TOME If
français, tandis qu'on ne songeait nullement a indemniser le souverain dépossédé. On commença d'abord par éloigner les partisans du duc afin de pouvoir plus facilement s'en défaire. Le comte de Schwartzembourg fut envoyé complimenter l'empereur, le duc d'Isenbourg reçut ordre de rester dans ses terres et de ne plus assister au conseil Enfin, le duc étant revenu prendre ses quartiers à Bruxelles, le 26 février 1654, le gouverneur, comte de Fuensaldagnc, le fit prier de se trouver au palais, à cinq heures du soir , à l'effet d'y délibérer sur des affaires urgentes. Charles sortit de chez lui à l'heure indiquée, accompagné seulement de deux officiers ; on ajoute même que, ce jour-là, il ne voulut pas prendre son épée, disant à son écuyer qu'il y avait des temps où elle était inutile. Il sortait du refuge de l'abbaye de Grimberghe, lorsqu'il rencontra le comte de Garcie et le duc d'Acrscbot, qui venaient de la part de l'archiduc le presser de se rendre au conseil assemblé sur le bruit d'une prochaine attaque des Français. Au moment où il allait entrer dans la chambre du conseil, il fut arrêté par le duc d'Aerschot. Des gardes le conduisirent dans l'appartement du prince Thomas de Savoie , et de nombreuses sentinelles furent chargées de le garder. Ayant vainement insisté pour voir l'archiduc et ensuite pour qu'on fit venir près de lui quelques personnes de sa maison , il se récria sur l'indigne procédé de Fuensaldagnc, et fit retentir le palais des éclats de sa colère; mais enfin il se calma, soupa de bon appétit et dormit tranquillement. Le lendemain, il fut conduit à Anvers et de là transféré à Tolède 2. Au bruit de l'arrestation de son maître, La Boulay, capitaine des gardes du duc, courut aussitôt prendre chez lui une cassette contenant pour deux cent mille pistoles de pierreries, et la porta à l'hôtel de Berghes où se trouvait la princesse de Cantecroy avec ses deux enfants. 11 remit cette cassette à la jeune princesse Anne, l'exhortant à cacher ce trésor à tous les yeux, puis il la quitta pour courir au palais venger l'affront fait à son maître ; mais arrêté bientôt avec le peu d'officiers et de soldats lorrains qu'il était parvenu à rassembler, il fut arrêté et emprisonné. On fit main basse sur tout ce qui appartenait au duc ; les pierreries remises à la princesse Anne furent découvertes et confisquées. Le gouvernement , qui avait eu la précaution d'envoyer les troupes du duc dans des quartiers éloignés , essaya, dans un manifeste, de justifier sa conduite, et, comme on craignait encore
• àttze*a,T. III, p. 870. — « /««/., I. c, p. 1 120. — Geseh. van Brustcl.
DE BRUXELLES. 71 que les troupes lorraines ne se soulevassent et ne se livrassent à des excès pour venger leur chef, le cabinet de Madrid fît chercher à Vienne le duc Nicolas-François , autrefois cardinal , qu'on avait forcé, dix ans auparavant, d'épouser sa cousine Claude et de ceindre la couronne ducale, et le contraignit de prendre le commandement des troupes de son frère. Il arriva à Bruxelles au mois de juin 4 654. L'archiduc était allé à sa rencontre, et ils entrèrent en ville dans la même voiture, accompagnés du serment des arbalétriers de saint George. Le gouverneur de Bruxelles reçut les deux princes à la descente de carrosse , et complimenta le nouvel allié de son maître. Pour mieux gagner sa confiance, le gouvernement lui fit remettre les pierreries , les lettres de change , trois tentures de tapisseries estimées alors les plus belles de l'Europe, et quelques autres effets ayant appartenu a son frère; mais ces bons procédés ne furent pas de longue durée. Après la défaite des Espagnols à Arras (2 5 août 4 654) , François de Lorraine, de retour à Bruxelles, s'étant rendu au palais avec la certitude d'y retrouver son logement, fut très-étonné de voir les appartements qu'il avait occupés totalement dégarnis. U comprit l'intention qui avait dicté les ordres donnés à cet «fFet par Fuensaldagne, et, pour le déconcerter, il resta au palais quoiqu'il n'eût pour tous meubles dans son appartement, qu'une vieille chaise, un lit de camp et deux pierres placées dans la cheminée où elles servaient de chenets. U ne tarda pas à satisfaire la vengeance qu'il méditait sans doute depuis longtemps, et passa avee ses troupes aux Français. Quand cette nouvelle parvint à Bruxelles, le 21 novembre 1655 , elle y produisit une grande sensation ; les portes de la ville furent tenues fermées jusqu'au soir, et l'on visita minutieusement les appartements qui avaient été habités par ce prince. On sait que le duc Charles de Lorraine fut rendu a la liberté lors de la conclusion du traité des Pyrénées (7 novembre 1659)'.
