‹ Histoire de la ville de BruxellesChapitre 18 sur 47 · IK LIBERTÉ OU LA MORT · texte numérisé non relu

IK LIBERTÉ OU LA MORT

Les amis de la liberté, île l'égalité et de la souveraineté du peuple sont invités à se rendre aujourd'hui en l'église de Sainte-Gudule à deux heure* de l'après-midi, pour y rentrer dans l'exercice de leurs droits et procéder à la nomination de leurs représentants provisoires '.

' Consultez pour la première partie de ce chapitre : le Journal de laSoàëtii des

Surpris à Fimproviste, les partisans des États demandèrent que l'assemblée fût prorogée jusqu'au lendemain, et que les convocations eussent lieu dans les paroisses; mais leurs adversaires ne voulurent pas leur donner le temps de se reconnaître ni de s'entendre, et cette demande fut écartée. En agissant ainsi, les démocrates entachèrent ces élections d'impopularité, et ils poussèrent dans le parti opposé cette foule de gens qui se révoltent contre toute mesure arbitraire. Craignant que ces élections ne fussent une occasion de troubles, l'autorité militaire avait pris de grandes précautions; des compagnies d'infanterie et de cavalerie, avec quelques pièces de canon, entouraient l'église que des patrouilles traversaient incessamment sous prétexte d'en faire sortir les femmes et les enfants. Ces précautions qui empêchèrent le désordre, Grent dire que les élections s'étaient faites sous l'influence de la terreur. Les membres du club et les Vonckistcs se rendirent seuls à la convocation contre laquelle circulèrent immédiatement de virulentes protestations. Aprèsavoir choisi l'avocat Balza pour président, et Vcrlooy pour secrétaire, l'assemblée procéda au choix des représentants provisoires. Ce choix, concerté d'avance, fut promptement terminé, et, à six heures, 80 représentants avaient été élus presque tous à l'unanimité Ceux d'entre eux qui se

Ami» de la liberté et de l'égalité, in-8a, 3 vol. Réd. J. Chaleigner, imprimerie de F. Hayez.rue de l'Escalier; —Collection des procès-verbaux desséances de» représentant» provisoire» de la ville libre de Bruxelles; — Préci» de» assemblées primaires; — le Cojiye Bocck et le carton intitulé Beroertens, aux Archive» de la Ville; — GoETvitL; — Dewez ; — le Recueil de pièces diverses précité; — la Correspondance de Dumonricz; — le Journal de Bruxelles, et les autres journaux du temps, etc.

1 USTZ DES REPRÉSENTANTS.

Edouard Walckiers ; Balza ; Torts, avocat ; Stroobanls, curé de Sainte-Catherine ; Daubremez l'aîné; Sandelin, avocat; le curé du Finisterre; Jacobs père, ardoisicr; Deneck père, tanneur; Foubert, avocat; Gruyer; Poringo. avocat; J.-J. Chape! père; le comte de Saint-Remy; Verlooy, avocat; Charles Dupré, ci -devant doyen pellftier; Goossens, plafonneur; Herbîniaux, chirurgien-accoucheur; T -F. Sironval, banquier; le duc d'Arenberg l'atné;Van Mons, apothicaire; Joseph Lequime père, courtier; Jean Simon, le jeune; le duc d'Ursei; Thielens; Moerinckx, avocat ; Henri Segcrs, négociant ; Claeysens. apothicaire; Michiels aîné, négociant ; Fisco, contrôleur des ouvrages de la ville; Wittouck, conseiller de Brabant; Peeters, médecin; Donroy, procureur; L. Yernaus , caissier de la banque; J.-B. Weemaels, négociant; Guillaume Chapel, fabricant; Nicolle, mercier; Libotton, avocat; Schueremans étainier; Janssens, sculpteur; Niesse, négociant ; Pierre* Vanderstraetin, boulanger; Pitet, chaudronnier; Francolet, rentier; Ro-

