‹ Histoire de la ville de Châlons-sur-Marne et de ses institutionsChapitre 9 sur 56 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Etat moral de Cbâlons ancien. — Bourgeoisie. — Prérogatives de l’évêque. — * Position des aubains et bâtards. — L’évêque envoyé en possession des biens vacants. — Services militaires dus à l’évêque. — Police de la ville. — Réglement du xve siècle. — Paupérisme. — Commerce. — Foires. — Écoles. — Mystères.

L’absence de la charte communale de Châlons rend nécessairement le commencement de ce chapitre assez incertain et nous prive en même temps de renseignements tou-

Une commission royale, du 3 avril 1343 , força les gens du doyenné de Vertus à venir travailler à Châlons.

(1) Vingt-trois sentences arbitrales du 8 août 1333 au 11 août 1437 , rendues entre les seigneurs temporels et les habitants, maintiennent cet arrangement (arch. de la ville). En 1426, le Conseil décida qu’un receveur choisi alternativement par l’un des quatre seigneurs temporels serait chargé de régler ces comptes particuliers.

jours précieux pour {'histoire de la société au moyen-âge. Quoiqu’il en soit , nous pouvons tirer des documents que j’ai précédemment cités , la certitude de la constitution d’une bourgeoisie consentie par l’évêque ; dans les chartes il se sert toujours de cette expression et je trouve le détail des droits que chaque bourgeois de Châîons , demeurant dans le ban épiscopal, devait acquitter, dans les deux cartulaires de l'évêché (1). Chacun payait à la Saint-Martin d’hiver cinq sols ; en étaient exceptés : les nobles , les clercs, les compagnons de la bannière de la selle, les ouvriers des divers états, au nombre de vingt-six; les sept échevins , le principal fermier de la séperie et des bois à brûler , celui de la franchise d’Orizy, celui des censives de Sarry, (mais ce dernier pendant les deux premières années de son bail seulement), les veuves, les jeunes fdles , les valets de ville, les pauvres «qui n’ont pas de lit», les hommes de corps du Yidame, ceux des censives de Sarry, les habitants de la franchise d'Orizy, les douze francs serviteurs du Chapitre. Plus tard ces droits furent donnés à ferme; ils rapportaient 500 livres avant les guerres et 32 seulement en lliQh, surlesquels, comme sur les trente-deux autres fermes du domaine mobilier de l’évêque, l’argentier percevait 12 deniers par livres et le vidame 2 deniers sur 9. Indépendamment de cela, il y avait cette franchise d’Orizy dont je ne puis expliquer la cause et qui constituait une sorte de quartier privilégié: il commençait au coin de la rue de la Juiverie et de la rue de Marne «jusqu’à la

(1) Cartulaire de l’évêché, manuscrit en parchemin, n° xxxn : « Ce sont les par- » ties en quoy les rentes de M. de Chaalons sont demandées , enquisses et levées y> à ceus qui plus anciennement et de nouvel ont tenu et tiengnent lesdites rentes, » par Brisce de Laon , clerc de la Goige , en l’an 1315, » — ( Archives de la préfecture. ) — Voir aussi le cartulaire fait par Louis Beschefer , en 1503 (arch. de l’hôtel de ville ).

(2) Savoir : les charpentiers, menuisiers, tonneliers, rouyers, artilliers, constructeurs de bateaux, tailleurs d’images, tourneurs, scieurs de long,* arsonniers, fabricants de bas, maçons, torcheurs, couvreurs, changeurs, serruriers, potiers d’étain, orfèvres, clouliers, esguilleurs, bosseliers , bourreliers, tailleurs de fer, compagnons du marteau, tisserands et ceux qui font les formes des souliers.

