‹ Histoire de la ville de BruxellesChapitre 20 sur 47 · J6« H1ST0ME · texte numérisé non relu

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pcrsée; mais ses chefs parvinrent à s'échapper. Le 25 février 1796 (6 ventôse an IV), un conseil de guerre condamna, par contumace, n la peine de mort, Jacqucmin et dom Chantine, « prévenus, dit le juge- » ment, d'avoir voulu faire renaître la royauté et le pouvoir monacal, et • chasser les Français de la Belgique. » Depuis longtemps on n'avait plus entendu parler de Jacqucmin : on le disait passé en Vendée, bien que beaucoup de personnes prétendissent l'avoir vu mainte fois à Bruxelles et ailleurs, lorsque le soulèvement de l'an VII le lit reparaître sur la scène publique. Son intrépidité et le fanatisme des paysans qui le suivaient, ne purent tenir contre l'impétuosité des républicains ; battue à Diest, l'armée bclgiquc se rallia ù Hasselt où elle fut écrasée par Jardon. Dès lors les cantons insurgés ne retentirent plus que du bruit des fusillades exécutées à la lueur de l'incendie des villages, et Jacqucmin qui devait peut-être seconder le projet de descente des Anglo-Russes en Hollande, se relira dans la foret de Soignes. Quelque faible que fût sa bande, il se rendit redoutable aux partisans de la France ; on le vit, en plein jour, enlever aux portes de Bruxelles trois hussards qu'il força à le suivre dans la foret. Maint expédient avait été employé pour s'emparer de sa personne, et plus d'un agent qui avait cherché à découvrir sa retraite, y avait laissé la vie, lorsqu'un de ses émissaires arrêté à Bruxelles la fit connaître au gouvernement. On sut qu'il se relirait dans une gorge de la forêt, entre Xeeryssche et ïervuercn, et, le i 2 thermidor an VII {30 juillet 1799), plusieurs corps d'infanterie et de cavalerie furent chargés de le traquer. Trois de ses hommes qu'ils arrêtèrent dans leur battue, leur servirent de guides, et on surprit Jacqucmin au moment où il distribuait de l'cau-dc-vie à ses gens. La vue de ces troupes ne l'intimida pas et il se défendit avec un courage digne d'un meilleur sort. Frappé d'une balle à la cuisse, il continua à combattre jusqu'à ce qu'un coup de feu lui perça la poitrine. Sa tète fut apportée à Bruxelles, et après que plusieurs témoins eurent constaté son identité, le lendemain, l'exécuteur des hautes œuvres l'attacha à un poteau placé sur Téchafaud qui avait été dressé en face de l'hôtel de ville ; elle y resta exposée pendant trois heures. L'importance donnée à sa mort peut faire juger des craintes qu'il inspirait. Les papiers trouvés à Hasselt, dans les bagages de l'armée insurgée, avaient prouvé, parait-il, que Jacquemin était l'agent d'un pouvoir supérieur, cl quoiqu'on eût cherché à le représenter comme un brigand, les opinions d'alors lui prêtaient un tout

autrc rôle. Par jugement du 4 brumaire an VIII, la plupart des chels de l'insurrection furent condamnés à mort, et ceux qui avaient été pris, furent exécutés sur le Sablon La révolte de l'an VII fut en Belgique le dernier retentissement des orages révolutionnaires ; la journée du 18 brumaire, qui plaça le pouvoir entre les mains du général Bonaparte, commença une ère nouvelle de prospérité et de repos.