En 1651 , Bruxelles fut désolée par une contagion sur laquelle tous les historiens ont gardé le silence, bien qu'elle ait dû faire de nombreuses victimes, a en juger du moins par les mesures sanitaires ordonnées par le gouvernement. Il résulte des rapports que l'archiduc se fit adresser, que le 5 octobre il y avait encore 215 maisons infectées, 27 de moins que la semaine précédente, pendant laquelle 55 avaient été purifiées. Le
1 àytzom. — Pièces intéressantes pour la ville de Bruxelles, «m.
7i HISTOIRE
nombre des malades était si grand que les hôpitaux ordinaires ne suffirent pas, et qu'on dut les placer en différents endroits de la ville, entre autres, h la porte de Lacken et dans le couvent des récoUets. Beaucoup furent transportés hors de Bruxelles. La contagion alla alors en diminuant : le 1 4 octobre, on comptait encore 154 maisons infectées, dont 4 2 l'étaient nouvellement ; le 1 3 novembre, on n'en comptait plus que 80, et, le 5 janvier 4653, il n'y en avait plus que 59. Dans le courant du mois d'avril, le mal reprit de l'intensité, et, le 29, on comptait encore 60 maisons infectées; le 2 juin, il n'y en avait plus que 54, et la belle saison , parait-il , fit disparaître l'épidémie . Ce fléau fut suivi d'une grande sécheresse qui dura six semaines et menaça les moissons de 4 652. Pour obtenir de la pluie, on recourut à la Divinité, et, à la demande de l'archiduc, l'archevêque Boonen ordonna , le 8 juin , des prières solennelles, et fit transporter ensuite la statue de Notre-Dame de Laeken dans I église de Sainte-Gudulc où elle resta trois jours. 11 y eut pour ces cérémonies religieuses un tel concours de monde, que Léopold dit n'avoir jamais rien vu de pareil en Allemagne; on rapporte que la procession qui reconduisit la Vierge était composée de 15 à 16,000 personnes, et l'on assure qu'il plut dès le jour suivant.
LéopoW ayant abattu, le 23 avril 4654 , l'oiseau des arbalétriers de Saint-George, la ville lui fit don d'une somme de 25,000 florins 2. L'archiduc la remercia vivement, et l'autorisa, le 30, à lever des rentes et à établir, pour en payer l'intérêt, un impôt de 8 sous par aime de savon et de 4 sous par sac contenant deux rasières de sel. 11 donna aux tireurs du serment, des hauts-de-chausse de salin rouge, des pourpoints blancs et des plumes blanches, noires et rouges. Mais les dépenses que ces tirs entraînaient déterminèrent le magistrat a les restreindre; une ordonnance du 20 décembre 1655 prescrivit que, chaque année, il n'y aurait plus qu'un seul serment qui pourrait tirer l'oiseau s. Cette restriction acheva d'ôter à ces fêtes nationales icur ancien éclat, et des lors elles commencèrent & décliner.
L'archevêque Boonen et l'évêque de Gand avaient refusé d'approuver le formulaire dressé en 1647, par ordre de l'archiduc, et a l'abri derrière leur haute position et l'influence que leur donnaient leurs vertus
• Registres des consultes du souverain conseil de Brabant, n°* Vf et VII.
« Ijes votes des trois membres furent donnés le 34 et le 25. Archives de la Fille.
et leur noble caractère, ils avaient pu braver le Vatican et le cabinet de Madrid. On avait longtemps gardé des ménagements envers eux ; mais après avoir détaché de leur cause leurs principaux adhérents, les adversaires des deux prélats résolurent de frapper un grand coup. Le pape InnocentX les somma de venir à Rome se justifier, et, sur leur refus de s'y rendre, il déclara solennellement qu'ils avaient encouru l'interdit et la suspension a divinîs. Ce décret arriva à Bruxelles le 6 mai 4 655, et fut affiché, le H , aux portes de l'église de Sainte-Gudule. Les partisans de l'archevêque, loin de se laisser abattre, redoublèrent d'énergie. Le lendemain, le conseil de Brabant déclara que les habitants des Pays-Bas, de quelque condition qu'ils fussent , ne pouvaient être cités hors du pays, même en cour de Rome ; que nulle provision , arrêt ou ordonnance émanée de la cour pontificale , n'était exécutable sans placet , et qu'enfin la censure d'interdiction, « qui avait été affichée par quelques turbulents, » étant écrite à la main, sans suscriplion, sans sceau, devait être cassée publiquement dans la salle du conseil, et qu'une récompense de trois cents florins serait accordée à quiconque découvrirait l'auteur ou l'afficheur de cet écrit. Ce zèle pour la défense des privilèges nationaux irrita profondément les ennemis des prélats, et tout fut mis en œuvre pour les accabler. L'archiduc Léopold cassa à son tour l'arrêt du conseil de Brabant, menaçant de censurer tous ses membres, et ordonna que la sentence du pape sortit son effet. Ainsi , après dix ans de résistance à la bulle d'Urbain VIII, les deux prélats furent obligés de se soumettre aux volontés de la cour de Rome. Le SI octobre 1653, on vit l'archevêque, moins accablé du poids de ses quatre-vingts ans que du chagrin de sa défaite, s'agenouiller péniblement dans la chapelle de l'internonce à Bruxelles, et promettre soumission aux décrets de l'Église romaine. Il reçut ensuite l'absolution des censures et resta jusqu'à sa mort, ainsi que l'évèque de Gand, dans ces sentiments d'obéissance ; mais tous leurs partisans ne se soumirent pas, et plus d'une fois encore le gouvernement recourut contre eux à la persécution
Le S 3 décembre 1654, Christine de Suède, venant d'Anvers, arriva à Bruxelles , conduite par l'archiduc qui avait été la recevoir à Willebroeck. Depuis le pont de Lacken , où un feu d'artifice fut tiré , jusqu'à
• Registres aux résolution* du souverain conseil de Brabant. — Plac. de Brabamt, T. III, p. 34.— C. S»bt. — M. Goethals, Lectures, etc., T. I, p. 13Î.
