CHAPITRE V
Révolution firaoçaîae. Changemei» civils et jndiGiaiKt à Clmuny. Celle Tîlle t9i déclarée chef-lieu d*uQ dUlrict. Les électeun s*y rassemblent
pour le choix du chef-lieu du dcparlement. Société p ipulaue. Club. Analyse »le ses séances. Emculc. Arrestalion d'un individu à CUauu)'. Vandaiistne révolulionnaire- Deslruciiou des litres féodaux , dps tableaux et objets d'art. Nouvelles arrestations. Les sœurs de i Hôtel- Dieu sont chassées de leur maisoa. Condamaaiîonde^ sœurs Barberoux» Sapplicc d'Hébert ; fête dans Chauny à cette occasion. Evènemens de TfaermUlor. Adresse à la Gonventton. Réactioo. La société popalaire demande rélargissemeot des déteniu. IL de Flavîgny, înTenleiir d'one machioe h battre le grain. Gonstitotîoû de Tan III. Suppression do district de Chauny.
Dans cet intervalle , la révolation française éclata. Il n'entre pas dans notre plan de raconter ici ses eommen* *
cemens, auxquels la ville de Chauuy ne prit aucune part. Nous dirons seulement que ses premiers actes furent la deslmction du bailliage « de la maîtrise, des communaatés religieuses, en tin mot, de toutes les institutions qnî avaient si longtemps fait la gloire de cette ville. D'autres inslitntions, il est vrai , les remplacèrent ; mais les Cbaunois eurent-ils lieu de s'applaudir de ces changemens , et y gagnèreot-ils
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quelque chose? C'est ce que la suite de ce récit mettra le lecteur a même de décider.
L'do des actes les plos importans de TAssemblée Datio* nale, fat. Gomme on le sait, rabolition des ancieiiDes divisions féodales du royaume , et leur remplacement par des circoDscripiions purement administratives. La France fut divisée en quatre-vingt-trois départemens, et celui de l'Aisne, dans lequel le territoire de Cliauny se trouva enclavé, sélendit des sources de TEscauL et de la Sambre jusque pardelà les rives de la Marne. Au lieu de cinq élections qui , aapafavanl« partageaient irrégulièrement cette grande surface, il fut créé six districts ou arrondimmens ayant chacun leur chef-lieu , et subdivisés îi leur tour en plusieurs cantons. Chauny fut déclaré sans conteslatiou, le chef-lieu d'un de ces districts.
La fixation dn cheMîea dn département éprouva de plus grandes difficultés. La rivalité qui existait depuis longiemps entre les villes de Soîssons et de Laon , se réveilla dans celte circonstance avec une force nouvelle. C'était en efiet pour Tune comme pour Tautre^ une question de vie ou de mort. La lutte fut si vive, que l'Assemblée nationale n'osant se prononcer, ahandonna aux électeurs le soin de décider entre ces prétentions rivales; et pour leur laisser une entière indépendance, un décret fixa leur réunion I Chauny, comme sur un terrain neutre.
Au mois de février 17dO, les électeurs au nombre de 4o0, se réunirent donc en cette ville* On remarquait parmi eux un jeune homme , presqu'un adolescent , \ la figure heureuse , don! le nom , tout-h-fait obscur en politique, maïs déjk connu par l'éclat qu'avait fait dans le monde Tapparition d'un livre obscène publié par lui Tannée précédente, ne devait pas tarder li acquérir une affreuse célél^rité; nous
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voulons parler de Léon-Louis-Florelle de Saint-Just, qui avait été député à cette assemblée par la commune de Biérancouri. Saint-Just , grand partisan de Soissons où il avait fiiit son éducation , où il comptait des connaissances et des amis, prît chaudement la défense de celle ville dans uo discours écrit que le défaut de place ne nous permet pas de reproduire « mais dont ia faiblesse des raisons égale à peine les nombreuses fautes d'orthographe qnMn y remarque. Quelques années plus lard , quand, parveou au suprciac pouvoir, tout trembla devant lui, ses argumens eussent été des ordres auxquels les électeurs se fussent empressés d'obéir en TOtant pour la ville qui avait les sympathies do tribun; heureusement pour Laon, Saint-Just n'était encore à cette époque qu'un obscur électeur sans influence , et son discours» qui obtint pourtant les appiaudtssemens de l'assemblée, grâce sans doute aux mots toujours sympathiques de liberté et de patrie dont il est parsemé, ne put rendre un instant douteuse la décision des électeurs. Eo effet f quatre cent trente*sept votèrent pour Laon, et Iras» seulement (nombre néfaste) pour Soissons.
Dès le mois de juillet 17i)l, une société populaire se forma à Cbauny , et se mit en correspondance avec les antres sociétés semblables , notamment avec celle dea Jacobins de Paris , à laquelle elle ne tarda pas k s'affilier. Par le plus grand des hasards, le registre de ses séances nous a été conservé ; on peut donc » eo le lisant , se fkire une idée de ce qu'était en province » une société de ce genre, pàle copie du club des Jacobins de la capitale.
A l'extrémité d^me salle mal éclairée par quelques chan*delles fumeuses, s'élevait une estrade surmontée d'une table boiteuse en forme de bureau , et sur celle*pi on distinguait quelques papiers épars, un encrier et une sonnette. Auprès.
Dt CIIAUNY. fOl
de cetle table ^ on voyait anis dans «d fanteaii vermoiila « QQ homme eoilfif d^ane flortê de bonnet phrygien « de couleur rouge, dil bonnet de la liber ié ; c'(^lait le président. Auprès de lui siégeait le secrétaire. Les membres de la société ae tenaient dans la latte » les vns debout , les antres assis, et le cfaapean ou la casquette sur la tète. Quatre censeurs inainlenaienl Tortlre parmi eux.
Des tribunes eo bois régnaient autour de la salle. Elles étaient remplies par les citoyens qai ne Élisaient pas partie de la société et par des citoyennes occupées à coudre, k tricoter ou se livrant aux douceurs des commérages. On parvenait à ces tribunes par un escalier étroit , sombre , mal éclairé des Inenrs vacillantes d'une chandeUe , que les jeunes gens se plaisaient k éteindre on à enlever, afin de pouvoir, dans les ténèbres, serrer impunément la taille des jeunes filles patriotes habituées du club.
