‹ Histoire de la ville de Châlons-sur-Marne et de ses institutionsChapitre 4 sur 56 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Institutions religieuses à Châlons. — Ancien étal religieux de la ville. Treize paroisses. — Abbaye de Saint-Pierre , de Toussaints , (le Saint- Memmie. — Commandcrie du Temple. — Religieux mendiants. — Congrégations de femmes. — Moines mariés. — Billeltes. — Pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. — Hôpitaux. — Maison pour les pestiférés. — Compagnie des dix-deniers. — Séminaire. — Anciens usages religieux. — Fête des fous.

Dans le cours de cette histoire, j "ai préféré mentionner par quelques mots seulement la fondation des divers établissements religieux de Châlons , pour pouvoir en parler plus en détail , les réunir tous sous un même chapitre et en présenter d’un seul coup un rapide historique. Dès les premiers temps du Christianisme, Châlons fut divisé en sept titres ou paroisses ayant chacun un curé et un diacre; le plus ancien des curés était attaché à Saint- Jean , et portait le nom d 'Urbanus pour le distinguer de ceux de la campagne où existait la même organisation. Ces sept titres étaient: Saint-Jean- Baptiste, Notre-Dame, Sainte-Croix, Saint-Jacques, Saint- André, Sainte-Madeleine et les Saints-Innocents. Plus lard la ville s’agrandissant , il fallut construire de nouvelles églises , et alors au lieu de sept paroisses, il y en eut treize.

1. Notre Dame-en-V aux. Ce fut d’abord une simple chapelle en bois, bâtie hors des murs, sur l’emplacement, dit-on, d’un temple païen, par Arnould, notre vingt-deuxième évê-

que , en 66/j. Dès ce moment elle fut placée sous la dépendance du chapitre; et nous voyons Charles-le-Chauve en confirmer la possession aux chanoines de Saint-Etienne (1). Elle dut être enclavée dans la cité h la fin du xe siècle ou au commencement du xie, et une bulle du pape Pascal il l’érigea en paroisse (1107). Notre-Dame fut d’abord desservie par les chanoines du chapitre , mais l’accroissement de la population exigea bientôt des soins plus fréquents et un collège de six chapelains y fut établi. Une transaction du 2/i mai lllA , nous apprend qu’ils avaient pris à cette époque le litre de chanoines. Cette pièce renferme les bases d’un premier accord entre les deux chapitres : le doyen, en conservant ses droits de justice , abandonnait au collège de Vaux certains revenus en mettant à sa charge les dépenses ordinaires de l’église. En \ 157, Notre -Dame s’écroula, mais comme on s’y attendait on avait eu le temps d’en retirer les cloches , les vitres , les ornements et les stalles (2). La reconstruction en fut immédiatement entreprise : l’évêque Guy de Joinville put en bénir une partie en 1183 , et la consécration solemnelle en fut faite par l’évêque Pierre de Latilly, en 1322.

En 12Zs5 , un décret du cardinal Odon , légat du Pape , divisa la paroisse Notre-Dame en cinq paroisses , dont deux, Saint Éloi et Notre-Dame furent laissées à la desserte des chanoines de Vaux ; à l’égard des trois autres, il ordonna que trois églises seraient bâties et les curés nommés par le chapitre de Saint-Etienne. Le collège de Vaux, composé d’abord de six chanoines , en compta huit en 1171 , et onze par la suite, y compris le curé; il n’y avait aucune dignité parmi eux , et ils étaient soumis au règlement rédigé par l’évêque Guillaume de Champeaux. Les revenus de chaque canonicat ne s’élevaient pas en 1700 à plus de cinq ou six cents livres y compris le casuel.

(1) Diplôme du roi Charles-le-Chauve, du 15 des calendes de mai 850 : « Capella » Sanctæ-Mariæ non longe a muro civitatis structæ, cum suis pertinenciis. »

(2) Le 16 des calendes de février 1157 , jour de Saint-Sulpice , ce qui correspond au 17 janvier.

II. Saint-Eloi (1), jadis Sainte-Croix. C’est une des plus anciennes églises de la ville , reconstruite au xive siècle et démolie en 1793.

III. Saint-Loup , jadis Saint-Jacques ; elle fut consacrée en 1380 par l’évêque Archambaud de Lautrec.

IV. S aint- Antoine (2), consacrée en même temps que la précédente, et bâtie, dit-on, aux frais de la corporation des tisserands, à cause des navettes que l’on voyait peintes sur les murs de l’église. Démolie en 1793.

