‹ Histoire de la ville de Clermontl'Hérault et de ses environsChapitre 21 sur 58 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Révolte A Lodève contre révoque, réprimée par le Seigneur de Clermont*

Malgré l'esprit religieux de l'époque, qui faisait peupler la campagne deglises et de monastères , l'impiété albigeoise n'en poursuivait pas moins sourdement ses ravages. Bille allait se propageant dans le pays , soufflant l'insubordination dans les villes, les disposant ainsi à la révolte et à lous les excès qui en sont la conséquence ordinaire.

Pierre Frolier, successeur de Raymond de Madières, gouvernait à peine depuis un an le diocèse , que l'hérésie commença à lui susciter des troubles graves , dans le sein même de sa ville épiscopale. On murmura ouvertement contre son autorité , on se récria contre ses droits tem-

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porels , qu'on trouva exorbitants et tyranniques , et on annonça hautement l'intention de les réduire. La voie des représentations et des requêtes ne pouvait convenir à des hommes que 1 hérésie commençait à rendre audacieux; aussi s accommodèrent-ils mieux du parti de la violence. Us dressèrent une série de statuts qu'ils se proposèrent d'imposer à levêque, et dont ils résolurent de lui faire jurer l'observation. C'était en l'année 1201. Les factieux se portent au palais de levêque ; ils crient , menacent , brisent tout ce qu'ils rencontrent dans les appartements; rien de précieux n'est épargné ; ce fut une scène épouvantable de confusion et de désordre. La victoire ne pouvait être douteuse dans cette lutte d'une bande forcenée contre un prélat pacifique. Aussi bien eut-elle été inutile; levêque et ses chanoines souscrivirent aux conditions des rebelles; ils jurèrent et signèrent tout. 1

Mais le triomphe des factieux était loin d'être assuré. Quand l'orage fut passé , et que le calme des esprits vint montrer à levêque Frotier la possibilité de recouvrer ses droits , il ne manqua pas de se pourvoir auprès de l'autorité compétente pour obtenir l'absolution de ses serments; et la chose n'était pas difficile. La violence qui les

1 Plantai

avaient extorqués, et l'injustice des règlements dont ils étaient la sanction, étaient deux motifs plus que suffisants pour les faire annuler. La dispense fut accordée par le pape Innocent III, avec excommunication contre les auteurs de la révolte, au mois de Juin 1202. 1

Ainsi levêque et le chapitre rentrèrent dans la possession de leurs droits. Un nouveau soulèvement était cependant encore à craindre , et il fallait cette fois n'être point pris au dépourvu comme lors du premier. On avisa donc aux moyens de défense : on mit la dernière main aux fortifications, on s assura des dispositions des seigneurs voisins : celui de Saint-Guiraud, Bérenger de Lozières , et celui de Clermont , Aymeri de Guilhem, promirent, en cas de besoin, prompt et puissant secours. Précautions malheureusement insuffisantes !

Tout demeura calme jusqu'en 1 207 ; mais cette année l'éclat fut terrible. Le palais de levêque (est tout-à-coup assailli par une bande furieuse ; dans un clin-d'œil les portes sont forcées, les appartements envahis , on pénètre jusqu'au prélat, qui n'a eu le temps ni d'appeler du secours ni de prendre la fuite , et déjà cent bras levés le menacent d'une mort prochaine. Cette fois, il 1 Planta».

demeure inébranlable : ni les cris , ni les coups , ni la mort ne peuvent lui arracher les concessions injustes qu'oir lui demande; il se laisse frapper, meurtrir, et ses lâches assassins ne pouvant rien contre son inflexible fermeté , l'achèvent impitoyablement.

La nouvelle de cette affreuse catastrophe arrive bientôt à Clermont , et y répand la consternation et l'effroi. Notre Baron Aymeri en fut accablé de douleur : il avait embrassé , lui , avec tant de dévouement, la cause de l'évêque, et promis delà défendre ! Le mal était sans remède ; mais un pareil attentat demandait une prompte et éclatante justice. Il part indigné avec les gentilshommes de sa Baronie \ résolu d'atteindre les coupables et de les châlier d'une manière exemplaire. Arrivé à Lodève, il fait fermer les portes de la ville, et procéder aux informations. Seize des plus coupables sont bientôt reconnus et arrêtés. Leur crime était sans excuse. Aymeri les fait condamner au dernier supplice, avec bannissement de leurs enfants jusqu'à la quatrième génération. Sa sentence

1 On trouve dans Y Histoire du Languedoc le nom de deux gentilshommes de cette époque , Pierre de Clermont et Raymond de Nébian. Ils durent faire partie de l'expédition.

fut confirmée par un arrêt de Philippe II , signé

à Vincennes , et daté de 1 208. 1

Telle fut l'issue de cette révolte soufflée par l'hérésie encore naissante; elle conduisit à un grand crime et ne put être réprimée que par l'effusion du sang. Disons qu'elle ne fut l'œuvre que d'une faible partie de la population Lodévoise, d'ailleurs paisible et attachée à ses pasteurs : il fut aisé de s'en convaincre par les regrets universels qu'excita dans la ville la perte du vénérable et malheureux évêque, et par les honneurs extraordinaires qui furent rendus à sa dépouille mortelle. « Le deuil de la ville fut tel , disent les mémoires du temps, qu'on aurait cru qu'il s'agissait de la mort du père de la patrie. 2 »

1 Plantav. — Hist. des

2 Plantav.

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