T0« II
cait à percer; l'exclusion des Belges de presque tous les emplois, les privations qu'entraînait le blocus continental, le despotisme des mesures impériales, les dispositions odieuses du fisc, et par-dessus tout les rigueurs exercées contre les réfraclaires et leurs familles, indisposaient les esprits, et malgré la sévérité de la police, mainte fois les murmures éclatèrent. En novembre 1804, on avait déjà arrêté un grand nombre d'habitants; le 50 janvier suivant, les commissaires de police firent de nouvelles descentes domiciliaires et opérèrent cinquante et une arrestations. Le nombre des prisonniers détenus ù la Trcurenbcrg s'élevait à 290 ; il y en eut dix qui moururent en prison. Le 5 février, 1 1 8 jeunes gens furent condamnés à 1,500 francs d'amende. Le 2G mars 1800, la plupart des prisonniers furent relâchés sans qu'on leur notifiât la cause de leur détention qui avait porté le plus grand préjudice ù leurs intérêts; le 25 avril, un grand nombre d'autres comparurent en jugement et furent acquittes. Un de ceux-ci, le sieur Poclman, citn le commissaire de police Vils devant le juge-dc-paix pour arrestation arbitraire; mais le préfet défendit à Vils d'obtempérer à la citation. Au mois de septembre, \ingt-huit bourgeois furent encore arrêtés. Ces faits que signale Goctvicl, suffisent pour peindre le régime auquel notre malheureuse patrie était alors soumise. D'un autre côté, depuis que l'arrivée des Français avait jeté le désordre dans ses finances, la ville de Bruxelles avait été obligée de suspendre ses payements, et ses rentiers étaient plongés dans la plus profonde détresse, tn l'an M, le conseil municipal fit le relevé de la dette communale; il fut reconnu que les intérêts anuuelsde la dette consliluée s'élevaient à 488,708 francs 2G centimes, savoir : 475,508-26 de rentes héréditaires et 15,200 de rentes viagères. 11» furent régulièrement payés en 1 804, 1805 et I 80G ; mais, en 1807, sous prétexte que le tableau de la dette n'était pas achevé, .Napoléon, en ordonnant d'accélérer ce travail, défendit de faire aucun payement, même sur les arrérages, avant la liquidation complète ( 1 0 mars). Cet acte d'arbitraire fui suivi d'une iniquité plus révoltante encore ; le 25 fé\rier 1808 arri\a à Bruxelles l'ordre de prendre sur l'excédant des recettes communales montant à 1,254,154 francs, la somme de 1,200,000 francs et de la verser dans la caisse de l'amortissement, gouffre dans lequel disparaissaient les trésors de l'état et ceux des administrations particulières. Cependant, sur les instances réitérées de la municipalité cl des malheureux rentiers. Napoléon consenlit à ce que
l'arrérage de 1809 et des années postérieures fut intégralement payé ; mais, en 1810, pour se procurer de nouvelles ressources, il déclara que le gouvernement déterminerait la partie des revenus communaux qui serait abandonnée aux communes pour être employée au payement de leurs anciennes dettes. On mit en outre une lenteur désespérante à approuver le grand livre de la dette constituée de Bruxelles ; ce ne fut que le 3 décembre 1815, alors que la puissance impériale chancelait, que cette formalité fut enfin remplie .