Y. Sainte-Marguerite (3) , bâtie en 1272 , par la libéralité de Arnoul de Loos , évêque de Châlons : démolie en 1793.

VI. Cathédrale Saint-Etienne , bâtie en 625 , sous le vocable de Saint-Vincent, brûlée et reconstruite en 1147.

VII. Saint- Alpin , jadis Saint-André ; ce fut d’abord une simple chapelle consacrée, dit-on , par Saint-Memmie : elle fut placée sous le vocable de Saint-Alpin, quand les reliques de ce prélat y curent été déposées en 860 , par l’évêque Erchanraüs: l’évêque Geoffroy la reconstruisit probablement en entier. (1136)

VIII. Saint-Germain (4) : bâtie en 1004, succursale de Saint- Alpin, érigée en paroisse en 1204. Supprimée en 1772.

IX. Saint-J can : cette église était l’église-mère de la ville, le baptistère construit par Saint-Memmie lui-même près de la première cathédrale de Châlons. Elle fut reconstruite en

X. Saint-Nicaise. La population de la paroisse Ssinl-Jean étant devenue trop nombreuse, l’évêque Pierre de Hans la démembra et érigea la paroisse Saint-Nicaise, du consentement des religieux de l’abbaye Saint-Pierre , du ban desquels

(1) Située rue Sainte-Croix, h l’emplacement de la maison portant le n° 13.

(2) Située près de la porte des Mariniers ou Saint- Antoine , en face la rue du Collège.

(3) Située au coin des rues Sainte-Croix et Sainte-Marguerite.

(4) Placée tout à côté de Saint-Alpin, au milieu de la place de ville actuelle.

elle dépendait. Cette église occupait remplacement des maisons nos 50 et 50 bis et quelques bâtiments adjacents dans la rue qui porte aujourd’hui son nom.

XI. Saint-Nicolas (1) : elle fut fondée en 1187 par Guy de Joinville, à la prière de Roger ix , abbé de Toussaints, pour servir aux habitants du bourg neuf. Gérard de Douay en la consacrant en 1204 , l’érigea en paroisse. Elle fut supprimée et réunie h l’abbaye de Toussaints , et les matériaux servirent h la construction du grand séminaire , peu d’années avant la révolution.

XI bis . Sainte-Catherine (2) : Annexe de Saint-Nicolas , elle existait dès le xne siècle et ne fut enfermée dans la ville qu’en 1544. En 1788 , elle comptait au plus quinze ménages, et le prieuré Saint-Michel y avait été transféré. Ce prieuré, simple, régulier, sans charge d’âmes, fut fondé, selon la tradition , sur les ruines d’un temple païen , en dehors de la porte des Vallées ; il fut détruit dans les guerres des xive et xve siècles.

XIIe Sainte-Madeleine. Cette église a été bâtie assure-ton , par Saint-Memmie dans le bourg de Nau. Elle fut remplacée par la Trinité , (3) élevée en 1020 et consacrée en 1027 ; un collège de dix chanoines h la nomination du chapitre Saint-Etienne, fut attaché à cette paroisse. En 1204, les chanoines de la Cathédrale ayant fait démolir l’ancienne église Saint-Nicolas qui touchait aux murs de Saint-Etienne, les chapelains de cette dernière collégiale , fondée en 1074, par Roger in , se plaignirent au pape qui décida la reconstruction de l’église détruite au lieu même où elle était; un accord cependant fut obtenu par le doyen de Saint-Etienne et on laissa les choses dans l’état où elle se trouvaient , seu^

(1) Elle était située à l’extrémité de la rue actuelle de Saint- Dominique , sur. le boulevard, près le cimetière Saint- Antoine.

(2) Sainte-Catherine était auprès de la porte Sainte-Croix, à l’extrémité de cettp rue , du côté du Jard.

(5) La Trinité se trouvait très près du portail septentrional de la cathédrale.

lemont les collégiales de la Sainte-Trinité et de Saint-Nicolas lurent réunies sous un titre commun.

La Trinité a été démolie en 1793.