La séance émouvrait par la lecture de la correspondance et des papiers publics. Si un candidat se présentait pour être admis dans' la société, le président Tinterrogeait ainsi : € Quel est ton âge? — Où étais-tu avant i 789? — Quel cercle 8840 parcouru depuis dans la République? — Quel était ton état alors? — Quel est-il \ présent? — Quelles places as-tu remplies, et quels services as lu laits depuis 1789? — As-tu assisté , autant que tu Pas pu , ii toutes les cérémonies et fêtes civiques? — N'as^tu jamais rien signé ou fait signer de eontraire h la révolution ou tendant an fédéralisme?
As-tu exactement payé toutes tes imposilions et dons patriotiques jusqu'à ce jour? — As-tu fait pour le soulagement de tes frères d'armes tous les sacrifices que ta fortune a pu te permettre de faire? — Ës^tu membre d'une société populaire? — Depuis quel temps l'^-tu? >
Si le candidat répondait à toutes ces questions d'uoû
nniitère MtiafaisaDie , et « aueo&e ? oix aecmatrice ne s*é-^
levait contre lui dans la salle , on passait au scrulin secret sur son adanissioD. Le vole avait lieu avec de gros haricots, décorés dn Dom moins trivial de fèves. Il en était remis deux à chaque membre, nn blanc et un ronge. La majorité de ces derniers entraînait Texclusion du candidat : celle des haricots blancs lui valait son admission dans ta société.
Il était ensuite permis à chacun de demander la parole pour faire des observations ou des propositions. On voyait alors surgir les motions les plus bizarres. I/un demandait qu'on démolit sans relard un mausolée resté debout dans le cimetière de Saint-Martin , parce que sa masse et les signes de fanatisme gravés dessus , affligeaient les yeux' des bons patriotes. L'autre voulait qu'on descendit au plus vite toutes les croix placées sur les clochers, toutes les girouettes ornées de fleurs de lis, emblèmes de servitude et d'intolérance il jamais abattues. Un troisième exigeait qu'on dénonçât les gens assez audacieux pour se servir de cartes k jouer sur lesquelles on voyait les emblèmes de h royauté et de la tyrannie, s'ils ne s'empressaient de les apporter ii la société pour être publiquement brftiées par elle dans la rue. Enfin , un dernier demandait que le drap noir dont on avait jusqu'alors recouvtîrl le cercueil des morts , lïu remplacé par nn drap tricolore, et qu'abandonnant enfin les anciens cimetières chrétiens dont le nom comme la destinaiion réveillaient encore des souvenirs de ^natisme,on s'occupât de désigner un terrain pour y établir le jardin du êmmeiL
La séance se terminait par des chants patriotiques , n<i* tamment par celui de la Marseillaise.
l.es séances de la société populaire des sans-culoiles de Chauny attira quelque temps la foule. Ou s'y rendait [m
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coriosité oo par détttnmnient. Les jeanes filles y venaient
pe»ur minauder et causer d'oinourelles ; les femmes pour s'eotreienir des nouvelles de la ville. Aussi , le& ceuseurs avaient-ils grand^peine k maintenir le silence dans celle foule brayaoltf^ el rieuse. Un jour , les dloyennes Tintin ei Me» me , sans respecl pour rassemblée, se prirent de querelle , s'arruchèrcot les cheveux , au grand scaudale de la société qui les expulsa de la salle pour trois décades* Une autre fois , ao beau milieu d^une grave délibération , les membres se vireot assaillis de projectiles invisibles. C'étaient des pois que d'espiègles enfaos cachés daos la foute des tribunes , leur lançaieoi à travers des bâtons de sureau creusés en forme de sarbacane. Un soir enfin le silence fol troublé par un bru il ai^u qui éveilla l'altenlioM de tout le monde. Une jeune tille cassait des noix el eu jetait irrévéfculieusement les débris dans la salle. Laissons ici parler le proeès-verbai de la séance ; la naïveté de son style peint k merveiile cette scène grolesque. * Au moment où la séance allait s'ouvrir, OD fait Tobservâtion qu'une cuoyeune des tribunes casse des noix* Le président invite cette citoyenne k cesser, en lui faisant observer que la ▼eille il lui avait été fait pareille observation. Elle répond lestement que s'il veut les casser lui-même, elle n'en aura pas la peine. Un membre demande que, TU rindécence de cette réponse» cette citoyenne soit nommée et mise hors de la salle. Elle est b Fîostant désl'» guée pour être la citoyenne Quievra, IVmée. Sur un non* veau propos déplacé tenu par celte citoyenne, un membre demande qu'elle soit privée de l'entrée de la salie pendant trois décades. Le président enjoint k cette ôUe de sortir de la salle. Elle répond avec audace , en descendant l'escalier de la petite tribune, que s'il faut qu'elle n'y vienne pas pendant six décades , elle s'y prêtera volontiers. Le président
lui Qbserve que la loi proooDce des peines sévères contre oeax OQ celles qai troablent les sociélés populaires» Celle fille , en éclatant de rire , ne donne pas le temps an prési* deiu de continuer ce qu'il avait a lui dire^ el sort de la salle en gambadant indécemment. »
Ces détails» quelque bouffons qu'ils puissent paraître, ne sont pourtant pas indignes de l'histoire. Ils nous font pénéli'er daus l'intérieur de ces clubs redoutés dout le réseau couvrait alors la France; ils nous montrent ces hommes, autrefois citoy^s paisibles et honorables « alors animés par les passions politiques, quittant le foyer domestique, le travail , la famille , pour venir Taire ou entendre des motions ridicules ou insensées, quand elles n'étaient pas féroces ; ils nous initient, en un mot, à la connaissance des mœurs révolutionnaires telles que les avaient créées les évènemens et les hommes placés au pouvoir. Ces habitudes, ces goûts nouveaux étaient-ils , nous le demandons, un progrès pour Inhumanité? devaient^ls inspirer au peuple le besoin de la subordination, le goût du travail, policer son esprit, agrandir le champ de ses connaissances , élever son intelligence , améliorer ses mœurs , en un mot , faire marcher la société vers sa perfection? La réponse à cette question ne saurait 6tre douteuse ; tout homme qui voudra consulter sa conscience, ne mettra aucune hésitation à la (aire.
