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malheurs sur la ville, des furieux voulaieut se porter à des voies de fait. Mais à la vue de quelques pièces de canon qu'on fit descendre du Sablon, et des nombreux détachements d'infanterie et de cavalerie qui débouchèrent de toutes parts, les émeutiers se dispersèrent et plusieurs arrestations furent opérées. Craignant le renouvellement de ces troubles, quelques citoyens se rendirent, le même soir, chez le général Berneron pour lui indiquer les causes du mécontentement. « Les Brabançons, lui » dirent-ils, et les Bruxellois en particulier, sont attachés à leurs an- » ciennes institutions, parce que ces institutions ont toujours fait leur » bonheur. Leurs privilèges sont des biens acquis qu'ils tiennent à con- » server. Vouloir arracher un peuple à ses coutumes, ce n'est pas lui ». donner la liberté, mais lui imposer une odieuse tyrannie. Ce ne sont »• pas les défauts de nos institutions qui nous ont fait opérer une révo- >• lution, ce sont les atteintes qui y ont été portées. Détruire ces consti- » tutions, nos privilèges, serait renouveler l'œuvre de Joseph II, ce » serait faire regretter la domination autrichienne, ce serait changer en » ennemis les plus fidèles alliés qu'ait le peuple français. » Le général expédia le lendemain un courrier à Dumouriez pour lui porter ces réclamations, mais il n'était pas nu pouvoir de celui-ci d'y faire droit. L'assemblée générale des représentants provisoires avait chargé un comité, composé de sept membres , d'examiner les différentes questions que les élections du \ 8 novembre avaient soulevées. « D'après les nom- » breuses et importantes considérations » que ce comité lui présenta, elle décréta « qu'elle reconnaissait et déclarait la nécessité et l'urgence » de convoquer le peuple souverain dans les villes, bourgs et villages » du Brabant, qui ne s'étaient pas encore choisi de nouveaux représen- » tants, à l'effet de procéder à leur nomination, autorisant à cet effet >• ledit comité à se concerter sur le mode le plus efficace et le plus » prompt d'effectuer ces convocations et ces élections populaires. »
Dans la séance du soir du 2 9 novembre, le citoyen C. Mctman fut présenté à l'assemblée en qualité d'agent plénipotentiaire de la France auprès de la république belgique. Dans cette même séance, l'assemblée chargea plusieurs députes de la ville d'inspecter les prisons. Mais quelles que fussent les mesures qu'elle prit, l'esprit public continuait à se montrer contraire a sa gestion. Plus d'une fois encore l'autorité militaire dut intervenir pour préserver les membres du club des mauvais traitetements que la multitude voulait leur faire éprouver. Les soldats de la
DE BRUXELLES. 4M ville, qui étaient chargés d'assurer la tranquillité publique, avaient, eux aussi, montré en plusieurs circonstances leur peu de sympathie pour le pouvoir qui les commandait ; ils venaient encore de faciliter l'évasion des Madelonnetlcs de plusieurs individus qui avaient été arrêtés dans le sein de la Société des Amis de la liberté et de l'égalité. Les représentants provisoires projetèrent de remplacer cette garde municipale par les quatre compagnies dont ils avaient décrété la formation ; mais leur organisation avançait très-lentement, et comme il y avait lieu de craindre, qu'en cas de nouveaux troubles, les soldats de la ville ne fissent cause commune avec le peuple, rassemblée décréta provisoirement, dans sa séance du 2 décembre, la suspension de service et de paye de cette garde. Elle chargea le comité militaire et celui de police de requérir le général Berneron de vouloir faire occuper par des militaires français les postes où se trouvait cette garde, et de faire désarmer les individus qui la composaient. Celte décision excita le plus vif mécontentement. L'assemblée qui en redoutait les suites , chargea les comités de police et militaire réunis de s'occuper immédiatement de l'organisation d'une autre garde municipale soldée, composée provisoirement de cent hommes ; ils devaient avoir égard, pour cette formation, aux services des anciens soldats de la ville qui désireraient rentrer dans leur emploi. Le 6, elle décréta que ce corps serait augmenté de 300 hommes. Mais la pénurie d'argent s'opposa à l'exécution de ces décrets. L'effectif des gardes du drossard fut augmenté de 200 hommes et ils reçurent le nom de gendarmes.
Si rassemblée des représentants provisoires était une source de mécontentement pour la majorité du peuple de Bruxelles, la conduite des Français ne pouvait qu'y ajouter encore. Bien qu'ils en fussent exempts par leurs privilèges, les habitants étaient accablés de logements militaires. Pour subvenir au défaut d'objets nécessaires au logement des troupes dans les casernes, ils furent invités à fournir chacun un matelas et une paillasse, avec promesse d'être exemptés de cette charge. Mais cette promesse, jetée pour calmer l'effervescence, ne fut pas effectuée, et, quelques jours après, les Français se logèrent militairement chez les bourgeois. Malgré les principes de fraternité qu'ils avaient proclamés avec emphase, les vainqueurs des Autrichiens traitaient souvent leurs frères en peuples conquis. Plus d'une fois, les représentants provisoires durent se plaindre à Dumouriez des violences commises par ses soldats et
même par quelques-uns de ses officiers. Ainsi on vit deux de ceux-ci se rendre dans une maison de la rue de Louvain, où un sous-lieutenant de l'ancien prévôt de l'hôtel avait un appartement, et en enlever ses meubles et ses effets. Quelques jours après ce fait qui avait excité une juste indignation, des perruquiers vinrent se plaindre à l'assemblée de ce que des militaires fronçais les forçaient à être les exécuteurs des sentences flétrissantes par lesquelles ils condamnaient des individus à avoir la téle et les sourcils rasés. Cette conduite, les préventions dont les représentants provisoires étaient l'objet, entretenaient une effervescence qui éclatait à chaque occasion et que la force seule pouvait contenir. 11 ne se passait pas de jour que quelque membre du club ou de l'assemblée des représentants ne fût insulté dans les rues. Les séances étaient fréquemment interrompues par des murmures ou de violents tumultes. Maintes fois l'autorité militaire dut intervenir pour sauver des mains du j>eup]c souverain ceux qui se disaient ses mandataires, et l'assemblée se vit forcée de publier un décret d'une grande sévérité pour prévenir ces outrages ; la détention, la peine de mort même furent comminées contre les auteurs de violences de ce genre, et contre ceux qui tenteraient de rétablir les anciens États ou de s'opposer a l'élection des représentants.
Ne voyant plus de moyen de conciliation possible, les représentants provisoires avaient été poussés, par la conduite de leurs adversaires, à se jeter dans les bras de la Société des Amis de la liberté et de l'égalité. Dans la même séance, ils adoptèrent le projet que leur présenta cette société, pour la création d'une légion qui, sous la dénomination de sansculottes, deviendrait le « balai des crimes et de leurs fauteurs. » Le 21, ils votèrent un règlement pour l'organisation de cette légion. L'aidcmajor de place, Estienne, en fut nommé général et reçut, en plcino assemblée, le baiser de fraternité du vice-président Dotrengc. Le général More ton. commandant en chef du Hrabant et du llainaut, approuva la création de cette légion et envoya un louis d'or pour contribuer aux frais du drapeau. Ce drapeau , de couleur rouge , portail d'un côté : Tremblez, tyrans et vous esclaves, et de l'autre : Qu'un suiuj impur abreuve nos sillons. Ces inscriptions étaient en caractères noirs sur listel blanc. Au bout du bâton de la lance, qui était noir, se trouvait le bonnet de la liberté orné d'une cocarde tricolore. On mit à la disposition de ce corps, des armes, 200 piques dont la fabrication
DE BRUXELLES. 42* fut décrétée, et le drap rouge des coussins de la salle des nations.
L'assemblée néanmoins ne renonça pas à l'espoir de se populariser; elle crut avoir trouvé le moyen d'y parvenir en réhabilitant la mémoire d'un homme dont le nom était cher au peuple de Bruxelles. Dans la séance du 20 décembre, le président d'Oulrcpout proposa de faire réexaminer le procès d'Anncesscns , afin de rendre à ses mânes « les « honneurs que lui devait le peuple pour lequel il était mort. » Cette motion, couverte d'applaudissements, fut adoptée à l'unanimité, et, séance tenante, trois commissaires auxquels s'adjoignit le président, furent charges de faire un rapport sur cet objet le plus incessamment possible. Les événements qui suivirent ne permirent pas de donner suite à ce projet.
Duraouriez avait résolu de garder la neutralité en face des partis qui divisaient la Belgique ; condamnant les prétentions exclusives des privilégiés, dit M. Thicrs, il ne voulait cependant pas transportera Bruxelles les jacobins de Paris, et y faire naître des Chabot et des Marat. Son but était donc, en ménageant l'ancienne organisation du pays, de réformer ce qu'elle avait de trop féodal. La partie éclairée de la population se prétait bien à ces vues; mais il était difficile d'en faire un ensemble, à cause du peu d'union des villes et des provinces, et, de plus, en la formant en assemblée, on l'exposait à être vaincue par le parti violent. Dans le cas où il pourrait réussir^ Dumouricz songeait, soit par une alliance, soit par une réunion, à rattacher la Belgique à l'empire français. H aurait désiré surtout empêcher les dilapidations, s'assurer les immenses ressources de la contrée pour la guerre, et n'indisposer aucune classe,
pour ne pas faire dévorer son armée par une insurrection. 11 songeait principalement à ménager le clergé, qui avait encore une grande influence sur l'esprit du peuple. 11 voulait enfin des choses que l'expérience des révolutions démontre impossibles, et auxquelles tout le génie administratif et politique doit renoncer d'avance avec une entière résignation. 11 se voyait en lutte ouverte avec la Convention qui s'indignait de ce qu'il n'avait pas opéré dans ce pays une révolution entière et radicale ; aussi s'cmprcssa-t-elle de profiter de l'anarchie administrative dans laquelle la Belgique était plongée, pour intervenir ouvertement dans ses affaires intérieures. Le i î> décembre, Cambon Gt, au nom des comités militaire, diplomatique et des finances, un rapport sur la conduite que devaient tenir les généraux français chez les peuples étran-
gers, et, sur sa proposition, rassemblée décréta que partout où ils pénétreraient, ils proclameraient la souveraineté du peuple, la dissolution des anciennes autorités, la réunion de conventions nationales, la mise sous séquestre des biens des nobles, du clergé, des communautés et corporations laïques et religieuses, et l'admission des assignats. Ainsi on renversait en un seul jour, non-seulement les états des provinces, mais les conseils de justice et les magistrats municipaux, en un mot la constitution entière pour le maintien de laquelle les Belges s'étaient tout récemment soulevés contre leur souverain; on abrogeait toutes les anciennes coutumes pour organiser la Belgique démocratiquement. C'était évidemment attenter aux libertés du pays. A la réception de ce décret qui détruisait entièrement ses projets, Du mou riez laissa éclater toute sa colère, et il démontra à la Convention l'injustice de cette mesure; mais il fallut la faire exécuter et il adressa aux représentants provisoires une proclamation qui appelait le peuple a se constituer en assemblées primaires pour choisir ses représentants. Cette proclamation était accompagnée d'instructions relatives à la forme et à la tenue des assemblées primaires et des assemblées électorales, ainsi qu'a l'ouverture de la Convention nationale belgique, qui devait se réunir à Alost. Dès qu'ils connurent le décret de la Convention, les représentants provisoires de Bruxelles protestèrent contre ses dispositions. « C'étaient, disaient-ils, » un attentat à la souveraineté belgique, une contradiction de conduite » et de maximes, de faits et de promesses; c'était, en supprimant le » nom de la chose, conquérir les Belges par le fait : c'était donc détruire » la base de l'égalité politique et naturelle; car, quoique les nations » puissent être, comme les individus, inégales en moyens, elles sont » nécessairement égales en droit. » Walckiers, d'Outrepont et Balza furent envoyés à Paris pour représenter a la Convention «• que le décret » du 1 5 décembre était destructif de la souveraineté belgique ; que la » nation française qui avait renoncé aux conquêtes, avait promis pro- » tection, assistance et fraternité aux peuples qui voudraient recouvrer » la liberté ; qu'il n'était pas vrai, comme Cambon l'avait avancé, que » la liberté fût en Belgique sans culte et sans autel, mais que la liberté » des Belges était enchaînée par les Français; qu'il n'était pas vrai, » comme Cambon l'avait rapporté, qu'il y eût six partis en Belgique, •■* mais que deux partis seulement y régnaient, celui des amis et celui des ennemis de la liberté ; enfin, qu'il était juste, qu'il était politique
» de rapporter le décret du i 3 décembre. » Les députés furent admis aux honneurs de la séance, et leur adresse fut renvoyée aux comités peu disposés à y faire droit.