XIII. Saints-Innocents. — Saint-Sulpice (1). L’église des Innocents fut transformée au ixe siècle en abbatiale, sous le vocable de Saint-Sulpice , et soumise au chapitre Saint- Etienne , comme l’attestent plusieurs diplômes de Charlesle-Chauve. Le chapitre la céda h l’évêque en 1060 en échange de la suppression de la dignité de prévôt de la Cathédrale. Roger m la donna h l’abbaye de Toussaints. C’est dans cette église que se faisait la réception de l’évêque de Châlons quand il venait prendre possession de son siège. Elle fut démolie en 1793.

Il y avait à Châlons deux abbayes. L’abbaye royale de Saint Pierre-aux-Monts , dont l’emplacement est occupé aujourd’hui par le quartier de cavalerie. Ce fut d’abord la résidence de Saint-Memmie , et l’église demeura la cathédrale de Châlons jusqu’en 625, que fut bâtie l’église Saint- Vincent , près de laquelle fut transféré l'évêché. On mit alors h Saint-Pierre des religieux venus de Lérins , et en 660 , l’évêque Leudebert leur imposa la règle de Saint- Benoît. Roger Ier entreprit, en 1028, la restauration du monastère, agrandit ses bâtiments et lui donna la seigneurie d’une partie de la cité. Son ban comprenait les rues situées dans un triangle , dont les trois sommets seraient l’église Saint-Loup , la porte Saint-Jean et probablement l’église Saint-Nicaise.

L’abbé rendait hommage au roi.

L’abbaye de Toussaints ( chanoines de Saint-Augustin ) fut fondée par l’évêque Roger ii, dans un lieu entouré par la Marne, hors la ville et à droite du faubourg de Marne. Démolie en 15M, lors de l’approche de l’armée de Charles- Quint, on la reconstruisit en ville, et ses bâtiments servent aujourd’hui de logement au directeur de l’école des arts. L’abbé de Toussaints avait également la seigneurie sur cent

(1) Elle occupait l’emplacement de la maison n° S, rue du faubourg de Marne.

quarante maisons de Châlons , aux alentours du monas 1ère (1).

La commanderie du Temple (depuis ordre de Malte) de la Neuville, avait de nombreuses propriétés à Châlons; en outre le commandeur possédait près l’église de Saint-Sulpice un hôtel dit Hôtel-de-Rhodes , ou maisons des hauts degrés, avec une petite chapelle où l’on disait la messe « et où les commandeurs et les chevaliers qui sont sur les » lieux satisfont au devoir paschal (2). »

Les ordres mendiants avaient aussi d'importants établissements â Châlons. Les Dominicains (3) , établis en 1220 par Guillaume du Perche qui avait connu leur fondateur et qui leur fit bâtir un couvent avec une église. La réforme y fut introduite en 1677. Les Cordeliers vinrent fonder un monastère à Châlons , du vivant même de Saint-François» en 122 h (A), et remplacèrent un couvent de Béguines. En 1266, l’abbé de Saint-Pierre permit à un prieur et à des frères de l’ordre de la Pénitence de s’établir sur la paroisse Saint- Alpin (5) ; ces religieux furent remplacés en 1292 parles ermites de Saint-Augustin, qui eurent le droit de se bâtir une église , une maison conventuelle, d’avoir des cloches et un cimetière, moyennant cent sols de cens annuel ; de plus, il durent payer un autre cens annuel de cinq livres pour l’oratoire qu’ils avaient près de Saint-Alpin et qu’ils abandonnèrent dans la suite. Dès l’année 1200» l’évêque Roger du Perche avait chargé les Mathurins ou Trinitaires de desservir un hôpital près de l’église de Saint- Saint-Suîpice. Détruite eu 15Z|Zs , leur maison fut relevée

(1) Je ne parle pas de l’abbaye de Saint-Memmie , qui en réalité n’appartient pas à la ville de Châlons. Je ne me suis pas étendu davantage sur l’histoire des abbayes de Saint-Pierre et de Toussaints , ayant traité à fond cette matière dans mon Essai historique sur les abbayes du diocèse ancien de Châlons , publié dans les Annales de l’Académie de Reims, 1852, et in-8°, chez Didron, à Paris.

(2) Beaugier, mémoires histoïiques, tome 2, pages 135-136.

(3) Ce couvent était situé à moitié de la rue Saint-Dominique.

(4) Leur monastère se trouvait près du Jard, au lieu appelé aujourd’hui quai des Cordeliers.