« maison de la Mazure » , puis recommençait à la porte de la Trinité jusqu’à la ruelle Martault près du pont Ruppé. Non seulement ceux qui habitaient cette partie de la ville n’étaient pas soumis au droit de bourgeoisie, mais encore ils ne payaient que demi-minage sur les grains et demiforage sur les vins. Il est probable qu’à l’origine tous les principaux Châlonnais furent reconnus bourgeois et dans la suite ceux qui demandèrent ce titre purent l’obtenir sous certaines conditions et notamment de prêter le serment de bien et loyalement servir la cité (1). Les événements postérieurs vinrent attacher un certain éclat à ce titre de Bourgeois de Ghâlons par les services qu’ils rendirent àl’état et la fidélité dont ils firent preuve au service du roi. Un assez grand nombre de ces familles arrivèrent à la noblesse et, au siècle dernier, lors de la réunion des notables en 1765, un député vint représenter les bourgeois vivant noblement , c’est-à-dire ceux qui vivaient, comme on dirait aujourd’hui, en propriétaires et étaient possesseurs de fiefs. L’évêque avait encore d’autres privilèges: nous avons vu que jusqu’en 130& la commune était astreinte envers lui à un certain service militaire, de plus il conserva le droit de faire assembler le dimanche des Brandons, à six heures du soir, devant le Saint-Esprit tous les bourgeois et sujets non nobles de son ban, tous en armes et ceux qui en avaient les moyens à cheval; puis le prévôt leur faisait faire le guet dans toute la ville et les deffaillants payaient une amende de cinq sols : c’est ce que l’on appelait le Guet du Prévôt ou des Brandons. On ne pouvait bâtir de maisons en saillie, placer des enseignes, fenêtres, auvents, faire de cris publics, établir de théâtres forains dans la ville sans la permission de l’évêque; il la donnait gratuitement ou non : dans ce dernier cas le vidame percevait un droit. Les bourgeois et marchands pouvaient faire des étaux mobiles de quatre pieds devant leur maison en payant seulement deux deniers par

(1) Conclusion du 26 juillet 1420 : Tous les bourgeois nouvellement reçus à Châlons doivent prêter serment de bien et loyalement garder et aider la ville.

an ; les étalages du marché étaient soumis à des redevances plus élevées. Quand une maison ou un mur s’écroulait, on ne pouvait les réédifier avant d’avoir appelé les maîtres maçons et charpentiers de l’évêque pour qu’ils fussent h même déjuger si ces nouvelles constructions n’empiétaient pas sur le ban épiscopal, et on leur devait douze deniers à chacun pour cette expertise. Enfin toutes les marchandises passant dans le bau étaient soumises h certains droits.

L’évêque eut assez longtemps le pouvoir d’affranchir en faisant baiser son anneau,* ce ne fut qu’en 1265 que Conon de Vitry se dépouilla de cette prérogative, ne voulant plus qu’à l’avenir aucune personne relevant de l’évêché par mainmorte ou par mariage put être affranchie sans l’avis du chapitre. Les individus ainsi libérés constituaient les chevages du franc-annel et étaient soumis à un cens acquittable le lundi de Noël, savoir; quatre deniers pour les hommes et deux pour les femmes: ceux qui manquaient à ce devoir encouraient en outre une amende de cinq sols. Le prélat pouvait même assimiler ces affranchis aux bourgeois de la commune en les astreignant au service militaire. Tous les biens vacants ou confisqués appartenaient aux seigneurs temporels; de nombreuses chartes royales, et notamment celle de février 1315, stipulent que les biens des aubains et des bâtards décédés dans leurs bans, demeurant dans leurs seigneuries ou nés de leurs femmes do corps, leur revenaient également, moyennant une somme de 4,000 livres payées au roi pour le désintéresser de ce droit.

Ce n’est qu’au commencement du xve siècle que le pouvoir municipal prit une part vraiment active aux intérêts urbains ainsi que nous l’avons vu , et s’occupa sérieusement de la police de la cité. Pour obtenir un résultat plus complet, le Conseil fit un réglement, qui fut, selon l’usage, proclamé au nom du Roi, à cors et à cris dans les rues et carrefours avec ordre de s’y conformer sous peine de l’amende (11 août 1418). D’après ce réglement il était défendu à tous autres que les gens commandés de se déplacer en cas d’alarmes ou d’incendie, de monter aux remparts <a espécialement aux