Sous le Directoire, Bruxelles fut dotée de quelques établissements utiles. Conformément à la loi du 3 brumaire an IV, on y créa une école centrale (an V), une foire qui devait tenir du 27 vendémiaire (18 octobre) au 1 1 brumaire (1er novembre), remplaça celles existante* antérieurement (13 vendémiaire an VII), et un tribunal de commerce fut institué (3 vendémiaire an VII). Maisc'élaient là de bien faibles palliatifs. La ville favorite des ducs de Brabant cl de Bourgogne, la brillante résidence des gouverneurs généraux, était tombée dans un profond état de décadence. Sa population diminuée 3 témoignait des pertes considérables qu'elle avait faites; ses riches magasins qu'alimentait l'or des seigneurs de la cour des gouverneurs généraux , étaient fermés et, si quelques industries s'étaient relevées, son immense commerce de détail était anéanti. Les fêtes austères de la république ne pouvaient lui faire oublier ces brillantes cérémonies auxquelles elle était accoutumée. Aussi les pères en soupirant montraient-ils à leurs fils l'herbe qui croissait dans ces rues jadis foulées par une nombreuse population et sillonnées par les chevaux et les carrosses des gentilshommes qu'une étiquette sévère attachait à la cour des princes, et des hauts personnages composant les conseils du gouvernement.

En exécution de la loi du 26 pluviôse an VII, par laquelle les consuls introduisirent une nouvelle organisation administrative, chaque département fut administré par un préfet, un conseil de préfecture, et un conseil général, et chaque arrondissement par un sous-préfet aidé d'un conseil. La commune ou municipalité fut composée d'un maire, d'adjoints, dont le nombre variait d'après la population, et qui étaient nommés par le

* Vie privée et politique de Jaequemin, dit Cousin Charles de Loupoigne, chef de brigands, par le ciloyen B**\ Bruxelles, an VIII, in 8°. — Delyexxk, Biographie du royaume des Payi-Bas. — Recueil det Loix de la République française , etc. Bruxelles, Huyghe. T. XXIV, p. 377.

• En l'an VII (1800) Bruxelles ne comptait plus que 66,207 Ames; en l'an XI (1803), sa population s étaii élevée a 7î,t03, cl en 1811, elle était de 75,086.

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premier consul, enfin d'un conseil municipal dont les membres, qui étaient au nombre de trente dans les localités où il y avait plus de 5,000 Ames, étaient désignés par le préfet ; celui-ci avait aussi le droit de les suspendre de leurs fonctions, faculté qui annihilait complètement l'indépendance des administrations secondaires. Le peuple n'intervenait dans leur composition que par l'élection des notables parmi lesquels les membres des municipalités étaient choisis. Le premier préfet du département de la Dylc fut Doulcet-Pontécoulant qui fut nommé le i i ventôse, et le premier maire de Bruxelles, Arconali ; celui-ci, ainsi que ses adjoints Scroyen, Pollaert, Fourmaux et Annemans, fut installé le i 9 floréal (9 mai 1800). On établit des tribunaux de première instance au civil, des tribunaux d'appel qui reçurent plus tard le nom de cours impériales (ils jugeaient en appel des précédents), des tribunaux de commerce et des tribunaux criminels jugeant en appel des sentences des tribunaux correctionnels (27 ventôse an VIII). A la cour d'appel qui siégeait à Bruxelles, étaient soumis les départements de la Dyle, de la Lys, de l'Escaut, des Deux-Nèthcset de Jemmappcs; elle fut installée le 25 thermidor an VIII (1 5 août 1 800). Le nombre des justices de paix fut réduit, et Bruxelles n'en eut plus que quatre, comprenant chacune deux sections (19 nivôse an X — 9 janvier 1801). Cette ville devint la résidence des principales autorités militaires : le général commandant la 24* division militaire qui était formée des départements de la Dyle, de l'Escaut, des Deux-Ncthes et de Jemmappcs, le général de brigade commandant du département, ainsi que leurs états-majors, le directeur des fortifications, un commandant d'artillerie, l'inspecteur aux revues et le commissaire ordonnateur de la division. Le département de la Dyle et Bruxelles surtout, n'ont pas oublié l'administration sage et bienveillante de M. de Pontécoulant. Un des premiers soins de cet administrateur éclairé fut de chercher à relever les manufactures et les fabriques que les événements avaient ruinées. Il travailla sans relâche à faire cesser l'état de perturbation dans lequel se trouvaient toutes les branches de l'administration. Ses réclamations réitérées parvinrent a rétablir quelque ordre dans les affaires, cl quelque confiance chez les habitants. La mendicité anéantie, l'établissement d'un atelier de travail où le pauvre trouvait un refuge contre le vagabondage, la navigation du canal préservée d'une ruine complète, l'introduction de nouvelles branches de commerce, les encouragements accordés aux anciennes, le payement des rentes

