uisroiuE
dottiiire dans les chàielleaîes de CrèveeœWv Adaux t et€»t
et d^uoe reiUc de 400 livres.
Cet engagement , que les Cbaunois ne virent pas avec plaisir, devint pour eux la source de nouveaoi ennuis» La
dame de Saiiil-Pol , mécoiinaissanl les droiis et privilèges des habitans , voulut tout aussilôi les trailer en sujets conquis* Elle ne se borna pas b leur contester la connaissance des cas particuliers de justice qui venait de leur être confirmée d'une manière si éciataïUe par le déiuiit roi; elle leur contesta même le droit d'arrêter et de punir les mal&iiteurs» c*est-à-dire, qu^elle leur dénia Fexercice de toute justice.
Elle mil le comble a ses mauvais procédés en envoyant , à Cbauny, une troupe armée qui força les portes de la prison communale, et rendit à la liberté les malfaiteurs que des crimes de diverse nature y avaient fait enfermer.
Les Cliaunois ne pouvaienl soiillVir de tels outrages. ll« portèrent leurs réciamaiioDs devaut le Parlemeut de Paris . et un jugement solennel de ce célèbre corps » leur donna gain de cause en 1544. M"" de Sainl-Pol se vît condamnée à réintégrer dans les prisons de Cbauny, les malfaiteurs élargis par elle , et ii payer au roi une amende de 400 livres.
Béatrix de Ciiàlilion mourul [leu de temps nprès, et l'aliénation de la terre de Ctiauny se continua , au grand déplaisir des babitans. £lle fut donnée , en 1355 « par le roi Jean , à Humbert , dauphin du Viennois et patriarche d'Alexandrie , en déduction de 4,000 livres en terres , qui devaient lui être assignées dans le royaume t sa yie dorant. Mais , dès la même année , le duc d'Orléans traita avec le patriarche, lui abandonna Menn , et en échange du comié de Deaunioni-lc-Uoger ei autres terres situées eu Normandie « il obtint du roi, son frère, le comté de Beaumont-
DE GHA1INY. Si
siir-Oiseï avec les terres et seigoeuries de Chauny, Condreo, Faiiloaelf Pierrefooils, etc.
Les Chaanois eaienl beancoop à souffrir de Fimradon des Anglais en 15G0, et ils virent leur ville pillée et dévastée par ces iUrouciàes insulaires. Les Français , qu'ils reçurent peu de temps après comme des libérateuis , oe les épargnèrent pas davantage , et achevèreot de rainer leur malheureuse cité. Ils songèreiU alors k entourer leur ville de fortiticalions plus respectables ; mais pour cela il leur faUait une DoaveHe aotorisatioo du roi , et ils ne l^obiinrent qu'à prix d'argent , ear le monarque était lui-même si pauvre, qu'il se trouvait dans la nécessité de faire argent de tout.
Les habitans de Ciiauiiyf aidés du duc d'Orléans , leur nouveau seigneur, se mirent k l'œntre en 4367. On abattit la porte des Cordiers et celle de la basse-cour du château; on recreusa les fossés; et les terrasses qui, jusque-là, avaient servi de remparts , furent remplacées par des murs dont les pierres provenaient , tant de la démolition de ces deux por* tes, (nie du château ruiné de Condren. Cette dernière sirconslancc n'aurait-elle pas donné lieu à la tradition autrefois généralement répandue , que Ghauny fut construit des débris de cette même ville de Gondren?
Philippe d'Orléans vint à mourir sur ces entrefaites (1575). Les babitaus qui supportaient avec peine d'avoir d'autre seigneur que le roi , saisirent cette occasion pour supplier Charles Y, alors ré^^nani, de réintégrer cette ville dans son domaine d'une manière irrévocable. Ce prince, surnommé ie Sage à cause de sa prudence , eut égard à cette demande en 4378. Il déclara que la ville et le territoire de Chauny ne pourraient plus désormais être distraits du domaine de la couronne pour quelque cause que ce fût, partage, apanage, dot, provision, traité de paix ou échange.
UiSÏOlU£
Malgré une dcclaraiîoB aiiSBi formelle, la terre de Chaun^f
iui peu lie temps après, c'esl-b-(lirc , en 1589, aliénée de nouveau eu laveur de Blanche de France, veuve du duc d'Orléans, h cause de soo douaire^ Mais, à sa mon, arrivée eu 1592, les Chaunois firent de nouvelles et plus vives iastances pour que leur ville ne devint plus l'apanage d'aucun seigueur parlicuiier. Ils représenièreol au roi que , de|iuit» fia distraetioD du domaine de la couronne , Cbauny avait beaucoup perdu en imporlance et en revenus, et ils le conjurci'enl de le remettre en sa mam et pour toujours. Charles VX renouvela alors la déclaration de son prédécesseur, en or* donnant de nouveau que la seigneurie de Chauny ne f&t plus dislrailc du domaine sous aucun prétexte. Vaines déleoses, que ce prince fui le premier k enfreindre, car , dès 1405, il donnait celle terre k son propre frère, Louis, qui devint la tige de la seconde famille d'Orléans-Valois.
Ce prince chercha aussitôt k se concilier les Chaunois^ et k leur faire oublier qu'il était devenu leur sciguetu' |i«r suite d'une de ces aliénations qui leur déplaisaient si fort. Par le traité dit de Behaine (Bohème) , à cause qu'il lut passé dans rhùlei de ce nom , k Paris , Louis d'Orléans ne se eontenla pas de les confirmer dans la connaiflaanee du sang^ des mêlées et autres délits eommis de jour sur les boui^ois, il y ajouta encore la conoaissauce des cas de huliM {mutinerie). Il les maintint en outre dans celle des cas coneeniant les ordonnances de police et le gouvernement de la ville , dans ic droit d'clablir des gardes aux I^'avoirs et aux I melms, de connaiirc des amendes et prises faites par ses gardes» et de mettre des muiers pour la garde des autres héritages situés dans les banlieue et terroir de Cbauny. Lnlîji, il les autorisa k établir, sur le vin, uu octroi doni le
produit Ait «lestiné li «ouvrir les dépenses nécessaires pour
eolrelônir les IbrtiiicatioQS de la ville ea bon état.
Après la mort de Loais d'Oriéans , assassiné « comme on sût, en I407t sa vewe, ValeMme de Milan , jouit de la terre de CUauny jusqu à la lia de sa vie, arrivée quatre ans plus tard. Charles VI publia alors une nouvelle déclaraiion^ portant expresse réunion des terre et seigneurie de Chauny li la couronne ; mais, Charles d'Orléans, héritier de Louis d Oiieans et de Valentine de Milan , ses père et mère, n'en tint aucun compte, et résolut de rentrer par la force , en possession de ce qu'il considérait comme son patrimoine. Il entraîna révéqoe de Noyon dans son parti, rassembla des troupes» ravagea, à leur téle, le pays, bien innocent des résistances qu'éprouvaient ses prétentions, et in?eslit Chauny dont il ne tarda pas à s'emparer. Hais l'évéque de Noyoo avait été pris , conduit et enfermé au Grotoy, d'où il n'obtint de sortir qu'en payant une énorme rsnçon.
Apiès la mort de Charles d'Orléans, sa veuve, Marie de Clèv^ , jouit de la terre de Chauny à litre de douaire , et la passa h ses enfiins. Bref, elle resta dans cette maison jusqu'au moment oè l'un de ses membres monta les degrés du trône sous le noai de Louis XII (l ilKS), Ce prince s'empressa aussitôt de publier une nouvelle déclaration , portant défense de jamais aliéner les terre et seigneurie de Chauny ; mais cette défense , plus longtemps observée cette lois que les précédentes , finit pourtant par être encore eufreinte, comme nous le verrons dans la suite.