femmes » : les guetteurs des clochers de Saint-Pierre et de Saint-Etienne devaient sonner en cas d’alarmes et arborer une bannière pour indiquer de quel côté venaient les gens d’armes: il interdisait expressément de se tenir aux portes à ceux qui n’étaient pas de service et à tous d’y jouer à aucuns jeux, surtout à la paume, aux dès et à la table; chaque hôtellier prévenait son connétable des gens qu’il logeait; le soir on rapportait en ville les échelles des faubourgs eton ramenait à terre les nacelles; Ions les chiens étaient enfermés la nuit : enfin de grands baquets pleins d’eau et de grands crocs devaient toujours être placés «dans les chastiaus de bois de » la ville» pour le cas d’incendie.

Les jeux de dès et du Triquet furent toujours expressément interdits (1). Il était défendu de jurer ou blasphémer le nom de Dieu, de la Sainte-Vierge ou des Saints, sous les peines les plus graves; les ivrognes étaient également mis en prison; on surveillait avec sévérité les hôtelleries et les cabarets qui devaient toujours être fermés pendant les offices religieux; durant tout le xvi° et une grande partie du xvii* siècle encore on ne pouvait sortir le soir sans lumière dans les rues après le couvre-feu pour lequel on sonnait douze coups au befïroy à 9 heures (21 juillet 1Z!87). Châlons du reste était moins corrompue que beaucoup d’autres villes des environs : dans tous les registres du Conseil je n’ai trouvé que deux conclusions relatives au maintien des bonnes mœurs ce qui permet de présumer qu’il y avait peu à faire, car nos conseillers étaient d’une excessive sévérité sur la police municipale. L’une, du 1er juin 1M9, supprime les étuves publiques après le soleil couché « pareequ’on y fai- » sait de grants dissolucions entre hommes et femmes de » divers états; » l’autre du 17 juin 15A8, défend « aux filles » vagabondes qui, au rapport du clerc des ouvraiges, cou- » rent sur les remparts,» d’y revenir, et charge les sergents du bailliage d’en assurer l'exécution.

(1) Le triquet permis le 21 avril 1419, défendu ainsi que les dés le 4 décembre suivant ; une conclusion du 50 décembre 1420 défend même aux hôtelliers de laisser jouer aux dés chez eux

Il ne faut pas croire cependant que notre ville eut aux siècles passés la moindre ressemblance avec l’état où nous la voyons aujourd’hui. D’abord elle fut très longtemps d’une malpropreté pour ainsi dire proverbiale au dire des contemporains: les rues étaient encombrées de fumiers, d’immondices de toute sorte ; les pourceaux, les oies et les animaux les plus malpropres y circulaient en liberté. Le Conseil fit plusieurs réglements pour obvier à cet inconvénient, mais sans obtenir d’abord de résultats: à chaque passage d’un personnage considérable, il fallait plusieurs jours à l’avance faire faire un nettoiement général des rues. Une première ordonnance parut le 30 mars 1Zi67 pour forcer les habitants fc h oster soubs quinzaine pour tout délai tous pour- » ceaux, oyes et canards estants en la clôture dudit Chaa- » Ions et ne plus en avoir doresnavanl sous peine de la » grosse amende et de confiscation : et pareillement oster » sous quinzaine tous les fyens qui sont présentement ès » rues et n’y mettent plus sous les mêmes peines et aullres » pugnitions. » Il fallut néanmoins renouveller souvent ces défenses et particuliérement à chaque invasion de la peste. En 1Z138 on lit noyer tous les chiens autres que ceux de chasse et de bergers, et en 1&82 on répéta cet ordre « pour « tous gens, ayant des chiens qui ne servent qu’à mangier.» La ville était peu sûre la nuit ; pendant la grande peste de 1521 (1), on était obligé de faire le guet à cause « de » larrons et mauvais garçons qui enfonçaient les portes et » ravageaient les hostels. » La même année le capitaine Henry qui commandait la compagnie des gens d’armes en garnison se plaignit au Conseil de la maison où il logeait, comme étant trop éloignée de celle où demeuraient ses hommes et le mettant hors d’état d’être secouru par eux s’il en

(1) On plaça des bouttes-feux pour éclairer les rues en 1524 ; les réverbères ne furent employés qu’en 1772.