DE BRUXELLES. 4«9 arriérées, témoignèrent bientôt des soins de ce fonctionnaire. L'administration municipale lui prêta un actif concours, bien qu'avec de minimes ressources, elle eût toujours à lutter contre d'énormes dépenses. Le 28 ventôse an VIII (19 mars 1800), elle obtint l'autorisation d'établir un octroi et, le 27 thermidor ( 1 5 août) suivant, clic organisa un corps de pompiers fort de cent hommes. Ce corps fut chargé du maintien de la police et de la tranquillité publique, ainsi que des secours en cas d'incendie.

Le 25 messidor an VIII (1 4 juillet), on célébra à Bruxelles les fêtes réunies de l'anniversaire de la révolution et de la concorde. Le préfet Doulcet-Pontécoula.nt se rendit au parc en grand cortège, et y posa, au milieu du bassin d'eau, mis à sec, la première pierre de la colonne départementale dont un arrêté du 29 ventôse avait ordonné l'érection en commémoration des victoires remportées par les armées de la république ; un exemplaire en bronze de la médaille frappée à cette occasion, fut placé sous les fondements de ce monument. La conclusion du concordat (16 janvier 1801) causa une vive joie h Bruxelles : le peuple avait vu avec douleur fermer les temples où il allait puiser des espérances ou se répandre en bénédictions. Le 4 juin, eut lieu la réouverture des églises dans le département de la Dyle et, le lendemain, sortit la première procession. Toutefois, en mars 1802, il y eut encore quelques troubles provenant de ce que des prêtres insermentés avaient célébré la messe en plusieurs endroits. Enfin, l'archevêque de Malines, Jcan- Amand de Roquclaurc, convoqua à Saintc-Gudule, le 18 juillet, tous les ecclésiastiques de la ville, assermentés et insermentés, et il assista avec eux à une procession du sacrement de miracle; les écoles et toutes les autorités civiles accompagnèrent cette procession qui , dit un contemporain, ressemblait plus à une cavalcade qu'à une cérémonie religieuse; pendant l'octave des prêtres assermentés et insermentés prêchèrent à tour de rôle. Le 1 2 août, l'archevêque réunit chez le doyen Millé tout le clergé de la ville et l'invita à prêter serment de fidélité et d'obéissance au gouvernement et à la république française. Cette proposition rencontra encore de grands obstacles et ce ne fut que le 2 fi juin 1805, après une messe solennelle chantée à Saintc-Gudule, que les ecclésiastiques jurèrent sur l'Évangile, entre les mains du préfet. Le 6 du même mois, la nouvelle circonscription des paroisses avait été arrêtée par l'archevêque ; mais toutes les églises, celles de Sainte-Gudule et de Saint- Toat ii. 60

Nicolas en particulier, se trouvaient dans un tel état de délabrement qu'il fallut procéder immédiatement à leur restauration. Enfin, un arrêté du 1 3 pluviôse an XII (5 février 1 804) permit de sonner les

cloches.

Le commerce reprit vie, de nouvelles industries furent importées, et un arrêté du 13 messidor an IX (2 juillet 1801) ordonna rétablissement d'une bourse de commerce a Bruxelles; le maximum des agents de change et des courtiers fut fixé à dix-huit. Un autre arrêté du 1 4 prairial (3 mai) créa des conseils d'agriculture et de commerce ; le préfet installa celui de Bruxelles le 2 1 vendémiaire an X (13 octobre 1 801). La loi du 11 floréal an X (1er mai 1802), promulguée le 21, réorganisa l'instruction publique. Elle créa des écoles primaires établies par les communes, des écoles secondaires également établies par les communes ou pur des particuliers, et des écoles spéciales ou lycées d'arrondissement de tribunal d'appel, pour remplacer les écoles centrales. Un arrêté du 24 vendémiaire an XI (16 octobre 1802) chargea les citoyens Noël et Coulombc d'organiser un lycée a Bruxelles pour le 1** niviVsc (22 décembre) suivant. Ce lycée compta bientôt un grand nombre d'élèves; lors du voyage du premier consul a Bruxelles (1803). il avait 150 internes, dont un grand nombre étaient boursiers du gouvernement \ Vers le même temps, on reprit l'ancien projet de relier Bruxelles au Hainaut par un canal. Une loi du 1 4 floréal an XI (4 mai 1 803) autorisa l'ouverture d'une voie de navigation entre les v illes de Bruxelles et de Charleroy ; mais les événements ne permirent pas de donner suite à ce projet qui n'a été réalisé que 28 ans plus tard.