la ville , les bords du canal étaient garnis par la bourgeoisie en armes ; une foule immense, plus de six cents carrosses couvraient les quais, et, lorsque le yacht doré, qui portait les princes, entra en ville, vers neuf heures et demie du soir, le son des cloches se joignit aux détonations de l'artillerie , et les rues furent éclairées par des pièces d'artifice et des feux de joie. L'archiduc conduisit la reine au palais où il lui avait cédé ses appartements; à onze heures, ils se mirent à table et dînèrent seuls servis par les nobles de la chambre. On rapporte que le prince de Condé, qui était allé saluer la reine, s'écria : « Est-ce là cette femme-homme qui >• a si légèrement abandonné un objet pour lequel nous combatterions « et nous userions notre vie sans pouvoir l'obtenir \ >• II y eut pendant trois jours des fêtes brillantes, et, durant tout son séjour à Bruxelles, elle fut traitée avec cette splendeur que la cour des Pays-Bas étala toujours vis-à-vis des princes étrangers. Au mois de février suivant, on représenta devant elle, dans la grande salle du palais , l'opéra de Circé , sur un théâtre qui coûta, dit-on, plus de 80,000 florins. Le 4 3, elle alla s'établir dans l'hôtel d'Egmont , qui lui avait été préparé ; elle y fut installée en grand cérémonial , et les archers de la cour y montèrent la garde a. Ce fut pendant son séjour à Bruxelles que Christine abjura secrètement le luthéranisme; un prêtre délégué à cet effet reçut, en présence de l'archiduc, dans la chapelle royale, sa profession de foi, qu'elle renouvela publiquement à Inspruck, le 5 novembre de l'année suivante 3. Cette princesse quitta Bruxelles le 4 2 septembre 4 655, et se rendit à Cologne d'où elle partit pour Rome.
Bien que l'archiduc maintint encore les avantages qu'il avait remportés sur les Français, la pénurie du trésor, l'indiscipline de l'armée faisaient prévoir un prochain revirement dans la fortune de ses armes. Aussi, en 4 654, augraenta-t-on les fortifications de Bruxelles, et, l'année suivante, la ville leva à ses frais douze compagnies d'infanterie, fortes chacune décent hommes *. Le 2 1 août, l'ordre fut donné à tous les habitants de monter la garde, et, le 20 décembre, les serments furent réorga-
« Attzeha. — « Bruts, eertriumphen.
5 C. Shct. — Foppens.
4 La aolde de ces troupes fut fixée h : 10 sous par jour aux soldats, 108 florins par mois aux capitaines (comme dans les troupes royales), 48 florins aux lieutenants, 30 florins aux sergents, 22 florins 10 sous aux caporaux, 18 florins aux tambours. Rapport dn magistrat du 15 septembre 1635. Copye Boeck.
DE BRUXELLES. 75 nisés ; le nombre des confrères de chacune de ces compagnies fut porte à 130 Comme le gouvernement redoutait tout autant les mécontents de l'intérieur que. ses ennemis extérieurs, l'archiduc recommanda au magistrat, par une dépêche du 8 février, de veiller sur l'esprit public et d'avoir l'œil ouvert sur les étrangers a.
