‹ Histoire de la ville de Châlons-sur-Marne et de ses institutionsChapitre 21 sur 56 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Etat de la France au commencement du xvic siècle: — Etat de ChàJons.

— Affaiblissement de l’autorité épiscopale au profit du pouvoir municipal. — Guerre contre l’Empereur. — Préparatifs de défense. — Venue de la Reine. — Nouvelle guerre. — Crainte d’un siège. — Les Impériaux à Vitry. — Etablissement du présidial. — Venue du roi.

— Venue du dauphin. — Etablissement d’un bureau des pauvres. - Rédaction de la coutume.

Le xvic siècle s’ouvrait en France avec l’avènement de Louis xii au trône et le commencement de la conquête de l’Italie qui devait d’abord donner les plus brillantes espérances et se terminer en peu d’années par de cruels revers. Mais cette guerre, bien que désastreuse dans ses résultats, avait jeté un certain éclat sur le royaume, occupé les bandes de soldats, qui, oisifs, menaçaient de combattre pour leur propre compte et de renouveler les malheurs des siècles précédents; le théâtre de la lutte d’ailleurs était trop éloigné pour que les provinces, à part les demandes d’argent , aient eu beaucoup à se plaindre. Ce fut aussi le commencement d’une ère toute nouvelle pour la civilisation française; les arts italiens envahirent notre pays, et grâce à la facilité avec laquelle le nouveau est toujours reçu chez nous, furent adoptés avec enthousiasme et cela sans exception : 1 architecture subit alors une métamorphose, déplorable quant h ses édifices religieux : l’art se fit païen. La littérature fut atteinte également par ce courant d idées nouvelles cl de-

vint moins gracieuse, moins spontanée que celles des temps précédents : l’érudition remplaça la fantaisie, et la littérature toute farcie d’antiquité, pédante, maniérée, ne fut qu’une copie maladroite et fausse de la littérature ancienne (1). Par exemple les moeurs, sans y gagner dans le sens abstrait de ce mot, bien au contraire, s’adoucirent: la vie devint plus facile, plus mondaine: ce fut de ce moment que la cour de France prit la tête delà civilisation et acquit cette autorité qu’elle ne devait plus perdre au point de vue de l’esprit, de la gaieté et du luxe.

A Châlons celle métamorphose fut beaucoup moins sensible : les provinces n’éprouvent que plus lentement , plus graduellement surtout ces changements qui modifient si profondément un pays. Cependant nous y voyons à ce même moment un certain mouvement de construction dont les témoignages sont malheureusement perdus pour nous ; c’est dans le premier quart du xvie siècle que l'on éleva ici la grande flèche de la cathédrale , que l’on construisit l’ancien hôtel de ville : on venait h peine de terminer le château de Sarry et le palais épiscopal.

Les premières années du siècle furent assez calmes : le commerce reprenait â Châlons avec un certain essor ; les drapiers surtout semblaient vouloir reconquérir leur ancienne réputation ; la société se constituait avec plus de régularité et la bourgeoisie commençait h prendre ce rôle que nous lui verrons remplir durant tout le siècle et avec tant d’importance pendant les troubles de la Ligue. Le Conseil de ville établissait d’une manière ferme et indépendante son pouvoir , malgré l’évêque qui faisait tous ses efforts pour ressaisir une autorité qu’il sentait lui échapper par la double influence des idées et du temps. Aussi cette première époque est toute remplie par des luttes entre le prélat et l’administration municipale , luttes qui finirent en 1530 par la suppression presque complète des prérogatives épiscopales. Ce fut la conséquence forcée de la conduite do Gilles

(1) Hist. des Français, de M. Th. Lavallée, tome n, p. 2Gi.

