CHAPITRE XVI
Fondation du Monastère de Cornils.
Aux environs de Lacoste , tirant vers le nord , on voit, sur la crête d'un petit monticule assez bien cultivé, les restes considérables d'un ancien monastère qu'on appelle encore Cornils. Des collines plus élevées et incultes le tiennent resserré de toute part , à l'exception d'une issue assez large au sud-est , par laquelle la vue s'échappe agréablement, et s'étend dans la plaine de l'Hérault. Au dessous, coule la rivière de la Lergue entre deux rives escarpées , accidentées de la manière la pl US pittoresque. Le lieu de Cornils est un de ces lieux qu a l'époque des fondations d'ermitages et de couvents , on croyait n'avoir pu être préparés ainsi par la nature que pour cette pieuse
destination. Il est retiré, solitaire, favorable à la vie contemplative : un ami de la vie érémitique ne pouvait passer là sans y planter son bâton et dire : je ferai ici mon oratoire.
Il est à présumer que ce fut , en effet , un de ces hommes aux mœurs solitaires, nommé Cornélius , qui consacra par une petite eha pelle le lieu dont nous parlons , et lui laissa le nom de Cornélius, dont celui de Cornils n'est que la traduction. Il avait construit à coté une modeste grange (villa), pour lui servir de demeure, et quand il eut transporté sa demeure dans le ciel , sa grange et son église devinrent le patrimoine des fidèles qui, des environs, purent aller y accomplir leurs pélérinages pieux.
Par une bulle du pape Adrien IV , datée de Tannée 1 1 54 , 1 église et la villa de Cornils avaient été mises à la disposition de Tévêque de Lodève, pour qu'il en fit , selon son choix , un couvent de Réguliers ou de Religieuses. La même donation fut confirmée à levêque Gaucelin par Alexandre III, en* Tannée 1163. 1
Ce n était néammoins , en 1 1 90 , qu'un ermitage de Notre-Dame , lorsque Tévêque Raymond de Madières résolut de le donner à Tabbesse de Nonnenques, pour qu'elle en fit un monastère 1 Plantav.
de son ordre. Les Religieuses deNonnenques étaient de Tordre de Citeaux tant illustré par St. Bernard, de qui elles avaient pris le nom de Bernardines. Elles portaient l'habit blanc en l'honneur de la Sainte Vierge, patronne de l'institut; elles faisaient profession de la plus stricte pauvreté , jusqu'à n admettre dans leurs églises ni or , ni argent , ni soie ; et leur vie se partageait entre la prière, la lecture et le travail des mains. Labbesse de Nonnenques se nommait Belixpende ; ce fut avec elle que l'évêque de Lodève concerta la fondation du nouveau monastère. Pour fournir à la subsistance des Religieuses, Raymond de Madières inféoda au monastère l'église paroissiale de Saint- Etienne-de-Rougas , avec tous les oratoires et chapellenies qui en dépendaient , en sorte que la prieure de Cornils jouit, dès ce moment, du droit de percevoir toutes les redevances que ces églises payaient à l'évêque, celui-ci ne s'étant réservé que les droits spirituels de nomination et de juridiction. Le prieur de Rougas ne porta plus dès-lors que le nom de Vicaire perpétuel de Saint- Etienne. 1
Ainsi doté, le monastère fut disposé par les soins de labbesse, de manière à pouvoir recevoir une colonie de Religieuses : les constructions
t PUntav.
existantes furent agrandies, 1 église réparée, et quand les travaux furent terminés , les Religieuses vinrent s'y établir, et défense expresse fut faite par l'évêque de Lodève aux séculiers d aller les troubler dans leur retraite. Elles y vécurent pendant quelques années dans la pratique des plus hautes vertus chrétiennes ; mais il ne paraît pas qu'elles aient séjourné long-temps dans le monastère ; car, à partir de l'an 1 203 , toutes les fois qu'il est fait mention de Cornils dans la Chronologie de M. Plantavit de la Pauze , il n'en est parlé que comme d'une chapellenie simple.
Cornils , néanmoins , continua de dépendre de l'abbessede Nonnenques, jusqu'à nos derniers temps. L'église de Saint-Etienne-de-Rougas en fut détachée, dès l'an 1 275 , avec les oratoires de St.-Pierre et de Fouscais , et peu-à-peu dépouillé et négligé , l'ancien monastère dépérit et finit par tomber en ruine.