‹ Histoire de la ville de Châlons-sur-Marne et de ses institutionsChapitre 8 sur 56 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Etat physique de Châlons. — Ses agrandissements successifs. — Ses rues. — Ses monuments religieux et civils. — Fortifications. — La Marne. — Le Jard. — Les faubourgs.

On a répandu de singulières fables sur l’importance ancienne de Châlons; les uns l’exagérant beaucoup, les autres commettant une égale erreur en la restreignant par trop. Il suffit de jeter un coup-d’ceil sur l’état actuel de la ville pour se convaincre qu’elle n’a jamais pu compter parmi les cités les plus populeuses du royaume, mais aussi pour comprendre que sa population a pu être plus développée qu’elle ne l’est aujourd’hui , fait que prouverait suffisamment l’existence de treize paroisses fondées au moyen-âge , si je n’avais pu trouver un document positif à cet égard. Dans l’origine, Châlons n’embrassait qu’une faible partie de son emplacement actuel; un oval irrégulier et très restreint, resserré entre la Marne et le ruisseau de Nau , avec des faubourgs qui s’étendaient au dehors et sur lesquels s’ouvraient quatre portes (1). Au nord elle se terminait à la rue de Grève (aujourd'hui rue Saint- Dominique), tirant sur le port Saint-Antoine, et au sud à la rue des Cordeliers jusqu’au boulevard Saint-Etienne, en empiétant quelque peu sur le jardin de l’ancien évêché. L’église Saint-Alpin était

(1) Dom Lelong, hist. ecclés. et civ. du dioc. de Laon, page 389. — Le Nau et le Mau sont les deux bras de la Marne qui se séparent à la porte Saint-Antoine et passent, le Nau devant l’école des arts, et le Mau devant l’église Notre-Dame.

alors hors des murs et n’y fut renfermée que vers la fin du xc siècle, quand l’évêque Gibuin fit relever les fortifications et les reporta sur les bords du Mau. Notre-Dame avec tout son quartier demeura encore dans les faubourgs , comme Saint-Pierre et son bourg qui était fortifié séparément (1). Mais je ne puis admettre que ce soit h l’occasion des guerres du xive siècle que nos bourgeois aient réuni à leur ville cette portion considérable qui devait en doubler l’étendue. On voit en effet que ces remparts existaient lors de l’attaque de 1359 que j’ai relatée dans cette histoire d’après le récit de Froissard. Je crois plutôt que cette annexion eut lieu dès le siècle précédent (2). 11 est difficile de croire que les Châlonnais aient pu exécuter des travaux aussi considérables au milieu des alarmes et des luttes de cette époque. Les comptes de 1375 que j’ai déjà cités ne renferment que des allocations pour des réparations , et une lettre du roi du mois de septembre 1&73 ordonne aux gens du Conseil de refaire leurs fortifications qui étaient dans un très mauvais état. Peut-on croire que des remparts nouvellement construits aient pu se trouver presque détruits au bout d’un siècle ? Ce ne fut qu’au xvie siècle que l’on se décida à en-

(1) Les habitants du bourg Saint-Sulpice et du Pont-Ruppé devaient se garder eux-mêmes et veiller à leur rempart ( conclusions de ville du S février 1420). — Une charte de l’archevêque de Reims , de 1185, dit que les fossés qui séparaient le bourg Saint-Pierre de la ville, ne pourraient être recreusés. (Archives de la préfecture, fonds de l’abb. Saint-Pierre.)

(2) D’après un état des noms des rues de la ville que j’ai relevé dans les chartes de donations faites à la commanderie de la Neuville-au-Temple, par les Châlonnais, il est évident qu’au xme siècle la cité devait dépasser le Mau. Les rues sont celles des Changeurs ( aujourd’hui rue des Lombards , en face Saint- Alpin ) ; de Chanterenne , près du Marché ; de Chambereaut , près des Cordeliers ; de Grève ( aujourd’hui Saint-Dominique ) ; de la porte Marne ; Neuve , près la même porte ; du Pré-l’Évêque , près le port actuel du canal; puis de la Gravière ; de la Haisète, près la porte Saint-Jean ; de Roignon , près Saint-Pierre ; ces trois dernières se trouvent entièrement en dehors de l’enceinte supposée se terminant au Mau. Ces mêmes documents mentionnent les portes Rencienne, de Marne , de Chamberaux, depuis dite du Jard ou du Marché (1248). Les moulins de Notre-Dame, le marché ( macellum ) , et forum ubi venditur bladum ; enfin un manoir à la porte de Marne (1257) , qui appartenait à une famille qui portait le titre de miles Portæ mater nœ.

fermer également le bourg neuf qui répond h l'extrémité de la rue Sainte-Croix.