Le 1 5 juin 1 806, entre neuf et dix heures du soir, Louis Napoléon, roi de Hollande, arriva à Bruxelles avec sa famille. 11 fut complimenté, à la porte d'Anderlecht, par le préfet et par le maire, cl se rendit au château de Laeken; le lendemain, il parut au théâtre, accompagné de la reine qui était allée, le même jour, visiter la manufacture Vanderborght. Rien de plus stérile dans notre histoire que cette triste époque de l'empire. Quel rôle en effet pouvait jouer, dans les grands drames de ce temps, une ville qui n'avait plus qu'un rang très-secondaire? La tache de l'historien est bien insipide, quand il n'a à rappeler que des faits sans caractère ; elle est bien triste, quand il voit un peuple, capable de grandes choses, ne donner signe de vie que pour fêter l'arrivée du souverain ou des membres de sa famille. Au mois de mai 1807, l'impératrice vint passer quelques jours àLaekcn. En 1810, Napoléon qui venait d'épouser Marie-Louise, visita une troisième fois la Belgique. Il arri\a ù Bruxelles, avec la nouvelle impératrice, dans la soirée du 22 avril, et se rendit directement au château de Laeken. Il était accompagné de son frère Jérôme et de la reine de Westphalic. Le lendemain, il Ht à Bruxelles une entrée solennelle au milieu d'une foule immense, accourue de toutes parts, pour voir le grand empereur uni à la fille des césars. Bruxelles, à cette occasion, déploya une magnificence extraordinaire : cavalcades, jeux publics, illuminations, fêtes brillantes, tout fut prodigué pour la réception de ces illustres hôtes. Napoléon n'y fit qu'un court séjour. Le 20 mai de l'année suivante, la cour d'appel fut installée. L'arbre de la liberté, qui avait été planté, en 1794, sur le grand marché, en fut enlevé le 3 mars 1812. Il fut remplacé par un poteau supportant une lanterne destinée à éclairer la place.
« Mémoire pour les erëanciert rentiers de la ville de Bruxelles à S. A. Guillaume prince d Orange-Nassau. Bruxelles, in-4", 1814.
Les revers éprouvés, en 181 2, par les armées françaises, vinrent réveiller l'espérance de tous les hommes qui gémissaient de voir le nom de leur patrie rayé de la carte des peuples, et tous, partisans de l'Autriche ou de l'indépendance, s'apprêtaient à ouvrir les bras aux allies dont chaque jour signalait des progrès nouveaux. En février 4 8 1 3 , la ville leva et équipa à ses frais cent hommes, dont elle fit présent à l'empereur. La même année, on organisa la garde d'honneur et la garde nationale sédentaire ; le 24 juin, celle-ci prêta serment d'obéissance a ses officiers, et, le 2 7 novembre, elle releva presque toutes les troupes de la garnison appelées aux frontières menacées par la coalition. Peu de jours après, les habitants furent prévenus , qu'au premier coup de tambour , ils devaient se réunir en armes aux postes qui avaient été indiqués ; l'ennemi s'approchait et les circonstances pouvaient donner lieu à des désordres et à des pillages. Dès lors une terreur panique se répandit parmi tous ceux qui, par leurs fonctions ou par leurs intérêts, tenaient au parti de la France. Une foule de fuyards des villes voisines vinrent l'augmenter, et bientôt les principaux établissements furent fermés. Les autorités, redoutant les réactions, étaient dans une grande anxiété ; les gardes bourgeoises, constamment sous les armes, faisaient des patrouilles pour veiller au maintien de l'ordre. Dans la journée du 1 7 décembre, le bruit courut qu'un parti de Cosaques était arrivé à Cortcnbcrg et y avait commis quelques pillages. La garnison prit aussitôt les armes et accompagnée d'un grand nombre de bourgeois poussés, les uns par la curiosité, les autres par leur humeur belliqueuse, elle alla reconnaître l'ennemi. C'était une fausse alerte ; mais elle avait suffi pour répandre la plus vive agitation dans la ville, et plusieurs fois la populace se porta vers la ferme des tabacs établie dans l'ancien couvent des Minimes. Prévoyant qu'ils ne pourraient se défendre dans Bruxelles, les Français en firent sortir (janvier 1814) les employés, les archives, les élèves du lycée, les invalides, les malades et les blessés militaires. Tous les chariots des habitants des villages voisins furent mis en réquisition pour cette retraite, que la masse des fuyards qui arrivaient de tous côtés, faisait (mrfois ressembler à une déroule. Dans la journée du 1 3 janvier, l'autorité fut prévenue que des agitateurs cherchaient à ameuter la populace, et la plus grande surveillance fut recommandée aux gardes bourgeoises. Heureusement on n'eut à regretter aucun désordre et même, le 17, le bruit courut que les alliés opéraient leur retraite. On apprit bientôt le contraire, mais les
DE BRUXELLES. 481 Français, ne voulant sans doute pas nous quitter les mains vides, pressèrent la levée des contributions. Des soldats furent placés chez les bour geois qui ne se hâtaient pas de donner un argent qu'on pourrait bien leur redemander plus tard. Ces exécutions militaires achevèrent de mécontenter le peuple, et lui firent désirer ardemment le départ de ses oppresseurs. Si Bruxelles avait vu s'élever de beaux quartiers sur l'emplacement de quelques-uns de ses anciens couvents, de nouveaux établissements industriels se former, des réformes nécessaires s'introduire dans l'administration, une bonne police veiller à la conservation des propriétés et à la sûreté des citoyens; si elle avait été dotée d'une bibliothèque, d'une galerie de tableaux, d'un cabinet de physique, d'un jardin des plantes, d'une académie, elle avait perdu cette considération qui s'attache au rang d'une capitale ; les trois couleurs arborées sur ses monuments n'étaient pas les couleurs brabançonnes, et toute la gloire du colosse qui pesait sur l'Europe, ne pouvait faire oublier aux Bruxellois la perte de leur nationalité.