(b) Les Augustins étaient dans la rue de la Bassinerie,

en 1565, avec une nouvelle église; elle leur fut achetée pour AO, 000 livres en 1686 , lors de la construction de l’hôpital Saint-Maur, et avec cette somme ils se construisirent un vaste couvent dans la rue Saint-Jacques (1).

La ministrerie du village de La Veuve, fondée en 133A, relevait de la maison de Châions.

Go ne fut qu’en 1615 , que l’évêque Cosme Clause appela à Châions les Récollets , malgré les efforts des Cordeliers. Il les logea d’abord dans son propre palais, puis leur donna le monastère où furent établies ensuite les religieuses de Vinetz. On les plaça en 1620 dans la maison où est maintenant le couvent des religieuses de la rue Grande- Etape.

Châions comptait ciiiq couvents de femmes. Le prieuré des Bénédictines de Vinetz , de la filiation de l’abbaye de Molesmes , fut d’abord au village de Vinay , près Saint- Martin, et remontait à 1155. Elles furent tranférées en ville dans l’année 1621 , et occupèrent le monastère où résidaient les Récollets et qui sert aujourd’hui de manutention militaire. Le prieuré des Bénédictines de l’Etroite- Observance, ou de Saint-Joseph, établi en 161A, sous la filiation de l’abbaye d’Avenay, était placé près du collège, dans la rue Saint-Joseph, et fut supprimé par arrêt du conseil d’état du 21 février 1788. Le couvent de Sainte-Marie, fondé en 1613 par le père Fourier de Matincourt, et chef d’ordre de la Congrégation , qui avait pour mission d’instruire gratuitement les jeunes filles pauvres (2), était le plus vaste des établissements de femmes. On y comptait habituellement soixante religieuses, sans compter les sœurs converses. Les Ursulines furent établies en 1660 , sur la place qui a pris leur nom, et supprimé en 1778. Enfin les Pamcs-Régentes , ou Nouvelles-Catholiques , furent appe-

(1) Leur maison se trouvait dans la rue de l’Arquebuse.

pi II était situé rue Sainte-Croix ; ses bâtiments sont occupés aujourd’hui par le grand séminaire. Cette congrégation avait des maisons à Reims, à Laon, à Soissons, à Vitry, à Sainte-Ménehould, à Château— Thierry, etc.

lées en 1672 par l'évêque Vialard de Herse ; leur maison, donnée par la duchesse de Noailles, était dans la rue Saint- Nicolas, près du couvent des Dominicains.

Indépendamment de ces établissements réguliers, on en comptait trois autres assez peu connus, et cependant curieux à signaler.

Dans le faubourg de Marne existait une communauté jouissant de singuliers réglements : les moines devaient être mariés, mais leurs femmes avoir au moins cinquante ans; vêtus d’une robe grise et une sonnette à la main , ils allaient quêter en ville , assistaient aux processions, aux enterrements; s’ils devenaient veufs, ils étaient obligés de se remarier dans un délai de six semaines, sous peine d’être exclus de la maison ; ils étaient au nombre de onze, diri— rigés par un prieur. M. de Vialard les supprima en 1641.

Leur couvent se trouvait à la place de la chapelle de Sainte-Pudenticnne (1).

Une bulle du pape Alexandre iii parle des Billelles, frères hospitaliers qui logeaient les pèlerins et les malades (1167). Un toscan, nommé Philippe, fonda à Châlons la première maison française de cette congrégation , et reçut une riche dotation de l’évêque Guy de Joinville, (1164- 1170). Ces religieux, d’abord soumis h la règle de Saint- François, passèrent plus tard sous celle de Saint-Augustin. Saint-Louis les appela à Paris en 1290, et leur permit d’avoir un général. L'ordre se répandit peu à peu dans les provinces, mais ne compta jamais plus de dix-sept maisons; il fut aboli en 1641.

Il y avait aussi à Châlons une confrérie de pèlerins de Saint-Jacques- de-Compostelle, qui tons devaient avoir visité cette église/ M. de Vialard les admit aux cérémonies religieuses en 1640, et ils y paraissaient marchant deux à deux, vêtus d’une robe de taffetas gris ornée de coquilles , coiffés d’un grand chapeau de même couleur , tenant en

(1) J’ai pris ces détails dans les notes manuscrites réunies par dom François, et conservées à la bibliothèque de notre ville.

main le bourdon ferré et doré, et précédés de l’un d’eux qui portait une grande croix en bois peint.