Les premières plaques au coin des rues remontent à 1765.

L’établissement de la poste royale date du 14 mai 1507 , « pour laquelle il fut conclud acheter un cheval de six à sept escus. »

Les premiers seaux à incendie furent faits en cuir en 1482 et déposés au Saint- Esprit.

avait besoin. Mais c’était surtout de la part des troupes en garnison que venaient les dangers de la nuit: il n’y avait pas de mauvais tours qu’ils ne jouassent à nos pauvres bourgeois <i faisant des maléfices, maux et crimes et ne payant « pas leurs hostes » [10 avril 1467] (1): la compagnie de M. de Conty se signala entre toutes, en enfonçant les portes, brisant les carreaux, frappant les bourgeois ou leur enlevant leurs lanternes. Nous verrons qu’en 1645, le régiment d’Enghien ne menaça de rien moins que de mettre le feu aux quatre coins de la ville.

Les pauvres furent d’abord assez rudement traités ; une conclusion de ville du 6 mars 1419, rendue à cause de la guerre, se contente de « chasser les mendiants, gens sans « métiers, et de la religion non catholique » (2). Ce ne fut qu’au siècle suivant que l’on songea, sur l’ordre du dauphin, depuis Henri ii, à améliorer leur position (1551). Le Conseil alloua une première somme de cent francs, fit placer des troncs dans les diverses églises, chargea un Marguiller par paroisse de la gestion des deniers et institua un Prévôt de la sûreté pour les visiter, les surveiller et expulser les gens valides qui mendiaient; en même temps il fut défendu de demander dans les rues. Le bureau des pauvres fut réorganisé en 1597, puis de nouveau et définitivement le 9 février 1635. Le Conseil et les députés des paroisses élisaient chaque année à la Saint-Martin deux administrateurs , et ce titre suffisait pour être admis l’année suivante au Conseil de ville. Jusqu’en 1421 , il y avait eu au faubourg Saint- Jacques une maison spéciale pour les lépreux; elle fut dé-

(i) n y avait alors en garnison Stévenot de Vignolles , maire de Bayonne, avec quatre-vingts lances.

Le Conseil dut par la suite défendre , sous des peines sévères , de démolir les logis des gens d’armes (1S02).

(2) Ce passage suffit , je crois , pour constater qu’il devait y avoir un petit nombre de juifs à Châlons, car autrement le Conseil ne s’en serait pas occupé aussi légèrement. La rue qui a conservé leur nom et qui limitait un des côtés du ban du chapitre est trop petite pour faire présumer qu’ils aient jamais eu un grand établissement. Elle fait partie de la première enceinte de là ville. Dom François dit que les juifs vinrent ici dès les temps les plus anciens, et furent chassés par Saint- Alpin.

molie « parce qu’il n’y avoit plus de ladres et qu’elle estoit » préjudiciable à la seureté de la ville » (31 mars).

Au moyen-age, Ghâlons était le siège d’un commerce considérable. Gomme on le verra dans un chapitre spécial sa draperie avait une célébrité européenne et ses produits s’expédiaient en Italie , en Allemagne et jusqu’en Russie : en Espagne ses draps garance étaient particulièrement estimés. On s’occupait aussi beaucoup des vins : des lettres du roi, du mois de juillet 1383, fixent le travail aux vignes de Ghâlons depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher sans que les vignerons puissent revenir prendre leurs repas en ville : et pendant les guerres , le Conseil eut toujours le soin de préparer une trêve pour le temps des vendanges (1). Après le xve siècle cette prospérité s’évanouit et fit place durant de longues années à une profonde misère que la paix ne put jamais faire disparaître entièrement: aussi aumoyen-age les foires de Ghâlons jouissaient d’une grande réputation ; la plus ancienne, celle qui a existé de tout temps et qui sub-

(1) L'évêque avait le droit de faire prendre chaque jour un panier de verjus dans les vignes de la ville, tant que le raisin restait en cet état. Sous ce prétexte les domestiques du prélat y causaient des dommages réels, et les propriétaires s’en étant plaints , Simon de Chateauvilain convertit ce privilège en un cens annuel de douze deniers par arpent de vigne sur le mont Saint-Michel, et huit pour celles sises du côté de la rue de Ranciennes (1332). La charte royale de 1383 défend aux gardes des vignes de toucher aux raisins, sous peine de dix livres d'amende.