Le i " février, entre cinq et six heures du soir, I'arrière-garde française quitta Bruxelles et environ une heure après, la porte de Louvain vit entrer les premiers Cosaques au nombre de sept à dix. Ils traversèrent rapidement la ville pour courir sur les traces des Français. Cette évacuation se passa avec ordre et calme, grâces à la bonne contenance de la bourgeoisie qui imposait aux perturbateurs. Plus tard, dans la soirée, arrivèrent quelques détachements de cavalerie et d'infanterie, qui furent logés chez les bourgeois, tandis que les Cosaques couchèrent au milieu de la neige dans la rue des Fripiers. Le lendemain, de nouvelles troupes entrèrent en ville et remplacèrent celles qui, arrivées de la veille, étaient parties le matin à la poursuite des Français. Poussée par la curiosité, la foule se portait à la rencontre de ces soldats du Nord, dont les costumes et le langage faisaient naître le plus vif étonnement. L'arbre de la liberté, que l'empire avait laissé sur la place Royale, fut enlevé le même jour (2 février); les branches en furent brûlées et la grille qui l'entourait fut transportée à la maison de ville.
Les généraux alliés chargèrent de l'administration provisoire du pays deux commissaires, le comte de Lottum et Delius. Le 4 février, il fut enjoint à tous les Français résidant à Bruxelles d'aller se faire inscrire à la maison de ville. Le 8, arrivèrent le prince d'Orange que la Hollande avait proclamé son chef, le ducdeSaxc-Weimar, commandant de l'armée
i82 HISTOIRE
russe, prussienne et saxonne dans le Brabanl, et le généra) Bulow, commandant en chef le troisième corps prussien. La garde bourgeoise à cheval alla à leur rencontre et les conduisit, au son des cloches et de la musique, à l'hôtel de la préfecture où ils établirent leur résidence. Une proclamation, signée par le duc de Saxe-Weimar et par le général Bulow. le \ \ février, déclara les Belges déliés du serment d'obéissance qu'ils avaient prêté au gouvernement français, et libéra tous les employés des engagements qu'ils avaient contractés envers les autorités jusqu'alors constituées. En vertu des pleins pouvoirs qui leur avaient été donnés à cet effet, leurs chefs d'état-major, le baron de Wollzogen, général-major au service de l'empereur de Bussie, et le baron de Boycn, créèrent, le même jour, un gouvernement provisoire, composé d'un gouverneur militaire et d'un gouverneur civil, formant la plus haute instance en dernier ressort, et assistés de quatre secrétaires généraux constituant un conseil administratif. Ce gouvernement fut installé le \ b. Le comte de Lottum, gouverneur militaire de Bruxelles, pour la partie militaire, Dclius pour la partie civile, furent chargés, en qualité de commissaires généraux, d'administrer les intérêts des alliés, et le duc de Bpaufort fut nommé gouverneur général de la Belgique. Les membres du conseil administratif général étaient : le comte Eugène de Bobiano faisant, en l'absence du duc de Beaufort, les fonctions de gouverneur général. De Limpens, De le Vieillcuse père, le baron de Poedcrlé, secréluire général pour les armements militaires, De Brouckerc. secrétaire général pour la police, le baron de Crumpipcn, secrétaire général pour les finances, de Jonghe, secrétaire général pour la justice et pour les intérêts du clergé. Quelques jours après, le baron d'Auclhan fut nommé intendant du département de la Dyle, et P.-J. De le Vieillcuse Cls, sous-intendant pour l'arrondissement de Bruxelles.