On ne comptait pas moins de quinze hôpitaux ou maisons de charité dans la ville de Ghâlons et dans ses faubourgs. Plusieurs remontaient, selon la tradition, à l’époque môme de l’établissement du christianisme, comme un petit Hôtel Dieu, placé, dit-on, entre les deux faubourgs de Marne, et l’hospice Saint-Lazare, transformé en collège en 1560; les hospices de Saint-Léonard et Sainte-Pomme, construits par Saint-Alpin (1) et détruits dès le moyen-âge; les hospices Saint- Jacques et du Saint-Esprit. L’hôpital Saint- Etienne , très près de la cathédrale , existait authentiquement en 920, et avait été élevé en exécution de l’article 114 du concile d’ Aix-la-Chapelle (816), qui ordonnait aux évêques d’établir une maison pour les malades aux dépens de leurs églises. Cet établissement fut doté par Guillaume de Champeaux de l’annate des prébendes vacantes ( 1121) et du revenu entier d’une prébende ; par la suite, chaque prébende lui devait une rente de deux écus (141 3). Il fut agrandi successivement en 1490 par l’acquisition de plusieurs maisons rue de Grève , et en 1639 par la cession de l’ancien hôtel du Vidamé. La chapelle servait de paroisse aux gens de la maison et aux fermiers des environs.

La fondation de l’hôpiial général de Saint-Maur (2) est également attribuée à Saint-Alpin, et son service fut confié aux religieuses du Bon-Pasteur. On le réédifia en 1574 et en 1645 ; il fut exclusivement destiné au logement des pauvres , la mendicité ayant été alors formellement interdite dans la ville. Il y avait deux chapelles, l’une fondée de toute ancienneté et l’autre par les seigneurs de Beaucamp. Sa démolition avait été décidée au moment de la Révolution.

L’hospice Saint-Léger ou des Aveugles était desservi par

(1) On comprend que je ne donne cette origine ancienne que sur les assertions de la tradition et sous toutes réserves.

(2) Située un peu au-dessus de l'église Saint-Sulpice.

les moines mariés dont j’ai parlé , ainsi que celui des Billettes. Pendant quelque temps, l’abbaye de Saint-Pierre entretint, près de l’église Saint-Jean, une maison dite des Bons-Enfants, dont les places étaient des bénéfices h vie conférés par le grand prieur de Saint-Piérrc ; dom François cite une pièce du dernier octobre 1637, ainsi conçue : « Dom Jean Placide, prieur de Saint-Pierre , reçoit pour » Bon-Enfant et pour en ladite qualité servir en l'église et » paroisse Saint-Jean, la personne de Didier Michelet, fils » de Nicolas Michelet, recteur d’école ; et ce, pendant et » durant la vie d’icelui Didier Michelet, et h cet effet icelui » sieur Prieur en notre dite présence et de personne assis- » tant au chœur de ladite église et abbaye de Saint-Pierre , » au-devant du maistre autel, bailla l’habit de Bon-Enfant » audit Didier Michelet pour le porter sa vie durant. » On n’a aucune connaissance de la destination de cette confrérie, et ce document est le seul qui en soit venu révéler l’existence.

En 1624, Gosme Clausse donna aux Jésuites la direction d’un asile, voisin deSaint-Maur, où étaient reçus les enfants pauvres et qui portaient le nom d 'Enfants rouges , parce qu’ils étaient vêtus de robes de cette couleur. En 1645 , on le réunit à Saint- Maur.

Hors la ville on voyait l’hôpital Saint- Nicolas , entre Fagnières et Toussaints dehors , réservé pour les pestiférés ; il fut rebâti en 1533 presqu’au même endroit , lieudit la Neuville, aux frais de l’évêque Gille de Luxembourg. Des maisons de santé se trouvaient à Pogny (1164), Méry (1193), de la Madeleine à Somme-Vesle ; de Saint-Léger à Saint- Memmie, toutes réunies àfHôtel-Dieu de Ghâlons, et supprimées bien avant 1789.