Cependant Bruxelles et sa banlieue avaient été divisées en 2 1 sections pour procéder aux élections primaires. Le 29 décembre, les électeurs de la ville se réunirent ; mais tous les efforts des agents de la France et de leurs partisans ne purent triompher de l'opposition du peuple. Dans plusieurs sections, des rixes eurent lieu, et la force armée dut intervenir pour sauver les démagogues des mains de leurs adversaires. Â l'exception de deux sections, la douzième et la quatorzième, où les sansculottes employèrent la violence pour avoir le champ libre, partout les électeurs protestèrent contre le décret de la Convention, et au serment exigé ils en substituèrent un autre par lequel ils déclaraient vouloir le maintien de la religion catholique, apostolique et romaine et de la constitution brabançonne !. Les membres de la Société des Amis de la liberté et de l'égalité, et les commissaires envoyés par la Convention, furent déconcertés par celte violente opposition ; mais ils ne renoncèrent pas à leurs projets. Les premiers protestèrent contre tout ce qui s'était fait dans les assemblées primaires, de contraire à la liberté et à l'égalité, •< repoussant avec horreur tout ce qui pourrait porter atteinte à l'amitié » et à l'union qui doit régner à jamais entre la France et la Belgique, » appelant sur la tète des coupables la vengeance des lois, et réclamant » la protection des armées françaises. >• Ils jurèrent : « de maintenir la » liberté et l'égalité, de poursuivre la maison d'Autriche, les États et » tous les défenseurs des privilèges féodaux, aristocratiques ou sacerdo- » taux, d'employer tous leurs efforts a faire connaître au peuple ses » droits, et de mourir, s'il le fallait, en combattant pour sa cause et pour >» la souveraineté des nations (6 janvier 1795). » Les représentants pro-
* « On a voulu procéder aux élections primaires suivant la forme adoptée en » France, écrivait, le 0 janvier 1793, le comte de Metternich-Winnebourg au » comte de Cobcnzl : il en est résulté des. débats très-tumultueux, et la protestait tion de la ville de Bruxelles, contre toutes ces innovations, prouve d'une ma- » nière sensible que le Brabant luttera toujours contre toute autorité qui voudra » porter atteinte à la constitution et aux anciens usages du pays. Ce même esprit » règne partout, et V. E. peut être très-persuadée que toute force des armes pourra » bien conquérir momentanément la Belgique, mais jamais dompter Vopinion géné- » raie d'un peuple aussi fier qu'énergique pour le maintien de ses droits. » Documents inédits publiés par M. Gachard, T. III, p. 54.
visoires qui avaient vu leurs adversaires l'emporter, commirent la faute, malheureusement trop ordinaire aux partis, de se rallier à l'étranger contre leurs concitoyens. Dans leur séance du 8 janvier 4793, ils décrétèrent la nullité des élections opérées par les assemblées primaires. Le lendemain, les présidents, les secrétaires et les scrutateurs de 'ces assemblées furent arrêtés par les sans-culot tes, au moment où ils formulaient un rapport général sur les élections, et tous leurs papiers furent enlevés; ils ne furent relâchés que le 12, après avoir juré de se représenter chaque fois qu'ils en seraient requis. Pour justifier l'iniquité de ces mesures, Cambon dit à la Convention « que les assemblées primaires » étaient remplies de prêtres qui couraient de section en section pour » séduire le peuple. >. D'un autre côté, un arrêté du 2 janvier 1795, émané des commissaires de la Convention près l'armée de Belgique, interdit l'assemblée des représentants nommés le 29 décembre, jusqu'à ce que la Convention nationale de France eût prononcé sur la validité ou la nullité de leur élection. Ceux-ci ne tinrent nul compte de celte défense et résolurent de se réunir en assemblée, le 1 0 janvier, pour entrer en possession des mandats qui leur avaient été conférés. Redoutant les conséquences d'un pareil projet, les commissaires français Delacroix, Camus, Danton et Goswin, s'y opposèrent par un nouvel arrêté du 9 janvier, en menaçant de les faire poursuivre comme perturbateurs du repos public. Le commandant d'armes fut requis de faire publier sur-lc-cbarap cet arrêté, et d'en assurer l'exécution par tous les moyens que la loi mettait en son pouvoir.
Dans cet étal de choses, rassemblée des représentants provisoires, après une séance des plus orageuses qui dura quinze heures', décida, le 25 janvier, à la majorité de 27 voix contre 20, que ses pouvoirs étaient venus à cesser par suite du décret du 1 5 décembre. Elle requit Dumouriez de convoquer le peuple pour qu'il se choisit une administration provisoire, s'engageant toutefois à continuer sa gestion, pour empêcher que la chose publique ne périclitât, pendant le temps nécessaire pour la convocation de nouvelles assemblées primaires. Le général Moreton, à qui ce décret fut notifié, répondit que celle disposition s'accordait avec ses instructions, mais qu'il devait préalablement se concerter avec les commissaires envoyés en Belgique parla Convention pour assurer l'exécution de son décret. Dès lors l'anarchie ne fit que s'accroître : " une nuée d'agents, choisis » par le pouvoir exécutif dans les jacobins, s'étaient répandus dans la Bcl-
» gique. » Les commissaires de la Convention vinrent contrôler brutalement les opérations des représentants provisoires. « Peu difficiles sur les • moyens, il n'en est aucun qu'ils ne mirent en usage pour corrompre » ou pour effrayer les Brabançons. Tandis qu'une légion d'hommes » perdus, sous l'odieuse dénomination de sans-culottes, répandait parti tout la terreur, tandis qu'une société populaire, servile imitatrice des » fureurs jacobiniques, prêchait publiquement la dévastation et l'anar- » chic, les carrefours et les lieux publics furent couverts avec profusion » de pamphlets atrabilaires qui, sous les titres les plus bizarres, provo- » quaient le renversement de l'ordre social, et le théâtre, livré à des » histrions étrangers, largement stipendiés pour concourir à la séduction » des esprits, ne retentit plus que de monstres dramatiques où la raison, » le goût et la morale étaient scandaleusement outragés \ » Contraints de déroger aux Iois«t aux coutumes établies, qu'ils avaient juré de maintenir et d'observer, les juges de la commune donnèrent leur démission ; mais elle fut refusée, et les commissaires de la Convention les menacèrent de les traiter comme « fauteurs et satellites volontaires de la ty- » rannie. >» En mémo temps, les sans-culottes se livrèrent à tous les excès. Lors d'un service funèbre célébré à Sainte-Gudulc, le 2 1 décembre 1792, pour les âmes de quelques Français tués à Francfort, on les avait vus afficher la plus scandaleuse impiété. Pendant la messe, ils entonnèrent des chansons obscènes ou impics, et, lorsque le service fut achevé, un d'eux monta impudemment dans la chaire de vérité. Il y fit l'apothéose des victimes de Francfort, et appela la vengeance de leurs frères sur les assassins. Le dimanche, 23 janvier, avait été fixé pour la bénédiction de leur drapeau. Les autorités de la ville et les généraux français furent invités à cette féte qui devait fournir à des hommes que leur patrie répudiait, l'occasion d'imiter, si ce n'est la férocité des septembriseurs de Paris, du moins le vandalisme des bandes noires. Après avoir promené dans les rues le buste de Vandcrmersch, les sans-culottes brûlèrent sur la grand'place les portraits de Vandernoot et de Van Eupcn. Les danses sauvages qu'ils exécutèrent autour de l'arbre de la liberté, les chants parodiés de la Marseillaise, le terrible Ça-ira parisien, le vin et la bière, ayant échauffé leurs esprits, ils remontèrent, par l'église de
* Réflexion* *ur le caractère qu'ont développé le» Belge» et particulièrement le» Brabançon*, pendant l'occupation de* Payt-Batpar le* Français, par Lesbroussabt perc.
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Sainte-Gudule qui eut à subir leurs abominations, vers le parc où ils renversèrent et brisèrent les statues de marbre, ainsi que quelques petites statues de bronze provenant des bailles de l'ancien palais. Arrivés a la place Koyale, ils attachèrent une corde à la statue du duc Charles, et y attelèrent des chevaux qui l'arrachèrent de sa base aux acclamations de ces frénétiques ; elle s'enfonça profondément dans le sol, et ce ne fut que quelques jours après qu'on la transporta dans la cour de la Chancellerie. Ce méfait excita une douleur universelle; un journal des plus fougueux de l'époque avouait que les larmes étaient dans tous les yeux, même de ceux qui haïssaient le plus les despotes 1 : hommage sublime rendu aux vertus d'un prince populaire ! Fiers de cet exploit, les sansculottes allèrent se ruer sur l'église et le couvent des grands carmes, dont le prieur était accusé d'avoir tenu quelques propos imprudents. Le vin qu'ils y trouvèrent, leur inspira une nouvelle rage; ils se transportèrent devant l'église de Bon-Secours, et arrachèrent du frontispice les armes du duc Charles de Lorraine. Une statue antique représentant le vieux Janus aux deux fronts, qui se trouvait dans l'angle extérieur d'une maison située au bas de la Montagne du Parc, fut brisée par la hache de ces furieux, auxquels quelqu'un s'était avisé de dire qu'elle représentait un roi du Latium. Les habitants étaient dans la consternation. Trop faibles pour arrêter des excès que la majorité d'entre eux déplorait, les représentants provisoires se bornèrent à réprimander les coupables; mais, forts de l'impunité, les sans-culottes ne connurent plus de frein : on les vit plus d'une fois violer le domicile des citoyens pour en enlever leurs personnes ou leurs papiers, et se précipiter dans les rues, insultant et maltraitant tous ceux qui n'approuvaient pas leurs brigandages. Dans la journée du 1 2 février, les excès recommencèrent : enivrés de la bière qu'ils avaient enlevée à un charretier sur la place de Louvain, où elle devait être jaugée, les sans-culottes se ruèrent sur nos édifices publics et particuliers. Ils voulaient en effacer tout vestige qui
• Ce fait est rapporté dans le n* 102, page 38, du Courrier de l'égalité, par l auteur de» Lettre» du père Duehénc. Paris, 1793. La Société des Amis de la liberté, dont l'exaltation révolutionnaire ne connaissait plus de bornes, avait invité, le 10 janvier, les représentants à faire disparaître la statue et a en convertir le métal en monnaie. D'après les aveux de quelques-uns de ses membres, la société ne voyait plus venir à ses réunions qu'une cinquantaine de personnes, parmi lesquelles douze seulement étaient Belges; la société comptait primitivement plus de S00 membres, dont 150 étaient du pays.
DE BRUXELLES. 431 rappelât l'ancien gouvernement ou l'antique religion de nos pères. Leur fureur se manifesta principalement sur la grand'place, dont les décorations faisaient l'admiration de l'étranger et l'orgueil des habitants, et qui presque toutes étaient des monuments de la reconnaissance publique, perpétuant aux yeux des Bruxellois les traits de leurs anciens souverains. Le soir, ils forcèrent les habitants à illuminer leurs maisons, pour célébrer la réunion du Hainaut à la France. Plus tard, quelques-uns de ces niâmes hommes eurent l'impudence et la lâcheté de rappeler ce fait comme une preuve de courage et d'attachement à la maison d'Autriche : « Ils » avaient voulu, disaient-ils, célébrer l'anniversaire de l'empereur Fran- » çoisll, né le 4 2 février \ 768 î »
Alors les ficlges comprirent l'arrièrc-pensée cachée dans les paroles de Pétion , et ils s'aperçurent que les Français n'avaient jamais cessé de convoiter la riche proie qu'ils avaient conquise aux cris de liberté. Un restant de pudeur força ces républicains rigides à cacher leurs projets ; sur la proposition de Camus qui avait été envoyé en Belgique, la Convention décréta, le 3 4 janvier, « que les peuples du Brabant, du Hai- » naut, et tous les habitants des contrées où les Français avaient porté « leurs armes victorieuses , seraient tenus de se réunir en assemblées » primaires pour déterminer le gouvernement populaire qu'il leur plai- » rait d'adopter. » Le Hainaut vota la réunion le 1 2 février, et les habitants de Bruxelles furent convoqués dans l'église de Sainle-Gudulc pour le 25. On savait déjà comment le peuple libre entendait la liberté des votes, et les partisans de la réunion à la France, soutenus par la despotique influence des clubs de Paris, furent les seuls qui se rendirent a cette convocation 1 ; encore craignait-on de l'opposition, et l'église fut entourée de sabres et de baïonnettes. Lorsque le bureau eut été composé, le président prêta et reçut le serment suivant la formule donnée par la proclamation de Dumouriez; ensuite il proposa à rassemblée d'opter entre un gouvernement aristocratique ou oligarchique, une monarchie ou une république démocratique. Cette dernière forme de gouvernement ayant été adoptée aux acclamations unanimes des assistants, le prési-
( « On avait appris que la réunion du Hainaut avait été opérée a coups de sabre » et de fusil, et on ne vit assister à l'assemblée que quelques hommes qui ne pou- » vaient trouver d'existence que dans le trouble , et quelques hommes de sang • qu'on avait rassemblés pour intimider les citoyens. » Lettre de Dumouriez à la Convention, 12 mars 1793.
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dent les invita à se prononcer pour un gouvernement libre el indépendant, ou pour la réunion départementale à la France. La question était dérisoire : comme la précédente elle avait été résolue d'avance. L'assemblée, d'une seule voix, déclara abdiquer sa nationalité. Toutes les pièces relatives à ce vote furent immédiatement envoyées à Paris, et la Convention, sur le rapport du comité diplomatique, décréta, dans sa séance du i" mars, la réunion à la France de la ville de Bruxelles et de sa banlieue.
L'anarchie, le désordre servaient trop bien les vues de la Convention pour qu'elle ne les perpétuât pas ; aussi Bruxelles fut-elle encore effrayée par de nouveaux brigandages. Le 23 février, l'église de Sainte-Gudule cl plusieurs autres avaient été envahies par une tourbe hideuse, qui y détruisit les ornements, gages d'une pieuse reconnaissance envers la divinité; le 25, ces scènes de dévastation se répétèrent & Sainte-Gudule, et l'autorité dut intervenir pour la sauver d'une complète destruction. Chassés de l'église, les vandales coururent à la grand' place : les statues qui ornaient les maisons des métiers, furent renversées, leurs tableaux coupes à coups de sabre ou enlevés, leurs riches mobiliers détruits ou volés, leurs papiers déchirés ou vendus au poids *. Un officier qui voulut réprimer celte dévastation trop longtemps tolérée , faillit être mis en pièces, et la bande, ne voyant plus rien à détruire, alla danser la Carmagnole sous l'arbre de la liberté. Quelques jours après (7 mars i 793), on vil les sans-culottes maltraiter et menacer de mort des moines qui n'avaient pas pris la cocarde française, et l'église de Sainte-Gudule, envahie de nouveau, fut le théâtre des plus dégoûtants excès. Le mécontentement croissait tous les jours, et le peuple trouva qu'on lui faisait payer trop chèrement les avantages qu'il devait retirer des innovations qu'on voulait introduire. « Les Flamands qui nous avaient reçus avec enthou- >• siasme, dit M. Mignct, furent refroidis par les réquisitions dont on - les frappa, par le pillage général et l'anarchie insupportable que les » Jacobins amenèrent avec eux. Tout le parti qui avait combattu la do- » minalion autrichienne et qui espérait être libre sous le protectorat de la • France, trouva notre domination plus dure et regretta de nous avoir
appelés ou soutenus, n Aussi le revers qu'essuya Du mouriez à Neer-
1 Procès-verbal des dégâts commis dans la chambre des merciers par les saiiatuloltes, le >'j février 1793. Archive» du Royaume.
winden causa-t-U une joie générale. La Belgique applaudit plus sincèrement à la victoire des Autrichiens qu'elle ne l'avait fait à leur dédite. Les temps étaient changés : sous le poids de la plus cruelle oppression, les Belges considérèrent comme libérateurs ceux qu'ils avaient autrefois
Le général Moreton évacua Bruxelles dans la nuit du 25 mars. L'exaspération du peuple était telle qu'il fallut toute l'énergie et le zèle de quelques citoyens honorables pour prévenir les plus grands malheurs. Le chevalier Yanderhaeghen rendit, en cette circonstance, les plus grands services; ce fut lui qui, à la téte de quelques compagnies bourgeoises, arrêta le pillage commencé dès le matin du 24, et sauva les magasins abandonnés par les Français. Le même jour, vers quatre heures, les Autrichiens arrivèrent. La Société des Amis de la liberté et de l'égalité s'était séparée le 2 1 mars. Craignant les réactions, les membres les plus influents de rassemblée des représentants provisoires, se retirèrent avec les Français. Constituée illégalement, contraire aux idées du peuple belge qui ne voyait pas de liberté hors de ses constitutions, et quiconsidérait comme impies des hommes que ses prêtres lui désignaient comme tels, débordée par les démagogues qui trouvaient en elle un obstacle à leurs projets, cette assemblée, au milieu de circonstances difficiles et dangereuses, sut cacher les vices de son institution par le désintéressement et le courage de ses membres, ainsi que par la sagesse de ses vues, qu'il ne dépendit pas d'elle de réaliser dans l'intérêt du pays. L'abolition des exemptions d'impôt, le projet de réhabilitation d'Annecsaens, son décret supprimant toute autre peine de mort que la décapitation et défendant d'exposer les cadavres des suppliciés (i 6 janvier), suffiraient seuls pour lui faire honneur.