Le i 3, les généraux alliés et leur état-major assistèrent à un TeDeum qui fut chanté dans l'église de Sainte-Gudule. Les alliés cependant se défiaient toujours des dispositions du peuple et les plusgrandes précautions étaient prises pour prévenir tout mouvement en faveur d'un parti qui n'était rien moins que populaire, bien qu'il comptât de nombreux adhérents. Le 18, le duc d'I'rscl qui venait d'annoncer au conseil municipal sa résolution de se démettre de ses fonctions de maire, fut arrêté cl conduit sous escorte hors de Bruxelles, sous prétexte qu'il correspondait avec les Français; son hôtel fut gardé et ses papiers mis sous scellé. Le
m BRUXELLES. i8.ï
conseil qui avait entendu avec regretta déclaration du duc, s'était rendu chez le duc de Beaufort pour lui exprimer les sentiments qu'elle avait fait naître; celui-ci le renvoya à Saxe-Weimar qui, prévenu sans doute de cette démarche, avait quitté la ville. Lorsque le conseil fut in formé de l'arrestation du maire, il envoya aussitôt au général allemand une députation chargée de lui présenter une requête en faveur du prisonnier. Mais on n'y eut aucun égard, et, le 25, le baron J. Vandcrlinden d'Hooghvorst fut nommé maire. Quant au duc, il ne fut relâché que le 2 i mars. Le 2 i février, le magistrat ayant voulu faire mettre à exécution une ordonnance du 1 7 qui prescrivait le payement comme de coutume, des droits du marché, il s'ensuivit un tumulte qui fut sur le point d'occasionner de grands malheurs. Le commissaire de police Vits fut violemment maltraité par lu populace, et la force armée le préserva avec peine d'un sort plus cruel. Sa maison fut protégée par la troupe, mais celles de deux de ses collègues, situées rue de Flandre et rue aux Choux, furent saccagées cl pillées. Dans une proclamation qui parut le lendemain, le comte de Lottum annonça qu'il allait ordonner une enquête rigoureuse sur cette émeute, et livrer les coupables à toute la sévérité des lois, ajoutant qu'à l'avenir il traduirait devant une commission militaire tous les perturbateurs du repos public et fauteurs d'attroupements, pour les faire juger et punir dans les vingt-quatre heures.
I n arrêté du 22 février ordonna à tous les fonctionnaires des ordres administratif et judiciaire, aux avocats et aux avoués, de donner, dans les trois jours, leur promesse écrite d'obéissance et de fidélité aux hautes puissances alliées, sous peine d'être considérés comme démissionnaires. Dans la soirée du 2 mars, un bourgeois fut assassiné par quelques militaires, dans la rue de la Madeleine. Cet événement occasionna une grande rumeur dansla ville, et, le lendemain, un ordre du jour prescrivit à toutes les troupes d'être rentrées dans leurs logements à huit heures du soir. La ville s'était déjà vue forcée de fournir, à ses frais, aux troupes alliées unegrande quantité d'effets d'équipement. Le 3 mars, leurs généraux imposèrent au pays une contribution de trois millions ; le déparlement de la Dylcful taxé, pour sa part, à la somme de 925,333 francs 33 centimes.