Peu d*évènemens signalèrent la période révolutionnaire à Chauny. Une émeute, d'ailleurs sans gravité, y éclata en 179â à propos de la circulation des grains, dont U cherté faisait beaucoup souffrir les populations. On vit alors la populace arrêter les haleaux de blé qui descendaient le canal Crozat et l'Oise pour se rendre dans la capitale ; mais la voix des magistrats fut assez puissante sur elle pour empêcher le pillage , et au bout d'un temps d'arrêt de vingt-
nt cuaukV. iOo
quatre lieores, ces bateani purent conlinuer teur route.
Néanmoins, des arresialions avaieul eu iieu, et plusieurs individus accusés d*étre les auteurs de ces troubles, furent Iraduiis devaoi le tribunal criminel da déparlement. Ma» nne députatîon de citoyens honorables de la ville se rendit h Paris auprès de la Convention , an mois de juin 1705^ afin de réclamer leur liberté , car plusieurs étaient pères de famille, et tous avaient été égarés par le besoin. La Con<» vention accueillit celle dépulation avec faveur, et rendit un ddcrcl pour ordonner la suspension de la procédure et le * renvoi des pièces au ministre de la justice*
An mois de mars 1793, Pattention publique fat éveillée à Chaony par l'apparition d'an inconna dont les allures, lesdis^ cours et le mystère donl il s'enlourail exciièrent les soupçons» On l'arrêta, il se dit aide-'de-camp du général Dampierre et flis do conventionnel girondin Brnlard de SUIery; il en était seulement l^enfant naturel et se nommait Charles^ Alexis Descliarmes. On saisit sur lui un agenda couvert dô caractères allemands el de chiffres inconnus. Transféré im-* médiatement k Paris, il languit longtemps dans les prisons et ne fat tradnit devant le tribunal révolutionnaire que neuf mois après son arreslalion , le 6 pluviôse an il (24 jan* vier 1794). Reconnu alors coupable d'avoir fabriqué un certificat portant la fausse signature de Dampierre » général en chef, et Lingeron , commissaire ordonnateur de Tarmée du Nord; plus, deux permissions de rester h Paris portant la fausse signature d'Audouin , adjoint au ministre de la guerre , îl fut condamné 1i huit années de fers. Deseharmes était un jeune homme de dix-neuf ans; il ne nous a pas été possible de découvrir si sa présence à Chauny avait un but politique.
Après avoir langni quatorze mois dans les prisons. Des-
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charmes fut ramené devant te tribunal réTolntioonaire le
8 messidor an ii , avec ireiUe-six autres personnes. Us élaieoi tous sous le poids de la banale accusation de cous* piration dans les prisons; Us furent tous condamnés à mort.
Cependant , les évènemens se précipitaient : la mort du roi, volée par la Coiivemioii au liiois de janvier 17^)3, ouvrit la porte à toutes les violences, à toutes les fureurs. Le rôle destructeur de la révolution commença aussitôt à Gbauny comme partout ailleurs. conseil du département de l'Aisne, cédaui à la [)rcssion des clubs cl des sociéiés populaires, ordonna au mois de mars suivant ranéanlissement de tous les titres féodaux, de tous les tableaux, statues et objets d'art qui pourraient être rassemblés; car quelques soi-disant palrioles ne songeaiii, sous prétexte d'égalité, qu'à rabaisser à leur niveau tout ce qui blessait leur vue par un air de magnificence , de grandeur ou de génie , de-> mandaient leur destruction avec un ensemble concerté, qu'on avait soin de reprcsenier comme l'expression du vœu populaire. L'adroinistraiion de Chauuy dut obéir comme les autres à cet ordre. Le 24 mars^ on vit arriver dans la cour du district plusieurs voitures chargées de parcberoins et de papiers de tonte espèce «nievés aux archives des châteaux et des communautés religieuses , des tableaux et des objeis d*art dérobés aux églises. On en forma un baut bû* cher auquel le président du district , assisté des membres de celte adminislraiioii el de ceux, tic la municipalité, mil le feu. La population avait été invitée à cette cérémonie , digne d'une autre époque et d'un autre peuple; mais, à Texception do quelques-uns, la masse n'y prit aucune part.
La rage de la destruction ne pouvait se contenicr de cet auto-da-fé d'un nouveau genre. On dépouilla les églises de leurs ornemens, les maisons religieuses de leurs meubles et
île leon effets; on gratta sur les morales ormes, lesécussons, les fleurs de lis ; on anaclia des toils les girouettes revêtues • dVnemens religieui ou féodaux ; on effitç^ « à i'aogle des ruest les inscriptions où Oguraient des noms de saints. Tout cela blessait les yeux des grands patriotes de cette époque , et leur rappelait des souvenirs de servitude et de fanatisme. Beaucoup pensaient aussi, pour couronner Tœuvre de la destruction, li faire raser les temples de la religion, où Ton n'enicndail plus les prières des fidèles, dont le troupeau était depuis longtemps déjh dispersé par la tempête révolutionnaire. Mais ils n'eurent point cette satisfaction. Il fallait de grands locaux pour préparer le salpêtre destiné k la fabrication de la poudre dont manquaient les armées; ©n avait besoin de grands bâtimens ponr resserrer les munitions nécessaires aux troupes : les vastes proportions des églises les désignaient naturellement à ces divers emplois » et on les prit. L'église Saint-Martin fut transformée en magasin à fourrages; dans celle de Notre-Dame, on établit une fabrique de salpêtre. Grâce k cela , ces monumens religieux furent préservés d'une destruction presque certaine.