Indépendamment des octroys que j’ai énumérés , les vins étaient soumis à des droits particuliers dans toute l’étendue du ban épiscopal, savoir : en 1464, 16 deniers par char de vin ou 8 deniers par charrette qui le traverserait pendant le tonneu du grand travers qui commençait huit jours avant la Toussaints et finissait huit jours après la Saint- Antoine, pour recommencer du jour des Brandons à la veille de la Notre-Dame de mars jusqu’à minuit, et de l’Ascension à la veille de la Madeleine.

Ces droits étaient de moitié pendant le thonneu des petits travers qui remplissaient les intervalles des grands.

La vente publique des vins se faisait à l’Estaple. Tout char chargé hors de l’Estaple payait 4 deniers et la charrette 2. A l’Estaple, le fermier de l’Évêque seul pouvait à cette époque jauger les vins, et il percevait par pièce 1 denier sur l’acheteur et 1 sur le vendeur. Si la pièce était trop petite , il la confisquait ; de plus , pour droit de rouage, le char payait encore 4 deniers et la charrette 2. Si les pièces y demeuraient la nuit, le marchand devait 4 deniers par queue et 1 par caque pour droit du garde qui était responsable. Enfin, sur le vin vendu en détail dans le ban, l’évêque percevait 2 sep tiers sur seize , ou la valeur en argent. Plus tard il fut créé des offices de maîtres jaugeurs jurés , institués par l’évêque.

siste encore de nos jours, la foire des Sannes, se tenait encore en 1136 devant Saint-Alpin ; à cette époque l’église ayant paru trop petite pour le nombre des paroissiens, l’évêque s’empara de cette place et fit reconstruire Saint-Alpin telle que nous la voyons maintenant. La foire des Sannes qui s’ouvrait comme aujourd’hui le quatrième jour après le dimanche de l’octave de Pâques, eut lieu assez longtemps devant le Saint-Esprit et ne fut reportée sur la place du marché que vers le xvne ou même le commencement du xvme siècle (1). Leroi établit une nouvelle foire franche de huit jours h commencer le 8 octobre (19 août 1389) , et exempta les marchandises qui s’y vendaient de l’impôt de 12 deniers par livre (19 mars 1472). Louis xii modifia cette institution et en fit quatre foires franches de deux jours chacune pour les vendredis et samedis avant les Brandons et la Pentecôte, après la Saint-Denis et la Saint-Martin d’hiver,

» pour augmenter le bien et utilité de la chose publique de » mon royaulme, et mesmement des habitants dudict Chaa- » Ions pour la grant loyaulté avec laquelle ils ont touiours » persévéré envers mes prédécesseurs et moy» (10 septembre 1498). Chacune de ces foires fut portée à huit jours en 1545. Ces libertés furent fréquemment confirmées , et une dernière fois en 1655, un arrêt de la cour des comptes fixa l’Estaple pour champ de la foire aux vins (2 septembre 1632). L’abbaye de Saint-Pierre avait également dans son ban une foire depuis le dernier jour de juillet à midi an 3 août, même heure, avec les mêmes privilèges et franchises que celles de la ville (2).

(1) M. Barbier de Salligny , dans un article publié par le journal de la Marne , du 10 juin 1837 , dit que Sanne est un mot de vieux langage qui signifie synode. Cette foire a dû être instituée pour les jours où se célébrait cette fête religieuse , et, les synodes supprimés, on a conservé le nom.