Mais en 1616, un arrêt du conseil vint réformer ces divers établissements trop multipliés pour le bien public ; ils furent réduits à deux : l’Hôtel-Dieu , pour les malades et les enfants de quinze mois à sept ans , et l’hôpital général de Saint Maur, pour les vieillards et les enfants de quinze h seize ans, année pendant laquelle ils apprenaient un mé-

tier. Le conseil chargé de la surveillance fut composé d’abord de onze personnes ; des lettres-patentes de février 1635 portèrent leur nombre à dix-huit, savoir : l’évêque, président-né ; deux chanoines de la cathédrale , élus pour cinq ans (1) ; le lieutenant-général du bailliage, le procureur du roi , le bailli de la comté-pairie , le procureur fiscal du même siège , deux échevins de police , deux échevins municipaux , lesquels se renouvelaient tous les trois ans ; le syndic de la ville et six notables pour trois ans. Outre l’hôpital spécialement destiné aux malades atteints de la peste, qui, comme on le verra , a exercé à diverses reprises de cruels ravages à Ghâlons , on fut obligé, au xvie siècle, d’affecter an même service la maison de Saint-Jacques, en dehors des murs. Les secours étaient donnés par la confrérie des douze Frères -Noirs ou des Dix -Deniers , dont l’origine remonte aux temps les plus anciens , et qui habituellement accompagnaient les prêtres pour l’administration des sacrements et ensevelissaient les morts. Plus tard ils servirent de valets à la confrérie de charité , et enfin furent attachés en 1616 à l’Hôtel-Dieu , et les revenus de leur association réunis à ceux de cet établissement.

Le séminaire de Châlons ne remonte qu’à l’année 1572, et fut élevé aux frais de l’évêque Jérôme Bourgeois, à la place du collège Saint-Lazare. Il lui légua six cents livres de rente « pour que l’on apprenne les pauvres enfants de Ghâlons » qui n’auraient pas de moyens suffisants, pour parvenir à » l’étude et à la connaissance des arts libéraux et méca- » niques. « Il fut transféré, en 1646, près de l’église Saint- Nicolas, et enlevé à la direction des chanoines de la cathédrale pour être donnée aux pères de la Doctrine, en 1666. En 1679, les pères de l’Oratoire leur succédèrent et furent enfin remplacés trois ans après par les prêtres de la congrégalion de Saint-Lazare, qui y sont encore aujourd’hui.

Avant de finir ce chapitre, je vais parler d’anciens usages

{{) La charte de Guillaume de Champeaux, 1121 , porte que cet hôpital avait pour gouverneurs deux chanoines de la cathédrale.

religieux trop curieux pour être passés sous silence (1).

Les cérémonies de la fin du Carême et de la Semaine- Sainte à Châlons avaient un caractère tout particulier. Le dimanche de la Passion , le clergé de la ville se rendait en procession de la cathédrale h la place du Marché, en chantant des psaumes (2), et prenait place à un banquet préparé au lieu de la station. L’évêque Jean Bourgeois abolit cette coutume en 156/i, Le dimanche des Rameaux, après matines, l’évêque allait distribuer des palmes h Saint-Pierre, et de-lè se rendait à Saint Jean , regardée toujours comme « la mère église » . On chantait l’évangile devant la grande porte , pendant qu’un prêtre , revêtu de ses ornements , montait à une tribune devant la tour, accompagné de quatre acolytes portant des cierges allumés, et exposait aux yeux du peuple une grande croix d’or. Le mercredi saint , l’évêque devait, h l’heure de tierce, dire les oraisons qui se chantent maintenant le vendredi, puis sortir de la cathédrale avec tout son clergé, et n’y rentrer qu’à huit heures pour célébrer la messe. Le jeudi , avant prime, l’évêque, suivi de tout son clergé, allait successivement à Saint-Memmie, à Saint-Pierre, à l’hôpital Saint-Jacques, h Toussainls, puis revenait à Saint-Etienne pour donner une absolution solennelle au peuple; de plus, il devait offrir aux chanoines, vicaires, chapelains, chantres et enfants de chœur de la cathédrale, trois fois « du bon vin blanc et vermeil » (1Zj6Zï). Le vendredi , tous les ecclésiastiques de la ville et des faubourgs se réunissaient sous la présidence de l’évêque dans une église désignée à l’avance; on y lisait certaines prières, puis on dépouillait entièrement les autels de leurs ornements , et les curés sortaient aussitôt pour aller faire de même dans leurs paroisses.

(1) J’ai pris ces détails dans ra copie d’un ancien saeramentaire , faite par dom François et dans ses notes.

(2) Rituel de la cathédrale. Voici l’ordre observé par les corporations religieuses dans les processions de Châlons : l'Évêque , les Cordeliers , les Dominicains, les Mathurins les chapitres Saint-Étienne, Notre-Dame, de la Trinité ; les moines de Toussaints , de Saint-Memmie , de Saint-Pierre.