En 1803, Bruxelles vit renaître, pour un instant, ces fêtes si communes aux temps de sa splendeur. Le 1 3 juin, on annonça officiellement la prochaine arrivée du premier consul qui allait visiter les nombreux et immenses préparatifs dont il menaçait l'Angleterre et qui mettaient toute la Belgique en mouvement. Le 2 1 juillet, à quatre heures de l'après-midi, une garde d'honneur et tous les corps de la garnison se réunirent pour aller au-devant de Bonaparte qu'ils rencon-

* Le premier proviseur du lycée de Bruxelles fut M. Chambéry, ancien chef de renseignement au Prvlanée de Paris, et le premier censeur des études, H. Lef«bvre, professeur a l'Université de la môme ville. Ce lycée pril.cn ISlu, la dénomination de Collège royal; en 1818, il reçut une nouvelle organisation sous le titre d'Athénée royal qu'il a conservé depuis.

trcrent à la sortie de Vilvorde. Du plus loin qu'il aperçut le cortège, il sortit de sa voiture, s'élança h cheval et s'avança vers les gardes d'honneur-, il complimenta le prince de Ligne qui les commandait, et son adjudant Rouppe sur leur belle tenue ; il passa ensuite en revue les troupes qui formaient un corps de 4 2,000 hommes. A sept heures, des salves d'artillerie annoncèrent l'arrivée du corlégç. Bonaparte, en uniforme de colonel des guides, était suivi du préfet du département, du général commandant la division et d'un nombreux état-major dans lequel on remarquait les généraux Duroc, Soult, Davoust, Monccy, Bcssièrcs, Victor, Lauriston, Savary, Rapp, Pino, les ministres de l'intérieur, des relations extérieures, de la marine et du commerce, le sénateur Monge, un grand nombre de hauts fonctionnaires et presque tous les préfets des départements réunis. Il avait été précédé par Joséphine qui était montée dans une voiture de poste traînée par huit chevaux. Une foule immense se pressait sur son passage et faisait retentir l'air d'acclamations. Des guirlandes de chêne entrelaçaient les arbres de l'Allée V erte, h l'extrémité de laquelle s'élevait un arc de triomphe dont les inscriptions exaltaient la gloire du jeune héros. Sur les côtés, on avait dressé deux vastes amphithéâtres, et à l'autre extrémité, en face du chantier de construction, il y avait une arcade surmontée d'un vaisseau de ligne, voiles déployées. A son arrivée devant l'arc de triomphe, le premier consul fut salué par les acclamations des dames placées dans les amphithéâtres, et des autorités qui y étaient réunies. Le maire Van Langenhoven, à la tète du conseil municipal, lui présenta les clefs de la ville dans un bassin de vermeil, et lui fit hommage d'une magnifique voiture attelée de huit chevaux d'une grande beauté ; cette voiture, sortie des ateliers de Simon*, avait coulé 42, 000 francs. M11" Romberg, jeune fille de douze ans, présenta à Joséphine une riche robe de dentelles; cette robe était enfermée dans un joli bateau dont le corps était en bois rose, le mât en or, les voiles en gaze, les cordages en fil d'or et l'ancre en argent. Lorsque le premier consul eut passé l'arc de triomphe, il put apercevoir le chantier maritime où l'on travaillait à la construction des neuf bâtiments que venait de voter le département de la Dyle. Toutes les rues que le cortège traversa étaient décorées d'une double rangée d'arbres réunis par des guirlandes et des arceaux de verdure. lin se rendant à l'hôtel de la préfecture (aujourd'hui le palais du roi) qu'il devait habiter pendant son séjour à Bruxelles, le premier consul passa

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par Sainte-Gudule ; le cierge" l'attendait à l'extérieur de l'église, «ur le frontispice de laquelle on lisait ce passage de Fléchier : Il rétablit de ses mains triomphantes les ruines du sanctuaire.