Le 14* siècle est le temps où Chauny se vit doter d'un
petit collège et d'un hôtel-Dieu. Le collège fut d'abord régi
par deux ecclésiastiques, dont le premier preuait le titre de
reciear. Ils avaient pour gages » l'un la desserte de i'hôiel*
54 msTOia^
Dieu , Faotre quelque bénéfice simple. Plus tard , la diroc-*
tion leur en fut retirée, parce qu'on s'apeiçut que la nccossilé de remplir les (onctions sacerdolales», leur faisait négliger les classes. On en confia alors TadmiDistration à un laîc« qui prit le nom de maître ou principal. Ce petit établissement languit néanmoins fort longtemps; il ne commença réellement à prospérer que dans les premières années du 18* siècle , alors que M. Destooilly, abbé de Notre-Dame-lés^^ Ardres^ et natif de Channy, y eut fondé, en 1713, deux bourses de la valeur de 2iX> livres chacune. Le fondateur ne mit d'autre condition ^ sa libéralité ^ que. l'obligation aux boursiers d'aller achevei^ leurs études dans Pun des collèges de runiversitc de Paris , aussiiùi qu'ils seraient en état d'entrer en troisième» et cela, pour les mettre à même de parvenir k la licence en tbéologîe , en droit, ou en mé-^ decine. Le collège de Chauny prospéra dès-lors assez rapidement pour qu'on pût j compter jusqu'à cinquante écoliers^ Ou ignore en quelle année rbôtel-Dieu de Chauny fut établi, et par qui il fut foiidé. On sait seulement qu'il existait déjà au milieu du 44* siècle, puisque Boatrix de Châ-tillou» dame de cette ville, lui lit un legs en 1552. Originairement connue sous les noms de maison Dieu» hô^uU ou hôteUine» cette maison fut d'abord gouvernée par des frères et des sœurs hospitaliers placés sous la règle de saint Augustin, et dont le supérieur portait le titre de maUre de Vk&pUal. Les bâtiments en ayant été ruinés par les Espagnols en 1650 et en lGo5, on aclieva alors (ic les raser [lour construire l'hôtel de ville sur leur emplacement. Mais pour ne pas priver les pauvres et les malades de tout secours t on consacra à leur logement un petit bâtiment situé dans uue autre rue, et dont la direction lut d'ailleurs abandonnée aux soins volontaires de quelques personnes charitables.
DE CilAU^IY. «15
Il se trouva parmi elles une pauvre fille nommée Marie Dubuisson qui, totichce de l'élai misérable dans Icquel.etaient pkmgég ces iaiorlaués» depois le jour il» anieot été privés de leur maiioii et de leur biens , prit la généreuse résoiuiion d'améliorer leur irisle sorl. Elle y consacra sa vie eniière, sans que rien ait pu refroidir an seul instant son pieux tèle. Quand le soin des malades ne la réclamait pas, elle parcourait les rues en sollicilanl pour eux la charité publique. On la vit même , dit-on , plus d une ÏOi& rimaaser les pierres et les bois abandonnés sur le ebemtn » et les rapporter sur son dos, les croyant propres k éire employés dans la construction d'une maison plus vaste et plus commode»
Ce touchant dévouement produisit ses fruits. corps de ville fil enfin élever les hâlimens actuels de rhôtcl-Dieu , prià du rempart. On construisit d'abord la salle des hommes et celle des femmes; on bâtit ensuite la cbapellet et Ton Ht venir des sœurs de Paris. A la fin du i S* siècle* cet élablissement élait dirigé par quatre tilles de chiuilé, sous riospection et Tauiorité du maire et des éclievins. Il renfermait alors seiae lits pour les malades.
n eiistait plus anciennement ^ Ghauny, pour ces mêmes malades, une autre maison appelée Maladrerie ou Léproierie^ On ne sait en quel temps ni par qui elle fut fondée ; mais comme son premier bienÊiiteur connu est Renaud, châtelain de Concy, il parait très vraisemblable qu'il en est aussi le véritable fondateur.
Renaud de Coucy» seigneur de Sinceny, était le fils ainé de l'infortuné Raoul, chlMelatn de Coucy, dont nous avons ailleurs j/acuule la trafiqué histoire (t). Le don qu^il lit,
(I) Viiyi^z notre HUioirt dt Coucy , p. 56.
56 lUSTOIRB
en 1207, à la maladrerie de Chauriy, du bosquet de Forestelle, ressemble forl à une fondalion. N'est<il pas permis de penser ga'il aora cni^ par ce moyen, racheter l'âme de son maliienreux père, mort dans la Terre-Saînie, d'où les Croisés rapportèrent la maladie de la lèpre? Les autres bienfaiteurs connus de cet étabiisseoieiu sont Mathieu, comte de Beaumont et duc de Valois, et Ëléonore, sa femme, ils y établirent, en iSll, nn chapelain avec une rente de 100 sous, et trois muids de froment à prendre sur les moulins de Chauny. Ces derniers attribuèrent en même temps aux malades, une i^ente de deux muids de froment snr les mêmes moulins. Celle léproserie, dont on ne sait rien autre chose, l'ut réunie à iliùlel-Dieu en 1696»
D^anciens titres nous apprennent qu'au commencement du i5* siècle , on voyait déjb , à Chauny, des filles de joie. ' Un aeie de ! iOi constate que le mayeur et les jurés, voulant arrêter les dégâts occasionnés chaque jour dans les champs par les Hlieuei et foiles femmês qui se trouvaient sans domicile ; considérant en outre que leur vagabondage , en les soustrayant à la surveillance de la police , leur avait permis de gosier plusieurs josnes (jeunes) compmgnùos à marisr de ladite ville de Chauny, jugèrent h propos d'acheter une maison dans la rue (jaiitoa pour les y renfermer, el les empêcher de vaguer davantage par les champs.
Le 15*' siècle fut, pour Chauny, une époque de malheurs încessans. On a vu plus haut comment Charles d'Orléans , €onsi<lriaiU cette ville coanuc son iiéritage, s'en était emparée de vive force en 1 411 . Il la garnit , ainsi que celle de Coucy, de troupes nombreuses commandées par des capitaines audacieux qui , dès^lors , firent chaque jour a leur tête , des courses sur les domaines du duc de Bourgogne. Ces eiLpéditious terminées « ils venaient se réfugier dans ces
DE CiUllMY. 37
deax TiHcs , tralnaot k leur soite kê hommes et le bétail
qu'ils avaient capturés, le btiiiii de toule espèce qu'ils avaient fait dans ces courses avenlureuses.
Le duc de Bourgogne résolut eofio de mettre un terme I on état de choses qui loi était si pr^odieiahle. Il assembla les communes de l laudres au nombre de 40 à 50,000 hommes,, appela à son aide le duc de Brabani» son frère « et aocoeîllii les secours de 500 Anglais, soos ta condoîte d'on vaillant capitaine nommé Guillaume Baldoc , ce qui porta le nombre des combaltans sous ses ordres, à plus de GO ,000 hommes.
Cette armée, formidable poor l'époque, s^ébranta le 1"
septembre 14H, et se porta do Douai, lieu de son rasseinblementf sur Ham. Le pays par où elle passa fut entièrement ravagé, car les Flamands traînaient à leur sotte d'innombrables chariots attelé» de six chevaux , sur lesquels ils en* tassaient tout ce qu'ils pouvaient dérober dans les lieux traversés par eux. C'était un véri^ble pillage organisé; c'était ta manière de laire la guerre du temps.
La garnison de Ham était commandée par Clugnet de Brabaut, homme énergique et ferme qui, à l'approche de l'armée bourguignonne, lit une sortie et attaqua courageusement son avant -garde. Mais son infériorité numérique l'obligea de chercher un refuge derrière les remparts de la ville. Il ne s'en défendit pas moins pendant plusieurs jours avee beaucoup de vigueur. Toutefois, ii la suite d'un violent assaut , voyant l'impossibilité de tenir plus longtemps , il sortit secrèlemenl de celle ville pendant la nuit, et se relira à CUauny, suivi des principaux babitans. Après avoir ruiné et incendié Ham, le duc de Bourgogne se mit en route pour se porter sur Gliauny. Les Orléanais ne l'y attendirent pas : ils ^'éloignèrent au plus vite, abandonnant les habiiaos à leurs
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seules ressonrees. Ceux-ci se Toyant sans secours et dans
IMmpuissance de résister, craignant d'ailleurs pour leur ci(é ]e sort funeste de celle de Ham , s'empressèreDt d'envoyer offrir les clefs de leur ville au duc de Bourgogne « et l'assurer de leur soumission. Ce seigneur les reçut , exigea d'eux le serment de iidélité, et daos la crainte que les Orléanistes ne se logeassent de nouveau dans leur ville « il en ûi abattre les fortifications naguères élevées par eux avec tant de peines et de dépenses.
CependaïUf en 1412, une sorte de réconciliation fut ménagée entre les ducs de Bourgogne et d'Orléans « et après le traité de paix conclu a Bourges, le roi rendit ses bonnes grâces à ce dernier. H lui restitua en même temps tous ses domaines confisqués Tannée précédente , et notamment la ville de Chauny. Mais ce seigneur ne la garda pas longtemps.
