‹ Histoire de la ville de ChaunyChapitre 4 sur 8 · G6 HISTOIRE · texte numérisé non relu

G6 HISTOIRE

en lettres goiliiques, que réioignement et le badigeon nous ont empêché de lire.

L'autel est magnifiqQe, Il est orné de colomies en marbce rouge, d'un seul morceau, et, par cela même, d'un grand prix. On remarque aussi dans l'église Saint - Martin de Cbauny» plusieurs bonnes copies de grands nuiilres, et un tableau représentant la Madeleine, qui nous a para toe nn original espagnol.

Nous avons vu comme quoi la terre de Chauny, après avoir été plusieurs ibis distraite du domaine royal , y était une dernière fois rentrée en 1498. On avait pu croire , enQn, que la réunion serait définitive, car celui-là qui l'opérait en était propriétaire en quelque sorte à un double litre, d'abord comme apanagiste, sous le nom de duc d'Orléans » ensuite comme roi , sous le nom de Louis XII. 11 n'en fut rien pourtant , et moins de trente ans après , François son successeur, la donnaiL de nouveau à un membre de la famille royale, mais ii'apparienaul plus celte fois à la maison d'Orléans qui l'avait si longtemps possédée.

Ce nouvel apanagiste était Marie de Luicmbourg, veuve de François de Bourbon, comte de Vendôme, el and mère de Henri iV. Celle princesse , qui Taisait sou séjour à La Fore où elle donna le jour k une famille aussi nombreuse qu'illustre « était Tune des plus ricbcs propriétaires de ce temps; mais elle l'aisait le plus noble usage de son immense fortune. C'est k elle que l'on doit la fondation du couvent d'Annonciades et des filles du Calvaire de La Fère. Son inépuisable charité envers les malheureux ^ lui avait valu le beau surnom de mère des pauvres.

Telle est la personne k qui François l" donna la terre de Chauny , nous ne savons k quel litre. Il y ajouta les terres et seigneuries du Valois , Caslres , Montfort-rAmaury , Ri-

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bemoDl el anlres, et comme Marie «ie Luxcmbonrg possédait déjli le comté de Marie et de La Fére, ainsi qirnn

grand nombre d'autres bcaax domaines aux environs, on peut dire , ainsi que nous Tavons fait , que celle dame fut véritablement Ton des plus riches propriétaires fonciers de l'époque.

A sa mort arrivée en 1546, la terre de Chauny parait être rentrée de nouveau dans le domaine royal, mais il était de sa destinée de n'y pas rester longtemps, fin effet , elle ftit encore aliénée plusieurs fois par les sncoesseors de François !*% el ne cessa de l'être jusqu'au moment où éclata la révolution française. Ln première aliénation en fut faite par Charles IX, en 1572. Ce prince avait besoin d'argent ponr pousser le «ége de La Rocèelle, et e*est dans ce but qu'il donna à litre d'engagement , la terre de Chauny h Louis d'Ongnies, seigneur de Magny. Ce seigneur la paya SO,Û0O livres tournois; ce qui n'empêcha pas Henri IV de rompre cet engagement en 1 GOO , pour des motifs qui nous sont inconnus, et de donner la terre de Chauny h Louis Potier, duc de Cesvres. Cette aliénation fut renouvelée en 1621; mais^celte fois, Louise d'Ongnies, veuve du précédent propriétaire, jouit de celle lerre par indivis avec le duc de Gesvres. A la mort de cette dame arrivée en 1670, la seigneurie de Chauny passa à la duchesse de Pecqnigny qui la garda jusqu'en 1678. Louis XIV en aliéna alors la propriété mitfruitière au duc de rii;iiilne,en échange de quelques terres que ce seip^neur lui avait cédées pour former le parc de Versailles. Enfin, en 1699, ce prince abandonna par contrat d'échange, h Louis Guiscard, lieutenant général des armées, le domaine utile et la mouvance de Chnuny, lesquels en 1703 furent unis à la lerro de Mn^niv pour être érigés en marquisat, sous le nom de Guiscard,en faveur de ce même Louis^

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Guiscartl. Ce marquisat passa en 1708 dans la maison d'Aa*^ mont, |Nir le mariage de Catherine de Guiscard avec Louis*

Marie, duc d'Aumont.-

Les droits seigneuriaux qui se percevaient alors àCbauny, étaient encore k cette époque anssi productifs que variés dans leur nature. On voyait d*at>ord celui des foêurs du vin, 11 se prélevaiL sur la vente en deuil de ce liquide et était (le douze pots de Vm par an pour chaque priiL et autant de fois que le vin était çliao^* Ce droit rapportait 500 livres au marquis de Guiscard.

Venait ensaile le droit de cervois9 (bierre) et godaiUe(i), qui était de âO sous tournois par chaque brassin. Il rapportait SO livres au même seigneur.

Puis, on vovali le droit de doazain, rente de douze deuiers dûe par chaque habitant pour le rachat du four lianal ; celui de hauée on kavée, qui se percevait sur la vente des fruits et des légumes. Il était d'une obole parisis par bottée de ces légumes, et d'un denier parisis par charge. L'aciieteur le devait seulement quand il voulait revendre ces denrées.

Le droit de tomeîagt ou tanliett sur les marchandises mises en vente sur la voie publique, était distinct de celai iïetalage dù par tout individu ayant boutique ouverte sur la rue. Ce dernier était d'un denier parisis par chaque jour de la semaine ; de deux deniers les jours de marché.

I! y avait le droit de fourrière; celui de prises et ventes^ qui se levait sur le produit de la vente publique des nieubios; celui à'^ardage et langaayage de porcs , sur ht viande de

(1) Noos ne savons pas au joste ce qu'on désignait par le mot godaUle^ Noos pensons que c*élait une 'sorte de bîetre de qnaliié inférieure et à

bas priï. En basse latinité , r/od^/a signifie une niaiivaise Ijierre. Bans le Uugage populaire actuel , on dtsigne encore par le oxol çoJaille les boissons communes et de mauvais goût.

ees animaax ; le droit de péeK0, ceux de ehoite et de

dene. Ce dernier élail ciù par quiconque teudâil des ûlets aux canards sar la rivière.

Le droit de trwerê ou vwage se levaii sar tout le via eo fàt qoi traversait la ville. Le seigoeor de Cbaony le percevait également à Viry et a Failiouel ; mais les habitnns de Marest-Dampcoart et d'Abbécoort eo étaient exempts (1).

II perçât aussi longtemps le droit de rornssage m le lin. Hais au 48* siècle, ce dernier élail tombé en désuétude, sans doute parce que la culture du Un était elle-rocme à peu près almndoonée.

