‹ Histoire de la ville de Châlons-sur-Marne et de ses institutionsChapitre 26 sur 56 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Guerre de la succession d’Espagne. — Disette: émeute pour les grains.

— Approche des ennemis. — Prisonniers de guerre envoyés à Châlons. — Mort de Louis xiv. — Députés de la ville au sacre de Louis xv.

— Mariage du duc d’Orléans. — Venue de la reine. — Passage du Gzar. — Passage du roi. — Sa maladie. — Passage de la cour, — Création d’une Société littéraire. — Rupture entre le Conseil de ville et l’Intendant. — Réforme municipale. — Assemblée des États à Châlons. — Révolution.

Ce qui nous reste h dire de l’histoire de Châlons pendant tout le XYiiie siècle offre peu d’intérêt. Les communes réduites h la vie intérieure, pour ainsi dire de famille , emploient leurs ressources au développement matériel , au bien-être delà société locale. Des fondations de bienfaisance, des essais en faveur de l’instruction publique, des constructions utiles, mais de mauvais goût, avec quelques velléités de résistance contre les empiétements de plus en plus absolus de l’autorité royale , voilà ce que présentent les annales de toutes les villes de province à cette époque.

Au commencement du siècle l’attention générale était absorbée par cette grande guerre de la succession d’Espagne qui devait nous coûter si cher et jeter les premières bases de l’influence Anglaise en Europe. Durant cette période tous les maux semblaient se réunir pour accabler la France : la guerre absorbait un nombre considérable d’hommes , les finances étaient dans le plus déplorable état et la disette vint mettre le comble aux embarras de la situation.

La Champagne un peu plus favorisée que les autres provinces dut leur fournir des vivres , ce qui excita de fréquents soulèvements parmi le bas peuple qui était toujours tenté de croire qu’on voulait l’affamer. En 1708, une troupe de trois cents femmes empêchèrent le départ d’une voiture de grains au faubourg Saint-Jacques , éventrèrenl les sacs et repoussèrent à coups de pierre les archers delà ville (1). Mais l’année suivante il fallut écouter les justes réclamations de la population et empêcher un scandaleux accaparement de grains. Le Conseil de ville prit l\ cet effet les mesures les plus énergiques, et qui devaient rendre la fraude impossible : il fit fermer les portes Sainte-Croix et du Jard, placer dans le jour un archer à chacune des autres, et la nuit cinquante hommes sur les remparts, distribués en quatre corps de garde, sous les ordres « d’un commandant homme d’hon- » neur et de distinction », et de trois lieutenants. (2). Les gens du faubourg de Marne durent prendre les mêmes précautions et de plus amener en ville tous les grains qni se trouvaient dans leurs maisons. Les boulangers de ce quartierxuisaient la nuit et refusaient de livrer du pain aux habitants pour le vendre plus cher aux étrangers ; afin d’empêcher cet abus, le Conseil envoya la force armée murer leurs fours, et le reste de Tannée s’écoula sans nouveaux désordres. Mais la continuation de la guerre allait causer de nouvelles alarmes et imposer de nouvelles charges à la ville de Châlons. En 1712, le prince Eugène avait pénétré dans le nord de la Flandre, attaquait le Quesnoy et Landrecies et eut peut-être porté ses ravages beaucoup plus loin , si le maréchal de Villars n’avait eu le bonheur de remporter la victoire de Denain. Un des généraux du prince Eugène , Growenstein, qui à la tête de quelque cavalerie dévasta en tous sens la Champagne et a conservé une renommée populaire encore aujourd’hui dans les villages, surtout aux en-

(1) Conseil de ville, 8 octobre 1708.

(2) Ibid. 29 avril 1709.

virons de Reims, Growenstein songea sérieusement un instant à enlever Châlons. Il vint à cet effet rançonner Suippes (14 juin) : les Châlonnais aussitôt recommencèrent la garde, fermèrent les portes et firent faire aux remparts les réparations les plus importantes. Ces préparatifs suffirent pour dissuader les Impériaux de leur projet et l’approche de l’armée royale le long de l’Aisne acheva d’éloigner le danger [juillet] (1). Ce qui était bien plus onéreux pour les finances municipales , c’était la présence continuelle d’un grand nombre de prisonniers que le roi cantonnait à Châlons ; déjà en 1719 , le Conseil avait été contraint de signifier h l’Intendant que le pain était trop cher pour qu’on pût leur en fournir aux frais de la ville ; mais quand on ne put plus invoquer ce prétexte , il fallut bien se résigner et il y eût des moments , notamment durant la guerre de sept ans , où plus de huit cents prisonniers furent logés au bastion d’Aumale (2).