Après la paix de Munster, le gouvernement, sans doute pour paraître vouloir pallier un mal irréparable, assembla des commissaires, flt publier des mémoires, demanda des avis, tout comme s'il avait eu fortement à cœur de relever notre commerce que ce fatal traité avait tué. Le magistrat de Bruxelles, qu'il avait consulté sur cet objet , lui répondit , en 1654, que « le moyen le plus assuré pour bénéficier le commerce était de le charger le moins possible et de rendre libres l'entrée et la sortie *. » On reprit aussi l'ancien projet d'un canal vers le Hainaut, canal qui serait prolongé jusqu'à la Sambrc, afin de faciliter le transport à Bruxelles de la houille, du fer, des pierres bleues et des autres richesses que recèle le sol de la partie orientale du Hainaut. Le magistrat et les métiers encouragèrent vivement ces projets, dont résulterait un nouvel essor pour la navigation sur le canal de Willebroeck, et le 29 avril 1656, Léopold donna le premier coup de pelle pour creuser le lit de ce canal , qui , partant des prairies situées près de la grande écluse, devait être dirigé sur liai, .Nivelles et la vallée du Piéton 4; mais ces projets restèrent sans exécution, et l'archiduc, dont les succès avaient cessé, après que Mazariu se fût assuré l'alliance de Cromwell, fut remplacé par don Juan d'Autriche. Il quitta Bruxelles le 8 mai 1656, y laissant de fortes dettes qui ne furent jamais payées, nonobstant toutes les promesses dont on berça ses créanciers 5. 11 rencontra à Montaigu ton successeur avec lequel il alla diner chez les oratoriens, et, après un entretien d'une heure , ils se séparèrent , se dirigeant le premier vers l'Allemagne, le second vers Bruxelles. Don Juan fit son entrée solennelle dans cette ville, le 1 1 mai, vers huit heures du soir. Sur la grand'place , qu'occupaient les serments , il y avait trois immenses étagères , garnies chacune de cent tonnes de goudron enflammées et surmontées de pièces d'artifice 6.
* Regist. du conseil de Brabant, T. VIII, P 6 v°. — • Cop. Boeck. — » Jbid. « Getchiedenùsen van Brusscl, mss. L'octroi de la concession accordée à une compagnie particulière est du 6 avril.
8 Geschicdeniucn van Brusul, mss. — 6 Aytzema. — Brus*, eertrinmphcn.
L'administration de ce prince fut des plus malheureuses, et, pendant qu'un sourd mécontentement grondait à l'intérieur, les Français, renforcés par six raille Anglais et soutenus par la flotte de leurs alliés, reprenaient rigoureusement l'offensive. Dans ces circonstances, don Juan, « considérant qu'il importait que le service des portes fût exactement » fait , » arrêta qu'à l'avenir les capitaines des gardes bourgeoises ne pourraient plus remplir aucune charge dans la magistrature, afin qu'ils ne fussent pas empêchés de faire leur service, et déclara les fonctions de magistrat, ainsi que les places conférées par l'administration communale, incompatibles avec celle de capitaine de la milice citoyenne *, Le gouverneur général ayant prévenu le magistrat qu'un corps de troupes commandé par le comte de Fontaine allait venir occuper la ville, cette nouvelle y occasionna une vive agitation. Les uns croyant que l'ennemi menaçait Bruxelles, songeaient à mettre leur personne et leurs meubles à l'abri des dangers d'un siège ; les autres demandaient « s'il y avait » défiance de leur fidélité; » presque tous déclaraient qu'ils ne logeraient pas ces troupes ; beaucoup disaient « qu'elles serviraient pour » occasionner journellement des querelles avec la garde bourgeoise » (juin). » Voyant ces dispositions de la bourgeoisie, le magistrat pria le prince de renoncer à son projet, et l'engagea à renforcer la garde bourgeoise, en y incorporant tous les affranchis, et à confier la garde des portes « à un peuple très*zélé et affectionné au service du roi. >• Cette protestation officielle n'était rien moins que vraie, car le mécontentement régnait partout , et ce fut certes cette disposition des esprits qui força don Juan à céder ; le i 4 juillet, il prévint le magistrat que le comte de Fontaine n'entrerait pas en ville 2.
Quand un gouvernement pèse au peuple , les causes les plus légères deviennent des sources de troubles sanglants; c'est ce qui arriva à Bruxelles en i 657. Le magistrat généralement composé de créatures de la cour, intéressé & perpétuer ou à propager des abus qui profitaient & lui et aux siens, ne s'inquiétait guère des charges qui accablaient les classes laborieuses, et de honteux trafics présidaient ordinairement aux affermages de la commune. Le fermier de l'impôt sur le froment était alors un certain Gaspard Thonis, que les nombreux procès qu'il eut à soutenir et les incessantes réclamations que sa conduite souleva, repré-
• 8 juin 1656. Registre* du pensionnaire Tax, ad «on. 1664. — « Copyc Boeck.