Le 29, le comte de Metternich arriva à Bruxelles où il fut reçu avec les cérémonies ordinaires par le magistrat qui lui présenta le vin d'honneur. Le 5 avril suivant, le conseil de Brabant fut provisionnellement réinstallé et, le 20, l'archiduc Charles, frère de François 11, fît son entrée solennelle à Bruxelles en qualité de lieutenant-gouverneur et capitaine-général des Pays-Bas. Dans la proclamation que ce prince adressa aux Belges, on remarque le passage suivant : « Les habitants de » ces brillantes provinces ne subiront point le joug odieux du despo- » tisme français ; c'est ici qu'il a trouvé et trouvera sa barrière, c'est à » ce pays que l'Europe devra peut-être la conservation de sa religion et
» de son état social. » L'ancien ordre de choses fut rétabli ; les églises se rouvrirent et la statue de Charles de Lorraine fut replacée sur son piédestal. Les nations donnèrent un exemple remarquable du peu de sympathie que les idées démagogiques avaient rencontrées en Belgique, en refusant d'admettre dans leur sein ceux qui, pendant l'occupation française, avaient accepté les fonctions de représentants provisoires ou s'étaient affiliés à la Société des Amis de la liberté et de l'égalité. « Nous ne croyons " pas pouvoir en conscience, dirent-elles, délibérer au sujet des intérêts » de la ville et du souverain avec les personnes publiquement reconnues » ennemis de la constitution du pays, et pour zélés partisans du système » désorganisatcur de toute corporation, de tout tribunal et de tout pri- » vilége de cette ville. » Le gouvernement trouvait trop d'avantages duns ces dispositions pour ne pas les encourager, et, par quelques témoignages de confiance, il chercha à se ramener les esprits. Ce fut ainsi qu'à Bruxelles, il chargea spécialement les gardes bourgeoises et les serments de la police de la ville et de la garde des bâtiments et des magasins royaux (mars) ; peu de temps après, il autorisa même ces dernières compagnies à enrôler des agrégés et l'on vit se reconstituer les volontaires à pied et à cheval qui lui avaient jadis inspiré les plus vives craintes (avril). Ce bon accord fut de courte durée; les anciens dissentiments se réveillèrent , et tandis que les Ktats renouvelaient leurs prétentions, les idées d'indépendance se manifestaient vivement dans toutes les classes de la nation. Déjà, le 5 avril, le gouvernement avait fait défendre de porter des cocardes et d'autres insignes de parti, et toutes ses mesures s'empreignirent d'une méfiance profonde, justifiée du reste par les dispositions de ses adversaires.
Au mois de mai, parurent deux brochures qui firent grande sensation. La première, sous le titre de Représentations des nations de Bruxelles, demandait le rétablissement des couvents supprimés, l'institution d'une procession solennelle « pour remercier le saint sacrement des miracles » de la miraculeuse délivrance des Français, « des mesures propres à préserver la religion et les ecclésiastiques des attaques des u soi-disant » philosophes, » l'exclusion de tout emploi et des conseils du gouvernement des personnes ayant pris parti contre la constitution et odieuses au peuple. L'auteur ajoutait qu'il était indispensable que le magistral pourvût à une meilleure administration de la police, ne délivrât plus de dispense d'âge pour la place de doyen, et s'occupât des
DE BRUXELLES. 435 moyens de délivrer la ville des frais que lui occasionnait l'entretien des enfants trouvés ; que les nations fussent autorisées a nommer des commissaires pour assister à la reddition des comptes des États et obtinssent copie de ces comptes ainsi que de ceux de la ville. Il réclamait ensuite l'annulation de tous les décrets du conseil de Brabant contraires à la constitution, et la cassation de toutes les sentences rendues par le magistrat pendant l'occupation française. Il fallait, disait-il encore, que l'université de Louvain fût rétablie dans les privilèges dont elle jouissait sous le règne de Charles VI ; qu'on interdit aux personnes ayant passé licence ailleurs qu'à Louvain et à Bologne, de pratiquer ou d'obtenir des emplois dans le Brabant; que celles qui avaient obtenu des grades à l'université de Bruxelles fussent examinées de nouveau a Louvain, et que les professeurs démissionnaires fussent déclarés déchus de leurs fonctions. L'auteur terminait eu réclamant l'abolition de toutes les exemptions des charges publiques, l'organisation d'une armée nationale à la solde des États qui nommeraient ses chefs, et la promesse formelle de l'empereur de ne plus imposer de droits sur les marchandises entrant dans le Brabant, sans le consentement des trois ordres. La seconde brochure, intitulée Vœux de la nation, était empreinte du même esprit ; le peuple réclame, y était-il dit, une armée belgiquc au service des États , l'organisation du conseil de Brabant et des tribunaux des provinces, le rétablissement de l'université de Louvain, l'éloignemcnt des membres de l'ancien gouvernement ainsi que de tous les individus ayant prêté serment aux Français ; à ces conditions, il offre sa fortune, son sang et sa vie. Le gouvernement s'émut de l'effet produit par ces écrits et le conseil de Brabant reçut l'ordre d'en rechercher les auteurs. La Gazette de Cologne ayant reproduit les représentations en les attribuant au troisième membre de Bruxelles, le magistrat écrivit à l'éditeur de ce journal pour l'inviter à démentir cette assertion, et le comte de Mctternich donna des instructions dans le même sens au chargé d'affaires de l'empereur à Cologne *. Ces deux pamphlets exprimaient les sentiments delà majorité de la nation; si l'on retrouvait encore chez elle des traits de l'ancien esprit démocratique, il faut convenir que ses vues étaient étroites et égoïstes. Conserver une constitution riche en dispositions libérales mais sanctionnant une foule d'abus et de privilèges, repousser des innovations
• Carions intitulés Pasouihades et Gazette*, aux Archives de ta Fille.
devenues indispensables, maintenir le clergé dans sa toute-puissance, tels étaient ses vœux; vœux stériles, car ils ne pouvaient s'accorder ni avec les vues du gouvernement, ni avec celles de la terrible république qui allait nous enlever a l'Autriche.
Attribuant principalement à la propngande française les symptômes de troubles qu'il apercevait partout, le gouvernement prit contre elle les mesures les plus rigoureuses. Le 0 juillet, on fit à Bruxelles une traque générale de tous les Français, et ceux qui ne purent justifier de leur séjour en cette ville, furent emprisonnés; le iâ août, il fut défendu au magistrat de délivrer des passe-ports pour la France. Les mouvements de l'intérieur auraient dû pourtant réclamer une attention plus spéciale ; tandis que les États rendaient toute conciliation impossible, l'indiscipline des troupes qui couvraient la Belgique , la cherté des denrées résultant des approvisionnements faits pour les armées, engendrèrent de nouveaux éléments d'irritation. Le 23 août, le grand marché et («lui de In rue de Bavière furent le théâtre de désordres et de pillages; le 28 septembre, les nations adressèrent au magistrat de vives remontrances sur les accaparements et le prix élevé des denrées, qui en était la conséquence. Une nouvelle émeute éclata le 20 novembre; des cris ' séditieux furent proférés, et le magistrat et les États se plaignirent de la défiance que leur montrait le gouvernement, défiance qui devait tourner au détriment de tous. En même temps, les traques se succédèrent rapidement, et de sinistres rumeurs circulèrent dans le public; le 31 janvier 1794, le ministre écrivit au magistrat que des émissaires français étaient arrivés ù Bruxelles « pour y propager les principes >» destructeurs et anti-sociaux de l'anarchie française, » et lui ordonna de faire une recherche exacte de tous les étrangers et surtout des Français résidant en ville. Les fêtes du carnaval furent interdites, et des visites furent opérées chez les armuriers et les fripiers auxquels on enleva toutes les armes de guerre qu'ils avaient en magasin.
Dans son mandement pour le carême de 1 794, l'archevêque de Malincs s'était élevé violemment contre la débauche qui régnait à Bruxelles, qu'il appelait la cité corrompue. Cette accusation révolta le magistrat; il fit observer au primat que les scandales dont il parlait n'étaient commis que par des militaires sur lesquels il n'avait aucune juridiction et que •< quant aux étrangers, soit prêtres, soit autres qui les causoicnl, il » pourroit bien les expulser s'il ne lui paroissoit pas que la juridiction
DE BRUXELLES. 437 » spirituelle devoit agir plutôt que lut pour des foutes qui ressortissoient » au for intime. 11 finit en le priant de rendre aux habitants la justice qui leur était due (26 février)
François II vint en Belgique pour stimuler l'ardeur de ses armées et rétablir l'union entre les généraux alliés; il arriva a Bruxelles, le 9 avril, et y fut inauguré le lendemain sur un magnifique théâtre' qui avait été élevé sur les degrés de l'église de Coudenberg. Dans cette circonstance, le gouvernement manifesta encore une impolitique défiance, en défendant aux serments de faire, suivant l'usage, des décharges de mousqueterie ; aussi, malgré ses dénégations réitérées, le peuple et le magistrat même restèrent-ils persuadés qu'il était disposé, dès que l'occasion serait favorable, à faire désarmer de nouveau les volontaires2. Après l'investissement de Landrecies, l'empereur revint à Bruxelles, où il ne fit qu'un court séjour. A peine avait-il quitté les Pays-Bas qu'une nouvelle invasion des Français fut imminente. Le 1 3 mai, au soir, le comte de Metternich prévint le magistrat que l'ennemi avait paru du côté de Binchc, et qu'il pourrait tenter un coup de main sur Bruxelles. H l'invita h faire tenir les serments et les volontaires prêts à répondre au premier appel. •< Vous » proposer cette mesure, dit-il, c'est être sûr de sa réussite; les Bra- » bançons n'auront point dégénéré de leurs pères, et si l'ennemi osait » paraître, ce serait lui opposer la plus puissante barrière'. » Le lendemain, le magistrat publia à cet effet une proclamation qui fut froidement accueillie, et, le 24, le ministre requit 4 50 volontaires pour transférer en Allemagne 3000 prisonniers de guerre, qui étaient détenus à Louvain et à Bruxelles. L'arrivée sur la Sambre de Jourdan, qui avait été appelé pour seconder les mouvements de l'armée du Nord commandée par Pichegru, exigea de nouvelles mesures de précaution, et, le 21 juin, il fut enjoint à tous les employés de s'enrôler dans les compagnies agrégées aux serments. Vaincus à Fleurus (26 juin), les coalisés résolurent d'abord de se concentrer vers Bruxelles, pour couvrir cette place; le 28, Metternich écrivit au magistrat que l'incertitude des événements obligeait le gouvernement, par mesure de sûreté et de précaution, de se transporter à Buremonde 4. Bientôt l'approche des armées commandées par Jourdan et par Pichegru décida les alliés à battre en retraite. Le 5 juillet, le comte de Metternich prévint le magistrat que les mouve-
• Copye Boeck. - • Itrid. — */6td. — » Ifrid.
mente probables et prochains de l'ennemi pourraient nécessiter l'abaDdon de Bruxelles et il le rendit responsable de la caisse des consignations à l'enlèvement de laquelle les états de Brabant s'étaient opposés ; mais le magistrat se hâta de récuser cette responsabilité.
Abandonnée à elle-même, Bruxelles ne songea nullement h résister, et bientôt l'on Vit paraître les avant-coureurs de l'armée républicaine. Pour prévenir les désordres auxquels ces troupes auraient pu se livrer, le général Lefebvrc, qui commandait une des divisions de Jourdan, plaça des gardes aux portes avec défense de laisser aucun soldat pénétrer en ville. De leur côté, les volontaires et les gardes bourgeoises avaient pris les armes immédiatement après la retraite des coalisés, et, h la demande du général fronçais, le magistrat les invita à continuer leur service jusqu'à nouvel ordre. Le 9, dans la soirée, l'arbre de la liberté, surmonté d'un bonnet rouge, fut planté sur la grand'place , et, le lendemain, les avantgardes républicaines entrèrent en ville, par la porte de liai ; deux jours après, les armées du Nord et de Sarabre-et-Meuse y firent leur jonction. Pour témoigner au général Lefebvrc sa reconnaissance de l'ordre qu'il avait maintenu parmi ses troupes, le magistrat lui fit don, le 4 1 , d'une collection des cartes de Fcrraris Par un arrêté du même jour (25 mes. sidor), le général Montagu, commandant l'aile gauche de l'armée de Sarabrc-ct-Meusc, mit toutes ces caries en réquisition, et défendit aux marchands de les vendre aux particuliers, même aux officiers français. Cependant les Belges s'aperçurent bientôt qu'on allait les traiter en peuples conquis. Cet arrête enjoignit aux dragons volontaires de livrer leurs chevaux pour le service de l'armée, cl il fut ordonne à tous les habitante d'apporter leurs armes en un lieu qui leur serait indiqué dans le courant de la journée. Le même jour, parut un arrêté des représentants du peuple, envoyés près de l'armée du Nord, qui donna aux assignats le même cours qu'aux autres monnaies métalliques, et défendit à tous habitante, marchands et autres détaillants d'établir deux prix ou de refuser et de discréditer les assignats, à peine d'être regardés comme ennemis de la république. Le 4 2, il fut prescrit au magistrat de faire
» Consultez pour cette époque les Archives de la Pille; — le Recueil des proclamations et arrête'» des représentants du peuple en Belgique; — Recueil des lois et actes généraux du gouvernement français;— Collection de diverses réclamation» adressées au gouvernement français par le magistrat de Bruxelles ; — le Journal de Bruxelles; — Goktviel, etc.