La mort de Louis xiv vint encore ébranler la politique européenne et rallumer la guerre , mais cette fois avec l’Espagne , sans pouvoir causer d’inquiétudes à nos provinces (1715).

En 1717 , Châlons vit passer dans ses murs le czar Pierrele-Grand qui préludait h un règne glorieux en visitant l’Europe et puisant dans ses voyages l’expérience et la sagesse de vues qui devaient lui permettre de fonder une monarchie régulière dans son immense empire à peine civilisé. Peu après la cérémonie du sacre de Louis xv s’accomplit à Reims

(1) Un grand nombre de gens des villages s’étaient réfugiés en ville Ji l’approche de l’ennemi. L’intendant, M. de Lescalopier , dut leur ordonner , quand le danger ne fut plus imminent , de retourner « cultiver leurs champs , » sous peine de saisie et de prison.

(2) Le bastion d’Aumale était situé derrière l’abbaye Saint-Pierre. En août 1745, on envoya ici 800 Anglais et Hanovriens pris au siège de Gand. 11 fallut construire quatre corps de baraques de 200 pieds de long sur lb de haut et 13 de large , qui coûtèrent b, 200 livres. Ils demeurèrent jusqu’au 1er octobre, et tout le temps il y eût chaque jour une garde de bO hommes , 2 sergents et un officier de la milice sous les armes.

et la ville de Châlons y fui dignement représentée (1722). Le Conseil choisit à cet effet Messieurs Baugier de Bignipont, Deu, de Pinteville , de Moncelz, et Blandin; ces députés furent admis devant le roi le 22 octobre «en habit noir, man- 2> teau court et rabat » et M. Baugier porta la parole , genoux en terre «et s’est servy de termes si pathétiques et si agréa- » blés au Roi qu’il les en a remercié par le duc de Charost, » son gouverneur, en ces termes : Messieurs , le Roy vous » remercie et vous est fort obligé de votre zèle et de votre » fidélité. » Le duc d’Orléans fut encore plus gracieux en leur disant : « Messieurs de la ville de Ghaalons je vous re- » mercic et je souhaite de vous donner des marques de ma » bienveillance» (1). Une contestation delà part des députés dcTroyes avait failli empêcher cette présentation : ceux-ci voulant être les premiers admis à complimenter le roi , tandisque ceux de Châlons réclamaient cc privilège en vertu des lettres de Henry îv, du 27 mars 1589, qui déclaraient leur ville capitale de la Champagne; le marquis de Dreux , grand-maître des cérémonies dut intervenir et fit passer les Châlonnais les premiers , tout en donnant acte aux parties pour faire régler ultérieurement leur différend : ce qui eut lieu en faveur de notre cité.

Enl72/i , eu t lieu à Sarry le mariage du duc d’Orléans avec la princesse de Baden, mais ce prince voulut conserver f incognito et refusa les dons et les compliments (8 juillet). L’année suivante cc fut la princesse Marie Lcczinska qui séjourna ici en se rendant à Fontainebleau pour la célébration de son mariage avec Louis xv. Ce passage fit événement à Châlons,

(1) Relation des dépotés au sacre, rég. du Conseil, 13 octobre 1722. Voici le texte du discours de M. Beaugier :

« Sire, les députés de la ville de Chaalons, prosternés aux pieds de V. M. , * ont l’honneur de luy tesmoigner leur joye de la voir au jour éclatant de son sacre, » dont la gloire et la magnificence donnent à V. M. la supériorité au-dessus de tous » les monarques de la terre. C’est , Sire , ce qui fait en ce jour pompeux l’objet de » notre admiration , nous procure l’avantage de souhaiter à V. M. un règne long et » glorieux, et de l’assurer de notre fidélité inviolable dont nos ayeux ne se sont » jamais départis, et qui sera toujours gravée profondément dans nos cœurs. »