DE BRUXELLES. 77 sentent comme âpre à la curée et prélevant les taxes avec une rigueur sans exemple. Thonîs voulut faire payer la mouture du seigle comme celle du froment ; appelées, le 7 juin, à donner leur consentement à la levée du gigot sur la bière , au lieu de délibérer sur l'objet de leur convocation , les nations se plaignirent vivement de l'ordonnance du magistrat qui avait déterminé les conditions de la ferme accordée à Thonis, et elles en exigèrent la résiliation. Le magistrat demanda qu'elles nommassent chacune deux députés pour l'examen de cette affaire ; mais elles répondirent qu'un examen plus approfondi était inutile, qu'un contrat , qui lésait le peuple, devait être cassé. Soit que le magistrat voulût gagner du temps, soit qu'il eût l'intention de modifier les conditions de la ferme et de s'arranger à l'amiable avec Thonis, il déclara aux nations que leur assemblée était remise et qu'elles pouvaient se retirer. Certaines d'être appuyées au besoin par la population entière, elles refusèrent de se séparer avant d'avoir obtenu satisfaction, et se firent apporter, dans la salle de leurs séances, du vin, de la bière et des comestibles, et y passèrent toute la nuit. Le magistrat qui ne s'attendait pas à tant d'opiniâtreté dans une affaire de peu d'importance à ses yeux, se réunit de très-grand matin , et recourut inutilement a tous les raisonnements pour engager les doyens à se séparer. Pendant ce temps, la plus grande effervescence régnait dans la ville; la populace encombrait la place du marché et toutes ses avenues ; déjà des cris sinistres se faisaient entendre , et tout présageait une émeute terrible, quand le magistrat, pour prévenir des malheurs imminents, se détermina à céder et annula son ordonnance (8 juin). Les nations consentirent alors à se retirer et les choses en seraient peut-être restées là, sans l'emportement de quelques doyens. Au moment où ils descendaient les degrés de l'hôtel de ville, aux acclamations de la foule : « Allez, cria l'un d'eux au peuple » qui les entourait, allez piller la maison de Gaspard Thonis; vous ne » sauriez le tant piller comme il nous a pillés. » C'était jeter du feu sur delà poudre : aussi, à peine ces propos ont-ils circulé dans la foule, que deux bandes d'hommes et d'enfants se forment sous la conduite d'un joueur de violon et d'un sonneur de trompe. Elles courent à la maison de Thonis, située au Hempart des Moines, la pillent et la saccagent; sa voiture est traînée sur le marche et brûlée en face du comptoir. Les plus furieux criaient qu'il fallait le pendre, et il n'échappa à la mort qu'en se réfugiant au couvent de Jérico. Déjà des torches étaient apportées pour totu: h. Il
incendier sa maison, lorsque l'animan arriva sur le lieu du désordre. Il était accompagné de ses officiers et de quelques compagnies des serments que le magistrat s'était empressé d'appeler aux armes, ainsi que les gardes bourgeoises. Loin d'obéir à ses sommations, les pillards firent pleuvoir une grêle de pierres sur la troupe de l'amman, qui donna l'ordre de faire feu. Quelques-uns d'entre eux furent tués ou blessés, et les autres, effrayés par cette mesure énergique et par l'approche des gardes bourgeoises débouchant de toutes parts, se dispersèrent aussitôt. laissant leurs chefs entre les mains de l'autorité. Le conseil de Rrabant fit poursuivre l'affaire et condamna les deux malheureux qui avaient conduit l'émeute, « à être >» exécutés par la corde ; » deux autres pillards furent fouettés publiquement et bannis, Cette cour souveraine avait aussi trouvé matière à procéder contre les doyens auxquels elle imputait, non sans raison, les excès qui avaient été commis. Elle proposa même, à cette occasion, de leur retrancher leur arrière-conseil ; mais le gouvernement n'était pas en mesure d'user de rigueur. Don Juan d'Autriche, en même temps qu'il prescrivait au conseil de Urabant de poursuivre les pillards, lui écrivit, le 24 octobre 1657 : « Pour bonnes considérations, pouvez encore » surseoir les procédures contre les doyens et sous-doyens des métiers, » en tenant néanmoins notice de leurs excès, pour les pouvoir aggréger, » lorsque trouverons convenir de faire aussi la démonstration en leur » regard. ■ Ce prince commua même la peine des deux individus qui avaient été condamnés à mort l. Thouis mourut à la Treurenberg le 29 mars 1662, et fut enterré à Sainte-Catherine 2.
Les exploitants du pays , seul nom qu'on puisse donner à ces étrangers qui ne laissaient d'autres souvenirs que celui de leurs rapines et de leurs défaites, faisaient alors fort peu de cas de nos privilèges, ainsi que le prouvent leurs incessantes discussions avec les corps constitués, chez qui régnaient heureusement des sentiments d'indépendance. Ainsi, en 1658, les états de Brabant et le magistrat de Bruxelles s'opposèrent vivement, quoique sans succès, à ce qu'on élevât à la dignité importante de vice-chancelier, un homme étranger au duché, le baron de Pocdcrlé; dans la même année , les chefs de la commune soutinrent énergique-
1 Publicatic Boeek. — Registres aux résolutions du conseil de Brabanl. — M. Gachard, Introduction aux Documents inédits concernant les troubles de ta Belgique sous Cliarlcs VI, T. I, p. 41.
* (ieschiedenissen van Brusscl, mss.
DC BRUXELLES. 79 ment leurs droits de juridiction sur les militaires qui exerçaient des métiers, et, en \ 659, ils curent de longues contestations avec l'autorité* suprême, relativement à la punition de soldats qui s'étaient rendus coupables de crimes affreux. En cette dernière circonstance, le surintendant de la justice militaire faillit , par ses mesures violentes, occasionner un tumulte. Au moment de faire prendre a la Steenporte des militaires qui avaient été condamnés au gibet , l'amman apprit qu'un détachement de soldats les avait enlevés de la prison. Cette nouvelle excita une vive rumeur, et il fut un instant question d'aller forcer la maison du surintendant et la prison militaire. Le magistrat fit entendre des plaintes amères, et les doyens des nations refusèrent de délibérer jusqu'à ce que la ville eût obtenu satisfaction. Enfin une transaction ii l'amiable, qui n'éclaircit en rien les droits respectifs des deux parties, ramena le calme '.