La paix de Bourges eut pour résultat de rétablir Tinfluence du duc d'Orléans, adversaire implacable du duc de Bourgogne , et par conséquent de détruire peu h peu celle de ce dernier. Jean-sans-Peur ne put se décider h voir soû ennemi gouverner la France sous le nom du faible Charles VI. Il résolut donc de ressaisir de vive force le pouvoir qui lui échappait , et, en 4448, il rassembla une année nombreuse à la téte de laquelle il s'avança sur Paris. Son dessein était de s'emparer du roi » d'exercer le pouvoir en son nom , et de ruiner l'influence de ses adversaires. Il réussit k délivrer la reine exilée a Tours par le Dauphin , et se fit déléguer par elle l'administration du royaume. Aussitôt , des ordres furent expédiés açx villes qui ne l'avaient point encore re* connu, pour qu'elles eussent b jurer obéissance au roi et k lui-même , et à chasser les garnisons qu'y avaient placées le Dauphin. Soissons et Laon se hâtèrent d'embrasser son
DE cuAtmr. 7id
parti ; Noyon fut IWré k ses partisans par k seigneur de Geolis, son goaverneur.
Jean, seigneur de Roye, commandait alors dans €hauoy au nom du roi el du duc d'Orléans, (jagué sans doule par ror des Anglais , qae les Bourguigoons avaient iroprodemment appelés h leur aide , e'est \t enx qu'il livra cette ville. Ces étrangers aussitôt inaiires de la place, oublièrent qu'ils devaient travailler, non pour eux, mais pour Jeao-sans-Peur, et ils résolurent de la garder pour leur propre compte. Ils commencèrent par en relever les fortifications abattues, y ajouteront de nouveaux travaux de défense, el la mirent à Tabri d'un coup de main. Ces précautions leur permirent de se maintenir à Chauny jusqu'en 1450, époque où celle place retourna sous l'obéissance du roi , en même temps el de la même manière sans doute que les autres villes de la contrée.
Peu d'années après leur onirée à Chauny, les Anglais y avaient placé un nouveau gouverneur. C'était encore, bien entendu, une de leurs créatures : il leur était si dévoué qu'ils lui avaient en même temps conféré l'importante charge de grand bailli du Vermaudois. Ce nouveau gouverneur se nommait Colard de Mailly.
Après les succès de Cbarles VII , et notamment quand la ville de Laon fut rentrée sons l'obéissance de ce prince, ce srîgneur se vit frappé de destitution et remplacé dans la
charge de grand bailli du Vermandois par un entant du pays, par Lahire» célèbre capitaine de cette époque, dont le nom est encore aujourd'hni populaire, et dont les grands services et l'inebranlabla altachement à son prince, méritaient bien cette récompense. Colard de Mailly vint à Chauny^ suivi de Ferry, son frère, et se retira dans le château, attendant
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peut-être une occasion de raaaisîr les places et les hon«
neurs qu'il venail <Je perdre.
Cest du moios ce que peusèreot les babitâus de celte ville , ear craignaDt qu'une nouvelle trahison ne les livrât une seconde fois aux Anglais , ils résolurent de déiraire le château dans lequel le gouverneur faisait sa résidence , et dont la situation au milieu de leur ville les plaçait sous sa sujétion.
Jean de (^nguevai qui s'était distingué dans la gueiic contre les Anglais, et que ses concitoyens avaient investi cette même année pour la quatrième fois des honorables fone* tiens de mayeur; Pierre Piat , appartenant à une ancienne famille du pays, et qui ava l lui-même trois fois rempli la même charge , étaient à la téle de la conjuration.
Les habitans et enx s'engagèrent réciproquement, sous la fol dn serment, à poursuivre Pexécution du projet de s'emparer du château et de le démolir, et voici comment ils s'y prirent pour faire réussir leur dessein. Plusieurs de ces aventuriers dont la France était alors remplie^ furent en-gages par des promesses d'argent , et SLcrciemoiiL aposiés près de la porte du château donnant dans la ville. Le gouverneur et son frère avaient coutume de sortir chaque jour pour s'aller promener et se livrer au plaisir du jeu de paume, alors très aimé des grands seigneurs. On connaissait cette habitude de Golard et de Ferry de Mailly, et Ton résolut d*en proGterpour faire le coup. Un jour donc, comme ils avaient h peine mis le pied hors du château suivis de la totalité de leurs gens, et abandonnant cette forteresse à la garde d'un seul concierge , ceux qui guettaient leur sortie s'avancèrent sur le pont-levis baissé pour le passage do gouverneur, et s'étant jetés sur le concierge sans mcOance, relevèrent pialgré lui ce même pont-levis, aiin d'empéchcr
DË CHAUIIY. 41
Colard de liaiUy et ses gens de rentrer. Cette eeiîon était
le signal convenu avec les habilans. La cloche du beiiroi comffliwai lut aussitôt lUise eu branle, appelant aux aroies h popolatîon entière ; la foule s'avança vers la porte du château qui lui M onTerte par ceux du dedans , et Fceuvre de destruction commeoça.
Celard de Mailij el son frère ftireni bien vite inforaiéa de ce qai se paasait. Leur colère fat grande de voir Pandaee do populaire poussée k ce poiiii de consommer souh leurs yeux le sac de leur balwtation « et ils en auraient à Tinstant Bénie tiré une vengeance éclatante , 8*ib s'étaient trouvés en position de le pouvoir faire ; mais en regardant autour d'eux , ils ne virent que quelques serviteurs effirayés , et ils comprirmit qu'il leur fallait courber la téie. Bientôt mène, ib se prirent à trembler pour leur propre vie , car l'insolence de la populace , surexcilée par le succès , devint extrême et le danger imminent, il n'y avait donc plus à bésiler : s ils ne pouvaient sauver leurs jours, ils devaient au noins les faire acbeter cbèrement k leurs ennemis. Ils se jetèrent dans «ne maison voisine , bien résolus à s\v défendre jusqu'à la dernière extrémité. Ces précautions étaient inotiles : on n'en voulait point à leurs personnes. Les principaux ha bilans de la ville vinrent les trouver pour leur expliquer la cause et le but de cette émotion populaire, et les assurer qu'on ne nourrissait contre eux aucune mauvaise intention.
Pendant ces pourparlers , la démolilion du château se continuait. Hommes, femmes, en fans, tous s'y employaient avec une telle activité , qu'au bout de peu de jours il ne présenta plus qu'un monceau de ruines méconnaissables» L ardeur des Chaunois à renverser celte forteresse n'était
pas (àilB pour rassurer Colard de Mailiy et son Irère sur
îear propre sort , malgré les assurances qu'on lenr en avait
données; aussi saisirent-ils la première occasion de sortir de la ville et de s'éloigner. Jean de Luxembourg ne perdit pas poar cela tout espoir de recouvrer Chaany. Ne ponvant en ce moment l'attaquer h force ouverte, il voulut du moins y avoir comme gouverneur un homme dévoué , et il y envoya Hector de Fiavy, pniSiValeran de Moreuil (1); c maist dit Honstrelet, ces seigneurs pour Tenstreprinse dessus dicte, trouvèrent les Chaulnois plus rigoureux ei désobéyssans qu'ils n'avaient accoustumez devant (avant) la désolation dudii cbasleL » Quant ao roi , il ne fit ni rechercher, ni punir les auteurs de cet acte de justice populaire» tout irrégnlier (|u il iVii, lui trouvant sans douie une légitime excuse dans les motils qui Tavaient inspiré.