(2) La charte d’institution n’existe plus, mais les lettres du roi confirment ce fait en rappelant des lettres accordées par Henry u ( 14 novembre 1644 ).

Chàlons avait ses mesures particulières. Une charte de donation aux Templiers, de l’année 1217, en parle : Mensura Cathalaunensis. La queue de vin devait contenir à Chàlons 50 septiers, dont 2 de lie ; elle avait 4 pieds de haut sur 2 1/2 en fond ; le poinçon 3 pieds sur 2 ; le caque 2 pieds sur 12 pouces 1/2. En 1404 ,

Je ne dois pas finir ce chapitre sans parler des écoles de Châlons et de l’établissement de son collège. L’évêqne Roger 1er (1008-1056) en appelant les bénédictins à l’abbaye de Sl-Pierre, ne voulut pas seulement les charger d’un service religieux, mais aussi employer la profonde instruction qui distingua toujours ces religieux, et leur confia le soin de l’instruction publique; une bulle du Pape autorisa cette institution (1159) etl’école de S^Pierre prît un développement si considérable que, profitant de ce zèle pour l’étude, des maîtres particuliers s’établirent en ville sous le patronage du chapitre de la cathédrale, et l’un d’eux voulut se fixer dans le ban de Sl-Pierre. L’abbé se plaignit ; le Souverain Pontife manda a l’Archevêque de Reims « que la science des lettres » était un don de Dieu » et le chargea de pourvoir 5 ce que ni l’abbé ni le maître n’empéchassent sous aucun prétexte des hommes probes et lettrés d’enseigner à Châlons tant dans la cité que dans les faubourgs et surtout n’en exigeassent aucun argent (1164). Bientôt après les chanoines voulurent accaparer pour eux le monopole de l’instruction et le pape dut de nouveau intervenir pour rétablir l’ordre et autoriser l’abbé de Saint-Pierre à entretenir des écoles dans son ban (1167). Après cela la trace du système de l’instruction publique se perd et je n’ai retrouvé â ce sujet qu’une mention, en 1440, d’unmaître de la grande école aux gages de vingtsols par mois payés par la ville (1). L’ordonnance d’Orléans du mois de janvier 1560, décida sur les remontrances du Tiers-Etat

« il y eût grande clameur dans le peuple à cause des tonneliers de la ville, qui font » de trop petits boisseaux et des seaux qui sont parés par dehors et ne valent * néant par dedans. » Le Conseil dut les déférer aux juges compétents.

Il y eût même une règle pour le bois. Une conclusion du 10 juillet 1473 donne ces mesures que j’ai peine à m’expliquer : 3 pieds de long au plus pour le bois à brûler ; 16, 20, 24, 32, 40 pieds pour le bois de construction , et ce sous peine de confiscation.

(1) Conclusion de ville du 11 février 1440. — Dans le procès-verbal du Conseil de l’année 1431, on voit la relation d’un fait qui donne une juste idée de l’époque : « arrivée à Châlons d’un espagnol de 23 à 24 ans, nommé Fernand de Corduba, » chevalier ès-armes, maître ès-arts, docteur ès-lois et théologie et médecine » (août). — a Vers le carême on apprit qu’il avoit esté prins à Couloigne , atteint d’herésie » et d’avoir ung diable avec luy qui luy enseignoit tout ce qu’il disoit et fust ars » audit Coulçingne » (31 décembre).

» qu’une prébende de chaque église cathédrale ou le revenu » d’icelle, serait réservé et destiné pour l’entretien et la » subsistance d’un précepteur , qui serait tenu d’instruire » gratuitement la jeunesse de la ville.» Dès le mois d'août, le chapitre transmit dans ce but à la ville la propriété de la maison de Saint-Lazare avec ses dépendances et en sus une rente de cent cinquante livres, et diverses donations vinrent rapidement grossir ces revenus. La ville y entretenait un régent, nommé directement par le Conseil, un Procureur, un Receveur et trois ou quatre. Professeurs. L’évêque Cosme Clausse donna des sommes considérables à cet établissement (1), et le fit confier aux Pères Jésuites ; autorisés par brevet du roi du 20 janvier 1617, ils furent installés sur l’emplacement d’un ancien hôpital, dit des Enfants Rouges: ils ouvrirent de suite cinq classes, trois de grammaire, une d’humanités, une de réthorique et s’engagèrent à admettre les enfants de la religion réformée. Ils se construisirent de vastes bâtiments et la chapelle fut élevée grâce au don de cinquante mille livres que fit pour cet objet M. Mathé, directeur de la compagnie des Indes, et qui en ajouta autant pour la bibliothèque. Les Révérends Pères furent expulsés en 1763, et un nouveau Collège fut institué par édit du 1er février 1763.