et les conseillers de ville en ont consigné dans le registre de l’année une description longuement détaillée. Les 25 et 26 juillet les ducs d’Anlin et d’Orléans , chargés d’aller au devant delà princesse traversèrent la ville ; le 27, le marquis de Dreux vint faire les préparatifs de la réception et le lendemain Mademoiselle de Clermont vint loger chez M. Deu de Vieux Dampierre (1). Pendant ce temps les Châlonnais se préparaient à faire le mieux possible h Marie Leczinska les honneurs de la première ville française où elle dût s’arrêter. Des arcs de triomphe furent élevés à la porte Saint- Jacques par où elle devait entrer, h la Porte-Marne par où elle devait sortir et devant la maison de M. Deu de Montigny, choisie pour son logement : le portrait du roi fut placé sous un dais devant l’hôtel de ville ; les rues tapissées et jonchées de fleurs, toute la milice prit les armes : enfin le 28 dans l’après midi M. de Parvillez , lieutenant de ville , monta à cheval avec cent soixante jeunes gens , tous vêtus de rouge, avec un nœud de rubans h l’épaule et la cocarde blanche et jaune et allèrent attendre à Lépine la princesse qui fit son entrée à Châlons à huit heures du soir, précédée de cet escadron d’élite que suivaient le régiment de Noailles etles gardesdu corps: elle se rendit de suite h la Cathédrale pour entendre un Te Deum ; elle séjourna ici le 29 et partit le 30 après avoir entendu la messe à la chapelle des Récollets (2).

Au mois de juin 1728, le château de Sarry vit encore se célébrer dans sa chapelle le mariage de M. le Duc avec la princesse de Hesse-Rhinfelds (3). En 17 hh, ce fut le roi

(1) Le Conseil de ville lui fît don de deux douzaines de boîtes de confitures sèches et lui donna une garde de 50 hommes.

(2) Le Conseil offrit à la reine * des confitures sèches, des bougies et des fruits de » la saison » , ainsi qu’à mademoiselle de Clermont et à la maréchale de Boufflers. Les ducs d’Antin , de Noailles et de Beaumont reçurent chacun deux douzaines de flacons de vin , une douzaine à MM. de Savine , Danger , officiers aux gardes , et au comte de Sillery.

(3) Pour ne pas surcharger le récit de ces faits purement locaux , je ne Veux pas y citer les réjouissances faites en l’honneur de la naissance du Dauphin. Cependant, comme c’est la dernière fête dont les registres du Conseil fassent mention, je crois curieux d’en raporter ici les détails : il y eut Te-Deum , feu de joie , illu-

qui vint à Châlons en allant rejoindre l’armée qui devait secourir l’Alsace envahie par les ennemis : il entra le 1er août et repartit le lendemain matin (1). On sait qu’à peine arrivé à Metz , le roi tomba malade et donna les plus vives inquiétudes. Cet événement émut singulièrement les Châlonnais qui venant de le voir en si brillante santé , ne pouvaient penser qu’ils allaient perdre un prince adoré alors de ses sujets et qui faisait espérer un règne sage et honnête après les scandaleux désordres de la régence. Le Dauphin coucha ici en allant à Metz voir le roi, mais ne voulut accepter aucun honneur (16 août) : seulement à son départ on tirale canon, on sonna lescloches etla foule escorta sa voiture aux cris de Vive le roi. Quelques heures après on eut à recevoir la reine qui ne resta que quelques instants (2) : enfin dans la nuit ce furent Mesdames de France. Les conseillers demeurèrent en permanence; plusieurs d’entre eux attendirent sur la route les courriers et quand, dans la nuit du 18, l’un d’eux annonça que le roi était hors de danger , les Châlonnais illuminèrent d’eux-mêmes.

Le reste du siècle ne présente plus aucun intérêt : le h juin 1756 fut instituée à Châlons une Société littéraire, à laquelle le Conseil céda, le 31 décembre 1757, le boulevard de Mauvillain pour la création d’un jardin botanique. Puis presque chaque année on voit le roi modifier le système d’administration municipale : tantôt en créant des charges, tantôt en instituant un Maire royal, en admettant les notables aux séances, en diminuant le nombre des conseillers,

mination générale et pois de Lu au Jard; double distribution de vin d’honneur aux gens du Conseil, capitaines de l’arquebuse et de la milice. Le soir, « bal et ambigu » à l’hotel de ville à dix heures , où tou' messieurs , dames et demoiselles seront » reçus. » Devant l’hôtel de ville , on mit une fontaine remplie de 2 poinçons de vin pour le peuple. Donné à chacun des capitaines de milice 40 livres pour « ré- » jouir leurs compagnies »; 50 livres aux prisonniers. Enfin, à 7 heures souper pour messieurs du Conseil et chefs de corps (21 septembre 1729 ).