Le temps des guerres civiles fot toujours aussi celui des maladies épidémiques , comme si le ciel voulait punir à la loi&, el les hommes qui iomenteni ou preouent part k ces luttes fratricides, et ceux, qui, par une coupable indifférence , ne font aucun effort pour arracher le pays h l'ambition et à la fureur des partis, toujours déguisés sous le masque du bien public. Les 15* et 16* siècles en présentent un exemple firappant, car ils furent à la fois une époque de luttes et de guerres intestines, comme une suite non
(1) Les gouveriieure afaient depoi» longtemps succédé aux anciens cbfllelMiis de Chaimy. Cette nUe eut en eflet de trék bonne heure des cfaflivlaias on gardiens de son cbâieatt. Dès Tan 1067» on vdt un nommé WascelÎD porter ce titre, qui Ait plus tard longtemps possédé par les leigoeura de Viry. Il pasfa au 15« siècks dans la maison d*Oucbes. pms dans différentes mains jusqu'à la fiu du 16* siècle , époque où il échut à Guillaume Lotin , présideui aux enquêtes du parlement , par suite de son mariage avec Madeleine Morin, fille unique de Guillaume Morin, seigneur de Cûndren, châtelain de (Ihaunv,
I^E GflÀUnY. AS
MilerroMipue de catamilés pul)li(|ues et de meurtrières épidémies. Le souveoir des ravages exercés en i4ô7 par la peste ^ Chaony, Goncy, La Fère et anx enviions, nous a été conservé par l^isloîre. On y voit que la malbeurem
population de ces villes, déjà épuisée et ruiuée par la guerre civile « fut encore, cette année, décimée par ce terrible fiéan«
A peine les liabitans de Cliauny commençaient-ils à se remettre de tous ces malheurs, qu^in nouvel ora^c vint fondre nir eoi. On connaît les démêlés qui s'élevèrent entre le roi Louis XI el le doc de Bourgogne. Ce dernier» farienx des pertes que les armes du roi lui avaient fait subir, fondit en 1471 sur le Noyounais, s*empara de plusieurs places et les saccagea. Malgré ses fortifications. Châuuy ne pnt davantage résister anx troupe de ce prince et se vit obligé de leur ouvrir ses portes. La soldatesque aussi exaspérée que son chef de la résistance qu'on lui avait opposée, mit la ville à feu et h sang.
Les querelles de Louis XI avec Maximilicn d'Autriche, 'relativement au Uainaut dont le roi de France voulait s emparer sor ce dernier, auquel il avait été apporté en dot psr rbéritière de Bourgogne, devinrent la cause de nouveaux malheurs pour Chauny. Les Français, en iiSO, firent des courses dans cette province, brûlèrent Maubeuge, Condé et Solesme. Cette hardie expédition devait attirer des représailles et en attira en effet. L'archiduc Maximîlien, animé par la vengeance, fit à son tour une pointe sur les frontières de France, k la téte de ses troupes, brûla Origny, Ribemont, avec tous les villages voisins, et s^avança jusqu'à Chauny qui se vit de îjouvau t»accagé et ruiné.
Ce désastre fut suivi d'un froid excessif. Il se fit sentir sans interruption k Chauny, comme dans le reste de la coft-
44 UISTOIHE
Irée, depuis Noël jusqu'au 8 fSSyrier stiiffliit. De fortes chaleurs avaieiil signale Tété précédent, elde longues sécheresses avaient nui à l'abondaoce des moissons. Il s'en suivit une disette qui ajouta eDcore à la misère des populations; de sorte que les fléaux du ciel semblaient conjurés avec les malheurs de la guerre pour consommer leur ruine.
Une petite communauté rel^ieuse s'établit cependant & Chauny quelques années après. Hais avant de venir déûnitivement se fixer en cette ville, elle avait dû subir plusieurs vicissitudes. F(mdée à Faillouel en 1182, par Jean, seigneur du lien , pour quelques frères Croisés « en mémoire sans doute d'un voyage accompli par lui dans la Terre-Sainte, ce couvent avait été iransféré, environ cent ans après, à Condren, par Agnès de Faillouel, arrière-petite-ûlledu fondateur. Ce fut Louis d'Orléans qui songea k retirer les religieux Croisés de Condren pour les mettre à Chauny, où sa mère , Marie de Clèves , désireuse de finir ses jours dans cette ville, avait lait construire pour eux une église et des b&timens d'habitation près de la porte du Pissot. Tel fut le motif de celle Iransiation , qui s'exécuta vers 148G. Cette petite communauté se composait alors d'un prieur et de quatre frères de l'ordre des clercs réguliers de Sainte-Croix*
Bien que placés sons la protection du duc et de la duchesse d'Orléans, leur établissement à Chauny ne se lit pas sans difficulté* Le curé du lieu craignant de se voir enlever» par ces nouveaux venus , une partie des offrandes et des ohîations des fidèles , leur suscita mille obstacles. Cela les nut dans la nécessité de composer avec lui. Ils s'engagèrent à lui payer chaque année une rente de SO sous, à présenter tous les ans, le jour de la Chandeleur avant la messe, an prieur de Notre-Dame, un cierge de cire blanche pesant une livre , et k assister aux processions générales. Moyen-
. DE GUAOIIY. 45
Dant ces concessious, ils furent autorisés ;i se fixer à Cliaurîy, à avoir des troncs dans leur église et à recevoir ieft ofirandes dea fidèles. Eo 4772, ce» religieux éiaieiil encore aa nombre de cinq, et possédaient 3,500 livres de revenus.
L'établissement d une autre nfiaison religieuse suivit de près celui des frères Croisés. C'était une petite communauté de sœurs placées sons ta règle de Satnt-François dont ellea portaient l'habit, ce qui les lit d'abord appeler «œar.ç grises. Comme leur institution présentait un but d'utilité publique, putsqn'dles étaient vouées k l'enseignement des jeunes filles pauvres, elles furent reçues arec plaisir par la population entière. Elles n'en eurent pas moins à supporter les tracasseries du prieur, qui ne voyait pas leur arrivée k Cbauny d'un meilleur œil que celle des frères Croisés. Elles en ob* tinrent néanmoins des conditions plus raisonnables, ayant été seulement astreintes à lui présenter chaque année , à la Chandeleur, un eierge de cira blanche.
Les commencemens de cette communauté furent des plus pénibles, car ces pauvres filles n'eurent (rabord pour toute ressource que la charité publique. Elles parvinrent pourtant à surmonter cette gène , et vingt-cinq ans après leur arrivée k Cbauny, c'est-à-dire, en 15d5, elles se trouvèrent assez riclies pour pouvoir construire une petite éfi^lise et des lieux réguliers. Malheureusement pour les Cordelières ^ leur maison étant b&tie sur les andens remparts de la ville, les fortifications qui furent établies autour de Cbauny en 1^8, en nécessitèrent la démolition. Celle qu'elles allèrent ensuite habiter, fut encore deux fois détruite durant les guerres dont nous présenterons plus loin le récit, et les dégâts qu'y commirent les calvinistes en 1569, la rendirent tellement inhabitable , i^ue la petite communauté fut forcée de se disperser.
AS HISTOIRK
Les Cordelières ne revinrent à 6hauny qu'en 1578. A la place de leur maison , elles ne trouvèrent que des ruines. Cela les détermina li quitter le Brouage, où s'élevait autrefois cette maison, pour s'établir dans rintérieur de la ville. Grâce aux libéralilés d'un citoyen de Chauny, de M. Joram Vrevins(i), lieutenant général an bailliage de cette ville, elles purent acheter dans la rue des Juifs une maison nommée le Grillon, et sur son emplacement, elles jetèrent les fondemens de leur nouveau couvent. L'église et les bàtimeas en furent achevés en 1581. Bientôt elles se trouvèrent assez d'aisancepour pouvoir abandonnerlabesace.Enfin, en 1652, elles firent vœu de clôture, et deux ans après, elles em^ brassèrent la seconde règle des Urbanistes dites de Sainte- Claire, d'oik leur maison prit dès-lors le nom de eaavêai de Sainte-Claire,
Les malheurs essuyés par les Cordelières font assez pressentir ceux que la ville de Chauny eut à supporter vers le milieu du 18* siècle. Depuis plusieurs années, la guerre était alUiniée entre la France et rAutriche. LcVerrnandois et la Tbiérache , plusieurs fois parcourus par les armées belligérantes, avaient été autant de fois saccagés et ruinés par elles ; mais les localités situées en-deçà de'la Serre, restées en dehors des hostilités, avaient pu jusqu'alors échapper à tous ces malheurs. Une audacieuse expédition leur en fit sentir tout le poids en 155S. Le comte de Rœux , à la tète de qunranie compagnies d'infanterie et de deux mille chevaux, envahit la Tbiérache, brûla Ver vins, Marie, Origny- Sainte-Benoitet tenta sur La Fère un coup de main qui
(i) H. imnm Vrevios fit le plas noble usage de sa fortune : il en disiri* bue les irois qatrta tant & la ville de Chauny, qu*à ses maisons religieusea et k son H^tel-Dieu»
éehoiia , et s'mpaia sans résistance de Ghsuny qu^il livra
au pillage et aux flammes.