Enfin pour achever ce tableau de l’état moral ancien de Châlons, il ne me reste plus qu’à parler des Mystères qui y furent représentés et qui semblèrent fort goûtés pendant une période assez longue! Il est curieux de voir l’importance que prenaient ces petits événements et surtout la gravité avec laquelle les conseillers de ville intervenaient et cherchaient a aplanir des difficultés. Ces représentations théâtrales ont à première vue quelque chose qui choque; les

(1) Douze mille livres en argent , 3,000 septiers de froment, 3,000 de seigle une rente de 100 septiers de l’un et de l’autre.

A ce moment les revenus s’élevaient à 759 livres , plus 500 faites par la ville. En 1742, ils dépassaient 7,000 livres.

Le collège possédait les prieurés de Larzicourt et de Wassy et la seigneurie de Sainte-Livière.

sujets religieux y sont abordés avec une familiarité qui nous étonne, mais ce serait une erreur de supposer ces sentiments au peuple du moyen-âge : le Mystère était une représentation religieuse, purement religieuse, une scène du Nouveau Testament miseen action et rien de plus. Souvent dans les églises on figurait aussi quelques uns des drames les plus nobles du Catholicisme , le peuple en sortant des cathédrales courait aux théâtres et y retrouvait en quelque sorte la suite de ce qu’il venait de voir : sa foi était fortifiée par l’habitude qu’il contractait, et, entendre parler ces acteurs, c’était presqu’avoir vu les saints personnages dont ils tenaient la place. Aussi voit-on les gens lps plus considérés, des prêtres éclairés , remplir des rôles et se mêler activement des préparatifs de ces fêtes (1). Une première fois , en 1467, on trouve une demande adressée au conseil « par aulcuns » compagnons disposés à jouer brief la Passion de Nos- » tre Seigneur afin qu’ils soient aidés au moing pour leurs » échafïauds. » ( 18 mai. ) Le refus qui fut signifié ne refroidit nullement la curiosité publique, et nous voyons deux ans après le conseil décider de nouveau qu’il ne donnerait rien à ceux « qui ont joué la vie de Saint-Vincent (3 juillet 1469). Peu après nos administrateurs changèrent de système et se montrèrent les plus zélés promoteurs des Mystères dont les religieux Prescheurs étaient devenus les metteurs en scène. « On donnera à Jehan Dorigny quatre h » cinq livres de poudre pour le mystère de l’Enfer de ladicte » Passion. Comme le prieur des Prescheurs a eu grant peine » et faict beaucoup de dépens en la conduite dudict Mys- » tère de la Passion , tant en teinture de robes , escription » des rooles et fourniture du bois pour chauffer les joueurs » pendant l’hiver , et à cause de cela il n’a pu prêcher le » carême dernier (2) et a mis tout son labeur en ladicte ma-

(1) Buirette de Verrières a cité quatre ou cinq passages seulement relatifs aux mystères et inexactement, ainsi qu’on pourra s’en convaincre en comparant ce qu’il a transcrit aux copies que j’ai pu prendre sur les textes mêmes.

