‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 10 sur 58 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Clermont toai Pepln et Cnarlemagne*— HI«tof re de Guillaume de Toulou»e. autrement appelé «..(iUlilUSM.

Pépin était roi de France quand il acheva la conquête de notre pays. Rien ne fut changé à nos lois, à nos usages, à nos institutions; la paix et la sécurité dont on commença de jouir , furent les seuls indices du changement qui venait de s'opérer. L evêque de Lodève , Michel , gouverna paisiblement le diocèse jusque sous le règne de Charlemagne. 1

Celui-ci succéda à son père Pépin , l'an 768 , et n'acheva son glorieux règne que quarante-six ans après, l'an 814. Toutefois , il ne fut que

1 Plantav.

pendant treize ans roi immédiat de cette partie de la France, car, en 781 , il donna à son fils, Louis ,. le royaume d'Aquitaine , qui comprenait tout le pays depuis l'Ebre jusqu'à la Loire, et depuis le Rhône jusqu'à l'Océan.

Clermont se trouva ainsi dans le partage du nouveau roi.

Le royaume d'Aquitaine ne demeura pas lui-même sous l'autorité immédiate de Louis ; le morcellement du bel empire de Charlemagne commençait et allait donner naissance à la Féodalité. On allait voir bientôt cette monarchie compacte et unique , se résoudre en une foule de petites monarchies , par la création des Duchés , des Comtés , des Marquisats et des Baronies. Cest ce qu'on a appelé depuis : la Finance féodale , espèce de république aristocratique , qui a subsisté jusque vers la fin du dernier siècle , et dont on a pu dire beaucoup de bien et beaucoup de mal, comme de toutes les autres institutions politiques.

Le gouvernement de la partie orientale du royaume d'Aquitaine fut attribué par Charlemagne à Guillaume ou Guilhem, qu'il créa Duc de Toulouse. 1 Clermont fit partie de ce Duché. Plus tard, ce duché devait se diviser

1 HisL du Lang.

encore , et de subdivision en subdivision , notre Ville devait tomber dans le duché de Septimanie, dans le marquisat de Gothie, dans le comté de Lodève , et devenir enfin une Baronie.

La vie de ce Guillaume que Charlemagne créa duc de nos contrées , à la fin du huitième siècle , se rattache trop à notre histoire pour que je puisse en négliger les détails.

Cet illustre personnage était fils d'un comte appelé Ayméric par les uns , Théodoric par les autres, de la race royale et proche parent de Pépin. Charlemagne le prit jeune à la cour et le fit successivement comte du palais et capitaine de la première cohorte de sa garde. Guillaume avait la confiance du monarque, et il la méritait : il avait de la bravoure , de l'honneur et de la piété. Divers exploits , principalement contre les Sarrasins qui reparurent du côté de Narbonne, le rendirent bientôt célèbre ; il se distingua surtout dans un combat qu'il leur livra au passage d'une rivière sur la route de Carcassonne. Seul, au milieu de la mêlée, quand ses officiers et ses soldats l'abandonnaient , il soutint le choc des musulmans, abattit de sa main un de leurs chefs j et si sa valeur eût pu suppléer au nombre , il aurait remporté la victoire. Elle demeura aux Sarrasins : Guillaume la leur aban-

donna par une sage retraite ; mais leurs pertes furent telles , qu'ils n'eurent plus l'envie de poursuivre leur entreprise. La province reconnaissante bénit hautement le nom de son libérateur :

les romanciers de l'époque chantèrent ses hauts faits , exaltèrent son courage j il figura dans toutes les compositions poétiques du temps. Notre historien a cru le découvrir dans Renaud de Montauhan si célèbre dans l'Arioste: il se fonde sur le nom de Reginaldus donné à Guillaume dans une vieille légende, et sur une tradition conservée , dit-il, dans la famille des Guilhems de Clermont.

Quoi qu'il en soit de ce héros de roman r Guillaume de Toulouse fut un véritable héros chrétien. 11 joignit à ses exploits militaires des œuvres de piété éclatante. Il protégea l'état monastique , alors très-florissant, et voulut même avoir l'honneur d'une fondation. Les montagnes de notre voisinage, particulièrement celles de Gellone, appelées aujourd'hui deSt.-Guilhem-le-désert, lui ayant paru propres à son dessein, il y fixa l'emplacement de son monastère , sur les bords de l'Hérault , au milieu des rochers et des broussailles. De là, pendant dix siècles , devaient, s'élever vers le ciel des vœux pour la prospérité du royaume, et un continuel sacrifice d'expiation pour les iniquités

du monde. Là, comme dans les autres établissements religieux de ce genre , la piété devait trouver un asyle ; le malheur , une providence ; l'étude, une retraite. Cest de l'abbaye d'Aniane, fondée vingt ans auparavant par St. Benoît , fils d'un comte de Maguelonne , que furent tirés les religieux nécessaires pour la fondation.

Guillaume dota le nouveau monastère de plusieurs terres qu'il possédait dans le diocèse de Lodève et ailleurs. Non loin de là , ses deux sœurs , Albane et Bertbe, en fondèrent un autre qui subsista jusqu'au treizième siècle.

Revenu à la cour de Charlemagne , Guillaume ne sollicita plus d'autre grâce que celle* de quitter le monde, et d'aller s'enfermer dans sa chère solitude. Après avoir si long-temps servi sous vos étendards , dit-il au prince , laissez-moi désormais servir sous ceux de Jésus-Christ. 11 obtint ce qu'il désirait, et le pieux monarque voulut encore lui faire don , pour son monastère, d'une parcelle considérable de la vraie croix, qu'il avait reçue du patriarche de Jérusalem. On la conserve presque entière aujourd'hui dans l'église de S.-Guilhem.

Chargé de la précieuse relique, Guillaume revint dans nos contrées , après avoir déposé, à Brioude , en Auvergne , sur le tombeau de St- Julien , sa cuirasse , son bouclier et ses armes y

et avoir revêtu l'habit de pénitence.^Jl fut reçu parmi les Religieux de Gellone le jour de St. Pierre , de l'an 806.

Le monastère put s édifier, pendant six ans , de la ferveur de l'illustre novice , qui se distingua par une humilité profonde et une piété exemplaire. On le vit courber sous le joug de l'obéissance ce front chargé de lauriers qui commandait le respect , et , de ces mains dont il avait foudroyé les ennemis de la patrie , manier le boyau et la bêche pour défricher la terre , et tracer des chemins à travers les montagnes. Il mourut au milieu de la pratique de ces humbles vertus , laissant dans nos contrées une immense réputation de gloire et de sainteté. 1

Je me suis peut-être un peu trop étendu sur la vie de ce personnage , mais le voisinage des lieux illustrés par ses vertus et par sa mort a dû me le faire considérer comme appartenant à l'histoire de Clermont. D'ailleurs , la dynastie des Guilhems, qui a gouverné notre Ville pendant tout le temps quelle est demeurée seigneurie , prétendait descendre de ce Guillaume : cette circonstance, si elle était vraie , rattacherait l'histoire de St. Guilhem à la nôtre de la manière la plus particulière.

I Hist. du Lang.

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