‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 15 sur 58 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

C lermoiK preml pari a la première croteade.

1000 — n no.

La guerre civile avait cessé; mais les temps n'étaient pas devenus de beaucoup meilleurs. De grands scandales, des scènes nombreuses de meurtre et de pillage , déshonorent l'histoire du onzième siècle 1 ; on dirait la civilisation se mourant dans notre pays et léguant à la barbarie le plus beau de ses domaines. Heureusement le Christianisme était là vivant encore ; il devait sauver et régénérer une autre fois notre belle France.

En effet, au-dessus du sombre nuage dont avaient couvert l'horizon de notre belle patrie l'ignorance , l'anarchie et la dépravation , s'élevait le sentiment religieux comme un astre étincelant de la plus vive

I Htsl. du Lanp.

lumière. La France se peuplait de couvents, les évêques tenaient des conciles, les fidèles entreprenaient de longs et pénibles pèlerinages , érigeaient des autels , bâtissaient des églises. On voit , en l'année 1057,levêque de Lodève , Rostaing, délégué par le pape Alexandre H pour la pose solennelle de la première pierre d'une église à Gignac et pour la bénédiction du cimetière. 1

De tous les pèlerinages pieux , le plus en honneur et en vogue, dans ce siècle, était celui de la terre-sainte. Un grand nombre de personnes de tout rang, de tout sexe, de tout âge, entreprenaient tous les ans le voyage de la Palestine , pour y aller visiter le Saint-Sépulcre et les autres lieux sanctifiés par la vie , la passion et la mort du Sauveur. De retour dans leurs foyers, ces pèlerins, remplis des souvenirs religieux que la vue des lieux saints avait réveillés dans leurs âmes, devenaient des apôtres de piété, prêchant à tous le respect pour la croix , échauffant l'enthousiasme pour la visite et même la conquête de cette terre pleine de mystères , abandonnée aux infidèles. L'ordre donné par levêque de Lodève, Bernard III, de ne plus figurer des croix sur les pierres tumulaires , pour empêcher l'espèce de profanation qu'on aurait pu commettre en les foulant sous

I Plnntm'.

les pieds , est un premier fruit de la prédication de ces pèlerins. La croisade qui fut publiée en Tannée 1 095 par le pape Urbain II , au concile de Clermont d'Auvergne, en est le dernier résultat.

Notre Ville ne demeura point étrangère à cette célèbre expédition , qui transporta une partie de l'Europe en Orient pour la délivrance des lieux saints. Elle envoya son Baron et ses gentilshommes courir les dangers de cette campagne religieuse que la piété avait inspirée , que l'ardeur guerrière fit exécuter , et qui , sans réussir complètement, fut néanmoins si féconde en exploits glorieux et en résultats salutaires. 1

La France presque entière se croisa : princes , seigneurs, évêques, religieux, laïques, femmes, veillards, enfants, tout voulut avoir l'honneur de combattre les infidèles. Notre Baron , qui était t alors Aymeri de Guilhem, ne fut pas des derniers à s'enrôler : il reçut la croix avec l'évêque de

Lodève, et se joignit avec sa troupe à l'armée chrétienne, qui se monta bientôt à cent mille hommes.

Le Comte de Toulouse , Raymond Saint-Gilles , était un des principaux chefs de l'armée des croisés ; l'évêque de Lodève et le Baron de Clermont étaient sous ses ordres. Ils assistèrent comme lui

I HisL. des Scîg.

au siège de Nicomédie ou de Nicée. Aymeri de Guilhem fut ensuite envoyé avec Guillaume de Montpellier pour reconnaître la place d'Antioche , dont on avait faussement annoncé l'évacuation. 1 On ne sait plus rien des exploits de notre Baron dans la terre-sainte ; car les autres faits rapportés par Y Histoire des Seigneurs , tels que sa succession au commandement des troupes de Raymond Saint-Gilles , sa dispute avec le fils de Raymond au sujet de la possession des places de Tortose et de Tripoli , et sa mort par un coup de flèche , regardent le comte de Cerdagne et non le Baron de Germon t , selon Y Histoire du Languedoc. Toujours est-il vrai que, malgré la réussite de l'expédition et la prise de Jérusalem , ni 1 evêque de Lodève , 2 ni le Baron Aymeri , 3 ne revinrent dans leurs foyers. Ils moururent au champ d'honneur , et laissèrent leurs os sur cette terre de mystères , à la con- , quête de laquelle ils avaient si généreusement concouru.

1 Hist des Scig.

2 Planta*.

T> Hist. des Scig.

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