Le baron de Horst ayant été nommé gouverneur général de la Belgique par l'administration centrale des puissances alliées, les commissaires Delius et de Lottum repèrent leurs fonctions le 23 mars. Le
5 avril, arriva la nouvelle de la capitulation de Paris; le son des cloches et des salves d'artillerie annoncèrent cet événement. Le lendemain, il y eut grande parade des troupes de la garnison et Tordre fut donné aux bourgeois d'illuminer leurs maisons. Cependant l'antipathie des Belges pour les alliés ne larda pas a se manifester. Dans le premier moment, ils avaient été reçus avec joie parce que la Belgique es|>érait trouver en eux des libérateurs; mais la brutalité de quelques-uns de leurs soldats, leurs défiances, l'incertitude sur leurs projets, changèrent bientôt les dispositions du peuple. On eut pitié de ces malheureux prisonniers français qu'on voyait quelquefois maltraiter, et auxquels les bourreaux qui leur servaient d'escorte, arrachaient souvent les soulagements que s'empressaient de leur offrir les bourgeois. Les Belges se rappelèrent que leurs frères s'étaient battus et avaient perdu la vie dans les rangs des vaincus ; aussi l'intérêt général qu'inspirent toujourslesgrandesinfortuncs, reprit-il tous ses droits, et fit-il oublier le passé. Six cents hommes de l'armée belge qu'on s'occupait à organiser, se trouvaient en garnison à Bruxelles. Par prudence, on leur avait défendu de sortir armés ; mais cette mesure n'ayant servi qu'à les exposer aux insultes des Allemands et des Prussiens, cette défense fut levée. Dès lors des rixes sanglantes éclatèrent dans toutes les rues et dans le parc que l'autorité fit fermer. Le 1 6 mai, une soldatesque furieuse vint assiéger la maison des orphelins de la paroisse de Sainte-Gudule , rue des Cailles, dans laquelle étaient casernes les Belges ; ceux-ci braquèrent deux canons devant la porte pour imposer à ces étrangers qui ne rougissaient pas de se jeter dix sur un seul homme. Les Suédois et les Anglais doivent être exceptés de ce blâme; ils observaient une sévère discipline, et les bourgeois n'eurent qu'à se louer de leur conduite.
Le 6 mai, le baron de Horst rerail l'administration au baron de Vincent, lieutenant-général au service d'Autriche, chargé par les allies de gouverner, en leur nom, la Belgique et le pays de Liège. Des commissaires anglais, prussien, russe et hollandais furent accrédités auprès du gouverneur général. Le 1er juin, les gardes bourgeoises furent remerciées et les postes remis aux troupes belges. L'administration du baron de Vincent fut de courte durée. Le 30 juillet, entre neuf et dix heures du matin, le prince d'Orange-Nassau, appelé au gouvernement de la Belgique, fit son entrée à Bruxelles, où son fils aîné l'avait précédé le 22. 11 était dans une voiture (rainée par six chevaux et escortée par
DK BRUXELLES. iS.i des hussards hanovriens; il entra par la porte de Lacken, où un arc de triomphe avait été élevé, et alla descendre a l'hôtel de la préfecture. Le soir, la ville fut illuminée. Le lendemain, le baron de Vincent remit à ce prince l'administration du pays, et un arrêté du \ 2 août organisa l'administrntion générale de la Belgique. Elle fut composée de quatre départements ou commissariats généraux, d'un conseil de cabinet, d'un conseil privé, d'une chambre des comptes et d'une secrétaircrie d'état, ayant tous leur siège à Bruxelles.
En voyant le gouvernement de la Belgique tomber entre les mains d'un prince protestant, les catholiques se rallièrent aussitôt aux partisans de l'Autriche, et les démocrates sentirent crouler l'échafaudage de leurs illusions. Entraînées et séduites, comme elles le sont toujours par l'appât de la nouveauté, les masses conçurent pourtant quelques espérances qui furent bientôt détruites; le prince d'Orange, en effet, à qui la saintealliance destinait un trône, préluda presque aussitôt aux mesures impolitiques et illibéralcs qui, quinze ans plus tard, devaient lui arracher le plus beau fleuron de sa couronne. A la nouvelle de l'arrêté qui abolissait le jugement par jury (6 novembre 1814). ainsi que des autres décisions du pouvoir, décisions toutes empreintes du cachet d'une prédilection particulière pour les Hollandais, et d'indifférence, ou plutôt d'antipathie contre les Belges, les esprits éclairés prévirent dès lors que les couleurs des Nassau ne flotteraient pas longtemps sur les murs de Bruxelles; mais quel drapeau devait les remplacer?... Héros de septembre ! elle vous était réservée la tâche glorieuse de répondre noblement a cette question patriotique, en baptisant de votre sang généreux cet étendard tricolore, symbole de notre résurrection politique, auquel, depuis quatorze ans, se rattachent notre nationalité, notre indépendance et nos intérêts les plus sacrés!
un ni:s a\\au:s.