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trouvaient présents, se transportèrent en corps à l'hôtel de ville, devenu maison commune, où ils furent reçus par Dumouriez entouré de son état-major. Répondant à l'allocution de Balza, le général déclara : « qu'il » n'y avait plus de Brabant, de pays de Liège, de Hainaut, de Flandre, ». mais que toutes ces provinces et pays ne formaient plus qu'une seule » et même nation libre sous le nom de Belges. » Il ajouta « que la ré- » publique française soutiendrait de toute sa force les Belges libres et * usant de leur droit de souveraineté. » Après avoir donné l'accolade à Balza, il se rendit avec les représentants au balcon, où ceux-ci prononcèrent le serment suivant : « Nous jurons d'être fidèles à la cause » de la liberté et de l'égalité, de défendre de tout notre pouvoir les » droits éternels du peuple souverain belge, et de mourir, s'il le faut, à » notre poste, en les défendant. » Une salle leur avait été préparée a l'hôtel de Galles (aujourd'hui l'hôtel du ministre de la guerre), en attendant qu'on eût approprié, pour leurs séances publiques, une de celles de la maison commune. Cette assemblée commença ses travaux en faisant acte de désintéressement : le i 9 novembre, an F' de la république belgique, elle déclara unanimement que sa gestion provisoire serait gratuite, et que ses membres étaient inhabiles à toute charge ou emploi salarié qui serait conféré par clic.

Le môme jour, l'arbre de la liberté fut replanté sur la grand'place. Chaque parti, quel qu'il soit d'ailleurs, a ses énergu mènes; aussi vit-on des troupes d'hommes, de femmes et d'enfants se livrer aux démonstrations les plus ridicules. Quelques-uns forcèrent même des récollcts, qu'ils allèrent chercher dans leur couvent, à danser avec eux autour de l'arbre de la liberté, aux chants de la Carmagnole. Le lendemain, l'asscm-

sières, lieutenant général; d'Outrepont, avocat; A.-J. Goffin, négociant; Brinckx, brasseur; C.-A. Deraet ; Guillaume Vanderborcbt, négociant; Jacobs, médecin; Pierre Annemans fils, batelier; Scbueremans, boulanger; Dotrengc fils, avocat; Cornet de Grez; Henri Mille; Vandenbergen, épicier; J.-B. Emmerechls, notaire; le curé de Saint-Nicolas; Van Gaeveren, savonnier; Walckiers de Gamerage; Van Halewyck, trésorier de la ville; Rosiers, cabarelier; J.-B. Moris, marchand; A.-J. Frison; Vandersteen père, horloger ; Taemen, négociant; Frédéric Vanhueter, négociant; Guérault, mathématicien; Cobus, avocat; Micbîels cadet, arpenteur; Gilson Bedinger, négociant; Debrou, marchand de dentelles; J.-B. de Vleeschouwcr. marchand; Lainotle, caissier adjoint à la banque; A.-J. de la Fontaine, négociant; Bosscbaert, greffier de la chambre d'Uccle; J. Van Essche, batelier; Angelot, tapissier, et J.-B. Oignessc.

blée envoya un député à Mons pour assurer la commune de cette ville des sentiments de fraternité de celle de Bruxelles, et, après une vive discussion, elle vota la déchéance de la maison d'Autriche et l'abolition de tous les pouvoirs et autorités n'émanant pas de la nation. Le 2 1 , elle se transporta en corps au balcon de l'holel de ville et y fit publier cet acte au son du tambour. Trois députés, Edouard Walckiers, Balza et Torfs, furent envoyés à Paris, pour demander à la Convention nationale de déclarer (pie la république française ne traiterait avec les puissances de l'Europe qu'à condition qu'elles reconnaîtraient l'indépendance des Belges. Le llainaut, le Tournaisis et la principauté de Liège suivirent cet exemple. Les députés ayant été admis à présenter leur requête à la Convention, Pétion qui présidait cette assemblée, leur répondit « qu'ils » n'en devaient point douter : que c'étaient les Français qui, les pre- » niiers, avaient proclamé le dogme immortel de la souveraineté des peuples. Vous tenez votre souveraineté de la nature, dit-il, vous ne • pouvez la tenir de nous. Vous paraissez craindre qu'on altère votre •< indépendance ! Ce fut la folie des conquérants de donner leurs lois et i> leurs coutumes ù tous les peuples, mais la France n'a rien conquis pour » elle dans la Belgique que vos cœurs. Elle n'a vaincu que les Autrichiens, > elle n'a imposé qu'à ces esclaves armés les lois de la fuite ou la mort. » Cependant, ajouta-t-il, je ne puis vous dissimuler que les Belges ne » soient encore asservis à des préjugés qui peuvent être dangereux pour » la liberté. » Considérant que la demande des députés belges était la conséquence d'un décret général, |>arcc que la nation française se déclarait l'amie et l'alliée de tous les peuples qui briseraient leurs fers, l'assemblée renvoya leur requête au comité diplomatique.