(2) Le roi logea chez M. François de Montbayen ; on lui donna 48 bouteilles de vin, 24 au prince de Soubise, autant au marquis d’Argenson et 72 aux principaux officiers de la suite.

(5) Elle se reposa une heure chez M. Deu où elle avait logé en 1723.

en leur enlevant l’inamovibilité. Toutes ces modifications déplurent au Conseil et indisposèrent singulièrement leurs membres contre le gouvernement , ou du moins contre ses agents. Ils choisirent un motif futile pour faire éclater leur mécontentement : les commissaires de l’artillerie voulurent faire abattre deux cents trois arbres du Jard pour fabriquer des affûts de canon, et les conseillers de Châlons , juste ment fiers de leur belle promenade, en référèrent à l’Intendant, et en même temps, pour éviter tout retard, au ministre des affaires de la province. L’intendant se plaignit vivement de ce qu’ils ne s’étaient pas adressés à lui seul, et nos conseillers blessés de la manière dont il le leur avait fait sentir, se transportèrent en corps chez lui et le lieutenant de ville lui adressa ces paroles ; » Monseigneur , le Conseil « de ville pénétré de la plus vive douleur attendait avec im- » patience votre retour pour déposer ses peines dans votre » sein. Il espère trouver la consolation dans l’endroit même » où il a reçu son offense. Il n’a jamais manqué au respect » qui vous est dû, non plus qu’à la confiance que vous lui » avez permis de prendre en vous. Ses démarches ont été » simples : il est venu au secours de ses habitants qui ont » pris l’alarme et qui l’ont pressé d’écrire en même temps » au ministre et à vous. Est-ce une faute, Monseigneur? et » si c’en est une , est-elle de caractère à mériter de votre » part pour un corps de magistrats le traitement le plus » ignominieux? Nous allons incessamment quitter nos char* » ges , et qui voudra les prendre , si avec le travail difficile » qu’elles offrent, il faut encore s’y voir exposé à de telles hu- » miliations? Vous pouvez, Monseigneur, réparer le mal : » un mot de retourde votre part nous rendra la paix et nous » remettra dans notre premier état : nous vous le deman- » dons pour la magistrature offensée et pour votre propre » intérêt» (12 avril 1765). L’intendant comme on le pense, se hâta de se retracter et déclara qu’il n’y avait rien à imputer à la ville.

Cet épisode, qui peut sembler au premier coup-d’œii pu*

roment fortuit et isolé, est cependant un événement d’une haute importance , et fut à Châlons le premier effort sérieux de résistance de la part de la municipalité contre le gouvernement et ses représentants ; ce fut le premier symptôme du progrès des idées, symptôme inconnu h ceux mêmes qui venaient de faire cette démarche , mais qui n’en était pas moins une tendance réelle vers la catastrophe de la fin du siècle. Les membres de la noblesse et de la haute bourgeoisie qui occupaient les charges municipales en France allaient comme les membres de la magistrature réclamer des libertés menaçantes pour la royauté , s’abuser eux-mêmes sur le résultat de leurs efforts et frayer le passage h l’immonde populace et aux misérables tribuns qui devaient dévaster le pays et l’inonder de sang.

Châlons du moins a l’honneur de n’avoir point vu de ces horribles meurtres s’accomplir dans ses murs et d’avoir traversé cette période orageuse en sacrifiant le moins possible aux folies du moment.