Après la bataille des Dunes ( 1 4 juin 1 G 58) que le sot orgueil de don Juan d'Autriche lui fit perdre, Bruxelles accorda au gouvernement un subside de 75,000 fl. qu'elle afferma sur l'abatage3. Jamais il n'avait eu un plus grand besoin de secours ; l'armée espagnole était détruite, et les Français, commandés par Turenne, après s'être emparés de Dunkcrque, Bergues, Furnes, Dixmude, Gravelines, Audcnacrde, Mcnin, Ypres, poussèrent jusqu'aux portes de Bruxelles (25 octobre) dont le duc avait confié la défense au comte d'Iscmbourg 3. Dès qu'il eut appris que l'ennemi avait passé l'Escaut, celui-ci prit toutes les mesures nécessaires pour mettre la capitale à l'abri d'un coup de main. Sa vigilance s'étendit a la fois sur l'approvisionnement de la ville , l'appel de tous les habitants aux armes, et la surveillance des étrangers \ Le gouvernement demanda que la commune levât un corps de 1200 hommes, mais les nations s'y refusèrent obstinément \ La retraite de Turcnnc , qui venait de donner à la France une nouvelle ligne de dix places conquises en une seule campagne, ne dissipa point les terreurs de ses ennemis. Différents corps ayant été concentrés aux environs de Bruxelles, les habitants de la banlieue se plai gnircntde ce qu'on les forçait h leur fournir des fourrages, et le magistrat représenta au gouverneur général, que depuis i"533 ils étaient unis à la ville, qu'ils avaient les titres et les privilèges de bourgeois, et le pria de
' Registres du pensionnaire Tax. — * Ibul. — s Ibid.
* Le 31 mars 103», la ville fit présent au comte d'un bassin d'argent de la valeur de huit cents llorins en reconnaissance de ses soins. Ibid. » lbid.
lia ire cesser ces exactions. Par apostille du 26 octobre 1658, don Juan satisfit à cette réclamation \
Ce prince ayant été rappelé en Espagne pour prendre le commandement de l'armée dirigée contre le Portugal , le marquis de Caracena fut nommé, par intérim, pour le remplacer 2. Le marquis ayant désiré qu'on ne fit aucune solennité pour sa réception, le magistrat, a son arrivée à Bruxelles (8 janvier), se borna a lui offrir le vin d'honneur 3. Peu de temps après son arrivée, il demanda aux états de Brabant un subside de douze cent mille florins et la levée d'un corps de douze mille hommes, destinés h la défense du duché. Cette dernière demande rencontra une vive opposition, surtout de la part des nations, et il ne put obtenir qu'une levée de sept mille fantassins et mille cavaliers. Quant au subside, Bruxelles ne consentit à payer sa quote-part que pour autant que tous les corps privilégiés y contribueraient. Ce point lui ayant été accordé, elle la fournit au moyen d'une augmentation de quatre patards sur chaque rasière de braie et de blé, et sur chaque aime de bière venant de l'extérieur de la ville *. La signature des préliminaires de la paix et une suspension d'armes pendant deux mois (8 mars 1659) rendirent ces préparatifs inutiles, mais d'autres maux frappèrent alors le pays. L'armée était si mal payée, qu'au dire d'un contemporain 5, les officiers mêmes demandaient l'aumône, et elle devint la plaie du pays et la ruine des campagnes. Pour faire cesser les « désordres, foules, violences et larcins, » dont la ville était le théâtre, le magistrat ordonna des patrouilles nocturnes et organisa un corps de cent bourgeois soldés 6. Mais l'obscurité des rues, leur défaut d'alignement, le recrutement continuel des bandes dans les vagabonds de l'armée et des campagnes, rendirent ses efforts inutiles.
Le 26 septembre 1659, le magistrat offrit un don de douze mille florins au marquis de Caracena, à l'occasion de la naissance du fils dont la marquise était accouchée à Bruxelles 7. Le marquis avait fait demander aux états de Brabant, par l'intermédiaire de l'archevêque de Malines, qu'à l'exemple du roi, de plusieurs de ses royaumes, pro-
1 Registres du pensionnaire Tax. — » Letlrrs-paientes du 6 novembre 1658. 5 Registres du pensionnaire Tax.
« Ibid. — Riyistrcs avx résolutions du souverain conseil de Brabant. » AvrztMA. — « Registres du pensionnaire Tax. ■ Ibid.