Le seigneur de Chauny exerçait le droit de braconnante on braconnerie en prenant tous les trois ans , dans la boutique de chaque cordonnier de la ville , deux paires de souliers à son eboix. 11 ne pouvait toutefois fairo cette prise 4|Q^aprè8 que le maître de la maisoo avait choisi pour luimême, dans sa propre boutique, la paire de souliers qui lui convenait le mieux. Ce droit était conversible en argent , moyennant 50 sous par paire de souliers.

EnOo, les seigneurs de Chauny percevaient un dernier droit aussi bizarre dans sa nature que grossier dans son nom. Malheur à la jeune mariée qui, le jour de ses noces, par nécessité ou par mégarde, passait et repassait la rivière d'Oise. Pour ce fiiit, elle devait cinq soos pariais à son iîeigueur, cl ce dernier pouvait lui faire fermer les portes de la ville au nez, si elle refusait de les acquitter. Ce droit, souvenir sans doute d'un autre plus ancien et plus immoral^ Ibt quelque temps érigé en fief.

<1) les habifSM de Cbmj. I leur tour , étaient eiempls da droit de Tioftge à Ham> à YeDdeoil , Flavy» A Fromentel» h Travccy et ft Pierremande.

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PeDdanl ces diiférens ehangemens, Chsuuij avail vu plasieurs évéoemens s'accomplir dans ses murs: Le premier

par ordre de date, fut un tremblement de terre qui se ûi sentir le 6 avril 1580^ entre cinq et six heures du soir. NoD- seulement Ghaunj, mais encore d^autres villes des environs, comme Laon, Goucy, etc., virent leurs monumens et leurs maisons ébranlés par ce phénomène , qui , d'ailleurs, ne parait avoir causé nulle part de grands dégâts* Toutefois» comme dans d'autres localités environnantes, il fut suivi h Chauny d'une maladie épidémique , dont la population cul aussi beaucou[) à souffrir.

On était alors en pleine ligue. On sait que cette associa^ tion formidable, dont le mobile apparent était la défense de la religion catholique , avait pour hut réel un changement de dynastie. Les Chaunois ne voulurent jamais s'écarter un instant de la ligne de fidélité qu'ils devaient k leur prince légitime* Mais la possession de cette ville tentait la convoitise des ligueurs, qui auraient bien voulu mettre tout ce riche pays sous leur sujétion , en s'étahlissant derrière ses remparts; ils résolurent donc de tenter un effort pour s'en emparer.

Dans les derniers jours de l'année 1591, la garnison de Soissons jointe k d'autres troupes, se porta rapidement sur Chauny, espérant l'emporter par une attaque brusquée. Heureusement, on avait eu vent de ce projet: d'Hunières s'était embusqué dans les environs, et les habitans étaient sur les remparts avec les troupes de la garnison. On laissa les ligueurs s'engager avec confiance sur la longue chaussée du faubourg de ce nom , et an moment où ils croyaient la ville prise, ils se virent assaillis d'une furieuse décharge de mousqueterje et d'arliilêrie,qui mit le désordre dans leurs rangs. Dans ve moment même d'Hunières les at-

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laquait en queue. La déroute de8 ligueur» fui compliie, et lis abftudoiioèraDl la place lainaDt sur !e temia beaucoup

de morts. Un grand nombre de prisonniers et 500 clicvaux restés dans les maios des royalistes « iureot le tropbée de leur Yictwe.

Celte attaque engagea les faabttaiis de Cbauny à augmenter les forlincalioiis de leur ville. Ils e.véculèrent ces travaux avec leurs seules ressources, et ils parvinrent à mettre leurs remparts dans uo état de défense des plus respectables. Henri I¥ voulut en 4596, récompenser la fidélité des Ciiaunois pour sa personne, en leur accordant pour un an le quart des droits établis sur les marcliandi^ qui débarquaient ou s'embarquaient sur leur port (I).

La générosité de ce prince ne s^arréta point à cette concession. Jusqu'alors, ce qu'on appelait le port de Chauny était simplement un endroit de la plage où Toii embarquait sur l'Oise les marchandises k la destination du dehors. Oo n'y voyait aucune des commodités ni des constructions qui constituent un port vériiahle. Henri IV permit, celle même année , d*ea construire un, et pour iaciliter l'exécution de ces travaux, il autorisa non-seulement une levée de 666 écus et deux tiers sur les habîtans , mais encore pendant six ans une imposition de cmq sous sur chaque minot de sel vendu aux greniers de Noyon, Coucy, Guise et Saint-Quentin. Grâce à ces ressources, on put donner au port de Chauny les aisances qui lui manquaient , et construire un canal de dérivation qui permit aux bateaux de remonter jusqu'à Chauny même, ce que le barrage établi au milieu de la ri-

( I) Il y ttvait au 16<> siècle à Gbauoy une fabrique de toiles de lin dont les fubricans portaieot le nom de nMtrquiiiùn ou mutquiniert. Us formaient une couimuneaté dont les statuts fiireni dressés en 1595.

72 niSTOIRE

vière pour Pnsage ides moulins» atait jusqu'alors empêché* C'est ici le lieu de nous occuper d*iiii personnage pro-

blëtnntique qu'on dit avoir vécu a Chauny vers la fin dtf iG* siècle, mais dont FexisleDce a donirt Heu h bien des controverses* Nous voulons parler du célèbre vacher nommé

La tradiiion , qui aime li entourer de fables la vie des hommes Ulustresy dit de ce vacher, le plus lamcux de l'histoire sans doute , qu'il était doué d'une taille énorme et d'une force herculéenne, qu'il vécut près de cent €t vingt «if» qu'après sa mort il fut enterré dans la prairie de Senicourt en un endroit dit le Sainl-Camp (saint champ), et que les bètes ë cornes « par respect pour la mémoire d'un aussi ilhistre gardien qui les mena paître pendant soiiante et dix ans, relusaieiit de broutt r Therbe de son tombeau.