Cinq ans après, ce fat le tour des Espagnols. Le iO aoftl 4557» la iunesie issue de la bauiile de SaÎDl-QueDiio leur ayant ouvert les portes do royaume, ils s'avancèrent du côté de Cliauny el s'y elablircnl. L'approelie d'une année fraoçaise leur fit abandooner celle ville le il novembre suivant ; mais avant de se retirer, ils y mirent le leo«
Les Chaunois avaient à peine réparé les mines de ce double désastre qu'ils se virent encore frap[>és de nouveaux malheurs. Celle fois, les auteurs n'en furent plus des étrangers , des ennemis , mais des compatriotes égarés par les prédications fanatiques de novateurs religieux.
La ville de iSoyon , voisine de Chauny, avait vu naître en 1509, un bomme qui fut le principal apôtre de ces nouvelles doctrines. Jean Chauvin, plus connu sous le nom de
Cauvin ou Calvlu, iironoEiclalion picarde de Chauvin, était ûls d'un tonnelier de Pout-1 Evéque. Entré très jeune dans les ordres , il fut pourvu d'une chapelle dès l'âge de douze ans , devint ensuite curé de Marteville , et puis de PontrËvèque. Calvin, avide de nouveautés et animé du désir de devenir l'apdue d'une école nonveUe, résigna ses bénéfices et quitta sa patrie pour se retirer h Baie, puis h Genève, oà il pui)1ia divers écrits dans lesquels il exposait et préciiait la réforme religieuse*
Ces nouvelles doctrines furent néanmoins longtemps h pénétrer dans le pays , et ses premiers prédicateurs ne s'y montrèrent guère avant le milieu du i6* siècle; mais à cette époque, elles commencèrent à s'étendre avec une certaine rapidité , grâce à la guerre étrangère , à la Ihiblesse et aux embarras du gouvernement. On vit alors une foule de méconteos el d'ambitieux s'en emparer comme d'un
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moyen propre â rétablir leurs affaires délabrées, oa ^ fuir^ venir aux places et aux honneurs. La guerre civile éclata , et eosaoglania le pays. La révolte élouÛee à grand pciûe sor un points renaissait aussitôt sur un autre. Au moisdis septembre 4567, le prince de Gondé, avec les seigneurs de Genlis (1) et de Quincy , assembla secrètement des troupes, s'avança la nuit sur la ville de Soissoos, s'en empara et la livra au pillage. Les richesses accumulées dans les églises forent naturellement la proie de ces pillards, qui couvraient leurs excès du manteau de la réforme religieuse. Ils dépouillèrent et ruinèrent ensuite les abbayes de Pfémontré, Valsery, Longpont et la chartreuse de Bourg-Fontaine; puis, revenant sur leurs pas, ils pillèrent Saint- Nicolas-aux-Bois et se présentèrent devant Cliauny qui, détendu par nne trop faible garnison, dut leur ouvrir ses portes. Là, comme partout ailleurs, les églises furent saccagées , dépouillées de leurs richesses , et les reliques offertes depuis des siècles à la vénération des lidèles, jetées dans les flammes après avoir été profanées par les iiovateurs.
Parmi les reliques conservées dans Féglise Notre-Dame de Cbauny, la plus considérable et la plus vénérée était le corps entier de saint Momble. Ce saint, originaire d'Angleterre et Tun des compagnons de saint Fursi, passa en France avec lui, vers le milieu du 7" siècle, en compagnie de saint Gobain, saint Boéiian, saint Algis et autres. Ces derniers se dispersèrent dans le diocèse de Laon et aux environs ; samt Momble établit d'abord sa retraite dans une solitude auprès de Condren, puis se relira k Coadren même. Il avait obtenu
(1) On prétend que Calvin availélé élevé dans le château de Genlis. Celle circonstance uideiaii à expliquer poun|uui les s<iigueurs de Genlis fuanit des premiers à embrasser sou parti.
DE CBAUr^Y. 49
de mai Eioi , évéqoe de Noyon , la pennissioD de prêcher
dans son diocèic , cl le zcle qu'il mil a remplir sa divine mission , avait gagné à la religion chiéiieune les populations sauvages et barbares de ces contrées. Après sa mort, il fat enterré k Goodren ; mais les guerres aymit causé la ruine tic celle antique cilé, ses précieux restes furent transférés à CbauQy. Ils y reposaient donc depuis près de sept 4^nt8 ans entourés de la vénération des peuples, qqand éclatèrent les troubles religieux du 46* siècle. Ils furent alors dispersés de telle manière, qu^on ne pul plus retrouver que le chef de saint Momble.
L'armée huguenote hiverna h Chauny et dans les envi* rons. Cela favorisa les conversions que l'exemple de François de Hangesl, seigneur de Geniis, encourageait. Aussi « les calvinistes devinrent-ils bientôt assez nombreux en cette ville, pour qu'on fût obligé de leur accorder on dmetîère particulier.
Ce serait une grande erreur de croire que ces novateurs qui combattaient, disaient-ils, pour la tolérance comme pour la rélorme religieuse, s'appliquassent toujours k pratiquer cette tolérance invoquée par eux. Loin de ik, Tinilexible histoire doit constater qu'ils se montèrent souvent plus passionnés , plus intolérans que leurs adversaires.
On sait que la guerre religieuse du 1G' siècle fil surgir de tous côtés des démoniaques, c'est-k-dire» des hommes, mais particulièrement des femmes» sujets h des crises ner^ veuses redoutables, occasionées, disait-on, par des obsessions diaboliques. Les prières de l'église calliolique calmaient seules les maux de ces infortunés, et le sacrement
de TEucharistie, contre lequel les réformés déclamaient avec
une grande violence, produisait parmi eux des guérisons miraculeuses. Chauny eut aussi son déuiotiiaque. \Jk^ comme
partout, les proleslans crièrent k l'imposture, cl l'un de leurs ministres nommé Maméïac entreprit sa guérison. IL ne put» il ne devait ponTdr le guérir. Furieux de cet échec qui contrastait si péniblement avec les succès journellement obtenus ailleurs par les prêtres catholiques , dit le père Labbé de Blois qui rapporte ce fait, il fit coudre le malheureux possédé dans un sac rempli de pierres, et on le jeta sous ses yeui dans le plus profond de la rivière t! Oise (1). ^
Quelques années avant ces événemens, Cliauay avait été dolé d'un bailliage royal » dont les officiers se composaient d*un lieutenant général , d'un avocat et d^un procureur du roi. Le ressort de cette juridiction s'étendait sur 165 bourgs, villages ou lieux voisins, et ses appellations ressortissaient en partie à Laon, comme siège principal du grand bailliage du Vermaudois.
C'était le troisième changement que la forme d^ rendre
(i) Dom Labbé de Blois dont nous parlons ici, est auteur d'une histoire de Chauny resiée manuscrite. VaîI ouvrage, auquel nous avons emprunté d'utiles renseignement, foinin un gros volume m-folio, et poi le pour titre : Hùtoire de Cliauny en Picardie, divisée en trois livres, par le père Labbé de Blois, ancien prieur de Saini-Marlin de eUU vHU,
Ce manuscrit est aiQoord'hai dans les mains de MM. FoiMpiet hèn%^ propriétaire! I Chaany^quî nous Tont commoniqiié avec nne bonne grAoe et on empressement dont nous nous plaisons à leur témoigner id notre reeoonaissanoe. Geito bienmilante obligeance fiit tm^ourt Tapanag^ des hommes qui, comme MM. Fouquet, cherchent A se rendre utiles à leur pays, en recumllant Ions les documens inléressans pour son histoire , ou on arrachant I Toubli et à b dejdruction , ayec un zèle digne des plus grauds éloges, les lilres, les chartes, les manuscrits , les objets d'art, on un mol , tout ce qui peut avoir du prix aux yeux des hommes uistruits.
DE uuuAy. fit
- la justice éproofait LCbaoDy. Du temps eù celle ville fai* sait partie du conaé de Vermaodois, OQ y voyait deux sortes de justices : celle da roi , exercée par un prévit rojal , eomprenaU loua les droîls de ressort et de sonveraioelé : celle des comtes, qui était seigneuriale. Aussi, la charte de il 67 n'attribuai t-eile à ces derniers que la connaissance de certaines affaires.
La jaridieiion de ces tribnnanx était alors, dît-on, beaucoup plus étendue : elle comprenait la ville de Noyon et les villages environnans» Mais Févéque de celte ville, voulant se soustraire à cette joridictioo étrangère , parvint , on ne sait pas au juste h quelle époque , à faire établir un siège de justice à Noyon même, dont le ressort, composé de plusieurs villes» boargs ou villages voisins, fut distrait de celui de Chauny.