Un des premiers soins des représentants provisoires fut de réorganiser les différentes administrations supprimées pur leur proclamation du 20. Le 21 nov embre, ils décrétèrent l'établissement d'un tribunal provisoire de la commune destiné à remplacer l'ancien magistrat. Composé de sept juges, d'un amman et d'un pensionnaire \ cc tribunal . devait rendre la . justice indistinctement à tous les citoyens, dans le ressort de l'ancien . magistrat et selon les lois, usages et coutumes en vigueur. » Avant

» Etaient nommés a ces fonctions: juges, les citoyens De Man, Van Grave, Vanderstegen, De Roovere, Wouters, Mosselman, Fierlanls, ex -échevins ; amman , D'Onyn, cl pensionnaire DcCock. Les trésoriers De Visscheret Van Halewyck, ainsi que le surintendant du canal Valeriola. furent continués dans leurs fonctions.

d'entrer en fonctions, les juges de la commune étaient tenus de prêter, entre les mains des représentants provisoires, le serment suivant : « Je <> jure d'être fldéle au peuple, mon seul souverain légitime, de mainte- » nir la liberté, l'égalité, et de rendre bonne et briève justice à tous les » citoyens du ressort. » La formule du serment à prêter par l'amman, par le pensionnaire, ainsi que par les greffiers, les secrétaires et les autres employés de la ville, était ainsi conçue: « Je jure d'être fidèle » au peuple, mon seul souverain légitime, de maintenir la liberté, l'éga- » lilé, et de remplir avec zèle, probité et exactitude les fonctions qui » me sont confiées. » 11 fut enjoint à ce tribunal de continuer, pour le service de la commune, tous les employés de l'ancien magistrat, après qu'ils auraient prêté serment entre les mains de l'assemblée. Différents comités furent chargés de l'administration générale ; le 2 I novembre, un membre proposa de créer un pouvoir exécutif provisoire, afin de décharger l'assemblée de son travail; mais cette motion qui avait été appuyée par plusieurs représentants, fut rejetécaprès une assez vive discussion. Le lendemain, l'assemblée déclara » que toutes les i» exemptions en matière d'impositions, soit directes, soit indirectes, sur :» les fonds ou sur les consommations, les exemptions de droits de bar- » rières, et autres immunités quelconques de contributions publiques, » sous quelque dénomination qu'elles fussent établies et perçues , ve- » naient à cesser, et que tous les citoyens, sans distinction, seraient » tenus de les acquitter h l'avenir, sur le même pied qu'elles l'étaient !• auparavant par les seuls citoyens non exempts. >< Ensuite elle vota la suppression des dîmes et « de ce cruel droit appelé cuiller qu'on osait tirer de chaque sac de grain exposé au marché de la ville ; ce vol ma- ». nifeste, dit la Société des Amis de la liberté et de l'égalité, était devenu » si conséquent qu'au lieu d'une cuiller on enlevait au contraire les .» bleds par marmite sous le nom modeste d'une cuiller. »

Dans la séance du 25 novembre, il fut donné lecture de la déclaration du conseil exécutif de France, relative à la liberté de l'Escaut et de la Meuse. Cette déclaration de la plus haute importance pour les intérêts matériels delà Belgique, fut accueillie par d'unanimes applaudissements. Le même jour, l'assemblée décréta qu'il serait provisoirement formé, par le comité militaire, trois compagnies volontaires de gardes nationales, de cent hommes chacune, et une de cavalerie, du même nombre; que nul citoyen ne serait admis dans ces compagnies que sur des temoi-