La vifdence contre les personnes devait suivre de près la violence contre les choses. I 'invasion du territoire par Fennemi en devint natureUemeni la cause ou le prétexte. Tous ceux qui ne s^étaient pas fait remarquer par l'exaltation de lettre discoure ; tous ceux qui avaient tiré qnelqu*illnstration de leur nom, de leur mérite personnel, ou de leur fortune sous Tancien régime, furent signalés comme de mauvais patriotes. Bientôt, les prisons de Ghaony s'emplirent de malheureux arraches b Icure foyere sur' le seul soupçon d'être des suspecis. Dès le î) septembre , le sieur Cliollet , procureur syndic du district de Ghauny, y fui coicrmé sous cette élastique accusation. Des personnes de tout âge, de loui
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sexe et de toat état, vinreot bientôt Ky rejoindre. On y vit successivement arriver le père Lecoy, ex-général des Pré-
monucsi, Charioiie - Denise Quevanne, femme Régnier, directeur de la monnaie de Paris , Kegnier, son fils , tous deux demeurant à Penaocourt , Armande-Ëlisabeth-Reîoe* de-France Qaevanne , demeurant au château de Locq , et beaucoup d'au 1res encore. Comme le sieur Clioilel, ils étaient tous des suspects. Leur détenlion ne dura néanmoins que quelques jours: dès le 14, on les rendit à la liberté ; car il n*y avait li leur charge rien de sérieui. M. Chollet resla incarcéré jusqu'au 5 pluviôse an ii (22 janvier 1794), époque où le représentant Roux ordonna son élargissement.
Les progrès de rennemi dans le nord du département devinrent encore le signal de nouvelles arrestations. Les représenlans du peuple Lejeune cl Roux en donnèrent Tordre le 20 vendémiaire an ii (12 octol)re),et l'administration du district y fit procéder le 30. Les priaotns de Chauny s^onvrirent alors à une foule de gens de cette ville et des envi" rons. C'élaienl la veuve Brion et sa fille , de Beaumont; la veuve Delille et ses trois filles, de Bianehecourt ; Lebrot» de Saint-Gobain ; la famille Delafons composée du sieur Delafons atné , de Coucy, sa femme et ses deux filles ; Joseph Delafons et sa fille ; le vicomte de Courva! , de Pinon , sa femme, son fils et sa fille; le sieur Paravicioy, la fiUe Démarque et la veuve LbotelUert du même lien ; le sieur Osiier, chevalier de Saint-rLouis; le sieur Montalart, de Lizy, sa femme et sa fille; la veuve Fay, de Pleine-Selve; de Jumaucourt et ses deux filles; le sieur Laval et sa femme ; le sieur Hassary, de Wissignicourt ; la femme Watiier, de Branconrl; la veuve Duplessier, d'Anizy, son fils et sea deux filles ; les sieurs de Marquette , Hébert et sa iemme , de Chauny; le sieur Vassens , sa femme et ses enfans ; le
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sicur de Flavigny, coré de Liez ; cûtiu le siear Deslandes , de ChaiiDy. Ce deroîer éuii décoré du cordoo noir, et rassemblée du Vermandois Tavait récemmeiit reçu daDs l'ordre
(ie ia noblesse, à cause des grands services qu'il avait rendus à Tin d usine, ea portant la fabrication des glaces à uo degré de perfection jusqu'alors iocoiinue.
Ces prisonniers présentaient , comme on le voit , Tamalgame le plus étrange de gens de tous les étais. Il n'est pas moins étrange de voir que sur quarante-deux, il y avait vingt-six femmes. Comment croire que toutes ces femmes dont quelques-unes étaient courbées sons le poids de TAge^ dont d autres sortaient à peine de l'enfance, comment croire, disons-nous, qu'elles fussent des conspiratrices si dangereuses , que leur incarcération était nécessaire à la sûreté du pays? Nous devons dire louiefois que transportés i Laon peu de jours après, plusieurs de ces prisonniers au nombre desquels nous citerons M"" de Gourval, furent bientôt rendus à la liberté.
Si ces arrestations en masse jetaient dans la terreur la
populaiion entière , celle des sœurs de THétel-Dieu porta la douleur dans toutes les âmes. Dès ie mois de janvier 1792, cette maison avait été signalée k l'autorité comme un foyer de conspirations permanentes contre le gouvernement républicain. Des rasscmbleiiiens de prèlres réiVaclalres avaient lieu, disait-K>n, dans son intérieur , elles sœurs , négligeant le soin des malades qui leur étaient confiés , prenaient une part active ^ leurs manoeuvres contre^révolulionnaires. Le directoire du département envoya sur les lieux une commission chargée d'inlormer sur ces faits. L'enquéie la plus minutieuse ne fil rien découvrir de suspect* L'agitation du debors n'avait point pénétré dans l'intérieur de cet hospice: tout s'y pi^ssait avec le calme et la régulanic ordinaires ; il
clait toujours Tasiie paisible de PinforlUDe. Cela ne iaisaii pas le compte des gens qui voulaient chasser les malheureuses sœurs de rétablifisement où elles avaient en tout temps rendu de si nombreux services avec la plus touchante abnc^'niion. Le prétesie des complots leur manquant, ils en cherchèrent un autre. Il ne leur fut pas difficile d'en trouver. La loi astreignait au serment civique toutes les personnes , hommes ou lommcs, porlani un liabil religieux; on le demanda aux sœurs de THétel-Dieu. Ces timides ûlles, étrangères aux passions du monde, furent effrayées d*une chose aussi nouvelle et qu'elles ne comprenaient guère : aussi craignant d'y reiK ontrer un cas de conscience, elles s'y refusèrent. C'est ce qu'on attendait. Aussitôt un ordre leur enjoignit tout à la fois de quitter et leur habit et leur maison.
