenant aux gardes bourgeoises et, quelques jours après, il lui adressa de nouvelles plaintes sur une lettre que d'Alton avait écrite à l'amman pour défendre de tirer et de battre la caisse sans sa permission. Le 7 janvier 4 788. Trauttmansdorff suspendit cet ordre, mais en même temps il interdit toute admission provisionnelle dans les serments 3. Le 1er janvier, d'Alton fit enlever aux canonniers de la ville la poudre qu'on leur avait remise pour tirer des salves pendant le Te Deum qui fut chante à onze heures dans la chapelle de la cour. Le gouvernement ne dissimulait plus sa nouvelle ligne de conduite; les reproches de Joseph 11. l'arrivée de d'Alton, avaient stimulé le zèle du ministre, et il lui tardait d'en donner des preuves évidentes. Par un décret interprétatif, il déclara, au nom de l'empereur, que tontes les dispositions souveraines, à l'exception de i-elles relatives aux intendances et aux nouveaux tribunaux, subsistaient dans leur force et vigueur. Le conseil deBrabant s'étant refusé à publier ce décret, il lui écrivit, le 22 janvier à huit heures trois quarts du matin, pour lui enjoindre de procéder à cette publication dans les vingtquatre heures, et lui défendre, « à peine de désobéissance, » de lever la séance avant d'avoir obtempéré ù cette injonction. Dans une lettre particulière adressée au chancelier, il lui disait que si l'ordre de publication n'était pas donné dans deux heures, il emploierait . les tristes moyens

« M. Gérami, 1. i . — s Copyr Boeck. — * Ibut.

DE BRUXELLES. 333 > des canons et des baïonnettes, que Sa Majesté lui avoit très-expressé- - nient prescrit pour le cas d'une résistance aussi complète que seroit » celle du conseil. » Afin de donner plus de poids à ces menaces, il invita d'Alton à faire entourer de troupes l'hôtel du conseil de Brabant. Ces événements mirent la ville en rumeur et une foule considérable, poussée par la curiosité, excitée par l'attente de la décision que prendrait le conseil, se porta vers le parc. Aussitôt de fortes patrouilles furent dirigées sur ce point et des canons places devant l'hôtel du conseil. Sur ces entrefaites, un détachement du régiment de Ligne arrivn sur la grand'place où sa présence occasionna bientôt un nombreux rassemblement ; alors, soit qu'en voulant le disperser, il ail été trop pressé et qu'on lui ait lancé des pierres, comme le rapporte d'Alton, soit qu'un excès de zèle l'ait emporté , ou qu'en se voyant hué il ait été aveuglé par la colère \ l'officier commandant ce détachement, ordonna de faire feu. Plus de 20 personnes furent tuées ou blessées, et la consternation et la fureur s'emparèrent de tous les esprits. Appelées par deux coups de canon tirés en siguaux , les troupes se rendirent à leurs postes , et une division d'infanterie avec deux canons prit position sur la grand'place. Ignorant ce qui se passait en ville, le conseil de Brabant persistait dans son refus ; ce ne fut qu'à onze heures du soir qu'il ordonna la publication demandée, en déclarant toutefois •■ qu'il n'entendait nullement

par la attribuer aux édits de l'empereur aucune force plus grande que * celle qu'ils avaient dû avoir, aux termes de la constitution, avant le » i" avril 1 787 ; que toutes les clauses de réserve opposées aux rcsolu- » lions concernant les mêmes édits conserveraient leur pleine force, le <> conseil n'entendant préjudicier en aucune manière à la constitution » du pays, ni aux réclamations des États, tant à celles qu'ils avaient >• faites , qu'à celles qu'ils pourraient renouveler sur l'entière con~ » servation de tous les articles de la Joyeuse Entrée. » D'Alton se vanta auprès de Joseph 11 « d'avoir mis fin, par cet exemple, à la turbu- » lencc des habitants;» mais Trauttmansdorff en jugea autrement: « Une des suites les plus malheureuses de la journée du 22 janvier, >* dit-il dans ses notes, fut la haine qu'elle inspira contre le militaire

qui ne fut plus craint, mais détesté. ». L'empereur n'était pas de cet avis; il témoigna à d'Alton sa satisfaction et lui écrivit: 11 est essentiel

' Lettre dn 2fl janvier. Copyc Boeck.