Ali moyen-âge on observait chaque année à Châlons trois grandes solemnités qui tombèrent dans la suite. Le chapitre Saint-Etienne célébrait la fête des fous , ou figuraient tous les chanoines. Cette fête , remplie d’absurdités, avait lieu dans presque toute la France entre Noël et le jour des Rois, le plus souvent le 1er janvier ; c’était un reste des anciennes saturnales, etelle avait, disait-on, pour objet d’honorer l’âne qui avait porté Notre Seigneur Jésus-Christ, lors de son entrée h Jérusalem. Dans chaque ville la fête des fous se célébrait avec quelques variantes : à Châlons on élisait un évêque des fous , généralement un enfant , que l’on amenait dans le chœur de la Cathédrale avec la mître, la crosse, la chappe , les gants et la croix épiscopale : il bénissait le peuple ; tout le clergé prenait part à un grand banquet, puis on conduisait cet évêque dans les rues avec des bouffonneries très pompeuses , monté sur un âne , escorté parla foule, et au son des instruments les plus bruyants (1). Comme on peut le penser les évêques cherchèrent à supprimer cette fête. En 1199 , Eudes de Sully, évêque de Paris, la défendit dans son diocèse, et établit à la place l’office de la Circoncision. Les conciles de Paris (1212), et de Bâle (1435), les synodes de Langres (1404), de Rouen (1445), de Sens (1528), renouvelèrent ces prohibitions , et celui de Lyon , tenu en 1566, y mit définitivement fin. Le roi Charles vii, lors de son séjour à Châlons , rendit une ordonnance dans le même but (17 avril 1445).

Le jour des Cendres avait lieu le convoi de Carême-prenant : quatre hommes apportaient dans la Cathédrale un brancard sur lequel reposait un grand mannequin en paille : on le plaçait à l’endroit où se mettaient les catafalques, puis on célébrait une messe de Requiem , les prêtres officiants ayant l’étole au dos , la chasuble à l’envers et pliée en deux ; ils chantaient l’épi tre , lisaient l’évangile et ne se retour-

(I) Ancien manuscrit de la cathédrale, du xvie siècle, en vélin, cité par dom François , avec ce titre : Officium stultorium sive insanorum insignis ecclesiœ Cathalaunensis. Pour plus de détails , voir mon travail : Cartulaires de l’évêché et du chapitre de Châlons, 1853. Paris, V. Didron.

riaient point au Dominus vobiscum. Six chantres chantaient alternativement, placés, deux au chœur, deux au jubé et deux sous l’orgue. Les chanoines avaient tous la robe noire et un voile : enfin un seul cierge était allumé au milieu du sanctuaire.

La veille de la Saint-Jean-Baptiste se célébrait la Procession verte . Le Chapitre , accompagné de tout le clergé de Châlons , se rendait h une demi-lieue de la ville , dans un endroit appelé l’Étoile-à-Forêt , du côté de Sarry. Arrivé là on coupait force branches pour orner les églises et pavoiser les rues. Cette fête se célébrait encore en 1605 malgré les efforts de Cosme Clausse pour la supprimer. Aujourd’hui de tous ces vieux usages il n’en subsiste plus qu’un qui soit spécial à notre pays et qui , je l’espère , demeurera toujours comme un témoignage de foi , c’est la pieuse procession des châsses , ou des baguettes blanches , qui se fait le lundi de la Pentecôte , et remonte à la plus haute antiquité. Ces longues baguettes que l’on y porte viennent de la nécessité ou les prêtres se trouvaient autrefois de s’en servir dans les mauvais chemins qui entouraient Châlons , et ne sont nullement un sonvenir de la défaite d’Attila , comme certains auteurs l’ont avancé. Ce jour-là toutes les paroisses viennent apporter leurs châsses à la Cathédrale , le clergé réuni visite processionnellement les églises dans chacune desquelles l’évêque donne sa bénédiction , et le lendemain on les reconduit également en procession. Dans ces deuxjournéeson promène triomphalement les reliques vénérées des Saints Memmie, Donatien, Domitien, Alpin et de Sainte Pomme qui ont évangélisé notre pays. Avant 1789 les officiers municipaux et les magistrats assistaient en corps à cette solemnité.

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