Touiefois, on n'osa pas encore les remplacer par des séculières , car c'était pour les malades une consolation de voir au chevet de leur lit des femmes dont l'habit religieux annonçait que , détachées entièrement du monde , elles s'é« taient vouées sans réserve k Thonorable mission de les soigner dans leur maladie. Il y avait a Chnunv, comme nous l'avons vu, une autre communauté de iiUes dites de Sainte- Croix, qui^ depuis longtemps, enseignaient la jeunesse pauvre de la ville. On jeta les yeux snr elles, et plusieurs furent a[)peiL'es à remplir la place des sœurs de l'IIôtel-Dieu. Cette substitution d'autres religieuses ne pouvait cire du goût de ceux qui accaparaient le titre de patriotes; et bientôt les nouvelles sœurs furent hautement accusées non-seulement de tolérer, mais aussi d'encourager chez elles les rasseniblemeus de prêtres rctractaires, et de prendre une pa^rl active à leurs complots. Mais les dénoncer si leur tour à ranlorité centrale, dont on suspectait la tiédeur, c'était S'exposer à ne point encore arriver au but, qui était do-
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faire disparaître eoiièremeni les coaiaiuiiaulcs religieuses et leur habit. La société populaire de Chauny trouva donc plas simple de s'emparer elle-même de l'iostruciion de cette affaire, usurpant sans façoo comme sans crainte » des attributions qui, dans un temps régulier, auraient été du ressort des seuls tribanaux. Elle assigna des témoins, et elle trouva une femme de service de rUètei-Dieu pour déposer que les sœurs lui avaient fiilt apprendre un catéchisme dans lequel il y avait celte prière : Notre roi qui cles aux Tuileries, que votre iiom soit respecté, que votre règne revienM, que totrê sainte volonté toit foitt à Paris eomm» en proptnee. Faites élever à la polenee toas Us eaqains qui chereheut à nous ôternotre pain de chaque jour; mais délipres-notts sur' tout de VassembUe nationale. Ainsi 5oû-i7.0nn'endeman«ia pas davantage : les sœurs se virent dénoncées au comité de surveiHanee et jetées en prison , en attendant qu'on pro« nonçât sur leur sort.
Celui de deux malheureuses tilles natives de Chauny lut plus funeste, et leur position plus humble encore que celle des sœurs de PHdtel-DIett de cette ville, ne put les sauver du supplice. Les demoiselles Barberoux étaient sœurs institutrices à Orléans. La révolution avait fermé leur école , et elles vivaient retirées dans un quartier isolé de cette ville, trouvant avec peine dans le travail de leurs doigts, de quoi suffire à leurs plus pressans besoins. Cela ne les empêcha pas de recueillir chez elles deux malheureux prêues , que la gendarmerie recherchait à cause de leur refus de serment. La loi défendait, sous les peines les plus terribles, de donner asile à des suspecU ; mais en ouvrant leur porte à des proscrils , les sœurs Barberoux obéissaient au sentiment le plus naturel, celui de secourir ses semblables, et ne croyaient nullement désobéir à la loi. U se trouva pour-
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tant des gens pour les dénoncer, ei un jour elles virent leur modesle demeure cernée et eavaUie par la force armée. Les deux prêtre» furem arrêtés avec elles et traduite en même temps devant le tribunal eriminel de Paris. Ces hum-* Lies filles et ces vénérables ecclésiasliqaes y furent transformés eo de grands coupables : ceux-ci avaient relusé le serment pour obéir à leur conscience; celles -«lA avaient pratiqué les lois de l'hospitalité; ils forent tous quatre con-^ damnés à motl le 7 ventôse an it.
Tandii que ceci se passait, les factions toujours avides du pouvoir s*envoyaient alternativement su supplice. Après les girondins qui avaient succombé les premiers* c'était le tour des héberlisles. Hébert, leur cbet, avait été longtemps ridole de la populace dont il caressait les plus ignobles pas* sic^ns dans son journal intitulé : le Père Ducheene. Le 4 germinal an ii (94 mars i794), on le vit monter sur Péchalàud eii compagnie de dix-sej)t de ses complices; et par un de ces retours d'opimon si Irequens et si signiLicatifs à la fois,ce même peuple qui la veille encore se serait fait tuer pour lui, le couvrit d'injures et de boue dans le trajet de la [mon k la place où se devait faire l'exécution.
Le supplice d'Hébert lut partout applaudi dans les pro« vinces; car si les masses prenaient une part quelconque aux évènemens politiques du moment, elles avaient conservé dans le cœur assez d'honnèlelé et de droiture pour comprendre que ces booimes de boue et de saog étaient de faux amis qui flattaient ses passions afin de les mieux aftiervir. De nombreuses adresses vinrent de tous les eôlés félieiier la Convention sur Tarrestation et le jugement des héberlistes. La société populaire de Chauny ne se contenta pas de faire comme les autres: elle décida encore qu^on féieraii le supplice d'Hébert «dont Finfome journal avait été naguère
le prînci|iail alimeni de ses séaDces. Ce retour ^ la justice
était une réparation doe à la morale publique; mais par une de ces conlradictions alors si fréquentes, la société arrêta aossi qu^oo profileraîl de la dreoiislaDce poar replacer dans la salle des séances, les bustes de Marai et de
l^pelletier qu'elle regardait toujours comme des marl^rs de la liberté.
Le decadi 90 germioal an n (9 avril 1794) fat choisi pour cette eérémoDÎe. Ce joar-& , le ciel était sombre ; an
épais brouillard étendait son manteau humide sur la ville et distillait une pluie ûne et pénétrante ; le ciel ne prenait pas paît à la fête. Vers deax heares de raprèa-midî, l'admlDistration do district, le corps mimicipal et ane députalion de ia société populaire se réunirent à l'hôlel de ville ; la cérémonie commença. Derrière une musique militaire fiiîsant la téte do cortège, et au milieu d'une haie formée par la garde nationale et par les chasseurs do 24* régiment en garnison k Chauny , on vit d'abord s'avancer douze jeunes filles parées de blanc, revêtues des couleurs nationales et portant des branches de feuillages. A leur suite marchait la députatioD de la société populaire entourant les bustes de Marai, Lepclletier, Chaslier, Barra, Brutus, Mulius-Sca^vola, ainsi que les figures de la liberté et de inégalité. Au-dessus de leor téie, flottaient deux drapeaux, l'un tricolore, l'autre de couleur rouge , avec une peintore représentant un. œil ouvert, r<£il de la surveillance. Derrière eux s'avançaient deux hommes de peine portant sur une civière un mannequin de carton peint et habillé représentant l'i^ame Hébert couché sur un tas de numéros lacérés de son ignoble journal le Père Duchesne, et ayant sur sa poitrine un écritean où étaient inscrits son nom et ceux de ses. complices, avec ces
mots en gros caractères : Us ont irohÀ^w patrie.
ta
114 nSTOlKE
Le corps de ville marchait ensuile accompagné des olK* cîers de la garnison ; TadministraiioD du dislrict fifamait la
marche.