de Luxembourg lors de son installation sur le siège de Châlons. Bien que sacré, l’évêque n’entrait en ville qu’après avoir prêté entre les mains du doyen du chapitre le serment de garder les libertés de son église : il ne pouvait non plus franchir la porte de la cité avant d’avoir également juré en présence des gouverneurs et échevins de respecter les libertés de la ville. Gilles de Luxembourg ayant d’abord songé à s’affranchir de ce serment , les autorités municipales décidèrent que si cela arrivait , elles se retireraient par derrière les murailles de la porte Saint-Jacques pour rentrer par la porte Saint-Jean, et que l’abbé de Saint-Pierre irait seul faire la révérence au prélat (1). Gilles de Luxembourg voyant h l’avance l’inutilité d’une résistance , revint sur sa résolution et jura : « en paroles de prélat , de tenir et garder, » faire tenir et garder par ses gens et officiers , les droits , 2> franchises , libertés , privilèges et prérogatives de ladite > cité et desdits bourgeois et citoyens; qu’il n’exigerait ou » lèverait, ne souffrirait ses gens exiger ou lever surlesdils » bourgeois ou citoyens aucunes redevances ou servitudes, » tailles ou aultres et pardessus celles qui appartenaient d’an- » cienneté audit évêché.; qu’il garderait selon son pouvoir , » et défendrait, partout où il appartiendra, h l’encontre de 2> toutes personnes quelconques lesdîts bourgeois et citoyens » de toutes exactions , violences , oppressions et nouvellc- » tés (1504). On comprend sans peine qu’après avoir essayé de résister et avoir ainsi cédé sans lutter, Gilles de Luxembourgavaitouvert la porte aux empiétements de toute espèce et en quelque sorte autorisé tacitement la diminution du pouvoir temporel des évêques. A ce moment aussi on s’occupa de réorganiser sur des bases plus régulières les corps d’état et dès les premiers bruits de guerre , on les réunit en assemblée générale h l’évêché pour leur représenter les dangers que pouvait avoir è courir Ghàlons par sa position voisine des frontières , leur demander un concours dévoué et solliciter d’eux le don d une pièce d’artillerie par

(1) Rcg, du Conseil. Conclusion du 9 novembre 1504.

bannière , ainsi que cela se pratiquait dans les principales villes du royaume, ce qu’ils accordèrent [2 juin 1512] (1). On prenait en effet beaucoup de précautions à ce moment; la ville avait toujours une garnison assez forte et de plus on exigeait que chaque bourgeois eût une arme « comme bâ- » ton de défense, hallebarde, javeline, arbalète, pique, » voulge, coulleuvrinc ou autres. » Peu après le Conseil fit acheter un millier de piques et hallebardes et cent vingt chênes pour construire des palissades. Au mois de janvier 1513 , on leva une taille extraordinaire pour acheter des canons et des munitions (2), et comme les bruits de guerre prenaient de plus en plus consistance , les bourgeois reçurent l’ordre de ne circuler dans les rues qu’armés ; les portes furent fermées , les gardes doublées et les mariniers durent retirer à terre leurs bateaux.

La mort du roi fit entretenir ces mesures : les procès verbaux du Conseil rapportent ainsi ce fait : « le capitaine Ba- » yarten passant en ladite ville a apporté de mauvaises nou- » velles, que le roi est allé de vie à trépas. Conclu de con- » tinuer le guet». (2 janvier 1515). Les événements se compliquèrent quand la guerre éclata entre François ier et Charles-Quint. Châlons était trop près de la Lorraine pour ne pas avoir à craindre pour sa sûreté; en outre, le passage répété des troupes royales vint désoler notre pays. Des bandes de traînards se répandaient dans les campagnes, pillant les villages, inquiétantles villes. Nuitetjourilfallaitêtre sur pied pour éviter une surprise : le guetteur du clocher de Notre-Damedevait , sous les plus graves peines , signaler les troupes qu’il apercevait au loin ; les portes étaient constamment fermées, tous les voyageurs soigneusement examinés et les magistrats pliaient sous le poids de leurs occupations diverses. Au mois d’avril 1517 , pour l’arrivée d’un premier corps de cinq mille Lansquenets, l’émotion fut telle que le Conseil tint trois séan-

(!) En 1505, on avait fait refondï’e les dix canons de la ville.