Châlons reçut Louis xvi , alors dauphin au mois de mai 1770 h son retour de Strasbourg , et outre les fêtes d’usage, le Conseil dota six jeunes filles pauvres de deux cents livres chacune et de cent livres pour l’habillement de chaque couple (1): cet usage fut imité lors de la naissance du nouveau dauphin, et le Conseil adopta le h septembre 1782 un enfant issu d’un de ces mariages. Peu après , Monsieur, frère du roi passa et repassa à Châlons en allant à Nancy et en revenant de Metz et fut reçu avec toute la pompe habituelle (ler-13 août 1782). Bientôt le mouvement des idées absorba uniquement l’attention du pays : tous crurent aveuglément h une réforme souhaitable assurément , sans entrevoir l’ abîme que l’on creusait en même temps et ou tout allait s’engloutir. Mais les satisfactions que le Tiers-État eut de prendre une part active aux affaires éblouit les plus intelligents de ses membres , et chacun , émerveillé de l’avenir,

(1) Les députés de Châlons, au sacre de Louis xvi, furent MM. Le Gorlier, de La Tour , Jourdain et Guillemin

ne songea plus qu’à doter son pays des plus belles institutions en attachant son nom à ces réformes.

Les états du bailliage se réunirent à Châlons au mois de mars 1788 : l’ordre de la noblesse tint ses séances dans la salle du bureau des finances et chargea M. de Pinteville- Cernon de le représenter aux États-Généraux et d’y porter les cahiers : cent huit membres les signèrent ( 13 mars ). L’ordre du clergé s’assembla dans la grande salle de l’hôtel de ville et confia la présentation de ses doléances à Monseigneur de Cdermont Tonnerre : elles furent approuvées par : l’Évêque; Monseigneur de Dampierre; Bayart, abbé de La Charmoie; Dom Carbon , président de la Congrégation de Saint-Vanne ; Petitjean , vicaire général ; le chanoine Malherbe ; Maupas , chanoine de la Trinité , Fréminet, chanoine de Notre-Dame ; Buirette , curé de Saint-Memmie , Périgaud, prieur de Toussaints; et Joyeux, Buret , Thibaut, Tœuls , Fagnier, Prévoleau et Gougelet, curés de La Veuve, Grand-Soudé, Vraux, Mesnil, Matougues et Saint- Éloi (19 mars).

Le Tiers-État assemblé dans la salle du Présidial rédigea des plaintes et doléances avec un esprit exclusivement avancé et choisit pour députés MM. Choisy d’ Arcefay , et Prieur (12- 29 mars).

La ville de Châlons , il faut l’avouer , s’associa franchement aux tentatives qui furent les préludes de la révolution ; le Conseil prit le !i décembre 1788 cette conclusion : «Prier » le Roi de permettre au Tiers-État d’être représenté aux » États par un nombre de députés égal à celui de la No- » blesse et du Clergé. Signé : De Berle , maire; Ouriet , » Grosjean , Thomas , échevins ; les chanoines Hocart et » Boschet: de Lestrée , Sirot, Maupas, Petit, Turpin, Au- » bert. o Six conseillers ne signèrent pas. Les États-Généraux se réunirent quelques mois après.

Enfin quand l’Assemblée Nationale eut remplacé les Étals et consommé la révolution , le Conseil lui transmit une adresse signée des mêmes noms que plus haut » pour lui

» exprimer les sentiments d’admiration et de reconnaissance » de toute la ville pour la conduite sage et généreuse qu’elle » a tenu dans ces derniers temps et à laquelle l’état doit le » retour au calme et à la confiance , ses plus chères espé- » rances pour l’avenir» (22 juillet 1789 ). Ce qui n’empêcha pas le Conseil de constituer, dès le lendemain, et malgré ce retour à la confiance et au calme , un comité de défense et un comité permanent pour prendre des mesures contre les «brigands expulsés en grand nombre de Paris et qui pou- » vaient se diriger sur la ville. » Les gardes de nuit et de jour furent rétablies et le commandement militaire donné à M. de Piebel , capitaine des gardes du corps de la garnison.

Mais il est temps de m’arrêter. Les événements qui suivent appartiennent h l’histoire contemporaine et se rapprochent trop de nous pour que je puisse me permettre de les raconter et encore moins de les apprécier. J’ai voulu étudier dans les annales de Châlons , le rôle de cette ville au milieu de l’histoire générale de la France, j’ai voulu retracer son organisation municipale depuis le jour où la commune était une puissance véritable jusqu’à celui où elle a été complètement absorbée par l’autorité royale ; j’ai essayé en un mot de ressusciter pour un moment nos ancêtres aux yeux de leurs descendants, pour leur faire voir les nobles exemples de fidélité qu’ils ont prodigués à leurs souverains. La tâche qne je m’étais proposée est donc remplie.

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