Avant les guerres des Anglais , Châlons renfermait une population réellement considérable et industrieuse. Une charte du roi Charles vu, conservée aux archives municipales, ne laisse aucun doute à cet égard; elle autorise l’établissement de nouveaux octrois sur les vins et divers autres droits, « car cette ville, qui est assise en frontière sur les « pays d’Allemagne, de Barrois et autres eslranges pays, » est tellement diminuée, dépeuplée, que de présent il n’y » a pas plus de mille deux cents feux taillables ou environ , » et au temps passé en souloit bien avoir xxvm ( lisez vingt » cinq mille habitants ), et est environnée de toutes parts de » nos ennemys qui tuent , emprisonnent ou rançonnent » tous ceux qui sortent ( 23 juillet 1421 ). Quand le Conseil de ville ordonna un recensement, le 16 mai 1517, on ne trouva que neuf mille deux cent vingt-huit habitants à Châlons, population qui, en comparaison des progrès des autres villes, est demeurée bien stationnaire, puisque jusqu’à nos jours , c’est-à-dire pendant plus de tr ,û$ siècles, elle ne s’est pas accrue de plus d’un tiers.

Cette même charte de l’année 1421 dit qu’à Châlons il y avait « xxxn tant que pons, chastiauxet bastides de bois à » soutenir dans les murs et fossés , artillerie et abillements de guerre. » On y comptait en effet onze ponts : des Sept- Moulins au confluent de la Marne et du Mau, près la porte Saint-Antoine ; de Nau , dans la rue de Marne ; des Cordeliers ; des Viviers , au bout du quai Notre-Dame ; de Chaumères , à l’extrémité de la place actuelle du Marchéaux-Comestibles , et avant que le Mau n’y ait été recouvert; de Putte-Savatte ; de la Monnoye, près de la préfecture ; de la Trinité; deux de la Marne et le pont Ruppé. Les châteaux des Prescheurs , Saint-Antoine, de Chantereine et du Marché de Mauvilain et un nombre considérable de tours. Anciennement la ville avait neuf portes : de SainU Antoine, de Saint -Jacques, de Saint-Jean, de Sainte-Croix; la grande porte du Jard ; la petite porte du Jard et de

Chamberaux, près du chateau du marché et aujourd’hui détruite; de Marne. La porte murée était placée entre celles de Saint- Jacques et de Saint- Jean. De plus chacun des châteaux avait des poternes où l’on pouvait passer à cheval. Les noms des rues ont peu varié depuis le xve siècle jusques à nos jours : les principales furent toujours la grande rue, appelés depuis rue de Marne, celles de Brebis, aujourd’hui rue d’Orfeuil, et de Saint-Jacques qui se prolongeait en 1521 jusqu’à l’Hôtel-de-viüe. Quelquesunes de ces rues portaient encore au siècle dernier des noms assez étranges : on trouvait la rue de la Moquerie, celles d’Enfer, du Paradis, Malasardée, Pipic, de la Basse- Bretagne, des Ribeaux, Maufaite; d’autres avaient pour désignation, selon l’usage de l’époque, l’enseigne la plus remarquable qui s’y voyait: ainsi on parcourait les rues de la Carpe, de la Clef, de la Toison d'Or, de l’Eléphant, du Cheval, de la Baleine, de la Licetle, del’Oyson, du Gantelet, des Quatre fils Aymon, de la Chèvre, du Pélican, de la Truie qui file (aujourd’hui rue de la Touche), une des enseignes les plus répandues au moyen-age et que l’on retrouve dans toutes les grandes villes répétées plusieurs fois. En 1507 les principales hôtelleries étaient celles de l’Ecu de France, de S'-Jacques, du Pourcellet, de la Licorne, celles de la Haute-mère-Dieu et de la Cloche-d’Or existaient dès 1/Ï67 aux lieux où elles sont aujourd’hui (1).

Autrefois Châlons était riche en monuments : le temps en a malheureusement peu laissé, mais cependant il nous reste encore assez d’églises pour satisfaire l’archéologue le plus désireux de belles choses (2). Le principal monument civil de la ville était la maison commune appelée la Loge, puis le Saint-Esprit. Je ne sais pas où elle se trouvait établie au commencement du moyen-age, mais le cartu-

(1) Voir le plan et la vue de la ville, par les deux fils de M. Varin, graveur de Chàlons , présentés le 30 août 1760 au Conseil de ville, qui les leur paya cent livres.