La fortune du vacher loiii-'le' Monde fut dùe au hasard t absolument comme celle de beaucoup de grands hommes* Benri IV aimait les habitans à cause des marques éclatantes de lidélilé h sa personne qu'il lui avaient données. Pendant le siège de La Fère en lo94, il se rendait de temps eu temps h Chauny pour visiter ses bons amis les Chaunois. lesquels ne manquaient jamais de venir au devant de lai aiinde le recevoir et de le complimenter (1). Il arriva qu*an

(1) Une feaune de Ghanny se pféaenla aa Jour devant oe prince qui toit, coouDe on sait, accessible à tout le numde. Elle portait dsos ses bras son eo&ot alleiat des écrouelles, et le supplia les larmes ans ]feiis, de vouloir bien le toncber de ses mains royales. Henri IV s'en défendit , donnant pour excuse à un refiis qui Id était pénible , sa qualité de pro« testant, car il n*était point encore entré dans le giron de Péglise catholique. € Vous êtes le roi de France , » lui répondit cette pauvre mère. Le roi ému de la douleur et de la foi de cetle femme, tou<lia alors l'enfant en tui disant : t Que Dieu te guérisse par la foi de U mère t > Dom

ht CHAUMY. 73

)oor les habitans prévenus de son spprocbe « se portèrent k

sa rencontre li'un côlc, tandis que iui-iiième s'achcniiiuut vers leur ville par un autre. Ce lion prince fut surpris de ne voir personne contre i'naage ordinaire , et aperecYant prés dn grand chemin nn vacher gardant son troupeao , il envoya vers lui poui s'informer si quel(|ue funeste événemeat n'élait point survenu à Chauny et n'avait empêché les babitansde venir à sa rencontre* Ce vacher, c'était Toat-le* Mande; il s'approcha, et sans être intimidé par le rang du roi, il lui adressa la parole en ces termes : Sire, lui dil-il, celle ville de CluuUny est bUn voëtre mequewie (servante)* Voilà mes bestes à eomet 91» je 900$ amène ; le» emplimenieax sont aa-delà de Viaa,

Celle harangue courte , mais bonne , fil la fortune de lottt-le^Monde. Le roi en rit beaucoup avec sa suite « et comme il aimait a se créer des distractions au milîea des graves préoccupations de sa vie, il voulut s^attacher le vacher orateur , dans la jiènsée (|u'il pourrait (|uel(juefois se divertir (le la naïveté de ses réponses et de son ignorance amusante. On lut donna un cheval , car un vacher d'importance ne pouvait décemment garder h pîed son troupeau ; k la place de sa irompelle de corne , on lui mit en main un cornet d'argent, et il suivit la cour dans toutes ses pérégrinations, amusant le roi par ses réparties ingénues, quelquefois assaisonnées d'un esprit et même d'une malicieuse finesse qu'on était loiu d'attendre d'un homme sans éducation, ha-

Lalibé qui rapporte cette histoire touchante, assure que la guérison eu lieq.

On a longtemps conservé & lliStel de ville de Chauny la coupe en cnsUil dana loquello Henri IV bavait lorsqu'il prenait quelque repas dans cette ville* Cutte coupe est aojoard^hui entre les mains d'an particalier.

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bîtné k vivre au milieu d'un troupeau, et non en compagnie ûe seigneurs élégans.

Après sa mort, on l'enterra comme nous l'avons dit, dans la prairie de Senicourt, et répitaphe suivante fut mise sur son tombeau :

Idii , chous chete lorde tombe GisI H vaquer dit Tout-le- Monde, De Chalny, chité de grant prix Entre maint chités du pays.

K'il pasche de Keron la ban^e Autant bien k'îl wardit nos vaques !

Chil trespasBB d'ans client dix-ntief Si gras de vertus conin bnef.

Boviers, vaquers, kevab et asnes Bien wardés d'interrompre s'ame (1).

Le ton de plaisanterie qui règne dans celte inscription , d'ailleurs écrite en patois picard et daus l'orthographe de l'époqae, ne suffirait pas pour rejeter absolument la tradîtioQ da vacher de Chauny* On sait qnè ces sortes d'épita^ phes guoguenardes étaient assez dans le goût du temps; et si l'on ne peut rien dire de positif sur ce personnage « il est

(t) Traduction de Tépitaphe de Tout-le-'Uonde :

Ici , sous cette lourde tombe Gît le vacher dit Toul-le- Monde, De Chaony, cité de grand prix Entre maintes cités du pays.

Qtt*il passe de Caron la barque Aussi bien qu'il garda nos vaches!

It passa d*an9 cent d»*neuf Aussi gras de vertus qu'un bœuf.

Bouviers, vachers, chevaux et âne»

Gardez-vous de troubler son àmc.

«u moins passible d'affirmer qa'il eiîstait an 16* siècle daos eelte ville • nne iamille Dommëe rattC-le-lfojide# dont les

membres exercèrent de père en fils la profession de vacher.

Le commencement du 17* siècie esl l^époque de la création k Chauny d'nne compagnie d'arquebusiers* Ils furent établis sur le modèle de ceux qui existaient déjà dans beaucoup d'autres villes. Selon la coutume encore , les membres de ia nouvelle association durent choisir un emblème qui servit à les distinguer. La cérémonie des jongleurs était alors dans toute sa force; on pensa naturellement k adopter la figure d'un singe, et cet animil lui représenté sur la baooière de la compagnie. De là vint ce dicton autrefois si répandu : les singes de Cluamy, sobriquet auquel on n'attacbalt d'ailleurs aucune idée blessante pour le caractère des Chaunois. Aussi ne s'en formalisaient-ils pas , car c'était Tusage de donner un sobriquet à chaque ville , et celui de singes n'avait rien de plus bumiliant que les sobriquets de haps et de be^eeiaB donnés aux babttans de Laon et de

Soissons (4).

Quand la compagnie sortait dans les rues , elle se faisait précéder par un bomme babillé en vacher, lequel s'avançait en contrefaisant les gambades et les tours du singe. Gela jétait encore conforme à l'usage général , car chaque corn-

(1) Des ^crîTains ont cherché aflteiirs forigine da sobriquet de singes de Chauny. Cette ville, disent-ils, ayant auuefois désiré peupler de cygnet les vastes pièces d'eau donl elle était alors entourée, demandèrent de ces animaux à Paris. Mais, dans la requête , le nom de l'objet demandé subit par m^îgarde une métamorphose : on écrivit cynges pour cygnet, en transposant les deux lettres g et n. Personne ne s'aperçut de la méprise , car jadis on écrivait qiielqaefois le mot singe par un c. On envoya donc des sinises. Nous laissons à penser les quolibets qui accueillirent cet étranp^ <|a1proqao, A*oi3i vint, selon ces écriTuns» le sohriqjiet de singes Ut-

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pagnie d'arquebusiers marchait précédée d^un homme ou

d'un animal dont elle tenait son sobriquet. C'est ainsi qu'à la tcle de la compagnie de Soissons s'avançait le beyeux, c'est-h-dire , un homme qui contrefaisait la démarche d'un insensé semant du sable sur son chemin. Celui de Chamiy était surnommé Tmt-îi-Monâe, en sonvoiir da vacher dont nous avons parlé plus haut.