meubler immédiatement ». la maison qu'occupait le ci-devant ministre » du tyran, » pour y loger les représentants du peuple français. Le général Montagu ordonna, le 13, au commandant de la place de faire enlever la statue de Charles de Lorraine, et de charger un maréchaldes-logis de la transporter à Maubeugc ; cet ordre fut exécuté le lendemain. L'arrêté des représentants du 25 messidor eut pour premier effet de dégarnir les marchés de Bruxelles, et de faire fermer un grand nombre de boutiques, de magasins et de maisons de commerce. Par arrêté du 26 (14 juillet), les représentants du peuple, Laurent et L.-B. Guyon, ordonnèrent aux habitants des communes qui fournissaient aux marchés de Bruxelles les blés et les comestibles de toute espèce, de les approvisionner, comme par le passé, sans distinction de prix relativement aux assignats qu'ils devaient recevoir comme argent de France, à peine d'être déclarés ennemis de la république et conduits dans l'intérieur pour y être punis comme tels ; il fut enjoint aussi, sous la même peine, à tous ceux qui avaient fermé leurs boutiques ou ateliers, de les rouvrir sur-le-champ et de reprendre leur commerce, quelle qu'en fût la nature. Par un autre arrêté du même jour, le représentant Laurent qui avait écritdeMons & la Convention (22 messidor) « qu'il partait pour Bruxelles, » où il était instant d'aller faire la récolte pour la république, » frappa « les nobles, les ecclésiastiques, les maisons religieuses et les privilé- « giés » de cette ville et de la banlieue d'une contribution de 5,000,000 en numéraire. Cette contribution devait être acquittée dans les vingtquatre heures, chez le payeur de l'armée, à la diligence des magistrats de la ville, qui furent chargés d'en faire la répartition sous peine de voir prendre « des otages même dans leur corps. » Mais nonobstant les avis réitérés du magistrat qui prévint les intéressés qu'à défaut de numéraire, l'argenterie serait reçue au poids de marc en déduction de leur quote-part, cette contribution ne put être acquittée dans le délai prescrit, et plusieurs habitants, entre autres des membres du conseil de Brabant, furent arrêtés comme otages. Le 7 thermidor (25 juillet), le magistrat fut requis de mettre à la disposition du général Haquin, qui avait été nommé commandant de la place (27 messidor), 25 fiacres afin de faire transporter ces otages à Maubeugc ; ils partirent le même jour à neuf heures du soir. En dépit de ces moyens de rigueur, les 5,000,000 exigés étant encore loin d'être versés entre les mains du payeur, les habitants furent invités à compléter la somme demandée et à apporter à
lu trésorerie de la ville tout l'argent doot ils pouvaient disposer ; le magistrat leur promit une hypothèque solide et un intérêt de S pour cent, argent pour argent, jusqu'au remboursement. Mais les bourses restèrent fermées à cette invitation comme elles l'avaient été aux menaces : le 26 juillet, on n'avait encore payé que 3,469,787 livres 13 sous 9 deniers. Le conseil de Brabant autorisa les ecclésiastiques à l'aliénation de leurs biens, jusqu'à concurrence d'une somme de 3,500,000 livres, et le magistrat prescrivit à toutes les confréries d'apporter à la trésorerie de la ville l'argenterie et l'argent qu'il était en leur pouvoir de donner, m afin de faire cesser les enlèvements de leurs concitoyens; » il défendit, sous peine d'arrestation, de refuser d'accepter les curatelles pour les biens des ecclésiastiques, des nobles et autres privilégiés absents. La remise des armes n'éprouva pas moins de résistance. Le 5 thermidor (24 juillet), le général Haquin invita le magistrat à prévenir les malheurs que cette résistance pourrait occasionner aux habitants, en les pressant de nouveau d'obtempérer aux ordres de la république, et en les avertissant que s'ils ne déposaient leurs armes dans le plus court délai, il serait fait des visites domiciliaires pour les enlever de force. Cet avertissement étant resté sans résultat, deux jours après, le général demanda au magistrat de désigner, pour le lendemain, vingt et un notables qui, accompagnés d'un pareil nombre d'officiers, iraient, chacun avec une voilure de transport, procéder au désarmement. Le magistrat convoqua à cet effet les centeniers; mais lorsqu'ils voulurent se rendre chex le général, ils trouvèrent l'hôtel de ville entouré de soldats qui n'eu laissaient sortir personne. Le magistrat ayant protesté contre cette mesure, Haquin lui répondit qu'il l'avait prise parce que « chacun de ses membres dis- • paraîtrait successivement, et que, dans les circonstances, ce serait
préjudiciable au service ; que, quant à l'enlèvement des armes, il y » avait pourvu sans son aide (6 thermidor — 24 juillet). »
La position de la Belgique était affreuse ; foulée depuis trois ans par d'innombrables armées, elle voyait ses ressources épuisées, et aux maux de la guerre se joindre ceux de l'administration française qui avait introduit à sa suite les assignats, le maximum et les réquisitions. Celle déplorable situation facilita les projets des réunionistes. La consternation régnait dans tous les esprits ; chacun connaissait les intentions de la France, et personne ne se voyait assez fort pour s'y opposer. Par acte du 28 juillet, les trois membres de la commune bruxelloise prononcè-
DE BRUXELLES. 441 rent le vœu solennel de la réunion de cette ville à la république française. Une dépu talion, ayant à sa téte le pensionnaire Decock, alla chez les représentants du peuple pour les informer de cette résolution ; ne les ayant pas trouvés chez eux, elle se rendit chez le général Uaquin, pour lui en faire part. Les cloches sonnèrent et les habitants reçurent l'ordre d'illuminer leurs maisons. Le même jour, le représentant Laurent écrivit au magistrat que ce vote ne dispensait pas les habitants du payement de la contribution de 5,000,000, et qu'au contraire la Convention n'agréerait leur demande que lorsqu'elle aurait été payée. Le lendemain matin, à trois heures, le bourgmestre Van der Stegen et réchevin- Van Langhendonck partirent pour Paris chargés de porter à la Convention le vœu delà commune. Le magistrat donna, le 31 , une fête civique, pour célébrer cet événement. A trois heures et demie, un dîner de cent vingt couverts eut lieu au Waux-Hall. Au milieu de la table était un bonnet rouge, et des drapeaux tricolores ornaient la salle. Après différents toasts portés à t unité et à l'indivisibilité de la rèpubliqxte française, à ses triomphes, à la destruction des tyrans, etc., le pensionnaire de la ville, Decock, en proposa un à l'union de Bruxelles à la république française et demanda au général Fcrrand l'accolade fraternelle. Aussitôt tous les convives se levèrent simultanément et la salle retentit de vives acclamations. Après le banquet, une troupe de musiciens et de danseurs vint exécuter des ballets. En sortant du Waux-Hall, les convives se rendirent à la grand'place où l'on devait planter un nouvel arbre de la liberté. Cet arbre, orné de banderoles tricolores, avait été pris dans le bois de la Cambre et amené en ville au son des fanfares. « Une déesse assise sur cet arbre portait, attaché à son bras droit, le . bouclier sacré des droits de l'homme et avait une couronne sur son >• giron. » 11 fut planté en présence du représentant du peuple Laurent, des autorités militaires et du magistrat. Dès que cet arbre fut élevé, dès qu'on vit flotter les drapeaux tricolores, et le bonnet rouge se balancer à la partie supérieure, des cris de vive la république ! vive la nation! éclatèrent de toutes les parties de la place, et les assistants, se prenant par la main, dansèrent la Carmagnole. Le soir la ville fut illu-
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Sensibles et généreux par caractère, les Bruxellois, dès l'abord, firent preuve à leurs nouveaux frères de cette humanité qui les honora dans tous les temps; aussi, touches des soins qu'on prodiguait à leurs blessés.
Ui HISTOIRE
évacués sur Bruxelles, les généraux français proclamèrent-ils « cet » élan du patriotisme, digne des enfants de la liberté (1 4 thermidor — 1er août). »
Le triomphe de la démagogie était assuré ; tremblants et vaincus par la crainte des échafauds qu'ils craignaient de voir dresser pour eux, les adversaires de ce parti si redoutable renoncèrent à l'idée de lui disputer la victoire, et la plupart ne virent de salut que dans l'émigration. Dès le 3 août ({ 6 thermidor), la Société des Amis de la liberté et de l'égalité rouvrit ses séances « à la Maison du peuple [du Roi, style d'esclaves), n Pour règlements provisoires, elle adopta ceux des jacobins de Paris et prit le nom de Société populaire; le peuple lui donna celui de Société des Hibmx. L'avocat Verlooy en fut nommé président, les citoyens Châtaignier, vicc-président , Foubert et Michiels aîné, secrétaires. Le 29 août, le conseil de Brabanl annula, à la demande du magistrat, son décret du 23 mai 1 795 qui excluait du conseil de la commune les membres de rassemblée des représentants provisoires et des clubs. « Ce » n'est point assez pour l'œil républicain de ne plus voir subsister ù » Bruxelles les signes et monuments de la féodalité impériale, écrivit au i» magistrat l'adjudant général Leclcrcq ; il s'offense de voir la majeure > jwrtie des habitants se montrer dans les lieux publics sans être déco- » rés du signe de ralliement des Français. » En suite de cette lettre une proclamation enjoignit à tous les individus des deux sexes de l'arrondissement de Bruxelles, de porter la cocarde tricolore,. sous peine d'être arrêtés comme suspects et détenus pendant trois mois, ou même jusqu'à la paix (24 vendémiaire an III — 15 octobre). Bruxelles vit avec horreur, le 18 septembre 1794, fusiller deux malheureux prêtres français, âgés l'un de quatre-vingt-deux et l'autre de quatre-vingt-huit ans, coupables d'avoir quitté leur pays pour ne pas prêter un serment qui répugnait à leur conscience. Le prieur des Augustins de Tournai, Goubicr, et le père Mercier, accusés d'avoir fomenté une émeute dans cette ville sous le prétexte de la cherté des vivres, furent amenés à Bruxelles et traduits devant le tribunal criminel qui siégeait alors au local du Concert noble. Ces deux religieux furent condamnés à mort et décapités, le 9 novembre, à quatre heures, sur le rempart, près de la porte de Hal ; on les enterra au lieu de l'exécution.
Le 26 septembre 1794, on introduisit les fêtes républicaines dans tous les départements de la France. L'église de Coudcnbcrg reçut le
DE BRUXELLES. 445 nom de Temple de la Raison, et fut affectée aux réunions décadaires. Ce temple fut ouvert le 20 brumaire an III (40 novembre), avec grande solennité ; l'image du Christ enlevée du cruciûx y fut remplacée par un serpent enlaçant la croix de ses replis tortueux. A la voix du prêtre qui y annonçait la consolante parole du Sauveur des hommes, succéda celle de l'agent delà nation, qui, du haut de la chaire, y proclama, à toutes les décades, les succès de la république. Mais le peuple ne se montra pas amateur de ces fêtes, ni partisan des décadis, et il continua les coutumes de ses pères. Le gouvernement eut beau interdire l'entrée des denrées lorsque le décadi tombait un jour de marché, et en permettre l'introduction les jours des anciens dimanches et fêtes, bourgeois et villageois persistèrent h observer leurs jours fériés.
La stagnation et la méOancc paralysaient le commerce ; chacun cachait ce qu'il avait de plus précieux ; le numéraire disparaissait, la cherté des denrées était excessive, et par-dessus tout cela encore, les exactions des représentants du peuple devenaient de plus en plus injustes et insupportables \ Les efforts des autorités pour compléter la contribution
« Parmi les nombreuses réclamations que le magistrat adressa aux représentants du peuple, il nous suffira de rapporter la suivante, pour montrer comment les Belges étaient traités.
« Citoyens représentants, amis zélés de la cause de la liberté, ce n'est qu'avec regret que nous nous déterminons à vous présenter des doléances. Mais la justice, mais notre devoir ne nous permet pas de garder un silence qui, prolongé plus longtemps, deviendrait un crime aux yeux de nos concitoyens, et probablement aux vôtres, une lâcheté! Le peuple belge, et particulièrement celui de l'arrondissement de Bruxelles, est malheureux : a-l-il mérité son sort? Vous allez en juger... Les premières, les plus sacrées des lois chez les Belges, c'étaient les usages qui sont toujours l'ouvrage du peuple : ces usages, le prince jurait de les respecter, et s'il voulait les enfreindre, ce n'était pas impunément. Nous repoussions avec autant de fermeté que d'indignation les fers que nous présentait Joseph II, tandis que les Français gémissaient sous ceux que quatorze siècles de despotisme leur avaient forgés. Mais si les Français, par les secours des sciences et des arts, amoncelaient en silence les matériaux de leur liberté future, l'Autriche entretenait l'ignorance en Belgique ; aussi les Français ont bientôt conquis une liberté, pleine et entière, et le Belge, avec des mœurs pures, mais constamment trompé par ses prêtres, et n'ayant que le simple instinct de sa liberté, n'a jamais pu briser que le faible réseau qui l'enveloppait.. Les Belges n'ont-ils pas donné aux Français une preuve irréfragable, sinon d'amitié, du moins d'une neutralité parfaite, lorsque sollicités, pressés par le gouvernement autrichien de se lever en masse pour s'opposer à leur passage, ils l'ont consumaient refusé?... Citoyens représentants, si les Belges s'étaient rendus aux instances de l'Autriche, croyez vous, de bonne
de 5,000,000, loin de rétablir la confiance, la faisaient entièrement disparaître. Le 5 août, le magistrat menaça d'envoyer la liste des récal-
foi, que les lauriers d' Ypres et de Fleuras eussent aussi aisément ombragé les fronts des guerriers français? Vous n'avez donc pu nous conquérir, ni même le vouloir; car l'injustice eût été criante. C'est à travers notre territoire que vous poursuivez les satellites des tyrans coalisés : nous ne devons donc être à vos yeux qu'un peuple hospitalier qu'il serait cruel d'opprimer. Voilà le point de vue incontestable sous lequel la justice et la raison veulent qu'on nous envisage. Permettez-nous d'examiner ici, si nous avons été traités de la sorte...