(2) Cette taille fut de 900 livres sur les seigneurs temporels et de 740 sur les habitants.

ces dans la même journée pour aviser aux mesures à prendre. Ces régiments que le roi envoyait à l’armée se renouvelaient sans cesse , et Cbâlons devait toujours contribuer largement pour éviter des logements encore plus ruineux : en 1521, il fallut dans l’espace de neuf jours fournir vingtquatre mille pains pour le camp d’Attigny , et trente-deux mille pains avec soixante poinçons de vin pour une troupe de Lansquenets bivouaqués à Lépine.

La peste vint en même temps joindre ses ravages aux inquiétudes de l’époque : elle reparut le 28 mai 1516 et se développa rapidement malgré les précautions des gouverneurs; il fallut affecter plusieurs maisons des environs, le Colombier, Saint-Jacques, les Reclus , pour le traitement des malades. Elle revint avec plus de violence en 1521 et força les habitants à abandonner la ville ; le 21 octobre le Conseil se tint h Matougues et il y fut décidé que jusqu’à la cessation du fléau il ne se réunirait pas, mais que l’administration serait confiée à M. de Brouville, capitaine pour le roi, et au receveur Lore. On fut néanmoins obligé de continuer le guet à cause des bandes de voleurs qui parcouraient les rues la nuit, enfonçaient les portes et pillaient les maisons. La maladie commença à diminuer à la fin de janvier 1522, éprouva une recrudescence en avril et disparut peu après (1). Après ces pénibles moments, le calme revint encore et permit à la ville de se remettre quelque peu des épreuves qu’elle venait de traverser. Aucun événement ne figure dans les annales locales jusqu’à la venue de la cour

(1) Le Conseil de ville prit à ce sujet plusieurs décisions assez curieuses. Au début de la maladie , il fit fermer les maisons où se trouvaient des pestiférés et emprisonner ceux qui en sortaient ; les mendiants ne purent plus entrer en ville (28 mai 1516). Les bouchers ne durent plus laisser les acheteurs toucher les viandes étalées qu’avec une grande baguette blanche (7 juin).

Ordre aux malades de se tenir tranquilles , de ne pas aller aux églises , sous peine d’en être chassés à coup de perches , de bâtons ou même de couteaux ( 20 janvier 1522).

Le Conseil se réunit une première fois, le 28 août 1521, chez M. de Paris, lieutenant de ville, pareeque la peste était au Saint-Esprit; le 21 octobre h Matougues ; le 6 décembre chez M. Cuissotte. L’élection de la Saint-Martin 1521 n’eût lieu que le 20 janvier 1522.

au mois de juillet 1535. D’immenses préparatifs furent faits; le Conseil décida que les gens de justice monteraient à cheval pour aller recevoir la reine et le dauphin avec trois compagnies de hallebardiers, de picquiers et d’arquebusiers, de cent hommes chacune, tous habillés uniformément, blanc et noir; que MM. Hocart, de Godet, de Bar et Langault chargés de la harangue, seraient vêtus aux couleurs royales; que le poêle porté au-dessus de la reine serait en damas blanc, frangé à ses couleurs : on tira le canon à la porte Saint-Jacques et quatre théâtres de mystères furent installés « pour réjouir le peuple » h la porte Saint-Jacques, au carrefour Notre-Dame, devant 1’Hôtel-de- Ville et devant l’hôpital. Pour cadeaux, on offrit à la reine douze douzaines de serviettes et six grandes nappes de lin ouvragé, et au dauphin, un courtaud bien équipé « de quarante à cinquante écus» (1).

La nouvelle guerre déclarée à l’empire par François 1er malgré le traité de Madrid vint encore bouleverser la Champagne. Le roi convoitait la conquête de l’Italie et ne rêvait rien moins que d’établir sa domination sur toute la presqu’île : il se préparait è soutenir ses prétentions les armes â

(1) Les frais de cette réception s’élevaient, d’après le compte présenté le 10 novembre suivant, à la somme de 1,020 livres.