Le corlcge pril par la rue de la Vérité cl revint sur la place par celle de ChaslUr. Arrivé là , la garde oalionale et la troupe formèrent le carré, les autorités sVrêtèreol^el Ton éleva sur fîes piôdesiaii.v pi'éparés a cet eiïcl, les bustes de Maral el de L 'pelleUer, au bruit de la musique et du chant de la Marseillaise. Cela fait, on prononça différons discours dont nous ferons grâce à nos lecteurs. Le mannequin d'Hébert fut jeté par terre, où on rensevelit eu quelque sorte sous les feuilles déchirées de son journal; puis, ie maire mit le feu à ce bûcher réparateur. Il fut ensuite permis aus citoyens dont la muse s'était inspirée <le la solennité du jour, de réciter leurs vers patriotiques. On vit alors s*a* vancer de la foule un homme qui, arrivé près de Paulo-da-fé populaire , s'arrêta et entonna d'une voix forme et sonore <cs couplets sur l'air de la Carmagnole :
Le père nuchenie avail promis . *' ne Ibiro égorger sa patrie ;
Ses projets onl nuaiqné Et Bs lète esl tombée.
Chantons tous à la ronde A TuBioD, & ronion; Brûles, brftles, imnioaaeSf C*«st la raison, G*cst la raison.
Vous» coespfralenrs eUVénés* Dites votre mftsrfre.
Votre r^e est k bss«
Votre tète paiera ,
Et diaenii à la ronde
Vous msodirs, et vous dira :
Allez» ailes» immondes»
Droit au trépss» droit au trégss.
DE CHAtnV»
Nous ttut chanter an libéra Après un semblable trépas , Quieseantin pttc§;
Vivons en libert<^
Et chantons à la ronde :
A Tunion , à l'union ;
La paix est dans le monlc«
Et la raisoo, et la raison.
Si ces vers ne se reeommandadeiit point par tour é\é*
g»nce , ils avaient de plus , peul-éirc , le lorl de rappeler qu'Uéberl, la veille encore de sa chùic, élait presque déiGé par ceux même qui, ce jonr-là, le foulaient aux pieds. Mais , dans ces temps où le courage civil fut si rare, les reviremens d'opioion étaient fréqnens. Nous verrons tout à rheure les mêmes hommes aballre avec un (^gal empressement de nouvelles idoles, et renier l'infâme Saint-Just pour leur représentant li la Convention.
Quand il ne resta plus du mannequin dllôbcrt et de son jourual que des cendres, le corlégc se dispersa : les membres de l'adminislraiiou du district letoomèrent dans la salle de leurs séances, la municipalité rentra à rhdiel de Ville el la troupe aîi ([iiarlier. La députaiion de la société populaire prit seule le chemin du local de ses réunions, portant les bustes de Brutus, de Barra, de Motios-$c9evola qu^il avait été convenu d'y placer. Les jeunes citoyennes vêtues de blanc la précédaient encoi e, ainsi que la inusi(]i;'3 ' militaire qui continuait a faire retentir les rues des airs à la mode. Le président et le reste de la sooiéfê les attendaient. Les bustes une fois ii la place réservée pour eux , plusieurs orateurs proiioncèrenl encore des discours ; plusieurs poètes dont la pluie pénétrante du dehors n'avait point éteint Tinspiration , récitèrent encore des vers ; puis , pour parfaire-
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Bne aussi belle fête, ou se donna l'accolade fraternelle. Si nous devons en croire un témoio oculaire» ies membres de la société populaire s'en fireut guère entre eux que le si-» mnlacre; mais il ii^en fut pas de même à Tëgard des jeune» €1 traîches citoyennes : chacun les embrassa avec effusion » plusieurs même revinrent k la charge « sous prétexte qu'ils aTaient oublié leur leur»
Nous avons parlé tout k Pheure des revîremens étranges de Topinion puWique, que présenta si frécjuemraeirt la révolution. Les événemen» du 9 thermidor en offrirent un nouvel exemple plein d'instruciion et d'enseignemeos. Jusque-là, Saînt4ust avait été presque un Dieu pour les Chan- Rois, paniculièremcni pour les nombres de la société populaire. C'était un compatriote , on admirait sa fortune ; ou prônait son énergie, sa capacité, ses talents; chacun s^enorgueillissait de l'avoir po\ir représentant h la Convention. Tout îi coup, une rumeur sourde circule dans la ville; on parle vaguement d'événemens graves arrivés à Paris : Robespierre et Sainl-Just auraient à leur tour péri sous le filial couteau , tant de fois ensanglanté par eux. La société populaire se rassemble, le \2 ihermidor, sous l'impression de ces bruiis et dans un état d'agitation extrême : la lecture des journaux, avidement écoutée, dissipe tous les doutes* Elle est fréquemment interrompue par des murmures contre les traUm, dit le procès-verbal, par des applaudisseiDeii» pour les mesures prises contre eux , par les cris répétés de Vive la R^abUquel vive la ConvenUm naUoJuUel à bat les tyrans! Aussitôt un membre propose une adresse à la Convention pour la féliciter, et la société la vote d'enthousiasme.