» 1* Les prêtres et les privilégiés et les riches sont les ennemis naturels de la liberté des peuples. C'est par cette raison seule qu'on peut justifier les contributions énormes dont vous avez frappé le clergé et les castes privilégiées de la Belgique. Mais entre ces ennemis présumes de la France, ceux qui se sont absentés à l'approche des armées françaises, ne sont certainement pas les moindres. Ainsi les contributions doivent frapper leurs biens, au moins tout autant que les biens de ceux qui vous ont paisiblement attendus dans leurs foyers. Cependant les agents français n'ont pas voulu permettre qu'on vendit le mobilier des absents (qu'ils se sont appropriés) pour faire leurs parts dans les contributions exigées Et aujourd'hui l'agence de commerce prétend même qu'on ne peut vendre leurs immeubles pour remplir leur part dans ta contribution Où irons-nous donc
chercher celte contribution? Ce sont en général les moins fortunés des castes privilégiées qui n'ont pas abandonné leurs foyers; il faudra donc rejeter le déficit de la contribution sur le peuple, directement contre les arrêtés du Comité de salut public. Il est donc de votre justice , citoyens représentants, de foire cesser toutes ces prétentions étranges des agents français qui, de cette manière, annoncent une avidité indigne des apôtres de la liberté.
i Nous ne savons sur quel fondement les Français, nos voisins, se sont fait une si haute idée de nos richesses : à les entendre nous sommes cousus d'or : c'est ici le pays Del Dorado. Aux portes de la France nous devrions être mieux connus. Nous avons un bon sol, surtout parce que nous le travaillons bien ; le peuple belge n'est pas riche, mais il est aisé. C'est sa grande économie qui fait son opulence, citoyens représentants. La clôture de l'Escaut a paralysé notre commerce. L'Autriche tirait assez d'argent tous les ans de ce pays-ci pour empêcher qu'il n'y en eût grande abondance. Les absents ont emporté des sommes considérables; depuis plusieurs années la France n'a point payé les intérêts des capitaux qu'elle doit aux Belges. Jugez de là, citoyens représentants, si le numéraire doit être bien nombreux dans la Belgique. Ce sont nos ennemis et peut-être les vôtres qui prônent tant notre opulence afin de vous engager à nous fouler sans remords. Lors du premier séjour des armées françaises dans la Belgique, toutes les mesures furent [irises pour rendre les Français odieux aux Belges : nous ne croyons pas que vos ennemis secrets aient changé de système quoiqu'ils aient pris d'autres moyens d'exécution.
» 2» Les agents français ont enlevé de nos caisses de consignations tout le numéraire métallique en y substituant des assignats. Le gouvernement autrichien voulut violer, avant son départ, ces dépôts sacrés en substituant au numéraire des obliga-
DE BRUXELLES. 415 titrants au commandant de la place pour qu'il agît militairement a leur égard. Un arrêté du 1 9 thermidor (6 août) permit de charger et même
lions sur la banque de Vienne ; mais sur les réclamations du peuple, le despote se désista de ce projet.
» 3° Vous avez donné dans la Belgique nn cours forcé aui assignats, cl nous sommes jusque-là fort éloignés de nous en plaindre, parce que c'était un malheur que vous ne pouviez pas nous éviter. Mais a-t-on fait la moindre démarche pour faire disparaître le discrédit dont les assignats étaient frappés chez nous avant l'arrivée des armées françaises? Non : au contraire, tout a concouru à les avilir davantage. Exige-t-on des contributions? On repousse les assignats, et c'est du numéraire métallique qu'il faut. Y a-t-it de l'argent dans les dépôts publics ou particuliers? on l'enlève pour y substituer des assignats. Inflige-t-on des amendes? c'est en numéraire autant qu'il est possible. Nous connaissons la solidité de la monnaie révolutionnaire : mais le peuple qui ue comprend rien dans celte opération de finance, l'estime peu parce que les Français mêmes n'annoncent pas qu'ils l'estiment beaucoup.
» V Le but du maximum étaitde remédier à ces maux; nos prédécesseurs en vous en envoyant le projet, citoyens représentants, vous avaient invités à en proposer un semblable aux autres parties de la Belgique, aGn que les denrées fussent partout à nn prix assez uniforme, pour que chaque parcelle de ces contrées pût en avoir. Ils vous avertirent que si vous ne preniez pas cette mesure, Bruxelles manquerait bientôt de tout. Vous n'avez pas trouvé bon de les écouter. Le maximum de Bruxelles se trouve inférieur à tous les autres. Déjà ce n'est que par l'odieuse mesure de réquisition que nous tâchons de fournir tant bien que mal aux plus pressant* besoins de la grande population de cette ville, et plusieurs cultivateurs préfèrent laisser pourrir leurs denrées que de les donner au prix du maximum en assignats, parce qu'ils aiment mieux de n'en vendre qu'un quart en numéraire métallique que de vendre le tout eu monnaie révolutionnaire.
» 5° Les réquisitions que les agents de la république française ont faites dans la Belgique, surpassent toute croyance. On vous les payera, dira-t-on, mais quand vous les payez aux trois quarts du maximum de Lille, quand vous voulez payer sur le prix de 1 790 et 1 791, les marchandises que nos négociants ont achetées beaucoup plus cher en 1795 et 1794, vous frappez le peuple belge d'une contribution beaucoup plus forte que celle que vous avez imposée aux castes privilégiées ; vous ruinez tous nos négociants, et les faillites vont se succéder avec rapidité. Vous nous le payerez, citoyens représentants, mais quand vous nous, aurez enlevé tous nos cuirs, tous nos plombs, toutes nos toiles, tous nos draps, etc., sera-ce avec des assignats que nous ferons des souliers, des habits, des chemises? Sera-ce avec des assignats que nous couvrirons nos toits? Mangerons-nous des assignats quand nous n'aurons plus de grains? Car privés de tout débouché pour nous procurer de nouvelles denrées, les assignats, fussent-ils aussi solides que l'or du Polose, nous n'en resterions pas moins dénués de tout moyen d'exister. Vos arrêtés nous promettent de ne point toucher à nos subsistances nécessaires; de ne prendre de nos effets commerciaux que ce qui ne nuira point à notre commerce; mais ces promesses n'ont nullement été réalisées jusqu'à présent. Les agents français prento«* ii. 'ôl
de vendre les biens des absents; le conseil de Brabant confirma la mise en curatelle de ceux des ecclésiastiques et des maisons religieuses, permettant de les charger et de les vendre. Par une proclamation du 20 août, le magistrat, accusant le clergé régulier d'être cause de la captivité des otages par suite «lu retard qu'il mettait à payer sa quote-part, ordonna à
tient tout; ils vont mettre même en réquisition le petit détaillant. Tontes les réquisitions ont été aveugles, sans choix, sans mesures, sans savoir même si les objets qu'on demandait à de certaines communes existaient chez elles. Nulle part les besoins des habitants n'ont été considérés, bientôt même nos ouvriers n'auront plus d'outils pour travailler, et si cela continue, il ne nous restera plus qne des veux pour pleurer, en attendant que la mort les éteigne... Devrions-nous nous attendre à de tels malheurs de la part de la république française? Est-ce là respecter nos propriétés, nos subsistances, comme on nous l'avait promis?
» A entendre quelques Français, il semblerait que la Belgique fourntt un excédent de grains pour nourrir toute la France. Or, on n'a jamais permis que de temps en temps la sortie du grain de la Belgique. Il est notoire que depuis 1789 la sortie des grains a été constamment défendue et tellement défendue même, que le gouvernement ne permettait pas aux habitants du Limbourg de venir en chercher; ils devaient s'en procurer du pays de Juliers. En 1789, il n'y avait que 15,000 Autrichiens dans la Belgique. En 1790, les états des provinces insurgées n'eurent jamais plus de 25,000 hommes de troupes à nourrir, et c'était pour la plupart tous enfants du pays ; les Autrichiens relégués dans le Luxembourg devaient tirer leurs grains de l'Allemagne. En 1791, les troupes autrichiennes, dans la Belgique, ne formèrent pas un corps de 40,000 hommes. A la fin de cette année et au commencement de la suivante, les Français n'eurent pas dans ces contrées au delà de 80,000 soldats, et lorsqu'ils furent repoussés, les Autrichiens et autres alliés qui les remplacèrent en 1793, n'étaient pas à 100,000. En 1794, les armées des coalisés dans la Belgique, n'ont pas monté à 130,000 hommes, et il faut considérer que ce n'était point la Belgique qui fournissait les subsistances aux troupes des coalisés : la plus grande partie de grain, d'avoine, de foin et de bœufs, venaient d'Allemagne, de Hollande et d'Angleterre. Puisque les grains ne sont point sortis de la Belgique depuis 1 789, vous auriez donc dû trouver, à votre arrivée, des magasins immenses de grains chez les particuliers. Eh bien ! interrogez les agents français et vous verrez si leur réponse s'accorde avec cette prétendue abondance de grains que les Français supposent exister dans la Belgique, vous verrez enfin s'il est possible que la Belgique fournisse seule cette subsistance aux nombreuses armées de la république.
» Citoyens représentants, nous vous en conjurons au nom de l'humanité souffrante, faites cesser les plaintes que nous avons exposées dans ce mémoire. Nous remplissons le premier de nos devoirs en les portant franchement à votre connaissance , et nous serions indignes d'être un jour libres, si nous baissions un front d'esclave sons les coups d'un pouvoir arbitraire; nous le répétons : nous ne sommes pas vos ennemis : nous sommes vos frères : vous jouissez chez nous d'une assez douce hospitalité, traitez-nous donc avec douceur et équité (2 vendém. an III). » Cop.Boeck.
DE BRUXELLES. 447 Taiuman et à son lieutenant de foire exécuter, sans délai et militairement les corps ecclésiastiques qui n'avaient pas encore fourni leur quotepart respective. Enfin, la contribution étant presque entièrement acquittée, le 15 fructidor (1er septembre), les représentants du peuple « firent mettre en liberté tous les otages pris qui étaient détenus à » Avesnes et a Maubeuge, en se réservant d'en prendre de nouveaux » parmi le clergé, et de recourir à d'autres mesures dans le cas où les » 1 50,000 livres restant à payer ne seraient pas versées dans trois » jours. » Ce fut seulement le 1 8 septembre (deuxième sans-culottide an II), que fut complété le montant de la contribution pour le payement de laquelle il fallut imposer tous les habitants1. Alors, les représentants du peuple, considérant « que la contribution en numéraire imposée » sur la ville et le quartier de Bruxelles n'était pas proportionnée à ses » moyens et aux contributions imposées sur les autres villes, » la portèrent, le 11 nivôse an III (31 décembre), à 10,000,000, «ennume- » raire. » Le magistrat fut chargé, sous sa responsabilité, d'en faire la répartition « sur les abbayes, religieux, nobles, absents, riches proprié- » taires, capitalistes, banquiers et autres riches habitants, » le tout conformément aux arrêtés des représentants du peuple concernant les contributions, qui en exemptaient formellement les habitants peu fortunés. Cette contribution, pour laquelle les habitants riches de Bruxelles furent déclarés personnellement et solidairement responsables, devait être entièrement soldée le 30 du mois suivant; elle ne parait pas avoir jamais été payée.
En conformité de l'art 1 3 de l'arrêté du 27 thermidor an II, tout le numéraire existant dans les caisses publiques et municipales, et dans les dépôts de consignations, en fut retiré pour être versé dans la caisse du payeur de l'armée ; le montant des sommes enlevées y fut remplacé en assignats ; les fonds déposés dans ces caisses par les émigrés ou à leur profit, furent confisqués pour le compte de la république. Les no-
* Les monastères, chapitres, églises et chapelles de Bruxelles et de son quartier, dont les revenus furent évalués à 960,000 florins, furent taxés à 3,792,052 livres ; sur celte somme il ne fut perçu que 2,186,950 livres. Les nobles, privilégiés et personnes réputées riches, dont on évalua les revenus à 4,986,270 livres, furent taxés à 1 ,4 i 2,984 livres et versèrent 2,141,187 livres; ainsi plus de 700,000 livres en sus de leur quote-part. Les corporations privilégiées taxées à 100,916 livres, en versèrent 171,449. 47,529 livres furent versées comme dons patriotiques et 889,201 en prêt Archives de la ViUe.
taires cl les banquiers durent échanger leur numéraire contre des assignats, et des visites domiciliaires furent ordonnées pour prévenir toute contravention de leur part. Tous les payements à faire au gouvernement étaient exigibles en numéraire. « Nous avons vu, dit le magistrat » dans une réclamation du 27 thermidor an III, un commissaire fran-
çais condamner un homme à 600 florins d'amende, tant il craignait » que s'il parlait de livres, l'amende ne fût payée en assignats. » Imposer les assignats c'était leur ôter le peu de confiance qu'on leur avait accordée : aussi voyons-nous dans un arrêté du 9 germinal an III (29 mars 179b), que le >< scandale de l'avilissement de la monnaie républicaine » dans la Belgique était à son plus haut période, » que « pour parer ce
mal extrême, et venger le peuple de cette classe d'hommes impies, n qui conspiraient hautement et publiquement contre le crédit national, » il fallait recourir à la rigueur. Comme la rigueur même n'eut pas de résultats satisfaisants, un arrêté du 24 floréal suivant rangea dans les objets de commerce toutes les espèces métalliques, et déclara les assignats seule monnaie avouée par la république française dans le pays conquis en deçà de la Meuse. A ces mesures s'en joignaient d'autres non moins odieuses : nos musées, nos bibliothèques, nos églises, furent dépouillés et leurs richesses allèrent orner le muséum de la république. I n arrêté du 1 i thermidor (29 juillet 1794), mit en réquisition tous les chevaux de luxe et autres existants dans le quartier de Bruxelles. On dressa un état nominatif de tous les maîtres charrons, maréchaux-carrossiers, maréchaux-ferrants, serruriers, charpentiers, menuisiers, fondeurs, bourreliers et selliers, domiciliés à Bruxelles, avec le nombre de garçons ouvriers et chefs d'ateliers qui travaillaient chex eux. Une proclamation, du 16 du même mois, prévint que ces réquisitions seraient payées et ne pèseraient que sur les gens riches ou du moins ù leur aise, et un arrêté du 21 fructidor (7 septembre) en détermina le mode de payement. Mais ces réquisitions qui furent suivies de beaucoup d'autres, et dont les redevances montaient à plus de 500,000 francs, ainsi que le prouve une réclamation du magistral, en date du 25 veulose an V (15 mars 1797), tardèrent longtemps à être payées, et les malheureux fournisseurs restèrent plongés dans la détresse.