Le chapitre des présents aux grands personnages était toujours une lourde charge pour la ville. En voici la liste de 1801 à l’année 1847 :

1801, 21 octobre, à Margueritte de Flandre, princesse de Castille , 2 poinçons de bon vin et six moutons , si c’est un jour gras; autrement du poisson.

1818 , 22 juin, à M. le comte de Rethel, gouverneur-général , du poisson jusqu’à la somme de cent sols.

1817, 1er juillet, au même , 24 chapons , 12 lapins, et si c’est un vendredi, le plus beau poisson qu’on pourra.

1819, mai , à M. de la Palisse, 4 poinçons de vin, 12 chapons et 12 lapins.

1834 , novembre, envoyé au gouverneur -général 10 pièces de vin d’Ay , du meilleur , 2 poinçons à son argentier et 2 pièces à M. des Armoises.

1837, août, 2 poinçons de vin à M. de la Fontaine, commissaire royal pour les fortifications.

1839 , mars , un poinçon à M. de Pieppape , qui a fait la montre des troupes à Châlons.

1847, mai , 6 pièces de vin à M. de Bordillon, lieutenant du roi en Champagne,

la main, à l’aide de ses nombreuses alliances et des ressources que lui avaient donné vingt années de paix. L’empereur sut cependant tromper son rival par d’astucieuses paroles et l’armée française qui venait de s’emparer de la Savoie, s’arrêta aux portes du Milanais (février 1526). Charles-Quint profita de ce retard, assembla des troupes et fit ses préparatifs : arrivé a Rome au mois d’avril, il reçut officiellement les plaintes du duc de Savoie, puis pressé par notre ambassadeur dans un conclave secret, il leva le masque, déclara la guerre en s’écriant: « si mes ressources n’étaient pas plus » solides , mes espérances de vaincre mieux fondées que » celles du roi de France, j’irais dans l’instant, les bras » liés et la corde au cou, me jeter à ses pieds et implorer sa a pitié (1)».

L’écho de ces paroles auxquels les événements devaient malheureusement donner raison, répandit une profonde terreur en France et surtout en Champagne qui se voyait déjà envahie et prévoyait à juste titre une guerre longue et acharnée. Dès le mois d’avril, le guet fut rétabli à Châlons et la garde rendue obligatoire pour tout le monde sous peine d’amende. Le lieutenant de ville fut investi de la direction des affaires et on lui donna une garde spéciale de seize hommes. Les vagabonds, les cordeliers et autres étrangers furent expulsés ; les portes de Châlons ouvertes seulement de cinq heures du matin à huit heures du soir. Le 26 mai, une lettre du maréchal de l’Hôpital vint redoubler les alarmes en annonçant que la guerre était commencée: des armes, des chaînes et des munitions furent achetées en quantité, les fossés curés, puis on travailla sans relâche aux fortifications. Au mois de juillet on mit huit cents pionniers aux remparts et peu de jours après cinq cents y furent adjoints moitié aux frais des seigneurs temporels et moitié aux frais des habitants (2). Les quatre châteaux Saint-Antoine , de

(1) Robertson, histoire de Charles-Quint, tome ni, page 140.

(2) Ces pionniers étaient appelés au travail au son de la cloche , de t> heures du matin à 10, et de 1 à 7 du soir; les défaillants étaient emprisonnés et une commission du Conseil les surveillait.

Mauvilain, du Marché et des Prescheurs furent mis en état et un chemin de ronde établi tout autour de la ville par l’abattage des maisons à soixante pieds du rempart (1). Les cinquantenies furent réorganisées et l’on arma également les nombreux étrangers qui, comme les abbés de Châtrices, de Moiremontel de Moustier s’étaient réfugiés h Ghâlons, en même temps qu’une conclusion du Conseil ordonnait aux villages voisins d’envoyer des secours « si les Bourguignons » approchaient » (28 juillet).

