CHAPITRE XY
Suite et On «le la guerre des Rouergats.— Alliance des 4»ullhem« de Clermont avec les GuWaume»ile Montpellier.
Nous avons laissé Lodève délivrée de la présence importune des gens du Rouergue : chassés deux fois , ils devaient revenir encore après la mort de l'évêque, Pierre de Posquières , arrivée en 1160.
Le moment était critique. Toulouse venait de voir les Anglais à ses portes, soutenus et appuyés par plusieurs seigneurs de la province , entr'autres par notre Baron Bérenger. Une hérésie, d'ailleurs, déplorable par les désordres qu elle occasionna , se répandait dans le pays , divisait l'Eglise et l'Etat, brisait violemment l'harmonie qui jusque-là régnait si bien entre les seigneurs
laïques et les seigneurs ecclésiastiques. Cetait l'hérésie albigeoise, condamnée quarante ans auparavant dans un concile de Toulouse , et plus tard dans un concile à Lombers, où levêque de Lodève , Gaucelin , se distingua par sa défense de la vérité. 1 Elle se relevait plus menaçante, en 1 1 66 , gagnait les populations , pénétrait jusque dans les châteaux ; la noblesse du pays Lodévois^ et notre Baron lui-même se déclaraient en sa faveur. 1
Richard de Rodez profita de la division qui commençait à éclater entre les seigneurs du diocèse et 1 evêque , pour hasarder une seconde tentative contre le château de Montbrun. Il réussit. Bérenger de Guilhem l'ayant appuyé contre Gaucelin, les troupes épiscopales furent battues, le château de Montbrun fut pris , Lodève capitula , et il fallut que levêque consentît à signer un traité par lequel le comte du Rouergue devenait maître du château en litige pendant six mois de Tannée.
Notre Baron entra pour beaucoup dans ce dernier accommodement. Il revenait de son erreur, et commençait à se repentir de la démarche déloyale quelle lui avait inspirée contre son évêque.
« Faisant réflexion , dit Y Histoire des Seigneurs ,
1 ffist. du Fjang.
2 Hisl. des Seiff.
» suri assistance qu'il a ci-devant donnée au comte » de Commenge(Pierre Raymond) et à son suc- » cesseur, Pierre de Posquières, évêque de Lodève, )> contre le comte de Rodez, et sur le délaissement » qu'il a fait de Gaucelin en faveur dudit comte » en cette dernière expédition , non-seulement il » procure la paixpublique entre les deux contestants, » mais encore il restitue audit Gaucelin les dom- » mages qu'il a soufferts en cette rencontre, lesquels ï> il fait monter à la somme de deux mille sols » Melgoriens,* qu'il débourse tout-à-l'heure entre » les mains de l'évêque. »
Cela acheva la réconciliation. Bérenger rendit hommage à Gaucelin pour sa Baronie de Clermont, lui jura fidélité et assistance, et peu après, Hugues de Rodez , fils de Richard , ayant élevé des prétentions sur la possession intégrale du château de Montbrun, il appuya Gaucelin contre les prétentions du comte, et procura le maintien du traité conclu précédemment.
Enfin, Hugues renonça, l'an 1173, à faire valoir ses droits sur la ville et le comté de Lodève , moyennant le prêt d'une somme de dixhuit mille sous Melgoriens , qui lui fut comptée
1 C'était la monnaie du comté de Melgueil, qui avait cours alors dans le pays. Le sou Melgorien valait huit sous ordinaires de la livre tournois.
partie par l'évêque, partie par le chapitre et les habitants de Lodève.
Il fut contraint de tenir parole; car le pape Alexandre III le fit menacer, par l'archevêque deNarbonne, d'une sentence d'excommunication avec interdit sur ses états, s'il se montrait infidèle à ses promesses. 1
Ce fut comme la fin des dissensions entre Lodève et le Rouergue, et Aymeri II, qui succéda à Bérenger , vers l'an 1175, trouva le pays tranquille.
On voit, quelques années après , cet Aymeri contracter une alliance importante.
Selon X Histoire des Seigneurs , il aurait épousé Marie, fille de Guillaume VIII, et petite-fille de l'empereur de Constantinople; c'est une erreur : la fille de Guillaume VIII fut mariée, en premières noces, à Barrai, vicomte de Marseille; en secondes noces , à Bernard , comte de Comminges , et enfin en troisièmes noces , à Pierre , roi d'Aragon. Ce qui est plus vrai , c'est que Guillaume VII , prédécesseur de ce Guillaume VIII , ayant eu une fille , aussi du nom de Marie , celle-ci fut donnée à Aymeri de Clermont , en 11 82. Puylacher était encore alors dans le domaine de notre Baronie; on voit que ce château fut, avec quelques
1 Plantai
autres, assigné pour douaire à la nouvelle épouse, qui, de son côté, apporta une dot de cent marcs A'argent fin. Aymeri eut de ce mariage un fils , que nous verrons lui succéder, en 1216, sous le nom de Bérenger III , et une fille nommée Marquise , qui épousa le seigneur de Lauran , petit-fils de Pierre Roger de Cabaret, 1
1 Hist. du Lang.