gnnges de civisme de la Société des Amis de la liberté et de l'égalité, et que tous les individus qui composeraient ces quatre compagnies, seraient obligés de s'armer et de s'équiper à leurs frais. Cette mesure produisit un mauvais effet, et les ennemis de rassemblée insinuèrent aussitôt que c'était une garde dont clic voulait s'entourer. Vonck n'était plus, mais la plupart de ses anciens amis occupaient alors le pouvoir dans une ville d'où ils avaient dû fuir pour échapper h la mort. Les anciens Vandernootistes ne pouvaient voir cet état de choses qu'avec crainte et colère, aussi ne négligeaient-ils rien pour éloigner la multitude des démocrates. Aux pieux catholiques ils montraient la chaire de vérité occupée par des démagogues qui, dans leurs insultes à la royauté, ne ménageaient pas la religion, et qui, en leur présentant les avantages de la liberté, leur imposaient une tyrannie plus odieuse que celle sous laquelle on les avait dit esclaves. Aux uns, ils représentaient l'illégalité de la nomination des représentants provisoires, funeste antécédent pour le maintien des constitutions et des privilèges du pays ; aux autres, ils faisaient craindre les scènes terribles qui avaient ensanglanté la capitale de la France sur les traces de laquelle on voulait les entraîner. Ils turent les malheurs qu'avait causés le passé, et s'étendirent longuement sur ceux que devait incontestablement amener la révolution qui s'opérait. Soutenus par le clergé, par une grande partie de la noblesse, par tous les privilégiés qui avaient perdu leurs franchises, et en6n par les métiers dont les droits étaient menacés, ils obtinrent une grande influence sur le peuple qui désirait plutôt l'indépendance que la liberté dont il ne savait pas encore apprécier les bienfaits. De nombreuses protestations avaient été suivies bientôt de rassemblements et d'émeutes, qui auraient eu les suites les plus désastreuses sans la sagesse des autorités. Beaucoup de citoyens même avaient refusé, sous différents prétextes, de faire partie d'une assemblée qu'ils regardaient comme inconstitutionnelle. Le peuple voulut se rassembler dans les églises paroissiales pour procéder h de nouvelles élections, mais, bien qu'on lui eût assuré « la plénitude de ses droits de sou- » veraineté, » on prit les mesures les plus sévères pour l'en empêcher. Prévenu qu'un rassemblement devait se former dans la journée du 27 novembre, le général Bemeron, commandant de Bruxelles, avait renforcé la garnison. Une partie des troupes avait été consignée, tandis que l'autre faisait des patrouilles. Mais cet appareil militaire ne put empêcher quelques centaines de personnes de se réunir au Mey-

DE BRUXELLES. 421 boom \ pour réclamer le rétablissement de l'ancienne constitution brabançonne, ainsi que de nouvelles élections qui pussent démontrer réellement la souveraineté accordée au peuple. Le général Berneron se rendit au lieu du rassemblement et harangua la foule. Il lui demanda quels étaient les griefs dont elle se plaignait, lui promettant, au nom de la nation française, de lui en faire obtenir le redressement; il l'engagea ensuite à se tenir calme, en déclarant que ce n'était point par des attroupements tumultueux, que son devoir lui ordonnait de réprimer, qu'il fallait demander justice. Ses paroles, dans lesquelles respiraient la douceur et la fermeté, firent impression sur la multitude qui se dispersa sans que l'ordre public fût troublé.

C'étaient les membres de la Société des Amis de la liberté et de l'égalité qui avaient principalement été signales à la colère du peuple. Informés des propos menaçants que tenaient leurs adversaires, ils avaient résolu de leur résister énergiquement. Pour leur prouver qu'ils ne reculeraient pas dans la lutte dont on les menaçait, ils avaient prêté le serment suivant : « Nous jurons de répandre jusqu'à la dernière goutte » de notre sang, pour le maintien de la liberté, de l'égalité et de la » souveraineté du peuple, ainsi que pour le maintien des autorités cons ti tuées. » De son côté, le général Berneron avait pris toutes les mesures propres à prévenir les excès auxquels la populace aurait pu se livrer. De nombreuses patrouilles furent dirigées vers le lieu de réunion delà société, et de l'artillerie fut placée sur le Sablon. En effet, dans la soirée du 28 novembre, il y eut de nouveaux attroupements aux environs du club. Instiguéc par les partisans des États et par ceux de la maison d'Autriche, qui lui désignaient les démocrates sous le nom de sans-culottes, la foule voulait empêcher les réunions de ces derniers. La rumeur devenait de plus en plus menaçante; sourds à la voix des citoyens honorables qui leur représentaient en vain que ces tumultes perdraient la cause qu'ils disaient défendre, et feraient éclater de grands

* Les billets de convocation qui avaient été répandus à profusion et même affichés aux coins des rues et aux portes des églises, étaient ainsi conçus : « Hel volk » van Brussel is versogt sig saemen te vergaederen dynsdag, den 27 november 1 792, » ten 8 uren s'morgens, sonder wappens op de plaetse daer men den Meyboem » recht, ora aen malkandercn te doen den ced van vereeninge, en gevolgelyk den » raede van Braband te herstelleo, naer bel voorbeeld van de stad Bergben.

» Segt vooris. »

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