DE CUAUST. 117
La 9oeim populairê montapmdê 9i régéMrét <k Chauny à la Convention naiimahi*
C ÙTOYENS RfiFRÉSENTANS,
> De noQTeaiB complots , plus infomes que eeui que feus aviez déjoués, avaieul donc encore menacé la Hépublnjue d ane chOtc cei taiue. Un despote sous le iiiasque populaire , vouiait s'asseoir sur le li^dne que nous avons déli-uit. Le scélét ai ! avait-il pu croire que le Français qu'il séduisait par ces noms qui lui soni si chers: liberté, vertu, justice, verrait d'un œil tranquille un tyran lui ravir des droits qu'une constance et des sacrifices renoufelés lui avaient acquis. Egorger nos repiéientans.. ! rétablir sur leurs cendres le despotisme rofd, était» nous l'avononsy digne de œ nouveau Galîliiia et de aea eomplleat... Nod , lefiréflentans , non , jaauîs le Françaii ne ce aérait courbé sona le Joog de la tyrannie. L'Etre soprême qui veflle anr notre République, Ta garantie de ce nouvel attentat. Notre infatigable énergie a d^oué la trame perfide. Les tralfres oe sont plus, et la représentation nationale est intacte. Gbntinoex , législaleurs ; une conspiration aussi atroce a des ramifications étendues. Que le glaive de la loi frappe tous les complices du nouveau tyran. Nous sommes debout. Notre point de ralliement est la Convention, et nous formons , avec elle , un faisceau indissoluble. Vive la République I vivent nos représentons 1 i
Robespierre aliallu, le courage revint à loul le monde; et , comme il arrive toujours , il s'en suivit une réaction contre les bommea devaot lesquels on ivait si (oDgtein|>5 tremiblë. L'agent national du district ayait eu le tort de ne pas toujours vivre en parfaite intelligence avec la sociéié populaire ; il fat dénoncé comme le complice de l infâme eons^ateur Saint- Just. Les accusations portées contre lui étaient des plus graves : i( avait méprisé la société, opprimé les patriotes, opéré des arrestations arbitraires, et par ces actes coupables, il préludait à une nuire trahison. D^accord avec Vinfame Saint- Jost , il préparait en secret une liste de
lis mSTOIRE
proscription sur laquelle figuraient les noms des plus liono^ rahles citoyens de la ville , voués par eux au supplice L i société populaire nomma une commission pour recevoir les dépositions touctiant cette affaire, examiner les accusations portées contre Tagent national, et lui en faire un rapport.
Ce rapport est curieux a plus d'uu litre. Il rejiréseulc Sainl^ust nourrissanl la peusée de se créer une royauté dans le nord de la France, et ehercbanl h parvenir h ce but insensé par rétablissement d^une terreur organisée dans tout le pays. Ecoutons-le :
c Nous avons à vous convaincre que des complices agissaient suivant les ordres des conspirateurs^ et s'étaient laissé corrompre, sans doute par Tambilion qui leur était per*
sou i! (.'lie.
» Eii ! citoyens, avez-vous oublié que c'est de la partie du- Nord dont Saint^Just voulait être roi? Oui, ce seélérai voulait charger de fers son pays , comme ceux qui Savaient
honoré de leur coiiliance, dans l'alleute qu'ils sauraieu^tse sacrifier pour le maintien de la liberté.
» L'inlame ! il connaissait bien ceux qui se seraient op* posés à ses vues despotiques ; il savait bien que ceux qui sinon Pavaient vu nailre, au niuias le connaissaienl depuis son cniance, auraient le courage de le démasquer s'il cîinncelait un instant dans la carrière politique qu'il avait parcourir.
> Il fallait donc qu'il fit adopter des mesures capables d'éloigner les yeux surveiilans qui le suivaient dans toutes ses démarches , et qu'il s*aâàdàt des agens dans lesquels il pût avec sécurité placer sa confiance. %
Le rapporteur cherchait ensuite a établir la culpabilité de l'agent natiofial.li s'appuyait particulièrement sur une lettre du secrétaire intime de Saint-Just , lettre infâme révélant
DE CUAliKï. 1 10
tin syslème â*espionQago et de délation organisé par tout le pays, el auquel Tagent nalional élail sommé, avec les delijrs d'une feinte amilié , de se li>rer corps et âme, suus piine de morU < On veut connaitre ia vérité, dit un passage » de cette lettre , toute la vérité : ceux qui la cachent por* > terotit naturellement leur léle à la Itmelte de Véternité. »
À la suite de ce rapport , l'agent nalional du district fut dénoncé 2i la Convention. Celle-ci renvoya la connaissance de celte aflaire au tribunal criminel du département de l'Aisne, qui acquilla l'inculpe. Un procès civil s'en suivit. Ce même agent naiiouai eut encore gain de cause , et le tribunal, tout en reconoaissani que plusieurs des accusa* lions portées contre lui étaient fondées, condamna ses accusateurs à 20,000 livres de donfimages-intérêls.
L'intervention de la société populaire de Chauny dans les affaires publiques fut beaucoup plus utile et plus digne lorsqu'elle s'exerça à propos des détenus politiques dont les prisons regorgeaient. L'adresse envoyée h la Conveniioii par cette société le 3 fructidor an ii (21 août 1794) renferme de précieux détails sur les arrestations en masse commandées et exécutées au nom de la liberté.
c les sociélés populaires , dit cotte adrone , ne doivent pas seolemeDt fonreîlter les conspirateurs et provoquer la panitkm des ennemis du peuple ; elles doivent aussi seconder de tout leur pouvoir les vues bienfaisantes de la Convention, qui ne veut pas que l'innocence soiQ)! us longicmps victime.
ï Le dq)ùi temenl de TAisne est depuis un an \ç\è par des mesures généralpî» bien rigoureuses. Un premier arrêté de Lequinio et Lejeune avait (ait arrêter tous le? ei -devant nobles , les fonctionnaires excepié5. Un deuxième des infâmes Saint- Just et Lebas, a ordonné la même incarcération» en généralisant la mesure > tV la mtS') au secret de toutes les personnes arrêtées.