La charte communale de 1215 en accordant une juridiction particulière au corps de ville, moditia assez profondément la première manière de rendre la justice à Cbauny* Cette nouvelle juridiction était exercée , comme nous IV vons déjà dit, par le mayeur assisté des échevins. Elle comprenait la justice coDtentieuse civile et ciiminelle en première instance sur tons les habitans ^ excepté les nobles et les ecclésiastiques ; plus , une justice subalterne sur les vassaux ou censitaires du domaine de cette ville.
Il y eut aussi de bonne benre à Chauny une maîtrise des eaux et foréis qui était régie par la coutume générale da Vermandois. Elle s'exerçait sur uois sortes de bois: les bois du roi, noiiHiiés les Francs-BoU^ s'étendaient aux environs de J*rièreft-Faillouel et de VoueU et contenaient an 18* siècle 648 arpens, mesure de roi. Les Bou de GraerU étaient ceux sur la vente desquels le roi percevait le quatrième ou le cinquième denier pour livre. Ces derniers avaient été achetés.
53 msxoiUË
en majeure partie par la couronne, et contenaient à la mcme époque, 1690 arpeus. Les bois neutres étaient ceu:L des commanes, des maisons religieuses oa deï parlicaliers. La maîtrise de Cfaaony supprimée eo 4669 poar élre
nnie h celle de Coucy, lui alors remplacée par utte àin[>pi# grueric. Celte suppression dura pei»«
D£ CIIAITSV
ciiAPiïliË ni
Anoiens usages ^ cérémonie des jongl€iin ; cottlumes relatif es aux vieux prçoDe et ain vieiliee fillei ; le jeudi /ondteii; htétêda Brmém ;
la fête du Verd; u»age du giii ; coutume pratiquée imx fun ('railles ; le Gardien de la Mariée. Usages religieux : confrérif s SaiiU-Sacrement» de la Passian , de Sainl-Martin el autres. Kglise Saint-Martin ; sa description. Nouvelles aliénations de la terre de Chauny. Droits seigneuriaux au 18* siècle. Epidémie. La Ligue. La garoison de Soi^sons tente de surprendire Chauny. Le port de cette ville Le vacher TbMf-ta* Memie. GiMnpagmes d^arqnebtNiieK et è*arbalétriei!».
Il se fHâtiqaait alors en celle ville, et cela dyra longteiD|» encore après , une coutume bizarre dont l'origine n*est pas connue « mais qui parait remonter à une époque <lo beaucoup antérieure. Un certain nombre d'habitans de ' Chauny étaient autrefois dans Ttisage de quitter leurs foyers pendant ia belle saison « pour aller chercher fortune dans d^amres lieux. Le métier quils pratiquaient était celui qu'exercent aujourd'hui les savoyards: ils conduisaient en laisse des singes et des chiens savans, et les faisaient danser sous les yeux du public » afin d'en obtenir quelques pièces de monnaie. Mais l'exercice de cette profession était assu-
5i iiisTOmE
jéti k de certaines Ibrmatitcs dont nous allons faire connaître les curieux détails.
Le premier d'octobre, jour de saint Rémi et fête patronale de Chauny, tous ceux d'entre les Chaunois qui faisaient le métier de montreurs de singes « étaient tenus de se rendre dans cette irille, quel que fut le point de la Franco 0» ils se trouvaieiu. Dès le matin , ils se réunissaient à la porte de la Chaussée pour aller iaire en corps, au lieuteoani général au bailliage* nne visite et un cadeau, moyennant lesquels ils devaient éire autorisés à continuer leur industrie. Ce présent se composait d'un pâté d'une structure smgniière; il était garni de marrons et de jaunes d'œufe , et surmonté d'une sorte de pâtisseries nommées Coqneluehei et d'un couvercle. Les frais occasionés par celle cérémonie n'étaient point à leur charge : ils percevaient pour cet objet cinq setters de blé sur les moulins de la ville, et un museau de bûouf sur les bouchers.
La nature de celte redevance iridique assez que l'origine de cette cérémonie» qu'on peut considérer comme une sorte d'hommage , était toute féodale. Il est vraisemblable qu'établie par les comtes de Vermandois , elle fut d'abord faîte en leur présence. Plus tard , après ia réunion de celte province au domaine royal , elle se fît devant le prévôt royal , puis devant le lieutenant général, comme représentans du roi.
Quoi qu'il en soit, les Chaunois, une fois rassemblés , se plaçaient entre ènx dans un certain ordre, ayant h leur tète le poi ieur du pâté. Un chien bien dressé à toutes sortes d'exercices, les précédait. Des trompettes marchaient en avant et jouaient des Êinfares. Ëlles sonnaient surtout au moment où le cortège passait devant les moulins et devant les bouchers de la ville. C'était là le remerciement qu'on
DE CIIAUNY. 06
leur donnait en échange da la redevance payiSe par eut pour faire les frais de la cérémonie. Une nouvelle fanfare annonçait l'arrivée du corlége devant la demeure du lieutenant général au bailliage^ et les Jongleurs (ainsi nommait-on ceui qui composaient le corlége, sans que Ton donnât alors une signification humiliante à cette expression ) étaient admis devant lui. £n ce moment commençait une scène des plus étranges*
Le lieutenant général les attendait dans sa cour, assis
dans uïi large fauteuil , entouré de ses oUiciers et de nombreux spectateurs. Une foule immense accourue de la ville et des environs , se pressait dans la me devant la porte , qu'on avait soin de tenir toute grande ouverte, aiin de lui permettre de voir aussi le spectacle. Le chien savant dont nous avons parlé, ouvrait la scène. Il exécutait mille tours d'adresse qui provoquaient la gaieté et les api^audissemens de la fonle. Son rôle ne liiiissait que quand l'épuisement l'ohligeait k s'arrêter. Alors , le porteur du pâté s'avançait à son tour, plaçait son présent entre les mains du lieutenant au bailliage , qui le passait k Tun^de ses serviteurs , puis se mettait à danser, imitant autant que possible, les gambades et les tours du chien savant. Dans ces exercices , il excitait aussi plus ou moins» selon son habileté, les applaudissemens bruyans dn public ; mais an moment où il s'arrêtait , les rires et les cris s'arrêtaient également, et un silence soleiinel se faisait, car il allait remplir la dernière partie de son rôle, partie ingrate et diificile , que le moindre bruit aurait troublée. 11 s'avançait donc gravement vers le lieutenant général : arrivé à deux pas de lui , il devait s'arrêter et l'aire distinctemeni entendre un certain bruit, aujourd'hui considéré comme incivil , mais qu'alors et dans cette circonstance on
Sl6 iiisTomE
regardait, peuUélrc» comme noe marqae de déférence el
de politesse.
Chaque a ses pkisin, son esprit et ses mœurs.
Quoi qu'il en soit , si la nature rebelle se refusait à la
bonne volonté de Tacleur, il était non -seulement privé do droit de continuer son industrie, mais encore mis k une amende. Après lui, tous les hommes, composant le cortège Tenaient à tour de rôle donner un plai de leur métier, ce
qui leur valait, quand ils s'en acquittnient à la salistacùoa générale, la permission d'exercer comme auparavant. L'histoire ne nous dit pas si leur rôle devait se terminer comme celui du porteur de pâté (1)
Cet usage ne tomba que lentement en désuétude. Il existait encore en 1678; mais il cessa Tannée suivante par suite dn manque de jongleurs, et une sentence du bailliage « que nous avons vue , adjugea aux pauvres de h ville la re-* devance qui leur avait été payée jusqu'alors par les boucliers et les meuniers.
Cet usage et ceux que nous avons déjà précédemment rapportés, n'étaient pas les seuls pratiqués à Chauu). Celle cité était autrefois, on peut le dire, la ville aux coutumes singulières. Les anciens écrivains ont trop négligé de noos insiraire de ces détails de mœurs. C'est une menrk eux de les avoir re^i^ardés comme indignes de Thisloire, car rièn n'est assurément plus jiropre à nous initier à l'élude de la marche de la civilisation. Nous avons donc été heoieux de pouvmr, dans le coors de nos recherches, reeoeiilir quel-.