Les premières années de la guerre laissèrent notre ville en paix, et les préparatifs belliqueux de ses habitants ne servirent qu’à éloigner quelques bandes d’enfants perdus , mais en 15&2 la lutte se rapprocha de la Champagne; le roi envoya à Châlons quatre canons et de la poudre en assez grande quantité et l’année suivante de nombreux ouvriers durent encore réparer les brèches faites par l’hiver aux fortifications. Enfin, le 7 mars, le Conseil reçut une lettre du duc de Guise qui annonçait la probabilité d’un siège et envoyait ici son maître d’hôtel, M. de Bosnc avec la compagnie de cavalerie du duc de Nevers. Les mesures les plus énergiques furent prises et on démolit toutes les maisons des environs, le couvent des Trinitaires , les abbayes de Toussaints, encore hors des murs , et de Saint-Memmie. Notre pays en effet était alors le théâtre de la guerre. Le roi d’Angleterre en débarquant à Calais avait déterminé Charles-Quint à envahir la Champagne, et ce prince s’étant emparé de Commercy et de Ligny, avait renoncé à venir attaquer Châlons d’après la résistance qu’il savait devoir rencontrer sous les murs de cette placé; il alla mettre le siège avec tonte son armée devant Saint-Dizier que deux in* trépides gentilshommes, le comte deSancerre elle vicomte de Rivière défendirent pendant six semaines et ne rendirent que faute de munitions et sur un ordre supposé du duc de

(1) Moyennant une somme d’argent, le chapitre obtint de n’abattre ses maisons qu’à 40 pieds du rempart.

Guise [juillet-août 15 hl\] (1). Pendant ce temps François 1er avait amené son armée le long delà Marne à Jalons et envoyait le comte de Brissac occuper Vilry avec deux mille fantassins qui devaient au moyen de fréquentes sorties inquiéter continuellement les ennemis, mais leur supériorité numérique obligea bientôt le comte de Brissac h se replier par une ferme et habile retraite sur Châlons. L’Empereur après la prise de Saint-Dizier revint sur ses pas et s’achemina vers Paris par Epernay, en laissant Châlons de côté, sans même que ses éclaireurs se soient montrés en vue des murs de la ville. On sait que cette guerre se termina bientôt: Charles-Quinl manquant de vivres pour son armée, signa avec empressement le traité de Crcspy (septembre), et se hâta d’évacuer la France.

Le calme revint dans nos contrées et les bourgeois de Châlons purent enfin quitter leurs armes et se reposer de cette vie guerrière qui les fatiguait depuis tant d’années : on les vit seulement au mois d’août 1552 envoyer des maçons et des charpentiers au secours de la ville de Metz que l’empereur assiégea avec toutes scs forces à la reprise des hostilités et qui ne fut sauvée que par l’intrépidité du duc de Guise qui y commandait.

C’est vers cette époque que Châlons commença 5 jouer un rôle important dans la province au point de vue administratif ; déjà en 15/13 , François Ier, en divisant les grands bailliages , avait érigé dans ses murs un siège particulier de celui de Vermandois; en 1551 , un bailliage et siège présidial lui fut substitué. Peu d’années après un bureau des finances devait yêlra également institué pour toute la Cham pagne (1571) : ces diverses juridictions étaient destinées à assurer par la suite à notre ville le titre de capitale que nous verrons Henri îv lui accorder officiellement.

Cependant la guerre avait repris avec plus de vigueur et Henri ii se déclarant hautement le protecteur des libertés

(1) Histoire des ducs de Guise, parle comte René de Bouillé, tome 1, page 146

de L Allemagne , laissa la régence à la reine Catherine de Médicis, et joignit à Ghâlons son armée forte de trente mille fantassins français, suisses ou allemands, et de huit mille chevaux. Le roi fut reçu de la manière la plus brillante, et le Conseil de ville voulut surpasser tout ce qui s’était fait jusqu’ici : la garde bourgeoise prit les armes , toutes les rues furent richement tapissées : une petite fdlc habillée de blanc « et descendue par subtilité de la porte Saint-Jacques, pré- » senla les clefs à Henry. » En outre, on construisit deux théâtres, l’un au carrefour Notre-Dame , l’autre près de la Loge , sur chacun desquels douze enfants « accoutrés en » filles crièrent vive le roi.» Un dais blanc et noir, à franges d’or, avec bâtons fleurdelysés, fut porté au-dessus du souverain par quatre des échevins [février 1552] (1).