(2) Pendant le Carême et l’Avent, les prêtres de Châlons étaient tenus de prêcher» La ville même faisait venir chaque année des prédicateurs étrangers. Lapre-

» tière, il lai sera donné vingt livres: aux Dix-Deniers, dix li- »vres; la Conception, cinq livres; aux ménestriers à qui » il faut vingt-quatre livres, conclu d’en donner douze et à «Jacques Loyer, commis à semoncer, soixante sols. « (24 avril 1486). Le même jour le Conseil prenaitdes mesures de suretéet arrêtait que le dimanche 30 , jour où devait se jouer le mystère, les portes Saint-Jacques et Murée seraient seules ouvertes avec bonne garde de six à huit hommes ; un guetteur serait mis au clocher de Saint-Etienne et des postes de gens armés placés aux trois principaux carrefours de la ville. Une nouvelle représentation , beaucoup plus solemnelle à en juger par les détails, eut lieu en 1507 ; « tou- » chant le Mystère de la Passion a esté conclud qu’on le joue- »rait pour la feste de Pentecoste prochaine et sera faite » dimanche en l’ostel du Pourccllet assemblée des gens de » bien de Chaalons pour conclure avec iceux qui feront les « échaffauds et secrets. « ( 5 février). Jean le Cerf, Jehan Dorigny et Pierre de Morillon , tous trois de la bonne bourgeoisie Châlonnaise entreprirent ces travaux h condition qu’en cas de non représentation ils seraient remboursés de tous leurs frais et auraient en outre vingt livres de dommages et intérêts (1er mars). Puis à la fin du mois le Conseil décida « qu’on mettra ordre au mystère de la Passion tant pour les « joueulx qui ne sont pas propices que sur ceulx qui ont la »> charge de faire les échaffauds et secrets affin qu’ils y be- » soignent à l’honneur de la ville et des habitants d’icelle et « pour le bien de la chose publique. » (29 mars). Mais celte représentation préparée si longtemps à l’avance devait rencontrer plus d’un obstacle; d’abord en apprenant les entreprises des ennemis sur Péronne et Saint-Quentin , une conclusion ne consentit à laisser les portes ouvertes , qu’en commandant «bon guet et bonne garde» , et ordonna à chacun de venir avec «salade , armure et bâton de deffense ;

mière mention que l’on en trouve dans les conclusions est de l’année i 602 : « Donné » à M. de Saint-Germain 50 livres et aü père Cordelier 1 S livres 60 sols pour * » avoir prêché et enseigné la parole de Dieu au peuple, durant l’Avent » ( 28 décembre ).

elle recommanda aussi de nouveau «h ceulxqui besoingnent « aux échaffaulx qu’ils y besoingnent de telle façon qu’incon- » vénient n’en adviengne , et qu’ils facent faire leurs secrets » par l’advis du conseil et gens de bien de la ville , h ce qu’il » n’en viengne faillie ni déshonneur à personne» (16 avril). Puis il arriva qu’aucun des acteurs ne voulut se charger d’habiller celui qui remplissait le rôle de Lucifer, et il fallut que «les abbés , le bailli de Ghaalons et aultres gens de bien » qui ne jouent pas promettent de l’accoustrer à leurs dés- » pens, parce qu’il est pauvre et bon joueur» (3 mai). On continua dès lors les préparatifs avec activité, le jour de la représentation étant fixé au dimanche de la Pentecôte , de dix heures du matin à cinq heures du soir ; les acteurs furent forcés de se rendre aux records du mystère, sous peine de dix sols d’amende ; enfin on obtint de l’évêque de faire rejouer la pièce le jeudi et le vendredi de la fête en chantant auparavant la messe sur les échafïauds. Puis quand le moment vint « les pauvres et bélistres furent expulsés », des hommes d’armes mis sur pied et les portes de Sainte-Croixet du Jard fermées , seulement celle-ci fut rouverte le soir , « pour que chacun aille s’esbattre au Jard après le jeu.» Enfin le Conseil poussa la précaution jusqu’à faire acheter des « pots de bon vin pour plusieurs seigneurs et grands per- » sonnages qui doivent venir voir jouer la Passion. »

Lors de la réception de la cour en 1535, le Conseil de ville décida que l’on ferait quatre mystères, à la porte Saint-Jacques , au carrefour Notre-Dame, devant le Saint-Esprit et devant l’Hôtel-Dieu.

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