Bonaparte fut très-satisfait de l'accueil qu'il avait reçu et, lorsque le préfet vint lui présenter ses hommages, il lui exprima, ainsi que Joséphine, tout le plaisir qu'il en avait éprouvé. Le lendemain, le maire, escorté d'une cavalcade, lui présenta le vin d'honneur qu'il Ct distribuer aux hôpitaux. Toutes les autorités civiles, ecclésiastiques et militaires furent ensuite admises à son audience. Pendant ce temps une foule immense stationnait devant l'hôtel de la préfecture ; lorsque Bonaparte parut au balcon, il fut salué des plus vives acclamations. A la sortie du dîner, auquel avaient été invités le maire et les hauts dignitaires, le premier consul passa dans le jardin qui était illuminé avec magniGcence ct présentait de flatteuses allégories. Joséphine se rendit au théâtre où les artistes de la comédie française, arrivésde Paris, représentèrent Cinna. Le jour suivant, la municipalité offrit à son illustre hôte une féte somptueuse. Une brillante illumination paraissait faire de la ville un palais enchanté; pour en couvrir les frais, chaque bourgeois patenté fut taxé h dix sous. La tour de Saint-Michel était illuminée jusqu'à son sommet. Le premier consul et Joséphine arrivèrent à onze heures à l'hôtel de ville où ils furent reçus aux cris de vive Bonaparte ! vive madame Bonaparte! qui les avaient accueillis partout sur leur passage. Introduits dans la belle salle du dais, on présenta à Bonaparte un prétendu fauteuil de Charles-Quint , qui se trouve encore à la maison communale ; mats il refusa de s'y asseoir ct se confondit souvent dans la foule, causant avec le maire et ses adjoints et laissant tomber çà ct là de ces paroles affectueuses auxquelles il savait donner le plus grand prix. Le peuple n'avait pas été oublié dans ces fêles : le vin jaillit du Manneken-piss rl des fontaines de l'hôtel de ville ; un aérostat fut lancé du couvent des Augustins ; le canal eut ses jeux de l'anguille et de la toison, ct le Sablon un oiseau d'artifice. Les danses se prolongeaient encore à l'hôtel de ville que déjà Bonaparte était dans la plaine de Monplaisir où il faisait manœuvrer ct passait en revue tous les corps d'infanterie réunis à Bruxelles. De retour dans la ville, il se rendit à Sainte-Gudule. 11 portait un habit rouge écarlatc, brodé d'argent, tel qu'on le voit représenté sur un beau portrait, à l'hôtel de ville, ct il était monté dans le brillant carrosse qui lui avait été offert à son arrivée. Il fut reçu par l'archevêque

DE BRUXELLES. 175 <lc Malines, l'évéque de Gand, un nombreux clergé et les autorités civiles. Il entendit la messe sous le dais ; Joséphine qui l'avait précédé, occupait une tribune réservée. Elle avait revêtu la robe de dentelle dont la ville lui avait fait présent. Le premier consul devait se rendre le soir au théâtre où, par son ordre, on eût représenté Esther; mais l'arrivée d'une députation de la république batave fit changer ses projets et contremander le spectacle