DE BRUXELLES. 81 vioces, universités , et de divers ordres religieux , ils promissent de soutenir, aussi longtemps que l'Église n'enseignerait pas le contraire, l'immaculée conception de la Vierge, et de ne pas souffrir, pour autant que cela dépendrait d'eux, qu'il fût rien dit ou fait contre ce dogme. Les Étals ayant adopté cette proposition, l'archevêque, leducd'Aerschot- Àrenberg , ainsi que les bourgmestres des trois chefs-villes , se rendirent, le 8 décembre (féte de la Conception) 4 659, à la chapelle du Rosaire, dans le couvent des dominicains ; ils étaient accompagnés des conseillers-pensionnaires de Bruxelles et d'Anvers, et de deux, greffiers des États. Après que l'abbé du Parck eut chanté une messe solennelle et que le père Fresncda, jésuite, eut prononcé un sermon sur l'immaculée conception, l'archevêque se plaça en face de l'autel, et, au nom des trois ordres, il prononça, à haute voix, la promesse qui leur avait été demandée. Le marquis et la marquise de Caracena, le prince de Condé, des généraux, les ministres, toute la cour et un grand nombre de dames, assistaient à la cérémonie '.
Le prince de Condé qui, pendant son alliance avec les ennemis de sa patrie, avait fixé sa résidence ordinaire à Bruxelles, se disposant à rentrer en France, le magistrat alla le complimenter et le prier de continuer son amitié à la ville. Le prince répondit qu'il n'oublierait jamais l'accueil qu'il y avait reçu et lui conserverait toujours •• une bonne ■ affection pour la bénigne volonté que le magistrat et les habitants lui « avoient montrée 2.» Il emmena avec lui un carrosse avec des vitres dont le marquis de Caracena lui avait fait cadeau, ainsi que de huit beaux chiens. Ce carrosse, qui avait été fabriqué à Bruxelles, fut le premier de ce genre que l'on vit à Paris3. Il quitta Bruxelles le 28 décembre, au son des cloches et au bruit de l'artillerie; le magistral, les serments et les gardes bourgeoises le conduisirent jusqu'au delà des portes delà ville *. Le 18 mai 1660, tut proclamée à Bruxelles la paix conclue avec la France et, pendant trois jours, on la célébra par des fêtes et des réjouissances publiques. Le 24 novembre suivant, on publia à la bretèque de l'hôtel de ville celle conclue avec l'Angleterre 5.
Le receveur royal Griniminckx*5 accusé, entre autres crimes, d'avoir volé au trésor 2 5,000 llorins, fut, le 26 octobre, incarcéré à la Vruntc
1 Robbaut, T. Il, p. 333.
* Registres Tax. — 1 Getchudeni$$en van Brussel, mss.
* Ibid. — s ibid. — 8 Ibid.
et condamné à mort. La potence fut dressée sur le Sablon, mais à cause de son grand âge (il avait 70 ans), il fut mis à mort sur une chaise.
Dans le courant du mois d'octobre 1664, la cherté des grains étant devenue excessive, les trésoriers et les receveurs demandèrent au magistrat l'autorisation de faire des recherches dans les maisons et les caves des marchands de grains , afin de connaître les causes de cet enchérissement qui faisait beaucoup murmurer le peuple. Cette autorisation leur fut accordée et les visites commencèrent immédiatement. Cependant le mécontentement augmentait et l'on rapporta au magistrat qu'on avait entendu des gens de la petite commune (van de cleync gemeenté) dire que si le prix des grains ne diminuait pas, ils pilleraient les accapareurs. Les visites domiciliaires se poursuivaient avec activité lorsque, le mercredi 2 novembre, plusieurs négociants vinrent se plaindre à l'hôtel de ville des menaces de pillage qu'on leur faisait, et l'on apprit en même temps que la populace s'attroupait au marché aux Grains et au canal. Le magistrat s'assembla aussitôt et envoya des émissaires sur les lieux pour s'assurer des dispositions des attroupements. Tout se borna d'abord à des cris et à des menaces, mais, à quatre heures de l'après-diner , on apprit qu'une troupe de plus de trois cents personnes, composée pour la plupart de femmes et d'enfants, s'était dirigée vers le marché aux Grains en proférant des menaces de pillage. Les serments et les compagnies bourgeoises reçurent l'ordre de se réunir. Comme cet ordre s'exécutait lentement et que le rassemblement s'augmentait incessamment, le magistrat fît publier, à six heures, un avis portant que le samedi suivant le grain serait vendu à quatre florins dix sous, au lieu de cinq florins dix sous. Il résolut en même temps de se transporter en corps sur le lieu du désordre, afin d'engager le peuple à se retirer, et invita le drossard à réunir le plus de monde possible. 11 était six heures et demie lorsque le magistrat arriva au marché aux Grains et le tumulte était au comble. Les émeuliers furent sourds à ses remontrances et il fut bientôt forcé de se retirer parce qu'ils commençaient à frapper [dapperen) et à lancer des pierres. Il trouva, à son retour à l'hôtel de ville, les capitaines des sections et les chefs-doyens des serments qui lui représentèrent qu'il serait trcs-diflîcilc de réunir beaucoup de monde sous les armes, parce que c'était un jour semi-férié (halfheylich dach). Entre huit et neuf heures, la populace se jetant sur