Le jardin où les arquebusiers de Chauny se livraient à leurs exercices, s'étendait derrière le couVent des religieuses de Sainte-Croix. Il était planté avec goût et servait de promenade aux habilans. Cette compagnie fut supprimée eu 1755, en même temps que toutes celles des autres villes de la généralité de Soissons.

Chauny. Cette histoire est sans tioute ingénieuse» mais elle n'est évidemment pas vraie.

On (ronve CDeore ce sobriquet de singes consigné dans ces aocieitt vevs latins :

Calnia, dulc^ '^olum, cui aepfem commoda xu'lœ . Pomœ, nemus. segetes, linum, pecus, herba. racçïMU. €uju$ et indignii iimii «uni propria teplem : Frmu, amoT, pu, joem, levUm, imiUUio, rictus.

Le poëte donne dans ces vers Vénumératîon exacte dcf^ richesses de ta campagne de Chauny, jadis surnommée la Vallée d'or. Les pommes, les bois, les moistons, le Un, les prairies, le raisih s'y ▼oyaient autrefois réunis» et on les y Toit encore, è Teieeption de la vi(^ne (*). Mais il s'abandonne è son humeur satirique quand il attribue aux Ghaunois tous les défauts du singe.* On leur a au contraire en tout temps reconnu une gaieté francfae et joyeuse , qui n'exclut jamais clies eux le goût du travail et la droituredans les transactions commerciales.

{'l U çolture do la ngn« fat •bnéonnéc k Clutiay ) It ia im 1T* iticl*. tn kivcn lifowrai, 4fi I6t4 et <694, f Srent périr U prm«|a» tot«]itii ie» vi|»e«»eB furent 1» frinfiipth cnM. 0* 1m rvn|ilê(t pu in plwtttioM 4c pvnniicn.

D£ CUAU*>Y. 77

Avant la compagnie d'arquebusiers, il existait déjà k Chauoj une autre institution militaire, celle des arbalétrieiBy qoi avait eUe-méme succédé à une troisième, plus ancienoe encore , à la compagnie des archers. On ne sali

absolument rien siii" cettL' dernière, dont rélablisbomcnL remontait sans doute à l'époque de la création , dans d'autres villes , d'institations semblables. Quant aux arbalétriers» ila -existaient k Cbauny dès le milieu du 14' siècle , et on sait que Philippe- d'Orléans leur accorda en 1570, un jardin continu au couvent des religieuses de Sainte-Croix. Ce jardin fui abandonné ià ces religieuses en IGuO, sans doute à cause que la compagnie des arbalétriers s'était dissoute k Cbauny devant celle des arquebusiers , comme il arriva paiiout ailleurs.

lUSTOIRR

GIIAPITAË IV,

Eiablîssement h Channy de« Minimes et «tes FîlliM d« la Croix. Eindémies.

Siège de celle ville par les Espagnols ; touragetise défense des habitans. Foires. Hôpital des Orphelins. Prospérité de Chauny. Son commerce. Ses manufactures. Goche d'eau. Le port. Projets de canaUsalioa de rOise. £ssais d'un sieur de Ruslicis. Entreprise d'Henri de Lorraine. Construction ducaïuil Crozat. Destruction des fortifications de Chauny. Etablissement en cette ville de Tentrapôt des glaces de la fthriqpie d» Saint-Gobaiiit Histoire de celle manufiictiire et de Hadustrie des gfaces eit Fntpce.

Les premières années du 17* siècle flarent aossi le tempa

où les Minimes s'élahlireni en celte ville. Claude , seigneur de Monligny, en lut le londaleur. 11 leur légua en 161G la terre de Montigny, ce qui leor permit de songer à venir s^installer à Chauny. Mais à leur tour, ils éprouvèrent do la résistance de la part du prieur, et ils n'en obtinrent de pouvoir se fixer en celle ville qu'en se soumettant aux con^ «iiiioDs précédemment imposées aux religieux de la Croix» Ces difficultés aplanies, trois d'entre eux se rendirent à Chauny en 1618. D'aulres embarras les y ailendaieiu. La \iUe moûlra peu d'empressement à les recevoir comme ils

DE ClUUIIY« 79

D^avaient pas d'asile , ils sollicilèrenl les habilaiis de leur fooroir uoe habilalion. On jeta les yeux sur une petite maison nommée VÀhbayeiU» refuge des religieux de Saini- Eloi-FoDtaîne , et on la loua à ces derniers moyennant un surcens annuel de 18 livres, dont le préh'^vement se fit sur le bien des pauvres* Les Minimes y lurent iustallés solennellement dans le courant de cette même année IG18, Mais ces religieux la trouvèrent bientôt insuffisante, et ils de-

mandèrent avec de nouvelles instances à la ville un logement pins convenable dont la propriété leur fut abandonnée. Les habilans flrent la sourde oreille. Après de longs pourparlers, voyant qu'on ne se pressait pas d'accéder h leur demande, ils s'apprêtaient à repartir, quand un chanoine de rsoyoïi leur résigna la maison du prieuré de Viile-Selve dont il était propriétaire, et qu^avait autrefois possédé Théodore de Bèze. Les Minimes s'y logèrent, et leur petit établissement s étant peu à peu augmenté, ils se trouvèrent en 1772 au nombre de six religieux^ avec un revenu de 5,000 livres.

La fondation à Chauny d'un couvent de Minimes, fut suivie quarante ans après de rétablissement d'une autre petite communauté beaucoup plus utile. Nous voulons parler des filles de la Croix , religieuses vouées à l'éducation des enfims pauvres.

Les filles de la Croix avaient été instituées dans la ville de Roye, en 1650. Leur but était d'élever les illles pauvres dans la crainte de Dieu et la science du salut, de leur apprendre gratuitement à lire , écrire et coudre* Ce Ait François Mahieu , curé de Saint-Martin qui , ayant apprécie par lui-même les services que ces iilles rendaient à Roye, eut l'idée de les intioduire k Chauny. Il en vint trois sur sa demande , et aOn do faciliter leurs commencemens , il leur abaïuiunua quelques-uns de ses biens.

UISTOiRÊ

Les habiians de Chauny acetteiliirent d'aillenrs leur ar««

rivçe avec faveur, car l'école des Cordelières , la seule qui fut cousacrée à l'iustruclion des iilles pauvres de la ville , était devenue insuffisante. L'utilité de cette nouvelle institution la fit donc prospérer avec rapidité : aussi devint-elle bientôt la maison-mère d'une communauté qui eut des colonies dans un grand nombre de villes et de villages envi-^ ronnans. Au mopaent de la révolution » on voyait des filles de la Croix k Saint-Quentin , li Ribemont et autres lieux ; celles de Chauny étaient alors au nombre île seize.