• Cet acte barbare, qui ne fait aucune dislinclion de TinnoGcnt el du
HISÎOIUE
coupable f recuit encore son exécution. Des vieillards de Si et S3 ans, aveugles depub vingt aim^; des impotens, des femmes maladije, des Cttllivtleiirs euetUieU ft leurs msisoiis , de vieui militaires sans fortune, de jeunes orphelins -sans seeeurs, d*eiioeUeiis palrioles, Ibneiionnains poUîcs et ebands amis de la fféfelution , gémisseiil les m» et les autres dans les fers. £t ee-que Vmt aurait peine I croire, si novs ne l'eu^sMins vu id , la plupart ont été mis e» liberté les 33 et 28 pinnèse par le représentant Roui^ sar le vu de leur innocence attestée par toutes les autorilés constituées, et ils ont été rékicarcérés au bout de huit jours de liberté, en vertu de cet arrêté de Saint-Just, qui élait anlcrieur à leur jugement, puîsqu"'il est du ItJ pluviôse.
> Législateurs, au nom de Hiumanilé, hâtez- vous de venir au secours des innocens. Décrétez que des commissaires seront envoyés sans délai dans ce département, notamment dans ce district, pour y vérifier les motifs des détentions, et mettre en liberté eenx que la lai du 17 septembre n'e pas attemis.
• Une année de captivité non méritée, voilà les titres de ceux iuiquels nous nous intéressons.
s Le patriotisme de beaucoup de détenus , lemr répidilicanisme bien prononcé , sont les motifs de notre iirférfit pour eux*
I C'est servir la patrie que de rédamtr de bons citoyens ; c'est satis-
faire la Gonv(3ntion lorsqu'oii lui donoe les mo^eus de réparer les crimes des scé^èt ats qu'elle a punis. »
Âu nombre des personnes renfermées k Chaany, on remarquait particulièrement M. le comte Gharles^Françoîs de Flavigny, ancien capitaine au régiment des gardes françaises. A l'exemple de ces héros de l'antiquité auxquels rhistoire accorde son admiration , M. de Flavigny avait quitté répée pour la charrue, et il s'occupait de l'exploitalion d'une ferme k €harmes , près de La Fère , quand la révolution éclata (1). Après avoir vu. périr ses deui eniaus
(1) M. de Flavigny venait d'être nommé maréchaî-de-camp. G'éiait un homme de beaucoup d'esprit et d'instruction. Il a lai'Jsé des réfleïîons sur l*art militaire et une relation de ses voyages. On ne sait ce que sont devenus ces mannscrils. M . de Flavigny est mort au mois de décembre i 803 .
DE CHAIINY. iâi
sur l'écliafaud (1), il fui lui-même arrête comme noble et incarcéré à Chauny. Au rond de sa prison, M. de i*iavigDj, oubliant l'injustice et la méchanceté des homnieB, ne songeait qtt*aax moyens de se rendre utile à l'humanité. Après de loni^Mii's années de diselto, d'abondantes récoUes étaient eaÙQ venues rassurer les populations affamées. Mais ce n'était point assez d'avoir des grains; il fallait encore les séparer de la paille pour ponvoir les livrer aux moulins et les réduire en farine. Or, les bras manquaient pour l'importante opération du battage comme pour les autres travaux de l'agriculture « car tous les hommes jeunes et vigoureux étaient aux frontières t où les a () pelait la défense de la patrie. Dans de telles circonstances, M. de Flavigny pensa que la construcUon d'une machine propre à battre le grain, serait une clioseémioemmeui uiile* Il se mil donc à l'oeuvre avec ardeur, et bientôt il parvint h construire le modèle d'une machine qui, mue par un seul enfant de douze ans, devait battre autant de graïus qu'auraient pu ie iaire quatre hommes ensemble. '
ï.e modèle de celle machine fui déposé, le t25 fructidor an II, sur le bureau de la société populaire , qui la Ht aussitét fonctionner devant elle. Le succès ayant paru répondre à »on attente, elle décida de solliciter de la Convention
(I) H. A.-L.-J. de Flavigny, né et dtïiqeurdnl à Charmes, lieutenaot en second au régioieot des gnrdcs rranç:iises , et D^o Â*-L. de FlatigDy, femme Desvieoi, sa sœar, âgée de vingt haiians, lîireiit ensemble condannéft à mort , le 0 ibermidor an ii, comme ayant trompé dans la pré^ tendue eoDspiration des prison». H. de Flavigny était enfermé ft Saint- Lozare depuis dix-*httit moift par suite de sa parlicipalion à la journée du 10 août, pendant laquelle il s*était rangé au nombre des défenseurs de Louis XVi.
if2 HISTOIRK
l'élargissement de M. de Fiavigny, ou , du moins, la liberté pour lui de sortir à volonté de la prison, sous la surveillance d'un gardien, afio de pouvoir faire exécuter sa machine en grand isoas ses propres yeux. Cette dernière demande fat seule accordée. M. de Fiavigny put ser faire ouvrir les portes de la prison quand il lui plut ; nous savons qu'il ûl sans relard construire une machine conforme au modèle dont il était rinventenr ; mais nous n'avons pu découvrir si cette machine réalisa les espérances qu'elle avait fait naitre.
Les évèiiemeiis de thermidor donnèrent une nouvelle allure k la révolution. Les prisons se vidèrent ; les exécutions capitales qui ensanglantaient tous les points de la France , furent arrêtées; on respira enfin. Des réformes politiques suivirent de près ce char»gement de réginae, et une nouvelle Constitution prit la place de celle de 1793, dont Saint^Jusl et Robespierre avaient été les auteurs.
La Constitution de l'an in changea la forme et le personnel des adiiiiiiisiraiions municipales. Les seules villes d'une population supérieure à ô»OOÛ âmes» conservèrent une administration distincte; toutes celles inférieures à ce chtlTre durent avoir une administration collective dhe eontonnale , composée de plusieurs communes réunies. Une municipalité de ce genre fut établie à Ghauny, tant pour cette ville que pour plusieurs communes des environs. Ce conseil unique eut h sa tête un président remplaçant l'ancien maire et nommé par l'assemblée primaire du canton. £Ue se composait en outre de plusieurs olOciers municipaux , un juge de paix et ses assesseurs. Les autres communes du canton envoyaient seulement un agent au conseil, dont les délibérations se prenaient a la majorité des voix , et chaque agent devait ensuite les faire exécuter dans sa commune respective.