Pendant son séjour ici , Henri n octroya à notre ville des lettres-patentes, datées de Ghâlons, par lesquelles il exemptait pour toujours la cité et les faubourgs « du paiement » aux tailles et crues établies ou à établir â l’avenir à la date » du 1er janvier 1552, à cause de la loyaulté cl obéissance » des habitants, » et reportait cette portion de l’impôt sur les autres élections de la province. La cour des aides refusa d’enregistrer cette libéralité, et le roi dut lui adresser de nouvelles lettres pour la forcer à vérifier et enregistrer ces franchises sans restrictions ni modifications (2 septembre). L’arrêt de la cour parut en ce sens le 16 du meme mois.

Quelques jours après (23 avril), ce fut le dauphin qui se présenta à la porte Saint-Jacques et qui fut reçu avec les mêmes honneurs que son père « sons peine d’être réputé

(i) Conclusion du Conseil du H février 1532. Voici la liste des présents faits à ia cour :

Au roi, un cadeau valant 300 écus.

A la reine , un cadeau du prix de 200 écus.

Au connétable , 6 poinçons de vins.

* Aux ducs de Nevers, de Vepdôme, de Guise, au cardinal de Lorraine, aux maréchaux de Saint-André, de la Mothe, à M. deBordillon, au garde des sceaux, à M. de la Chesnaye, général des finances, chacun 4 poinçons.

Des présents à madame Marguerite et à la duchesse de Valentinois,

Aux officiers de la cour , 20 poinçons de vin.

» rebelle et désobéissant au roi ». Ce jeune prince laissa un témoignage durable de son passage : il fut péniblement frappé par la quantité de mendiants qui erraient alors dans les rues, et en fit exprimer son mécontentement aux gens du Conseil par M. d’Urfé, son gouverneur. On prit aussitôt des mesures : le Conseil vota un secours de cent écus et fit placer un tronc dans chaque église; il institua une commission composée d’un député de chaque paroisse : telle fut l’origine du bureau des pauvres qui prit ici un développement considérable et permit par la suite de soulager bien des infortunes et même de supprimer la mendicité dès le siècle suivant.

Une institution purement locale vint signaler d’une manière importante le commencement de la seconde moitié du xvie siècle à Châlons. Depuis longtemps déjà on songeait à rédiger une coutume châlonnaise , car dès 1507 nous voyons trois commissaires chargés de faire concorder la coutume de Vermandois avec les usages de la ville (1). Mais les évènements qui se succédèrent firent quelque peu perdre de vue ce projet. L’établissement du siège présidial en fit mieux sentir le besoin , et, en 1557 , une assemblée générale de députés de la noblesse , du clergé et de la bourgeoisie élucubra ce travail, que rédigèrent Christophe de Thou, président, Barthélemi Faye et Jacques Viole, conseillers au Parlement et commissaires du roi : il fut aussitôt publié, et servit de droit commun jusqu’à la révolution [novembre] (2). Elle différait peu des coutumes de Troyes et de Vitry.

(1) « Procès-verbal fait le 21 août 1S07 , dans lequel Jehan Robin , licencié ès- » lois , bailly de Châlons et de Beaulieu-en-Argonne ; Jehan Bourgeois , bailly de » Buissy , et Jehan Le Folmarié , écuyer , procureurs des bourgeois de Chaalons , » font leurs accords et discords à chaque article de la coutume de Vermandois , » proposée pour rédiger celle de Chaalons. »

Gros registre in-4°, manuscrit; bibliothèque impériale. »

(2) » Couslume de Chaalons et ressort du siège dudit lieu en ce qui est du bailliage de Vermandois, rédigée par escrit et en présence des gens du tiers-état par les commissaires ordonnés par le roi ; » un vol. in-4°. Reims , 1624.

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