Dans rintervalle de ces envers élablissemens, deux ilcaux avaient encore aûiigé Chauny. Le premier fut la peste qui , en 4636, des environs de cette ville» et notamment de Saint-Qucuuii où elle sévit pendant deux années consécntives , se répandit dans Chauny et y exerça également de grands ravages. Le second fléau fut la guerre étrangère.

Depuis plusieurs années, la France était en effet en guerre avec l'Espagne. Les pays frontières du royaiiiiie avaieni été plusieurs fois dévastés par les armées bcliigérantes ; mais juisqu'en 1652 , Chauny eut le bonheur de rester en dehors du théâtre des hostilités. Cette année , de nouveaux troubles avant éclaté a l'occasion du cardinal de iMazarin , les Espagnols , appelés d'ailleurs par les mécoutens , saisirent roccasion de s'avancer au cœur du royaume. Ils pillèrent ou incendièrent en passant Thenailles, Ribemont, Assis et Crécy-sur-Serre, et se présentèrent devant Chauny au mois de juillet. Les habitaos furent aussitôt sommés de livrer le passage de TOise par leur ville. Sur leur refus , les Espa* gnols se disposèrent h une attaque en règle, que les habitans de leur côté s'apprêtèrent à repousser vigoureusement.

Le faubourg du Brouage fut d'abord emporté , et deux régimens ennemis pénétrèrent dans le Pissot. Mais lesChau*

m CHAUNT. 8i

nois firent une sortie, attaquèrent les Espagnols avant qu'ils aient eu le temps de s'y retrancher, et les mirent eo fuite après leur avoir iliit bon nombre de prisonniers.

L'ennemi voyant les bsbitans de Chauny disposés b loi opposer une résistance énergique, fit approrlier de nouvelles forces le seeood jour, et il investit la place au nombre de i 8,000 bommes. Un fort détacbement passa ensuite la rivière en bateau, et pénétra de nouveau dans le fiiobonrg du Bronage ; mais les Chaunois le reçurent encore avec vif,nieur et le repoussèrent ime seconde «fois, non sans en avoir fait un grand carnage.

Le troisième jour, le foubourg de la Cbaussée devint le but des efforts des Espagnols. Attaqué vivement par enx, il ne fut pas moins vivement défendu par les iiabitans , qo| leur firent éprouver une perte de deux cenis bommes. Pendant ces diiérentes actions , on vit un curé de la ville , le sieur Sagnier, pointer le canon des remparts, et la compagnie d'arquebusiers se porter bravement aux endroits les plus exposés.

Mais le 46 juillet, qui était le quatrième jour de ce siège,

les Chaunois eurent la doulenr de voir qu'une pins longue résistance était devenue impossible. Les provisions de bouche commençaient à manquer ; les munitions de guerre étaient presque épuisées ; une large brêcbe ouvrait le principal bastion» celui qui couvrait leur ville, et ils n'avaient aucun espoir d'être secourus prochainement. 11 lallut donc songer k se rendre. La petite garnison sortit avec les honneurs de la guerre , et les habitans obtinrent d'être compris dans la capitulation.

A peine entrés dans la ville, les Espagnols les désarmèrent. Tous leurs chevaux et leurs bestiaux leur furent

égaicmcut enlevés , et Ton vit plusieurs des maisons avoisi-

fl

sinaDt les remparts-, être livrées au pillage (1). An boot de

deux jours, I rnncnn se retira, laissant la ville k la garde de cmquanle cavaliers Vallons sous le commandement du marquis de la Bouliaye, partisan da dac d'Orléans. Les CbauDois en informèrent aossitôt le marquis de La Ferlé , qui se liàu d'accourir à la iTte des troupes du roi. Les Vallons ne 1 atiendireni pas, et se retirèrent précipitamment à la première nouvelle de son approche.

Ce siège avait mis en relief un beau caractère. M. Lecouvreur, avocat, seigneur de Saint-Pierre, était maire de Chauûy au moment où les Espagnols se présentèrent devant les murs de cette ville. Après avoir contribué par son cou* rage et son énergie k la défense de la place , il donna sa démission aussitôt qu'il la vit tombée en leur pouvoir, ne voulant pas prêter serment de fidélité à un prince étranger. Cette belle conduite lui valut des lettres d'ennoblissement»

La courageuse défense des babitans méritait aussi sa récompeuse. Louis XIV crut la donner en accordant h Chauny une nouvelle loire qui devait se tenir le jour de ia Saint- André. Deux siècles plus tôt, cette eoncessîon eût été une source de prospérités pour cette ville; mais, alors, les foires avaient perdu une grande partie de leur ancienne importance. Aussi celle-ci ne fut-elle jamais beaucoup fréquentée*

Il n'en éuit pas de même d'une autre foire annuelle doot Cbauny jouissait de temps immémorial , et qui se tenait en cette ville le jour de la décollation de saint Jean. L'époque de l'établissement de cette foire n'est pas bien connue j^â);

(I) On prétend qu'il y eut 469 maisons de délmiles à Qmajf pendant le sîése. Avant de ae retirer, les Espaanola voidnrent aussi enlever U grosse doehe de Saint-Uarlin. Oa la leiiir racheta moyennant la somme ae 240 livres.

(i) Le porc Labbé dit qu'elle fut établie en \20ï par Pliilîpjte-Aogusie.

on sait seulement que , dans Porigioe , elle durait un seul jiHir. Phiiippé-le-Bel, en 130é« aeeorda aux Channoîs qu'elle eût désormais une durée de deux jours. Elle fut plus tard

reportée au 29 d'août , jour de la fêle de saint Monibl*^ , ( t s'y tient encore aujourd'hui. Chauny jouissait également d'on marché franc le premier de chaque mois^ depuis au dernier mardi du mois (!)•

Le sîége de 1052 fut le dernier que Cliauny eut à supporter. Les conquêtes de Louis XIV, en reculant les IVoutières de la France , reportèrent en même temps plus loin da centre do royaume le théfttre des hostMilés* Aossi, le règoe de ce prince et celui de son successeur furent-ils pour notre pays une époque d'accroissement et de prospérité dont Chauny eut sa bonne part.

Celle ville en profila pour établir, en 1712 , dans la rue de Prémontré et sur remplacement d'une maison nommée la Ploierii qu'elle acheta, un hôpital destiné aux enfans orphelins qui , jusqu'alors , avaient été abandonnés anx soins

(1) Chauoy a?ait avant la révolution ses mesures particulières. C'était pour le blé le setier composé de deui mancauds; le mancaud, de deux quarterons ; le quarteron, de quatre boisseaux : le boisseau, de quatre lots ; le lot, de qoaire pichets. Le aelier d'afotoe et autrss graias était composé de deax mancands^ quatre quarterons et douse boitseaiu. Le setier de froment pesait 68 livres, celui de méteil, 64 ; de seigle, 5$ ; d*orge, 56 ; d*afoine, SU liTiw. Trois setter* et demi de Ué ou seigle, trois setiers d'orge ou six setiers d^avoine, composaient le seiier de Pans.