la maison d'un marchand de grains, nommé André Vanderhaegen, dit den Wael, située sur le marché aux Grains, la pilla de fond en comble et, portant ses meubles sur le marché, elle les y brûla au milieu de bruyantes acclamations. Le magistrat ordonna aussitôt au capitaine Madoets, qui était parvenu a réunir cinquante ou soixante hommes, de se diriger sur le marché aux Grains, par le marché aux Poissons, et d'en fermer l'issue du coté du canal. Les serments, forts de trente à quarante confrères, ayant le bourgmestre des nations à leur téte, se mirent également en marche, et il leur fut enjoint de faire évacuer le marché aux Grains de gré ou de force, et d'arrêter toutes les personnes qu'ils verraient sortir de la maison pillée ou en emporter des objets. L'amman, avec les gardes du drossard à pied et à cheval, se joignit aux serments. Le magistrat fut informé, à onze heures, de l'évacuation du marché et de l'arrestation d'un jeune compagnon qui avait été pris dans la maison de Vanderhaegen. Le lendemain, à huit heures, les gardes de l'hôtel de ville et des portes furent doublées. Le magistrat ordonna de faire des patrouilles et d'établir deux postes extraordinaires près du marché aux Grains. En même temps, il défendit toute réunion publique ou secrète, et prohiba l'exportation des céréales sans son autorisation. Vers les quatre heures, il y eut encore un attroupement, mais il fut proraptement dissipé. Le vendredi, jour de marché, l'amman, ainsi que les trésoriers et les receveurs, se rendit au marché aux Grains, et, grâce aux mesures de répression qui avaicut été prises, tout se passa sans désordre Cette affaire se termina sans doute par la condamnation de quelques malheureux pris en flagrant délit.
Le i 8 février \ 662, les nations ayant été convoquées pour voter les neuf miles, sept d'entre elles refusèrent de le faire, se plaignant de ce que les trésoriers et les receveurs avaient admis une personne étrangère à la ville parmi les débardeurs du canal. Le magistrat répondit que cette personne allait acquérir la qualité de bourgeois, qualité qui d'ailleurs n'avait jamais été requise pour ces sortes d'emplois, pour l'obtention desquels il suffisait d'être né Urabançon ; mais, comme il était pressé d'obtenir leur vote, il s'engagea à ne plus conférer à l'avenir ces places qu'à des » bourgeois natifs de Uruxcllcs. » Cette promesse rallia encore deux nations à la proposition, et le magistrat déclara
• Rcrjutrct du pensionnaire Tax. — Gctchicdcnisscn van Brusiel, mss , f' 208-
r Ki HISTOIRE
le conscntcmcnl forme par le vote des deux premiers membres et de quatre nations. Les cinq nations opposantes déclarèrent qu'il n'en pouvait être ainsi, et, comme on arguait du règlement de 1619, elles répliquèrent qu'il n'était pas applicable au cas présent ; que s'il ne fallait, quant aux propositions présentées au nom du roi, que quatre nations pour former avec les deux premiers membres, la pluralité, il ne pouvait en être ainsi des propositions du magistrat, telles que les demandes des neuf mites, attendu que ce dernier se trouvant alors proposant ou requérant, son opinion ne devait pas être comptée, et qu'il fallait en conséquence le consentement de cinq nations. Elles refusèrent de se séparer et contraignirent le magistrat, qui redoutait des troubles, à leur donner une déclaration dans ce sens. Cet incident préparé d'avance sans doute, avait monté les têtes, et les nations exigèrent que le magistrat approuvât le contrat de vente d'une maison, contrat qu'il s'était refusé de ratifier, et déclarèrent qu'elles exigeraient le rétablissement de leur arrière-corps Sur les plaintes du magistrat, le conseil de Brabant donna tort aux nations, parce que, disait-il, ce n'était pas le magistrat mais les trésoriers et les receveurs qui, dans le cas en question, étaient les proposants. Ce différend n'eut pas d'autre suite pour le moment, et l'impôt fut levé
Par lettres du 26 mars 1664, le roi avait annoncé aux conseils du gouvernement et aux cours supérieures de justice le rappel du marquis de Caracena3 qui, le 21 octobre, quitta Bruxelles; le 6 novembre suivant, son successeur, le marquis de Caslel Rodrigo, y fit son entrée solennelle, qui fut contrariée par une pluie opiniâtre \ Philippe IV étant mort à Madrid, le 17 septembre 1665, ses funérailles furent célébrées avec grande pompe dans l'église de Sainte-Gudulc, le 4 et le 5 novembre suivant, et le père Charles, minime, aumônier et prédicateur de la cour, y prononça l'oraison funèbre de ce prince. Le 6, un Te Deum fut chanté dans la chapelle de la cour et le son de la grosse cloche, les détonations de l'artillerie annoncèrent aux Bruxellois I'avénement de Charles II 5.
1 Reyistrcs du pensionnaire Tax.
* Registres aux résolutions du souverain conseil de Brabant. — -<lbid.
* Attzema. — » Foppess. — Ceschied. van Brussel, mss.
DE HRUXF.I.LKS.