Pour prévenir la fraude et les contraventions nombreuses que l'introduction des assignats avait fait naître, chaque jour paraissaient de nouvelles ordonnances comminant des peines sévères contre ceux qui
DE BRUXELLES. 449 s'en rendaient coupables. Les boulangers principalement devinrent l'objet d'une grande surveillance, qui ne les empêcha pas de falsifier leur pain et qui força plusieurs d'entre eux de cesser leur commerce. La classe du peuple, qui avait donné le plus de force à la révolution, était justement celle qui avait le plus à souffrir de ses suites. Le rigoureux hiver de 1 795 augmenta encore ses souffrances. Le magistrat fit saisir la houille qui se trouvait dans les bateaux retenus dans le canal par les glaces, et la distribua aux pauvres et aux hôpitaux. La rareté des grains nécessita d'autres mesures non moins arbitraires ; les fournisseurs furent autorisés à faire, accompagnés de la force armée, des perquisitions dans les villages voisins et à enlever les céréales qu'ils y trouveraient. Les représentants du peuple s'étaient bornés jusqu'alors h demander des renseignements sur les ressources qu'avait établies la bienfaisance ou la piété pour le secours des pauvres (24 fructidor an II), mais ils n'avaient pu rouvrir ces nombreuses maisons de charité, fermées ou abandonnées par leurs administrateurs, et les malheureux qui jadis y étaient soulagés, se trouvaient alors sans asile et sans pain. Pour calmer le mécontentement qui perçait de toute part, les représentants du peuple publièrent, le 23 vendémiaire an III, une longue proclamation, par laquelle, après avoir défendu les principes de la révolution, qui avait pris pour devise : ■< Guerre aux >• tyrans, guerre aux châteaux, paix et respect aux chaumières, » ils invitaient «les habitants paisibles et vertueux des campagnes, les cultiva- » leurs laborieux et tous les infortunés villageois qui n'ont pour asile » qu'une chaumière respectable, » & séparer leur cause de celle des ennemis du peuple français, dont les armes, déjà triomphantes en Hollande, allaient punir « la féroce Angleterre de ses crimes contre le » genre humain et le commerce des peuples. » Ils déclaraient que la république, ainsi que l'insinuaient des « scélérats achetés par les valets » des tyrans, les nobles et les riches, les ecclésiastiques opulents, éter- » nels oppresseurs du peuple, » ne voulait pas épuiser le pays, que si ses armées en tiraient, pour le moment, une partie de leur subsistance, elle ne souffrirait pas que des citoyens probes et vertueux éprouvassent des besoins, que si le bonheur ne se montrait pas encore dans toute sa réalité, ce n'était pas au milieu de la guerre, au fort des combats, que l'on pouvait jouir de la prospérité et des doux fruits de la liberté et de l'égalité. Ils finissaient en annonçant qu'ils viendraient au secours des indigents, et aboliraient les impôts qui pesaient sur la classe laborieuse
du peuple, principalement sur les denrées de première nécessité. Pour commencer, ils supprimaient provisoirement les impôts sur la petite bière et mettaient à la disposition du magistrat de Bruxelles une somme de 400,000 livres pour être employée immédiatement au soulagement des pauvres, des indigents et des plus nécessiteux. Le 28 frimaire suivant (18 décembre 1 794), ils publièrent une instruction pour les commissaires des quarante sections de Bruxelles ou centeniers, qui furent chargés de distribuer aux indigents des cartes valables pour du pain. Un arrêté du 20 nivôse(9 janvier 1795) mitencore 100,000 livresà la disposition du magistrat, pour être employées au même usage. Par un arrêté du 22 du même mois, tous les objets de première nécessité, et ceux ne dépassant (tas vingt livres, qui étaient déposes au mont-de-piété, furent remis gratuitement et sans restitution des sommes prêtées, aux porteurs de reconnaissances. Un autre arrêté du 7 ventôse (25 février) taxa le pain de trois livres à dix sous pour les indigents seulement, et la république s'engagea à fournir au magistrat les fonds nécessaires pour couvrir la différence qui se trouverait entre ce prix cl celui d'achat des grains. 11 lui fut ouvert h cet effet un crédit chez le payeur général de l'armée à Bruxelles. Comme des indigents profitaient de cette faveur pour vendre leurs cartes, un arrêté du 22 du même mois commina une peine de trois mois de prison contre les personnes qui se livreraient à ce trafic, acheteurs ou vendeurs. Mais que pouvaient ces mesures, alors que tout était d'une cherté excessive? Considérant que depuis près de six mois on avait fourni aux citoyens peu aisés et aux nécessiteux plus de 30,000 livres de paiu par jour, à un prix presque nul, relativement aux frais, et que la république était forcée de discontinuer ces actes de bienfaisance, le conseil général de la commune décréta, le 30 floréal an III (19 mai 1795), la levée d'une contribution de 4,000,000 de livres sur les habitants riches. Cette mesure rencontra de grandes difficultés et l'on eut recours aux dons volontaires. Le 5 prairial (24 mai), le négociant Plowita prêta sans intérêt à la commune une somme de 500.000 livres en assignats pour subvenir aux besoins des indigents, et des commissaires furent nommés pour taxer les habitants de chaque quartier d'après leur fortune afin d'obtenir la somme nécessaire pour couvrir cet emprunt. Cette mesure produisit 322,102 livres, et comme c'étaient les bourgeois les moins aisés qui y avaient souscrit volontairement, on frappa les riches d'une contribution forcée de
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4 50,000 livres. Au 3 messidor (23 juin), les dettes contractées par la commune pour fournir du pain aux pauvres s'élevaient à 2,000,000, et il aurait fallu encore une pareille somme pour continuer les distributions; on fut forcé de les restreindre et, le 4 9 thermidor (6 août), elles cessèrent totalement. Pour mettre le salaire des ouvriers en proportion avec la cherté des denrées, le magistrat fixa, le 4er brumaire (22 octobre) le maximum de leurs salaires à raison de trois livres par journée, outre quinze sous pour le maître, et celui des manœuvres (knaepctiS à deux livres cinq sous, outre dix sous pour le maître. Le 4 2 du même mois, il publia un règlement pour les compagnons et ouvriers chapeliers dont le salaire fut presque doublé. Malgré la terreur qu'inspirait l'inflexibilité des républicains, leurs ennemis profitèrent du mécontentement général pour relever la tête. A chaque instant ils répandaient les nouvelles les plus sinistres : tantôt ils annonçaient une victoire des coalisés, tantôt un soulèvement général, tantôt une révolution sanglante à Paris. Pour prévenir leurs menées, le magistrat, par une proclamation du 27 frimaire (4 7 décembre), avertit les habitants « que tous ceux » qui seraient convaincus de propos séditieux, ou qui auraient pour » but de semer l'alarme pour envahir la fortune publique, seraient jugés » militairement dans les vingt-quatre heures après leur arrestation, >» et les invita a dénoncer les coupables.
L'administration communale, de son côté, était en butte aux vexations de toute espèce, et les incessantes demandes d'argent qui lui étaient faites par les généraux ou par les représentants du peuple , les nombreuses fournitures réclamées par leursagents, les charges extraordinaires qui lui étaient imposées, avaient complètement obéré les revenus de la ville. Au mois de mai 4 793, la république lui devait, entre autres, 200,000 livres pour arbres fournis par l'administration des travaux publics et du canal, et 365,934 livres pour fournitures de souliers. Aussi la plupart des services manquèrent-ils; le 30 juin, la garde municipale qui était fort mal payée, mit bas les armes; pour les lui faire reprendre, il fallut payer immédiatement 50 livres à chaque sous-oflicier et soldat, comme à-compte sur l'augmentation qui devait leur être accordée de concert avec l'administration centrale. Quelques jours après (13 juillet), le général de Thourville, qui avait remplacé Ferrand, se présenta à l'hôtel de ville pour se plaindre des retards apportés dans la livraison des matelas demandés pour la garnison, et de la solde minime accordée à la garde municipale qui, dit-il,
manquait de pain. H accusa le magistrat de malveillance, s'écriant « que " si cela ne changeait pas immédiatement, il placerait vingt soldats chez » chacun desesmembres et les mènerait militairement étala prussienne. » Ces paroles, qui étaient accompagnées de gestes violents, indignèrent le collège ; l'agent national De Swerle fit observer au général qu'il parlait a un corps constitué, et il y eut entre eux un échange très-vif de paroles. De Thourvillc comprit enfin qu'il avait été trop loin, mais tout en prenant un ton plus calme, il persista dans ses demandes. Accepter des fonctions publiques était alors chose si désagréable et si dangereuse que les représentants du peuple durent déclarer, le 1 0 prairial (29 mai), que personne ne pouvait les refuser, et le 25 (15 juin) ils décidèrent que les récalcitrants seraient exécutés militairement.
En attendant que la Convention eût décidé sur les vœux de réunion qui lui avaient été adressés, un arrêté du 21 fructidor an II , divisa provisoirement les Pays-Bas autrichiens en quartiers, districts et cantons. Lorsque la prise de Maeslrichl eut consolidé la conquête, cette division fut changée par un arrêté du 24 vendémiaire an III (1 5 octobre 1794), dont la mise à exécution fut ordonnée le 26 brumaire suivant. On établit pour chaque province une administration dite d'arrondissement, composée de six membres, qui remplaça les Ktats. Une commission pour l'administration centrale et supérieure de toutes les affaires de la Belgique, devait siéger a Bruxelles, déjà chef-lieu de l'administration du Brabant ; elle était composée d'un membre de chaque administration provinciale et de ceux qui y étaient adjoints par les représentants du peuple. Par arrêté du 24 fructidor on II (10 septembre 1794), les représentants du peuple créèrent un tribunal criminel , chargé de juger, en dernier ressort, tous les délits contre la sûreté des armées et contre celle de la république. Ce tribunal devait juger aussi tous ceux qui se refuseraient à obéir aux arrêtés pris par les représentants du peuple, à recevoir les assignats ou à se conformer au maximum. Il fut composé d'un président, de sept juges, d'un accusateur public et d'un greffier. Le même arrêté avait établi à Bruxelles un comité de surveillance composé de quinze membres-, mais il fut supprimé par un arrêté du comité de salut public du 22 pluviôse an III (10 février 1795), qui plaça cette partie de la police dans les attributions des municipalités' Quant au tribunal criminel, il fut divisé en deux sections (25 vendémiaire an III) : l'une chargée de juger les délits emportant peine corporelle, et
l'autre les saisies et confiscations prononcées par les représentants du peuple. Enfin, le 14 germinal an III (S avril 4795), les représentants établirent sur les bases des lois adoptées en France, l'instruction de la • procédure criminelle par jures dans les ressorts des tribunaux criminels de Bruxelles et de Liège, et ils en réglèrent les formes.
Le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), le magistrat do Bruxelles avait été chargé, sous sa responsabilité, de procéder sur-le-champ au remplacement de tous les receveurs émigrés avec le gouvernement autrichien, d'organiser, dans le plus bref délai, tous les bureaux des recettes, tant de l'empereur que des États, qui se trouvaient au quartier de Bruxelles, et de choisir le nombre d'agents nécessaire à ce sujet, qui seraient comptables de leurs deniers envers les agents de la république. Par arrêté du 1 9 fructidor (5 septembre), une administration principale et centrale fut établie dans cette ville, pour le service général et réciproque des armées du Nord et de Sambre-et-Mcuse. En conformité d'un autre arrêté du 26 vendémiaire an III ( 1 7 octobre), on y créa une agence des domaines pour la régie, l'administration et la vente des biens, meubles et immeubles, déclarés propriétés nationales. Un autre arrêté du 8 frimaire (28 novembre) y établit une régie générale provisoire des bois et forêts.
Ces changements qui bouleversaient le gouvernement général du pays, laissèrent intacte l'administration intérieure de la ville. L'art. 10 de l'arrêté du 27 thermidor conserva provisoirement les lois et coutumes particulières du pays conquis, et l'art. 1 1 maintint l'ancienne magistrature de Bruxelles. Le 25 fructidor (H septembre), le conseiller fiscal Strens reçut mission de dissoudre l'ancien magistrat et d'en former un autre en conformité d'un arrêté signé la veille par les représentants du peuple. Cet arrêté fut communiqué, le même jour à quatre heures de l'après-midi , au magistrat, au large conseil et aux nations, et le lendemain, le nouveau magistrat fut installé dans l'ancienne forme, sauf augmentation de ses membres ; il fut aussi dispensé de prêter serment, « parce qu'il est de fait, dit le Journal officiel, qu'un coquin de nature )• ne devient jamais probe par serment : il est donc inutile. » Lesdoyens des métiers se renouvelèrent aussi le 30 fructidor (16 septembre) : l'art. 2 de l'arrêté relatif à ce renouvellement, porte que le choix des doyens se fera au scrutin et a la pluralité des voix, par tous les membres de chaque métier, « même ceux qui ne sont pas Brabançons.»
Pour donner plus de facilité et d'accélération aux fonctions dont était chargé le magistrat, il fut autorisé, par arrêté du i" vendémiaire an III (22 septembre), à déléguer provisoirement et & son choix, à des membres du large conseil, la partie de ses fonctions, qui ne consistait qu'en formalités, telles que la présence aux ventes, scellés, pesages, mesurages, recherches et visites domiciliaires et autres fonctions de cette nature. Afin que le peuple ne souffrit pas de l'augmentation des membres de ce corps, tant pour les frais que pour l'expédition des affaires, il se sépara en deux sections pour la judicaturc des causes soumises au tribunal des échevins(2 vendémiaire). Enfin, un arrêté du 4" floréal an 111 (20avril 1795) réorganisa la municipalité en faisant disparaître tout ce qui restait de vestiges de nos anciennes institutions communales. Le magistrat, le large conseil, les nations furent remplacés par un corps municipal composé de dix-huit membres y compris le maire, et par un conseil général de la commune composé des membres de la municipalité et de trente-six citoyens notables; un agent national et son substitut furent charges provisoirement des fonctions que remplissaient l'amman et son lieutenant '. C'est à celle municipalité que fut confié l'exercice du pouvoir administratif dans toute l'étendue de son ressort, sous la surveillance des autorités supérieures. En attendant la nouvelle organisation du pouvoir judiciaire, elle nomma sept membres, pris dans son sein, pour exercer provisoirement et gratuitement ce pouvoir. Le conseil général de la commune n'était que de libérât if ; le conseil municipal était seul exécutif. Aucune délibération ne pouvait avoir lieu sans l'audition préalable de l'agent national ou de son substitut ; ceux-ci n'avaient pas voix délibérative et signaient le procès-verbal des délibérations dans lesquelles ils avaient été entendus. La nomination d'un secrétaire greffier, d'un trésorier et de leurs adjoints fut réservée au conseil général de In commune, qui avait la faculté de les changer. La municipalité était divisée en six bureaux, outre le secrétariat; ces bureaux étaient : 4° celui de comptabilité générale; 2° celui des finances ; 3 "celui des subsistances ou appro-
1 Municipalité nommée le lw floréal an tu. Maire : Verlooy, avocat; officiers municipaux : Etienne Mosselman ; Janssens, sculpteur; Kenl, négociant; Pierre Annemans, Fourmeaux, Collinet, Lekardy, Narrez, Josse Kockacrl, Cou tt eau, Renicrs, Viennet, Pierret, membres de l'administration précédente; H.-J. Overmau, Mictaiels aîné, Antoine d'Aubremez, négociants; Moerincu, avocat; agent national : l'amman De Swerte; substitut agent national : le lieutenant amraan Greindl.
visionnements ; 4' celui de l'agriculture, du commerce, des forêts et des travaux publics ; 5° celui dcl'wstrtfdùm publique et de la bienfaisance; 6" celui de la police, de la «ireté générale et du contentieux (arrête* du 12 floréal — 1er mai). La municipalité devait tenir séance tous les jours, à la réserve des décadts, tant pour les affaires de la commune que pour rendre justice aux citoyens. Le maire ou, en son absence, le premier nommé des officiers municipaux présidait les assemblées tant du conseil général que du corps municipal qui, pour délibérer, devaient être composées au moins de la moitié des membres plus un. Les résolutions étaient prises à la pluralité des voix, et le président, en cas de partage, avait voix prépondérante. Cet arrêté qui servit de base à celui du 24 prairial an III (12 juin 1705), sur la réorganisation des municipalités de la Belgique et du pays de Liège, détruisit le pouvoir des magistrats qui dès lors se virent placés sous l'influence de l'administration centrale. Celle-ci présentait aux représentants du peuple, chargés de leur nomination, les candidats qu'elle avait choisis dans les listes qui lui étaient remises par les administrations d'arrondissement. Les membres de la commune, présentés comme candidats, devaient avoir vingt-cinq ans accomplis. De ses vastes et importantes attributions, il ne restait au magistrat de Bruxelles que les fonctions propres au pouvoir municipal, fonctions soumises à la surveillance et à l'inspection des assemblées administratives. Ces assemblées, spécialement chargées d'examiner les comptes, les soumettaient ensuite à l'administration de l'arrondissement, qui, après les avoir vérifiés, les faisait parvenir à l'administration centrale pour être définitivement arrêtés. La régie et la perception des caisses municipales furent même enlevées .aux magistrats des communes dans les commencements de la conquête ; elles leur furent rendues par arrêté du 4 fructidor an III (21 août 1795), afin de les mettre à même d'acquitter leurs charges locales et administratives.