» que le peuple ait vu une fois que le militaire ne se laisse plus insulter, >. et que Ton est inébranlable a soutenir de vive force ce que j'ai le bon >. droit d'exiger. Je vous suis très-obligé et vous prie de continuer de » même dans toutes les occasions qui pourront se présenter, quoique je ■■> croie que cet exemple, quelque léger qu'il ait été, fera son effet. • Quant à l'officier qui avait commandé le feu, il fut récompensé par un nouveau grade. Linguct ayant rapporté cet événement sous des couleurs peu favorables à cet officier {Annales, n°CI), le colonel De Moitellc, commandant le régiment de Ligne, lui adressa une violente épitre dans laquelle il s'efforça de justifier son subordonne. Quand on apprécie les dispositions dans lesquelles le gouvernement se trouvait alors, et le caractère de d'Alton qui était pressé sans dotitede faire régner la loi du sabre, on peut être tenté de croire à des versions dans lesquelles cependant percent la colère et l'esprit de parti.

Le 29, les archiducs revinrent ù Bruxelles où leur entrée se fit presque incognito et sans aucune féte publique; ils étaient peu rassurés sur les dispositions du peuple, et Marie-Christine craignait quelque démonstration hostile, H les tètes, surtout celles qui sont tonsurées, lui parais- < sant fort échauffées. » A mainte reprise. d'Alton avait blâmé les ménagements gardés par le comte de Murray envers les volontaires ; il était fermement décidé à désarmer les serments et les gardes bourgeoises afin de diminuer les tentatives de résistance aux volontés de son maître. Le tî îi janvier, il avait demandé au magistrat le corps de garde de l'hôtel de ville, que les troupes occupaient depuis le 22 ; loin d'acquiescer à cette demande, celui-ci insista vivement pour que ce poste fût rendu aux serments, et qu'on retirât les deux canons qui étaient restes sur la grand'place. Reconnaissant lui-même l'illégalité de cette mesure, le général engagea les serments à y faire le service concurremment avec la garnison ; mais ceux-ci rejetèrent ce terme moyen, ctlcmagistral adressa aux archiducs une protestation contre cette infraction aux libertés de la v ille. Informé de cette démarche, d'Alton remit aux gouverneurs généraux, le \ 1 février, une note virulente contre les trois membres de la commune. « Jusque» à quand, s'écrie-t-il, le magistrat de Bruxelles produira-t-ildes

• représentations ampoulées au lieu de se soumettre aux ordres du gouver- « nement. calculés pour le bien public? Jusqucs à quand montrera-t-il cet

• esprit d'aigreur et d'ambition également pernicieux aux intérêts du maître - et du sujet? < Le poste qu'il a fait occuper, disait-il encore, a été abandonne