Le 7 thermidor, vers midi, le troisième consul, Lebrun, arriva à Bruxelles et descendit à l'hôtel de Rodoan (aujourd'hui l'hôtel de Flandre). Lorsqu'il se rendit chez Bonaparte, une foule immense se porta vers l'hôtel de la préfecture ; les plus vives et les plus bruyantes acclamations retentirent quand on vit ces deux chefs de la république se présenter au balcon. Le soir, il y eut une brillante illumination à l'Allée Verte; à l'une de ses extrémités était un obélisque de cent pieds de haut sur lequel on lisait en verres de couleur : A Napoléon le Grand. A l'autre extrémité, cette éblouissante perspective se terminait par une statue colossale, représentant le premier consul élevé sur le pavois. Le canal était couvert de barques gracieusement décorées en verres de couleur et portant de nombreux orchestres. Vers onze heures, Bonaparte et Lebrun vinrent, chacun dans sa voiture, se promener au milieu des 50,000 spectateurs qui encombraient cette belle promenade et ses environs. Qui eût dit alors qu'elle servirait un jour de théâtre aux fêtes données à Guillaume d'Orange, au Russe Alexandre, à l'Anglais Wellington, aux vainqueurs de Waterloo?

Le lendemain, après avoir assisté à la représentation de Britannicus, Bonaparte, accompagné de Lebrun et de Joséphine, se rendit à une fête splendidc que le commerce de Bruxelles, représenté par soixante des plus riches négociants, lui offrit, dans la belle salle du grand concert. Le premier consul voulut employer le dernier jour qu'il comptait rester à Bruxelles, à visiter les établissements industriels. Ceux qui excitèrent le plus vivement son attention, furent les ateliers du carrossier Siinons, qu'il félicita de savoir se passer des produits de l'Angleterre avec laquelle la carrosserie bruxelloise pouvait entrer en concurrence; la manufacture de dentelles de Mme Vanderborght, où Joséphine reçut l'hommage d'un superbe écran en point de Bruxelles, et la manufacture de maroquins de M. Gilson, dont la fille lui offrit un magnifique portefeuille en maroquin rouge. Il commanda à Simons quinze carrosses, et à Mm" Van-

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derborghl un riche surplis qu'il voulait offrir au pape. Joséphiae chargea cette dernière de lui faire confectionner trois robes pareilles à celle qu'elle avait reçue de la ville, afin d'en faire présent à différentes princesses, entre autres à la reine de Prusse. Tous les ouvriers des manufactures reçurent sept jours de paye à titre de gratification. Bonaparte se rendit ensuite au lycée. Après avoir pris les plus minutieuses informations sur l'état des études, il assista au souper des élèves dont il goûta le pain. Il était accompagné dans ces visites par le troisième consul, le ministre de l'intérieur, le sénateur Monge et le préfet du département. II finit la journée en se rendant au théâtre, où l'on représenta la Joyeuse Entrée, pièce de circonstance composée par Jouy, alors chef de la première division à la préfecture.

Voulant témoigner aux Bruxellois tout le plaisir qu'il avait éprouvé dans leur ville, Bonaparte consentit à y rester encore un jour, afin de pouvoir assister à la fête qui devait avoir lieu le 9 et que le mauvais temps fit remettre au 10, faveur extraordinaire de la part d'un homme qui connaissait si bien le prix du temps. 11 passa la journée du 1 0 à travailler avec les ministres et les principaux administrateurs. Il voulut laisser à Bruxelles des traces de son passage : quatre-vingt-douze habitants du département de la Dylc furent rayés définitivement de la liste des émigrés. 11 fit lever le séquestre des biens des anciens employés de la cour de Vienne, qui déclareraient vouloir devenir citoyens français et renoncer aux places qui pourraient les attacher encore à une puissance étrangère. Il autorisa la création d'ui>c école spéciale de médecine et de législation , et approuva les plans proposés déjà au gouvernement autrichien pour l'agrandissement de la ville qu'il était question dès lors d'entourer d'une ceinture de boulevards. Une vaste esplanade pour l'exercice des troupes devait être couliguë au parc, d'où de belles promenades se prolongeraient jusqu'à la foret de Soignes. Il décida que les faubourgs de Saint- Josse-tcn-.\oode, d'Kltcrbeck et d'ixcllcs seraient renfermés dans l'enceinte de la ville. Il permit de donner son nom à la porte qu'on allait ouvrir sur la chaussée d'Anvers, et qui fut construite sur le modèle de l'arc de triomphe élevé à l'Allée Verte.