Le muidi de vin et autres liquides, comportait cent pots (220 pintes de Paris).

Le setier Je lerre et pré était de o2 verges, la verge de 24 pieds , le pied de 10 pouces lo pouce de 12 lignes.

Le muids de terre ccmlenait dix selier?, le selier seize boisseaux, le boisseau vois verges et un quart. Deux setiers de pré compasaieot une taux.

de la charité publique. Cet établissement devait renfermer vingt-quairc orphelins sous la conduite de deux sœurs de charité. Il était administré par le maire et les jurés « les deux curés de la ville, les officiers royaux et quatre notables

bourgeois.

Bientôt après, Cbauny s'imposa de nouveaux sacrifiées pour Tenir an secours des malheureux. On afieela des revenus en blé et en argent aux besoins des enfans pauvres placés en apprentissage , en faveur des vieillards et des nécessiteux. On établit en outre une charité pour les pauvres malades qui, faute de lits, ne pouvaient être reçus h l'hôtel* Dieu.

Cette époque fut celle d'une grande prospérité pour cette ville. On y voyait alors un commerce assez important d'ar-> tîchauts, légumes qui s'exportaient par bateaux jusqu'il

Pans. On y complaiî, eu outre, deux blanchisseries de toile occupant cent ouvriers, une manufacture de fayence et deux fabriques de savon, établies h un quart de lieue de ses remparts.

Une comnaunication régulière par eau était en activité avec Paris. Une fois par semaine , le coclie embarquait sur le port de Chauny les voyageurs peu nombreux encore que les affaires ou les plaisirs attiraient dans la capitale ou dans les villes inlermédiaires. Mais le coche ne marchait que dans la belle saison, depuis Pâques jusqu'à la Toussaint; rhiver»chacun se renfermait chez soi, et n'en bougeait plus.

C'est aussi le temps où le port de Chauny atteignit son plus haut degré d'activité. On y construisait alors des bateaux de toute grandeur pour le transport des marchandises, industrie que favorisait beaucoup le voisinage des forêts de Coucy, de Saint-Gobain , de Bouvresse et autres. Mais le commerce d'entrepôt, après avoir enrichi un grand nombre

DË Cil AIN Y. 85

de Chaonois, étaii tombé, depuis le comineocement da 18* siècle, dans les mains d*élrangers qu'avaient attirés ses

profils faciles et cousidérables. Il ne tarda pas d'ailleurs à décroître avec une rapidité telle, qu'en 17ao, il se trouvait rédoit h rembarqvjemeDt des avoines et des fooriages pour Paris.

La cause de celle décadence fut dans les travaux entrepris» durant ce même siècle, pour canaliser la rivière d'Oise et la rendre navigable au-dessus de Cbauny.

Dès l'année 1617, un de ces aventuriers italiens, comme 00 en vopit alors beaucoup en France, comprennoi lo parti k tirer de raméiioralion et du proloof^emeot de la navigation de l'Oise , songea à s'en approprier tons les bénéfices en demandant an roi la permission de canaliser cette rivière. Oel étranger, qui se laisait appeler César Arnaud de Rusticis, et se disait comte palatin du Saint-Empire , demanda dans cette vue une audience an jeune Louis XUL 11 lui eiposa les avantages que présenterait au commerce la navigation de 1 Oise prolongée aunlessus de Chauny par delà le conûuent du Noirieu ; il insista particulièrement sur les ressources que cette navigation créerait b la ville de Paris , puisque par son moyen , on pourrait y transporter les bois de la Thiéracbe et faire ainsi baisser le prix de ce combustible, alors fort élevé dans la capitale. Il offrit donc de rendre POise navigable non-seulement jusqu'à Guise , situé Il douze lieues au-dessus de Chauny, mais même à trois lieues plus loin, jusqu'au village d'ËrIoy. En récompense de cette grande entreprise, et pour se couvrir des frais considérables que devait nécessiter son exécution, Rustîcis n'affichait pas en apparence des prétentions déraisonnables : il demandait seulement de pouvoir lever quelques petits droits et péages sur toutes les marchandises qui seraieni

8G msTaiiiB

voiturées par la riyière d^Oise soit en monlaiit, soit en de»*

Cendant au-dessus de Chauny.

Sa demande lai fut accordée et un arrêt du eonseil l'admit à rentreprise de l'ouvrage, moyennant le prélèvement, pendant quarante années, d'un droit sur les bateaux qui parcoorraient le nouveau canal.

Les premiers travaux exécutés par Rusticis dévoilèrent ses desseins aax yenx des moins elairvoyans* On vit bientôt que , sous rapparcuce de l'intérl^t public, il était animé du seul désir de s'emparer de la navigation de TOise. £o effet» au lieu de chercber à la rendre navigable an-dessus de Chauny, comme il s'y était engagé , il fit exécuter des travaux de canalisation au-dessous de cette ville, travaux inutiles à la navigation , puisqu'elle était en activité sur ce point depuis des siècles , mais nécessaires pour ini fournir le prétexte d'établir à peu de frais des droits sur la seule partie du parcours de celle rivière où leur perceplion paraissait devoir être d'un grand produit.

Rien , d'ailleurs « ne fut ménagé par Rusticis pour l'aecomplîssement de ses projets. H fit passer son canal an milieu de Chauny, le séparant de son faubourg de la Chaussée et des moulins si nécessaires h l'approvisionnement de la ville; il inonda les prés des Navoirs dont les récoltes formaient le principal revenu de cette ville (i); il trancha sans façon dans les propriétés riveraines, et en usurpa des parcelles sans indemnité préalable; il élargit l'arche du pont de Sampigny qu'on avait toujours eu soin de tenir étroite» afin de conserver en tout temps la hauteur d'eau nécessaire k la navigation. Ce changement frappa celle-ci d'un coup

(i) Le pré des Nmoin avait été donné à Chauny an 1S« «ècle par PIttlippe-le-Hai'di.

DE CIIAUNY. 87

mortel ; car la rivière qui , josqu'alors , avait porté des ba* teanz de six cents tonneaux « se trouva hors d'état d'en

porter au-delà de trois cenls tonneaux, el même encore au-dessous. Tous ces travaux , qui n'avaient coûté au sieur de Rusticis qu'une somme de 300 livres à peine , lui fournirent le prétexte de percevoir des droits sur la navigation , et il en usa largement. Les voitures, les denrées, les bois , les c'iiarbons , le blé , les Tins , les merrains el autres marchandises, furent frappés de droits si exorbitans que, dès la première année, Rusticis trouva le secret de se créer par leur moyen 10,000 livres de rente.