DE BRUXELLES. 537 par le magistrat en maintes circonstances ; c'est sa négligence pour le inaiulien du bon ordre et de la tranquillité publique, son inaction en présence « des indécences commises par la populace, le 1 9 janvier, » qui l'ont porté à prévenir le magistrat que si elles se renouvelaient, il ferait mettre « une ■ division de garde à la maison de ville, » et, comme il n'a rien fait, il a pris son inaction pour un consentement tacite. « Je n'attribue au ma- » gistrat, ajoute-t-il, que de la négligence, ne pouvant croire qu'il ait » prémédité de faire revivre, par son insouciance affectée, cette époque » scandaleuse où tout l'ordre des choses étoit subverti, où le bourgeois » paisible, jeté dans le délire par l'exemple de ses chefs, oublioit ses » devoirs comme père, sujet et citoyen, pour se mêler dans une foule de >» vils factieux, où l'on vit commettre de sang-froid des meurtres atroces » sur des militaires, et les louanges prendre la place du juste châtiment » que ces monstres méritoient, où, pour comble de turpitudes, une » troupe de femmes transformées en bacchantes et perdant de vue leur >• naissance et les rapports qui dévoient les attacher au souverain, se » donnoient en spectacle au peuple, en vuidanl sur des balcons de ca- >• barcts, des verres à la santé des États ; mais tirons les rideaux sur des événements aussi honteux, aussi déshonorants pour la nation qui a » pu se laisser entraîner dans cette frénésie. — Il est de toute indispen- " sabilité qu'il soit mis iïn à une manière d'agir aussi indigne et opposée » aux intérêts du souverain et du particulier ; un corps influencé par un » personnage qui ne désire que rapines et troubles, un corps de magis- » trat qui (Mirait s'être fait une loi de rompre, sous de spécieux prélex- « tes. tous les liens qui doivent nécessairement exister entre les difTé— •-' renies classes, est une hydre dont il faut délivrer l'état. » L'événement du 22 janvier est une juste répression; une patrouille de 18 hommes était attaquée par 5 ou 4.000 factieux, clic a dû se défendre. Fallait-il, comme au 1 9 janvier, tolérer de sang-froid que la populace s'attroupât et insultât « h la bonté et à la clémence du souverain. » en donnant des applaudissements à des individus qui n'étaient que les organes de ses volontés. « Si le bien public étoit pris en considération par le magistrat, » plutôt que de nourrir l'effervescence des esprits, ne chcrchcroit-il » point à effectuer la rentrée des armes militaires qui, lors des troubles, » ont été distribuées aux volontaires ; ce n'est point un sentiment de » crainte qui fait désirer cette opération, c'est l'attachement que j'ai \ouéà la nation : de même que l'on relire aux enfants tout instrument

' qui pourrait leur nuire, de mémo le bien-être et la tranquillité du

• bourgeois font considérer ces armes comme pouvant lui être dêtri-

• mentales par une folle confiance qu'il y mellroit dans un moment

• d'effervescence, et qui l'cxposeroit à des malheurs dont on veut soi- » gneusement le garantir. » II finit en priant les gouverneurs généraux de ne pas permettre que le poste militaire soit retiré de l'hôtel de ville : c'est sur la place que s'attroupe la populace, c'est là que la force doit dominer, et il faut ordonner au magistrat de se conformer promptementaux ordres donnés pour la remise des armes. Cette diatribe que les archiducs communiquèrent au magistrat, par dépêche du 16, avec invitation d'y donner immédiatement suite, souleva l'indignation de ce corps. « Nous » étions bien éloignés, répondit-il, en présentant au gouvernement nos » doléances de la manière la plus respectueuse, en nous acquittant d'un " devoir inséparable de nos charges et de notre serment, en élevant la » voix dans une circonstance où notre silence scroit criminel, nous " étions bien éloignés de nous attendre à des injures et des sarcasmes de

• la part du commandant général. :» Puisqu'on insinue des accusations, qu'on les porte au grand jour; qu'on dise comment nous nous sommes montrés pleins d'aigreur et d'ambition, quand nous avons prêté les mains aux factions, dans quelles circonstances nous avons « nourri » l'effervescence des esprits et fait des efforts pour entretenir la zizanie » et le schisme; » où est la cabale? quel est donc ce personnage qui ne désire que rapines et troubles, et par qui se dirigent nos actions ? S'il existe, s'il fait partie du magistrat, il est indigne d'y siéger; s'il est étranger au corps communal, il est indigne d'occuper ses places, qu'on le nomme et justice sera faite. « Établis par les lois pour en être le soutien ■ et l'organe, il ne nous est permis d'écouter que la loi du devoir, toute

• autre influence est un crime que la justice ne saurait réprimer trop » sévèrement. » Calomnié, le magistrat demande que la calomnie soit punie, il faut que les gouverneurs généraux <■ non-seulement désavouent

• la démarche répréhcnsible du rédacteur de la note, mais qu'ils té- » inoignent même leur indignation au général commandant. L'honneur » du magistrat étant compromis, il se croira méprisable aux yeux de la > nation, méprisable à ses propres yeux tant qu'il paraîtra quelque trace •< de l'offense qui lui a été faite ; en conséquence il lui faut réparation » complète, il faut que les gouverneurs généraux lui donnent une mar-