La soirée du 10 vit la féle donnée par le département et aux préparatifs de laquelle on travaillait depuis plusieurs semaines. Le parc, dans lequel elle devait avoir lieu, avait été fermé, de crainte d'accidents, mais on distribua douze mille cartes d'entrée. Toutes les allées, les bassins,

les bosquets, étaient décorés d'arceaux, de guirlandes et d'immenses portiques en verres de couleur. Une tente, longue de 130 pieds sur une largeur de 40, avait été dressée au Waux-Hall, pour recevoir les invites. Sur la porte d'entrée on lisait cette inscription : Qu'elle est belle la fête où préside la gloire! La façade de la chambre héraldique était ornée d'un vaste transparent, sur lequel on voyait le génie de la gloire tenant deux bauderoles : sur l'une on lisait France, sur l'autre Belgique, avec cette devise : On ne désunit pas ce que la gloire assemble. Les huit portes du parc offraient chacune un arc de triomphe illuminé, avec son inscription particulière. Bonaparte devant partir le lendemain ù cinq heures, quitta à minuit la fête qui se prolongea jusqu'au malin. Le i" août, à l'heure qu'il avait indiquée, il quitta Bruxelles au bruit de l'artillerie. Le préfet et la garde d'honneur l'accompagnèrent jusqu'à Louvain. Avant son départ, il fit don de 8,000 francs à l'église de Sainte-Gudule, dont il avait vu avec peine l'état de délabrement, et de 5,000 francs aux sœurs noires. 11 envoya au maire une tabatière en or enrichie de diamants et ornée de son portrait. La jeune fille qui avait offert à Joséphine le présent de la ville, reçut un beau diamant \

Bruxelles qui, pendant quelques jours, avait cru revoir les beaux temps de son ancienne prospérité, retomba dans la torpeur, et il ne lui resta rien pour voiler ses nombreuses infortunes. La loi de conscription avait frappé de terreur toutes les familles. Dès 1803, les retardataires furent en grand nombre; on vit plus d'une fois les commissaires de police faire dans les familles des descentes nocturnes pour y enlever des malheureux que la gendarmerie entraînait à leurs corps. Le 9 janvier \ 804, on mit en réquisition, pour le service de la marine, les charpentiers, les menuisiers et tous les ouvriers en fer ou en bois. Heureusement ces réquisitions n'avaient plus que le caractère arbitraire de la ré- ^olution : si elles enlevaient des ouvriers à leurs travaux habituels, ce n'était pas du moins sans compensations pécuniaires. Le 20 mai, les cloches des églises annoncèrent à Bruxelles que le héros de l'Italie et de l'Egypte avait été proclamé empereur des Français. Le 22, les troupes prêtèrent serment au nouveau souverain et, le 2 juin, cette cérémonie fut renouvelée pour les fonctionnaires et les employés civils. En vertu

' fUnnr.T, Voyage liu premier contttl à Bruxelles. Bruxelles, an XI. — Goetviel. — L'Oracle.

des art. 1 et 2 du décret impérial, portant règlement sur le mode de présentation à l'acceptation du peuple de la proposition énoncée à l'article 142 du sénatus-consulle du 27 floréal an XII, relatif à l'hérédité de la dignité impériale dans la famille de Napoléon, des registres furent ouverts à la préfecture, à la mairie, aux greffes des tribunaux, chez les juges de paix et chez les notaires; dans l'arrondissement de Bruxelles, sur 51,261 votes qui furent émis, il n'y en eut que trois négatifs. Le i 0 juin, on chanta le Te Deum dans toutes les églises et, le soir, il y eut illumination. Bientôt après (1er septembre), Bruxelles reçut la visite du nouveau Charlemagnc. On avait ordonné pour sa réception toutes les cérémonies en usage lors de l'entrée des anciens souverains de I» Belgique. Les rues que le cortège devait traverser, étaient plantées de sapins, ornées de guirlandes et jonchées de verdure. Une brillante garde d'honneur, les serments, bannières déployées, le flambeau à la main, et précédés de leurs tambours et de leurs trompettes, ainsi que toutes les autorités civiles et militaires, étaient allés à sa rencontre hors de la porte d'Andcrlccht. On y avait élevé un arc de triomphe sur lequel on lisait ce passage de Pline : Insinum tuum confugit labefacta respublica. L'arrivée de l'empereur fut annoncée par des salves d'artillerie et par le son des cloches. Il entra en ville vers cinq heures de l'après-midi, dans une voiture à six chevaux, escortée par les mameluks de la garde et par un escadron de cavalerie. II fut complimenté par le préfet de Chaban et par le maire Van Langenhovcn. Les débardeurs arrêtèrent la voiture, en dételèrent les chevaux et traînèrent ignoblement le fils ingrat de la république. Il traversa la ville pour se rendre au château de Laeken et passa par la porte Napoléon, ouverte alors pour la première fois. Sur cette porte on lisait cette inscription : Porte Napoléon. Son nom seul la rend impérissable. Après avoir pris une collation au château, Napoléon rentra vers huit heures du soir à Bruxelles qu'il traversa sans s'arrêter, et sortit par la porte de Louvain. Ce prompt départ produisit une stupéfaction générale dans la ville, dont les habitants avaient espéré le garder plus longlcmpsdans leurs murs. Les serments le conduisirent aux flambeaux jusqu'à Saint-Jossc-ten-Noodc.