Pour amener la fusion complète de la Belgique et de la France , il fallait anéantir dans le premier de ces pays, l'ancienne division féodale qui rappelait des souvenirs odieux aux conquérants. Un arrêté du comité de salut public, en date du 14 fructidor an III (31 août 1795), le fractionna en neuf départements, contenant chacun un certain nombre de cantons. Bruxelles devint le chef-lieu du département de la Dylc et
forma à elle seule un canton; c'est alors qu'on lui enleva sa banlieue : les villages de Saint-Josse-ten-Noodc et de Scbaerbcek furent enclavés
dans le canton de Woluwe-Saint-Étienne ; Ixelles, Saint-Gilles et Forêt, dans celui d'Uccle; Anderlecht. Molenbeek et Lackcn, dans celui d'Anderlecht
Peu de temps après (1 4 brumaire an IV — 4 novembre), on publia a Bruxelles la loi de la Convention , déterminant les attributions des administrations départementales, des administrations municipales de cantons, des agents municipaux des communes, et des commissaires du directoire exécutif près de ces administrations. Le principe fécond et trop longtemps méconnu qui prononçait la séparation des pouvoirs administratifs et judiciaires, reçut aussi son application, et les anciens tribunaux de la Belgique furent dissous (12 frimaire an IV — 2 décembre 1795); chaque département eut son tribunal civil et son tribunal criminel, ses tribunaux correctionnels, ses justices de paix, ses tribunaux de commerce. Les cantons de Bruxelles, Anderlcch*, Uccle, Haï, Lcnnick-Sainl-Martin , Asschc, Merchtem, Londerzcel. Sempst, Vilvorde, Grimberghc, Woluwe-Saint-Étiénne, Tervueren et Overysschc furent soumis au tribunal correctionnel de Bruxelles; cette ville fut divisée en huit sections dont chacune eut son juge de paix et son commissaire de police (17 frimaire an IV — 7 décembre 1795). La gendarmerie nntionalc fut organisée et , le 9 floréal an IV, les représentants du peuple ordonnèrent la mise à exécution de la loi du 5 septembre 1791, qui avait supprimé en France les milices bourgeoises, compagnies d'arquebusiers, fusiliers, chevaliers de l'arc, compagnies de volontaires, etc. La suppression des anciens impôts fut décrétée (24 brumaire an IV — 14 novembre 1 79a), ainsi que l'introduction des nouveaux; le département de la Dyle fut alors divisé en trois arrondissements pour la perception des contributions. Celui de Bruxelles eut le même ressort que son tribunal correctionnel. Enfin , un arrêté du 1 4 brumaire an IV (G novembre) rendit applicables ù la Belgique, 1° le décret du 2 mars 1791 supprimant les droits d'aides, les maîtrises et les jurandes, et permettant à tout individu de faire tel négoce et d'exercer telle profession, art ou métier à sa convenance, à charge de se munir
1 Des contestations s'étant élevées au sujet du payement des droits d'accises par les habitants de la cuve, l'administration do département ordonna que, conformément aux dispositions arrêtées pour la levée des anciens impôts dans les départements réunis, l'accise se percevrait comme par le passé (29 thermidor an iv - 16 aoiH 1796).
d'une patente ; 2° la lui du 28 mars 1791 résiliant les baux faits aux corporations des arts et métiers, et 3* le décret du 14 juin 1791 interdisant toute assemblée de citoyens d'un même état ou profession, qui tendrait ù rétablir de failles corporations supprimées, et défendant toute convention, tout lait qui serait de nature à apporter quelque obstacle a la liberté absolue d'exercer une profession quelconque accordée par le décret du 2 mars. Au mois d'août 1 796, on vendit aux enchères sur la grand'place, le mobilier et les archives des serments et des métiers. Malgré ces mesures, il y eut quelques corporations qui maintinrent leur ancienne organisation ; ainsi les ouvriers chapeliers mirent souvent « en » interdit » les ateliers des maîtres chapeliers, en forçant les ouvriers « non francs » de les abandonner, et en défendant aux membres de leurs corps qu'ils appelaient « francs, » d'y travailler. L'administration départementale dut sévir contre eux, et, le 11 pluviôse an VI (30 janvier 1798), elle fit enlever leur caisse et leurs papiers qui se trouvaient dans une maison de la rue de la Casquette. Établies d'abord pour que les professions fussent exercées avec plus de probité, les corporations avaient constamment entravé la marche de l'industrie et du commerce
à trop de monde pour qu'il fût facile de les déraciner, et il fallut toute l'énergie du gouvernement républicain pour les extirper. Alors, ceux qui y étaient le plus intéressés et qui, quelques années auparavant, eussent fait couler des flots de sang pour les maintenir, ne tardèrent pas à s'apercevoir que le commerce et l'industrie, comme les arts et les lettres, ne veulent aucunes chaînes, que la concurrence honnête fait naître la perfection et que la liberté seule assure leur prospérité.
Le comité de salut public avait institué en Belgique un conseil général d'administration; quand la loi du 9 vendémiaire an IV (1er octobre 1795) vint prononcer la réunion pure et simple de ce pays à la France, cette autorité exceptionnelle aurait dû être supprimée et le peuple appelé à nommer ses administrateurs dans les assemblées électorales et primaires ; mais l'esprit d'opposition qui se manifestait, détermina la Convention à continuer aux représentants du peuple près les armées du Nord et de Sambre-et-Mcusc, le pouvoir de gouverner la Belgique et d'y nommer les autorités constituées par elle. Ce ne fut que plus d'une année après, que le corps législatif appela les Belges à prendre part aux élections générales de l'année (23 ventôse an V — 13 mars 17 97).
11 y avait dans cette mesure une arrière-pensée hostile au Directoire, et la faction royaliste qui commençait à se dessiner, espérait se renforcer des élus des neuf départements réunis. Le Directoire devina sans doute cette intention et prépara le coup d'état du 18 fructidor, qui devait écraser ses ennemis. Les membres de l'administration municipale du canton de Bruxelles, nommés le i 8 frimaire an IV (9 décembre 1 79ï>), n'ayant pas, à l'exception du citoyen P. Ànnemans, accepté ces fonctions, ils furent remplacés le 25 du même mois(i G décembre) Les nouveaux administrateurs adressèrent au Directoire réclamations sur réclamations pour lui exposer la situation déplorable de la commune, et au moment où les élections allaient leur donner des successeurs, ils firent imprimer, le 23 ventôse an V ( 1 3 mars i 7 97), la proclamation suivante : « Citoyens, » nous allons enfin terminer notre carrière longue, pénible, mais hono-
• rable, des fonctions de magistrats du peuple. Noire choix n'a pas été » celui de votre confiance : il fut, vous le savez, moins volontaire que » nécessaire. Trompés dans les conditions qui déterminèrent notre ac- » ceptation, nous n'avons pas fait tout le bien que notre zèle aurait » voulu : des circonstances difficiles, quelquefois impérieuses, l'ont sou- » vent contraint. Mais, citoyens, si l'inexpérience nous a fait commettre » des erreurs, au moins n'avons-nous point à nous reprocher des cul- » pabilités : l'indulgence peut couvrir les premières ; mais la honte et
• l'iofaraic poursuivent le crime. Peut-être, citoyens, avons-nous paru » indifférents sur vos intérêts au moment même où ils nous occupaient » davantage ; peut-être aussi votre propre insouciance sur nos opérations » vous en a-t-elle dérobé le fruit avec la connaissance. La loi vous don- » nait cependant la faculté et les moyens de vous en instruire. Nous » avons désire que vous ayez joui de ce droit. Cet acte de confiance » eût secondé la nôtre et peut-être doublé nos efforts. C'est pour répa- » rer ce défaut que nous avons cru devoir vous faire connaître par la » voie de l'impression, celles de nos opérations qui concernent plus » particulièrement vos intérêts communs les plus chers. De ce uombre
1 Les premiers étaient les citoyens Antoine d'Aubremez, Van Langendonck, exgreffier, Yillegas, L. Van Haever, Cogcls, Camusel, Ferdinand Slillemans et Colinet ; ce dernier refusa a cause de l'état de sa santé. Leurs successeurs furent les citoyens Fourmaux , belafontainc négociant, Hayez, Delfosse fabricant, Cuvelier marchand épicier, Leroux, P. Olbrechts, négociants, Ilermans fabricant. Hayez n'accepta pas et fol remplacé par Coclbo.
» sont les diverses représentations que nous avons adressées au gouver- » nement : 4° celle du i 6 nivôse an IV, au directoire exécutif, sur sa >» resolution qui exclut les départements réunis de se libérer de Tem- » prunt forcé de l'an IV autrement qu'en numéraire métallique ; 2° celles » des 50 floréal an IV et 28 ventôse dernier, concernant la restitution » des deniers des consignations; 3° celles des 14 fructidor an IV et » 23 ventôse dernier, concernant le payement des réquisitions de toute » nature frappées sur les habitants de cette commune, et celui des four- » ni turcs de tout genre ; 4° celles des 7 pluviôse et 29 ventôse der- » niers, concernant la situation déplorable des orphelins enfants de la » patrie; 3° celle du Ier ventôse dernier concernant le remboursement » aux non contribuables, de leurs avances et prêts pour le payement de » la contribution militaire de cinq millions, imposée à cette commune, » à la seconde entrée des troupes françaises ; 6° celle du 9 ventôse der- » nier, concernant l'inégalité dans la taxation du droit de patente pour - les arts et métiers de cette commune ; 7° celle du i i ventôse dernier • concernant le paijement des rentes sur la ville, le canal et lescorpora- » tions; 8° celle du i i germinal dernier sur la situation affligeante de i» Vhospice des insensés. Ces représentations ont été successivement » adressées, à diverses époques, à l'administration du département ; » mais étant restées sans effet, nous avons cru devoir les porter directe- » ment à la connaissance du gouvernement. Si nous n'avons pu parve- » nir à en obtenir l'effet, au moins aurons-nous satisfait à ce que nous » commandaient nos devoirs et vos intérêts, et c'est un compte qu'ils » nous dictaient également de vous rendre. C'est par le même principe, » citoyens, que conformément a la loi, nous rendrons le compte finan- » cicr de notre gestion dans le terme qu'elle prescrit. Notre tâche rem- » plie, nous concentrerons dans nos foyers et dans nos cœurs la con- » fiance, sinon d'avoir mérité la vôtre, citoyens, du moins celle d'avoir » exercé nos fonctions conformément à la loi et à vos intérêts com- » muns. » Aussitôt après la communication officielle de la loi du 4 9 frimaire, relative à un emprunt forcé, la municipalité avait fait arrêter par un comité les bases de cette opération -, mais lorsqu'on apprit que dans les départements réunis l'emprunt ne pourrait s'effectuer en assignats, le comité crut devoir se dissoudre. L'administration réclama contre cette mesure injuste, qui portait le dernier coup au crédit des assignats dans le pays, et « blessait tout à la fois les lois de la républi-
> que, sa loyauté, sa justice et ses intérêts politiques. » Le Directoire répondit a cette réclamation qu'il voyait avec « étonnement et méconn lentement. » la conduite de la municipalité de Bruxelles, et il engagea son commissaire « à ramener à Jcur devoir des hommes qui s'en
> écartaient d'une manière si répréhensiblc ; » sans examiner au fond le mérite de leurs observations, il fallait, dit-il, leur demander comment il se faisait que des administrateurs qui devaient être patriotes, sur qui devait se reposer la conGance du gouvernement, se prêtaient à accréditer, par une démarche au moins inconsidérée, les efforts que la malveillance reproduisait sous mille formes pour entraver l'importante mesure de l'emprunt forcé. Il finit en déclarant que « la réclamation >» était inadmissible sous tous les rapports. » Une réponse analogue fut faite aux demandes concernant la restitution des deniers des consignations enlevés le 29 messidor an II, par l'agent du comité de salut public. Gâteau. Les autres réclamations de la municipalité n'étaient pas moins fondées ; mais les écouter et y faire droit eût été renoncer à une raine qui était trop riche pour n'être pas exploitée. La partie la plus affligeante de ce tableau était sans contredit le sort des rentiers de la ville; il présentait une vraie calamité publique, ainsi que le dit l'administration. Plus de 4,500 individus supportaient une dette de fl. 8,625,610-7-7 ou liv. 18,483,451-1-7 5/7, et se trouvaient réduits à la misère par le non-payement de leurs rentes. Ces payements étaient suspendus depuis trois ans et ils ne furent repris que près de six ans après.
ACn d'agir sur l'esprit public, le ministre de l'intérieur Benezech fit, en l'an V, une tournée en Belgique; il fut reçu à Bruxelles avec de grands honneurs et assista, le 9 pluviôse (28 janvier 1797), à une séance de l'administration du département. Le 1 5 floréal (4 mai), h une heure et demie, le commissaire du pouvoir exécutif, Rouppc, installa la municipalité choisie par les électeurs et composée des citoyens Arconati, Joseph Cosyns, A. Vcrhocht, Vanlluffcl, S. Valeriola, Bourgeois, dTsambert et L. Devos. A peine en fonction depuis dix jours, elle adressa au Directoire de nouvelles plaintes, dans lesquelles elle exposait que les dettes de la ville montaient h 21,292,310 livres et qu'il n'y avait pas un sou en caisse pour faire face aux dépenses courantes. L'insuffisance de ses revenus força cette administration à licencier la garde municipale et à confier le soin de la tranquillité publique à un agent en chef, à un agent principal et à quatorze agents de
DE BRUXELLES. 461 police qui furent tous pris dans cette garde (25 thermidor — 12 août).