(1) Rabelais dit que Gargaatoa s*amiisait beaucoup des bateleurs, sor* tout de ceux de Chauny on Picardie, grands jaseurs el (teaux baiUeurs de bativemes en malière de sinyis va is.
ht aiAi NV. 37
Qttes renseigneiiieng ceriaios sar ces aocienfias cototumes
populaires , qui peignent si bien tes hommes d'antrefois et le temps où elles étaienl en vigueur, et il n'e&t pas un iecteor qai oe nous sache gré de lui faire partager notre bonne fortune. Au snrplns, ces usages, comme on va ie voir^ élaiebt religieux ou civils ^ mais jamais politiques; car nos pères, plus sages que nous, écartaient avec soia les discusnous relatives aux aibires publiques pour lesquels ils ue se sentaient pas de goût , parce qu'h leurs yeux , elles avaient le lori (le ijoubler leurs plaisirs en suscilanL des divisions et des haines enirc les hommes du même pays, souvent entre les membres d'une même famille.
Les vieux garçons et les vieilles filles mariés dans lacoors de l'année , les veufs et les veuves remariés en secondes • noces , devenaient pour ce fait le sujet de la censure publique* Le jour de la ftte de saint Sébastien qui tombe le 80 janvier, était consacré h les régaler d^nn charivari bruyante Ce jour- là , les gens du peuple , les ouvriers de la ville et des environs , se rassemblaient armés de pelles , de chaudrons, de casseroles, de tous les instrumens destinés h pro^ duire les sons les plus discordans , et ils parcouraient les rues suivis de tous les enfans de la ville. Malheur aux hommes et aux lemmes qui avaient convolé en secondes, noces ^ aux garçons et aux filles qui avaient trop longtemps attendu pour s'engager dans les liens du mariage: la porte de leur demeure, depuis longtemps notée, était assiégée par la foule , et un concert diabolique commençait sous leurs fenêtres. Ce tintamare n'était suspendu que pour donner aux enlans le temps de jeter des clameurs assourdissantes , et au peuple celui de se répandre en quolibets sans fin , en rires inextinguibles. On ne pouvait se débarrasser de ces* visiteurs incommodes, qu'en leur offrant quelques pièces de
mounaie. La recette en était confiée h l'un des charivariseurSf et servait à acquitter les frais de la ripaille qoi ne manquait jamais de terminer une journée aussi bruyamment employée. Comme c'était probablement là le but principal de la cérémonie, on ne manqua pas, par la suite, d'en étendre le cercle afin de grossir la recette , et lous les gens mariés dans Tannée se virent sans distinction soumis à la formalilé de ce charivari. Il s'en suivit îles excès qui nécessitèrent l'interdiction de cette coutume.
Un usage d'un autre genre avait lieu li Chaony le jour du jeudi gras, que le peuple de célte ville nommait Jeudi- Jaudiaa, C'était alors le tour aux écolières de se rassembler* Le but de leur réunion était de parcourir les rues un panier k la main , demandant des œuis h la porte de toutes les maisons. La récolte faite , elles se réunissaient de nouveau , non point pour partager, mais pour loiier d'adresse et savoir k qui d'entre elles resteraient tous les œufs. Voici en quoi ce jeu consistait : on étabiissail èur Fuiie des places de la ville , un plan incliné en terre sur lequel les écolières faisaient k tour de rôle rouler chacune un œuf. Celle qui, par adresse ou par bonheur, voyait son œuf résister au choc de ceux de ses compagnes, et réussissait a le préserver de tout accident , était proclamée la reine du Jaudiau* On la promenait par les rues, un sceptre dans la main, an milieu de seA compagnes qui ne lui épargnaient pas les acclamations* Les maîtresses d'école à qui proliiaient ces coiiecles, entre* tenaient cet usage avec soin*
Les jours gras étaient sans doute à Chauny Poecarion de diveriissemens populaires; mais comme les historiens n'en parlent pas^ on doit penser qu'il ne se passait en cette ville rien autre chose que ce qu'on voyait partout ailleurs. Noi» savons pourtant que la fête des Brandons n'y était
pis onblîée. Le mt de ce jonr-lk , qui esl , eomme on sait le ipremier dimandie de carême , on faisait un feu de joie
dans Tendroit le plus élevé de la ville, et le peuple assemblé ne manquait pas de danser aulour du bùcber eotlaminé, aussi longtemps qa'U répandait quelques lueuis. On avait d'ailleurs soin d'entretenir le feu, en y jetant de temps k antie de la paille, des fagots et du gros bois.
La galanterie était aussi le prétexte d'une bombance po* polaire à Chauny. Le premier mai« tous les amonreux se répandaient dans les bois voisins de ta ville pour y couper nn petit arbre auquel on donnait le nom de />/ai. Le talent éiall d'en découvrir de bien droits, de beaux, vigoureux, pleins de sève» el dont les feuilles fassent épanouies, signes certains de b force des sentimens de Tamonreux. Chacun rapportait ensuite son arbre et le plantait dans la rue , devant la porte de celle qu'il aimait* Mais tout n'était pas fini pour cela. Les amoureux avaient, pendant leur course dans les bois, orné leurs chapeaux d'une feuille IVaîche et verle : ils parcouraient alors la ville en demandant à tous les passans d'en exhiber autant. Celui qui n'en pouvait représenter, était mis ï Pamende. Le produit de cette collecte forcée servait encore à couvrir les frais d'un joyeux repas, par lequel se terminait , comme toujours , cette fête nommée la fête du wrd.
n faut sans doute chercher une origine religieuse et on souvenir de l'ancien culte druidique , à cet autre usage que Doug niions rapporter. Chaque année, la veille de Noël, les enfant de Chauny parcouraient les rues, frappaient aux portes des maisons , et demandaient quelque pièce de monnaie en disant : An f^aiqnolenx chanicrons-nous! On pense, non sans vraisemblance , que le mot gaigaoleax est la corruption de ceux-ci : Àa gai Tan neuf I cri usité dans le& eéréoKmics de l'ancienne religion des Druides*
Une autre coutume des habkaos de Cbauny donne à celte snpposîiioD OD nouveau degré de misemUance. Il est eer^ tain qu'ils furent longtemps clans Fusage, k un certain jour de Tannée , de &e réunir sous un chêne et de s'y livrer à des danses et autres divertissemens.
Les noces et mêiDe les funérailles ne pouvaient manquer d'èlre également des occasions de divertissemens et de bom^ bances, pour un peuple aussi auii de la joie que l'était au^ trefois celui de Channy. En effieft, après un convoi funèbre, on voyait tous les assistans se réunir dans un banquet , où, d'abord , l'éloge du défunt ou de la défunte faisait seul le sujet de la conversation ; mais , peu h peu , les boissons échaufihient les têtes, et le repas se terminait d^nne manière d'autant plus ^ase, qu'il avait d'abord été plus triste et plus contraint en commençant.
C'est surtout dans les noces que le peuple de Channy s'abandonnait à tonte la jovialité de son caractère. Il était d'usage d'y établir un gardien de la mariée. Celui h qui échéait cet honneur, avait pour mission de veiller sans cesse sur elle et de ne pas la perdre un instant de vue ; mission dlUicile et délicate, dont Toubti attirait sur lui, comme nous allons le voir, une terrible responsabilité. Les antres convives étaient , au contraire , toujours en quête des moyens de le faire manquer k sa consigne. On n'a pas une idée des ruses qu'ils employaient pour uieiue en défaut sîi surveillance et ravir à sa vue la mariée pendant un Sieui instante L'époux n'était pas le moins ardent à poursuivre ce but, afin de se débarrasser d'un argus gênant, et la jeune femme elle-même ne se prêtait que trop aux mille stratagèmes mis incessamment en œuvre pour faire tomber en faute son mal-» heureux gardien. Aussi vovait-on celui-ci allert venir comme elle , s'assoir si elle s'asseyait , se lever quand elle
quittait sa chaise , la suivre pas h pas dans les cluimbres, a la cour» aa jardio , dans les eadroits les plus secrets où sa sorteillaDoe devemil des plos tneommodes. Et poorquoi s'aslreignait-il à une pareiHe sujétion ? c'est qti^mie peine ignominieuse était le fruit inévitable de sa négligence. En effet» si l'on pamoait k soustraire an seul iostaol la mariée à ses regards « il éiaît anssitAt saisi , pbeé sor oa ftoe, le visage tourné vers la queue qu'il devait tenir entre ses mains en guise de bride, et dans cet équipage ridicule, on le promenait par les rues de la rilie saivi des gens de la noee et des violons, qui s'étudiaient h tirer de leurs instrumens les sous les plus discordans et les plus aigus. On peut s imaginer les quolibets et les plaisanteries dont il était Tobjet de la part de la foule assemblée pour le voir passer. Et ce martyre (Uait*'long: car les gens de la noce prenaient un malin plaisir à prolonger son tourment, en mettant une lenteur calculée dans leur marche* Le cortège s'arrêtait dans chaque carn^four, h chaque coin de rue , et un homme qui marchait auprès du patient, une bouteille pleine de vin ù la main, foirait mine de lui en offrir de temps à autre, comme pour loi donner le courage et la force de remplir jusq n'ait bout son triste rôle. Nous disons qu'il taisait semblant de ini donner à boire, car il se contentait de lui présenter uneéponge humectée d'un peu de vin versé goutte à goutte de la bouieille dont il était porteur, tandis que la présentant IVéquemment à ses propres lèvres , il avait soin d'en avaler lui-même de copieuses gorgées.