(2) 11 n’entrerait pas dans le cadre de cet ouvrage de donner une notice archéologique satisfaisante sur les monuments religieux. C’est un travail à part que je me propose de faire.

laire de l’évêché conservé à la Préfecture nous apprend que : » Acquesta messire li évêque à l’abbé de Saint-Pierre, corne » exécuteur de maître Renaud son neveu, clerc, fds jadis » Remy de Sommessaut, la maison qu’on appelle la Loige » de Cbaalons, séant en la grant rue et une maison em- » près la ruelle entre deux, parmi me livres tournois, si » corne ce appert par lettres de la baillie de Ghaalons et » de la cour spirituelle de messire, sur ce faites en lan mil » ccc vint et cinc, le mardi jour de la feste de Saint-Bar- » nabé, apostre. »

Cet édifice menaçant ruines, il fallut le démolir, et aussitôt on commença la construction du nouvel hôtel (1553) qui ne fut terminé qu’en 1612. ïl se composait de trois étages au premier, un rez-de-chaussée, un porche à trois arcades sur lequel s’élevait une galerie également divisée par trois.arcades : au-dessus de l’arcade centrale étaient diverses salies pour les bureaux. On avait décoré avec soin cette façade de colonnes, de statues, de bas-reliefs, avec des niches, des figurines, etc.; au centre de la galerie s’élevait la statue de la Sainte Vierge et de chaque côté celles des quatre vertus théologales avec des bas-reliefs explicatifs : sur la corniche de la galerie les armes du roi, de M. de Thomassin et des principaux officiers de ville alors en exercice. Le second et le troisième étage furent entièrement bâtis sous Henri iv , les travaux ayant été suspendus pendant les guerres delà Ligue: il y avait une profusion d’ornements d’un goût moins pur que ceux de l’étage inférieur et contemporains de François 1er. De la galerie on entrait dans la grande salle de la commune et de celle-ci dans la chambre du Conseil (1). Le portique menait également aux salles du Présidial, du côté de la rue de Brebis ; là aussi se tenait les foires de Sanne. L’édifice était terminé

(d) En 1750, on plaça dans cette salle un portrait du roi, et en face, au-dessus de la cheminée , dans un cadre ovale , un tableau de la ville de Châlons , personnifiée en une femme assise, tenant l’écusson de la cité au milieu des vertus théo^ locales , avec ces mots en lettres d’or sur un marbre noir :

NIHIL N LSI CONSILIO.

Les décorateurs de cet édifice furent Antoine Aubert et Pierre Le Dart.

h l’angle nord par une tour octogone surchargée de sculptures et où était placé le beffroi. En 1772 on démolit ce bel édifice en môme temps que l’église Saint-Germain,, on fit une place et l’on éleva rilôtel-de-Ville actuel qui fut reçu le 2/i octobre 1776. La même année fut construit le grand pont de Marne et peu après la Porte Sainte-Groix. Parmi les autres monuments non religieux il faut nommer le Gollège , bâti sous Louis xmj l’Intendance, en 1770, et l'Ecole des Arts, qui, après avoir servi d’évêché, était le siège d’une école d’artillerie avant la révolution; les casernes qui se trouvaient à cette époque au coin des rues Sainte-Marguerite et Vinets , et enfin près de là , l’Arsenal , construit sous Louis xm et auquel on vient celte année d’enlever son dernier cachet d’originalité en raclant sa sculpture. Quand ta Loge existait, elle était comme le Saint-Esprit qui la remplaça , terminée par une tour qui servait de poudrière (1) : l’arsenal était dans la maison commune même. Enfin, il faut bien citer encore cette belle promenade du Jard où les bourgeois Châlonnais « al- » laient s’esbattre le soir » dès le milieu du xvie siècle , et où Charles VII vint souvent se promener, lors de son séjour ici, alors qu’elle n’était encore plantée qu’en peupliers et en saules (2). Ce ne fut qu’au xvne siècle qu’on s’occupa d’en faire ce qu’il est aujourd’hui, une des plus belles promenades de France. Le 22 juin 1609, le Conseil ordonna de prolonger le paille-maille du Jard de huit cents pas et de construire un pont sur la Marne à l’extrémité : en octobre 1671, l’intendant fit planter un troisième rang d’arbres « pour accompagner la grande allée delà le pont.» Du reste la ville était fière du Jard et l’on verra la conduite du Conseil quand un commissaire de l’artillerie voulut y faire couper des ormes (1765). En 176 h fut

(1) Conclusion de l’année 1487, ordonnant de reconstruire la tour du Saint-Esprit qui s’était écroulée après l’hiver.

