CHAPITRE XIII
4« lierre entre les JLodë%olf» et les Rouergats : Clermont y ligure d'une manière brillante.
L'évêque de Lodève el le Baron de Clermont mourant en Palestine, léguèrent à leurs successeurs les périls d'une guerre beaucoup moins remarquable , suscitée par les gens du Rouergue : expliquons l'origine et les motifs de la querelle.
Attribuée d'abord aux comtes particuliers de Lodève, la suzeraineté temporelle du diocèse avait passé dans la maison des comtes de Toulouse , et était sur le point d'échoir à ceux du Rouergue , par l'incurie du jeune Alphonse et par les prétentions du comte de Rodez , allié depuis peu avec la dernière héritière de l'ancienne maison de Lodève. Celui-ci , maître du château de
Montbrun et d'une partie de la ville de Lodève , y tenait garnison et s'en titrait déjà Vicomte en 1 1 40. 1 Ambitieux , remuant , il annonçait hautement l'intention de ne point en demeurer là : ses projets avoués étaient de conquérir en entier le double héritage qui lui semblait avoir été légué par l'extinction de la maison de Lodève et par la faiblesse actuelle de celle de Toulouse. Mais déjà, à côté de sa vicomté encore au berceau, la puissance temporelle de 1 evêque avait grandi. Pierre Raymond , qui administrait le diocèse à cette époque, avait acquis l'autorité la plus imposante par les nombreux domaines dont il disposait et par les privilèges particuliers qu'il obtenait chaque jour de la munificence royale. Souverain déjà de la ville et du pays , il y exerçait les droits régaliens , faisant battre monnaie , donnant des lois, levant des taxes et rendant la justice. 2 Une telle puissance ne devait-elle pas faire taire l'ambition du comte de Rodez , et lui interdire la pensée de la braver ? Il n'en fut pas ainsi , et le Rouergat entreprenant n'eut à cœur que de trouver l'occasion de mesurer ses forces avec le prélat.
Celui-ci , tranquille et patient, supporta long-
1 Hist. du Ltwff.
2 Plantaw
temps les vexations et les injustices par lesquelles son rival avait pris à tache de le provoquer à une rupture. Elle devint enfin inévitable , et la guerre fut décidée.
Levêque commence donc par s'assurer de l'assistance des seigneurs du diocèse , et les mande auprès de lui pour le défendre. Notre Baron , Bérenger II , s'empresse de répondre à l'appel ; il part avec ses gentils-hommes et tout ce qui peut combattre; bientôt il est à Lodève sous la bannière épiscopale.
S'étant ainsi mis en mesure de livrer un combat, s'il était nécessaire, Pierre Raymond fait signifier au comte de retirer sur l'heure sa garnison ; sans quoi on allait l'y contraindre par la force. Le Rouergat ne demandait pas mieux que d'en venir aux mains; mais il se trompait grossièrement dans ses calculs de victoire et de conquête. Une affaire eut lieu; elle fut chaude et décisive. Les gens du Rouergue furent complètement battus par les Lodévois et les Clermontais , si bien qu'ils abandonnèrent tous la ville de Lodève et le château de Montbrun , ne laissant des leurs que ceux qui avaient succombé sur le champ de bataille.
Lodève respira , et délivrée du voisinage importun de ces montagnards , elle bénit son évêque
et notre Baron de les avoir expulsés si glorieusement. 1
Cependant la mort de Pierre Raymond, arrivée à la fin de 1 1 54 , vint relever l'espérance des Rouergats et donner du courage à leur nouveau comte, qui, jeune encore et dans toute la fougue de l'âge , n'eut pas de peine à se persuader qu'il lui serait facile de réparer l'échec éprouvé par son père , et de reconquérir la vicomté de Lodève. Il descend donc de ses montagnes, à la faveur de l'interrègne , résolu de s'emparer du château de Montbrun , de la ville de Lodève et de tout le comté Lodévois. A cette nouvelle , l'alarme est dans le pays ; tout est prêt à se lever pour repousser le joug du Rouergat.
On ne perdit pas temps 4 Lodève et dans notre Ville. Pierre de Posquières fut élevé promptement au siège laissé vacant par Raymond , et aussitôt intronisé , il donna ses soins à préparer la défense. Notre Baron , de son côté , se disposa à marcher; mais cette fois moins confiant sur le résultat de l'expédition , il ne voulut point partir sans se mettre à l'abri d'un coup de main de la part des Rouergats , au cas que, la victoire leur échéant , ils ne voulussent en venir tonter le siège. Il fit donc reprendre l'œuvre de Bérenger 1. er ,
I Piaulas.
son aïeul , qui avait commencé autour de Clermont une enceinte fortifiée, et lavait laissée imparfaite; puis, dès que les travaux furent assez avancés, il monta à Lodève. 1
Il était temps. Le jeune et bouillant Richard , c'était le nom du nouveau comte de Rodez , arrivé sous les murs du château de Montbrun, en avait entrepris le siège et le poussait avec vigueur. Il devenait urgent de porter secours à la place, de la dégager même, de /peur que cédant aux attaques des Rouergats , elle ne relevât la domination de ceux-ci dans le pays , et ne leur ouvrit la porte de tout le comté de Lodève. Levêque et le Baron se hâtent donc de réunir leurs forces et de marcher à la rencontre de Richard. Soutenus par ce chef intrépide, les montagnards opposent une résistance opiniâtre ; mais ils sont culbutés enfin , poursuivis et obligés de reprendre le chemin du Rouergue. Montbrun est délivré, et les deux seigneurs victorieux rentrent dans leurs foyers , triomphants , salués par mille acclamations. 2
1 Ilist. des Seig.
2 Plantav.