• que éclatante de leur satisfaction, qu'ils fassent supprimer cet écrit

DE BRUXELLES. 539 . pour qu'il n'en reste point de vestige dans les actes du gouvernement. ». Après avoir témoigné son indignation, le magistrat passe aux faits allégués. Ce n'est pas l'ironie qui palliera les faits du 22 janvier, qui détruira l'allégation « que le remède a produit le mal, que sans les mili- .» taircs il n'y auroit point eu d'attroupements.» Le général commandant dit que voyant la négligence du magistrat il a fait occuper l'hôtel de ville ; mais veut-il bien se souvenir que, dès i 787, on a requis le gouverneur général de faire cesser les patrouilles bourgeoises, que le gouverneur général a accédé à ce désir et, par dépêche du 5 janvier 1 788, a défendu, à dater du 6, les patrouilles pendant le jour. La négligence provient donc de l'obéissance aux ordres du gouvernement. Cette obéissance a donc procuré au général commandant l'occasion de faire un acte qui, de son aveu même, est illégal et inconstitutionnel, et le serait encore quand la force et la violence suppléeraient au droit et à la justice. De pareils actes entretiennent l'irritation publique, la vue des canons sur la grand'place retarde « le rétablissement de cette confiance plénière si » nécessaire dans un peuple chez qui l'influence et la force des lois ont » toujours été des armes plus puissantes que l'influence et la force mi- » li taircs. » Quant au désarmement, le magistrat ne peut le faire exécuter. De quel droit, en effet, ordonnerait-il aux individus de se dessaisir d'objets sur lesquels il n'a ni titre ni prétention? Car il est faux qu'il ait fait remettre, comme l'insinue la note, des fusils aux volontaires : ces fusils sont leur propriété. Une ordonnance de police ne peut enlever des armes aux habitants, puisque cette ordonnance ne serait basée sur aucune loi, et quand il y aurait une loi à cet effet, il n'aurait pas le moyen de l'exécuter. Si l'on en faisait une, « elle jetteroit l'alarme et la consternation générale dans le peuple. » En conséquence le magistrat supplie les gouverneurs généraux de faire cesser les démarches irritantes du commandant général (23 février 1788) Fort de l'approbation de l'empereur qui lui écrivait « qu'il avoit très-bien fait d'occuper le corps de garde » de l'hôtel de ville et qu'il devoit tâcher de le conserver, .» d'Alton ne répondit pas a ces réclamations, et, le magistrat de son côté, se fondant sur les privilèges qui rendaient le port d'armes libre dans le duché de Brabant et notamment dans la ville de Bruxelles , se refusa formellement à faire rentrer les fusils dont les bourgeois étaient armés.

» Carton intitulé Beromtens, aux Archives de la fille.