(2) Une conclusion du 28 juillet 1598 parle de réparations à la chapelle Sainte - Madeleine au Jard; c’est probablement de la chapelle de l’évêché qu’il s’agit, car elle était placée sous ce vocable.

planté le cours d’Ormesson. On sait qu’anciennement la Marne passait à l’extrémité du Jard où se trouve actuellement le canal. Peu de rivières ont subi autant de transformations dans celte partie de son cours; encore au commencement du siècle dernier elle formait dans le faubourg quatre ou cinq bras différents qui tous ont été détournés pour ne plus former qu’un lit; ces divers canaux isolaient complètement les uns des autres le grand bourg, le petit bourg et celui du pont Ruppé (aujourd’hui de Sainte-Pudentienne); et tous allaient se réunir au Mau et au Nau, près de la porte Saint-Antoine. La seigneurie de cette rivière et de ses affluents appartenait h l’évëque, depuis Sogny jusqu’à Saint-Germain; de plus il en avait la pêche, mais aux environs de la ville, les habitants en avaient la jouissance, sauf encore le droit de pêche: en 1265 le comte de Champagne accorda aux bourgeois de Châlons le privilège de naviguer sur toutes les parties de la Marne qui se trouvaient de son domaine, ce que maintint le roi, en 1302 : en 1/173 on voit le Conseil de ville faire exécuter des travaux parce que la rivière perdait son cours en plusieurs endroits et en 1520 il contribua au curage qui fut prolongé jusqu’à Saint-Dizier. A ce moment il existait deux ports, l’un à la porte Saint-Antoine, l’autre près du marché (1) : l’existence de ce dernier est prouvé par une conclusion du 30 avril 1536 par laquelle il fut décidé que madame de Guise venant de Joinville par eau et ne pouvant aborder au rivage du marché avec son bateau on enverrait au-devant d’elle, deux nacelles « élégamment « tapissées. »

Les fortifications de la ville étaient importantes et entretenues avec un grand soin , aussi elles constituaient la principale charge des dépenses municipales et ce fut originairement pour elles que nos rois accordèrent les nombreux oc-

(1) On voit combien le cours de la Marne a été transformé , puisqu’ alors un de -ses bras venait longer les remparts parallèlement au Jard , pour aboutir à l’angle près du pont des Cordeliers où se jetait le Nau.

trois que j’ai eu à énumérer. Nous avons vu au commencement de ce chapitre les changements que subirent les enceintes de la ville à mesure qu’elle se développa. Les fortifications furent relevées une première fois par l’évêque Bovon (940), ainsi que la grosse tour qui formait la principale défense de la cité et commandait vraisemblablement le port Saint- Antoine. L’évêque Gibuin 1er dûtles faire reconstruire de nouveau. En 1473 et 1 475 on y exécuta d’importantes réparations par l’ordre du roi : les comptes municipaux prouvent que l’on y travailla en 1482, 1Æ87, 1513 , 1518 (1) ; en 1521, on y dépensa deux mille écus ; en 1543 pendant plusieurs mois , huit cents hommes y furent employés chaque jour: les dépenses de l’année 1544 s’élevèrent à deux mille cinq cents livres; en 1552 et 1591 on s’en occupa activement, enfin en 1653 un emprunt de dix mille livres fut contracté dans ce but. Ces fortifications consistaient en une enceinte en terre protégée par de larges fossés, flanquée de six bastions et d’un grand nombre de tours (2) : quatre châteaux assuraient ce système , Y un à la porte Saint- Antoine, l’autre près du couvent des Prescheurs, h peu de distance de la Porte- Marne , le troisième au Marché et le

(1) On les refît presqu’ entièrement sur un nouveau plan à cette époque.