Du reste , ce même peuple avait sa part des repas de^ noces, car il ne manquait pas de venir, quand ils étaient finis, demander des roqaillons» selon l'expression employée- |Nir lui, et on lui en abandonnait tous tes restes.
Quelques détails sur tes coutumes religieuses autrefois ea
as HISTOIRE
vigueur à Chauny, compléteront le tableau des usages et des mœurs de FaDcienne population de cette ville.
Il s'établit de bonne heure, dans ses églises, des confréries dont le but fut tantdt reh'gleus , tantôt charitable. An 14^ siècle, on voyait dans Téglise de Notre-Dame, une confirérie dite da Saint-Sacrement , dont les membres avaient pour mission d'escorter honorablement le dergé pendant hi procession annuelle de la fête-Dieu.
Les bouchers en étaient les principaux membres. L'bon* neur de porter le dais , lear était réservé. Quatre d'entre eux se revêtaient pour cet office de longues robes noires or* nées de rabats, comme les avocats, et ils s'avançaient la téte couronnée de fleurs. Les autres bouchers les suivaient deux k deux, aussi vêtus de robes noires et portant un dergs k la main. L'exercice de cette fonction constifuaît pour eux un privilège que l'abbé de Saint-Ëioî-Fontaioe voulut en vain leur contester en 1591.
Dès le 15* siècle , H s'était établi dans Téglise de Saint- Martin , une confrérie dite de la Passion. La mission des confirères étaient de représenter des mystères, et particulière* ment la passion de Jésus-Christ.
Si celle (laie du 15' siècle donnée par le père Labbé est bien exacte , on devra reconnaître que Cbauny a de beaucoup précédé les autres villes du pays dans les représentations de ce genre de spectacle, qui a donné naissance h Tari lliéairal moderne. Cet écrivain croit trouver, dans les jongleries dont ces représentations étaient accompagnées , IV rigine des singes de Ch^uny, dont nous parlerons bientét*
Beaucoup d'autres confréries furent successivement établies dans cette même église de Saint-Martin. La plus fameuse était cdle qui portait le nom de ce bienheureai. Chaque année, on élisait le prévôt de la confrérie. La vdllt
ei le jour de la féte^ il venait à Féglise couvert d'un man* teaa rooge , l'épée aa côté » botlé et éperoDné. Le cooné* table et les elievaliera de la coofrérie , Fescortaleot ; des
violons marchaient en avant. Sa femme s'avançait après eux, suivie a son tour des femmes des autres confrères dans leurs plus beaux atours. Le jour de la féte » la confrérie donnait deux lots de vm an eoré et aux cbantres pour doubler les antiennes k vêpres , deux au prévôt et deux aux cbevaliers* Le lendemain, après la messe de Tobit, les femmes défeûnaient chez celle du pré?dt , et la confrérie leur envoyait encore deux lots de vin pour arroser leur repas. Le jour que le prévôt était élu , il devait donner deux sous b la confrérie , et six sous aux pauvres ; le jour de la féte « des gants au connétable , aux chevaliers et aux violons. 11 était obli<^é , disent les statuts de 1 i72 , de soutenir coq ei pquU toute Tannée , et de garder le secret de la confrérie. Ces usages furent abolis en 1676.
Les plus utiles de ces confréries furent celles des pauvres charlriers et des dames de la charité. On appelait autrefois cbartriers les gens renfermés dans les prisons , jadis nom* mées eharirêi^ La mission des membres de cette première confrérie était le soulagement des prisonniers. Elle s'éteignit au commencement du 16* siècle.
La confrérie des dames de la charité s'établit en 1642* Elle se composait de femmes charitables, dont le but était de secourir k domicile les pauvres malades de la ville. Elles leur fournissaient gratuitement la nourriture et les médicamens, leur procuraient les sacremens de l'église et les as^ sistaient dans leurs maladies.
Les querelles religieuses du 46* siècle n'avaient pas empêché le clergé de Chauny de songer k reconslruir»i l'église de Saint-Martin, dévastée et ruinée pendant les sièges dont
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nous avons prëeédmnment donné le rédt. Cmnme Ul ditisé principale de sa ruine était due à sa situation dans te faubourg du Brouage, on résolut de la transporter dans, l'intérieur des murs. On cliotsil h cet effèl nn emplacement situé près (les remparts et de la rue de Noyon , et Pon en fit racquisilioo en lt>G5, moyennant la somme principale de 497 livres 10 sons* Selon toute probabilité^ il existait déjà« ftllenante Si cet emplacement, nne petite église, peol-étre l'ancienne cliapelle du château , que Ton songea a uiiliser, en formant avec elle le chœur de la nouvelle église projetée , comme nous allons respliqoer.
L'église Saint-Martin de Chauny est un vmssean de petite (liiiitiisiua, peu élevé et de forme rectangulaire, plus long que large* Elle n'a point de transepts ; son chœur se ler-« mine en demi^cercle*
Ëxtérieurement, cette église n'a rien de remarquable. Les fenêtres du chœur, petites et basses, sont a plein-ciiurc ; celles de la net sont grandes^ ogivales, cl dans le st^ic du gothique fleuri « c'est-Mire « dans celui de la seconde moi-* tié du i6* siècle* En effet, sur les meneaux de Tone de ces fenêtres est représenté un chevalier avec ses armes , l'un des bienlaiteurs de Téglise sans doute, et au-dessous on lit la date de 1580.
A la place do portail s'élève nne lourde tour carrée, bâtie en grès et sans aucun ornement. Elle était aulreiois surm<ontée d'une haute flèche « comme on peut le constater dans la vue générale de Chauny dessinée en 4604, et qui accompa^'ue le présent ouvrage.
LMnlérieur se compose d'une nef avec deux collatéraux , et d'un chœur très court demi^circulaire , comme nous Ta** tons dit , accompagné d'un collatéral également en demi* cercle.
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Les voûtes, légèrement surbaissées, sont portées sur des colonnes rondes assez minces, à bases octogones* De dessus led cliapiieaux s'élaneent one mnUiiode de nenrores qui
s^entrelaocnt d'une manière capricieuse el souvent bizarre. LescleOideces voûtes sont toutes fleuronnées et pour la plu» part ornées d'écnssons effacés, mais destinés sans donle à rappeler le souvenir des familles dont les aomdnes ont contribué h la réédification de cette église. L'une de ces clefs , placée à rentrée du chœur, est pendante ; elle ofire les or-» nemeos les pins variés el les pins délicats, el se termine par nne colombe qni semble planer an-dessus des fidèles. C'est surtout dans cette partie de l'édifice , correspondant à la er&uéB ou lant$rM de beaucoup d'églises, que l'artiste a donné carrière à Mm inaginatioo dans ^entrelacement des nervures de la voûte. Elles y sont si nombreuses, que cette dernière disparaît littéralement derrière elles.
Si cette partie de l'édifice accuse, par son styte^ la fin du seizième siècle , il n^en est plus de même du chœur. La voûte principale est bien encore du même style et de la même époque ; mais la construction de tout le reste doit étret selon nous, reculée de deux à trots siècles en arrière, bien que plusieurs de ses parties soient déguisées sous des orueiuens d'une date tout à fait récente.
Les colonnes du pourtour de ce cbœur sont courtes, épaisses et surmontées de tailloirs bas et simples. Les entre-colonnemens sont à pleins-cintres. Au-dessus on a sculpté des palmes et des vases dans le style du 17" et même du W siècle. Les voûtes de la galerie circulaire sont également à plein-dntre. Elles sont supportées par des nervures simples , peu nombreuses , qui se terminent k de petites clefs sans oroemens. L'une d'elles offre pourtant ime inscription