Maïs , bientôt , les marchands de Ghauny, de No^oa et de Compiègne, dont les intérêts se trouvaient compromis par les exactions de Rusticis; tes seigneurs riverains de l'Oise, qui voyaient leurs revenus amoindris par les travaux de ce spéculateur, présentèrent une requête au roi pour demander qu'il lui fût fait défense de poursuivre son entreprise, comme de percevoir davantage des droits sur les marchandises et la navigation de cette partie dn cours de rOise ; ce qui leur fut accordé.

Dès-lors, un procès se trouva engagé entre les habitans de Gbaany et le sieur de Rusticis. On y épuisa de part et d'autres toutes les ruses de la chicane, et après des chances diverses, les habitans obtinrent enfm gain de cause conipiet. Un arrêt du conseil, en date de 1626, ût défense au sieur Rusticis de continuer ses travaux , et , en même temps , de lever des droits ^jour ceux précédemment exccuics par lui. De leur côté , les Chaunois s'engagèrent envers le roi à faire rechercher par m ingénieur habile, les moyens de prolonger la navigation de l'Oise au-dessus de leur ville, . afin de faciliter l'arrivage k Paris des bois de la Thiérache, but principal de rétablissement de cette navigation.

M nistoiRB

LVngagemenl pris par les babitans de Chauoy, de rechercber les moyens de perfectioooer la navigatioa de l'Oise au-delà de leur ville » ne pouvait être sérieux. Ils avaieot au contraire tout intérêt à ce que les choses rcsiasscnt dans leur état primitif, le prolongement de la navi^ration devant avoir pour résultat infaillible d'annihiler leur port et de supprimer leur commerce d^entrepdt, deux choses auxquelles leur ville devait sa prospérité. Mais c'est en vain qu'ils laissèrent tomber leur promesse dans l'oubli : Tealreprise de Rusticîs avait éveillé Tattention publique sur les avantages de la canalisation de l'Oise , et il ne devait pas tarder à se présenter un spéculaicLir pour rcnUepreiidre ôérieuseinenl.

Ce spéculateur fut un grand seigneur du pays. Henri de Lorraine » due de Guise , dernier rejeton d'une famille qui joua un si grand rôle dans les afiâires publiques du 16* siècle, possédait dans ces contrées de vastes domiiiiies territoriaux. L'ardente activité des premieis ducs de Guise se retrouvait en lui ; mais écarté de la carrière politique par l'ombrageuse déflance de Richelieu , Henri de Lorraine consuma sa vie en duels , en profusions insensées , en amours romanesques , en entreprises hasardeuses.

Vers 1660, il entendit parler des avantages que présenterait au commerce et à l'agriculture, la navigation de l'Oise prolongée au-dessus de ta ville de Chauny. Il comprit surtout ce que celte navigation aurait d'avantageux k la prospérité de ses vastes domaines, traversés en majeure partie •par ce cours d*eau , et il résolut d'exécuter une entreprise que personne n'avait la force ni le courage d'entreprendre. £n 1662, il sollicita de Louis XIV le fonds de cette rivière, depuis sa source jusqu'à Sampigny, avec le droit de Ja rendre flottable et navigable à ses frais. Le gouvernement lui accorda volontiers sa demande , et le duc de Guise se unt

U CIU1HIY. 88

ausMlùl ii l'œuvre. Il le lii avec une telle activité, que, dès l'anoée suivante , la parlie du cours de FOise comprise eulre Cliatmy el La Fère, put être livrée à ia oavigalioii.

MalbenreoMineot » la mon vint , en 1664 , frapper prématurément Henri de Lorraine, et arrêter l'accomplissement de ses projets. Mais l'impulsion était donoée , et Tévideuce des avantages de celte navigation éuit devenue si frappante, qn'il devait bien vite trouver des îmitateors. Bientôt même les plans aboi)(lèreni; l'on ne se bornn plus au simple projet de canaliser la rivière d'Oise : on iorma uo plan colossal « gigantesque pour l'époqne , ceini d'établir nn vaste rëseaa de navigation qui mit en communication directe Paris et l'iiitérieur du royaume avec les iodustricuses provinces des Pays-Bas, el avec les ports de la Mancbe. C'est ce qui donna lieu k l'ouverture du canal Gnoat et k celui de Saint-Qnen-* tin, comme aussi à la canalisation de la Somme depuis cette ville jusqu'ils mer. Le canal ( jo/at, qui niel roisc en com* munication avec la Somme et Saint-Quenlin, fut commencé " en i727 et terminé en 1734. Mous ne pourrions, sans nous écarter de notre sujet, faire ici Tbistoire de ces grands travaux de canalisation , auxquels ces contrées el parliculièrement la ville de Saint- Quentin, doivent en majeure partie les développemens de leur merveilleuse industrie ; elle fera le sujet d*un travail spécial que nous livrerons incessamment au public.

Les conquêtes de Louis XIV ayant , comme nous Pavons dit précédemment , reculé les frontières de la France , les fbrUlications de plusieurs places de nos pays forent jugées inutiles à la (létense générale tlu royaume , et on cessa de les entreieuir. Bieniûi , ou s'aperçut ausst qu elles n'étaient pas moins nuisibles à la prospérité de ces mêmes villes , en arrêtant l'essor de rinduslrie, et en empêcbant la population

iM) HISTOIRE

lie preiidic les développeuieiis réclamés par ses accroissemen$ rapides. Dès-lors « oa résolut de les abaure , ei plusieurs ^lles, aa nombre desquelles se ironva Cbauny, foreot autorisées à les démolir el li en vendre les malériaux. Dès 1714, celle dernière cité obtint une aulorisalion de ce genre, dont elle proûta pour faire abattre la demi-lune du pont royal jugée moins nécessaire k la défense de la place que les autres parties des remparfs. Mais ce fut nenlemenl en 17GC que la (lémolilion de ces dernières fut commencée sur une grande ccheilc. Oo vit alors tomber successivement lès anciennes portes de Cliauny, les bastions ei courtines qui les reliaient entre elles* lesquels firent place à des quartiers nouveaux , dont la construction a plus que doublé le périmètre de l'ancien Cbauny.

