‹ Histoire de la ville de Châlons-sur-Marne et de ses institutionsChapitre 14 sur 56 · cat alavnis. cita. Croix. — Même revers · texte numérisé non relu

cat alavnis. cita. Croix. — Même revers

Ces monnaies sont d’une haute importance pour l’étude du monnoyage carlowingien, parce qu’il est évident qu’elles sont épiscopales , bien qu’en tout semblables aux autres pièces royales du même règne. Les numismatistes se sont long-temps préoccupés de ce que le nombre considérable des deniers de Charles-le-Chauve n’était pas en rapport avec les termes de l’édit de Pistes, qui ne fixe que dix ateliers. Quentovic, Rouen, Reims, Sens, Paris, Orléans, Châlonssur-Saône, Melle, Narbonne et le palais du roi. Faute d’autres explications , on s’accordait h reconnaître que cet édit était bientôt tombé en désuétude et que les concessions royales avaient été plutôt des homologations d’usurpations que des libéralités réelles. Mais précisément en m’occupant de cette histoire , j’ai découvert un document qui jette un jour tout nouveau sur cette question. L’édit de Pistes est de 864 ; voici maintenant un diplôme de 865 , par lequel le roi donne à l’évêque de Châlons le droit d’avoir une monnaie .Dans cette charte , Charles dit que par l’édit de Pistes, dans l’intérêt des finances et pour remédier aux fraudes commises par les monnoyers , il a consulté ses prélats et barons, et que d’après leur avis , il a été établi une nouvelle monnaie , tout-h-fai l différente de l’ancienne et portant un monogramme. Les peines les plus sévères étaient prononcées contre ceux qui se serviraient h l’avenir de la monnaie supprimée. L’évêque de Chàlons, Erchenraüs, qui jouissait d’un grand crédit à la cour, représenta alors que les habitants de son diocèse ne pouvaient qu’h grand peine se procurer des deniers de la nouvelle monnaie (2j ; il en

il) Combrouse. — De Longpérier, catalog. Rousseau, page 166.'

(2) Il est évident que ce passage fait allusion à l’atelier de Reims.

concluait qu’il serait avantageux pour les Châlonnais d’avoir un atelier pour . remédier à cet état de choses, et dans lequel on fabriquerait, du numéraire pareil à celui qui sortait des ateliers royaux. Cédant aux prières de la reine Yrmintrude, Charles-le-Chauve établit par le diplôme précité l’atelier monétaire de Châlons , en donna le revenu au chapitre de la cathédrale, h la condition de célébrer à perpétuité un service pour le repos de son âme et de celle de sa femme, et donna de son trésor du métal pour commencer à mettre en activité ce nouvel établissement.

Cette libéralité fut confirmée sous l’évêque Willebert , successeur d’Erchenraiis (1); une bulle du pape Pascal n constate également le droit de monnaie de l’église de Châlons (2). De ces faits, il me semble résulter d’une manière positive que les monnaies carlowingiennes, frappées à Châlons, sont au nom de Charles-le-Chauve et au type réglementaire fixé par l’édit de Pistes ; que l’atelier de Châlons fut établi par le roi, un an après l’édit de Pistes et en faveur de l’évêque; que par conséquent ces pièces, quoiqu’aux types royaux, sont purement épiscopales ; que l’édit de Pistes , loin de tomber en désuétude , subsista probablement jusqu’aux réglements promulgués par Philippe- Auguste ; enfin que la plupart des monnaies frappées aux types réglementaires et portant des noms de localités autres que ceux des dix ateliers reconnus par l’édit, sont des pièces féodales ou épiscopales , qui doivent leur origine à des libéralités analogues à celles que je viens de signaler en faveur d’Erchenraüs. Je paraîtrais peut-être trop m’arrêter sur ce sujet d’un intérêt plutôt général que local , mais je crois cependant ne pas pouvoir moins insister sur un fait qui jette un jour entièrement nouveau sur la numismatique carlo-

(1) Obituaire de Châlons : « ix ides Januaris obiit Wilbertus cujus præclaris sermonibus istius loci fratribus et Karolo regis monetas cum ponte et elibanno traditur. »

(2) Cart. de Saint-Etienne , folios 43 et 44. Le pont qui se trouve dans la rue de Jessaint s’appelait autrefois pont de la Monnaie

Avingienne , el qui se trouve dû h un document lout-à-fait Châlonnais.

Il est un point très difficile a fixer et qu’il serait pourtant important de déterminer exactement. A quel moment nos évêques cessèrent-ils d’employer le type de Charles-le- Chauvc ? On sait qu’à cette époque les types s’immobilisaient, c’est-à-dire que long-temps après la mort du prince auquel était dû l’établissement d’un atelier monétaire, on continuait à frapper au type primitif et à son nom. Jusqu’ici on ne connaît que deux pièces épiscopales de Châ- Ions, portant des noms d’évêques et toutes deux sont du xiii® siècle. Je ne puis raisonner dans cette matière que par induction, et voici l’interprétation qui me paraît la plus plausible : les évêques de Châlons étant suffragants de Reims, ancien atelier régulateur de l’édit de Pistes, durent imiter leurs métropolitains. Or les plus anciennes monnaies rémoises portant le monogramme d’un archevêque en souvenir du monogramme royal , sont de Guy de Chatillon ( 1033-1055 ). Je serais donc très porté à croire que vers la fin du xie siècle , les évêques de Châlons durent renoncer aux types primitifs pour en adopter un particulier.

J’arrive maintenant aux deux pièces connues comme frappées par nos évêques :

Page 1