Le 2 décembre 1 804, on célébra à Bruxelles la fête du couronnement de l'empereur. Un Te Deum fut chanté à Saintc-Gudule et des jeux publics furent donnés au peuple. Le soir, il y eut illumination et bal masqué au théâtre. Une jeune fille, élève de l'hospice des orphelins,

présentée à cet effet par le conseil général des hospices, fut mariée et reçut 600 francs de dot. Elle fut conduite a l'église par M. Devos qui faisait fonctions de maire, et qui lui servit de témoin au nom de la ville de Bruxelles. 5,000 pains, 1 00,000 livres de houille furent distribués aux pauvres. Un décret du 17 mars 1805 établit à Bruxelles une académie qui comprit, dans son arrondissement, les départements de la Dyle, de l'Escaut, de la Lys, de Jemmappcs et des Dcux-Nèthes. Elle fut placée dans le local de l'ancienne cour. Cette académie était la plus importante peut-être de l'empire français parles ressources qu'elle offrait aux familles : les études s'y étendaient de l'enseignement élémentaire jusqu'aux grades les plus élevés dans les sciences et dans les lettres. Trois lycées, plus de trente collèges, un nombre considérable d'institutions, pensionnats et écoles primaires dépendaient de celte académie et déversaient l'instruction dans toutes les classes de la société. L'école de droit fut installée le 25 mars 4 807, et la faculté des lettres le 5 novembre 1810.

Le 1 5 avril 1 805, le frère de l'empereur, Joseph, arriva à Bruxelles. Après avoir été complimenté par le préfet cl par le maire, il alla descendre à l'hôtel de la préfecture. Ce prince possédait comme sénateur la sénatoreric de Bruxelles qui avait été instituée en l'an XI et richement dotée. Le 17, il présida, comme grand électeur, le collège électoral du département de la Dyle, qui fut convoqué dans la salle du grand concert. Le comte de Mcrodc-Wcstcrloo cl l'ancien chancelier de Brabant, Crumpipen, y furent nommés candidats au sénat conservateur. Le 20, le prince visita les principaux établissements, le lycée les fabriques, les manufactures, les hospices et les hôpitaux ; il partit le lendemain.

En 1805, Bruxelles fut désolée par la cherté des vivres, qui se fit principalement sentir dans le mois de juin et occasionna quelques tumultes au marché. Le 21 de ce mois, le comte de Mérode-Weslerloo fut installé comme maire. On donna beaucoup d'apparat à cette cérémonie qui se fit au son des cloches. Cependant le mécontentement commen-

• On rapporte qu'ayant remarqué en visitant le réfectoire au Lycée, qu'il y avait beaucoup de gobelets d'étain, il dit au proviseur : « Il serait plus agréable » de boire dans de l'argent. Eb bien, puisque vous êtes si content de vos élèves, » je ferai en sorte qu'ils aient tous leur gobelet d'argent. » Des ordres furent dnn nés pour en faire confectionner 153.

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