Les affaires se compliquaient étrangement et chaque jour amenait de nouvelles difficultés. Le séminaire était déserté par les élèves aussi mécontents des doctrines qu'on y prêchait, que de ceux qui les professaient. Par dépêche du 1 7 février, les gouverneurs généraux annoncèrent aux états de Brabant que l'empereur irrité de tous les événements qui s'étaient succédé à Louvain, avait résolu de faire transférer à Bruxelles, sous les yeux du gouvernement, les facultés de droit, de médecine et de philosophie ; elles y furent en effet installées le '2 octobre suivant. Il fut interdit aux corporations de se réunir sans autorisation préalable, et les Etats reçurent défense d'accepter d'elles à l'avenir ni mémoires, ni remontrances. Partout se montrait le despotisme ; après avoir échoué dans son projet de l'établir par des réformes, Joseph II marchait droit à son but. Mais ses adversaires s'étaient aguerris; ils savaient que son bouillant caractère s'affaissait devant les moindres obstacles, et ils en semèrent abondamment sur la voie qu'il voulait parcourir. Les trois membres de Bruxelles ayant été saisis d'une proposition d'un demi-vingtième pour l'entretien de la cour, le large conseil la rejeta le 15 mars ; convoqué de nouveau le i 4 et le 1 o, il persista dans son refus. Prévenu que le magistrat voulait lui présenter des réclamations sur la réforme du tiers état et se proposait d'inviter les deux autres chefs-villes à envoyer des délégués à Bruxelles pour s'associer à cette démarche, le ministre écrivit, le 17, au bourgmestre baron de Beeckman de Vicusart, que les ordres de l'empereur étant irrévocables, il ne pouvait plus s'agir de faire des représentations ; il lui enjoignit de contremander la conférence projetée et d'attendre avec soumission les volontés impériales, ajoutant qu'il pouvait encore moins être question d'assembler les arrières membres pour délibérer sur le subside de la cour, Sa Majesté ayant positivement annoncé son intention à cet égard '. Toutefois le large conseil donna, le i 8, son consentement, et cet exemple fut imité par deux des nations (Saint-Laurent et Saint-Jacques), qui s'étaient réunies nonobstant la défense du ministre; mais les sept autres donnèrent un vote négatif, et, le même jour, elles signèrent une représentation en faveur de l'université de Louvain. Cette opposition jeta le trouble dans la cour des archiducs, et ils agitèrent la question de savoir s'il ne convenait pas de transférer le siège du gouvernement dans une autre ville. D'Alton

* Copye Boeek.

appuya fortement ce projet : « C'étoit, disait-il, la marche la plus sûre « pour mettre fin aux troubles continuels qui agitoient Bruxelles, ce ». foyer de désordre. L'émigration d'un nombre aussi considérable des >. habitants les plus opulents, devoit être une saignée salutaire, et » jeter celte ville dans un anéantissement total qu'elle n'avoit que trop ». mérité par son indocilité. » Déjà Marie-Christine avait fait dresser une liste de ceux de ses gens qui étaient Brabançons et surtout Bruxellois, pour donner à pressentir leur renvoi; le maître d'hôtel du palais reçut l'ordre de se rendre à Matines pour y faire ses provisions, et, le matin de la Saint- Joseph, 1 9 mars, lorsque les tambours de la ville vinrent, selon l'usage, battre la caisse sous ses fenêtres, elle fit fermer ses rideaux et les congédia sans leur donner le pourboire habituel \ C'était par de tels moyens que la fille de Marie-Thérèse comptait imposer à la bourgeoisie bruxelloise ! Le comte de Trauttmansdorff, homme modéré, et l'archiduc, •< qui étoit généralement aimé 2, » voyaient avec peine la direction donnée à celte affaire par l'esprit violent de d'Alton qu'appuyait la vanité blessée de Marie-Christine; aussi apprirent-ils avec une vive joie que les nations s'étaient assemblées de nouveau, le 26 mars, et avaient enfin accordé le subside. Le même jour, les syndics adressèrent au magistrat une requête pour le prier d'exposer aux gouverneurs généraux , l'attachement que leur portait le peuple, attachement « qui » ne laissoit pas éclater son dévouement avec éclat à cause des infrac- » lions portées à la Joyeuse Entrée, infractions qu'il importoit de faire » rectifier le plus tôt possible. » Cette requête fut imprimée, ainsi que la représentation du i 8 mars, et toutes deux furent répandues à profusion dans le public. Les archiducs s'en plaignirent aux États (5 avril) et demandèrent qu'on en recherchât les auteurs, attendu que la conduite des nations ne tendait à rien moins qu'à leur faire prendre la place du tiers état. La députalion permanente éluda une réponse directe, et, à défaut de moyen de coercition, l'affaire eu resta là.

N'ayant pu faire respecter ses privilèges, le magistrat s'était adressé à la cour de Vienne pour obtenir l'évacuation du poste de l'hôtel de ville. Le 8 mars, Trauttmansdorff lui annonça que l'empereur avait fait droit à celte réclamation et ordonné la construction d'un autre corps dp

1 Lettre de Marie-Christine, du 19 mare 1788.

* Lettre do prince de Kannitz au comte dr Cohen*!.

TO*ï ft.

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