La liberté du culte catholiqueavaitété jusqu'alors maintenue. Lo premier acte par lequel il fut entravé, fut celui qui le renferma dans l'enceinte des églises. Comme les processions avaient donné lieu à des rixes, un arrêté du 4 thermidor an III (22 juillet 179») défendit les processions extérieures. Lorsque la Belgique fut réunie à la France, on publia à Bruxelles, le 18 septembre 1796, la loi d'urgence du 15 fructidor an IV, qui supprimait les abbayes, couvents et autres établissements religieux dans les neuf départements réunis et prononçait la confiscation de leurs biens. Ensuite on exigea des prêtres un serment de fidélité à la république, et, le 28 avril 1797, parut une ordonnance enjoignant à tous les ecclésiastiques de se rendre, endéans les deux décades, devant la munici[Kilité pour y faire acte de soumission aux lois, sous peine de perte de la préirise, de 500 francs d'amende et de trois mois de prison pour la première infraction ; en cas de récidive, d'une amende de 1,000 francs et d'un emprisonnement de deux ans. Les curés de Sainte-Catherine et du Finistère, ainsi que leurs chapelains, furent les seuls qui se soumirent d'abord à cette injonction. Des visites furent opérées dans les églises par les juges de paix afin de s'assurer que les prêtres non assermentés ne continuaient plus leurs fonctions. Convaincu d'avoir célébré la messe dans son église, le curé de Saint-Jean, De Haesc, futeité, Ic22 mai, à comparaître devant le tribunal correctionnel siégeant à la Maison du Roi. Les prêtres se réunirent alors chez le doyen de Sainte- Gudulc, l'archiprêtre Millé, pour s'entendre sur les moyens de prouver qu'on ne pouvait leur imposer le serment. Par l'organe des avocats Boucqueau et Barthélémy, ils représentèrent au tribunal que la loi avait été faite pour la France alors que la Belgique n'était pas encore réunie k ce pays , et que le clergé belge n'était soumis qu'à la suprématie spirituelle du pape. Le tribunal rejeta celle conclusion et condamna De Hacse à trois Jtaois de prison et à 500 francs d'amende. Sans se décourager, les ecclésiastiques se pourvurent en appel et le tribunal criminel de la Dy le infirma le jugement précédent, le 1 3 prairial an V (lw juin); mais le Directoire dénonça à son tour cet arrêt au tribunal de cassation « pour être annulé » comme contraire aux lois et renfermant excès de pouvoir (22 prairial '« — 10 juin). » Bonaventure, président du tribunal criminel , représenta au conseil des Cinq-Cent*, où il siégeait comme député du département de la Dyle, que les Belges étaient soumis aux lois et dévoués h
TO*E II. ÎÎ9
la religion, et demanda que la publication des lois sur l'office divin fut différée ; en effet, une loi du 7 fructidor an V rapporta celle qui condamnait à la déportation ou à la réclusion les prêtres non assermentés.
Cependant le Directoire, après avoir écrasé les contre-révolutionnaires à Paris, ne tarda pas h faire sentir son ressentiment aux administrations qui avaient paru favoriser leurs vues. Le corps législatif avait confié aux autorités départementales l'organisation de la garde nationale sédentaire, et l'administration du département de la Dyleen avait informé les municipalités en les invitant à s'adresser de préférence aux volontaires de 1790 (9 fructidor — 2 G août) ; déjà mécontent « de la marche rétrograde de » l'esprit public dans ce département et notamment dans la commune de » Bruxelles, >« ainsi que de l'insouciance des administrateurs municipaux qui avaient «< oublié leurs devoirs au point que deux d'entre eux » seulement étaient présents à la féte du 1 0 août, » le Directoire se formalisa de cette mesure, et l'administration départementale, ainsi que la municipalité de Bruxelles, fut destituée. Celle-ci accusée d'avoir "■ constamment, depuis son installation, professé l'incivisme, protégé les >< prêtres insoumis, négligé les institutions républicaines et le recou- >• vrement des contributions, » fut remplacée par les citoyens Annemans, Dclafontainc, de Coëlho, Olbrechts, Leroux, Odat négociant. Anneet, Coqucrcau et Van Cutsera (3 vendémiaire an VI — 24 septembre 1797). De ces neuf personnes cinq seulement acceptèrent leurs fonctions et s'adjoignirent quatre collègues pour compléter leur corps ; mais il fut bientôt réduit de nouveau a cinq membres, tant était grande l'antipathie générale pour les fonctions publiques. Le clergé reçut le contre-coup de ces événements ; on exigea des prêtres, sous peine de bannissement, le serment de haine h la royauté et de fidélité à la république française et à la constitution de l'an III ; les signes extérieurs du culte furent enlevés, il fut interdit de sonner les cloches, et, dans les départements réunis , on mit sous séquestre les biens des presbytères et églises abandonnés, cl des cures non desservies ou servies par des prêtres insermentés. L'archevêque de Matines, qui avait publié un mémoire dans lequel il combattait la prestation du serment, fut arrêté à Bruxelles, le 5 octobre à neuf heures, en vertu d'un décret du Directoire, en date du 1 8 vendémiaire an VI ; il fut emprisonné dans l'ancien hôtel de la chambre des comptes et transféré, le 23, à Louvain d'où il fut conduit
DE BRUXELLES. 4(33 ensuite au delà du Rhin. Pendant qu'un grand nombre d'ecclésiastique* étaient déportés à Caïenne, à Rhé et à Oléron, on faisait distribuer dans les écoles des Catéchismes des droits de l'homme. Du 8 novembre au 12 décembre 4 797, toutes les églises de Bruxelles furent fermées, à l'exception de celles du Finistère, de Sainte-Catherine et de Bon- Secours où se portait incessamment une foule immense ; Sainte-Catherine ne tarda pas & être également fermée parce que ses deux vicaires qui avaient fait, le 28 avril, la déclaration alors exigée, refusèrent de prêter le nouveau serment. Le 4 janvier 1798, on apprit que Sainle- Gudule, le Sablon et le Béguinage allaient se rouvrir par suite de la soumission de leurs desservants ; mais à peine ces églises avaient-elles été rendues au culte que le commissaire du Directoire exécutif près l'administration départementale, Malarmé, les fit fermer une seconde fois sous prétexte que cet acte d'obéissance à la loi avait été fait après l'expiration du delui fixé. Cependant on les ouvrit de nouveau, et, le 7, le curé de Sainlc-Gudule, Millé, annonça à ses paroissiens qu'il leur expliquerait, le dimanche suivant, les motifs qui avaient dirigé sa conduite ; ses explications ne satisfirent ni ses ouailles, ni le Directoire qui ordonna sa déportation, le 1 8 nivôse an VI (7 janvier 1 7 98). Le Sablon et le Finistère restèrent seuls alors constamment ouverts ; mais la majeure partie des habitants ne voulurent jamais assister aux offices célébrés par des ecclésiastiques qu'ils étaient disposés à considérer comme des apostats ; les prêtres insermentés disaient secrètement la messe dans des maisons particulières où ils trouvaient de fervents auditeurs , tandis que l'irréligion s'infiltrait dans les masses et surtout dans le bas peuple. Ces dissentiments, dit Goelviel, causèrent dans les familles des haines ardentes cl d'autant plus vivaces qu'elles étaient plus comprimées.
Un arrêté du 8 prairial an VI (27 mai 17 98) débaptisa une grande partie de nos rues et leur imposa de nouveaux noms '.
1 Par suite de cet arrêté, la rue de Sainte-Anne fut nommée rue de la Fécondité; celle des Petits-Carmes, rue de la Jeunesse; celle de Noire-Seigneur, rue de la vieillesse; celle des Minimes, rue de l'Amitié; celle de la Samaritaine, rue de la Prudence; celle de Notre-Dame -de-Grâce, rue des Piques; la ruelle des Minimes, ruelle des Escaliers; la rue d'Enfer, rue du Vieux-Conte; celle du Paradis, rue de l'Olympe ; le marché de la Chapelle, place de la Pourvoyance ; la rue des Bogards, rue Rousseau; celle des Alexiens, rue de la Révolution; celle du Curé, rue du Petit-Coq ; celle de Noire-Seigneur, rue de Voltaire; celle du Diable, rue de la Malice; celle de' Saint-Ghislaio, rue du Courage; celle des Yisitandfnes, rue du
4fli HISTOIRE
Le mécontentement de la nation éclata d'une manière terrible lors de la mise à exécution dans les départements réunis de la loi sur la conscription. A l'annonce des émeutes et des pillages dont quelques cantons étaient le théâtre, le Directoire rendit les communes responsables des excès qui se commettraient chez elles, conformément h la loi du iO vendémiaire an IV (14 vendémiaire an VII — 5 octobre 1798) ; tout le département de la Dyle fut déclaré en état de siège par le général Colaud, et la municipalité de Bruxelles mil en réquisition permanente, « pour un service habituel de vigilance, » les cent individus qui avaient composé la garde communale et les quatre-vingt-onze employés de l'administration qui s'étaient présentés pour veiller au maintien de la sûreté publique (2 brumaire). Une insurrection générale avait éclaté dans les campagnes ; mais les excès des insurgés furent effacés pur l'énergie de la répression. Le 25 octobre (2 brumaire), ils s'emparèrent de Malines d'où ils furent chassés le même jour ; ils se répandirent alors
Contrai social; celle des Brigittines, rue du Dix-Août; la grande rue des Capucins, rue du Trésorier; la petite rue des Capucins, rue du Travail; la rue du Sacristain, rue de l'Adjudant ; celle de Saint-Jacques, rue de Guillaume Tell ; celle des Moines, rue des Exclus; celle du Rempart-des-Moines, rue du Rempart-Cisalpin ; celle des Sœurs-Noires, rue de l'Hospitalité; celle de Notre-Dame-du-Sotnmeil, rue du Calendrier-Républicain; celle de Sainte-Catherine, rue du Commerce; celle des Chartreux, rue de l'Arsenal; celle du Nom-de-Jésus, rue de Mutius-Scévola ; celle de Saint-Rocb, rue de l'Oubli; celle du Samedi, rue de Solon; celle de Saint- Pierre, rue de la Clef; celle de Saint-Hubert, rue du Chasseur; celle de l'Évèque, rue des Innocents; celle des Capucines, rue de Sans-Souci ; celle de Notre-Daïucaux- Neiges, rueRempart-de-Louvain ; celle de la Madeleine, rue du Capitole; celle des Petits-Carmes, rue de Léoben; celle des Douxe-Apôtres, rue de la Démocratie; celle de Terarken, rue de la Postérité; celle de Saint- Laurent, rue des Droils-del'Homme; celle de Notre-Dame, rue de la Renommée; celle des Grands-Carmes, rue de la Constitution; celle des Paroissiens, rue des Amis; celle de Saint-Christophe, rue de la Ménagerie ; celle d'Isabelle, rue de la Bibliothèque; la petite rue des Dominicains, ruelle de la Démolition; celle de la Madeleine, petite rue du Capitole; la montagne de Sion, montagne de la Gloire; celle de Sainte-Elisabeth, montagne de la Félicité; celle des Oratoires, montagne de la Philosophie; l'impasse de Bcrlaimont, impasse de l'Education; la ruelle de Saint-Rocb, ruelle de l'Innocence; la cour de Saint-Roch, cour de l'Innocence; la place de Jérico, place des Munitions; celle de Saint-Michel, place de la Blanchisserie; celle de Saint-Jean, marché au Lin; le jardin Saint-George, jardin de la Révolution; l'hôpital Saint- Jean, Petit-Hospice -Civil; celui de Saint-Pierre, Grand-Hospice-Ciril; la fondation rlu Saint-Esprit, salle du Commerce.
D'autres rues changèrent aussi de noms. Voir la troisième partie.
DE BRUXELLES. 465 dans les environs et le soulèvement s'étendit jusqu'aux portes de Bruxelles. Cet esprit de révolte fut extirpé par le fer et par le feu, et, le 20 brumaire (10 novembre), le général Colaud leva l'état de siège du département « sauf les communes où le tocsin avait sonné, où l'arbre » de la liberté avait été coupé. » Toutefois, le Directoire irrité de la résistance passive qu'il rencontrait dans les habitants de Bruxelles, remit cette viUe sous ce régime exceptionnel jusqu'à ce que les conscrits fussent partis et les contributions levées (5 frimaire — 25 novembre). Ce ne fut que le 9 germinal (29 mars 1799) que l'état de siège fut levé par le général Cervoni, commandant en chef dans les neuf départements, . « aucun rassemblement armé n'existant plus dans le département de la » Dyle et la plus grande tranquillité régnant dans le chef-lieu. »
Au milieu de ces troubles on vit reparaître un homme dont le rôle n'a jamais été bien défini. Charles-Joseph Jacquemin, né h Bruxelles, rue de la Violette, en 1761, avait servi tour à tour dans les rangs autrichiens et patriotes, et partout il s'était distingué par son impétueuse valeur. Fait prisonnier, il avait été conduit dans l'intérieur de la France, et il eut, parait-il, des rapports aveu George Cadoudal et d'autres chefs des chouans , dont il devint l'émissaire en Belgique dès qu'il put y rentrer. Ses menées ayant inspiré des soupçons, il fut arrêté à Alost, conduit à Bruxelles et enfermé à la Treurenberg. Remis en liberté faute de preuves, il fut strictement surveillé, et l'on sut bientôt qu'il recrutait parmi les mécontents, avec lesquels il avait de fréquentes conférences dans un cabaret dit den Plaisanten Ifof, à Coekelberg. Il fut arrêté de nouveau et transféré à Dourlens d'où il ne tarda pas à s'échapper. De retour en Belgique, il recruta quelques hommes déterminés, et, en 1795, il parut inopinément dans le canton de Gcnappe. Il prétendit avoir reçu une commission de l'archiduc Charles et prit le nom de Cousin Charles de Loupoigne. Il fut activement secondé par quelques ecclésiastiques, et son corps de partisans, auquel il donna le nom d'armés belgique, compta parmi ses chefs plusieurs dignitaires monastiques; le proviseur de l'abbaye de Villers, dom Guillaume Chuntine, était son commissaire des guerres. La hardiesse des entreprises et les succès de ce partisan qui avait poussé jusqu'à Tervueren et Boilsfort, déterminèrent le gouvernement à agir vigoureusement pour étouffer ce foyer d'incendie, qui menaçait de s'étendre et de lui causer de vifs embarras. Cernée par des forces considérables, la troupe de Jacquemin fut détruite et dis-