La destruction de ses fortitications, en permettant à cette ville de tirer tout le parti posnble de son heureuse situation sur mie livicre cl un canal navigables, favorisa merveilleusement , et en quelque sorte à point nommé , les développemens d'une Industrie nouvelle qui vint« au commenceraenldu i8* siècle « s'établir dans le fauboui^ de la Chaussée. Nous voulons parler de l'entrepôt et du polissage des glaces de la célèbre manutacture de Saint-Gobain , dont oo nous saura gré d'esi|uisser ici Torigine, les tâtonnemens, les progrès et la prospérité rapide*

Au commenceraeut du IG* siècle, l'art de fabriquer les glaces était encore inconnu en France. Celles en petit nombre qu'on y voyait alors, provenaient toutes de Venise: c'est dire assez qu'elles étaient un objet de Inie d'un prix élevé ei à la porlée des classes riches seulement. Nous trouvons pourtant , dans le nom de Colard le Miroirier, qui fut deux fois mayeur de Ghauny, en 1414 et 1416» l'indice d'une plus ancienne fabrication de glaces dans nos contrées. 6o-

DE ClIAUNY. 91

lard dot certainemem soa surDom le Mimmr à ce qy'il avait &briqaé de petites glaces dits nUroirê. Soa nom resta

longtemps populaire à Cliaunj, et jnsqu'h ces derniers temps, son crâne y fat coniervé avec respect . Bien que la rec<>n« nainaoce des habitans loi (ùi acqoise k cause des abon<» dantes aornônes foiles par lot aox pauvres de cette ville, nous ne pensons pas que sa charité cùl suffl pour élerniser sa mémoire. Il a fallu , ce nous semble , une cause plus puissante et plus éclatante pour attacher la popularité à son nom ; cette caose , nous la soupçonnons dans ce que laisse entendre le sobricjuet de Miroirier.

Quoi qu'il en soit , le secret de la fabrication des glaces à la manière de Venise se fut apporté en France que vers 1560, par on italien nommé Testo*Mutio , et , Tannée sntvante, une première fabrique de ces objets de luxe s'établit à Saiiit'Germain , près de Paris. Mais, faute sans doute d'ouvriers habiles» celte manufactore s'éteignit d'elle-même, sans avoir produit de résultats sérieux.

Un temps considérable se passa avant que l'on fît de nouveaux essais pour rétablir cette industrie. En 1634 , les sieurs Eostache Grandmont et Jean-Antoine Anthos- ménil obtinrent du roi Louis XIII, et pour dix ans, le privilège d'élever à Paris une manufacture de ce genre. Ce nouvel essai , et quelques autres qui lui succédèrent , n'eurent aucun succès.

Golberl , le grand ministre et le véritable créateur de l'induslrie française, til de nouveaux eiToris, en 1665, pour implanter en France la fabrication des glaces. Mais ses bonnes intentions furent sur le point de se trouver paralysées par une de ces faveurs de cour si communes k celle époque. Un sieur Dunoyer, bourgeois de Paris, avait demandé à Louis &IY le privilège d'établir une tn^"

92 IIISTOIUE

nufiicture de glaces. Sa demande était sérieuse , et il . possédait tous les élémens nécessaires b la rénsnte de son

entreprise, mais un valet de chambre du roi, nommé Rivière, sieur de Frény, crut trouver dans eeUe demande une occasion de gagner de l'argent , et il la saisit avec erapressemenl. Il sollicita donc ee privilège pour Ini-même, et

comme il approchait chaque jaui du maître , il n'eut pas de peine à i obtenir.

Rivière offrit ensuite de le vendre k Dunoyer, qui accepta. Ce privilège rautorisait à établir, pour vingt ans, dans Pon des faubourgs de Paris on partout où il le jugerait çonvenable, des ateliers pour la fabrication des glaces à la façon de Venise^ Dunoyer rechercha aussitôt des associés dont la fortune ou l'habileté pussent favoriser son entreprise : il les trouva dans les sieurs Ranchin, Pecot de Saint* Maurice et Poquelin. Comme ce dernier avait des relations suivies avec Venise , 0(1 il faisait un grand commerce de glaces et de points , il put Êicilement attirer de cette ville en France , des ouvriers au courant de ses procédés de fahricaiioii. Ou les logea an faubourg Saint-Antoine; mais on ne tarda pas à reconnaître les inconvéniens de cet emplace« ment , surtout à cause de l'éloignement et de la cherté du comhnstible. Gela entraîna le transport de la febrique naissante à Tour-la -Ville , situé au voisinage de h forêt de Brîx , près de Cherbourg.

Grâce à nne exemption d'impôts qui lui fut accordée pour une durée de trente années, et k la décharge des droits sur la «onde et l'émert , matières que l'on tirait alors

de l'Espagne et de la Grèce, Dunoyer vil son entreprise

atteindre un état de prospérité assez grand pour le porter à demander, en i<iS4> la continuation de son privilège. Sa

Dt CUAUNY. 03

demande lui lui accordée pour treoie aouvelle» oonéest mM celle ku sou le immd de Pierre de Bagneui.

Dniioyer, dan» la fiibrkatioû dei giacea» se eonienla toujours de suivre Taucienne méihode, celle du soufflage, sans y apporter aucun chaugement ni amélioralion. Ce fut ua oomiBé Abraliam Thétari qui, firappé des imperfections de ce procédé, eot le premier IMdëe de loi snUtituer

celui du coulage. C'était là un proj^^ès réel et considérable; car, par la première méthode, on ne pouvait obtenir des glaces plos grandes ijne soixante ponces, tandis que par celle de Thévart, il était permis d*espérer leoir donner des dimensions en quelque sorte illimitées ; c'est du moins ce qu'annonçait l'inventeur. L'essai de ses procéilés lut fait an koboiaTg Saint-Antoine à Paris, et couronné d'un succès complet. îl demanda aussitôt et obtint le privilège de fii* briquer des glaces selon sa méthode ; mais pour ne pas créer une concurrence ruineuse à Tanéienne fabrication « il fot dit que Thévart ne pourrait couler des glaces ait-de$ê<mf de soixante pouces , tandis qn^on interdit ï la manuÊicture de Tour-la-Viile , le droit d'en s^ouûler au-dessus de cette dimension.

Thévart ne fit pas la foute d'établir ses ateliers h Paris. Il comprît tout de suite la nécessité de les placer dans un

lieu où il trouverait sous la main le combustible nécessaire pour alimenter leur activité.

A peu de distance de Chauny s'étend la vaste forêt de Saint-Gohain , dont les bois servaient depuis longtemps an chsiuffage de la capitale. Au centre de cette forêt, il existait un petit village du même nom » habité par des bûcherons , et auprès duquel s'élevaient les ruines d'un château féodal dont les dépendances occupaient un asses vaste terrain. Ce château ^ aucieuue piropriété des sires de Coucj, par (\iu i{

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