(2) Ces bastions étaient ceux de la porte Saint-Jacques , de la Mothe et d’Aumale, derrière l’abbaye Saint-Pierre, de Saint-Jean, de Guise, près la porte Sainte- Croix , achevés en 1354 ; de Vaubecourt, à l’angle du Jard, près de Mauvilain. Des redoutes couvraient Mauvilain et l’angle situé entre la porte Saint-Jean et le bastion de Guise. Les principales tours étaient : la tour Maudite , qui servait de prison au xve siècle ; elle était près du château Saint- Antoine, à l’angle formé par la Marne et la campagne, » en craie blanche et une des plus belles et des plus fortes de la cité (arrêt du parlement du 27 mars 1492, qui en refuse les clefs au capitaine de la ville) ; la tour Françoise ou du Roi , près des Prescheurs, réparée en 1420 , la tour du Chapitre , qui lui servait de prison ; la tour des Arbalétriers , près du jardin qu’ils avaient au Jard ; la tour des Cordeliers ; la tour Saint-Georges , un peu après Mauvilain; une tour élevée près la porte Saint-Jean en 1339 ; la tour du Four, près le bastion d’Aumale ; la tour de Bussy, près celui de la Mothe ; une autre près l’église Saint-Loup (1 302) ; enfin la tour de Fuloys qui servit également de prison (1418) ; celle de Jobart (1489), et la tour Neuve « dont on enleva la coiffe » pour y faire un fort plancher tout autour et y asseoir deux bombardes » (23 avril 1420). Je n’ai pu déterminer l’emplacement de ces trois dernières.

Le boulevard Sainte-Croix , refait en 1317 , et les bastions d’Aumale et de la Mothe seuls avaient un revêtement en pierres.

quatrième à Mauvillain ; celui du Marché était le plus considérable, situé près du pont des Archers, ou des Cordeliers, il se composait sur la rive gauche du Nau de deux tours entre lesquelles était la petite porte du Jard , et sur la rive droite d’une troisième tour reliée à une sorte de bastion intérieur qui faisait face h l’angle sud-ouest de la place du marché : en face et dans le Jard était une tour isolée qui s’écroula en lh7h et ne fut pas relevée , le premier chemin de ronde fut fait en 1510, et il fallutenlever un nombre considérable de rangs à porcs qui y étaient établis; en 1536, sa largeur fut portée à quarante pieds dans le ban du chapitre et h soixante pour le reste de la ville.

De ces remparts la plus grande partie subsiste encore : d’abord un fragment du pont couvertplacéprès du château du marché et qui date du xvie siècle , puis la tour Saint-Georges et une portion de l’extérieur du boulevard de Mauvillain, et enfin les bastions d’Aumale et de la Mothc avec leurs tourelles , qui appartiennent presqu’enlièrement au xvne siècle, c’est-à-dire aux réparations exécutées en 1653 , époque où les quatre châteaux furent probablement supprimés. Le bastion de Guise fut démoli quand on traça la route qui joint celles de Metz à Nancy (1766) ; enfin le roi permit en 1777 de réduire les remparts à dix pieds de hauteur au lieu de trente. Les travaux des fortifications s’exécutaient de deux manières : par les habitants de la ville sur lesquels le Conseil levait des tailles pour acheter les matériaux ou payer les ouvriers, et par le produit des octrois; et par les gens des villages situés dans un rayon de trois lieues de Châlons qui devaient venir curer les fossés à leurs frais , sous peine d’y être contraints, et réparer de même les murs (1). Le surplus

(1) Ordonnance du bailli de Vitry, commissaire des fortifications, du 2 septembre 1416 (arch. de la ville). Une ordonnance royale du 2 décembre 1420 oblige les habitants des villages des environs de Châlons , qui s’y retiraient en temps de guerre , à donner chacun deux ou trois journées de travail par an pour curer les fossés ou réparer les murs. De nombreux documents constatent ce fait. Les gens de Juvigny et de La Veuve entretenaient le pan du rempart derrière l’évêché (reconnaissance desdits par-devant le Tabellion delà Loge , 9 mars 1442). De même pour les habitants de Recy (1419), Matougues (1641), Sarry (1426), etc.

de la dépense et les frais extraordinaires étaient supportés en commun par les bourgeois de la ville et les seigneurs temporels : ces derniers voulurent plusieurs fois se soustraire à cette obligation. Un arrêt du parlement du 22 mai 1347 leur ordonna de contribuer en proportion de leurs biens * meubles et immeubles ce qui fut réglé au quart de la dépense à faire (1) ; le duc de Guise maintint ce réglement par lettres du 9 avril 15ZÏ3 en engageant les ecclésiasques «à satisfaire promptement. »

Par un arrangement bizarre, jusqu’en 1375 les ouvriers en fer se trouvèrent dispensés de contribuer aux fortifications et même de la garde h condition de fournir gratuitement tous les objets de leur métier qui seraient nécessaires à ces travaux. Un compromis du 15 octobre les assimila aux autres habitants. Les gens des faubourgs ne participaient en rien dans ces frais, mais ils devaient suffire eux seuls à l’entretien de leurs remparts.

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